Samedi, durant l'avant-midi, Marinette eu finalement le temps de s'asseoir un peu au calme et de réfléchir à la situation. Assise sur son matelas avec la chevalière qu'Adrien lui avait glissée et qui reposait maintenant devant elle sur le matelas, elle avait besoin d'une bonne conversation avec Tikki et avec elle-même.

«C'est bien le miraculous n'est-ce pas Tikki?»

«Tout à fait Marinette, j'en ai bien peur.» répondit la petite kwami.

«Mais il est argenté, donc Adrien est toujours ChatNoir à l'heure actuelle?» lui demanda-t-elle de préciser.

«Oui, Adrien n'a pas renoncé à ses pouvoirs, il a seulement retiré la bague de sa main.» lui assura son amie.

«Et donc… où est son kwami?» demanda encore la jeune femme.

«Je n'en suis pas certaine à 100%. Il n'est pas dans cette bague et il n'est pas dans cette chambre. Le plus logique c'est qu'il soit avec Adrien dans sa chambre d'hôpital parce que nous avons promis de ne pas nous éloigner de la porter de voix de nos porteurs pour être disponible si des akumas attaquaient. Nous n'avions pas prévu ce cas de figure bien sûr mais, Plagg est un égoïste qui pense d'abord à son estomac avant d'obéir aux règles qui servent au plus grand nombre. Je suis étonnée qu'il soit resté avec Adrien plutôt que de suivre Marinette, qui vit dans une boulangerie.»

«Tikki. Adrien et ChatNoir sont la même personne.» soupira Marinette.

«…» Tikki ne répondit rien.

«Je couche régulièrement avec Adrien et je ne le savais même pas!» s'indigna Marinette consternée.

«Que veux-tu me dire Marinette?» questionna la petite boule de feu liquide.

«Pourquoi… Pourquoi est-ce qu'il ne me l'a pas dit? Pourquoi m'a-t-il trompée en utilisant un masque?» s'attrista-t-elle.

«Qu'aurais-tu préféré qu'il fasse?»

«Qu'il vienne me voir en face et me demande de sortir avec lui. Qu'il soit honnête avec ses sentiments. Est-ce qu'il m'aime, oui ou non?» déplora Marinette.

«Tu aurais voulu qu'il te demande devant toute votre classe de sortir avec lui, même si tu étais déjà avec Nathaniel?» élabora Tikki.

«Non. Non bien sur, mais, il aurait pu trouver un moment plus discret.» ronchonna-t-elle.

«Je ne pense pas que quelqu'un d'autre soit au courant de la présence de ChatNoir sur ton balcon. Alors, il a été discret.» fit toujours la kwami avec sa logique simple.

«Oui, Tikki mais trop discret. Même moi, je ne suis pas au courant de l'identité de la personne avec qui je suis.»

«Mais tu savais que ChatNoir n'était pas son vrai prénom?» fit encore Tikki avec sa patience immuable.

«Bien sûr, mais dans ma tête, il était seulement ChatNoir mon partenaire et c'est avec lui que j'ai accepté de sortir. Et là, je suis en couple avec Adrien depuis plusieurs semaines et il n'est pas du tout amoureux de moi parce que je n'ai rien pu faire pour qu'il me voit sous un bon jour. Et toutes les maladresses que j'ai eues en sa présence. Oh! J'ai tellement honte, Tikki» paniqua-t-elle en se planquant sous un oreiller.

«Mais, tu voulais être avec Adrien de toute façon, non?» lui retourna Tikki.

«Oui, Tikki.» répondit-elle en ressortant son visage tout rouge. «Je voulais être avec Adrien mais pas en étant la maîtresse qu'il va bientôt oublier pour une autre. ChatNoir n'a pas l'air de m'aimer vraiment. Il est seulement passé de partenaire à ami à compagnon de plaisir. Il ne s'est jamais caché sur le fait que c'était seulement temporaire et que je n'étais pas celle qu'il aime.»

«Sauf qu'il t'a aussi dit que celle qu'il aime… c'est LadyFlamme…» ajouta la petite flamme.

«Tu vois, je n'ai aucune chance.» déplora Marinette.

«Je ne comprends pas Marinette. Depuis quand LadyFlamme ce n'est plus toi?» Tikki plissa la rondeur de son front un peu vexée.

«Mais, moi, je suis juste moi. Je ne suis pas LadyFlamme. Et encore moins la fille qu'il pense trouver sous le masque de LadyFlamme. S'il découvre un jour que sous le masque, je suis seulement celle qu'il voit comme un passe-temps, je le perdrai. Il va juste trouver une autre fille qui ressemble plus à la femme idéale qu'il recherche. Une autre LadyFlamme, mais sans les pouvoirs, tu vois.» expliqua-t-elle.

«Mais, comment pourrait-il trouver quelqu'un d'autre qui est toi mais sans être toi? Elle n'existe pas cette fille puisque tu es unique.»

«Mais non, je suis juste une fille comme les autres. Je suis pas, athlétique, suave et mystérieuse. Je suis juste moi, qui essaie de faire de mon mieux. Et lui, il est tellement… Tu te rends compte Tikki? Adrien a été un agent secret international qui sauvait déjà la planète avant de devenir l'idole de Paris. J'y pense depuis hier et j'en ai encore la tête qui tourne. Je n'ai jamais même entendu parler d'un garçon aussi formidable qu'Adrien et en plus j'apprends qu'il est ChatNoir!»

«Mais, est-ce que tout ce qu'il est, fait qu'il n'a pas droit au bonheur lui aussi?» demanda prudemment Tikki.

«Oui, il mérite d'être heureux. Je ne lui souhaite rien de moins Tikki. Je sais que je ne suis pas capable de lui offrir tout ce qu'il mérite mais si au moins je peux faire une petite part… Je devrais peut-être moi-même lui trouvé une fille mieux que moi, il n'a pas le droit de sortir beaucoup. C'est surement pour cela qu'il est venu me voir avec le masque. Parce qu'il ne fréquente pas assez de jeune fille qui ressemblent à celle qu'il lui faut.»

«Moi, j'ai plutôt l'impression qu'il l'a déjà trouvé…» commenta Tikki.

Marinette repensa durant des heures à tout ce qu'il lui avait raconté de sa vie passée et actuelle au point d'en avoir mal à la tête. Elle pouvait comprendre qu'il veuille centrer sa vie autour d'une existence familiale simple et chaleureuse. Elle trouvait par contre un peu irréaliste d'aller vivre sur une île déserte et ne rien y faire d'autre que de cultiver des fruits tropicaux et s'amuser toute la journée selon sa fantaisie.

À son avis, il avait trop lu d'histoire de Peter Pan et des garçons perdus ou encore Deux ans de vacance lorsqu'il était jeune. Parce que choisir cette vie signifiait se séparer de son kwami parce que sur une île déserte, personne n'avait besoin d'un héros. Ça signifiait aussi que s'il avait des enfants, ils ne pourraient pas aller à l'école ni se faire des amis. Ils seraient aussi malheureux et désireux de se lier avec d'autres personnes que lui-même l'avait été.

Elle-même ne pourrait pas choisir une telle vie. Elle n'avait pas besoin de rester à Paris ou dans une grande ville pour créer, mais elle avait besoin d'un minimum de civilisation pour le faire. Soit une connexion internet et un système de poste pour la livraison des fournitures. UPS avait beau prétendre qu'ils offraient un service de livraison exceptionnel en terme d'efficacité, Marinette n'était pas certaine que cela s'applique aux îles perdues dans les tropiques.

Elle pouvait évidemment comprendre, pourquoi il souhaitait cette vie si différente de sa vie actuelle. Sans horaire chargé et loin de tout, il pourrait enfin oublier que le reste du monde existait et ne penser qu'à lui-même pour une des rares fois de sa vie.

Adrien avait déjà tant fait. Il était un héros malgré sa vie surmenée. Il risquait sa vie et sa santé pour elle.

Adrien avait aussi franchie la distance nécessaire pour qu'ils puissent se rejoindre et cessent de se tourner autour tout en étant séparés par un vide infranchissable.

Maintenant, c'était à son tour. C'était à elle de trouver ce compromis qui leur permettrait d'être réellement ensemble.

Ça, c'était s'il voulait vraiment véritablement et sincèrement d'elle.

000

Adrien passa la fin de semaine à l'hôpital avec Plagg pour seul compagnie. Son père avait interdit les visites, lui avait appris Nathalie l'unique fois où elle était venue s'entretenir avec le médecin.

Plagg n'avait pas suivi Marinette et le miraculous de la destruction, il avait accompagné Adrien. Et celui-ci ne savait pas si c'était une bonne chose finalement. Écouter Plagg se plaindre et parler de fromage durant deux jours était pour Adrien la véritable tragédie de toute cette histoire.

Et il était reclus au sous-sol dans une pièce sans fenêtre, aseptisée et complètement blanche qui ressemblait à la cage d'une souris de laboratoire alors c'était tout dire.

Tout ça pour que la presse ignore ce qui s'était passé véritablement. Parce que, selon ce qu'Adrien avait compris, une erreur dans les dosages de ses hormones coupe faim avait déclenché une surmédication et de l'arythmie.

Le diététicien convoqué pour s'expliquer dans la chambre d'Adrien peu après son admission se défendit en disant qu'il s'était fié aux heures de sommeil et à la diète que Nathalie lui avait fournies.

Devant le peu d'effet sur le métabolisme et la vitesse de digestion d'Adrien, il avait ajusté les doses en conséquence. Pour lui, la faute en était celle de Nathalie qui devait avoir fait erreur en notant les informations.

Adrien rit intérieurement par dérision. Ce que Nathalie savait de sa vie n'était que la pointe de l'Iceberg.

L'adolescent réalisa peu à peu que les trois adultes présents, soit Nathalie, son nutritionniste et le médecin qui s'occupait de lui pour son séjour à l'hôpital, le pensait assommé par les calmants.

Adrien se dit d'abord qu'il était peut-être trop résistant à la plupart des médicaments si le premier dosage de son régime n'avait pas assuré et qu'ils le pensaient endormi pour la nuit. Il se dit aussi que son nutritionniste n'y était pour rien s'il trichait et mentait autant à Nathalie en menant une double vie. Il n'avait qu'à s'en prendre à lui-même pour ce malaise.

Mais il faisait tout de même semblant d'être amorphe suivant un vieux réflexe d'agent secret parce qu'il ne faisait pas confiance à ces trois individus. Est-ce que c'était normal de donner des somnifères à quelqu'un qui devait évacuer un médicament de son système?

«Je pourrais très bien vous poursuivre en justice pour incompétence.» tonna la voix de Monsieur Agreste via la tablette que portait Nathalie.

«Moi, Monsieur, je n'ai fait que suivre vos instructions à la lettre!» appuya le spécialiste. «Les officielles et même les autres!» répliqua le type.

«Il suffit!» ordonna son père avant de demander à poursuivre cette discussion dans le bureau du médecin de l'hôpital.

Adrien ne revit qu'un infirmier taciturne et laconique jusqu'à son retour chez lui le dimanche soir. Il prit son mal en patience, en profitant pour dormir beaucoup, autant que Plagg pouvait le laisser faire, afin de reprendre du sommeil en retard.

Il réfléchit aussi à sa situation. Ce que le spécialiste avait lancé ne le rassurait pas. Mais même sans ce commentaire, il devait se rendre compte que non seulement cette vie actuelle ne lui convenait plus mais qu'en plus, il n'avait d'autre choix que de trouver une solution rapidement.

Ce train de vie venait de l'envoyer à l'hôpital. Soit, il attrapait le Papillon rapidement pour partir de cette ville où il ne pouvait plus vivre. Soit, il s'éloignait au moins de son père.

Il avait maintenant 18 ans et aurait bientôt son diplôme. Plus que quelques semaines. Il était temps qu'il fasse du ménage dans sa vie et se débarrasse de ce qu'il ne pouvait plus supporter.

Ce n'était pas tant son père le problème mais le fait que Gabriel soit son père. Son autorité sur son fils était beaucoup trop grande.

Couché dans cette chambre détestable où on l'avait confiné, il se concentrait sur la respiration de Plagg enfouie dans son cou pour oublier qu'il était enfermé dans cette pièce. Sur son kwami et sur ce rêve qui lui donnait la sensation qu'une main jouait adorablement dans ses cheveux juste comme il l'aimait.

000

Le mardi soir, il se sentit assez bien pour se déguiser et se glisser en dehors du manoir, par les rues de Paris et jusqu'à la porte de la boulangerie où Marinette vint le retrouver.

Il avait pu se reposer encore en arrivant chez lui et il avait bien eu la résolution de suivre son conseil et de faire des plans pour son avenir mais tout ce qui sortait de sa tête n'était qu'un gribouilli en forme de nuage de plomb tracé par son crayon.

Elle avait accepté de le voir malgré l'heure tardive. Elle lui remit le miraculous qu'elle avait précieusement gardé mais sans lui adresser la parole.

«Tu es fâché contre moi?» devina-t-il interprétant le silence de la jeune fille encore plus muette qu'elle ne l'était habituellement. Comme si tout ce qu'ils avaient partagé dans sa chambre et sur son balcon n'avait jamais existé.

Oubliés les rigolades et la folie de leurs baisers. Envolés les longues discutions et toutes leurs blagues et taquineries habituelles. Ils en étaient revenus à l'époque où elle n'arrivait même pas à le regarder dans les yeux, peu après leur rencontre.

«C'est parce que je suis ChatNoir?» demanda-t-il. «Ou parce que je suis Adrien?» proposa-t-il encore. Avec elle, il ne savait définitivement plus.

«Adrien, c'est… et aussi…. Tout.» fit la jeune femme encore plus bouleversée tout à coup en faisant un large geste avec ses bras et en haussant les épaules.

Adrien avança lentement d'un pas, puis d'un autre.

Marinette ne bougeait pas mais c'aurait à la fois pu être à cause de sa timidité comme de la minuscule possibilité qu'elle lui pardonnait la terrible offense qu'elle lui avait faite. Il n'aurait su le dire.

Ce qu'il savait, c'était qu'elle était blessée et qu'il devait l'approcher lentement sans jouer avec ses limites. Il s'approcha jusqu'à la serrer contre lui mais n'en fit pas plus. Il partageait simplement sa chaleur et célébrait intérieurement cette petite victoire, qu'il voyait comme un premier pas vers une réconciliation.

Mais la première, elle s'écarta de lui. Il n'eut que le temps de déposer un doux baiser sur sa chevelure avant qu'elle ne se dégage complètement et recule à l'intérieur.

Adrien pouvait comprendre qu'elle ne soit pas prête.

Marinette était à la fois si forte et si fragile. Elle pouvait soulever des montagnes mais aussi être emportée par une bourrasque de vent.

Il profita d'une autre journée maladie à la maison pour lui laisser un peu d'espace à l'école et ne pas lui imposer sa présence au bureau directement sous son nez.

Le jeudi, il garda également ses distances en lui souriant de loin sans pour autant chercher à l'aborder.

Le vendredi, il se sentait rétabli et était de retour dans son devoir de héros auprès de sa Lady pour l'aider à vaincre le directeur de leur école qui avait décidé qu'il serait le seul super-héros que cette ville comptait.

LadyFlamme le regarda bizarrement durant les premiers instants et il se demanda si elle avait des soupçons sur son identité.

Bien sûr, elle devait avoir compris, réalisa-t-il. La presse avait surement rapporté que le mannequin chouchou de la ville avait fait un malaise après un défilé. Et même si elle était la seule avec Marinette à savoir que ChatNoir avait lui aussi fait un malaise, elle avait forcément fait le lien!

Mais pourquoi n'en parlait-elle pas?

Le baiser échanger lors de son 17e anniversaire en était peut-être la raison. Elle devait être mal à l'aise.

«Ma Lady!» la retint-il juste avant son départ. «S'il y a des sujets que tu veux aborder et d'autres qui y sont liés et dont tu ne veux pas parler, je peux comprendre et respecter ton opinion.» l'assura-t-il. «Mais je ne voudrais pas qu'un malentendu nous sépare.»

Elle lui répondit d'un coup de tête et un petit sourire gêné et désolé avant de s'enfuir.

Il en comprit qu'elle non plus n'était pas prête et qu'elle avait besoin de distance. LadyFlamme adorait beaucoup trop la distance au goût de ChatNoir.

000

Tard dans la soirée du samedi soir, Adrien sortie son ancienne guitare du fond de son placard qui y dormait depuis ses dix ans. Il alla se cacher sur le toit du lycée et après s'être assuré qu'au moins une des fenêtres de Marinette était ouverte, (Cette fille n'aimait pas plus être confinée que lui.) il entama une sérénade douce qu'il avait entendu alors qu'il séjournait à Seattle.

Il fut heureux que toutes les paroles lui reviennent même si ses notions en maniement de la guitare étaient un peu rouillées depuis le temps.

Il pensa s'en être tiré pas trop mal parce que Marinette passa la tête par son toit.

Lorsqu'il la rejoint, elle lui offrit un baiser et une part de sa quiche préférée. «Il faut que tu prennes des forces.» s'expliqua-t-elle.

«Est-ce que tu es déçue?» demanda-t-il tout de même d'abord plutôt que d'attaquer immédiatement la collation «Que je ne sois pas seulement Adrien en réalité? Est-ce que tu m'en veux de te l'avoir caché?»

«Je crois que si les Parisiens savaient qui tu es en réalité, même avec les pouvoirs de LadyFlamme à ma disposition, je n'aurais aucune chance de te garder pour moi tout seule. Tu es genre : Qu'est-ce qui est mieux qu'un cadeau du ciel? Deux cadeaux du ciel.» fit-elle tremblante et peu sure de sa blague.

Ils retombèrent un instant dans le silence.

«ChatNoir» reprit-elle plus sérieusement «Si je te disais que je préférais aller dormir. Seule. Est-ce que tu serais fâché contre moi? Je ne suis pas prête à- à…»

Elle fut dans ses bras à l'instant même. «Ne t'inquiète pas, Mari. Je comprends tout à fait. C'est toi qui m'importe, je ne veux pas te blesser, jamais. Je vais faire ce que tu auras besoin que je fasse. Ce que je pense n'a aucune importance. Prends tout le temps dont tu as besoin. Je veux juste que tu saches que tu es ma chérie et que je ferais tout pour toi.»

Un grand frisson la secoua. Peur, émotion, se sentait-elle flattée? Il n'aurait su le dire.

Il plongea dans ses yeux fragiles et la contempla, émerveillé. Elle portait un pyjama et avait coiffé ses cheveux en deux tresses séparées pour la nuit qui étaient déjà à moitié défaites. Elle était exactement la version intime et délicate qu'il s'était imaginé en la fréquentant à l'école.

Une fleur caressée par le vent et se balançant avec lui.

Il écarta une mèche de ses cheveux pour admirer davantage son visage et en fit une caresse du bout des doigts.

«Bonne nuit, ChatNoir.» salua-t-elle doucement.

«Bonne nuit, princesse.» souffla-t-il en l'aidant à descendre vers sa chambre avant de refermer la trappe derrière elle.

Il prit le temps de manger doucement la part de tarte qu'elle lui avait offerte. Il savait que ce serait bon pour sa santé mais depuis son intoxication, il avait rejeté à la fois les médicaments coupe-faim et le menu que lui servait le cuisinier de son père. Qui sait ce qu'il ajoutait à cette bouillie étrange!

Il ne s'était plus nourrie que de barres de céréales protéinées et de fruits. Adrien et les fruits ça n'allaient pas l'un sans l'autre.

Son estomac semblant accepté cette nourriture radicalement différente de ce qu'il avait l'habitude de manger, il repartie par les toits mais tomba bien vite sur LadyFlamme.

Elle flottait légèrement au-dessus d'un toit de cuivre. Son regard était fermé et assurément elle l'attendait. Elle savait donc qu'il arrivait de chez Marinette, peut-être même l'avait-elle entendue lui jouer la sérénade.

«Dis-moi ChatNoir, qui aimes-tu?» le confronta-t-elle.

Plus aucun doute, elle savait pour Marinette. Et Marinette savait pour ses sentiments envers sa partenaire, il ne s'en était jamais caché. Depuis qu'il la connaissait, il n'avait cessé de flirter avec elle devant et en-dehors de la caméra. Il lui avait même affirmé très récemment qu'il voulait rester avec elle pour toujours une fois leur mission achevée.

Il n'avait pas non plus caché aucun détail de tous cela à Marinette. La seule chose qu'il avait cachée était la profondeur de sa relation avec Marinette qu'il n'avait pas dévoilée à LadyFlamme. Il s'agissait de leur intimité.

«Vous deux!» affirma-t-il sans aucune honte et très sincèrement.

«Tu ne peux pas nous aimer toutes les deux» rejeta l'héroïne en secouant la tête. «Nous sommes trop différentes l'une de l'autre. Avec laquelle de nous deux joues-tu? Avec laquelle es-tu sincères? Ou peut-être que tu joues avec nous deux à la fois?»

«Je ne joue ni avec toi, ni avec elle. Je vous ai avoué, à toutes les deux, mes sentiments. Tu es mon avenir et elle mon présent! C'est de cette façon que je vous vois.» plaida-t-il.

«Peu importe tes promesses. Rien ne me prouve que tu dis vrai. Comment pourrai-je faire confiance à un homme qui utilise une autre femme avec si peu de respect? Tu te sers de Marinette en me promettant que tu la jetteras pour moi. Mais, rien ne me dis que tu ne feras pas la même chose avec moi et que tu ne me jetteras pas ensuite lorsque tu en trouveras une mieux assortie à tes goûts du moment!» accusa LadyFlamme sans colère. «Je ne suis pas juste une fille vénale comme Chloé. Il ne suffit pas que tu me dises que je suis la plus belle pour que je pense que c'est vrai et que je me berce d'illusions en pensant que je te possède par ma beauté. Je ne crois qu'en ce qui réel et profond.»

«Non! Je vous aime véritablement toutes les deux. On peut aimer deux personnes pour différentes raisons!» affirma-t-il.

LadyFlamme restait sans répondre. Elle n'était plus sûre de rien. Elle doutait de tout.

C'est vrai qu'elle aussi avait aimé en même temps ChatNoir et Adrien tout en pensant que c'était parce qu'elle n'avait pas encore fait son choix. Et c'était vrai aussi qu'en réalité, les deux filles que ce garçon aimait avaient une seule et même identité. Mais ChatNoir était tombé amoureux de LadyFlamme si vite! Avant même qu'elle ne lui dévoile quoi que ce soit sur elle-même. Comme s'il ne l'avait choisi que pour son apparence.

D'un autre côté, que ressentait-il vraiment pour Marinette? Comment pouvait-il aimé à la fois sa timide camarade de classe et sa téméraire partenaire de combat? Qu'est-ce qui était vrai en lui?

Elle n'aurait jamais dû venir le rejoindre. Lorsqu'il l'avait quitté pour la nuit. Il n'y avait qu'une chose dans sa tête : elle ne le méritait pas.

Elle ne méritait pas qu'il lui donne la nouvelle chance qu'elle était venue réclamer en le confrontant. Elle ne méritait pas qu'il lui offre une nouvelle preuve de son amour. Il méritait quelqu'un de bien et de spéciale qui serait fort pour lui.

Au fond, elle n'était pas vraiment grande et courageuse. Lorsqu'elle tombait le masque, elle n'était que Marinette. La fille des boulangers qui aspirait à vivre de sa passion pour l'art de la mode. Adrien méritait de briller parmi les plus grands. Il était si formidable que le fait d'être ChatNoir n'était qu'un atout de plus pour lui.

Et il avait déjà fait tellement pour le monde. Il méritait une femme qui pourrait le rendre heureux. Il l'avait dit lui-même, il ne voulait plus de la vie qu'elle voulait mener. Le simple fait d'envisager d'être avec lui pour toujours commençait par se demander si elle choisissait entre lui et sa propre carrière. C'était un très mauvais début.

Elle était véritablement épuisée mais savait qu'elle ne connaîtrait pas une nuit de sommeil réellement paisible en allant simplement sous les draps.

Elle était sortie en tant que LadyFlamme mais fatalement, elle était tombée sur lui et l'urgence de comprendre et d'écouter ses explications avait été irrépressible.

«Tu ne me crois pas, on dirait?» reprit-il «Alors, je vais essayer de t'en convaincre. D'abord, il y a plusieurs types d'amour. Lorsqu'on aime véritablement, on aime différemment chaque personne. La plupart des parents aime à la fois leur conjoint et leurs enfants. La plupart des parents aime autant tous leurs enfants même si chaque amour est individuel. Et moi, j'aime deux filles même si je sais qu'il n'y en a qu'une avec laquelle j'ai une chance de bâtir un avenir. J'adore Marinette. Elle est simplement merveilleuse et parfaite. Et j'ai besoin d'elle dans ma vie.» dit-il amoureusement. «Mais, je sais aussi qu'il n'y a qu'en étant ensemble que toi et moi on sera véritablement heureux. Personne ne peut comprendre ce que nos yeux se disent lorsqu'il n'y a plus que toi et moi entre le monde et sa destruction.»

«Ça ne marche pas comme ça ChatNoir! La vie, c'est difficile. Tu ne peux pas te contenter d'un mirage pour y baser tous tes espoirs. Tu ne me connais même pas! Tu ne sais même pas qui je suis! Je sais que ce n'est pas ta faute mais si tu avais pu passer plus de temps avec moi ou même avec Marinette, tu aurais pu apprendre à nous connaître mieux et tu aurais compris à quel point nous sommes différentes de l'image que tu as de nous. Je ne suis pas comme tu le penses. Et tu ne connais manifestement pas Marinette non plus pour dire l'aimer.» déplora LadyFlamme.

«Tu ne me feras pas croire que tu n'aimes pas Rena?» tenta-t-il toujours de la convaincre. Tout tenait à la façon dont ils croyaient tous les deux à l'amour finalement, réalisa-t-il. «C'est Alya n'est-ce pas?»

«Comment as-tu-?» se fâcha-t-elle pendant une seconde.

«C'était plutôt facile à deviner en regardant de près. Mais tu ne me feras pas croire à moi que tu ne l'aimes pas en tant qu'amie. Même si tu gardes tes distances. Pas après la façon dont je tu l'as embrassé lorsqu'elle était Lady-Wifi. Tu n'as éprouvé aucun remord, tu n'as pas hésité une seconde. Tu as vraiment beaucoup d'amour pour elle, des sentiments profonds.»

«C'était pour prendre ses pouvoirs et la délivrer! Je n'avais pas le choix.» se défendit-elle. «J'ai été obligé de le faire. Je n'avais pas d'autre solution.»

«Sans aucune hésitation. Tu n'as eu aucun scrupule à le faire. Encore moins de remord que tu aurais pu en avoir pour un autre homme. Même les rumeurs d'homosexualité qui ont courus sur ton compte pendant des mois ne t'ont pas dérangé. Tu as fait ce que tu devais faire, naturellement. Sauf que moi, je suis bien placé pour savoir que tu aimes les hommes. Tu me regardes avec envie alors que je ne t'intéresse pas physiquement, et cela depuis les premiers instants où nous avons travaillé ensemble.»

«Ce baiser que tu lui as donné» reprit-il en s'avançant doucement, un pas à la fois. «Le fait que tu as choisie Alya pour être notre plus proche alliée et lorsque tu la regardes, on dirait que tu regardes ta fille ou ta petite sœur. Et aussi la façon, dont vous vous comporter l'une envers l'autre lorsqu'elle ne porte pas de masque… Tu l'aimes. Mais tu ne peux pas être en couple avec elle parce que c'est une fille, alors, elle est ton amie. C'est une façon d'aimer différente, mais s'en est une aussi valide qu'une autre.»

«Bon, disons que j'aimerais vraiment être son amie si je pouvais l'approcher sans mon masque et sans risquer d'être reconnue, en quoi ça change ce que tu fais avec Marinette et moi?»

«Entre Marinette et moi c'est la même chose qu'entre toi et Alya. Nous nous aimons. J'aime son corps, j'aime qu'elle soit mon refuge contre tout ce qu'il y a de mal en ce monde. J'aime parler avec elle. Dormir avec elle. Mais même si nos vies sont semblables et que nous pouvons voler des moments pour être ensemble présentement, cela ne sera pas toujours le cas. Alors, elle c'est ma petite amie. Je la prends dans mes bras, je l'écoute me parler de sa vie. Je la défendrai toujours au péril de la mienne.»

ChatNoir franchit le dernier pas et leur visage n'étaient finalement plus qu'à une si courte distance qu'elle sentait son souffle sur son visage.

«Je t'aime. Je sais que toi et moi nous sommes… les deux pièces d'un même puzzle. Les deux parties d'un objet mystique séparé en deux. Aussi différents que nous pouvons être identiques. Deux parfaits contraires qui s'emboîtent au point de ne plus voir la séparation. Je sais que tu ne peux pas t'empêcher de faire le bien de protéger la population, d'être une héroïne. Ce besoin nous habite tous les deux. Pas plus que moi, tu ne pourras baisser les bras et arrêter d'être sur tes gardes en attendant la prochaine menace qui frappera cette planète. J'ai essayé d'arrêter d'être un héros, j'ai eu l'impression qu'on me privait d'un de mes sens.»

Malgré tous ces sentiments confus et complexes, Marinette réalisa qu'il rejetait encore sa partie sans masque, celle qu'elle serait en définitive et avec qui il passerait la majorité de son temps s'ils étaient ensembles. Déciderait-il d'être avec elle en se faisant à la présence de Marinette pour avoir LadyFlamme près de lui à l'occasion?

Elle releva le visage et le regarda dans les yeux. Il était tout près d'elle maintenant mais cela ne la gênait pas. «Je vais formuler ma question autrement. Si je n'existais pas, est-ce que tu accepterais d'épouser Marinette et de te contenter d'elle pour le reste de tes jours?» la question était cruciale parce que ça restait une possibilité. Marinette ignorait ce qui arriverait après la capture du Papillon. Serait-elle séparée de Tikki?

«Ne me demande pas ça!» supplia ChatNoir. «Je ne veux même pas connaître la réponse moi-même. Un monde sans toi serait trop laid.»

Il y avait tant d'émotion dans son regard. Sa question, bien que nécessaire, l'avait blessé.

Elle changea complètement d'attitude pour le rassurer et avec un sourire douloureux s'excusa : «J'ai encore besoin de réfléchir…» réclama LadyFlamme en flottant un pas plus loin.

Elle était d'accord avec tout ce qu'avait dit ChatNoir. Tout ce qu'il avait dit à son sujet était vrai mais en même temps si contradictoire.

Tous deux s'aimaient, après tout ce temps à nier la vérité elle savait qu'elle l'aimait complètement. Et lui aussi l'aimait complètement. Mais ils en étaient toujours à la case départ. Ils n'étaient toujours pas plus près d'être ensemble qu'à leur rencontre.

Et lui aussi était d'accord à ce sujet. Il venait de lui affirmer une nouvelle fois qu'il ne pouvait pas faire sa vie avec Marinette. Ils n'étaient pas d'accord à ce sujet pour les mêmes raisons mais, ils étaient tout de même d'accord sur le sujet.

«Prends tout ton temps ma Lady. Nous avons toute la vie devant nous.» conclu-t-il avec un regard rassurant.