Deux jours plus tard, M. Agreste convoqua Adrien dans son bureau en fin de journée.

«Adrien j'ai été très déçu d'apprendre que tu n'avais pas invité la jeune Kagami à danser lors de la réception donnée par Mlle Bourgeois il y a deux semaines.»

«Pourquoi aurais-je invité Kagami à danser? Je doute qu'elle apprécie ce genre d'activité.» se surprit Adrien. Ce jour-là, il n'avait dansé que deux fois avec Marinette puis il y avait eu une attaque akuma, le propre majordome de Chloé. «Kagami ne consacre son énergie que pour les choses utiles et constructives.»

«Lui as-tu consacré du temps? L'as-tu entretenu lors d'une longue conversation? Avez-vous parlé de projets communs?» pressa M. Agreste avec un geste de la main.

«Euh, non, rien de tout ça, je l'ai simplement salué.» avoua Adrien qui ne voyait pas où voulait en venir son père.

«Mais enfin, Adrien, sa mère est ma principale partenaire commerciale! Tu dois t'intéressé à la jeune Tsurugi et lui montrer un minimum d'intérêt.» éclata-t-il finalement. «C'est ton travail d'image de la compagnie Agreste. Il ne suffit pas de poser pour vendre des vêtements, il faut aussi vendre notre marque aux grands acheteurs commerciaux! Tout ne se joue pas devant les caméras, loin de là. Nathalie t'a organisé un rendez-vous au restaurant avec cette jeune fille demain soir. Il faut évidemment s'attendre à ce qu'il y ait des photographes sur place donc, tu devras offrir l'image d'un jeune homme entreprenant et intéressé auprès de la jeune Kagami.»

«Demain? Vraiment?» la nouvelle, dans son ensemble, avait perturbé Adrien mais la précision de la date l'avait blessé. «Et vous, avez-vous des projets personnels pour demain, Père

«Évidemment. J'ai beaucoup de travail!» M. Agreste était déjà retourné à son écran de travail après avoir donné ses ordres mais reporta un regard incrédule sur son fils qui contestait ses directives. «Je ne peux pas tout faire moi-même Adrien, j'ai besoin de ton concours si nous voulons mener à bien nos entreprises.»

«Je pensais que peut-être vous voudriez célébrer le fait qu'il y a dix-huit ans, vous avez eu un fils?» fit Adrien amèrement mais plus déçu qu'accusateur.

«Je suis désolé, Adrien.» fit sincèrement M. Agreste un peu moins durement. «Mais pour moi, les anniversaires ne sont qu'une façon de me rappeler que le temps passe alors que les objectifs ne sont toujours pas atteints.»

Malgré les propos froids de son père, Adrien remarqua un subtile battement de paupière ayant pu servir à retenir une larme. Peut-être son anniversaire lui rappelait-il que son épouse adorée n'était plus là pour partager avec lui le fait d'être parent? Il décida de ne pas pousser la conversation plus loin.

Aller au restaurant avec Kagami pour son anniversaire valait mieux que de le passer seul dans sa chambre comme s'il ne s'agissait pas d'une journée particulière pour lui ou même d'une punition.

«Très bien, je n'insiste pas.» reprit-il. «Mais vous devriez songer qu'un jour, autant de travail et si peu de temps pour vous pourrait vous causer des problèmes de santé. Vous travaillez dix-huit heures par jour, au moins.»

«Mais travailler, c'est ce qui me plaît. Je te remercie pour tes préoccupations, Adrien. Mais, j'ai des médecins qui s'occupent de l'aspect médical de mes performances. À l'avenir, je te demanderais que rester à ta place.» conclu-t-il.

«Je sais bien que vous vous entourez des meilleurs dans tous les domaines. Mon inquiétude tiens seulement du fait que j'ai perdu ma mère et que je ne veux pas perdre mon père. Vous ne pouvez pas me reprocher de vous porter de l'intérêt tout comme vous le faite pour moi? Je vous souhaite une bonne journée Père, à la prochaine.»

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Le jour anniversaire d'Adrien commença comme un vendredi d'automne tout à fait ordinaire. Il mangea seul. Se rendit en cours, discuta avec Nino qui fut affreusement déçu d'apprendre qu'Adrien était trop occupé pour faire la fête.

Adrien, sachant le sujet sensible pour Nino, lui avait tout de même révélé qu'il avait des projets personnels en tête. Avec un clin d'œil à l'appui, il lui avait dit sous le sceau du secret qu'il passerait la soirée en agréable compagnie.

Nino accueilli la nouvelle avec soulagement. Il commençait à désespérer de voir son ami s'intéresser à la gente féminine et au bon temps qu'il pouvait en tirer. Il se promit de tirer tous les détails à son ami dès le lundi suivant.

La journée se déroula sans histoire si ce n'est que les autres élèves l'évitaient légèrement, chuchotaient dans son dos et rougissaient lorsqu'il les abordait. Finalement, seule Marinette était normale et égale à elle-même puisqu'elle aussi rougissait et bafouillait en sa présence comme les autres.

Il était vraiment curieux de savoir quelle rumeur s'était mise à circuler sur son compte. Que disait-on dans son dos? Mais que pouvait-il y faire sans franchir la limite du savoir-vivre? Cela aurait vraiment été déplacé de faire une scène et de se mettre à crier jusqu'à ce que finalement quelqu'un accepte de lui dire ce dont il retournait. Il ne pouvait tout de même pas voler un téléphone pour espionner leur conversation!

Parfois être populaire était une plaie.

Au moins, Marinette avait-elle établi le contact avec sa messagerie et répondu au message qu'il lui avait envoyé la veille. C'était un réconfort au milieu de cette tempête de rejets.

De retour chez lui pour attendre sa leçon de piano, Adrien fut surprit par une alerte akuma et fut si heureux de passer du temps avec sa Lady qu'il fit durée un peu le combat pour rien et arriva au dernier instant auprès de son chauffeur qui le conduisit au dîner en tête à tête avec Kagami.

Il y avait effectivement des photographes ainsi que des fans présents devant l'entrée du restaurant huppé. Il s'agissait cependant de chasseurs d'autographe et de selfies plutôt que des habituels fans hystériques qui le poursuivaient lui. Il passa donc le barrage de leurs salutations enthousiastes assez rapidement.

Lorsqu'il en eut terminé, il retrouva Kagami qui s'était déjà installée à leur table sans l'attendre.

La jeune femme était une fille indépendante et n'attendait pas après un garçon pour mener sa vie et faire ce qu'elle sentait devoir faire.

Le menu à ses côtés, lorsqu'il arriva, elle lui demanda si ce genre de reconnaissance le gênait.

«Je n'ai pas de sentiment particulier sur le sujet.» lui apprit-t-il. «Oui, cela me gêne parce que je ne comprends pas que les gens se conduisent de la sorte avec moi. Mais, est-ce que cela m'ennuie au point de vouloir qu'ils ne le fassent pas? Non. À mes yeux, c'est mon travail de poser pour les journalistes et d'accorder du temps aux fans. En plus, je peux dire avec certitude qu'ils apprécient ce que je fais. Cela leur apporte du bonheur.»

«Cela signifie donc, que tu considères qu'ils ne sont pas nuisibles mais tout de même inutiles.» résuma froidement la jeune héritière.

«À mes yeux, personnes n'est inutiles.» protesta-il aussitôt. «Je ne dirais jamais d'une personne qu'elle est inutiles. Les personnes ne sont pas des objets.»

«Inutilement inappropriés, dans ce cas, si tu préfères.» offrit-elle doucement avant de retomber dans le silence.

Kagami était une jeune fille calme, forte et réservée. Adrien savait qu'elle avait tout de même un bon cœur mais qu'elle avait grandit en étant trop isolée.

Il voulait vraiment s'en faire une bonne amie, ne serait-ce que pour lui tendre la main et lui apprendre l'amitié et comment entrer en contact avec les gens.

Il tenta bien d'engager la conversation mais cet art non plus n'était pas du goût de cette sévère jeune personne.

Par contre, il n'éternisa pas cette rencontre. Kagami aussi avait voulu rentrer tôt. Et en plus, la soirée avait surtout été marquée par le silence. Ce n'était pas un vide désagréable, mais ni un réconfort non plus. Il en gardait plutôt une sensation de… solitude.

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Dès son retour au manoir, il ressortie par sa fenêtre et rejoignit le balcon de Marinette. Elle sortie le rejoindre sous la pleine lune, elle avait accepté de passer une soirée tranquille avec lui à titre exceptionnel. Sans promesse ni engagement.

Ils s'allongèrent sur le dos côte à côte sur un duvet pour regarder les étoiles que la fraîcheur de la nuit permettait de voir.

Elle n'avait pas encore accepté d'avoir une quelconque relation avec lui mais profiter de sa visite pour passer du temps calmement en sa compagnie était une très bonne façon d'occuper une soirée après cette journée décevante qu'elle partagea avec lui.

C'est ainsi que ChatNoir apprit de Marinette que la bande avait préparé une fête surprise que Nino avait dû annuler. Apprendre ce que ses amis avait voulu faire pour lui, lui fit chaud au cœur. Mais l'occasion gâchée était plutôt triste. Il s'en voulu aussi de les avoir soupçonné de se moquer de lui. Apparemment, il lui restait encore du travail à faire pour s'intégrer dans un cercle social et y appartenir.

«C'est aussi un jour anniversaire important pour moi aujourd'hui.» révéla le héros en perdant son regard vers une étoile très brillante. Sa mère pouvait-elle la voir aussi de là où elle était? Voyait-on les étoiles de là-haut? Que restait-il de nous lorsque la fête était terminée?

Marinette lui attrapa la main en signe de sollicitude le tirant de ses pensées sombres. «ChatNoir! Je suis désolée, si je l'avais su, j'aurais préparé quelque chose de spécial. Est-ce que tu as au moins passé du temps avec tes proches?»

Elle s'en voulait d'avoir été dure et froide avec lui lors de leur combat. Il n'y avait presque pas eu de dégâts de toute façon et aucun blessé.

Mais elle aurait juré qu'il avait volontairement fait traîner les choses en longueur. Est-ce qu'il avait voulu éviter de passer du temps avec sa famille et ses amis ou bien se trompait-elle?

Il ramena les mains sur son cœur, serrant ainsi la petite main blanche de Marinette contre sa poitrine avec ses deux mains gantées et trouva son regard. «Contempler les étoiles avec ta main dans la mienne fait de cette soirée la plus belle que j'aurais pu souhaiter. Tu tiens dans mon cœur une place que personne ne peut remplacer, Marinette. Quelque part entre amitié et tendresse, complicité et réconfort, tu es spéciale pour moi. Ce que tu représentes dans ma vie, ne ressemble à aucun lien que j'ai avec mon entourage. Je ne peux avoir cela avec personne d'autre.»

«Chat, tu ne peux pas compter sur une seule personne. Ce n'est pas bon. Surtout que nous sommes presque des étrangers. Tu dois avoir de bonnes relations avec les gens en dehors du masques aussi.» s'inquiéta-t-elle.

«En dehors du masque, ma vie…» chaos, vide, néant, creuse, étouffante, solitaire, illusoire, restreinte, mensongère. «Il n'y a pas beaucoup de choses de ma vie sans le masque que j'aime.»

«Alors, change là, c'est à toi de faire de ta vie ce que tu en veux. Attends-moi un instant.»

Elle passa par la trappe et revint avec un immense sourire. «Je t'ai trouvé un cadeau finalement. Tiens.» Elle lui tendit un banal crayon de plomb avec lequel elle devait faire ses devoirs au quotidien. «C'est pour écrire ta propre histoire.»

Il en fut si ému que des larmes lui montèrent aux yeux. «Je n'ai jamais dit que c'était le genre d'anniversaire où on offre des cadeaux d'habitude!» protesta-t-il en pouffant de rire. Éclat auquel elle se joignit.

Lorsqu'ils furent calmés et de nouveau en train de regarder les étoiles, il se sentait merveilleusement bien et ajouta : «C'est une vie comme ça que je veux pour réalité.»

De retour chez lui, très tard dans la nuit, il découvrit un cadeau que Marinette avait déposé au manoir à son intention. Cette année-là, elle fut la seule à lui en offrir un.

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Une semaine plus tard, à la première soirée du congé scolaire du printemps, les pas précipités d'Alya résonnèrent dans l'escalier menant à la chambre du grenier. Alya rejoint sa BFF sur le matelas de la mezzanine.

«Je suis là Marinette. Tu veux bien m'expliquer l'urgence?» demanda Alya à la jeune fille qui reposait sur son lit sans même pleurer mais qui attendait tout de même que son matelas l'avale.

«C'était pas une urgence. Mais, j'ai apprit quelque chose sur Adrien aujourd'hui. Je sentais juste que j'avais besoin d'en parler.» soupira-t-elle calmement.

«À mes yeux, c'est une urgence! Heureusement, j'ai prit la saveur avec du caramel salé en plus de choco-menthe.» fit l'amie en tendant une cuillère et un pot de crème.

La première bouchée sur la langue, les larmes de Marinette coulèrent doucement sur ses joues. Elle se laissa aller à repenser aux événements du dernier interclasse de la journée. Elle s'était cachée derrière une colonne de la cour pour qu'Alya ne voit pas le dessin du cadeau qu'elle voulait lui faire.

Elle n'avait pas entendu les deux garçons approcher mais leur conversation était parvenue à sa cachette.

«Adrien à raconter à Nino qu'il avait une copine avec qui il s'amusait alors qu'il était amoureux d'une fille formidable qui l'obsédait.»

«La vache! Je n'aurais jamais cru que ce type était un player! Il a l'air tellement doux et innocent. Nino dit toujours qu'il a grandit sans apprendre les plus simples concepts sociaux! Est-ce qu'il a dit de qui il s'agissait?» fit Alya incrédule.

«Non, ils parlaient surtout de l'horaire d'Adrien pour la fin de semaine à venir.» fit piteusement Marinette.

«Tu peux être certaine qu'à partir d'aujourd'hui, je me mets sur son cas! On fait pas ça à ma meilleure amie! Il va sentir passer ma colère.» s'énerva Alya.

Son amie releva franchement la tête du pot de glace : «Pas question! Il ne m'a rien fait du tout. Il a le droit de ne pas être intéressé par moi, Alya. Et en plus, si tu fais quoi que ce soit, je serais tellement humiliée. Oh, mon dieu! S'il apprenait ça! Et puis, imagine que quelqu'un entende ce que tu lui reproches? J'ai bien fait de ne rien lui dire de mes sentiments avant.»

«Est-ce qu'on est absolument certaine que tu n'es pas une des deux filles? Tu pourrais toujours… lui faire oublier l'autre.» pointa Alya avec l'aide de sa cuillère.

«Ha! Ha! Très drôle. Si Adrien s'avançait vers moi pour me déclarer qu'il trouve que je suis formidable et que je l'obsède, je regarderais par-dessus mon épaule pour savoir à qui il parle et pour ce qui est de la fille avec qui il s'amuse… Notre relation est très loin de pouvoir être décrite de cette manière. Tout au plus, il m'adresse parfois un peu la parole pendant que tu détournes l'attention de Nino.»

«Ça! Adrien me jette parfois de ces regards!» s'exclama la créole en levant les yeux au ciel. «Comme si j'avais prit la dernière part de gâteau qu'il s'était réservé. S'il m'avouait à moi que je suis son obsession, soit je croirais à une mauvaise blague soit je fuirais les lieux en pensant que c'est un tordu. Je suis catégorique. Il n'entretient aucun début de sentiments romantiques pour moi mais s'il n'en a pas pour toi, c'est peut-être un peu de ta faute, Marinette. Tu te caches et tu te fais si discrète quant il est là.»

«Je ne veux pas qu'il me voit avec mon uniforme de serveuse. Ça ne ferait que lui rappeler à quel point je ne suis pas assez bien pour lui. J'ai beau être de la classe moyenne, il fait partie des plus riches familles de Paris. Et pour ce qui est de lui parler à l'école, Chloé y est beaucoup trop présente pour que je l'approche et à son opinion à elle, je ne mérite même pas de lui adresser la parole.»

«Mais c'est qui ces filles dans ce cas à ton avis?» demanda Alya en échangeant de pot avec Marinette. «Tu le connais tellement bien, je comprends pas que tu n'ais pas remarqué avant qu'il avait un béguin.»

«C'est tout de même quelqu'un de très réservé. Il n'est pas particulièrement proche d'une des filles de l'école plus qu'une autre. Il est toujours aussi poli et ouvert autant avec les filles qu'avec les garçons. Il y a bien Chloé…»

«Nan-han. Pas d'accord, elle en meurt peut-être d'envie mais c'est à sens unique. Quand elle s'accroche à lui, il fait les pires grimaces et on dirait qu'il souhaite être téléporté à des milliers de kilomètres.» rigola Alya pour les expressions désespérées qu'elle avait déjà vu au grand blond.

«Ça, c'est parce qu'il déteste qu'on le touche. Il a la même expression de malaise avec toutes ses admiratrices. Je l'ai même déjà vu la faire lorsqu'une couturière ne le regardait pas dans une séance photo en pleine air.» précisa l'experte.

«C'est pas Chloé qui l'obsède, point! Peut-être qu'il a choisit une de ses groupies pour passer du bon temps avec elle?» suggéra Alya.

«Jusque là, j'aurais dit que ce n'était pas son genre. Mais si en fait, c'est le cas, je n'aurais pas pu en remarqué une en particulier. Elles ne viennent plus vraiment à l'école depuis qu'il y en a eu une troisième qui se soit fait akumatisée après qu'il lui a refusé un rendez-vous.» rappela Marinette.

«Un mannequin avec qui il travaille alors?» réfléchit Alya. «Ou une fille qu'il a connu lorsqu'il habitait aux États-Unis?»

Marinette avala sa bouchée fondante et répondit : «C'est possible mais, c'est peut-être aussi Kagami. Au début, lorsque je les ai vu ensemble, j'ai pensé qu'il la fréquentait pour faire plaisir à son père. Elle était à la dernière fête de Chloé et ils ont juste échangés des politesses. Mais j'ai apprit dans les médias qu'ils avaient passé la soirée en tête à tête à son dernier anniversaire, le soir où on avait prévu une fête pour lui.»

«Ouh, là! Elle vient de passer au sommet de ma liste de suspect. Et elle serait celle avec qui il s'amuse ou celle pour qui il craque à ton avis?» continua d'enquêter la journaliste.

Marinette la regarda, désespérée. «Kagami ne correspond à aucune de ses définitions selon moi. Peut-être qu'il y a plus que deux filles dans sa vie et peut-être qu'il faut que je réalise que je ne connais rien du tout à son sujet.» Elle déposa le pot de caramel-salé. Même cette collation ne lui remontait plus le moral.

«Mais peu importe qui sont ces filles, tu sais ce que ça veut dire n'est-ce pas?» fit prudemment Alya. «Il faut que tu l'oublies. Il n'y a pas assez de place pour toi dans sa vie.»

Marinette hocha la tête. Elle n'en avait aucune envie, mais devait s'y résoudre même si elle l'aimait toujours autant. Peu importe ce qu'elle venait d'apprendre sur lui, elle en était toujours autant amoureuse, seulement, elle devait finalement accepter qu'il n'y aurait rien entre eux, pas avant très longtemps.

«Tu vas devoir t'en trouver un autre…» fit la bonne copine avec un petit sourire gourmand.

«Ah non! Alya ne commence pas! Je sais bien que je dois réaliser qu'Adrien et moi on a très peu de chose en commun mais je n'ai vraiment pas envie de faire semblant de m'intéresser au premier venu juste pour prétendre que tout va bien!»

«Ta-ta-ta. Je ne me pointerai pas chez toi un soir sur deux avec des pots de crème glacée pendant ta descente infernale vers une complète dépression. C'est beaucoup trop calorique! Tu dois te trouver un mec et un vrai. Pas une association pour la galerie. Tu en es où avec Nathaniel? T'as besoin que je te donnes un coup de main pour t'en débarrasser?»

«Si seulement j'avais trouvé comment le faire plus tôt! Peut-être qu'Adrien et moi, on serait ensembles maintenant…» s'attrista Marinette qui sentie de nouveau monter les larmes.

«Non, pas de ça!» la stoppa Alya qui vivait toujours autant dans le présent. «Ce qui est fait est fait. La vraie vie c'est ici et maintenant et c'est de ça dont tu dois te préoccuper.» Elle lui mit d'office le pot de choco-menthe entre les mains.

«C'est surtout que je n'ai plus vraiment d'idées pour Nathaniel. J'ai commencé à préparer le terrain pour notre rupture depuis longtemps en mettant de la distance entre nous. Mais je crois que ça lui convient très bien en fait. Entre moi qui lui sers d'écran de fumée et son obsession fanatique pour LadyFlamme, il ne demandait pas mieux!» se découragea Marinette. «Et du côté de Marc, ça n'avance pas plus vite. Il est si timide et peu sur de lui. Il refuse que je glisse un mot à Nathaniel pour lui, il l'admire beaucoup trop. Il est encore très loin de vouloir lui faire des avances même si j'ai fortement laissé entendre que je n'avais pas l'intention de lui faire d'obstruction.»

«T'as vraiment besoin de t'amuser, ma vieille! Tu as tellement de soucis sur les épaules, si tu ne te choisis pas un mec de remplacement, l'amour de ta vie serait près à venir remplacer Adrien dans ton cœur que tu ne serais pas disponible pour lui! Tu as pensé à Luka? Il serait parfait pour te remonter le moral.» fit Alya avec sollicitude.

«Oui, il est plutôt bon pour me réconforter.» convint Marinette. Ses sentiments pour Luka n'étaient pas très profonds mais au moins, elle n'était pas mal à l'aise lorsqu'ils se rapprochaient. «Mais, il est partie travailler sur un bateau de croisière dans les îles grecques. La semaine dernière. Mais, je crois qu'il me faudrait une dose de remontant plus forte de toute façon. Luka c'est… un projet à long terme qui ne se ferait pas du jour au lendemain.»

«D'accord, alors ferme les yeux et dis-moi quel garçons à le corps le plus désirable qui soit selon toi?» offrit Alya en roulant ses jambes pour se rapprocher pour la confidence.

Marinette fit ce qu'Alya lui demandait mais ne vit que la superbe poitrine d'Adrien sous son regard. Ses larges épaules, ses bras musclés et ses mains de pianistes qu'elle aurait voulu sentir partout sur son corps.

Faites que ChatNoir n'apprenne jamais qu'elle pouvait être aussi entreprenante et impudique! Il en profiterait tellement pour la taquiner durant les combats! Elle n'arriverait jamais à le tenir à distance.

Elle ouvrit subitement les yeux pour les plonger intensément dans la glace verte et ses millions de pépites de chocolat noir qui la firent tout à coup saliver abondamment.

ChatNoir. Mais oui! Voilà qui serait le garçon idéal pour lui faire oublier Adrien! Personne n'attirait mieux que lui l'attention loin de l'endroit où on essayait de concentrer ses pensées.

Elle n'avait pas pris sa proposition au sérieux lorsqu'il la lui avait faite. Elle ne voyait pas très bien comment sortir avec lui pouvait être réalisable mais surtout, elle n'y voyait que des difficultés pour caché son identité (sans parler d'y voir clair dans sa tête en sa présence), aucun avantages si elle voulait être avec Adrien.

Là, elle pensait différemment. Même les sous-entendus sexuels demandaient maintenant un pensez-y bien. Si elle était honnête avec elle-même, elle devait se rendre compte qu'elle avait plus d'une fois eu envie d'étirer la main pour palper les muscles de sa poitrine.

Elle savait à tout le moins qu'il était sérieux avec le fait de la distraire en lui donnant du plaisir ou autrement et qu'Alya aurait certainement dis oui à sa place.

Depuis qu'elle l'avait croisé dans le ciel de Paris durant la période des fêtes, elle avait découvert une toute autre facette de son co-équipier. Depuis qu'il s'était ensuite égaré à l'occasion sur son balcon, seulement quatre ou cinq fois en réalité, elle s'était surprise à l'observer plus attentivement lors des combats, à essayer de mieux comprendre qui il était.

D'abord, elle pensait qu'il avait bel et bien vu et connu beaucoup plus de choses que la plupart des gens de son âge. Au début, elle avait prit son attitude trop sure de lui pour de la fanfaronnade mais, elle croyait de plus en plus qu'il n'exagérait pas. Même s'il n'en était pas moins prétentieux. Ce dont elle était sûre, c'est qu'il avait de l'expérience avec les filles.

Il était aussi beaucoup plus calme et réservé dans l'intimité que durant les combats. Il faisait bien encore quelques mauvais jeux de mots mais son comportement était beaucoup plus supportable. Il était aussi beaucoup plus attentif et sensible qu'elle ne l'aurait cru au début. Surtout, son charme était beaucoup moins forcé envers elle. Il ne la noyait pas de tentative de séduction même s'il restait un séducteur naturel.

Elle s'était aussi laissé aller à se détendre en sa présence. Elle l'avait laissé voir la Marinette qu'elle ne montrait qu'à peu de gens. Une fille tel qu'elle n'avait jamais eu l'intention de présenter à son partenaire comme étant celle cachée derrière le masque.

Il l'avait accepté tel qu'elle était malgré tout et lui avait tout de même proposé de sortir avec lui. Parmi toutes les filles qu'il aurait pu choisir dans Paris, elle était celle vers qui il s'était tourné. Il avait peut-être véritablement des sentiments pour elle, même s'il n'aimait pas la vraie elle-même.

Au moins, l'ambiance entre eux était détendue, plaisante et relaxante. Ils n'avaient pas d'attente l'un envers l'autre. Pas de pression ou de but final.

Au début, elle n'avait pas prit compte de sa proposition parce qu'elle n'avait jamais eu l'intention d'avoir une relation comme il lui en proposait. Elle voulait du sérieux ou rien comme le milieu dans lequel elle vivait l'attendait d'elle. Mais la situation étant ce qu'elle était, ChatNoir devenait la solution à tous ses problèmes.

Et puis, elle savait qu'elle ne serait pas la première entre ses bras, ni la dernière. Il ne cherchait pas non plus à s'engager alors, ils voulaient la même chose. Juste s'amuser.

Sortant son téléphone, elle trouva son contact et elle inscrivit : «Est-ce que ta proposition de l'autre jour tiens toujours?»

Puis, elle hésita un instant avant d'envoyer le message. Devait-elle aller vers lui en tant que Marinette ou LadyFlamme? Il était amoureux de sa partenaire et elle pourrait ainsi avoir quelque chose de moins passager avec lui. Il la prendrait au sérieux et la courtiserait dans les formes. Sa tête lui disait que c'était la bonne chose à faire. Probablement que Tikki lui dirait aussi que c'était plus honnête.

Mais ce dont elle avait envie, c'était plutôt de l'embrasser à pleine bouche sans penser à rien, oublier ses soucis. Se jeter dans le vide en sachant qu'il la rattraperait. Elle ne voulait pas d'une relation sage et rose bonbon.

«À qui tu écris?» demanda Alya avec curiosité «Qu'est-ce que tu fais?»

«J'ai pensé à quelqu'un sur qui je pourrais me rabattre mais, il m'a toujours dit que ses intentions étaient sérieuses à propos de moi. Je ne veux pas me servir de lui et le jeter ensuite.» fit pensivement Marinette en faisant courir son doigt autour de son téléphone.

«C'est qui se type?» fit Alya intriguée. Elle se demandait quel garçon de l'école avait finalement eu assez d'audace pour faire un pas vers son amie.

«C'est un ami qui passe à l'occasion à la boulangerie.» Elle ne mentait pas vraiment en fait. «C'est un charmeur et un bouffon et il a connu des tas de filles mais c'est aussi quelqu'un d'assez sensible.»

«Oh Marinette, je suis désolée de te dire ça mais il n'est surement pas sérieux. Tu serais la fille la plus formidable du monde, ce genre de type préfère la quantité. Par contre, il semble la personne idéale pour répondre à tes besoins. Il ne se formalisera surement pas le jour où tu le plaqueras peu importe ce qu'il en dit maintenant.»

Marinette effaça sa première ligne et la remplaça par : «Je pourrais profiter d'une nuit pour me défouler si tu as toujours envie de la passer avec moi.»

La réponse de ChatNoir arriva immédiatement : «Tu veux que je vienne tout de suite? As-tu plutôt besoin d'une solide épaule pour pleurer ou d'une large et virile poitrine où défouler ta colère?»

Marinette tourna l'appareil pour montrer la conversation à Alya.

«Quel type imbu de lui-même! Mais si c'est ce genre qui te plaît, ma belle, je m'éclipse et je vous laisse seuls!» déclara Alya.

«Oui. Je n'ai pas envie de passer le reste de la nuit à déprimer, je vais lui demander une sortie dès ce soir. Tu veux bien m'aider à me maquiller avant de partir? Je dois être moche à faire peur et j'ai envie de lui en mettre plein les yeux.» lui répondit-elle.

«Tu as tout ce qu'il faut pour attirer les regards. Il n'y a aucune inquiétude à y avoir! Mais tu sais que tu peux compter sur moi.»

Marinette se tourna vers son téléphone et répondit à ChatNoir : «Rien ne vaut le moment présent pour commencer à respirer! Je profiterais surtout de ta compagnie comme escorte dans un coin un peu plus sauvage de la ville. Je n'ai aucune envie de rester à me morfondre dans ma chambre ce soir. Je serai prête dans vingt minutes, je t'attends.» répondit Marinette.

«Des bras musclés pour éloigner les indigènes alors! Je me fais tout beau pour toi et je te rejoins ma belle.» lui répondit-il.