Mégère dans toute sa splendeur

Hermione ne put qu'hausser un sourcil face à Gemna.

-Tu plaisantes, j'espère ? articula Hermione

-Tu ne serais que la prochaine carte maîtresse de son jeu, railla Gemna. Même si tu as disparu des radars depuis quinze ans.

Hermione soupira. En effet, à la fin de la guerre, au lieu de revenir d'Australie après s'être assuré que ses parents étaient en sécurité, elle leur avait rendu la mémoire et s'y était installée. Elle avait passé ses examens dans de meilleures conditions que ces dernières années, en avait profité pour approfondir ses connaissances et surtout, faire sa vie sans le regard pervers des sorciers britanniques. D'ailleurs, si elle se trouvait à Londres, c'était uniquement pour donner une conférence au bureau des aurors concernant les nouveaux trafics criminels dans le monde magique.

Car oui, Hermione Granger était devenue chef de cellule sur les crimes internationaux chez les aurors australiens et c'était un métier qu'elle adorait. Militer pour augmenter les droits et la visibilité des nés de moldus dans la société sorcière britannique ? En Australie, elle avait découvert que la Grande Bretagne sorcière était l'une des communautés les plus arriérées du monde magique.

Gemna était la gardienne de son coffre depuis qu'Hermione était entrée dans le monde sorcier. Ne connaissant pas les codes sorciers, la jeune fille avait établi d'excellents rapports avec la gobeline et cela avait été profitable à toutes les deux quand la sorcière était entrée dans la vie active. Et aujourd'hui, alors qu'elle était simplement venue vérifier qu'elle n'aurait pas de problème avec l'utilisation de son coffre maintenant qu'elle était sur le sol britannique, la brune venait d'apprendre une nouvelle assez terrifiante.

-Mes fiançailles ont été programmées ? répéta Hermione

-Avec Ronald Weasley, confirma Gemna.

-Pourtant, il me semblait qu'il était avec Lavande Brown, non ? s'étonna Hermione

-Molly Weasley a totalement refusé leur union donc ils ne se sont pas mariés, expliqua Gemna. Mademoiselle Brown n'a pas le pédigré nécessaire pour faire briller le nom des Weasley.

Hermione leva les yeux au ciel. Cela se passait de tout commentaire.

-Bon, il va falloir régler cela au plus vite, j'ai énormément de travail qui m'attend chez moi, souffla Hermione.

§§§§§

Bon. Ça aurait pu être pire.

Le silence aurait pu être glaçant après sa présentation mais elle avait pu compter sur les aurors qui s'étaient engagés après la guerre pour l'applaudir à tout rompre. Dès son entrée dans la salle, elle avait compris que la plupart des chefs d'équipe des aurors britanniques étaient totalement contre le fait qu'une sorcière soit à un poste aussi important, qu'importe qu'elle ait fait ses preuves.

Elle s'avança vers le buffet et se prit un verre de jus de citrouille. Discrètement, elle vérifia qu'il n'y avait que ce qu'elle voulait avant de se désaltérer.

-Tu as été géniale, Hermione ! fit Dennis Creevey

La brune se crispa. Elle n'avait jamais apprécié Colin avec sa manie de photographier tout et n'importe quoi sans l'accord des concernés mais avec sa mort pendant la guerre, son petit frère Dennis était parti en croisade contre tous les Serpentards et malheureusement, son entrée dans le corps des aurors n'avait pas calmé son obsession. C'était d'ailleurs un secret de polichinelle à travers le monde qu'en plus du niveau médiocre de ses aurors, la Grande Bretagne sorcière n'avait pas tiré de leçons des guerres qui s'étaient déroulées sur leur territoire.

-Je n'ai fait que parler de mon travail, répondit simplement Hermione.

-Comment tu as fait pour en savoir autant ? demanda Dennis

-J'ai beaucoup enquêté dessus et c'est la spécialité de ma cellule, rappela Hermione.

-Je ne pensais pas que tu deviendrais chercheuse dans les renseignements, sourit Dennis.

-Dommage que je ne sois qu'auror, grinça des dents Hermione.

Tant d'aveuglement la sidérait mais il s'agit bien de la continuité de la politique misogyne du ministère britannique.

-Auror ? se moqua Dennis. Tu aurais plus ta place en tant qu'assistante du ministre. Tu avais tellement de projets à Poudlard !

-J'ai grandi mais visiblement, ce n'est pas le cas de tout le monde, siffla Hermione.

-Granger, intervint une voix.

Hermione se tourna vers Théodore Nott.

-Magnifique présentation, complimenta Théo.

-Merci, fit Hermione.

-Qu'est-ce que tu fous ici, Nott ? cracha Dennis

-Cette conférence était loin d'être réservée aux aurors, pour peu qu'ils cessent de regarder leur nombril, rétorqua Théo. Maintenant, Creevey, va jouer plus loin pendant que les adultes parlent.

-Her … fit Dennis.

-Je dois justement parler à Nott, coupa Hermione. Bonne journée, Creevey.

Comprenant qu'il venait de se faire congédier, Dennis tourna des talons et s'en alla, furieux. D'un geste distrait, Théo lança une bulle d'intimité autour d'eux.

-Visiblement, il te prend toujours pour un mangemort, constata Hermione.

-Il n'y a que sa vérité qui compte, que veux-tu ? haussa des épaules Théo

Hermione avait déjà eu l'occasion de travailler avec Théo ces dernières années. Le département des Mystères, mieux connu sous le nom de MI-7 à travers le monde, collaborait souvent avec les aurors et les services secrets magiques du monde entier. A cause de la réputation désastreuse de Serpentard qui avait persisté et s'était renforcée après la mort de Voldemort, les anciens élèves de cette maison avaient quasiment tous quitté le pays pour recommencer leur vie à l'étranger. Les sangs purs avaient essentiellement réussi à garder leurs biens malgré l'appartenance de leurs aînés au mouvement mangemort et se faisaient très souvent malmener par les « bien-pensants » tout en tirant leur épingle du jeu. Les rares qui avaient voulu intégrer le ministère avaient été raflés par le département des Mystères à cause de leurs connaissances poussées en « magie noire » qui avait été définitivement éradiquée de tout l'archipel. Théo Nott, spécialisé dans les malédictions, avait passé ses maîtrises en enchantements, sortilèges et runes à l'étranger avant d'intégrer les rangs des unspeakers. Il était l'un des principaux contacts d'Hermione en Grande Bretagne.

-J'imagine que j'ai parlé dans une oreille et que c'est ressorti de l'autre ? commenta Hermione

-Pour l'essentiel, oui, confirma Théo. Excuse-moi mais tu n'es pas crédible pour eux d'abord parce que tu es une femme et que les femmes ne peuvent pas monter aussi haut dans l'échelle hiérarchique sans user et abuser de la « promotion canapé ».

-Dommage qu'Amélia Bones soit morte parce que j'aurais bien voulu les voir lui dire ça en face, grogna Hermione.

-Tu n'obtiendras rien d'eux, c'est d'ailleurs pour cela que tu es partie, non ? sourit Théo

-Tu as les informations que je t'ai demandé ? demanda Hermione

-A propos de ton mariage prochain ? demanda Théo. Oui, c'est une rumeur qui court depuis ton départ et même avant, je ne t'apprends rien, mais il existerait un contrat de mariage à ton nom déposé au ministère à peine trois heures après que tu ais confirmé ta présence pour cette conférence.

Théo la frôla et l'instant suivant, Hermione sentit un parchemin dans sa poche.

-Sache que tu seras à la merci de ton futur mari et que tu porteras ses enfants, indiqua Théo. Tu devras revenir au pays et habiter dans la maison familiale. Tu seras dévouée corps et âme à ta famille donc un emploi est totalement proscrit.

-La parfaite femme au foyer, mon rêve absolu, grinça Hermione. J'aurais dû accepter ces demandes en mariage avant de partir, tiens.

-Ça n'aurait pas changé grand-chose car d'après ce contrat magique, toute union antérieure serait alors dissoute à l'activation du contrat, fit Théo.

-Pardon ?! siffla Hermione

-Ils imaginaient sûrement que tu te contenterais d'un mariage moldu après que tu ais appris les difficultés d'un mariage sorcier, haussa des épaules Théo. J'ai indiqué différentes manières de rendre ce contrat caduc et mes préférences vont vers les méthodes où tu ne mettras pas un seul pied au ministère.

-Parfait, sourit machiavéliquement Hermione. Passons à la suite, veux-tu ?

-Nous savons que le mariage entre Potter et Weasley numéro sept n'est pas ce qui était attendu, déclara Théo. Connaissant la belle-mère, la mariée aurait dû se mettre à pondre une équipe de quidditch dès la cérémonie terminée. Mais puisque Potter n'est toujours pas l'heureux père d'une floppée de chiards à la chevelure aussi décoiffée que lui et que même la Prewett commence à gueuler, cela veut dire que ce n'était pas prévu dans le plan. Le Terrier est toujours aussi délabré ce qui veut dire qu'elle n'a pas pu taper à son aise dans les coffres de son gendre et elle n'a toujours pas ses entrées parmi les sangs purs.

-Qu'en penses-tu ? demanda Hermione

-Il faudrait pouvoir jeter un coup d'œil sur les heureux mariés, songea Théo.

-Pourquoi pas sur leur contrat de mariage ? s'étonna Hermione

-Tu as déjà eu l'occasion de les voir ? demanda Théo, écœuré. Même les plus heureuses des personnes n'ont pas ce sourire aussi niais collé sur le visage. Ça et le fait que même si la Prewett le crie sur tous les toits, elle n'a pas la moindre influence sur les affaires Potter et Black.

-Si je regroupe tes soupçons aux miens, je pense qu'Harry a eu le temps de donner des ordres pour la gestion de ses affaires avant de se marier, fit Hermione.

-Comment es-tu venue à cette conclusion ? demanda Théo

-Même si je ne vis plus dans le pays, j'ai toujours gardé contact avec Harry, expliqua Hermione. Une partie de ses lettres est creuse mais l'autre est plus étoffée. J'ai toujours su qu'il y avait quelque chose qui clochait mais comme il me disait de vivre ma vie et de prendre mon temps pour revenir en Grande Bretagne, je ne me suis pas inquiétée jusqu'à récemment et encore plus avec ce que tu me dis …

-Je pense que je vais te laisser avant qu'on ne dise haut et fort que je te corromps, ricana Théo. Tu es descendue où ?

-Quelque part où ces imbéciles ne pourront pas me tomber dessus par surprise, renifla Hermione. Je t'appelle très vite.

-Bonne journée et essaie de ne pas leur vomir dessus devant tant d'hypocrisie, railla Théo.

Hermione répondit aux rares questions qu'on lui posa avant d'être escortée au Chaudron Baveur. Elle haussa un sourcil, sachant que les invités étrangers du ministère étaient logés dans les luxueux hôtels de High Alley, monta dans sa chambre mais bifurqua vers la sortie de secours pour disparaître dans le monde moldu.

§§§§§

Puisqu'elle restait encore plus jours à Londres, Hermione avait décidé de mener sa petite enquête.

Elle avait rendu visite à Gemna pour éviter les malentendus dont elle ne serait pas à l'origine – dont une procuration de sa future belle-mère sur ses coffres – avant d'établir un plan d'attaque. Elle avait commencé par se rendre à la boutique des jumeaux pour se rendre compte qu'elle était abandonnée, ce qui était surprenant vu son succès à son départ. Elle avait continué dans l'allée des Embrumes qui était devenue … aseptisée et le quartier magique était vide, comme un musée. Pré-au-Lard avait vu ses commerces fermer les uns après les autres et seuls survivaient les Trois Balais, Zonko et la filiale de Scribenpenne. Heureusement, Rosemerta, la tenancière, avait été une mine d'informations concernant ce qui se passait à Poudlard. Elle fut déçue d'apprendre que même si les élèves étaient encore répartis à Serpentard, ces derniers étaient retirés dès le lendemain matin par leurs parents et quand ce n'était pas possible, ils devenaient les boucs émissaires des autres élèves tant et si bien qu'il n'y avait aucun Serpentard qui se présentait en deuxième année et au-delà. Les trois autres maisons étaient à couteaux tirés et se livraient une guerre sans merci, au point que les Poufsouffles étaient considérés comme des moins que rien, les Serdaigles incapables de voir au-delà de leurs livres et les Gryffondors étaient les meilleurs parce qu'ils comptaient dans leurs rangs Harry Potter et Albus Dumbledore. Oh, et Serpentard était le mal incarné. Les professeurs avaient leur maîtrise mais suivaient strictement les consignes du ministère. Du coup, les cours s'étaient appauvris, la bibliothèque avait été purgée et l'histoire de la magie n'était une ode à la grandeur des Gryffondors.

La brune s'était ensuite tournée vers ses amis.

Elle avait fait une croix sur Ronald Weasley en tant que compagnon potentiel quand ce dernier l'avait abandonné Harry et elle pendant la chasse aux horcruxes. Ça avait été avec une clarté assez impressionnante qu'elle avait compris que contrairement à ses frères, Ron ferait d'abord passer les souhaits de sa mère avant les siens et que le choix de sa future épouse passera par son accord. Malgré cela, elle s'était rendu compte que le roux ne serait jamais un défi intellectuel pour elle et qu'ils n'avaient pas les mêmes buts. Sa liaison avec Lavande Brown lui confirmait ses impressions.

Dans la même veine, la relation entre Harry et Ginny lui avait toujours paru faussée. Une fangirl et son héros n'étaient clairement pas destinés à vivre ensemble jusqu'à la fin de leurs jours, encore plus quand les principales informations que la rousse connaissait du brun provenaient de sources qui n'avaient jamais vu Harry de près ou de loin. Il avait fallu trois ans à Hermione pour comprendre qu'Harry montrait au monde sorcier ce qu'il voulait voir et pas qui il était réellement. C'était d'ailleurs à cette même époque qu'elle avait compris que ce n'était pas normal que Sirius Black ait été le seul mangemort qui n'avait pas eu de procès donc qu'il y avait une raison précise qui était sûrement liée à Harry. Bref, à ses yeux, Ginny et Harry n'allaient pas ensemble et pendant les quelques mois après la guerre où elle était encore en Grande Bretagne, elle avait supplié son meilleur ami de tout savoir sur son passé avant d'envisager l'avenir. Sans oublier que l'obsession de Ginny au sujet du Survivant lui avait toujours paru bizarre …

Durant son exil, Hermione avait continué à écrire à Harry mais ce dernier ne s'étendait guère sur sa vie privée. Si elle devait résumer sa correspondance, ce serait par « je vais bien, tout va bien, la vie est belle ». Après plusieurs lettres du même style, elle avait décidé de ne pas s'étendre sur sa propre vie mais de lui donner que les nouvelles les moins dangereuses : sa santé, la découverte de nouveaux endroits, des nouvelles de ses parents … Maintenant qu'elle était sur place, elle avait bien l'intention de tirer tout cela au clair.

Son premier arrêt avait été pour le manoir Black à Londres. Elle avait été surprise de découvrir qu'elle pouvait le voir clairement ce qui voulait dire que les protections habituelles n'avaient pas été remises en place. Les lieux avaient l'air inoccupés et elle avait même pu entrer à l'intérieur ce qui voulait dire qu'Harry n'avait plus remis les pieds dedans depuis des années.

Le deuxième avait été la maison des Dursley. Sans surprise, Pétunia avait été infecte, son cher mari étant mort à la suite d'un accident de voiture où il conduisait ivre mort et son fils vivait encore chez elle à presque trente ans. La brune apprit que le neveu maudit n'avait plus remis les pieds dans sa maison depuis ses dix-sept ans. Par acquis de conscience, elle avait voulu connaître les protections que Dumbledore avait placé sur cette maison pour qu'il soit indispensable d'y renvoyer son meilleur ami sans prendre en compte la maltraitance psychologique dont il souffrait. Les premiers résultats avaient été si hallucinants qu'elle avait immédiatement demandé à Théo de faire des vérifications plus poussées.

En arrivant à son troisième arrêt, Hermione fut surprise de découvrir le Terrier déserté. Avec tous les enfants partis, le couple devait être assez à l'aise financièrement parlant pour restaurer leur maison et y vivre confortablement.

En fait, elle avait appris le fin mot de l'histoire à son quatrième point de chute.

Eloignée de Grande Bretagne, elle avait été intriguée par le culte du Survivant. Elle avait ainsi appris outre le fait qu'Albus Dumbledore avait alimenté cette folie, un mausolée avait été installé sur les ruines du cottage de Godric's Hollow où étaient morts les parents d'Harry. L'entrée était payante et les bénéfices remplissaient les caisses occultes du ministère. Depuis la mort de Voldemort, la propriété accueillait également la demeure d'Harry Potter et de sa femme Ginny et l'hypothèse la plus plausible voulait que la gardienne du secret soit Molly Weasley et qu'elle s'était payé les meilleures protections sorcières pour éloigner les intrus.

Quel dommage qu'il soit si facile de les contourner …

Hermione rentra dans son hôtel et mit au point son point d'attaque. Si elle devait se fier aux rumeurs qui courraient, si elle voulait voir son meilleur ami sans avoir sur le dos sa femme et sa belle-mère, elle allait devoir faire en sorte de les éloigner …

§§§§§

-JE VAIS TUER CETTE GARCE ! rugit Hermione en entrant dans la pièce

-Pas encore, sourit Gemna. Nous devons lui faire payer d'abord.

La brune faisait les cent pas pendant que la gobeline écrivait au directeur de la banque pour le prévenir de l'avancement de la situation.

Après avoir fait croire qu'elle allait se rendre au ministère pour confirmer sa mutation en Grande Bretagne, Hermione avait donné rendez-vous à Harry à Gringotts sous couvert d'un contrat entre une entreprise australienne et le clan Potter. Dès qu'il avait posé un pied dans la nation gobeline, toutes les alarmes de la banque avaient sonné et Ragnok avait pris la situation en main. Il avait totalement purifié l'héritier Potter imbibé de la version liquide de l'imperium et avait suspendu tous les mouvements qui avaient lieu sur les patrimoines Potter et Black. Harry n'avait mis que vingt-quatre heures pour se remettre et avait demandé qu'on kidnappe Ginny dans les plus brefs délais pour qu'elle puisse être purifiée à son tour.

En moins de quarante-huit heures, leur mariage avait été annulé et le duo avait raconté ce qui s'était réellement passé.

Après la guerre, Harry avait, sur le conseil d'Hermione, prit connaissance de son héritage de la part de ses parents comme de son parrain. Conscient qu'il ne savait rien du tout, il avait convenu avec Gringotts qu'il ne reprendrait pas tout de suite ses titres, du moins pas avant que le directeur de la banque ne l'estime apte et en attendant ce jour, ce dernier gérerait les affaires des familles Potter et Black. Le brun avait ensuite décidé de régler définitivement son histoire avec Ginny, puisqu'il ne comptait pas faire sa vie avec elle. Il avait donc gagné le Terrier pour lui parler franchement.

Ce fut à ce moment-là que le piège s'était refermé.

Convié au dîner, Harry mangea avec Molly et Ginny. La matrone avait drogué leurs assiettes pour qu'ils lui obéissent au doigt et à l'œil. Elle avait continué ce traitement de choc pendant deux semaines avant de les forcer à annoncer leurs fiançailles puis à organiser leur mariage dans les plus brefs délais. Après celui-ci, le couple et elle s'étaient installées à Godric's Hollow – dont la reconstruction avait commencé quelques jours avant qu'Harry ne se rende chez les Weasley – et Harry était entré dans le programme des aurors tandis que Ginny s'occupait de sa nouvelle maison. Le duo avait passé sous silence les relations sexuelles contraintes, leurs unions stériles, la surveillance poussée de tous leurs faits et gestes et les colères monstrueuses de la matrone quand elle n'arrivait pas à obtenir l'argent et les biens de son gendre mais heureusement, ils ne s'en voulaient pas l'un l'autre de ces quinze années d'horreur.

Mais le problème restait le même. Molly Weasley allait payer ses idées de grandeur.

-Peux-tu revenir pour que nous en discutions ? demanda Gemna

Hermione grogna en reprenant place. Pour que la matrone rousse ne se doute de quoi que ce soit, Ragnok avait demandé à l'un des mages de créer deux golems à l'image de Ginny et d'Harry et de leur coller une maladie assez grave pour qu'ils soient hospitalisés à St Mangouste où ils seraient sous la garde de médicomages rattachés à Gringotts. En attendant, le couple dont l'union avait été fraîchement annulée se cachait dans l'une des demeures du clan Black où ils avaient invité Hermione à les rejoindre. Mais là, ils s'étaient réunis à la banque pour définitivement éloigner la menace Molly Weasley.

-Harry me faisait remarquer qu'il se pourrait qu'on doive s'occuper de Ron, fit Ginny.

-Il ne s'est pas inquiété quand nous nous sommes mariés alors que je lui avais dit que je n'avais pas l'intention de continuer à sortir avec Ginny, haussa des épaules Harry. Mes elfes ont eu l'occasion de l'entendre réclamer de l'argent à sa mère et elle s'exécuter dans la foulée.

-C'est un fainéant, rappela Ginny. Il ne nous posera pas de problème.

-Il sera toujours temps de s'en occuper s'il pose un problème, décréta Hermione. Avez-vous décidé de ce que vous voulez faire pour Molly ?

-Nous n'allons pas faire intervenir la justice, trancha Ginny.

Hermione regarda le duo, abasourdie.

-Mais … la justice … la paix, balbutia Hermione.

-Ce sont des idéaux pour lesquels nous nous sommes battus mais qui ont été piétinés dès la fin de la guerre et par Molly Weasley la première, gronda Harry. Personne n'a été étonné de nous voir nous marier Ginny et moi, toi aussi même si je ne te reproche rien. Tu travailles à l'étranger et je suis sûre que tu as dû remarquer les différences qu'il y a entre ces sociétés. Nous avons échoué, Hermione, et Molly ne mérite pas qu'on lui garantisse un procès équitable alors qu'elle nous a volé notre liberté et une grande partie de notre vie.

-D'accord, soupira Hermione. Alors le plan devra être en béton et il faudra penser aux conséquences. Autant ados on s'en fichait un peu mais il est hors de question que sa chute profite à d'autres que vous. Combien de temps avons-nous ?

-Trois jours, répondit Gemna.

-Je sais que c'est horrible à dire mais il faut qu'elle disparaisse, décréta Ginny. Définitivement de nos vies à tous.

-Je pense qu'au moins ton père trouvera quelque chose à redire, commenta Hermione.

-Oh … visiblement, tu n'es pas au courant, comprit Ginny.

-Au courant de quoi ? pressa Hermione

-Arthur est mort il y a douze ans dans un accident domestique, révéla Harry.

Hermione vacilla. Comment ?

-Molly Weasley pensait qu'elle allait récupérer le titre de lady Weasley mais elle a découvert que le titre était revenu à son deuxième fils quand son aîné s'est marié, expliqua Gemna.

-On n'a jamais compris ce qui s'était passé, à part que Molly était entrée dans une rage folle, fit Ginny.

-J'ai l'autorisation du directeur pour vous l'expliquer, dit Gemna. Il s'avère que les négociations du contrat de mariage entre William Weasley et Fleur Delacour n'ont pas fait appel à Molly. Elles ont eu lieu entre les futurs mariés, le comte et la comtesse Delacour et lady Muriel Weasley. Pour ne pas léser les droits à l'héritage de Fleur, ils ont convenu que William deviendrait consort Delacour et renoncerait à la succession Weasley. Le suivant étant Charles, Muriel lui a demandé ce qu'il voulait et il a accepté le titre à condition que sa génitrice l'apprenne le plus tard possible. Ses propres mots.

-La rupture était déjà consommée à l'époque ? s'étonna Hermione

-Tu ne sais pas tout ce qui s'est passé au Terrier, déclara sombrement Ginny. Je ne suis pas sûre pour Ron mais nous savons tous que la mort de notre père était loin d'être accidentelle et personne ne nous en voudra si nous lui faisons payer.

Hermione lança un regard à Harry qui secoua la tête.

-Je n'en sais pas plus que toi, fit Harry. Chacun a droit à son jardin secret.

-D'accord, fit Hermione. Mais avant qu'on aille plus loin, est-ce que vous vous rendez compte que nous sommes en train de préméditer une agression voire un meurtre ?

-On m'a déjà ordonné de tuer un sorcier parce que cette société n'était pas fichue de d'accueillir correctement un orphelin en son sein et de prendre les bonnes décisions pour le bien de tous et pas pour la satisfaction de quelques-uns, siffla Harry. J'ai cessé de me conduire en chevalier en armure blanche quand tout un peuple a décidé que ce serait un gosse qui mènerait ses batailles à leur place. Donc s'il faut se salir les mains pour que je décide de ma propre vie, je suis partant.

Hermione soupira.

-Si votre conscience est tranquille avec ça, fit Hermione. Gemna, avez-vous des solutions à nous proposer ?

§§§§§

Par Salazar, il ne faut vraiment pas s'attirer la rancune d'un Gryffondor, déglutit difficilement Théo en regardant la scène.

Contrairement à ce qu'elle aurait cru de son vivant, les funérailles de l'ancienne belle-mère du Sauveur avaient attiré très peu de monde. En vérité, il n'y avait qu'une poignée de personnes qui étaient venues : le maître nécromancien, Harry Potter, Ginevra, Perceval et Charles Weasley. Théo Nott n'était présent qu'au cas où les rites funérailles auraient un loupé.

-Une bonne chose de faite, fit une voix aux côtés de Théo.

-Tu ne portes pas la Prewett dans ton cœur, constata Théo.

-Elle a essayé d'activer le contrat de mariage qui devait me lier à son imbécile de fils, renifla Hermione. Tu penses bien que je n'ai plus aucun respect pour cette sorcière.

-Que s'est-il passé ? demanda Théo

-Tu n'as pas lu les journaux ? papillonna Hermione. L'ancienne belle-mère du Sauveur est morte des suites d'une maladie moldue qu'elle aurait contracté lors d'une sortie avec son gendre.

-Et quand on sort du monde merveilleux des sorciers britanniques ? demanda Théo en levant les yeux au ciel

-Poudlard ne nous prépare vraiment pas à toute la diversité de la magie, répondit simplement Hermione.

La question sous-entendue par Théo fit craquer la jeune femme.

-Il s'avère que la bibliothèque du clan Potter n'est pas aussi lumineuse qu'a voulu faire croire Dumbledore, expliqua Hermione. La partie qui contient les ouvrages les plus problématiques ne se trouvait pas en Grande Bretagne mais dans un manoir en France. Les elfes de maison qui s'en occupent ont fourni à Harry un grimoire de malédictions avec des effets plus intéressants les uns que les autres pour nourrir les souhaits les plus sadiques. J'ai brassé la potion, Harry a tracé le cercle d'invocation et Ginny s'est occupé des incantations. Résultat, elle a lentement perdu sa capacité d'utiliser sa magie qui la rongeait de l'intérieur et elle était prise régulièrement de crises de tremblement. Les médicomages en ont conclu qu'elle avait contracté une maladie moldue, l'épilepsie, et que son âge avait entraîné la faiblesse de ses défenses immunitaires.

-Une minute … l'épilepsie ne s'attrape pas, se souvint Théo.

-Je ne suis pas là pour corriger l'incompétence des médicomages britanniques, ricana Hermione.

-Elle a mis longtemps à mourir, remarqua Théo.

-Le but n'était pas qu'elle meure dans les plus brefs délais mais qu'elle se rende compte de ce que ça faisait quand on retirait arbitrairement le contrôle de sa vie, expliqua Hermione. J'étais là pour aider mes amis qui ont décidé seuls de cette punition.

-Ça a quand même pris cinq ans, nota Théo.

-Cinq ans où elle a vu le mariage qu'elle a voulu entièrement contrôler se dissoudre, où elle a vu Harry épouser Astoria Greengrass et Ginny devenir lady Malfoy sans qu'elle n'ait son mot à dire quant au fait qu'ils fréquentent des Serpentards, précisa Hermione. Cinq ans où elle a vu que le nom des Prewett renaître avec le premier fils de Percy, où elle a vu qu'aucun de ses enfants voulaient la prendre en charge avec sa maladie ou lui permettre de voir ses petits-enfants. Cinq ans où elle s'est vue reniée de la famille Weasley et de la famille Prewett et où elle a vu ses liens magiques avec la famille Potter être brisés. Et on ne sait pas tout ce que ses enfants ont voulu lui faire payer.

-Vu comme ça, murmura Théo.

De loin, ils virent le cercueil être mis en terre et les invités partir sans un regard en arrière de cette partie du cimetière où étaient inhumés les reniés. La fosse commune refermée, Théo se détourna à son tour et proposa son bras à Hermione.

-Maintenant que cette histoire est terminée, est-ce que ma proposition d'emménager ensemble tient toujours ? demanda Théo

Hermione sourit en prenant le bras de son compagnon depuis deux ans.

-Je n'ai pas l'intention de revenir en Grande Bretagne, rappela Hermione. Si cela ne te gêne pas, je préfère que ce soit toi qui viennes chez moi.

-En Australie ? demanda Théo

-Non, au Danemark, répondit Hermione. J'ai accepté un poste à l'ambassade magique. Le MI-7 pourrait te transférer aussi, tu ne penses pas ? Ce pays ne peut rien t'apporter s'il reste dans son immobilisme.

-Tu prêches un convaincu, sourit Théo. Va pour un déménagement. Comme cela, je pourrais aider plus efficacement Rose et Hugo.

-Ils t'adorent, rit Hermione. Ils seront fous de joie de savoir que tu vas vivre avec nous.

-Toujours contre l'idée de se marier ? taquina Théo

-Tant que tu essaieras de me convaincre que c'est pour avoir quelqu'un pour transmettre ton héritage, nan, répondit Hermione. Si tu trouves autre chose …

Le couple s'éloigna à son tour du cimetière vers leur avenir.

Fin