Je ne possède aucun des personnages des livres ou de la série TV.
Jaskier savait qu'affronter des monstres pourrait coûter la vie de Geralt, il ne pensait pas par contre que son ami doive encore payer une contrepartie pour les affronter dans de bonnes conditions...
En espérant que cela vous plaise
Bonne lecture
PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)
A DOUBLE TRANCHANT
Voilà… C'était fini… Encore une fois… Encore un de plus…
Geralt chancela et recula de deux pas en arrière pendant que le corps du monstre s'abattit lourdement sur le sol boueux du marécage nauséabond dans une gerbe de boue et d'immondices. Le Sorceleur ferma les yeux pour les protéger et frémit doucement. Quand il les rouvrit, ils abandonnaient progressivement leur couleur intégralement noire qui faisait tant peur aux gens pour redevenir doucement ambres. Geralt secoua la tête, ce n'était pas parce que ses yeux redevenaient normaux que tous les effets de l'élixir s'étaient résorbés… bien au contraire… Par chance, il y avait une petite auberge en contrebas de la forêt. S'il ne perdait pas de temps, il pourrait l'atteindre avant que les effets ne se dissipent totalement.
Geralt fit un pas et tout se mit à tourner. Il eut le reflexe de se cramponner à un arbre et attendit que ça passe. Ce ne fut qu'à ce moment qu'une voix retentit.
- Geralt, tu l'as eu ?
Jaskier… avec le combat contre cette saleté, l'excitation et les élixirs, il avait presque oublié la présence du barde à ses côtés. Barde qui se précipita vers son ami avec angoisse à la vue des filets de sang qui striaient sa chevelure blanche et de la longue coupure qui remontait le long d'une de ses cuisses sérieusement touchée. Sans lui demander, il l'agrippa par la taille et le sentit frémir. Cependant, Geralt ne se détacha pas de lui et souffla.
- Tu crois qu'il peut rester une chambre à l'auberge.
- On va s'en assurer, dit le barde en le cramponnant plus fort.
Geralt se laissa faire et son ami le ramena en direction d'Ablette. Le sang pulsait à ses tempes, la migraine était en train de le prendre. Il avait besoin de s'allonger.
OoooO
Jaskier, poussa la porte de l'auberge du bout du pied et jeta un coup d'œil aux occupants. Totalement avinés, aucun ne tourna la tête vers les deux nouveaux arrivants, ce qui n'était pas plus mal. Jaskier savait que l'accueil fait à Geralt était souvent assez houleux et étant donné qu'il n'était pas sûr qu'il tienne debout… ça l'arrangeait, sa carrure étant de loin bien moins imposante que la sienne. Un peu rassuré, le chanteur, fit glisser son ami sur un banc.
- Attends-moi je reviens.
- Je ne vais nulle part, marmonna Geralt en posant les mains sur sa cuisse blessée.
Son ami souffla d'exaspération et se dirigea vers le comptoir. Même de loin, Geralt comprit que la discussion fut animée, mais Jaskier revint vers lui avec un grand sourire.
- La chambre ne sera pas très grande, mais tu auras un lit et j'ai demandé un baquet avec de l'eau chaude. Le temps qu'on mange un peu…
- Non, si la chambre est prête, j'aimerais autant… commença Geralt avant de grimacer un peu. Je ne me sens pas bien. Je voudrais juste soigner ma jambe et m'allonger.
Jaskier posa une main sur son épaule et la pressa. Oui, il n'avait pas besoin de lui dire, il comprenait parfaitement qu'il n'allait pas bien. Geralt n'était pas du genre à se plaindre, mais il voyait ses crispations de souffrance et il sentait ses tremblements sous ses doigts. Il l'empoigna par le bras et l'aida à se redresser.
- D'accord, on va faire ça.
Cette fois, les clients finirent par le remarquer, avec sa peau trop pâle et ses cheveux blanc, ils venaient enfin de le reconnaître. Ils firent des messes basses et certaines insultes fusèrent à travers la salle.
- Ne les écoute pas, souffla doucement Jaskier avant de se tourner vers l'aubergiste. Fais-nous porter à manger dans la chambre.
L'homme soupira, mais accepta. Jaskier s'engagea dans l'escalier et serra les dents quand Geralt se mit à peser de tout son poids contre lui. Il fallait dire que sa blessure à la cuisse venait de se remettre à saigner, l'handicapant sérieusement pour marcher.
Le barde serra les dents et parvint à la chambre. Il la traversa et laissa son ami s'asseoir sur le lit pendant qu'une servante remplissait le baquet d'eau chaude tout en jetant des regards en coin au Sorceleur. Quand elle fut parti, Jaskier aida son ami à retirer ses bottes et son pantalon. Ils parlèrent peu pendant qu'il nettoya sa plaie avant de se plonger dans l'eau. Le bain lui fit du bien. L'eau chaude délaça ses muscles engourdis, mais son mal de tête devenait de plus en plus violent. Geralt n'en profita donc pas aussi longtemps qu'il le souhaitait et en sortit avant de se sentir réellement mal. Il passa une longue chemise de lin que lui tendit Jaskier et se fit un pansement à la cuisse.
- Tu veux manger ?
Geralt redressa la tête vers son ami, mais le mouvement dû être trop brusque et une longue plainte lui échappa pendant que sa vue se fit floue. Geralt serra les dents… Voilà… Il y était et le moment était de plus en plus douloureux. Sa nuque se raidit et ses muscles se crispèrent. Le Sorceleur se laissa tomber à l'arrière pendant que son corps se mit à convulser douloureusement.
Devant la violence de la scène, Jaskier bondit pour rejoindre son ami. Il se pencha au dessus de lui, angoissé, et glissa ses mains sous sa nuque pendant qu'il continuait à se tordre de douleur.
- Eh ? Geralt ! Qu'est-ce que tu as ? Parle-moi !
Le Sorceleur lui répondit pas un gémissement, mais parvint à se contrôler le temps de souffler dans un murmure.
- Ce n'est rien… ça va passer.
- Rien ? Tu plaisantes ! Rien n'arrive pour rien, surtout pas en te mettant dans cet état. Geralt ?
- Ce n'est rien… gémit ce dernier, n'ai pas peur… ça va passer…
Son corps se tendit une nouvelle fois et il perdit connaissance. Jaskier, terrifié, tenta de le retenir, mais il était trop tard….
OoooO
Le barde passa les trois heures suivantes dans l'angoisse la plus totale. Si cela n'avait tenu qu'à lui, il serait parti en courant à la recherche d'un herboriste ou d'un physicien, mais Geralt lui avait dit que ce n'était rien et s'il reprenait connaissance entouré par tout un tas de types plus curieux de découper un mutant que de le soigner, cela le mettrait de mauvaise humeur et il ne voulait pas le mettre de mauvaise humeur…
Alors il s'était résolu à ne pas bouger, mais ne s'était pas non plus levé du bord du lit. Geralt frissonna longuement comme en proie à une fièvre qui le dévorait. Jaskier trempa un linge qu'il lui passa sur le visage, le cou et les épaules. Il n'était pas sûr que ce soit suffisant, mais peu à peu, les tremblements cessèrent, les spasmes de douleur aussi et Jaskier sentit son angoisse baisser d'un cran.
Il se détendit même assez pour attraper son carnet et griffonner quelques notes sans se lever du lit. Perdu dans ses pensées, il sursauta lorsque la main de Geralt tapota sa cuisse.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Le barde ne put retenir un léger cri et se retourna vers son ami.
- Mais tu m'as fais peur ! Dire que je croyais que tu étais en train de mourir.
- Non, je te l'ai dit, ce n'est rien.
- Et tu peux me définir ce rien ? Demanda Jaskier en braquant son regard dans le sien.
- Ce sont les élixirs, répondit Geralt en se levant pour se rapprocher de la table où avait été posée la nourriture.
- Les élixirs ? S'étonna Jaskier en se levant pour le rejoindre. Quels élixirs ? Ceux que tu prends avant de combattre les monstres et qui te donnent une tête de mort-vivant ? Ces élixirs là ? Comment ça se fait ?
- Ce sont des poisons Jaskier. Quelques gouttes te tueraient, répondit Geralt en s'asseyant.
- Oui mais toi, ta mutation… Tu es immunisé !
- En partie…
- Comment ça en partie ? S'exclama le barde avec effroi.
- C'est compliqué… Oui mon corps a été modifié, oui je suis immunisé contre leurs effets mortels, mais plus j'en absorbe et plus mon corps mets du temps à les évacuer et…
- Ça pourrait finir par te tuer ? Tu t'empoisonnes toi-même ? Tu… tu peux mourir ?
- Tu sais, les Sorceleurs ne prennent pas leur retraite, répondit Geralt en attaquant le poulet.
Assis en face de lui, Jaskier ne put retenir un frisson d'horreur… Non seulement son ami n'était pas bien vu par les humains « normaux », mais en plus pour les protéger, il finissait de se détruire lui-même…
- N'en prends plus !
Geralt redressa la tête, étonné.
- Jaskier, je…
- Tu risques ta vie tous les jours, tu t'empoissonnes lentement et tout le monde s'en moque n'en prends plus.
- Il y a des monstres dehors.
- Au Diable les monstres ! Pour la reconnaissance que cela t'apporte !
- Jaskier… Je n'ai pas rêvé de cette vie, mais je suis ce que je suis. Je fais ce que je dois faire…
- Te tuer en fait parti ?
- Le monde est bien fait, je ne peux fonder de famille, je ne manquerai à personne.
- Là tu te trompes, tu me manqueras à moi. Je parle fort, j'ai beaucoup de relations, mais j'ai peu d'amis, moins que j'ai de doigts sur une main… Et tu en fais parti, que cela te plaise ou non… que tu t'en moques ou non… A moi tu manqueras.
Geralt posa sa cuisse de poulet et le détailla.
- Ne dis pas ça. Je ne me moque pas de tes sentiments. Toi aussi tu es mon ami… C'est juste que je ne peux pas faire autrement… Il y a une goule dans un village à deux jours d'ici, j'y allais quand je suis tombé sur ce zeugle dans ce marais d'immondices… Je ne m'attaquerai pas à des goules sans élixir… J'ai besoin de toutes les chances de mon côté…
Jaskier ne répondit pas, mais son air ne laissait aucun doute sur ce qu'il pensait. Geralt se sentit touché et lui demanda.
- C'est difficile, mais je sais que tu comprends, n'est-ce pas ?
- Oui, je comprends, mais je désapprouve, souffla Jaskier… Même si je sais de quoi parlera ma prochaine ballade.
