Chapitre 2
Instant Un
Lisbon était en train de manger de la crème glacée sur son canapé en repensant à l'enquête de ce dernier mois. Elle avait été épuisante, autant sur le plan physique que mental, mais elle s'était terminée correctement et sans bavure, ce qui n'était pas gagné d'avance. Bien que la télévision soit allumée, son esprit dériva sur la soirée de gala qui avait eu lieu un mois auparavant. Zut, s'en voulut-elle. Dès qu'elle divagait un peu, des boucles blondes et des yeux bleus surgissaient devant ses yeux et des papillons impatients cognaient dans son estomac.
Elle repensa aux regards que lui avait lancés Jane ces dernières semaines. Elle rougissait de moins en moins mais cela ne l'empêchait pas de se sentir mise à nue si l'un de ses collègues étaient dans les parages.
Les moments les plus intenses étaient sans aucun doute les déplacements en ascenseur en tête à tête avec le consultant. La tension était palpable et elle sentait parfois le regard de cet homme posé sur sa nuque. A plusieurs reprises, elle s'était attendue à ce qu'il tente de la toucher mais il n'en avait rien fait, se contentant d'une petite phrase équivoque.
« Il fait chaud, vous ne trouvez pas, Lisbon ? »
« Quelle tension dans le coin… Presque palpable… »
« Le bouton rouge, là, c'est pour stopper l'ascenseur, non ? »
Elle se contentait de sourire ou de serrer les lèvres afin de ne pas l'encourager mais elle devinait son sourire satisfait et ses yeux au ciel lorsqu'elle sortait précipitemment de l'ascenseur.
Il y avait aussi les moments en voiture. Comme elle conduisait, elle devait rester concentrée mais elle sentait le poids du regard de son passager. Et si elle disait quoi que ce soit, c'est elle qui se retrouvait gênée.
« Vous me fixez ! » s'énerva-t-elle un jour alors que Rigsby et Van Pelt étaient à l'arrière.
« Vous êtes belle. » avait simplement répondu Jane en remettant ses lunettes de soleil pour regarder dehors.
Dans le rétroviseur, elle avait aperçu ses deux agents sourire discrètement.
Un autre jour, c'est Cho qui avait assisté, laconique, à la scène. Afin de détouner le regard du consultant, elle lui avait demandé d'entrer une adresse dans le GPS du SUV. Comprenant ses intentions, Jane s'était amusé à remettre le son du GPS et à taper une adresse fictive. La voix féminine du GPS avait alors déclaré :
« Recherche de l'adresse : Au septième ciel. Adresse inconnue. »
« Le GPS ne trouve pas, Lisbon, je vous y emmènerai moi-même. »
« Mais… enfin, Jane !» avait-elle bégayé.
Dans le rétroviseur, elle vit Cho esquisser un de ses rares sourires et marmonner : « Patrick Jane, l'audacieux. »
Un SMS la sortit de sa torpeur sentimentale. Elle posa le pot de glace et saisit son téléphone. C'était Jane.
« Instant volé n°1 : Je viens, je vous embrasse et je repars. »
Elle se redressa et s'immobilisa. Elle sentit une chaleur remonter le long de sa nuque et se transformer un frisson. Comment ça ? Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Elle n'eut pas le temps de répondre qu'on frappa à sa porte. Elle posa son téléphone sur la table basse et se leva pour rejoindre l'entrée pieds nus. Etait-ce lui ou était-ce une coïncidence ?
Elle ouvrit la porte et se retrouva face à Jane. Il avait la bouche entrouverte et le souffle court mais aucun sourire, comme quelqu'un qui s'apprête à faire quelque chose d'incertain. D'interdit.
Lisbon posa une main sur le chambranle de sa porte et l'autre sur la poignée. Elle voulait questionner Jane mais aucun son ne sortait, elle se sentait paralysée. Le consultant fit un lent pas vers elle et son regard glissa de ses yeux à sa bouche. La raison poussait la jeune femme à reculer mais l'instant semblait tellement iréel qu'elle n'en eut pas la force. Finalement, la main de Jane frôla son menton pour l'inciter à relever la tête et sa bouche se posa sur la sienne. Les lèvres de Jane étaient charnues et fermes et c'était un baiser chargé de désir mais chaste. Il dura quelques secondes où leur proximité les déstabilisa autant l'un que l'autre, puis Jane se recula. Trop court, pensa Lisbon, frustrant. Mais interdit, se souvint-elle alors. Comme traversé par les mêmes pensées, Jane chuchota dans un sourire séducteur :
- Je ne vous ferai pas franchir la limite et déroger au règlement avant les quatre semaines restantes, Lisbon, promis.
Incapable de dire un mot, Lisbon se contenta de hocher la tête.
- Caramel ? demanda alors Jane.
La jeune femme afficha un air interrogateur.
- La crème glacée, s'expliqua-t-il. Caramel ?
- Oh… Oui, caramel.
- Délicieux. A bientôt, Lisbon.
Puis comme si c'était une simple visite de courtoisie, le consultant fit volte-face et s'en alla.
Instant Deux – une semaine plus tard
Assise à son bureau, Lisbon hésitait entre deux solutions : repasser chez elle pour chercher un pull supplémentaire ou demander à un collègue s'il n'avait pas une veste en plus. Le chauffage était tombé en panne dans les bureaux alors qu'il faisait -5°C dehors et il devenait de plus en plus difficile de se concentrer avec ce froid. Surtout qu'elle n'était pas épaisse, elle se refroidissait vite. Son téléphone se mit à vibrer. Jane.
« Instant volé n°2 : Je viens vous réchauffer. Avec la langue. Et je repars. »
Merde, merde, merde,pensa Lisbon. Pas ici, dans mon bureau, à la vue de tous ! Il est devenu fou ! Elle se leva, chercha une idée, un endroit où se réfugier, mais rien ne lui vint. Finalement, elle aperçu le consultant à travers les lamelles des stores. Il descendait les marches du grenier et se dirigeait droit vers son bureau, l'air beaucoup plus sûr de lui que la dernière fois. Elle recula et s'appuya sur son bureau lorsqu'il ouvrit sa porte. Il entra et referma derrière lui. Puis, alors qu'il observait sa supérieure devenir cramoisie, il entreprit de baisser toutes les lamelles des stores. A l'extérieur, personne ne semblait s'apercevoir de quoi que ce soit.
Lisbon s'aggripa à son bureau des deux mains, cherchant une stabilité vaine. Une chose était sûr, elle n'avait plus froid. Au contraire, une boule de chaleur s'éveillait dans sa poitrine et l'empêchait de faire le moindre geste. C'était déjà comme ça la dernière fois, elle allait devoir apprendre à gérer cette émotion, et vite.
Lorsque Jane eut terminé de les isoler, il enleva le pull qu'il avait placé sur ses épaules et s'approcha de Lisbon, un sourire flottant sur ses lèvres. Il plaça le vêtement sur les épaules de la jeune femme pour la réchauffer, bien que ce soit inutile sur le moment. Puis, ses mains glissèrent du pull et descendirent jusqu'à la taille de la jeune femme, qui n'eut pas le temps de s'y habituer que déjà un baiser accaparait son esprit. La chasteté n'était plus tant au rendez-vous, seuls comptaient le contact de leurs lèvres et de leurs langues. Jane remonta une main sur le côté de son cou, le pouce sur sa joue, et approfondi le baiser en se collant à elle. Ce dernier geste eut pour effet de réveiller un peu trop de désir au goût de Lisbon. Elle repoussa doucement le consultant.
- Jane…
- Ça devient terriblement difficile, souffla ce dernier dans un sourire.
Il l'embrassa sur le front quelques secondes et partit à reculons, sans cesser de la fixer. Puis, pour faire demi-tour, il fit un petit pas de danse qui fit rire Lisbon, et disparut.
Instant Trois – une semaine plus tard
L'agent Reyfield avait enfin obtenu sa mutation. L'équipe de Lisbon, ainsi que d'autres équipes du CBI, organisaient le pot de départ de leur collègue dans une petite salle louée à cet effet. Rigsby et Van Pelt devaient installer les boissons sur les tables et lorsque leur chef arriva, ils l'embauchèrent aussitôt.
- Patron, l'appela Van Pelt, vous pouvez installer les gobelets sur cette table ?
- Bien sûr, répondit Lisbon, ravie qu'on lui assigne une tâche précise et utile.
Alors qu'elle tentait de disposer les gobelets d'une jolie façon, son portable vibra dans sa poche. Elle s'en saisit, lu le SMS, et s'empourpra.
- Patron, tout va bien ? s'inquiéta Rigsby qui passait près de sa supérieure.
- Euh, oui… Je…
De l'autre côté de la salle, Van Pelt offrit un échappatoire à Lisbon.
- Mince, j'ai oublié le jus d'orange ! Wayne ? Tu veux bien aller le chercher ?
- J'y vais ! déclara-t-elle en apercevant Jane à l'entrée de la salle. Rigsby, dites-moi où sont les boissons. Ce serait bien que je le sache si je dois vous aider pendant la fête.
- Très bonne idée. C'est la porte à côté de celle de la cuisine, là-bas. Vous descendez les marches et vous entrez dans la pièce à gauche. Attention, l'ampoule est morte, prenez la lampe de votre portable ! s'écria Rigsby alors que Lisbon courait vers la destination qu'il venait de lui indiquer.
Il ne comprit pas bien ce qu'il passait mais il aperçut Jane trottiner dans la même direction que Lisbon, en riant ouvertement. Il se tourna vers Van Pelt afin qu'elle l'aide à dénouer ce mystère.
- Grace ? Viens voir…
L'air suspicieux et le sourire de Rigsby suffirent à attiser la curiosité de la jeune rousse. Elle s'approcha de son ami.
- Regarde Jane.
Van Pelt eut tout juste le temps d'apercevoir le consultant disparaître derrière une porte en riant.
- Bizarre, murmura-t-elle.
- Ce n'est pas tout. Tu sais que ça fait plusieurs semaines qu'on se questionne à propos de Lisbon et Jane ?
- Oui. Et alors, quoi ? Accouche !
- Lisbon vient de recevoir un SMS, elle est devenue toute rouge, et ensuite, dès qu'elle a vu que Jane était arrivé, elle s'est précipitée pour aller chercher le jus d'orange. Et maintenant, on dirait que Jane joue à… je n'sais même pas.
Un sourire éclaira le visage de la jeune rousse.
- Il y a vraiment un truc entre eux alors ! Il faut qu'on les observe quand ils ressortent.
Les deux complices continuèrent leur mission tout en gardant un œil sur la porte.
Lisbon dévala les escaliers et prit à gauche comme le lui avait indiqué Rigsby. Elle se glissa entre la porte ouverte et le mur, s'aplatit du mieux qu'elle pu, éteignit son portable et tenta de retrouver une respiration calme. Elle entendit les pas de quelqu'un descendre les marches puis elle vit un petit rayon de lumière apparaître. Lorsque les pas arrivèrent en bas de l'escalier, elle retint son souffle pour être le plus silencieuse possible. La lumière éclaira légèrement la pièce des boissons mais elle était bien cachée. Elle avait l'impression que son cœur allait sortir de sa poitrine.
Soudain, la porte devant elle fut tirée et dans un sursaut, elle se retrouva nez à nez avec Jane, tout sourire. Avant qu'elle n'ait le temps de reprendre sa respiration, il s'empara de ses lèvres. L'assaut était imprévu et elle laissa échapper un gémissement qui n'eut pour effet que d'inciter Jane à s'aventurer davantage. Ses mains sortirent son chemisier de son pantalon et se glissèrent en-dessous pour toucher son dos et ses hanches alors que la jeune femme passait ses bras autour du cou de Jane. Plus le baiser s'approfondissait, plus les mains de Jane cherchaient à parcourir la surface de sa peau. Elle sentit ses pouces passer sous ses seins et frôler son soutien-gorge alors qu'elle emmêlait ses doigts dans les boucles blondes à sa portée. Lorsque Jane se pressa contre son corps, elle ne pu que constater que leur désir mutuel était grandissant. Mais elle ne savait plus comment arrêter, elle avait perdu le contrôle et ses jambes menaçaient de céder sous elle.
C'était sans compter sur le self-contrôle de Jane, qui ralenti l'allure, calma le baiser et retira ses mains baladeuses.
- Vous voir courir pour vous cacher comme une enfant était un moment rafraichissant, lui dit-il.
- Rafraichissant, marmonna Lisbon. Les boissons ! Il faut que je trouve le jus d'orange et que je remonte.
Elle s'eclipsa d'entre Jane et le mur en remettant rapidement son chemisier dans son pantalon et utilisa son téléphone pour trouver les bouteilles recherchées. Dès que ce fut le cas, elle s'empara du pack et se retourna vers Jane.
- Ne remontez pas en même temps que moi.
- Van Pelt et Rigsby m'ont vu vous courir après, ils vont se demander ou je suis, annonça malicieusement le consultant.
Lisbon prit quelques instants pour réfléchir puis une petite lumière verte en haut d'une porte lui apporta la réponse.
- Là ! Prenez la sortie de secours. On dira que… que…
- Qu'on jouait à cache-cache et que depuis votre cachette, vous m'avez vu sortir par la sortie de secours en pensant que vous étiez dehors. Puéril. Crédible, mais puéril.
- Ça fera l'affaire, dit-elle. Il faut que je remonte.
Lorsqu'elle arriva au milieu des marches, Jane l'interpella.
- Lisbon !
- Quoi ?
« Remettez correctement votre chemisier dans votre pantalon. », aurait-il dû lui dire. Mais non, il se ravisa, le sourire aux lèvres. Il lui envoya un baiser soufflé et se dirigea vers la sortie de secours. Lisbon leva les yeux au ciel et entreprit de retrouver son équipe.
- Elle sort ! annonça Rigsby.
Van Pelt jeta un coup d'œil à sa supérieure et s'offusqua, la bouche entrouverte et les yeux ronds, puis elle se dépêcha de reprendre un air naturel.
- Quoi ? Quoi ? chuchota Rigsby avant que Lisbon ne les rejoigne.
- Son chemisier était très bien mis tout à l'heure…
Quelques secondes plus tard, Lisbon posa le pack de jus d'orange sur la table.
- Voilà ! Je peux faire autre chose.
- Mais… Où est Jane ? demanda Rigsby en prenant un air innocent.
Lisbon fronça les sourcils lorsqu'elle entendit le ton légèrement moqueur de son agent. Cela ne lui ressemblait pas. Il se prit un coup de serviette en papier en plein visage de la part de Van Pelt et se mit à rire.
- Va donc rechercher quelques gobelets, grand bêta ! lui ordonna celle-ci.
Puis elle s'avança vers sa supérieure et marmonna :
- Vous devriez remettre votre chemisier correctement, patron.
Lisbon dirigea son regard vers sa ceinture et constata l'évidence : elle s'était mal rhabillée. Elle s'empourpra en marmonnant en merci à peine audible et s'empressa de remettre en place ses vêtements. Lorsqu'elle releva les yeux vers la jeune rousse, celle-ci avait un sourire en coin et disposait avec goût les serviettes en papiers de couleurs vives.
- Ça fait longtemps, vous et Jane ?
La bouche de Lisbon prit différentes formes avant qu'elle n'arrive à articuler une réponse.
- Ce n'est pas… non. Enfin, ce n'est pas tout à fait ce que… vous imaginez. On n'a pas… Il y a des règles et…
- Je suis contente pour vous, déclara Van Pelt pour couper court au malaise. Et les règles vont être changées dans deux semaines, Hightower nous a spécifiquement convoqués, Wayne et moi, pour nous demander de ne pas faire de bêtise avant ces deux semaines.
- Rien n'est sûr, Van Pelt…
- Oh si, c'est sûr. Elle nous l'a confirmé. Le changement est déjà validé, il n'y a plus que la partie administrative à effectuer.
Le visage de Lisbon s'éclaira malgré ses efforts pour ne pas s'émouvoir.
- Ah, Lisbon, vous êtes là ! s'exclama soudain une voix familière à l'autre bout de la salle.
Jane s'approcha des deux jeunes femmes en regardant d'un air émerveillé la décoration de la salle.
- Vraiment charmant. Reyfield va être surpris. Allez Lisbon, dites-moi, vous étiez cachée où ?
- C'est inutile, Jane, déclara Lisbon à contre-cœur. Van Pelt et Rigsby nous ont démasqués.
- Ah ah ! s'exclama le consultant avec un air victorieux. Je savais que vous remarqueriez le chemisier, Van Pelt. Vous êtes douée dans votre genre, vous savez.
Lisbon se tourna vers lui d'air air offusqué.
- Vous aviez vu ?!
- Très bien, je vous laisse… Ne faites pas de bêtise avant deux semaines tous les deux, conseilla Van Pelt en s'éloignant.
Jane posa son regard sur les yeux furibonds de sa supérieure.
- Ne faites pas l'enfant, la sermonna-t-il. Vous n'avez pas le monopole des traquenards, ma chère.
Puis il s'éloigna d'une démarche légère et joyeuse.
Lisbon ressortit son téléphone et relu le SMS : « Instant volé n°3 : Mes lèvres vous réclament et mes doigts brûlent d'envie de toucher votre peau. »
Instant Quatre – une semaine plus tard
Lisbon se réveilla impatiente, enjouée, mais méfiante. On était lundi, il restait une semaine avant que le règlement ne lève officiellement l'interdiction d'avoir une relation intime avec un collègue au CBI. Elle savait qu'elle allait recevoir un des SMS tendancieux de son consultant mais ne pas savoir quand la plongeait dans un état de stress aussi agréable qu'éprouvant. L'équipe au complet travailla toute la journée sur une affaire assez simple sans qu'aucun message ne lui parvienne. En fin d'après-midi, elle décida d'aller récupérer la copie d'un dossier qu'elle avait demandé à un collègue deux étages au-dessus. Au moment où les portes de l'ascenseur se refermaient sur elle, deux choses se produisirent. Son portable vibra et Jane s'engouffra dans la cabine. Elle sortit son téléphone alors que Jane la dévorait des yeux.
« Instant volé n°4 : Advienne que pourra… »
Les portes venaient de se refermer dans le dos de Jane. Il s'avança vers la jeune femme qui rangeait tant bien que mal son téléphone dans sa poche arrière.
- Jane…
- Ça sonne comme une délicieuse supplication.
Il poussa une mèche de cheveux du visage de la jeune femme et l'embrassa sur la joue alors que l'ascenseur commençait son ascension. Au moment où il voulu appuyer sur le bouton rouge pour stopper l'appareil, les portes s'ouvrirent sur l'étage suivant. A l'instant où il se retourna pour constater son mauvais timing, Lisbon lui échappa et sortit de la cabine pour s'engouffrer dans l'escalier. Il voulut la suivre mais fut ralenti par une équipe d'agents qui croisèrent son chemin en parlant avidemment d'une enquête en cours.
Lisbon dévala les escaliers quatre à quatre et se retrouva rapidement devant les portes batantes du premier sous-sol qui abritait le parking du CBI. Elle réfléchit du plus vite qu'elle pu mais tous ces endroits possèdaient des caméras de sécurité impossible de trouver un lieu discret, ni même une cachette. Soudain, elle entendit des pas précipités au-dessus d'elle : quelqu'un descendait les marches en courant. Sans aucune idée précise, elle prit le risque d'entrer dans le parking souterrain. Légèrement essoufflée, elle tomba nez à nez avec Hightower.
- Agent Lisbon ? Tout va bien ?
- Oui, madame. Je… J'ai simplement oublié mon chargeur de téléphone dans la voiture.
Jane poussa alors les portes batantes et entra dans le parking, essoufflé lui aussi. Il s'immobilisa en voyant les deux femmes devant lui.
- Jane ? fit semblant de s'étonner Lisbon. Un problème ?
C'était risqué. Il était tout à fait capable de la mettre dans une situation très gênante…
- Non, aucun. J'aurais simplement voulu avoir votre avis sur quelque chose avant que vous ne partiez.
- Oh, je ne pars pas, je remonte dans une minute.
- Patrick, si ça ne vous embête pas, j'ai moi aussi une question pour Lisbon. Je vous la rends dans un petit moment, annonça Hightower.
- Je retourne dans mon antre, Lisbon, rejoignez-moi quand vous aurez un instant, proposa le consultant avec un regard chargé de sous-entendus. A plus tard, Madeleine.
Puis il disparut comme il était apparut.
- J'ai vraiment besoin de votre avis sur un agent qui a travaillé ici il y a quelques années. C'est officieux, pas d'écrit, je vous demande juste votre sentiment à son propos car il est actuellement accusé de vol dans les nouveaux bureaux où il travaille.
Soulagée de l'issue de cette rencontre impromptue, Lisbon s'impliqua dans la discussion, qui se poursuivit dans l'ascenseur et jusqu'à l'étage où travaillait son équipe. Puis Hightower prit un chemin innatendu.
- Ça ne vous embête pas si je vous accompagne dans le grenier de Jane ? J'ai une question pour lui aussi.
Coincée, Lisbon dû accepter de monter les marches menant « chez Jane » au côté de sa supérieure. Cette dernière frappa et le consultant ouvrit sa porte coulissante avec énergie.
- Mesdames, les salua-t-il.
Puis il s'écarta pour les inviter à entrer. Hésitante, Lisbon eut l'impression de se jeter dans la gueule du loup lorsqu'elle fit quelques pas dans le grenier sous le regard amusé de Jane.
- Je ne vous embête pas longtemps, je voulais juste savoir si vous aviez rendu son journal intime au professeur Harvey. Il a téléphoné trois fois pour le récupérer.
Jane fit de gros yeux comme si la demande était exagérée, puis il fouilla dans une armoire de laquelle il sortit un cahier abîmé par le temps.
- Il sait où se trouve son précieux bien, je lui ai dit de venir le chercher ici-même cet après-midi. Je ne l'ai pas lu, cru-t-il utile de préciser. Je voulais juste lui faire avouer son crime. Enfin… son plagiat… D'accord, son intention de plagiat…
Jane rangea l'objet dans l'armoire alors qu'Hightower lui lançait un regard accusateur. Puis elle se tourna vers Lisbon et lui sourit d'un air compatissant.
- Cet homme est une épine dans le pied en même temps qu'un atout professionnel indéniable. Agent Lisbon, c'est avec la plus grande sincérité que je vous souhaite bonne chance si vous l'incluez aussi dans votre vie personnelle…
Gênée, Lisbon se mordit la lèvre inférieure sans oser croiser le regard satisfait de Jane qu'elle entendait rire derrière elle.
- Ne soyez pas jalouse Madeleine, intervint ce dernier. J'aurais aussi pu tomber amoureux de vous mais vous m'impressionnez trop.
Lisbon se tourna vers lui et lui fit les gros yeux pour le faire taire mais cela ne fonctionna pas.
- Oh, allez, Lisbon, détendez-vous… Approchez, je vais vous aider à vous relaxer…
Hightower leva les yeux au ciel et sortit du grenier en ayant une dernière recommandation pour ses deux employés.
- Et plus de course poursuite dans les bureaux tous les deux ! Ou il faudra trouver mieux que l'excuse du chargeur de portable !
Puis la porte coulissa et se referma.
- Ooooh, gémit Lisbon en cachant sa tête dans ses mains. Je me sens mal, c'était déplacé…
- Je vais vous rassurer tout de suite : Hightower n'est pas offusquée le moins du monde. Elle s'est mise dans le rôle de ma complice en jouant les innocentes…
Attentive, Lisbon redressa la tête et fronça les sourcils.
- Je ne comprends pas.
- Vous étiez supposée me rejoindre ici à ma demande, n'est-ce pas ? Pour, d'après mon mensonge, me « donner votre avis sur quelque chose » ?
- Oui ?
- Et j'imagine qu'elle a prétendu vous suivre jusqu'ici pour me parler ?
- Oui, c'est ce qu'il s'est passé.
- Alors qu'elle savait que je vous courais après puisqu'elle n'a pas cru à nos fausses excuses…
- Exact…
- Conclusion : elle vous a manipulée pour que vous atterissiez ici. Elle m'a apportée ma proie sur un plateau d'argent en toute connaissances de causes.
Lisbon n'en revenait pas mais ce que disait Jane ne pouvait qu'être vrai. Cela la rassura un peu quant à l'opinion que sa supérieure se faisait d'elle.
Elle jeta un coup d'œil discret sur la gauche pour évaluer la distance qui la séparait de la porte puis sur la droite pour s'assurer que le consultant était assez éloigné pour qu'elle ait une chance de s'échapper. Son cœur cognait contre sa poitrine alors qu'elle s'apprêtait à piquer un sprint. Un sourire en coin apparut sur le visage de Jane.
- Ne faites pas ça, vous…
Sans le laisser finir, la jeune femme s'élança et atteignit la porte rapidement. Elle la fit coulisser sur une dizaine de centimètres mais deux mains bien décidées se refermèrent sur ses poignets alors qu'un rire résonnait au creux de son oreille. Elle se retrouva dos à la porte, les bras prisonniers de chaque côté de sa tête et le cœur battant.
Arrivée à mi-hauteur des escaliers, Hightower sursauta en entendant des pas précipités puis un bruit sourd contre la porte. Elle se retourna et eut juste le temps de voir la porte s'entrouvrir puis se refermer. Elle en conclut que Lisbon n'avait pas réussi à s'enfuir, puis elle reprit sa descente le sourire aux lèvres. C'est à ce moment-là qu'elle aperçu le professeur Harvey qui s'apprêtait à monter les marches.
Dans le grenier, Jane lâcha légèrement les poignets de Lisbon pour entrecroiser ses doigts avec les siens. Puis comme elle fermait les yeux en abandonnant la bataille, il l'embrassa sur la joue, sous l'oreille, dans le cou… Puis sans prévenir, il la souleva, l'emmena jusqu'à son bureau où il la fit asseoir délicatement et saisit son visage entre ses mains fébriles pour s'emparer de ses lèvres. Il fut plus que ravi de constater que la jeune femme, non seulement ne le freinait pas, mais participait avidemment à l'échange. Il laissa glisser ses mains jusqu'à ses épaules puis le long de son dos, pour finalement les passer sous son tee-shirt. Les mains de Lisbon, agrippées aux épaules du consultant, se resserrèrent à ce contact, et ce dernier émit un petit gémissement lorsque les ongles de la jeune femme s'enfoncèrent dans sa peau. L'agent sourit contre les lèvres de Jane et celui-ci descendit ses mains jusqu'à ses fesses pour la presser contre lui, réveillant un désir fulgurant.
Quelqu'un frappa à la porte.
Surpris, les deux amoureux se figèrent.
- Jane ?
C'était Hightower.
Lisbon poussa Jane et descendit du bureau pour se précipiter devant la fenêtre ouverte et prendre l'air en regardant la rue. Essoufflée et écarlate, elle fit signe à Jane d'aller ouvrir et se retourna de nouveau vers l'extérieur en tentant de retrouver une respiration régulière.
- Jane, le professeur Harvey est là, il souhaite récupérer ses affaires, annonça leur chef de l'autre côté de la porte.
Immobile, Jane essayait lui aussi de respirer calmement avant d'ouvrir.
- Je suis à vous dans une une minute ! s'écria-t-il.
Lisbon fit volte-face.
- Allez, lui siffla-t-elle. Ouvrez, ça va paraître suspect !
Légèrement échevelé, un grand sourire aux lèvres, terriblement séduisant, il la regarda en lui faisant de gros yeux outrés. Il se dirigea ensuite à petits pas vers l'armoire et en sortit le journal intime.
- Professeur Harvey, bonjour ! déclara-t-il en ouvrant la porte.
Il croisa le regard d'Hightower, dont les yeux furent attirés par les boucles blondes désordonnées. Elle fronça les sourcils d'un air suspicieux et secoua le tête de gauche à droite.
- Voici ce qui vous revient de droit, dit Jane en déposant le cahier dans les mains de son visiteur.
Pendant que les deux hommes échangeaient d'hypocrites politesses, Hightower en profita pour croiser le regard fuyant de Lisbon. Consciente d'être démasquée, cette dernière haussa les épaules d'un air fataliste. Elle vit Hightower retenir difficilement un sourire.
- Bien, messieurs-dames, salua le professeur Harvey. Bonne fin de journée.
Il fit demi-tour et ses pas résonnèrent dans l'escalier. Hightower regarda tout à tour Jane puis Lisbon.
- Vous avez consciemment conduit Lisbon dans l'antre du loup, Madeleine, ne vous étonnez pas que je l'ai dévorée, attaqua Jane.
Hightower les regarda de haut et sur un ton empli de dignité, elle lança :
- Un SMS pour vous informer de la date officielle de l'application du nouveau règlement, ça vous ira ? Ce sera dans une semaine, soit lundi, soit mardi. Je le saurai avec certitude au plus tard samedi à midi. Tenez bon.
Lisbon pinça les lèvres et trouva tout à coup ses chaussures très intéressantes.
- Je vous revaudrai ça, promit le consultant.
La porte se referma sur Hightower une deuxième fois et plongea les deux complices dans le silence. Lisbon se plaça face à Jane et approcha sa main des boucles blondes pour les remettre en place.
- Voilà, dit-elle. C'est mieux.
- Vous êtes libre pour un dîner dimanche soir ?
- Je vérifierai mon agenda mais je pense que oui.
- Et lundi soir ?
- Sans doute, oui.
- Bien, réservez ces deux soirées et je vous inviterai à l'une de ces dates en fontion du SMS d'Hightower.
- C'est noté. Je vais me remettre au travail.
La jeune femme se dirigea vers la porte coulissante et sortit du grenier sans se retourner, mais elle sourit en entendant la voix de Jane demander une réservation pour deux personnes au téléphone.
Instant Cinq
Dimanche soir – 20h
- Alors, Jane ? Qu'est-ce qui vous tente ?
Le consultant baissa la carte des menus qui cachait son visage et laissa apparaître ses yeux rieurs.
- Tellement de choses, Lisbon, tellement de choses…
La jeune femme sentit ses joues irradier de chaleur.
- Je parlais de nourriture ! J'ai fait mon choix depuis cinq minutes, je vous attends.
- Ce n'est pas facile, j'ai du mal à me concentrer.
Elle leva la main pour interpeller le serveur. Celui-ci accouru aussitôt.
- Vous avez fait votre choix ?
- Oui, je prendrai l'escalope à la crème avec ses légumes croquants. Et monsieur aussi.
Jane releva les yeux de la carte, surpris.
- Non, attendez, déclara-t-il en lançant un regard de reproches à Lisbon. Je prendrai la salade de chèvre chaud.
- Très bien, un autre vin peut-être ?
- Non, nous poursuivrons avec celui-ci, répondit-t-il.
- C'est entendu.
Le serveur s'éloigna, laissant ses deux clients.
- Voilà, il vous fallait juste un coup de pression, se moqua la jeune femme.
- Ha ha. Si je n'étais pas gentleman, je dirais que vous êtes drôlement impatiente de quitter ce restaurant, ma douce…
Elle sourit à la remarque.
- Votre côté gentleman est de moins en moins présent depuis quelques semaines, si je peux me permettre.
Jane haussa les épaules en souriant.
- Pardonnez-moi. Quelques problèmes de contrôle en votre présence. A ce propos, vous êtes irrésistible dans cette robe. Je ne vous ai jamais vue la porter aux galas de charité.
- Elle a ses inconvénients…
- Ah oui ? dit-il, la voix emplie de curiosité.
- Elle remonte si je marche un peu trop. Du fait, elle est idéale pour un restaurant mais pas pour un gala.
- Tout dépend du point de vue…
- Illustration parfaite de mes propos, monsieur le gentleman.
Il leva les mains devant lui en signe d'excuses.
- Mais je n'ai jamais dit que ça me déplaisait…
Les yeux émeraudes aguicheurs posés sur lui firent apparaître des papillons maintenant familiers dans son estomac.
- Juste pour mettre les choses au clair, ce jeu auquel on a joué ces dernières semaines était divin. Mais ce que je ressens pour toi est bien plus fort qu'une simple attirance physique.
Lisbon encaissa comme elle pu la déclaration et le tutoiement dans la même phrase. Son sourire disparut et après quelques secondes de silence, elle prit son verre de vin et but quelques gorgées pour se donner du courage. Puis elle accepta la défaite : déstabilisation réussie.
- Tout pareil, dit-elle finalement en riant.
Attendri, Jane rit à son tour.
- Une discussion plus légère, peut-être ? proposa-t-il.
- S'il-te-plaît.
Il ne réagit pas au tutoiement mais le savoura en silence.
Dimanche soir – 23h00
- Tu es déjà allé dans ce parc ?
- Oui, plusieurs fois. Souvent pour réfléchir. Et parfois pour échapper à l'effervescence du bureau.
- C'est joli, dit Lisbon.
- Et ça permet de digérer un peu en marchant.
- Pourquoi, tu as trop mangé ?
- Eh… Les pâtes étaient excellentes mais… nombreuses. Peu importe, j'avais besoin de sucres lents.
- Pourquoi ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
- Eh bien… au cas où la nuit soit courte, Lisbon…
Comprenant l'allusion, Lisbon bouscula Jane en riant, puis se mit devant lui et marcha à reculons.
- Ta robe remonte.
Lisbon se pencha pour constater l'inévitable mais elle décida de ne pas s'en formaliser.
- Ce n'est pas dans ce but que tu m'as emmenée dans ce parc ?
Le consultant leva les yeux au ciel, presque outré.
- Je ne calcule pas tout !
Lisbon le dévisageait d'un air sceptique lorsque tout à coup, Jane lui saisit le bras.
- Attention !
Au même instant, elle sentit qu'elle percutait quelque chose. Le choc fut léger et lorsqu'elle se retourna, elle découvrit une table de pique-nique.
- Ouh ! T'aurais pu anticiper un tout petit peu…
Lorsqu'elle fit de nouveau face au consultant, il n'était qu'à quelques centimètres de son visage. Un silence s'installa, pendant lequel ils se dévorèrent du regard. Le parc était sombre et vide mais l'air était électrique. Lisbon vit les yeux de Jane se poser sur sa bouche. Elle sentit son propre sourire s'affaisser et sa respiration s'accélérer. En un quart de seconde, elle se retrouva assise sur la table, abandonnée contre des lèvres expertes, et les mains bouillantes de Jane caressaient ses cuisses rafraîchies par la brise nocturne. Elle s'accrocha aux épaules du consultant pour empêcher ses mains d'aller bricoler la braguette de son pantalon. Mais quelques secondes plus tard, elle sentit la main de Jane bloquer la sienne alors qu'elle s'était mise en tête de défaire sa ceinture.
- Halte-là, mademoiselle ! T'es flic, il y a peut-être des caméras ici…
Le sang de Lisbon ne fit qu'un tour lorsqu'elle réalisa l'ampleur de sa perte de contrôle.
- Oh, non, regarde ce que tu me fais faire ! Pousse-toi, dit-elle dans un rire en descendant de la table en en réajustant sa robe.
- C'est très satisfaisant pour moi. De savoir que je te fais perdre la tête.
- Et si on allait chez moi ? proposa-t-elle.
- Je te suis, répondit Jane en attrapant sa main.
Ils passèrent la porte de l'appartement de Lisbon à exactement 23h46. Après avoir vérouillé sa porte, la jeune femme déposa les clés et son sac au sol et s'approcha de Jane. Avec ses cheveux un peu ébouriffés par le vent et ses yeux exprimant un mélange de bonheur et d'impatience, il était particulièrement beau. Elle réduit la distance qui se trouvait entre eux en enlevant un escarpin, puis l'autre. Puis elle s'attaqua aux boutons de la chemise du consultant.
Jane la laissa faire, savourant cette prise d'initiative. Puis il passa ses mains dans le dos de la jeune femme pour descendre la fermeture éclair de sa robe et caresser son dos. Tout l'ennivrait. L'odeur de ses cheveux et de son parfum, la douceur de ses gestes, et l'émeraude de ses yeux rieurs. Lorsqu'enfin il pu la sentir entièrement nue contre lui, il su qu'il n'aurait besoin de rien d'autre jusqu'à la fin de ses jours. Ce petit bout de femme était parfait.
Lisbon soupira de plaisir lorsque Jane allongea son corps nu sur elle. Elle était subjuguée par le bonheur qu'elle lisait sur son visage. Elle se sentait privilégiée d'être celle qui avait réussi à rallumer une flamme éteinte aussi brutalement quelques années auparavant. Elle se sentait belle lorsqu'il la dévorait du regard et aimée lorsqu'il l'observait d'un air attendri. Ella accepta alors qu'il soit celui avec qui elle perdrait de temps en temps le contrôle.
Lundi matin – 4h00
- Il faut que tu dormes, Teresa. Hightower sait exactement ce qu'on est en train de faire. Si tu as l'air épuisée demain, elle te toisera du regard…
- Je ne trouve pas le sommeil…
Jane passa sa main dans les cheveux de la jeune femme et observa son visage dans la lumière de la lune.
- Ferme les yeux, chuchota-t-il. Je serai toujours là quand tu les rouvriras.
Lisbon ferma les yeux mais poursuivit :
- Comment pourrais-je en être sûre ? Et si tout cela n'était qu'un rêve ?
- C'est bien réél. N'est-ce pas ?
Elle rit timidement.
- Tu vois, toi non plus tu n'en es pas sûr…
- Je vais tenter de te rassurer.
Le consultant l'embrassa sur le front et sur les lèvres, puis prit une grande inspiration, et se lança face à ses yeux fermés.
- J'ai déménagé, Teresa.
L'effet fut immédiat, Lisbon ouvrit grand les yeux.
- Quoi ?
- J'ai quitté la maison où j'ai vécu avec Angela et Charlotte il y a trois semaines. Je l'ai mise en vente. Et je loue une maisonnette dans le quartier où il y a la Boulangerie Neils. C'est à quinze minutes du CBI et à dix minutes de chez toi et c'est un bel endroit.
Incapable de parler, la jeune femme entrouvrit la bouche en fixant les yeux bleux du consultant. Ce dernier émit un petit rire.
- Allez, dis quelque chose, je commence à me sentir dévisagé.
- Je… C'est bien, je suis contente pour toi. C'est une bonne nouvelle.
- Et je vais te dire une dernière chose pour te rassurer complètement. Mais je ne le dirai pas toutes les cinq minutes.
- Tu n'es pas obligé, je n'ai pas…
Mais Jane l'interrompit en posant un doigt sur sa bouche.
- Je t'aime. Tellement. Je suis amoureux de toi, tu comprends ? N'en doute jamais.
Finalement, Lisbon afficha un vrai sourire.
- D'accord, dit-elle.
- C'est vrai, c'est bon ? Tu as bien assimilé l'information ? se moqua le consultant.
- C'est bon.
- Alors ferme tes yeux et endors-toi.
Lisbon se tourna dos à Jane, qui vint se coller à elle en lui caressant le bras et l'épaule. Tous deux regardèrent les rayons de la lune qui entraient par la fenêtre.
- Je t'aime aussi, murmura Lisbon, plutôt contente d'avoir pu le dire au moins une fois.
Elle entendit la respiration de Jane se bloquer et elle se mordit la lèvre en comprenant qu'elle aussi avait fait son petit effet.
- Bonne nuit, ajouta-t-elle.
- Bonne nuit…
FIN
