...

-Comment vous allez aujourd'hui Mutsuki? demanda le médecin Kuki Urie sans véritable intérêt.

À quoi bon s'intéresser à elle? Elle n'est qu'une patiente dans l'hôpital psychiatrique où il travaille. Ça n'est qu'une dérangée comme les autres. Il fait ça uniquement parce que son travail l'oblige, il la laisserait facilement crever s'il y était contrain un jour. Même s'il éviterait quand même, ça ne serait pas bon pour son travail.

-Ça va merci... Et vous?

Ah, aujourd'hui elle avait décidé d'être gentille. Un jour sur trois elle peut mordre, se débattre, essayez d'attraper une seringue pour buter le docteur qui s'en occupe et hurler à en réveiller tout l'hôpital. Elle lui faisait presque peur parfois.

-Ça va, merci.

-Vous étiez avec quel patient avant?

Après ses trois ans d'hôpital, elle s'est décidé de s'intéresser aux problèmes des autres patients. Sûrement pour se convaincre qu'elle n'est pas la plus folle de tout l'hôpital, ce qui est probablement une affirmation fausse.

-Vous êtes ma première patiente de la journée.

-Patient... S'il vous plaît, je préfère que vous disiez patient...

Ah oui, parce que la folle se prenait pour un garçon. Bon, ça il pouvait le comprendre. Elle s'est fait violé par son père durant son enfance avant de se faire passer pour un garçon pendant sept ans de sa vie. Et d'après les discussions avec elle, "Les hommes et les femmes la dégoutent tout autant, alors elle préfère au moins être du côté le plus fort". C'est vrai que cette partie d'elle lui avait légèrement évoqué de la pitié.

-Mouais, si vous voulez.

-Comment va Shirazu?

Pff, évidemment il fallait qu'elle remette ce sujet chiant sur la table. Shirazu était un médecin qui travaillait aussi ici, et qui alternait avec lui pour s'occuper de Mutsuki. Il est malpoli et très lourd. Il passait son temps à draguer Urie en plus. Comme s'il n'avait que ça à faire. Kuki avait mieux à faire que de se mettre avec un idiot fini.

-De pire en pire.

La jeune patiente sembla s'affoler.

-Comment ça??

-Il est dans le coma, accident de moto. Les médecins pensent à le débrancher.

-Oh non...

Elle sembla vraiment désolée et baissa les yeux sur ses mains qu'elle serra.

-Bon, je repasserais plus tard. Au revoir.

Kuki sortit. Il lui avait peut-être un peu mentit. Bah, elle sera bien contente quand elle verra Shirazu arriver ce soir pour prendre de ses nouvelles et avec un peu de chance elle allait lui en vouloir et ne plus lui parler. Suite à quoi on lui attribuerait une autre patiente et comme ça, finit les crises de folie de celle-ci.

L'inverse se produisit. Elle ne lui en voulut absolument pas. Ils n'en discutèrent pas, mais elle lui fit un charmant sourire le lendemain, comme tous les jours, qui lui fit un effet étrangement chaleureux.

Lorsqu'il sortit de la pièce, il avait eu sa confirmation. Cette fille était définitivement bizarre.

………………………………………

Puis il y avait eu ce jour. Il était entré dans sa chambre comme habituellement, mais c'était différent. Il faisait froid. C'était plutôt bien, parce qu'il savait qu'elle aimait le froid. Mais là... ça rendait l'ambiance tendue.

Mutsuki était là, sans surprise. Elle -ou il?- était assise sur son lit, jambes tendues et dos contre son oreiller. Sa patiente fixait avec un regard qui semblait dénué de vie la photo qu'elle tenait entre ses mains. Urie passa à côté de son lit et regarda la photo.

Elle représentait un jeune homme aux cheveux blancs et gris, avec un large sourire sur le visage. Le médecin devait bien reconnaître qu'il était curieux sur ce coup là.

-Qui est-ce? demanda-t'il avec une douceur surprenante avant de s'asseoir sur le bord du lit.

Elle caressa le cadre du bout des doigts et se tourna un peu vers lui.

-Mon ancien professeur, monsieur Sasaki…

Oui, il en avait entendu parler. Un jeune amnésique, qui ne se souvenait plus de sa vie d'avant.

-Oh… Celui qui…

-Oui…

Mutsuki Tooru était tombé folle, littéralement, amoureuse de son professeur, qui avait quelques années de plus qu'eux deux. Lorsque ce dernier avait retrouvé la mémoire et s'était marié avec une ancienne connaissance à lui, elle avait tenté de poignarder sa femme, pour pouvoir l'avoir rien que pour elle.

Le coeur de Urie s'emplit pour l'une des premières fois de sa vie de pitié, lorsque les larmes commencèrent à couler silencieusement sur les joues de sa patiente. Il savait que, vu comment elle le décrivait, il avait dû être un petit rayon de soleil dans sa triste vie, qui s'est vite caché derrière les nuages. Il posa une main compatissante sur son épaule. Sans la regarder. Juste un petit geste. Ses yeux se tournèrent vers la fenêtre. Il faisait un temps un peu trop pluvieux pour un jour d'été aujourd'hui.

Dans les coeurs de tous le monde également.

………………………………………

-Eh, Urie!

Oh non pas lui. Il l'ennuyait déjà avant même d'avoir commencé la discussion.

-Quoi Shirazu?

-T'es au courant pour Tooru?

Urie fronça les sourcils. Cette question n'indiquant rien de bon l'inquiètait.

-De quoi? Qu'est-ce-qu'il se passe?

-Je l'ai trouvé en train de se mutiler… Et en train d'étaler son sang sur une photo de cette femme là, Toka Kirishima…

Urie sentit son coeur lâcher. Enfin bon sang! Qu'est-ce-qu'il lui arrivait?! Elle n'était qu'une dérangée comme les autres, et maintenant voilà qu'il commençait à s'inquiéter pour elle.

-Quoi?! Et ensuite?!

-Je peux tout te raconter dans un resto si tu veux? C'est moi qui invite!

-Raconte tout de suite où je t'étripe.

-Pff… J'ai appelé les autres, parce que j'ai vu que t'étais occupé, et on a du s'y mettre à trois pour lui retirer le couteau qu'elle avait dans la main, et celui qu'elle tenait entre ses dents sans la blesser.

-Oh…

Le médecin ne savait plus quoi dire. Comment une personne pouvait-elle autant changer pour une autre? Et puis... N'était-ce pas ce qui était en train de lui arriver dans un sens?

Ça y est, il avait trouvé le mot.

Elle n'était pas bizarre, sa patiente.

Elle était juste… fascinante.

…………………………………………

-Alors, vous vous amusez à essayer de tuer des médecins à ce que j'ai entendu?

Mutsuki baissa la tête honteusement sur le crayon qu'elle tenait.

-Désolée…

Urie soupira et s'assit sur une chaise au bout de son lit. Il posa ses mains sur ses propres genoux.

-Je ne cherche qu'à vous comprendre Mutsuki. Vous êtes quelqu'un de compliquée je trouve.

Elle ne relèva pas la tête et s'amusa -si on peut appeler ça comme ça- à faire cliqueter un crayon.

-Compliqué, pour moi… Vous le mettez avec un e ou pas? demanda-t-elle à voix basse.

Le médecin réfléchit une seconde à la réponse. Puis il se demanda le sens de cette question, avant de se dire qu'il n'y avait qu'un seul moyen de le savoir.

-Honnêtement… Avec.

Sa patiente soupira longuement, et releva les yeux vers la fenêtre. Un nouveau soupire se fit entendre lorsqu'elle vit les gouttes frapper la vitre de sa chambre encore une fois.

Elle reporta son attention sur Urie qui l'observait curieusement.

-C'est pour ça que vous ne pouvez pas me comprendre… Vous ne vous mettez pas à ma place avec ce "e"…

Leurs regards plongèrent l'un dans l'autre, et une étrange lueur apparu un instant dans les yeux habituellement ternes de Urie.

-Si vous ne faites qu'observer les faits, comment pourriez vous les comprendre…? lui demanda-elle.

-Mmh… Oui… Vous avez raison, Mutsuki.

Il hésita à continuer.

-Contrairement à ce que je pensais, vous n'êtes pas… (il hésita sur le mot) …fou.

-Merci à vous… Si c'était un compliment bien sûr…

-On se tutoie maintenant. Comment pourrais-je te comprendre avec la distance du vouvoiement?

Urie lui sourit -mais seulement un tout petit peu!- et sa, enfin son patient lui rendit avec douceur.

Depuis ce jour, le coeur du médecin n'avait cessé de battre à la chamade lorsqu'il allait voir son patient, étrangement.

………………………………………

-Mais j'avais dis non…

-Et on ne t'a pas écouté.

-C'est justement ce que je te reproche…, soupira la, enfin le patient. Je ne voulais pas aller voir cette soi-disant "psy"… Elle ne m'a même pas regardé, elle était sur son jeu vidéo… Je croyais que c'était une psy que les patients d'ici adorent?

Le médecin soupira et continua de marcher les mains dans les poches dans le jardin. C'était déjà leur troisième sortie dans le jardin de la semaine, et déjà la quatrième semaine que cela durait. Pendant ce temps, Kuki et Tooru avait bien apprient à se connaître. Ainsi, Mutsuki avait découvert que Urie n'était pas qu'un acharné de travail, et le médecin avait bien vu que son patient n'était pas juste un dérangé comme les autres qu'il avait pu voir.

-C'est le cas. Yonebayashi est très appréciée par les patients de cet hôpital, sûrement parce que la plupart ici sont mabouls, et qu'ils peuvent parler sans retenue.

Mutsuki s'arrêta de marcher et tourna la tête vers Urie qui continuait à marcher et prit un air de reproche.

-Urie! C'est méchant ça, on est pas des mabouls! Juste… Différents…

-Je n'ai pas dis que toi tu étais fou.

-Peu importe, je suis au même stade dans ma vie que les "mabouls" comme tu dis…, murmura son patient.

Le médecin s'arrêta et se retourna vers lui qui était toujours quelques mètres derrière lui-même.

-Désolé, Mutsuki, c'était maladroit de ma part. Je ne pense pas que tu es fou rassurez-vous.

-Vraiment?

-Oui. Mais faut admettre que les autres quand même…

-Tu ne changeras jamais…, soupira le plus jeune, en souriant désespérement malgré tout.

-Et c'est une mauvaise chose?

-Je ne sais pas… même si je disais que ça l'est, tu ne changerais rien alors bon…

-Ça je n'en suis pas si sûr. Enfin peut importe. On rentre dans l'hôpital?

-Oh… Déjà? On ne peut pas rester dehors encore un peu…? J'ai pas envie d'être encore enfermé dans ma chambre…

Le médecin soupira.

-Les heures nous obligent à rentrer… pourquoi t'irais pas plutôt avec les autres patients dans les salles communes? Il parait que le bingo est super. dit-il moqueusement.

Mutsuki se tortilla les doigts de gêne et détourna le regard.

-Ils me mettent mal à l'aise…, murmura-t'elle.

Urie tourna la tête vers lui en fronçant les sourcils.

-Pourquoi ça?

-Parce que… L'hôpital veut que je m'assume en fille pour "aller mieux" alors il refuse de me donner autre chose que des robes… Et il va toujours y en avoir un qui va siffler quand je vais passer à côté de lui… Et puis… Je sais pas… Y a beaucoup de garçons…

Sentant le malaise de Tooru, Kuki réfléchit un instant, même si la solution lui semblait évidente.

-Bien. Je vais demander à ce qu'on te donne tes pantalons et tes t-shirts à l'avenir. C'était injuste de toute façon.

-Vraiment?? Merci!

-De rien…

Et ils continuèrent leurs tours dans le jardin malgré l'heure qui tournait encore et encore. Les deux s'étant rapproché ces derniers temps, et vu la faible proximité entre eux, on aurait pu croire à un couple. Et justement…

-Mutsuki là on doit vraiment rentrer. Il fait noir.

-J'aime pas le noir…

-Raison de plus pour rentrer. Tu vas pouvoir allez manger, le repas a du t'être emmené depuis un moment déjà.

-Oh… Mais… Et toi…?

-Moi je vais rentrer chez moi, ma copine doit m'attendre.

Mutsuki eu un semblant de sursaute et s'exclama:

-Tu as une copine?!

-Je plaisante. Je vais juste rentrer chez moi.

-Ah… Tu veux pas rester avec moi…?

-Pourquoi?

-Parce que… parce que…

Kuki se tourna vers lui et vit qu'il tortillait ses doigts, et que son visage était écarlat. Celui-ci semblait prendre son courage à deux mains avant d'inspirer un grand coup.

-Parce que je crois que je commence à t'aimer… vraiment, vraiment beaucoup…

Urie resta quelques secondes bloqué sans comprendre, avant que ses joues pâles prennent un peu de couleur. C'est son esprit pratique et professionel qui agit en premier sans même qu'il y réfléchisse. Il pinça le haut de son nez en poussant un soupire comme énervé, sans prendre en compte le doux sentiment qui s'installait en lui. Ensuite il repartit sans plus de cérémonie d'un pas rapide à l'hôpital, laissant le jeune homme derrière lui. Tooru se débrouillera tout seul pour rentrer malgré la pénombre, mais il ne voulait surtout pas être le prochain Haise!

-Finalement, tu n'étais vraiment qu'une malade! lança t-il à l'attention de Mutsuki sans se retourner

………………………………………

Mais, comme on pouvait s'y attendre, il fut bientôt prit de remords qui lui donnèrent des maux de têtes tellement il réflechissait. Il n'était plus très sûr de ce qu'il avait fait. Comment savoir s'il avait fait le bon choix de partir, alors qu'il avait probablement brisé le coeur de son amie? En fait non. De sa patiente folle, pas de son amie.

-C'est méchant ça Urie, on est pas des mabouls!

Peut-être bien que si finalement, qu'elle était son amie. Était seulement, parce qu'elle était allé trop loin. Elle avait été trop loin? Ou était-ce lui-même qui faisait fausse route…?

Il repensait à toutes leurs discussions. Dès le début elle lui semblait curieuse comme personne. Est-ce qu'il était mieux en même temps…? Le médecin n'en savait rien et ça lui donnait mal au crâne.

Bah. Il allait dormir. La nuit porte conseille.

……………………………………

C'est lorsqu'il se rendit à l'hôpital qu'il comprit son erreur. Lorsqu'il entendit les cris aigus qui le firent frissonner il sut immédiatement de qui ils venaient.

Il courut à la chambre de son, enfin de sa patiente, avant qu'on lui barre la route. Il vit son collège adossé contre le mur en train d'attendre à l'extérieur.

-Qu'est-ce-qui se passe?! demanda-il précipitament, sans parvenir à cacher son inquiétude.

-Tooru a totalement peté un câble j'ai l'impression… Je suis entré et elle a essayé de me tuer directement, je sais pas pourquoi! Ensuite elle m'a relaché et elle a dit un truc comme quoi elle te cherchait, ou quelque chose comme ça. Du coup ni toi ni moi n'avons le droit de rentrer. Tu lui as fais quelque chose de mal?

Kuki se laissa retomber sur une chaise en soupirant face au discours de Ginshi. Il avait vraiment merdé alors. Il hocha la tête et ils restèrent ainsi pendant dix bonnes minutes, silencieusement, malgré les cris d'horreur qui s'échappaient de la pièce. Deux médecins sortirent alors de la pièce.

-Bon, on lui a retiré tous les objets coupants et on lui a injecté une belle dose de morphine. Elle est déjà beaucoup plus calme, déclara l'un d'eux.

Urie se leva immédiatement de son siège.

-Je veux la voir.

-Désolé mais il est possible qu'elle vous veuille du mal, alors c'est non.

-Parce que vous pensez que je serais moins fort qu'une fille faible et désarmée sous morphine? Juste avec une pichenette je suis presque sûr qu'elle se rendormirait.

Urie fronça les sourcils à ses propres paroles. Il y avait quelques choses qui ne collait pas.

-Très bien. Entendu, allez y. Shirazu, vous restez devant la porte au cas où.

Et il commença à partir, avant que Urie l'arrête. Il avait trouvé ce qui n'allait pas.

-En passant… C'est "Il", pour parler de Mutsuki. dit-il simplement avant d'entrer dans la pièce.

Celle-ci était sombre, et bien plus froide qu'elle ne l'avait jamais été. Le jeune médecin tourna la tête vers la jeune fille qui regardait le plafond avec un air endormi. Il s'assit silencieusement sur une chaise qu'il rapprocha du lit de Mutsuki. Il l'a regardait et elle faisait comme s'il n'existait pas.

-Je suis désolée…, dit-elle simplement au bout de quelques minutes.

Urie ne répondit pas tout de suite. Il prit simplement sa main droite entre les siennes avant de la serrer doucement.

-Ça va bien se passer Mutsuki. affirma t-il.

-M-Mais… Je voulais te…

Sa voix trembla un peu sur ses mots et ses yeux eurent du mal à résister aux larmes.

-Tout va bien. Ça n'est pas ta faute, ne t'en fais pas.

Il lui sourit légèrement, et elle tourna sa tête vers lui avec un air étrangement ébahi. Elle souffla un grand coup ce qui fit encore plus sourire le docteur. Kuki caressa avec tendresse ses cheveux. Il allait réussir à lui donner ce qu'il lui manquait, il le jurait.

-Tu es beau, Mutsuki.

……………………………………………