Chapitre 2 : Un nouveau jouet pour le toubib?
Ils sortirent en criant de peur, prenant soin de verrouiller la porter derrière eux afin de s'assurer qu'elle ne s'attaquerait à personne au seing de l'équipage. Il leur fallait avertir le capitaine au plus vite que son nouveau jouet n'était plus aussi mort qu'avant.
Law étudiait l'échantillon de sang, prélevé un peu plus tôt sur le cadavre, qui ne lui révéla rien à son grand désarroi. Il n'y avait aucune trace dans ce dernier d'un virus ou d'une maladie qui aurait causé son décès, ce qui le confortait dans l'idée que la faucheuse s'était vue invitée par ce bloc de glace. Le froid ainsi que le manque d'oxygène avaient dû avoir raison d'elle. Mais, une question subsistait malgré tout : « Comment avait-elle pu finir ainsi congelée ? »
Cependant, il ne pouvait qu'émettre des suppositions, puisqu'il n'avait aucun élément concret pour étudier les causes de la mort. Il en était là de ses réflexions lorsque des cris de terreur résonnèrent dans les couloirs.
– Capitaine !
S'engouffrant tel un raz-de-marée dans le laboratoire, Shachi et Penguin annoncèrent dans un même ensemble, à bout de souffle :
– Zom... zom... bie...
Il fallut plusieurs minutes au chirurgien avant de comprendre ces deux idiots totalement affolés. D'ailleurs, à les entendre, il peinait à le croire si bien qu'il se rendit de lui-même à l'infirmerie. Ils affirmaient que la femme avait ouvert les yeux allant même jusqu'à les saluer. Cela n'était pas possible ! Son cœur ne battait plus, il n'y avait aucun signe vital chez elle, lors de leur arrivée au sous-marin, de cela, il en était convaincu !
Un zombie ? Il ne saurait le dire avec certitude à moins de l'avoir vue et examinée. À cette pensée, un sourire sadique étira les lèvres du toubib, car il prévoyait d'ores et déjà une panoplie d'examens et de tests pour la demoiselle. Un cobaye des plus intéressants venait de montrer le bout de son nez, se dit-il en s'arrêtant devant la porte close, nodachi sur l'épaule. En effet, après tout, il ignorait à quoi il devrait faire face en entrant dans l'infirmerie.
Shachi et Penguin tremblaient de peur derrière leur capitaine qui déverrouilla doucement le battant de fer avant de pénétrer dans son repère avec calme et nonchalance.
À peine arriva-t-il dans la pièce que le chirurgien aperçut la miss, nue, devant les diverses armoires. Il ne se priva point pour l'observer. Elle était plutôt grande, sans nul doute un mètre soixante-cinq, songea-t-il en son for intérieur tandis que ses prunelles cendrées glissaient sur la peau diaphane de la jeune femme.
Elle avait le teint clair, et les cheveux d'un blanc pur. Comme il avait déjà pu le noter, elle possédait un corps aux courbes fines et harmonieuses. Sa longue chevelure descendait jusqu'à son postérieur le masquant quelque peu. Cependant, ses jambes interminables et galbées ravissaient son regard de connaisseur.
À son entrée qu'elle ne pouvait certes pas ignorer, elle lui adressa une œillade par-dessus son épaule avant de se retourner lentement vers le grand ténébreux, dégageant de ce fait, son dos. Law remarqua alors le tatouage ombrant ses reins. Juste au-dessus de sa fesse gauche, un magnifique papillon noir ornait sa peau.
Précautionneusement, il referma la porte derrière lui, désireux de ne pas laisser s'échapper pareil spécimen sans savoir si elle était dangereuse ou pas, et surtout sans avoir fini de l'étudier. Désir qui se vit rapidement accru en découvrant que son cadavre jusqu'à présent dépourvu de vie le regardait de ses grands yeux verts. Un regard profond et insondable qui le fixait sans inimitié.
Sans la quitter de ses prunelles métalliques, et redoutant une tentative de fuite ou d'attaque, Law restait sur ses gardes. Mais, au lieu de cela, la jeune femme que la nudité ne semblait point embarrasser devant lui se remit en mouvement. Demeurant, toutefois, à bonne distance, l'inconnue contourna la table d'examen, avant de s'immobiliser à quelques pas seulement, juste sous son nez.
La demoiselle en question, Towa de son prénom, sonda le regard argenté quelque peu inquiète. Elle venait de se réveiller après un long sommeil. Mais au juste combien de temps avait-elle dormi ? Combien d'années s'étaient-elles écoulées depuis que sa décision l'avait amenée à se plonger dans une phase de repos si profond ? Et cet homme, qui était-il ?
De ses immenses yeux en amande, elle l'étudia. Il était grand, bien plus qu'elle. Un bonnet étrange sur le sommet de son crâne dissimulait ses cheveux qu'elle devinait sombres tout comme sa barbichette. Son teint hâlé se voyait éclairé par de petites prunelles fines et grises, soulignées quant à elles, par des cernes noirs prononcés. Elle nota également la présence de deux boucles d'oreilles dorées de chaque côté de sa tête.
Quant à ses vêtements... Rien de comparable au style vestimentaire qu'elle connaissait, signe que son sommeil avait été fort long. Arborant un pantalon bleu tacheté de noir, ainsi qu'un pull dans la même teinte affublé d'un étrange sigle, il émanait de sa personne une aura inquiétante.
– Intéressant, commenta Trafalgar, les yeux rivés sur sa fine silhouette, coupant court à l'examen de la blanche.
Oh oui, vraiment très intéressant. Un cadavre se remettant à se mouvoir, voilà qui risquait fort de nourrir ses diverses expériences qui fleurissaient déjà dans son esprit avide de connaissances.
- Où sont mes vêtements ? demanda-t-elle sans préambule.
Law dont les pupilles demeuraient indéchiffrables pencha la tête légèrement sur le côté, un sourire sadique aux lèvres, laissant glisser son regard froid sur le corps de la jeune femme.
– Je ne pensais pas que tu en aurais encore besoin.
Puis, sans la lâcher de ses prunelles cendrées, il s'enquit :
– Ton nom ?
– La politesse veut que tu te présentes avant de demander le nom de quelqu'un, répliqua-t-elle cinglante.
– Ton nom ! répéta-t-il avec plus de force, cette fois.
La blanche exhala un long soupir, levant les yeux au plafond, excédée, avant de répondre :
– Towa Eien D Nochi. Content ?
Ce nom ne lui disait rien. Néanmoins, le fait qu'elle porte l'initiale « D » l'intéressait énormément. Il en vint à se demander quels autres secrets cette fille recelait. Mais, lorsqu'il tenta d'en apprendre davantage à son propos, exigeant des explications sur le point surprenant qu'elle était visiblement morte. Cette dernière mangea la distance qui les séparait d'un battement de cils avant de saisir sa main et la poser sur sa poitrine. Un sourire éclairant son faciès, elle étudia le visage masculin qui, à sa grande déception, ne trahissait aucune émotion.
Law, le sein gauche de la jeune femme au creux de sa paume, la fixait sans comprendre où elle voulait en venir. Mais, alors qu'il s'apprêtait à retirer ses doigts, elle les prit de nouveau pour l'apposer sur le second.
– Peut-être que tu aurais dû essayer de ce côté, arqua-t-elle alors que ses lèvres s'étiraient pour révéler une rangée de dents blanches.
Surpris, il l'était. Étrange... Son cœur se trouvait à droite et même si cela s'avérait cliniquement possible, il aurait, néanmoins, dû sentir son pouls. Mais abandonnant ce sujet sur lequel elle ne semblait guère vouloir s'attarder, il se fendit d'un sourire sadique et souffla :
– Ferme et moelleux malgré le temps passé dans ce glaçon.
Prise au dépourvu par ce simple commentaire, elle repoussa sa main avant d'annoncer :
– Comment t'as fait pour m'en sortir ?
Or, refusant de lui révéler la teneur de ses capacités, il valait mieux la tenir dans l'ignorance pour le moment, car il n'excluait point le fait que la jeune femme soit une ennemie. Sur ses gardes, il éluda la question en lui indiquant que cela n'avait pas été une chose aisée, après tout, une créature effroyable veillait sur elle.
– Yujin...
Ainsi, elle connaissait cette chose, pire, elle lui donnait même un nom. Il en vint à la conclusion que Bepo avait vu juste et que cette créature n'était rien de plus que son gardien.
– Quoiqu'il en soit, tu es dans la mouise, annonça-t-elle tout à coup.
Tiens donc ?! Était-ce une menace déguisée de sa part ? Il l'ignorait, et pour la bonne et simple raison qu'il ne savait rien à son sujet. Du moins... Pas encore... Tapotant son nodachi sur son épaule à un rythme lent et régulier, il répondit calmement :
– Si t'en prendre à mon équipage est ton intention, oublie. Tu seras morte avant de pouvoir lever le petit doigt.
À cette déclaration énoncée avec arrogance, Towa esquissa un sourire tout en croisant les bras sur sa poitrine, amenant les yeux cendrés sur cette partie de son anatomie. Il était évident que la miss ignorait tout de son identité et donc combien il était dangereux et redoutable. Mais, il se promettait de vite le lui faire découvrir.
La blanche se mit à rire avant de se détourner, passant une main désinvolte dans ses longs cheveux qui fouettèrent le visage de Trafalgar. Tout en s'éloignant de quelques pas, elle lâcha, un rien provocante :
– J'adorerai te voir essayer, fit-elle un sourire étrange aux lèvres.
Puis, subitement, elle fondit tel un rapace sur sa proie, se munissant au passage un scalpel sur la tablette qu'elle plaça sur la carotide du pirate. Ce dernier ne bougeait pas. Étonné, il l'était, car sa vitesse de mouvement l'avait totalement pris au dépourvu. Toutefois, son ignorance quant à son identité, jouait en sa faveur.
Usant alors du pouvoir de son fruit du démon, il se téléporta derrière elle, enserra de ses doigts tatoués le frêle poignet, le serrant violemment jusqu'à ce qu'elle se décida à laisser tomber son arme improvisée. Même si cette action la surprit, elle n'avait guère dit son dernier mot, et rejetant vivement la tête en arrière, elle donna un coup de boule dans le nez de ce bon vieux toubib. Fort contrarié par la tournure des événements, le chirurgien de la mort opta pour une méthode nettement moins douce.
N'octroyant aucunement du temps à la belle d'enchaîner les attaques, il tira sur le membre qu'il n'avait toujours pas lâché et la déséquilibra, l'envoyant heurter avec violence le sol de son dos. Il l'entendit gémir. Conscient qu'elle risquait fort de riposter, il dégaina Kikoku dont le tranchant fut placé sur la gorge de la blanche.
Towa plissa les yeux et scruta l'homme au-dessus d'elle, la menaçant de son sabre à la longueur supérieure à la normale. Elle n'avait guère eu le loisir de rencontrer beaucoup de personnes maniant ce genre de lame, mais elle devinait qu'il lui fallait une force certaine pour pouvoir l'agiter d'une seule main. En gros, la miss venait de découvrir que ce nodachi n'était pas juste une décoration visant à impressionner les ennemis. Non, ce grand brun aux allures de mauvais garçon savait parfaitement l'utiliser.
Elle hésita sur le comportement à adopter. Tout, ce à quoi elle aspirait, était : quitter ce lieu rapidement et sans dégâts, alors, autant se plier, dans un premier temps du moins, à la volonté de cet individu.
Prenant la lame entre le pouce et l'index, elle la repoussa avant de se redresser tout en lâchant :
– Range ton cure-dent, tu risquerais de blesser quelqu'un.
Law se recula, prêt à en découdre de nouveau. Or, contre toute attente, la demoiselle se contenta de lui demander de quoi se vêtir.
Comprenant que les agissements de la miss n'avaient été qu'un test visant à évaluer sa force, connaître son niveau, il rengaina son sabre qu'il déposa sur la table d'examen. Puis, il se défit de son pull bleu marine au Jolly Roger de l'équipage, qu'il lança à la jeune femme en face de lui. Même s'il détestait prêter ses affaires, il n'en demeurait pas moins qu'il n'avait rien d'autre sous la main, et la laisser seule ou se promener en tenue d'Ève, c'était tout simplement hors de question.
– Mets ça !
Towa se pinça la lèvre inférieure, se retenant de justesse d'envoyer ce type et son ordre balader. Cependant, une petite voix lui soufflait qu'au vu de la situation actuelle, elle devrait se contenter d'obéir gentiment et attendre une opportunité pour se barrer. Ben oui quoi, elle n'avait aucunement l'intention de s'attarder avec cet homme, qui l'avait, elle ignorait encore comment, sortie de son cercueil de glace. De plus, elle savait que maintenant, les rouages d'une machination restée jusque-là en suspens se remettraient bien vite en marche, et les ennuis pleuvraient sans tarder sur les personnes qui l'entouraient.
