Août 1853, Bavière

La Bavière était sa terre d'enfance. Lydia avait toujours adoré se balader en forêt avec son père, dans ces paysages qu'elle adorait. Oui, pour rien au monde elle ne voudrait quitter ce paradis : sa vie était synonyme de liberté.

Lydia de Bavière était la fille du duc Maximilien et de la duchesse Natalie. Elle avait très bien grandi, entourées de ses nombreux frères et sœurs, ainsi que de sa grande sœur qu'elle adorait, Malia de Bavière. Lydia était très complice avec son père, tous les deux adoraient la nature, les animaux, l'équitation… Enfin la seule chose pour laquelle ils ne s'entendaient pas était la chasse, car à chaque fois que le duc tentait d'abattre un animal, prise de pitié, Lydia éternuait. Autant dire qu'ils revenaient souvent les mains vides, et Maximilien grognait pendant tout le dîner, faisant rire Malia et Lydia à l'autre bout de la table.

Lydia était une belle jeune fille rousse, aux yeux verts, qui ressemblait beaucoup plus à sa mère qu'à son père ou même à ses frères et soeurs. Elle aimait beaucoup les tenues traditionnelles allemandes et tressait souvent ses cheveux pour ensuite les coiffer dans un souple chignon bas. Ainsi ils ne les dérangeaient pas lorsqu'elle allait faire des balades en cheval, son passe-temps préféré. Sa beauté était sans pareille, mais son caractère n'était pas semblable. Elle était excitée, désordonnée, elle criait, se battait, gigotait partout et ne supportait pas d'être enfermée. Sa mère disait qu'elle était comme son père, qu'elle resterait un enfant toute sa vie, et Lydia appréciait cela.

Ce jour-là, une lettre était arrivée d'Autriche, et Natalie afficha un grand sourire quand elle en lut le contenu. Elle se mit à crier le nom de sa première fille dans la maison, sans lâcher la lettre des yeux.

- Tu as besoin de moi, Maman ? fit Malia en passant la porte.

- Oh oui, Malia ma chérie, c'est formidable. Écoute bien je viens de recevoir une lettre de mon amie Claudia, qui vit à Vienne. Et c'est de toi qu'il s'agit ! s'exclama Natalie.—

- De moi ?

- Oui, mais je t'en supplie, n'en parles pas à qui que ce soit, et surtout pas à ton père ! C'est un secret, Claudia insiste sur ce point, cela doit rester absolument entre toi et moi ! elle souriait.

- Certainement, mais que dit-elle ? demanda Malia en se penchant sur la lettre que sa mère tenait.

- Eh bien elle dit que…

- Maman ! fut-elle interrompue.

Natalie reconnut cette voix et soupira en regardant Malia avant de se diriger vers la fenêtre. Lydia était en bas, appelant sa mère et essayant de retirer un chapeau de la gueule de son chien. La famille du duc Maximilien avait trois gros chiens, des bergers allemands, qui jouaient principalement avec les enfants, Lydia et son père. Natalie les appréciait, bien qu'elle ne le montrait pas.

- Maman ! hurla Lydia une deuxième fois.

- Qu'y a-t-il encore ?

- Papily va m'emmener avec lui et Allison à la chasse ! s'exclama-t-elle pleine de joie.

- Ce n'est pas une raison pour crier ainsi !

Natalie se détourna de la fenêtre et fut rejointe par Malia.

- Alors, Maman, que dit ton amie Claudia ?

- Elle demande que je t'emmène quelques jours à Ischl avec elle car elle veut que… Mon dieu, si je m'attendais à une chose pareille !

- Que veut-elle ?

- Que tu épouses son fils, l'empereur Stiles Mieczyslaw Stilinski, et que tu deviennes impératrice d'Autriche !

Malia resta muette un instant, avant d'expirer un sourire étonné.

- Moi ?

- Oui ! Je suis si heureuse et si fière ! Stiles Stilinski est jeune, puissant, riche et charmant, comme tu as de la chance !

- Maman ! cria Lydia une deuxième fois.

Malia souriait comme une enfant tandis que Natalie refit son chemin vers la fenêtre.

- Que veux-tu encore ?

- Malia est avec toi ?

- Oui !

- Tu veux bien lui demander si elle veut aussi venir à la chasse ?

- Malia déteste la chasse, tu le sais très bien ! s'exclama-t-elle en se retournant à moitié.

- Je pars, alors !

- Oui, c'est ça, amusez vous bien ! fit Natalie en envoyant un baiser dans le vent.

- Maman, fit Malia, tu ne crois pas que Papa sera étonné que nous partions tous les deux seules pour Ischl en si peu de temps ?

- Oh oui, c'est vrai je n'y avais pas pensé… Eh bien… Nous prendrons Lydia avec nous !

- Tu crois ?

- Oui, ça paraîtra plus naturel et ton père ne soupçonnera rien !

Autriche, Vienne

La reine mère Claudia Stilinski entra dans le bureau de son fils Stiles Stilinski avec un grand sourire. Celui-ci était assis à son bureau et se leva quand sa mère entra.

- Laissez-nous, s'il vous plaît, ordonna-t-elle aux conseillers de son fils. J'aimerais m'entretenir seule avec sa Majesté. Tu as bien un instant à m'accorder ?

- Mais pour vous toujours, Maman, s'exclama Stiles en s'écartant de sa chaise de bureau.

Les conseillers et les femmes de chambre sortirent du bureau, laissants Claudia et Stiles seuls.

- Alors, mère, que voulez-vous de moi ?

- Tu n'ignores pas Stiles, que je me suis toujours efforcée d'être pour toi une bonne conseillère. C'est pour assurer ton avenir qu'autrefois j'ai renoncé au trône, afin d'assurer à l'Empire d'Autriche un empereur digne de lui ! le flatta-t-elle. Aujourd'hui je pense qu'il est important d'assurer non seulement notre dynastie mais aussi ta succession et de te marier.

Stiles haussa les sourcils et eut un moment de recul.

- Est-ce si urgent ?

- Oui, Stiles. Depuis longtemps je réfléchis à ce sujet. En Europe toutes les princesses ont les yeux tournés vers l'Autriche. Attendre plus longtemps risquerait d'engendrer des complications politiques avec nos voisins.

- Mais qui pourrais-je épouser, je ne connais personne !

- C'est bien pour ça que j'ai cru choisir à ta place. C'est un choix qui ne décevra personne et qui, je suis sûre te plaira.

Stiles s'éclaircit la gorge avant de se redresser sur son siège.

- Ecoutez Maman, je vous suis reconnaissant pour toute votre aide, mais peut-être que dans cette situation, il vaudrait mieux que je choisisse seul.

- Oui, je te comprends. Mais je suis sûre que la princesse que j'ai choisi te plaira. Elle possède toutes les qualités pour être impératrice. Elle est jeune, ravissante, intelligente… Que demander de plus ?

- De la connaître, sans doute.

- Tu la connais déjà plus ou moins. Il s'agit de la fille de mon amie Natalie, Malia de Bavière.

À ce nom, Stiles n'eut pas la moindre réaction.

- Tu l'as peut-être oubliée, fit Claudia un peu déçue. Mais vous vous êtes déjà vus et je peux même dire que vous vous aimiez beaucoup. Bien sûr tu n'avais que 7 ans à l'époque, mais elle a très bien grandi et tu verras, je suis sûre que tu l'aimeras !

- Espérons-le, soupira Stiles en réprimant un sourire pour faire plaisir à sa mère.

- Bien ! Je t'abandonne, j'ai beaucoup à faire, de plus que je suis certaine que ton cher ami le commandant McCall attends derrière la porte que nous ayons fini notre conversation, fit-elle en se levant et en se dirigeant vers la sortie.

Claudia ouvrit la porte et tomba face à face avec le commandant Scott McCall. Il se redressa immédiatement et fit une révérence rapide à l'intention de la reine mère. Celle-ci se retourna vers son fils et fit un clin d'œil, avant de sortir et de laisser Scott entrer.

- Que voulait ta mère ? dit-il en s'approchant de son ami.

- Je dois me marier, maintenant ! soupira Stiles.

Stiles et Scott entretenaient depuis l'enfance une amitié très solide. C'était le seul ami que Claudia avait autorisé à Stiles, lui rappelant que ses devoirs passaient toujours avant l'amusement. Depuis ils étaient quasiment inséparables. Scott dirigeait la troupe de gardes qui protégeaient le palais de Vienne, et Stiles de son côté était empereur.

- Mais c'est une très bonne nouvelle ! Qui est la future mariée ?

- Malia de Bavière, la fille d'une de ses amies. Je ne la connais même pas !

- Arrête un peu d'être pessimiste ! fit Scott en mangeant un gâteau dans une des boîtes sur une commode derrière lui. Ça doit être une princesse et les princesses sont toujours jolies ! Pense un peu à moi, je ne pourrais jamais me marier.

- Oui, mais c'est de l'extrême ! Soit je suis comme toi et je ne me marie jamais, soit j'épouse une fille que je ne ne connais pas du tout et qui ne me plaira peut-être absolument pas ! se plaint-il, toujours assis en regardant le plafond et en agitant les bras très fort.

- Ça, tu ne le sauras que quand tu la verras ! Mange un de ces gâteaux, ça te mettra de bonne humeur : ils sont à la fraise !

- Mouais ! dit-il se levant et en arrachant un gâteau de la main de son ami. Je sais que je ne devrais pas dire ça, mais parfois j'aimerais ne pas être empereur. Juste un duc m'irait bien ! J'irai faire de l'équitation, de l'escrime ! Je serais comme toi, libre d'aller où je veux !

- Tu vas un peu vite, je ne suis pas « libre d'aller où je veux » puisque mon devoir est de te protéger. Je dois être partout où tu es.

- Oui, soupira Stiles en regardant par la fenêtre. Enfin ça ne sert à rien de dire ça de toute façon, ça ne va pas changer les choses.

Allemagne, Bavière

Lydia, Allison et Maximilien se baladait dans la forêt en discutant et en profitant du paysage. Il marchait depuis plusieurs heures et Lydia ne s'en lassait pas. Elle s'exclamait à la moindre petite chose qu'elle trouvait jolie.

- C'est beau, hein ? s'exclama-t-elle comme une enfant le soir de Noël.

- Oui ! C'est magnifique, rit Allison. Mais arrête de le dire toutes les 15 secondes ou je crois bien que je vais devenir folle !

- Désolé ! rit-elle. Mais j'adore la forêt, et cet endroit est magique. Il n'y a nulle part ailleurs où je voudrais vivre plus tard. À part l'Egypte ! Ou la Grèce, ou l'Italie, oh la la… dit-elle en regardant vers le bas et en se mordant la lèvre.

- Ha ha ! Notre petite Lydia aura toujours le goût du voyage ! s'exclama Maximilien en passant entre deux arbres.

- Tout comme toi, Papily ! rit Lydia en reprenant sa marche.

Allison et Lydia était aussi amies depuis l'enfance. Les parents de la jeune brune possédaient la propriété juste en face de la maison de Lydia. Les deux filles avait beaucoup de choses en commun : l'amour de l'équitation, des langues, des voyages, de la Bavière… Mais Allison était quand même plus calme que Lydia, moins enfantine. Elle aimait lire et peindre, pendant que Lydia jouaient avec les chiens. Elles se connaissaient par cœur, et Maximilien appréciait beaucoup Allison, si bien que tous les trois partaient souvent à la chasse ensemble.

Les trois allemands arrivèrent au bord d'un lac , dont le reflet brillait et reflétait la montagne en face d'eux.

- Oh, c'est…

- Magnifique. On sait, Lydia merci, l'interrompit Allison.

Il y eut un moment de silence, où tous les trois observaient le paysage.

- Souvenez-vous de ce que je vais vous dire, les filles, fit Maximilien sans les regarder. C'est une chose qu'on m'a appris : « Si tu as de la peine, si la vie est méchante avec toi, réfugie toi au cœur de la forêt. Elle ne te décevra jamais. Chaque plante, chaque fleur, chaque arbre, chaque animal est la preuve vivante de la toute puissance de cette terre. Et la forêt t'en donnera courage. »

Lydia tourna la tête vers son père, pleine d'espoir après ces mots.

- Oh je t'adore, Papily, si j'avais eu à choisir mon père je n'aurais voulu personne d'autre que toi ! dit-elle en se blottissant dans ses bras.

- Et moi je suis ravie de vous connaître aussi, Max ! rit Allison. C'était très beau.

- Eh bien j'espère que vous retiendrez cette leçon ! rit-il en marchant à nouveau. Parce que maintenant nous allons chasser, et vous deux, vous allez rester silencieuse pour que je puisse enfin revenir avec un cerf !

- Mais l'oiseau de la dernière fois était si beau, Papily, tu n'allais pas le tuer quand même ! fit Lydia avec des yeux de chiots.

- Ho si, et m'en faire un bon dîner avec !

- On essayera d'être silencieuses Max ! ricana Allison.

À suivre…