Tony Stark soupira. Cela faisait bientôt trois heures que Strange était en salle d'opération et qu'il attendait sur cette chaise bancale. A quelques mètres de lui le Dieu de la Malice s'agitait sans cesse, tournant en rond. Seuls Iron Man et le sorcier étaient restés à l'hôpital dans l'attente de nouvelles : le reste des Avengers avait souhaité aider la population à remettre la ville en état. La seule assistance de Stark aurait suffit, lui qui connaissait Strange depuis des années, mais le Dieu de la Malice lui avait imposé avec une certaine ferveur sa présence.

- Vous pourriez peut être vous asseoir non ?

Loki ne répondit pas à sa remarque, trop nerveux pour rétorquer quoi que ce soit. Stark l'observa un instant. Il lui sembla voir ses mains trembler.

- Vous vous inquiétez vraiment tant que ça pour lui ?

Loki releva la tête, croisant le regard de son interlocuteur. Tony déglutit. Ce n'était pas de la malice qu'il percevait dans ses yeux mais quelque chose de bien plus envahissant : la peur. Loki, le Dieu de la Malice, avait peur. Stark ne pouvait pas y croire. Il se dit un court instant qu'il avait peut être mal jugé le jeune dieu : peut être que lui aussi, malgré ses airs sournois, pouvait avoir des sentiments. Ce qu'il ne comprenait pas, c'est pourquoi le sort du sorcier suprême le mettait dans un tel état. En effet, Loki ne l'avait rencontré que trois fois dans sa vie. Il était donc assez surprenant qu'il s'en fasse autant pour lui. Loki soupira. Même lui ne comprenait pas son propre comportement. Strange était quasiment un inconnu pour lui. Et pourtant savoir que sa vie ne tenait qu'à un fil lui était tout bonnement insupportable.

Lorsqu'il avait rendu visite à Strange auparavant dans la journée, il n'avait pas à un seul instant imaginé la tournure que prendraient les choses. A vrai dire, il avait mis du temps à venir taper à la porte du sanctuaire, hésitant. Lors de leur première rencontre, avant le Ragnarok, Loki avait été intrigué par le véritable personnage que représentait Stephen Strange. Son audace et sa prétention lui plaisaient autant que les possibilités que lui offraient ses pouvoirs, il ne pouvait le réfuter. Il avait été simplement marqué par la personnalité du sorcier, sans pouvoir réellement l'expliquer. Le temps s'était écoulé mais l'image de Stephen était restée gravée dans son esprit. C'est pourquoi, après de longs mois taciturnes qui avaient suivi l'installation du peuple asgardien sur Terre et malgré l'angoisse du rejet, il n'avait pu résister à l'envie de revenir au sanctuaire ce matin même.

Perdu entre ses pensées moroses et son inquiétude, Loki n'entendit pas le chirurgien arriver. Ce fut le bruit que la chaise de Stark émit lorsqu'il se releva qui sortit le dieu de sa tourmente intérieure. Il se leva à son tour. Le spécialiste, qui avait quitté la salle d'opération quelques minutes plus tôt, s'apprêtait à parler mais se ravisa en voyant Loki, un peu déconcerté par la présence de l'ancien vilain. Perplexe, il se décida à parler en remarquant le regard insistant d'Iron Man.

- Bien, Mr Stark. Durant l'opération votre ami a perdu énormément de sang… Il est en vie mais est malheureusement dans le coma.

Loki, qui avait espéré une bonne nouvelle en voyant l'homme, tomba de haut. Si Stark continuait d'écouter les propos du chirurgien malgré l'effet que lui faisait cette annonce, ce n'était pas le cas du dieu de la Malice. Lui, d'habitude si détaché des affaires humaines, était totalement déboussolé par l'état critique d'un être humain. Il pensa au pire mais chassa immédiatement cette pensée de son esprit. Strange était un être de pouvoir qui possédait une force psychique inouïe, il allait s'en sortir. Il le devait. Pour ses proches mais aussi pour le monde entier, qui avait besoin de sa protection contre les forces obscures. Loki fit de son mieux pour reprendre le contrôle de ses émotions et essaya de se raccrocher à la conversation.

- … Vous le comprendrez donc, je ne peux rien vous garantir pour la suite des évènements.

Le dieu de la Malice, qui avait loupé tous les détails concernant l'opération, s'en tenait au principal : rien n'était certain selon les médecins mais il y avait tout de même un espoir. Il coupa le chirurgien.

- Pouvons-nous le voir ?

L'homme de sciences, qui jusque là avait presque tenu Loki en dehors de la conversation, ne s'adressant qu'à Stark, le regarda avec une pointe de surprise. Depuis quand celui qui avait combattu contre les Avengers s'intéressait-il au sort d'un protecteur de l'univers ? Il daigna tout de même répondre.

- Les visites sont autorisées. Enfin, pour les personnes proches et bienveillantes, évidemment.

Loki ne releva même pas la remarque, trop préoccupé pour répondre avec son sarcasme habituel. Tony, un peu outré par cette pique lancé au jeune dieu, s'empressa de prendre la parole en espérant que le médecin s'en tiendrait aux faits.

- Où se situe sa chambre ?

- Au fond du couloir, la troisième porte à droite.

- Bien, nous vous remercions. Si le corps médical a de nouvelles informations concernant son état général nous aimerions être tenus au courant. Ce sera tout pour nous.

Le chirurgien, congédié, acquiesça. Le sorcier et le héros prirent la direction de la chambre après avoir échangé un bref regard qui trahissait quelque peu leur angoisse respective. A leur arrivée une infirmière sortait de la pièce. Elle marqua un moment de pause en les voyant, peu ravie par a présence de Loki. Elle se permit une remarque en désignant le Dieu de la Malice avec dédain.

- Bonjour Mr Stark. Vous pouvez entrer sans problème mais pour lui… Enfin vous êtes sur que…

Tony soupira bruyamment, excédé par ce nouvel excès de méfiance. Certes Loki avait des traits de perfidie et n'était par conséquent pas la personne la plus fiable sur Terre mais il estimait qu'en vue des circonstances actuelles le comportement du personnel médical était très peu compatissant.

- Il vient.

- Pardon ?

- Il vient.

Loki fut surpris de ce soudain soutien que lui apportait Stark, lui qui l'avait toujours considéré avec scepticisme. Il lui fit un signe de tête en guise de remerciement. Ils entrèrent tous les deux sans laisser à la femme le temps de répliquer, refermant immédiatement la porte derrière eux. Strange était installé dans un grand lit blanc, couvert d'une blouse, perfusé. Stark s'installa silencieusement sur une chaise près du lit, Loki restant plus en retrait. Il osa finalement.

- Pourquoi m'avoir permis d'entrer avec vous ? Vous me détestez habituellement.

Stark releva la tête, croisant les jambes.

- A vrai dire, peu importe ce que je ressens à votre égard. Strange a l'air de vous apprécier, c'est pourquoi votre présence ici est justifiée. Et je ne pense pas me tromper en disant que c'est réciproque, vous l'aimez beaucoup, n'est ce pas ?

Loki se mordit la lèvre en guise de réponse. Effectivement, il l'appréciait, et bien au-delà de ce qui semblait être raisonnable. Un silence s'installa. Tony hésita avant de poser la question qui lui brulait les lèvres.

- Loki ?

- Hm ?

- Pourquoi vous préoccupez vous autant de Stephen ? Vous aurait-il… comment dire… tapé dans l'œil ?

Le Dieu de la Malice toussa, surpris par l'audace de la question. Il manqua de s'étouffer avec sa salive. Stark ne put s'empêcher d'afficher un sourire narquois.

- Au moins la réponse me semble claire… Qui aurait cru que Loki, le dieu ayant dévasté New York, pourrait ressentir…

Tony s'arrêta net dans sa remarque : Loki, dont les joues s'empourpraient, venait de sortir une dague de sa poche et la dirigeait dangereusement vers le visage du héros. Iron Man lâcha un soupir : il ne pouvait donc même plus essayer de faire baisser la tension ambiante avec son humour sans provoquer les foudres du dieu.

- Du calme, enfin…

Loki pesta, se sentant humilié et touché en plein ego.

- Ça suffit Stark, assez joué. Ma patience a des limites.

Stark acquiesça d'un signe de tête, se taisant enfin. Il sentait qu'il venait de poser la question de trop. En effet, le jeune dieu était non seulement vexé mais en plus totalement perdu dans un nouveau questionnement. Est-ce que Tony avait raison ? L'attachement qu'il ressentait pour Strange était-il du à une forme d'attirance ? Loki tenta de balayer cette idée qui lui semblait bien absurde et pourtant… celle ci n'était pas prête de le laisser en paix.

Quoi qu'il en soit, une seule chose importait réellement : veiller sur le sorcier suprême en priant pour qu'il se réveille rapidement. C'est pourquoi le dieu de la Malice décida de mettre son ego et son conflit intérieur de coté un moment, restant silencieusement mais avec une certaine bienveillance aux cotés de Tony Stark pour la soirée.