Rebelle
La révolte de la jeune Annie avait commencé avec un simple mot. « Pourquoi ? »
Elle était la petite dernière des Sept, l'influent groupe n'avait pas souhaité rendre public la disparition (en fait le meurtre) de Translucide, ni le remplacer du coup. A-Train s'était rétabli peu à peu mais n'avait pas parlé de leur violente altercation. Après qu'on ait découvert sa relation avec Hughie, leur chef de file avait décidé de la tester. Annie devait montrer qu'elle était à cent pour cent avec les Sept. En tant que super-héroïne et en tant que citoyenne.
D'ailleurs, les Sept n'existaient qu'ainsi. Comme des super-héros. Ceux que la foule adulait sans les connaître. Ceux qui étaient au dessus des lois. Ceux qui étaient nécessaires au pays. Ceux qui prouvait que les États-Unis étaient vraiment la nation élue.
Mais Annie tenait à Stella, à la super-héroïne qu'elle avait présentée, façonnée, pour laquelle elle s'était engagée corps et âme. Elle était persuadée que refuser le défaitisme et l'immobilisme étaient déjà un grand engagement en soi. Stella n'était pas seulement l'image d'une jeune blonde enthousiaste et enjouée portant du blanc et du jaune parce qu'elle pouvait projeter de la lumière. Elle s'était engagée dans des centres de charité, elle avait supporté des initiatives personnelles, elle avait aidé des mouvements et récolté des fonds. C'était l'image de la volonté et de l'optimisme.
Il était cependant difficile de rester persuadée que la situation pouvait s'améliorer quand on atteignait enfin un cercle de pouvoir si restreint pour s'y retrouver piégée et déçue.
Elle n'avait fait que demander pourquoi. Cela n'avait rien d'insurrectionnel en soi. Mais le Protecteur s'était crispé et elle avait pu voir à quel point il était dangereux. Sa puissance magnifique, son air jovial sur mesure, tout cela avait laissé place à un colère fumeuse. Il l'aurait tuée si elle avait poussé le bouchon plus loin. Elle en était sûre. Comme elle était sûre qu'il n'avait regretté aucun de ses meurtres.
Annie avait été terrorisée. Elle avait alors fait machine arrière, par instinct de survie, et avait promis d'obéir. Mais à l'intérieur, elle était déjà en résistance depuis bien longtemps. Elle se l'était simplement cachée.
Quoi qu'il en soit, ces mois intenses à faire partie des Sept n'avaient pas été perdu. Avant de partir, elle avait eu le temps de comprendre d'où ils tiraient leur force et leur faiblesse. De la foule, celle qui les adulait, celle qui leur pardonnait leur défaut, celle qui avait la foi. Parce qu'à force de se faire voir comme des êtres surnaturels, on cessait presque de les considérer comme des êtres humains. Ils étaient alors investis de droits spéciaux, de droits absolus qui primaient sur ceux des autres. Celui de tuer en faisait partie.
Sur ce domaine, le pompon ne pourrait jamais lui revenir. Rien que le Protecteur et la Reine Maeve avaient des décennies d'avance sur elle ; jamais elle n'enthousiasmerait la foule comme ils pouvaient le faire par leur simple présence. Mais peut-être que ce n'était pas son but non plus.
Après tout, Stella avait déjà passé une semaine à travailler quotidiennement avec le refuge pour femmes sans domicile afin que chaque femme puisse obtenir des protections hygiéniques gratuites et saines. Une semaine, c'était largement suffisant pour que tous ses collaborateurs se rendent compte qu'elle n'était pas sur-humaine. Il y avait quelqu'un de simple et d'accessible sous ce serre-tête et cette jupe plissée.
Annie se rendit donc à l'évidence. Elle ne voulait pas d'une foule en délire, pleine d'attente pour un DVD ou des confidences sur sa vie sexuelle. Elle voulait une communauté diverse et enthousiaste, prête à agir de son propre chef, capable de nourrir ses idées et ses arguments. Certainement que cela l'avait définitivement éloignée de Vought et de ses objectifs chiffrés.
Elle devait être trop rebelle. Tant mieux.
Défi : 122e Nuit du Fof (Salle de jeux)
Thème : Pompon
