Ils se séparèrent pour la nuit et la première pensée qu'eu Adrien en reprenant conscience après s'être endormie chez lui fut de se souvenir de cette main qui était une nouvelle fois venue jouer dans les mèches de ses cheveux durant son sommeil.

Son père insistait pour qu'il se les fasse couper bientôt mais lui résistait pour le simple plaisir si rare de cette sensation qu'il ressentait parfois.

Était-ce réel ou imaginaire? C'était peut-être même Plagg si jouait à essayer de transformer ses cheveux en nid d'oiseau mais, il s'en fichait. Dans sa tête, il s'agissait d'une main aimante qui le réconfortait et c'était tout ce qui lui importait.

Lorsqu'il se réveilla un peu plus, il se sentit encore une fois très lourd et très mal. C'était vraiment pire que lors de sa surdose et il avait beaucoup de difficultés à se réveiller pour de bon. Les étourdissements et le goût pâteux dans la bouche le frappèrent d'un coup.

Il se fit un instant la réflexion qu'en fait, cela ressemblait finalement beaucoup plus à une exposition au gaz qu'à une surdose.

Surtout qu'il n'arrivait même pas à se rappeler qu'il ait prit une nouvelle dose de coupe faim. Il avait dû le faire machinalement alors qu'il était pressé un matin ou préoccupé un soir.

Il essaya d'ouvrir les yeux mais sa vision était psychédélique et c'était encore la nuit.

Il eut vaguement la sensation que l'aube approchait à cause de la température dans la pièce et le chant des oiseaux. Il était aussi convaincu qu'il était dans la chambre de Marinette même s'il se rappelait très bien s'être couché dans son propre lit solitaire. Il sentait vaguement sa présence tout près même s'il ne sentait pas le contact de son corps. Elle avait simplement dû se réveiller avant lui pour une fois.

Mais enfin, pourquoi ses yeux avaient-ils tant de difficultés pour s'ouvrir?

Il roula sur le côté pour se préparer à se lever et partir. Il avait encore une fois, une longue journée devant lui. En plus de ses obligations de ce jour-là, il devait s'occuper de celles qu'il n'avait pas faites pendant qu'il était malade.

Il se sentait frissonner et pria pour que Marinette lui trouve du café. Si elle ne pouvait pas lui en monter à la chambre, il n'aurait pas le choix d'aller en chercher au comptoir de la boulangerie pour que son corps accepte de l'amener jusqu'au manoir. Mais même le court chemin qui passait directement du balcon jusqu'aux portes vitrées lui semblait infranchissable.

Et pourquoi faisait-il si froid et humide ce matin? Il sentait la fraîcheur de la nuit même à travers sa combinaison.

Arrivé sur le côté du matelas, ses jambes flanchèrent et il s'écroula au sol où il s'assomma à moitié et reperdit connaissance.

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La fois suivante où il se réveilla, ce fut à cause d'un pincement douloureux dans son bras.

Il garda les yeux fermés mais s'assit pour aider sa tête à arrêter de tourner si rapidement. Il ouvrit doucement les yeux pour découvrir qu'il n'était ni dans sa chambre ni dans celle de Marinette. Pourtant, la grande salle aux murs noirs lui semblait familière.

Il avait presque certainement été drogué et c'était probablement même par une personne qui ne lui voulait pas du bien mais à ce moment exact, il ne s'en souciait pas encore vraiment. Il était si engourdit de partout que peu importe qu'il soit blessé ou non, il n'avait pas mal alors pourquoi s'inquiéter tout de suite?

En regardant autour de lui, il parcourut la pièce d'un regard brumeux. Il avait toujours dans l'idée que Marinette était près de lui et il essayait de la localiser.

Son regard tomba sur la vision d'un corps inanimé identique à celui de sa mère. Il reposait dans un caisson de survie semblable au cercueil de verre de Blanche-Neige. Ce n'était pas une bonne chose. Soit cette vision était réel, soit il hallucinait mais que ce soit l'un ou l'autre, il avait des problèmes.

Il délaissa la vision perturbante de cette réplique pour continuer de rechercher Marinette. Son esprit se réveillait et il trouva Marinette sur un lit de camps. Lui-même était assit sur un lit semblable avec juste le support en métal et la toile de fond.

Marinette luttait elle aussi contre le sommeil et lorsqu'il l'appela doucement en essayant de la rejoindre, son poignet fut retenu par une menotte assortie d'une chaîne.

«Ah, tu es réveillé, Adrien!» le salua la voix de son père qui retirait des gants de latex près d'un chariot remplit d'éléments médicaux.

«Père? Qu'est-ce qui nous est arrivé? C'est vous qui nous avez attachés ici?» paniqua Adrien. Son regard suivit la chaîne assortie à la menotte de son poignet qui allait se cacher parmi les buissons qui entouraient le caisson de survie.

«Tu ne m'en a pas laissé le choix. Tu m'as sciemment désobéi. Je t'ai demandé de rester à l'abri et de ne plus jouer les justiciers et toi tu décides de devenir ChatNoir!» reprocha Monsieur Agreste.

«C'est peut-être un peu disproportionné comme punition, vous ne trouvez pas? Sans parler de carrément tordu! Être un héros et risquer ma vie pour celles des autre, c'est ce que je suis!» répliqua Adrien. «J'ai ça en moi. Tout comme mère avait aussi la fibre héroïque. Et je ne suis pas si incompétent que vous semblez le croire, je n'ai pas besoin que vous me couviez comme un poussin.»

«Mais être un héros n'est pas ce que je te demande de faire. C'est même contraire à mes ordres. Je t'ai mis au monde pour être mon héritier. C'est grâce à moi si tu es en vie aujourd'hui. Et toi, tu essaie de gaspiller tous les efforts que j'ai eu à faire de toi une personne parfaite. Toutes les heures que j'ai passées à soigneusement planifier, organiser et prévoir ton avenir! Tu me dois ta vie Adrien!»

«Et moi, je me suis tourné les pousses peut-être?» s'emporta Adrien. Avec tout le temps qu'il avait consacré dans sa vie à faire plaisir à son père, il pourrait au moins reconnaître ses efforts, s'il refusait toujours de reconnaître sa réussite. «J'ai une vie tout aussi occupée que la vôtre et vous le savez bien! Et d'abord, à quel sorte de nébuleux métier me destiniez-vous en choisissant pour moi des études poussées en escrime, piano et chinois?»

«Mais à aucun, bien sûr! Je te destine à une vie d'oisiveté tel un épicurien. Tu seras une magnifique parure à qui on ne demandera que de sourire et de te rendre disponible pour chacun des membres des bonnes sociétés dans les meilleures villes de cette terre. Et chacun d'entre eux chantera tes louanges!»

Monsieur Agreste s'avança de quelques pas vers lui calmement, ses mains placées derrière son dos. «Si j'ai travaillé si fort toute ma vie c'est pour que tu puisses te tenir droit sur le piédestal des Agreste et que tous t'admirent depuis le sol! Pour que notre nom brille à nouveau de l'ancienne gloire de mon grand-père et de ses ancêtres. Mon père, honnis soit son nom, nous a précipités dans la honte. Toute ma vie, chaque instants, a été consacrée à hisser notre famille de retour au sommet.»

«Donc, lorsque je vous ai dit et répété que je détestais cette vie, vous n'en avez tenue aucun compte?» fit Adrien avec une moue sur les lèvres.

«Il est hors de question que tu gâches ta vie au service des démunies comme ta mère! Ta vie m'appartiens et j'ai décidé d'en faire quelque chose d'utile.» Il tourna le dos à son fils et marcha jusqu'au cylindre de verre pour y poser la main.

Adrien en profita pour observer Marinette qui semblait toujours inanimée. Ses yeux étaient fermés mais elle semblait paisible et du mieux qu'il pouvait en juger, elle ne semblait pas avoir été blessée.

Il ne savait pas du tout quelle folie possédait son père mais pour avoir fait de l'infiltration toute sa vie, il savait que le mieux était d'observer plutôt que de parler.

D'abord sa chaîne. Elle le reliait à une sorte de balustrade et était plutôt longue. Son père lui faisait suffisamment confiance pour lui permettre de se déplacer.

Ce n'était pas le cas de Marinette. Elle était complètement ligotée à ce lit de camps. Cheville, poignets et même somnifère. Son père avait peur qu'elle s'enfuit.

D'un côté, cette disposition était logique parce que ce fou était son père et qu'il ne connaissait pas Marinette. D'un autre côté, il avait immobilisé la faible étudiante et laissé une liberté de mouvement au combattant. Peu importe la raison pour laquelle ils se trouvaient là, Adrien avec encore une marge de manœuvre dans la confiance de son père.

Confiance qui n'était plus réciproque. S'il pensait qu'il lui pardonnerait d'avoir entraîné sa petite amies dans ses histoires, il se trompait lourdement.

«Elle aussi, lorsqu'elle reviendra, reprendra le rang d'une épouse Agreste.» affirma solennellement Monsieur Agreste, attirant toute l'attention d'Adrien vers lui. Que voulait-il dire au juste? se demanda-t-il consterné.

«Comment ça 'lorsqu'elle reviendra?' Où est-elle allée? Vous savez où ma mère a disparue et vous n'avez rien dit? Et pourquoi gardez-vous une poupée à son image dans un emballage de verre?» demanda-t-il en se levant.

«Ce n'est pas une réplique Adrien. Lorsque ta mère était sur le point de mourir, j'ai cryogénisé son corps pour le préserver. Et ce soir, avec vos miraculous, je vais la ramener à la vie.» lui expliqua patiemment son père.

«Vos-?» répéta Adrien au milieu de son dégoût. Il regarda sa main vide. Préoccupé par la confrontation avec son père, il n'avait pas remarqué que sa chevalière n'y était pas.

Il se rua sur Marinette pour écarter les cheveux du côté de son visage. Les petites boucles d'oreille noires qu'elle portait tout le temps étaient absentes.

Est-ce qu'elles étaient vraiment les miraculous ou est-ce que son père se faisait des illusions? Est-ce que Marinette pouvait être LadyFlamme? Il l'aurait su depuis tout ce temps! Que lui avait-elle dit déjà sur ce toit tout à l'heure lorsqu'elle s'était montrée si jalouse de sa petite amie? Son cerveau était encore trop lent…

Bon sang! Elle lui avait dit : '' Si je n'existais pas, est-ce que tu accepterais d'épouser Marinette?'' Ça ne pouvait pas être autre chose qu'un test.

Ou, ironiquement, une véritable question...

Et si Marinette était LadyFlamme où était sa kwami?

Où était Plagg?

Marinette ne bougeait toujours pas. Faisait-elle semblant? Quelques instants plus tôt, elle semblait luter contre le sommeil. Y était-elle replongée ou bien faisait-elle semblant en écoutant la conversation?

Dire que tout ce temps, il avait tenu sa Lady dans ses bras! Il ne pouvait plus cesser de la contempler, penché au dessus d'elle dans cette semi-obscurité. Elle était vraiment la plus belle femme du monde et cela n'avait rien à voir avec sa beauté extérieure!

En la fixant toujours, il raffermie sa résolution pour reprendre la confrontation. Après tout, il était peu probable que son père le chasse en plaidant un travail plus important pour une fois. Et il y avait peu de chance qu'il obtienne une punition pire que ce que son père avait déjà prévu pour lui.

Il voulait devenir son ennemi? Il verrait bien que son fils n'était pas n'importe quel adversaire!

«J'imagine que vous êtes aussi le Papillon en plus d'avoir la folie des grandeurs et de vous prendre pour un dieu?» débuta-t-il avec une fausse légèreté.

«J'aurais préféré que tu ne l'apprennes pas mais, oui. J'ai dû travailler très fort pour mettre la main sur vos miraculous. Si seulement tu avais été en mesure de comprendre dès le départ!»

«Qu'allez-vous faire d'elle?» demanda Adrien toujours penché sur Marinette et la regardant à nouveau.

Discrètement, il lui faisait mal à un endroit très précis sur l'épaule pour qu'elle se réveille. Cela marchait mais trop doucement. Adrien devrait gagner du temps pour la faire sortir de là. Il ne pouvait pas juste la soulever et s'enfuir avec elle en plus du lit auquel elle était maintenue sans avoir ses pouvoirs.

«Maintenant que j'ai ses boucles, elle ne m'est plus d'aucune utilité.» lui répondit Gabriel avec un haussement d'épaule.

Adrien fut soulagé, son père ne connaissait que peu de chose sur le supposé vœu suprême et il y vu un échappatoire. Si comme Adrien s'en doutait, il avait besoin d'eux pour faire le vœu, il aurait pu vouloir la torturer pour obtenir sa coopération.

«Alors, relâchez-la!» ordonna-t-il en s'éloignant de deux pas, gardant l'attention de son père sur lui maintenant qu'il avait eu ses réponses et qu'elle luttait par elle-même.

«Et pourquoi donc? Je croyais qu'elle était à ton goût? Naturellement, je souhaite que tu épouses la jeune Kagami ou que tu fasses un mariage encore plus profitable mais si tu veux faire de celle-ci ta maîtresse et la garder dans cette maison, je n'ai rien contre. Nous n'avons qu'à lui proposer un poste honorifique de dessinatrice junior en échange de son silence et le tour est joué.»

«Non, parce qu'elle m'en veut d'avoir couché avec elle sans lui avoir révélé mon identité. Elle doit être libre de choisir de revenir vers moi. Et pour l'instant, elle est enchaînée dans le sous-sol de notre manoir!»

«Adrien?» appela la jeune femme. Et Adrien su qu'il devrait jouer encore plus serré. «Où…?»

Par réflexe, Marinette porta la main à ses oreilles en tirant sur ses menottes et toujours droguée. S'apercevant qu'elle en était séparée, elle déversa sa colère sur Gabriel Agreste.

«Vous! Je savais bien que c'était vous.» accusa-t-elle. «J'ai bien fait de confier mes soupçons aux autres porteurs. Ils vont tous rappliquer ici!» bluffa-t-elle, très convaincante. Adrien lui-même se posa des questions.

«Qu'importe! À ce moment-là, il sera trop tard! J'aurai fait mon vœu.» dit simplement Monsieur Agreste sans émotion.

«Jamais! Je veux ma Tikki! Rendez-la-moi! TIKKI!» se fâcha Marinette. Mais malgré ses cris et sa colère, elle ne bougeait toujours pas beaucoup.

«Ça va Marinette?» demanda discrètement Adrien pendant que son père préparait la réanimation médicale de sa mère. Tout le bas de son corps restait immobile. Ses bras bougeaient mais ses épaules ne remuaient pas.

«Je n'arrive plus à bouger. Je sens mon corps mais je n'ai aucun contrôle sur mes gestes.» lui confia-t-elle alors qu'il était revenu près d'elle.

«Ce doit être à cause d'une drogue. Je pense qu'il m'a réveillé avec une injection. Je me souviens seulement de m'être endormie dans mon lit après t'avoir parlé sur les toits.» lui expliqua-t-il.

«Ah oui. Bien sur, tu sais maintenant que je t'ai mentit. Et j'imagine que ce n'est pas le bon moment pour te révéler que je t'ai repoussé depuis qu'on se connait parce que j'étais amoureuse de toi et qu'ensuite j'ai décidé d'être avec toi parce que j'ai apprit que tu étais amoureux d'une autre?» fit-elle faiblement.

«Non, effectivement, ce n'est pas le bon moment.» rigola tout bas Adrien «Mais je t'aime de toute façon.» la rassura-t-il. Il déposa un baiser sur son front. «Essaie d'abord de remuer les extrémités. Je vais essayer de te faire sortir d'ici.»

«Je ne pars pas sans Tikki. Ni sans toi!» souffla-t-elle précipitamment.

«Tu ne peux même pas bouger, Marinette! On a pas beaucoup d'option pour se battre.» répliqua-t-il en lui montrant son poignet. «Je vais faire ce que je peux mais je ne sais pas si je réussirai à tout faire.»

«Il ne doit pas faire ce vœu! S'il le fait, quelqu'un mourra et sans compter qu'on ne sait pas ce que ça fera à nos kwamis. Je suis inquiète pour eux.» lui dit-elle.

«Il ne connait pas les conséquences du vœu.» dit Adrien en secouant la tête. «J'aimerais trouver un moyen de tourner ça à notre avantage.» réfléchit-il. Il était inquiet. Il voulait rester entre elle mais en même temps, il voulait que son père l'oublie, elle et se concentre sur lui.

«Ment-lui. Embobine-le en lui disant une partie de la vérité et rajoutes-s'en. C'est toi le meilleur pour ça.» suggéra-t-elle.

Comme Adrien n'était pas à l'aise avec l'idée, elle ajouta : «Nous n'avons pas à jouer franc-jeu avec les vilains, seulement à nous assurer qu'ils vont bien malgré eux. Cet homme, c'est le Papillon, pas ton père. Tu ne lui dois rien. Il t'a drogué et peut-être bien avant la nuit dernière. Il devait déjà savoir que tu étais ChatNoir depuis quelques temps et malgré tout, il a risqué ta vie en t'envoyant des akumatisés pour t'affronter. Et sans parler du fait qu'il y a quelques jours, il a failli nous tuer. Le piège du Hibou noir était mortel aussi sucré qu'il ait été.»

«Oui» se convainc Adrien «Tu as raison. J'ai plus que payée ma dette envers lui. Je ne dois plus rien à cet homme.» Finalement, c'est tout ce qu'il y avait entre eux. Il avait déjà décidé de couper les ponts avec lui après ses examens. Gabriel Agreste s'était occupé de lui lorsque sa mère lui avait été arrachée mais au fond, il y avait longtemps que leur relation père-fils n'était plus qu'un mensonge.

«Adrien, surtout soit très prudent. Je ne veux pas que quelque chose t'arrive!» lui chuchota-t-elle.

«Hey» encouragea-t-il «Regarde-moi bien ma Lady. Ton héros va venir déposer ton ennemi à tes pieds!» brava-t-il avant de se relever.

Adrien se rapprocha de son père. La chaîne était plutôt longue et il pu dépasser le chariot médical où son père préparait une série de seringues contenant un liquide bleu avant de s'approcher de la capsule cryogénique.

Il avait beau chercher partout, il ne voyait ni les bijoux, ni leur kwami. Le seul qu'il trouva était le kwami du papillon lila qui flottait derrière son père.

«Alors, vous avez mis un plan d'action en place?» demanda Monsieur Agreste, imperturbable.

«Non, euh» fit Adrien en passant une main derrière la tête avec gêne et une couleur rouge aux joues. «On s'est rabibochés.» Parlant trop bas pour que Marinette discerne correctement ses mots par dessus le bruit de la machine qui s'éveillait, il redevint ensuite plus sérieux et concerné pour demander : «Père, comment voyez-vous la suite des choses? Vous croyez que vous n'aurez qu'à faire un vœu et que nous deviendrons une famille unie qui aime courir dans les champs de pâquerettes et que la paix régnera sur terre en claquant des doigts?» fit-il ironiquement.

Monsieur Agreste soupira. Décidément, il n'aimait pas cette attitude impertinente chez son fils. «Non. Maintenant que j'ai mis la main sur le miraculous de la création et celui de la destruction, plus rien ne peut m'arrêter. Je peux franchir la barrière ultime que le pouvoir du Papillon ne pouvait franchir. Je vais ramener ta mère à la vie. Et il ne sera plus question pour vous de me laisser seul. Nous redeviendrons la famille soudée que nous aurions toujours dû être et nous travaillerons ensemble dans notre compagnie familiale.»

«Ah oui! Le travail avec lequel vous avez toujours été si occupé, Père.» fit ironiquement Adrien. «Trop pour vous occuper de moi lorsque j'étais enfant, trop pour me lire des histoires et des contes de fées. Du coup, vous ne les avez pas lues non plus. Mais vous savez ce que ces histoires vous aurait apprit si on vous les avait lu étant enfant ou que vous me les aviez raconter ensuite? Qu'il y a toujours un prix à payer pour la magie. Si vous souhaitez qu'une personne vive, une autre mourra.»

«Dans ce cas, elle…» commença Monsieur Agreste en se tournant vers Marinette.

«Non non. Il n'en est pas question. Ce n'est pas une option possible.» dit trop aimablement Adrien en souriant légèrement. «Si je la perds, je vous vole le miraculous du Papillon et je vous échange contre elle. Et si j'échoue à la ramenai, alors je partirai avec elle. C'est aussi simple que ça.» expliqua-t-il très sur de lui-même et le visage dur.

Gabriel Agreste regarda stupéfait son fils, qui parlait de leur propre mort comme s'il parlait d'une recette de cuisine. Il le contempla pour la première fois depuis longtemps.

Le pli de cette lèvre, l'angle de ses épaules, cette posture. Gabriel Agreste était un maître pour lire ce que la posture des gens laissait deviner sur eux. Adrien, de son côté, était un maître pour entrer dans la peau d'un personnage en modifiant avec naturel ce que son corps racontait inconsciemment.

Plus d'une fois, le père et le fils s'étaient ainsi affronté de cette façon au cours des années. Au fil du temps, Gabriel avait éprouvé de plus en plus de difficultés à 'lire' son fils. Aujourd'hui, il n'y arrivait plus du tout.

Durant une année complète, il n'avait pas su voir que son fils était ChatNoir. Peu importe le nombre d'heure qu'il avait passées à observer les captures vidéo du héros, il n'avait jamais deviné son identité. Adrien avait fait de son personnage de ChatNoir une réalité pour lui-même.

Mais la personnalité que le riche créateur avait devant lui n'était ni son fils ni le héros qui était son ennemi, c'était le mannequin et agent international pour qui aucun endroit sur terre n'était inaccessible. Celui qui avait accomplie des missions risquées et réussit à sauver le monde une poignée de fois et ce, avant d'avoir ses pouvoirs.

Aucune peur n'émanait de lui, il vivait pour l'adrénaline. Il était en mission.

«Que suggères-tu alors?» fit-il pour prendre la mesure de sa détermination.

«Moi. Je suis la réponse logique. Vous ne pouvez pas vivre sans maman et je ne veux pas vivre sans Marinette. Si vous voulez récupérer mère vous devez sacrifier une personne que vous aimez tout autant qu'elle. Et franchement, j'ai vraiment honte d'être votre fils. Je n'achète pas votre plan de famille unie. Je ne souhaite pas en faire partie. Moi, ce que je veux c'est elle. Rien sans elle.»

«Adrien… on pourrait trouver n'importe qui d'autre que toi… Mais tu as surement raison. Ça ne marcherait peut-être pas complètement.» se rendit le créateur défait de constater qu'il n'aurait qu'une demi-victoire.

«Ma mère est une femme formidable capable de changer le monde avec un seul sourire. Le monde sera plus beau si je prends sa place et elle la mienne. C'est prêt?» demanda Adrien en voyant des contrôles sur un appareil médical qui était maintenant tous verts. Il ne voulait pas laisser à son père le temps de réfléchir calmement. «Vous devriez me détacher. Je dois surement tenir la main de mère ou quelque chose dans ce goût-là.»

«Tu ne veux pas lui dire adieu?» demanda M. Agreste en sortant de minuscule clés de sa poche invisible et indiquant d'un coup de tête le lit de camps un peu en retrait.

Heureusement, il était suffisamment loin pour que Marinette ne saisisse pas leur conversation.

«Marinette sait que je l'aime. Elle croit que j'essaie de vous dissuader de le faire en vous ramenant à la raison.» répondit doucement Adrien en regardant Marinette avec amour. «Je préfère la quitter comme cela. Mais promettez-moi de ne rien faire contre elle. Pas de représailles ni envers sa famille ni pour nuire à sa carrière.»

«Tu as ma parole, mon fils.» fit M. Agreste avec émotion. «J'aurais voulu, que toi et moi, nous soyons plus proches.» soupira-t-il.

Adrien fut simplement soulager de savoir que son père n'avait pas prévu de vengeance contre elle en cas d'échec.

«Oui, moi aussi père. J'aurais apprécié.» fit sincèrement Adrien en repensant à toutes les fois où il avait tenté d'entrer en contact avec son père.

Adrien marcha jusqu'au corps de sa mère décédée et glissa sa main dans la sienne.

«Nooroo, transforme-moi!» commanda Gabriel Agreste.

Il sortie ensuite les miraculous de la création et de la destruction d'un compartiment au bout de sa canne. Ils étaient noirs et rouges. Tikki et Plagg étaient prisonniers à l'intérieur.

«Je souhaite qu'Émilie Agreste soit vivante et en santé.» prononça-t-il haut et clair en les serrant tous ensemble au creux de sa main.

Le grand cri qui hurlait un grand ''NON'' déchirant par Marinette fut la seule chose qui se produisit. Rien d'autre ne bougea dans la pièce. Elle s'était relevée à moitié et essayait de bouger ses jambes.

«Ça ne marche pas?» dit Adrien jouant la surprise et l'innocence incrédule. Il laissa la main de sa mère et s'avança fermement vers son père «Peut-être que vous devez les porter? Vous voulez que je vous perce les oreilles?» se moqua-t-il.

«Adrien!» rabroua le Papillon comme n'importe quel super vilain face à ChatNoir. «Ne tourne pas tout en déris-»

Adrien ne laissa pas son père finir sa phrase. Il profita qu'il ait levé les yeux au ciel pour lui asséner un énorme coup de pied rotatif sur sa mâchoire. Heureusement, il s'était endormit encore chaussé la veille. Ses grosses bottes avaient bien servit.

Le papillon tomba au sol et Adrien lui arracha la broche avec des ailes se trouvant à son cou. De son autre main, il lui planta une seringue de somnifère prise sur le chariot et son père tomba inanimé.

Adrien retrouva sa chaîne au sol et menotta son père. Puis, il apporta les clés et les miraculous à Marinette. Ils se serrèrent brièvement dans leurs bras avant de les enfiler. Sans un mot, Marinette serra Tikki contre sa joue.

Adrien en profita pour menotter son père plus efficacement avec les liens de Marinette et saluer Plagg. Avant de reprendre Marinette contre lui et se finalement soupirer de soulagement. Le combat était vraiment terminé.

«Adrien, c'était incroyablement risqué ce que tu as fait!» fit-elle émue.

«Pas exactement. Il ne savait pas grand-chose sur cette histoire de vœu. Et tu vois» commença-t-il doucement.

Adrien se détacha légèrement de Marinette et plaça la main qui portait sa bague contre le lobe de son oreille pour que les miraculous entre en contact. «S'il y avait un quelconque risque que les miraculous accordent ce vœu suprême simplement en les réunissant l'un contre l'autre, Tikki et Plagg nous auraient avertie de faire attention à ne pas les cogner ensemble. J'ai suffisamment joué dans ta chevelure en dormant avec toi pour les avoir inquiété avant si ça avait été si simple. Ma Lady, accepteras-tu de m'accompagner à un rendez-vous galant à présent?» conclu-t-il dans un même souffle, ne perdant pas une seconde son principale objectif de vu.

Marinette éclata d'un léger rire doux. Elle n'en revenait pas. Il y avait tant à faire devant eux. Et Il ne pensait qu'à cela!

Ils venaient de battre le Papillon, de découvrir qu'il s'agissait de son père et ses jambes ne répondaient toujours pas complètement! Et sans parler du fait qu'il ne connaissait sa véritable identité et la vérité sur sa duperie depuis à peine quelques minutes! Mais tout ce qu'il voulait était de l'amener au cinéma!

«Tu devrais t'occuper de ta mère plutôt, elle peut peut-être encore être sauvée.» répondit-elle simplement en haussant les épaules.

Adrien glissa son pouce sur la main de Marinette qu'il tenait dans la sienne. «Ma mère est morte en faisant ce qu'elle aimait, en étant une héroïne. Si je ne lui souhaite qu'une chose, c'est de reposer en paix.» lui apprit Adrien en se relevant.

«Elle a donné sa vie pour sauver une femme enceinte et sa fille qui allaient être frappées par un bus à Lhasa.» raconta-t-il. Elle a été transportée à l'hôpital où son corps à été dérobé dès son arrivée. Mais même si son décès n'a jamais été prononcé officiellement, les ambulanciers m'ont apprit qu'elle était cliniquement morte durant le transport et qu'ils n'avaient pas pu la ranimer. Elle a été une héroïne jusqu'à la fin. C'est pour ça que j'ai eu tant de facilité à faire mon deuil. La femme qu'elle a sauvée m'a contacté il y a quelque temps. Elle a prénommé le petit Émile en son honneur. Une vie pour une vie. Un miracle sans bijoux magique. Alors, que dirais-tu d'aller voir un film super romantique?»

«C'est oui» ricana Marinette «Mais qu'est-ce qu'on fait de tes fans hystériques?»

Adrien glissa un bras sous ses genoux pour la porter. «Tu sauras que je suis un as du déguisement. Personne ne me reconnaîtra. Je peux même y aller en fille si tu as envie de faire le garçon.»

«Avec de tels biscotots, ça ne passera jamais.» se moqua-t-elle en caressant l'un des muscles en question avec délice.

«On pari?» la défia-t-il avec un sourire canaille.