« ...mais j'aimerais vraiment qu'on soit amies, et je suis sûre qu'on pourrait le devenir si tu voulais bien faire un effort, Marinette. Tu n'as rien à craindre de moi, je t'assure, même si je sais que tu me vois comme une rivale à cause de tes sentiments pour Adrie- oups ! », s'interrompit Lila en portant dramatiquement sa main à sa bouche.

Le sang de Marinette se glaça dans ses veines.

Elle aurait dû s'y attendre. Cela faisait maintenant des semaines que Lila la menaçait de dévoiler « accidentellement » ce qu'elle éprouvait pour Adrien au principal intéressé. Voilà qui était désormais chose faite. Et ce, au milieu de la classe, devant tous les autres élèves, sous couvert d'une tirade larmoyante durant laquelle elle se lamentait de l'animosité soi-disant infondée que Marinette éprouvait à son égard.

Poings serrés de rage, Marinette dû faire appel à tout son contrôle de soi pour s'empêcher de sauter à la gorge de Lila.

En temps normal, cette nouvelle tentative d'humiliation aurait déjà été suffisante pour lui mettre les nerfs en pelote.

Surtout s'il était sujet d'Adrien.

Du garçon auquel elle tenait le plus au monde et dont l'opinion avait une importance capitale à ses yeux.

Mais là, sans le vouloir, sa (détestable) camarade de classe venait d'interférer spectaculairement avec ses plans.

Personne n'était au courant, pas même Alya, mais Marinette s'était enfin décidée à parler à Adrien de ce qu'elle ressentait pour lui.

Et cette fois, pas de plan tarabiscoté, pas de fuite à la dernière minute. Elle lui dirait simplement ce qu'elle pensait de lui, d'eux, point.

Et elle le lui dirait vite.

Il le fallait, pour sa propre santé mentale et pour le bien de leur amitié. Elle ne pouvait rester plus longtemps sans lui dire ce qu'elle avait sur le cœur, sans lui confier sincèrement tout ce qu'elle pensait de lui.

Oui, d'ici quelques jours tout au plus, Marinette aurait pris Adrien à part pour discuter franchement avec lui. Ils auraient pu avoir une longue et sérieuse conversation sur leurs sentiments respectifs, auraient enfin mit les choses au clair et auraient pu poursuivre leur relation sur des bases saines.

Ça, c'était le plan.

Mais avec son intervention, Lila venait de lui arracher ce moment qui n'aurait dû appartenir qu'à Adrien et elle.

Rarement Marinette n'avait éprouvé pareil sentiment de frustration.

Seule consolation pour elle : Alya, d'ordinaire si prompte à tenter de calmer les tensions entre les deux jeunes filles, semblait cette fois tout aussi révoltée que sa meilleure amie.

Yeux écarquillés de surprise, sourcils froncés de colère, l'apprentie-journaliste laissa échapper une exclamation indignée. Elle avait beau considérer Lila comme son amie, un pareil manquement à l'étiquette de la classe ne pouvait être excusé aussi facilement.

Au vu des expressions choquées des autres élèves, le sentiment était par ailleurs largement partagé par le reste des adolescents présents.

Mais il en fallait visiblement plus que ça pour perturber le petit numéro de Lila. Les doigts portés à ses lèvres tremblantes, la jeune fille se tourna théâtralement vers son ennemie.

« Oh, Marinette », s'exclama-t-elle d'une voix faussement contrite, les yeux brillant de larmes tout aussi factices, « je suis désolée, je ne voulais pas... »

S'interrompant sur un sanglot dramatique, Lila écrasa sa paume contre sa bouche et détourna le visage.

Sa performance avait beau être si exagérée qu'elle en frôlait le ridicule, elle n'en atteint pas moins son but. Autour d'elle, les autres élèves jusque-là aussi révoltés que Marinette semblaient désormais partagés entre indignation et compassion.

Quelques larmes de plus, quelques nouvelles manifestations de repentir, et il était fort à parier que tous seraient plus occupés consoler Lila plutôt que sa malheureuse victime.

Mais Marinette n'avait que faire des manigances de sa camarade de classe. Toute son attention était désormais concentrée sur le garçon assis devant elle.

Dès l'instant où le soi-disant lapsus de Lila avait franchi ses lèvres, Adrien avait tourné la tête vers Marinette avec une vitesse qui n'avait d'égale que son mépris évident pour le bien-être de ses cervicales.

À présent complètement face à elle, Adrien la dévisageait avec une expression étrange, un curieux mélange de quelqu'un qui aurait reçu un coup de massue sur la tête et d'un enfant à qui on aurait annoncé que Noël était avancé de trois mois. Ses sourcils étaient tellement haussés de surprise qu'ils disparaissaient presque derrière ses mèches blondes. Sa bouche était légèrement entrouverte. Ses pommettes, dont Marinette connaissait la couleur habituelle par cœur, se paraient délicatement de rose.

Et ses yeux, ses yeux…

Adrien la fixait avec une telle intensité que Marinette pouvait sentir le poids de son regard peser sur elle. Littéralement. Elle sentait sa surprise incrédule balayer son visage, ses milles questions silencieuses se presser contre sa peau.

Les joues brûlantes, Marinette enfouit sa tête entre ses mains. Si on pouvait la laisser se consumer tranquillement de frustration et d'embarras, ça serait parfait, merci.

Mais visiblement indifférent à ses souhaits d'éternel oubli, Adrien ne trouva rien de mieux que de lui adresser la parole.

« Marinette… », commença-t-il d'une voix hésitante. « Je sais que Lila ment comme elle respire, mais », poursuivit-il en ignorant royalement l'exclamation outragée de la principale intéressée, « ce... c'est vrai ? Tu... Tu éprouves des sentiments pour moi ? »

Le visage d'un rouge qui n'aurait rien à envier à celui de son costume, Marinette écarta légèrement les doigts pour lui jeter un regard assassin.

Naturellement.

Il aurait pu faire semblant d'être absorbé par ses devoirs, feindre une crise de surdité subite, mais non.

Il fallait qu'il réagisse.

« J'éprouve surtout un profond sentiment d'exaspération », grogna-t-elle sans chercher à dissimuler son agacement.

Sans se démonter le moins du monde, Adrien se pencha un peu plus vers elle. Coude appuyé sur son dossier, menton négligemment posé dans le creux de sa paume, il la dévisagea avec des yeux pétillant de malice.

« Envers Lila ? », lui demanda-t-il avec un petit sourire en coin. « Envers moi ? Envers la situation en général ? »

« Les trois. »

« Ah, rien de bien grave alors », conclut son camarade de classe avec un splendide optimiste – ou, selon Marinette, dans un merveilleux exemple de déni de la réalité.

Renonçant à dissimuler plus longtemps son visage entre ses doigts, l'héroïne laissa retomber ses mains sur son bureau et leva dramatiquement les yeux au ciel.

Sa réaction arracha un éclat de rire amusé à Adrien, avant que le jeune homme ne reprenne aussitôt son sérieux. Tendant le bras vers Marinette, il posa ses doigts sur les siens. Lentement, délicatement, comme si la main de sa camarade de classe était un oiseau farouche qu'il craignait d'effrayer par un geste trop brusque.

Dans un superbe effort de contrôle de soi, Marinette parvint à rester immobile.

Son cœur, en revanche, alla aussitôt s'écraser contre sa cage thoracique.

Badoum.

Visiblement inconscient d'avoir propulsé son amie au bord de la crise cardiaque, Adrien se pencha un peu plus vers elle.

« S'il te plait », l'implora-t-il. « Ma L-rinette », se reprit-il avant même que Marinette n'ait le temps de lui lancer un regard d'avertissement. « J'ai toujours été sérieux en ce qui concerne mes sentiments envers toi. Et ils n'ont pas changé. Même après qu'on… Enfin, tu sais. »

Les quelques mots qu'Adrien se garda de prononcer flottèrent entre les deux adolescents.

… même après qu'on ait découvert nos identités secrètes.

Mes sentiments pour toi n'ont pas changé, même après qu'on ait découvert nos identités secrètes, reconstitua le cerveau de Marinette dans un vaillant élan de lucidité.

La sensation d'un nouveau choc, semblable à un coup de marteau, secoua la jeune fille de l'intérieur.

Badoum.

Le regard fiévreux, Adrien se pencha encore un peu plus vers elle.

Proche, si proche qu'elle pouvait compter ses cils, sentir son souffle sur sa peau, se perdre définitivement dans le vert hypnotisant de ses yeux.

« Si Lila dit la vérité », reprit le jeune homme d'une voix gorgée d'émotion, « ça veut dire que... l'autre garçon... c'était… moi ? »

Le cœur de Marinette battait aussi fort que s'il cherchait à jaillir de sa poitrine.

Badoum. Badoum. Badoum.

Dans un état second, Marinette se sentit hocher mécaniquement la tête.

Le monde extérieur avait disparu dans un brouillard indistinct, ses plans savamment élaborés s'étaient évanouis de son esprit.

Seul existait Adrien.

Adrien, et ce qu'elle éprouvait pour lui.

« C'est toi », confirma-t-elle.

Est.

Encore.

Toujours.

L'usage du présent n'échappa pas à Adrien.

Frappé de surprise, le jeune homme se redressa brusquement sur son siège. Puis, lentement, un sourire se dessina sur son visage. Un immense, merveilleux, irrépressible sourire, qui fit à son tour s'étirer les commissures des lèvres de Marinette.

Le bonheur qui irradiait d'Adrien était si pur qu'il en était contagieux.

Ivre de joie et le cœur si léger qu'il aurait pu toucher les nuages, Marinette se sentait agréablement déconnectée de la réalité. Un petit rire incrédule s'échappa de sa bouche quand Adrien se pencha de nouveau vers elle pour porter ses doigts à ses lèvres.

Mais contrairement à ses habitudes, son coéquipier fit tourner sa main à la dernière minute pour déposer un baiser au creux de son poignet.

L'intimité du geste fit rougir Marinette jusqu'à la racine des cheveux. Les lèvres d'Adrien sur son poignet étaient comme une étincelle, le départ de l'incendie qui embrasait sa peau, enflammait son cœur.

Ça. C'était pour ça qu'elle avait besoin de plans.

Sans plans, sans une solide préparation mentale et de sérieux exercices de contrôle de soi, comment résister au charme dévastateur de l'amour de sa vie ? Comment anticiper la façon dont ses regards faisaient bondir son cœur ? Comment ignorer les délicieux frissons que son contact faisait courir le long de sa colonne vertébrale ? Comment contrôler cet instinct qui la poussait vers lui comme un aimant attiré par un autre, réclamant plus de baisers sur sa peau, plus de chaleur sous ses doigts, plus, plus, plus, plus.

Par la force des choses, Adrien et elle – Chat Noir et elle – n'avaient déjà que trop peu de notion d'espace personnel, couplée à lien dont l'intensité défiait l'imagination.

C'était dangereux.

Il lui fallait des plans.

Des plans, des plans et encore des plans, sans quoi elle finirait certainement liquéfiée de joie et d'amour d'ici la fin de la journée.

Surtout si Adrien l'embrassait de nouveau.

Sur la main ou tout court.

Le visage de Marinette était désormais si rouge que de la chaleur émanait de ses joues.

Adrien se redressa sans lâcher ses doigts, le regard rivé au sien. Le sourire qui éclairait les traits du jeune homme était désormais timide, en contradiction parfaite avec l'audace de son attitude.

Marinette se sentit fondre un peu plus.

La délicatesse d'Adrien. Les excentricités de Chat Noir.

Deux facettes d'un même garçon, qu'elle apprenait encore à voir comme un tout unique mais qui ne faisaient que rendre leur propriétaire plus précieux à ses yeux.

« C'est moi », articula-t-il avec une joie incrédule.

Comme s'il n'osait y croire.

Comme si elle venait de lui offrir le plus beau cadeau du monde.

Le cœur battant si fort qu'elle pouvait le sentir pulser dans tout son corps, Marinette dégagea doucement son poignet de la prise d'Adrien pour entrelacer ses doigts avec les siens.

Le sourire qui éclaira aussitôt le visage du jeune homme était si brillant qu'il aurait pu rivaliser avec le soleil.

Je t'aime, lui disait son regard éperdu d'adoration.

Je t'aime, je t'aime, je t'aime.

Et s'il se lisait dans les yeux d'Adrien mille déclarations d'amour et de serments éternels, la réponse dans ceux de Marinette était tout aussi claire et limpide.

Je t'aime aussi.


Note :

Heyyyyyyyyyyy, ça faisait longtemps ! Je suis contente de m'être remise un peu à l'écriture, j'espère que ce premier chapitre vous aura plu :) . Ceci est une petite fic qui fera 2 chapitres seulement, rien de très original mais c'était très sympa à écrire .

Et ne vous inquiétez pas, je n'ai pas oublié Lila ;)

A la prochaine pour la suite !