Adrien entendait le vent soufflé en traversant les larges couloirs vides du manoir. À ce moment où la nuit tombait chaque jours sur Paris, il lui semblait que le vent se faisait plus larmoyant. Comme si le vent, une fois engouffré entre les parois de marbres en devenait prisonniers et qu'il ne pouvait plus trouver la sortie.

Les plaintes étaient plus supportables durant la journée pendant qu'Adrien étudiait en ligne. Elles étaient aussi presque joyeuses durant la nuit quand toute la bande d'ami déboulait au manoir pour faire la fête.

Mais lorsque le soleil descendait vers l'horizon et qu'Adrien n'en pouvait plus de ruminer ses pensées sombres, lorsqu'il se repoussait des deux mains loin de son bureau d'ordinateur et qu'il se décidait à s'aventurer vers la cuisine pour y trouver un en-cas, c'est dans ces moments que les plaintes du vent devenaient les plus fortes et les plus pénibles à entendre.

Alors qu'autrefois il ne passait jamais plus d'un mois dans le même lit, depuis un an et plusieurs mois, cette chambre était redevenue sa maison. Et depuis les dernières semaines, elle était même devenue sa prison.

Il entendait encore les plaintes du vent malgré la porte de sa chambre qui était devenue son rempart contre les horreurs qui se cachaient derrière.

Il avait bien cherché pourtant. Il avait fait le tour de chaque pièce parfois seul, parfois avec Marinette parfois avec un ami, il n'avait jamais trouver par où ce vent sauvage et impétueux pouvait continuer d'entrée dans la demeure luxueuse. C'était comme s'il y était entré lorsque son père était devenu quelqu'un d'autre et n'avait plus réussit à en sortir ensuite.

ChatNoir, non pas ChatNoir. Adrien. Adrien avait vaincu le Papillon. Il avait vaincu son père. Lorsque ce combat avait prit fin, Adrien avait amené Marinette loin de cette cave sinistre. Ils avaient célébré le fait d'en être sortie. Mais, cela n'avait été qu'un moment hors du temps.

Ils n'avaient pas parler de ce qui venait de se passer. N'avaient soufflé mots de leurs doutes. Le Papillon n'était pas le seul au courant de l'existence des miraculous. Les akumatisés clamaient haut et fort leur existence chaque fois que l'un de ces clowns faisait son apparition. Marinette n'avait même pas essayé de mentionner les héros de Paris et Adrien n'en avait aucune envie.

Puis, le soleil avait atteint son zénith, les parisiens avaient envahis les cafés pour le lunch du midi et les gens avaient commencé à le regarder bizarrement. Quelque chose qu'il voulait ignorer devait être inscrit sur son visage parce que même ceux qui l'avaient reconnu ne l'avait pas approché.

Lorsqu'il avait éclaté en sanglot, Marinette puis LadyFlamme avait prit soin de lui offrir un peu d'intimité et l'avait aussi gardé contre elle.

Les larmes étaient reparties bien vites mais le peu de temps qu'elles étaient restées avait suffit a emporter toute son énergie.

Les héros avaient ensuite découvert le miraculous du Paon et avaient livré Monsieur Agreste à la police avec un minimum de parole.

Annoncer à la population que le règne de terreur sous lequel ils vivaient avait prit fin fut ensuite une obligation. Adrien était heureux qu'il n'ait pas eu à parler.

LadyFlamme s'était chargé de faire un rapide discourt que ChatNoir, resté derrière et anormalement muet n'avait pas vraiment écouté jusqu'à ce qu'il saisisse qu'elle était en train de raconter à Paris rassemblé devant eux qu'Adrien avait lui-même combattu et défait son père avant de contacter les héros.

La compagnie familiale si chère dans le cœur de son géniteur avait été saisie mais les autorités n'avait rien pu faire pour récupérer le manoir et la modeste fortune qui faisait, avec lui, partie de l'héritage de sa mère à Adrien. Après tout, le manoir avait appartenu aux parents d'Émilie et ils avaient interdit que Gabriel Agreste en hérite.

Mais malgré ou à cause du discourt de LadyFlamme, le manoir (et Adrien) avait été prit d'assaut par les journalistes et la légion de ses fans qui pouvaient probablement former un pays par eux-mêmes à un certain point.

Mais en six semaines, la situation avait évolué. Adrien ne mettant jamais le pied à l'extérieur de sa résidence, la plupart des journalistes et des fans étaient rapidement partis. Bien sûr, les irréductibles curieux ne manquaient pas et parmi eux, il y avait même des guides touristiques qui pointait le manoir pour que les touristes y pointe leurs caméras. Les cris d'amour dans les divers dialectes d'Asie faisaient toujours sourire Adrien.

Au moins, la foule avait-elle suffisamment diminuer pour permettre à son fantastique groupe d'amis de venir se joindre à lui pour les révisions d'examen et les épreuves passées, c'est pour faire les fous avec lui que les amis avaient affronté les hordes de passants.

Mais pas ce soir.

Ce soir était un dimanche et il n'y avait plus personne. Tout le monde retournait travailler ou aux sessions d'étude d'été ou encore partait en vacances familiales.

Il était dans cette chambre où elle n'était pas.

Jamais vraiment seuls tous les deux, Marinette et Adrien n'avaient jamais reparlé de leurs secrets ni de tout ce qu'il y avait entre eux.

Bien après le coucher du soleil, Adrien était assis au pied de son lit depuis un moment. Il jouait avec un petit objet qu'il gardait entre ses doigts. Plagg, vaincu par le silence, ronflait sur le coin du pupitre l'abandonnant lui aussi à ses réflexions solitaires.

«Bonsoir» fit une voix qu'il n'avait jamais entendu aussi douce ni aussi calme. Bien souvent, elle pouvait être intimidé, effervescente ou forte ou étincellente mais rarement douce.

Lorsqu'il porta son regard sur les grandes fenêtres devant lui, c'est toute la posture de son héroïne préférée qui lui sembla nouvelle. Ni combative, ni timide, ni bravache, ni victorieuse. Mais, douce et détendue, comme si elle se tenait sur le sol plutôt que de flotter entre ciel et terre.

«Tu voudrais venir voler avec moi?» offrit-elle en le réclamant aussi.

Adrien se leva et s'avança vers elle les mains dans les poches de son jean. «Et où voudrais-tu aller?» fit-il avec une curiosité toute naturelle.

«Très haut» répondit-elle les yeux brillants «Et très loin.»

000

Pour la première fois depuis longtemps, ils purent quitter Paris sans remords et sans craindre de manquer à leur devoir.

Il s'accrochait à son corps souple flottant sur les vents d'été sans aucune crainte pour sa vie. Ils avaient laisser la terre loin sous leur pieds depuis bien longtemps mais cela lui importait peu. Elle était dans ses bras et lui dans les siens et c'était la seule chose qui comptait.

Le soleil matinal les trouva marchant seuls sur une petite plage avec l'océan pour horizon.

Main dans la main, ils restaient silencieux, regardant les vagues s'échouer sur le sable.

Adrien prit soudain une décision. Il se tourna vers LadyFlamme et captura ses mains dans les siennes.

«Un jour, il y a longtemps, j'ai eu la chance de me promener seul dans la jungle d'une île privée des caraïbes. Tout en haut de ce qui avait été un volcan, j'ai pu contempler la mer s'étendant loin jusqu'où portait mon regard. Le ciel était partout autour de moi et pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie en paix. Ce jour-là, ce n'était pas à moi de gagner le combat pour sauver le monde. J'avais le droit de me reposer et d'être un garçon normal et sans soucis. Mais en redescendant de cette montagne, je me suis aussi sentie seul. Je voulais me lier avec une personne pour avoir moi aussi le droit de me sentir vivant et d'exister pour quelqu'un. C'est pile à ce moment-là que j'ai trouvé cette petite pierre plate et toute ronde.»

Il poussa le petit objet de ses mains vers les siennes et s'agenouilla devant elle sur le sable.

«Durant des années, j'ai façonné cette pierre pour un faire une alliance. Même si je n'étais pas certain d'un jour gagner le droit d'entraîner quelqu'un dans ma vie. Mais je veux te la donner que nous soyons ensemble ou non. Je sais que nos rêves sont à l'opposer mais il n'y aura jamais personne d'autre qui prendra la place que tu occupes dans mon cœur. Marinette. Je n'ai jamais prononcé ces mots pour une fille mais s'il-te-plaît, laisse-moi t'embrasser. Parce que je t'aime.»

Il se releva et pencha la tête vers elle. Du plus léger des mouvements, ses lèvres effleurèrent les siennes en une chaste caresse.

Aussitôt, un flot de souvenirs appartenant à Adrien envahirent la pensée de LadyFlamme grâce à sa magie mais, tous portant le même message : son amour pour elle.

Chacune des fois où il avait sentie son cœur bondir furieusement pour Marinette ou LadyFlamme prenant la forme d'un instant précieux. Il n'y avait aucun doute, aucune peur dans tous cela pas même une appréhension pour son pouvoir.

Elle relâcha la transformation et le serra contre elle.

Le vent du large fouettait leurs chevelures et semblait vouloir les emporter avec lui dans les hauteurs. Baissant les yeux sur elle, il remarqua qu'elle portait un simple shirt jean et un débardeur, tenue parfaite pour une journée parisienne. Lui-même avait retiré son chandail en arrivant sur cette plage, la journée promettait d'être très chaude.

Il pouvait ainsi sentir la peau de ses bras autour de lui et pouvait toucher son dos avec ses mains.

«Sais-tu où nous sommes?» lui demanda-t-elle avec un petit sourire disant qu'elle avait une bonne surprise pour lui.

Il écarquilla les yeux, il n'en avait aucune idée. Il savait qu'elle avait d'abord prit vers le nord et qu'ils avaient atteint la côte en peu de temps. Ils avaient ensuite prit vers l'est mais dans la fraîcheur et la noirceur de la nuit il avait cessé de tenir le compte de leurs déplacements.

«Non. J'avoue qu'avec toutes les cabrioles de cette nuit, j'ai perdu le sens de l'orientation. J'imagine que nous sommes encore près de l'Atlantique ou de la méditerranée peut-être.»

Avec une expression de fierté toute souriante, elle expliqua : «C'est l'île de Houate. Deux à trois heures de Paris (par voix terrestre), isolée comme toutes les îles mais d'après ce que j'ai vu de l'agglomération, elle est probablement assez habitée pour qu'il y ait une école. Juste assez grande pour y ouvrir une boutique de vêtements, assez près de la côte pour aller y chercher du matériel. Mais assez petite pour que les gens te traite normalement. On pourrait tout de suite aller voir à cette maison là-bas s'ils accepteraient de nous avoir comme voisin et on pourrait bâtir une maison dans ce champs. Comme ça, on pourrait venir tous les jours sur cette plage avec nos enfants avant qu'ils ne partent pour l'école et, si tu le souhaites, tu pourrais bâtir la ferme bio de tes rêves.»

«Cette vie est le plus beau rêve que j'ai jamais entendu quelqu'un décrire. Ce serait le paradis pour moi.»

«Ce n'était pas un rêve.» fit la jeune femme en relevant vivement la tête. «Mais une proposition. Je t'aime Adrien. Je veux passer le reste de mes jours avec toi. Nous voulons des vies totalement opposées l'une de l'autre. Mais en nous tenant sur ce rivage, nos vies se rencontrent. De la même façon qu'il était improbable que la vie d'un agent secret, mannequin international, héritier et jet-set entre en collision avec la vie trop étroite d'une serveuse qui avait seulement des rêves et rien de tangible. Pourtant elles se sont rencontrées sur les toits de Paris.»

Il prit son visage entre ses paumes pour se perdre dans ses yeux bleus. Deux grosses larmes coulèrent le long des son visage souriant. «Marinette! Je t'aime, je t'aime, je t'aime tant! C'est oui. Tout ce que tu veux, je le veux aussi. Je veux qu'on se marie, Mari!»

L'horrible jeu de mots fit grincer des dents la jeune femme mais sa mauvaise humeur disparue en un battement de cœur lorsque les lèvres de l'homme de sa vie réclamèrent les siennes.