Un sifflement amusé fit brusquement sursauter Marinette et Adrien. Complètement absorbés l'un par l'autre, ils avaient complètement oublié qu'ils se trouvaient au milieu de la classe et de tous leurs camarades.

Non, rectification.

Au milieu de la classe, de tous leurs camarades ET d'une confrontation avec Lila.

Ce dernier point, en particulier, n'avait visiblement pas laissé Alya indifférente.

En temps normal, la jeune blogueuse se serait extasiée d'assister à un rapprochement entre Marinette et Adrien. Elle aurait manifesté bruyamment sa joie, sauté au cou de Marinette pour la congratuler, tapé affectueusement sur l'épaule d'Adrien, sans oublier bien sûr de prendre quelques – non, beaucoup – de photos pour illustrer ce glorieux moment.

Et, naturellement, parce qu'Alya est Alya et que savoir lui est aussi indispensable que respirer, elle aurait bombardé ses amis de questions pour connaître ce qui avait mené à ce développement tant espéré.

Mais là, la curiosité d'Alya n'était pas dirigée vers Marinette et Adrien.

Alors que Kim et Alix continuaient de gratifier leurs camarades de joyeux sifflements – dont Marinette ne saurait dire s'ils avaient pour but de la féliciter ou de l'embarrasser (ou plus certainement les deux à la fois) -, le regard d'Alya allait d'Adrien à Lila et inversement.

Sourcils froncés derrière ses lunettes, les lèvres pincées, la jeune blogueuse était visiblement aussi perplexe que contrariée.

Et parce qu'Alya est Alya et qu'il n'est pas un mystère qu'elle puisse voir passer sans tenter de le résoudre, elle ne perdit pas une seconde de plus avant d'ouvrir la bouche.

« Adrien », interpella-t-elle son camarade d'une voix ferme.

Une voix autoritaire.

Une voix inquisitrice.

Une voix je-sais-qu'on-ne-me-dit-pas-tout-et-tu-vas-cracher-le-morceau-maintenant.

Le regard brillant de détermination d'Alya défiait quiconque d'oser essayer de lui mentir.

« Ne te méprends pas, je suis absolument ravie pour Marinette et toi et vous avez intérêt à tout me raconter plus tard. Mais dis-moi… Quand tu dis que Lila ment comme elle respire, tu fais allusion à quoi exactement ? »

« À rien ! », s'empressa d'intervenir Lila. « À rien du tout ! Ce n'est qu'une petite blague entre amis, n'est-ce pas, Adrien ? »

Pour parfaire son effet, la jeune fille laissa échapper un petit rire soi-disant amusé.

Mais son sourire avait la dureté de l'acier et les ongles de la main qu'elle plaça sur le bras d'Adrien s'enfoncèrent douloureusement dans sa chair. Si ses yeux avaient été des dagues, le regard qu'elle posait sur le jeune mannequin aurait été une lame placée sous sa gorge en guise d'avertissement.

Il en fallait malgré tout plus pour impressionner Adrien.

Ses réserves de patience concernant Lila étaient épuisées depuis longtemps et la nouvelle attaque qu'elle venait de porter à Marinette éveillait en lui des velléités de revanches.

Nul ne s'en prenait à sa princesse sans en subir les conséquences.

Adrien se tourna vers Lila, sourcils froncés et lèvres pincées. De son regard dur comme une pierre à la rigidité de sa posture, tout dans son attitude transpirait la désapprobation.

Le jeune homme avait été à bonne école. Jamais il n'avait été aussi évident qu'Adrien Agreste était bel et bien le fils de son illustre père.

« Et d'une, ce n'est pas une blague », répliqua-t-il sèchement. « Et de deux, nous ne sommes pas amis. »

Alors que Lila ouvrait la bouche pour répliquer, Adrien l'interrompit d'un geste de la main.

« Et avant que tu dises quoi que ce soit pour me contredire, comme prétendre que je mens pour je ne sais quelle raison, je t'arrête tout de suite. Si ça avait été le cas, j'aurais pu me contenter de dire que nous n'étions que de vagues connaissances. Mais que les choses soient claires », poursuivit-il en haussant le ton et en se tournant vers les autres élèves, qui le fixaient, médusés. « Je ne suis pas du tout ami avec Lila. Je n'aime pas Lila, et je ne l'ai jamais aimée. Point. »

Une lueur dangereuse étincela dans les yeux de la jeune italienne.

« Tu ne devrais pas dire ça, Adrien », gronda-t-elle d'une voix menaçante. « Ton père… »

« … sera ravi d'apprendre tout ce que j'ai à lui raconter sur toi », la coupa Adrien. « Comme le fait que tu passes ton temps à essayer de m'embrasser ou de me toucher sans ma permission, par exemple, malgré le fait que je t'ai déjà demandé d'arrêter à plusieurs reprises. »

Des hoquets horrifiés s'échappèrent de la masse des élèves.

Tous les regards se braquèrent sur Lila à la vitesse d'une balle de fusil.

L'impact des paroles d'Adrien se lisait sur chaque personne présente. Le teint de Rose était verdâtre. Mylène, blottie dans les bras d'un Ivan visiblement choqué, avait l'air tout aussi nauséeuse. Juleka se recroquevillait sur son siège en marmonnant des paroles indistinctes. Max vacillait, comme s'il avait reçu un coup de massue sur la tête. Les traits déformés de fureur, Kim et Alix semblaient prêts à bondir sur Lila. Sabrina était aussi livide que Chloé était rouge de colère, tandis que Nathaniel paraissait au bord du malaise. Mains crispées de rage autour de son téléphone, Alya serrait l'appareil avec tant de force qu'on pouvait légitimement s'attendre à ce qu'il se brise en deux à tout instant. Quant à Nino, il paraissait hésiter entre vomir et hurler son courroux.

Sentant manifestement la situation lui échapper, Lila décida d'intervenir sans perdre plus de temps.

Elle se tourna vers ses camarades, les yeux brillants de larmes et les lèvres tremblantes, image de l'innocence injustement accusée.

« C'est un mensonge ! », s'exclama-t-elle en agitant vigoureusement les mains devant elle en signe de dénégation. « Un terrible mensonge ! Vous ne pouvez pas – »

« J'ai des preuves », lâcha brusquement Adrien.

Sa voix fit l'effet d'une lame que l'on abat.

Froide. Tranchante. Sans pitié.

Mortellement efficace.

Dans le silence qui paralysa aussitôt la salle, les paroles du jeune homme résonnèrent, claires et limpides.

« Figure-toi que ton comportement ne passait pas inaperçu pendant nos séances photos », reprit-il à l'attention de Lila. « Les photographes, les maquilleurs, les techniciens… Je ne compte pas le nombre de personnes qui ont remarqué à quel point tu me harcelais pour qu'on se rapproche et à quel point ça me mettait mal à l'aise. »

« Je – »

« Est-ce que tu as une idée de depuis combien de temps je travaille pour mon père ? », poursuivit implacablement Adrien. « Et depuis combien de temps les gens qui travaillent sur nos photoshoots travaillent pour lui ? », ajouta-t-il alors que Lila lui jetait un regard confus. « La plupart de ses employés m'ont vu grandir, et ils ont été plus que partants pour m'aider quand ils ont compris ce qu'il se passait. »

« Te… T'aider ? », releva Lila. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Je veux dire qu'ils m'ont aidé à rassembler des preuves », assena Adrien. « Des preuves concernant le fait que tu n'arrêtes pas d'essayer de m'embrasser ou de me toucher sous n'importe quel prétexte. Des preuves que tu envahis tout le temps mon espace personnel bien que je te dise systématiquement non. Des preuves que tu me menaces quand je refuse de t'obéir. Des preuves que tu me harcèles, en résumé », conclut-il en jetant un regard triomphal à son ennemie, alors que de nouvelles exclamations de colère s'échappaient de leurs camarades.

Profitant du fait que Lila semblait pour une fois à cours d'excuses, Adrien se fit un plaisir de lui donner le coup de grâce.

« J'ai tout un tas d'enregistrements audio et vidéo, que je compte bien présenter à mon père », annonça-t-il avec une jubilation morbide. « Ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'on t'interdise définitivement de m'approcher. »

Cette dernière attaque sorti Lila de sa torpeur horrifiée.

« Tu… Tu n'as pas le droit ! », s'exclama-t-elle. « Enfin, je ne dis pas que ces enregistrements existent », se reprit-elle avec une lueur paniquée dans le regard. « Mais même si c'était le cas, tu n'aurais jamais eu le droit d'enregistrer une de nos conversations sans ma permission. Ce n'est pas légal ! »

Un sourire carnassier se dessina sur le visage d'Adrien.

« Oh, mais j'ai ta permission », répliqua-t-il d'une voix dangereusement douce. « Tu aurais dû lire ton contrat avec plus d'attention quand tu as été engagée par mon père. »

« Mon… contrat ? », répéta Lila, surprise.

« Oui », approuva Adrien. « Dans ton contrat, comme dans le mien, se trouve une clause indiquant que tu donnes ton autorisation être photographiée, filmée ou enregistrée de quelque façon que ce soit dès l'instant où tu te trouves sur les lieux d'une séance photo. C'est un indispensable, après tout », poursuivit-il en s'appuyant négligemment contre le dossier de son siège, tout en fausse nonchalance et grâce féline. « Ça fait partie du travail. Tout ça pour dire que j'ai le droit de t'enregistrer », conclut Adrien avec un petit claquement de langue satisfait. « Et que j'ai largement de quoi te faire renvoyer. »

Poings serrés de rage, Lila lui jeta un regard noir.

« Je t'interdis de faire ça », grogna-t-elle d'une voix menaçante.

« Interdit autant que tu veux, ça ne m'empêchera pas de le faire », rétorqua Adrien sans sourciller. « Je ne tolérais ta présence que parce que tu m'avais menacé de faire de la vie de Marinette un enfer si je ne t'obéissais pas. Mais maintenant, c'est fini. »

Sa dernière remarque fit l'effet d'une bombe lâchée au milieu de la classe.

« QUOI ? », explosèrent les autres élèves.

« TU AS MENACÉ MARINETTE ? », hurla Alya en bondissant vers la jeune italienne.

Lila n'échappa à sa poigne qu'en se réfugiant derrière le bureau d'Adrien et Nino, avant de battre en retraite encore plus loin en croisant le regard assassin du jeune DJ.

« Non, non, pas du tout », balbutia-t-elle précipitamment, « il ne faut pas croire … »

« Oui, elle m'a menacée », confirma nonchalamment Marinette, comme l'on jetterait une allumette enflammée dans une flaque d'essence. « À plusieurs reprises. »

Si Adrien avait décidé qu'il était grand temps d'exposer Lila, c'est avec un grand, un large, un immense plaisir qu'elle apporterait sa pierre à l'édifice.

« Lila y fait allusion dans certaines de nos conversations, si vous voulez des preuves », renchérit son coéquipier avec un sourire prédateur qui fit frissonner les quelques élèves qui n'étaient pas déjà occupés à foudroyer Lila du regard.

Livide de rage, Alya serra ses poings tremblants et prit une profonde inspiration. Il était évident qu'elle faisait d'énormes efforts pour réussir à garder son calme.

Après un regard chargé de haine lancé vers Lila, elle se força à se détourner de celle qu'elle considérait auparavant comme une amie pour porter son attention sur Adrien.

« À ce stade de la conversation, j'imagine que ce n'est pas la peine de te parler de la rumeur comme quoi tu serais amoureux de Lila, et que Marinette la déteste à cause des sentiments qu'elle t'inspire ? », lui demanda-t-elle d'une voix vibrante d'une fureur difficilement contenue.

« Tu peux toujours », répliqua Adrien avec un haussement d'épaule évasif. « Je te répondrais que je suis amoureux de Marinette, et Lila ne m'inspire absolument rien d'autre que des sentiments négatifs. »

Les joues de Marinette s'empourprèrent violemment devant la nonchalante confession d'Adrien. Mais là, pas question pour la jeune fille de se laisser distraire par ses sentiments pour son coéquipier.

Là, Adrien faisait face à Lila avec la ferme intention de mettre ses mensonges à terre une bonne fois pour toute.

Hors de question pour elle de le laisser mener une bataille sans être fermement à ses côtés.

Ses yeux bleus durs comme de l'acier, elle exerça machinalement une légère pression sur les doigts d'Adrien.

« J'ajouterai que personnellement », glissa-t-elle d'une voix dangereusement douce, « j'ai ma petite idée concernant l'origine de cette rumeur. »

Une fois de plus, tous les regards se tournèrent vers Lila.

Un silence assourdissant s'abattit sur la salle.

Une seconde.

Deux secondes.

Puis ce fut l'explosion.

Cette ultime prise de conscience des manipulations de leur camarade était visiblement tout ce qu'il fallait aux autres élèves pour craquer une bonne fois pour toute. Tous se mirent à hurler et à quitter leurs sièges pour venir encercler Lila, dont le teint avait pris une vilaine couleur grisâtre.

Seul à rester en arrière hormis Marinette et Adrien, Nino se tourna vers son meilleur ami.

« Je suis désolé », s'excusa en soulevant sa casquette d'un air contrit. « Je pensais que comme tu aimes bien Marinette – enfin, plus que bien, visiblement –, tu prenais son parti sans vérifier ce qu'elle racontait. Lila m'avait convaincu qu'elle n'avait rien à se reprocher, que toutes les fois où tu avais l'air d'être mal à l'aise auprès d'elle, c'était uniquement à cause de Marinette, parce que tu ne voulais pas causer plus de frictions entre elles… »

« À ta place, je prendrais tout ce que dit Lila avec d'ÉNORMES pincettes », confirma Adrien avec un bref hochement de tête. « Je peux te faire écouter mes enregistrements, si tu veux. »

« Pas la peine, je te crois », répliqua Nino en agitant les mains devant lui. « Et je suis désolé de ne pas t'avoir écouté plus tôt. Je te présente mes excuses. Et à toi aussi, Marinette », ajouta-t-il en se tournant vers sa voisine de derrière. « Je n'aurai pas dû douter de toi. »

Autour d'eux, les autres élèves, Alya en tête, continuaient de tancer vertement Lila. Entre deux exclamations indignées, ils consultaient avidement leurs téléphones, se penchant enfin sur les folles histoires de leur camarade pour y chercher – sans succès – un semblant de vérité.

Adrien et Marinette ne doutaient pas un instant qu'après cette vague de colère viendrait le temps où leurs amis s'empresseraient de s'excuser auprès d'eux.

Mais pour l'instant, ils n'étaient pas d'humeur à s'en préoccuper.

Doigts toujours entrelacés avec ceux de Marinette, Adrien porta la main de la jeune fille à ses lèvres pour y déposer un tendre baiser. Mille émotions planaient entre les deux adolescents rougissants, nichées dans leurs regards, lovées contre leurs peaux.

Un sentiment de complicité infaillible.

Du soulagement.

De la joie.

Mais par-dessus tout, plus fort et plus brillant que quoi que soit d'autre, un sentiment évident :

L'amour.


*** FIN ***


Note :

Hello !

Ça y est, cette petite histoire est terminée. Elle aura bel et bien fait 2 chapitres au final, mais j'avoue que j'ai un peu triché : le chapitre 2 était déjà quasi-terminé quand j'ai annoncé la taille de la fic xD .

Après soyons honnête : à la base, cette histoire ne devait faire qu'un seul chapitre. Mais si elle en fait 2 finalement ce n'est pas parce que je me suis (encore x) ) trompée dans les estimations, mais que j'ai décidé d'ajouter une petite suite avec la réaction des autres élèves. J'adore détester Lila, que voulez-vous… je n'ai pas pu résister xD .

Cette fic, c'était l'occasion pour moi de me refaire la main en tapant sur Lila (sans mauvais jeux de mots), et c'était un plaisir à écrire ! J'étais vraiment contente de me remettre à l'écriture et de vous retrouver, j'espère que cette histoire vous aura plu ^^

De mon côté, je ne manque pas d'idées d'histoires, par contre je manque toujours autant de temps. Je ne peux pas vous garantir qu'il y aura d'autres fics après celle-là, mais j'espère que si parce que j'en ai au moins une en cours d'écriture, plus d'autres que j'adorerai vraiment écrire mais qui demanderaient un investissement plus conséquent parce que ce serait des histoires longues. J'ai une idée en particulier que j'aimerai exploiter mais 1. Il faudrait que je peaufine le scénario et 2. Ça serait une histoire longue, et je préfère ne pas me lancer là-dedans tant que mon emploi du temps est aussi serré.

Bref, on verra.

En tout cas, merci de m'avoir lue jusqu'ici et à une prochaine j'espère !