N.d.A : Cette fiction a été réalisé pour le blog Amino Kaamelott Fr, dans le thème d'Halloween ! Un peu datée donc, mais avec l'approche du film, j'ai ressortis plein de fictions que j'espère sortir au fur et à mesure. Aussi je lance un appel à tous les lecteurs/écrivains/fictionnistes de la base de fans kaamelottiens : Le film étant prévu pour novembre, profitons des derniers mois pour faire péter la quantité de fanfictions sur la série ! Que notre longue attente de 10 ans se finisse en beauté ! Ceci dit, je vous laisse profiter de ma fiction ^^
Les couloirs étaient anormalement glacials ce soir là. L'automne, terrible saison, avait installé son manteau de mélancolie sur les marais. La condensation devenait givre sur les fenêtres du château. À la moindre intersection, le vent s'engouffrait en poussant de lugubres lamentations, prêt à faire frissonner les rares éveillés.
Un long hululement de hibou fit glapir un de ces éveillés. Bohort resserra le chandelier contre lui d'un geste craintif, ignorant l'odeur de poils grillés qui s'échappait de la couverture en fourrure.
Par les régulières fenêtres, il jetait des coups d'œil craintifs. Dehors, les arbres sans feuilles étiraient leurs squelettes sombres vers le ciel. Comme toujours à cette saison, les marais étaient couverts de brouillard. Au dessus, la lune, à moitié pleine, semblait l'espionner.
Il n'était pas sans savoir l'importance de la date. La fête des marrons était passé, et le solstice d'hiver avait été fêté toute la soirée. Bohort, pourtant fervent amateur de fêtes, n'avait pas voulu descendre, dînant dans sa chambre. Il n'aimait pas cette période de l'année. Froide comme une neige d'hiver, sombre comme une descente de démons sur terre.
Durant une telle nuit, la limite entre le monde des morts et des vivants était frêle. Des êtres inhumains pouvaient peut être passer. Il en avait fallu bien plus de courage pour s'aventurer dans les couloirs.
Depuis qu'il avait quitté sa chambre, il ne cessait de blâmer la soif qui le tiraillait. Il avait essayé de se persuader qu'il n'avait pas tant besoin de boire que cela, mais sa gourde était vide, le sommeil se faisait attendre, et les bougies se consommaient pour rien. Il avait finalement fini par quitter la protection de sa chambre pour s'aventurer dans les couloirs, en direction des cuisines.
Sursautant au moindre son, comme un lapereau effrayé, il réussi à descendre les étages.
Mais il bloqua devant le couloir du rez de chaussée. Il était éclairé tout le long par la palôte lueur spectrale de la lune, à travers quelques fenêtres. Tout au fond du couloir, la porte fermée de la cuisine semblait en tout point à la porte des enfers. Plongée dans l'obscurité, comme un puit sans fond.
Bohort, armé de son chandelier et de son maigre courage, longea le mur, le plus proche des fenêtres, pour éviter les ombres traîtresses que les nuages dessinaient sur le mur d'en face.
Marchant prudemment, comme si le bruit de ses pieds pouvait réveiller des monstres sortis de ses cauchemars, il longea les fenêtres, lentement mais sûrement, les yeux fixés sur les ombres et lumières du mur. Une ombre, plus grosse et vive que les autres, manqua de le faire hurler. Quand il remarqua que ce qui avait fait ça avait forcément du passer derrière les fenêtres pour produire cette ombre, donc tout près de lui, il hurla. Cette...horreur, peu importe ce que c'était, faisait bien deux mètres de haut ! Il n'en fallu pas plus pour que le chevalier galope jusqu'à la porte, la claque derrière lui, terrifié.
« Ah, c'est vous ? »
Derechef, il sursauta et se retourna. Mais rassuré de voir qu'il ne s'agissait que de Leodagant qui cassait la croûte dans la cuisine, il se calma.
« Seigneur Leodagant, comme je suis content de vous voir !
-Content de me voir ? Allons bon, vous avez encore goûté à une potion de l'aut' enchanteur ? »
Bohort, trop rassuré de cette présence humaine pour renchérir, se contenta d'aller prendre un morceau de brioche sans répondre. Toutes ces frayeurs l'affamaient.
Haussant les épaules devant le mutisme du chevalier de Gaunes, le roi de Carmelide fini de manger sa part avant de dire naturellement:
« Fermez pas la porte de la cuisine, y a le gros faisan qui rentre ce soir. »
La part de brioche se figea à mi chemin de la bouche de Bohort, devenu blanc comme neige.
« U..un.. quoi ?!...
- Ho ça va, faites pas l'con, vous savez de qui je veux parler. Le roi s'est énervé après pendant toute la journée comme quoi il n'était pas encore rentré. Forcément qu'il va rentrer par la cuisine, affamé comme il est »
Bohort regarda avec effarement Leodagant s'en aller par l'escalier. Le bruit mou de sa brioche tombant sur la table le réveilla. Aussitôt, il fut prit de panique, son esprit transformant les ombres des bougies en oiseaux affamés de sang. Le gros faisan... Il cru être plongé dans de la glace quand il se souvient de la grande ombre aperçu dans le couloir.
Par tous les dieux, mais si cet oiseau faisait deux mètres de haut, il devait faire une douzaine de long ! Avec un bec de la taille du bras.
Une myriade de couleurs se mirent à tourbillonner devant sa vue. Il dût s'agripper à la table pour ne pas tomber dans les pommes. L'idée d'un monstre dangereux comme un gibier mais grand comme un homme et affamé comme un loup lui était insoutenable. Il devait prévenir le roi, la garde. Que l'armée se lance à l'assaut de cette horreur !
Mais les paroles de Leodagant le firent hésiter. ''laissez la porte ouverte'' ''le roi s'est énervé qu'il ne soit pas encore arrivé''. Pourquoi diable les deux rois voulaient ils laisser une bête comme cela entrer dans le château ? Voulaient ils condamner toute personne y résidant ?
Une vague impression de trahison le prit. Il ne pourrait pas leur demander de l'aide, à coup sûr ils l'empêcheraient de prévenir la garde ! Prit entre la terreur d'être seul contre cette bête, et l'adrénaline de pouvoir sauver le château, il se rua sur la porte qui donnait sur l'extérieur et ferma le loquet.
Ce petit geste le remplit de fierté. Il avait sécurisé le garde manger. Si la bête s'emparait du château, il pourrait survivre ici bien longtemps sans qu'elle ne puisse entrer.
Il n'eut pas le temps de plus réfléchir à son geste, il le regretta aussitôt. Un cri de douleur venait de traverser la porte. Quelqu'un était dehors ! Pas n'importe qui, il avait reconnu la voix de Karadoc !
Prenant une pique à viande dans une main et un chandelier dans l'autre, Bohort fût prit d'une vague de panique et d'adrénaline qui, les deux mélangés, lui donnèrent le courage d'ouvrir la porte et de se lancer au secours du chevalier.
Peut-être aurait il dû ouvrir le loquet avant, parce que son épaule lui faisait très mal maintenant. A la lueur du chandelier, il vit deux formes devant lui, plongée dans le brouillard. Une, assise par terre la tête basse, humaine, l'autre grande et élancée, massive. Il voulu hurler un cri de guerre, pour effrayer la bête, mais seul un tremblant son en sortit:
« À...à nous deux, c..crea...t..ture de l'enfer !... »
Cela eu l'effet pourtant d'attirer l'attention du faisan géant. Ce dernier fixa sur lui deux yeux jaunes qui, à cause des reflets de la torche, semblaient briller d'eux même. Sa tête, haute au dessus d'un Bohort tremblant, surgit de la nappe de brouillard. Il était orné d'un plumage lisse, grossier. Son bec, pointé vers le chevalier de Gaunes, était prêt à attaquer, comme le bec d'un corbeau.
La créature avança vers lui d'une drôle de manière, balançant la tête exagérément de droite à gauche, comme titubant. Des grognements presque humains se firent entendre. Bohort trembla de plus belle.
Il se trouvait exactement à mi chemin entre le faisan et la porte, grande ouverte, de la cuisine. Se rendant compte qu'il était le dernier rempart qui pouvait protéger le château, son roi et ses habitants, de cette création de l'enfer, Bohort se ressaisit.
Son serment d'adoubement lui ordonnait de rester fort et de repousser le faisan. Quitte à y rester.
« Ma vie sacrifié pour mon roi sauvé! RHAAA ! »
Il s'élança et frappa la créature avec le pic à viande, au niveau de son cœur. La lame d'acier eu du mal à s'enfoncer, comme si la peau de cet oiseau était protégé par une carapace d'os.
Le faisan glapi de surprise, curieusement, et tituba en arrière, puis en avant, avant de tomber sur le dos dans un grand fracas.
Bohort fut sincèrement surprit. Il n'avait presque pas cru réussir.
« Maaais vous'êtes timbré, v'l'avez abîmé ! »
S'en suivit un rire un peu fou.
« S...seigneur Karadoc, vous allez bien ? s'enquérit Bohort.
-Bah nan ! C'est l'autre faisan qui m'a laissé tombé l'truc sur le pied ! »
L'homme semblait sous le choc. Il montrait son pied, assit dans la boue. Il dodelinait de la tête. La terre qui couvrait ses habits ne permirent pas à Bohort de savoir s'il était blessé. Heureusement, car son maigre courage passager ne supporterait pas la vue d'une blessure ouverte ou du sang.
Entendant un gros grondement sourd provenir de la créature, il se précipita sur Karadoc, essayant de le relever.
« Vite, venez, il n'est pas mort !
-Maaaiiheu, on va pas l'laisser là ! «
Bohort en fut inquiet. Est ce que le chevalier était sous le choc, incapable de penser correctement, ou bien était-il aussi dans le complot ? Il semblait ne pas pouvoir marcher droit et accepter de se laisser guider vers la cuisine, alors il supposa, et espéra, que la première solution était vraie.
Il le fit s'asseoir sur le banc de la cuisine, verrouilla la porte et chercha une nouvelle arme pour se défendre. Il s'empara d'une cuiller quand la porte du couloir s'ouvrit.
« Mais qu'est ce que c'est ce boucan ?
-Sire ! »
Le roi, semblant se réveiller, regarda Bohort qui était armé d'une cuiller et Karadoc qui louchait sur une carafe.
« Les deux zigotos sont revenus de missions ? Où est Perceval ?
- Je...je ne sais pas. Mais Sire, le faisan géant ?...
-Quoi? Bon sang Bohort, je viens de me réveiller, essayez d'être plus clair... »
Ne sachant comment expliquer sans paniquer, il ouvrit prudemment la porte de dehors. A la lueur des chandeliers, la créature était toujours visible. Bohort s'autorisa à souffler. Si jamais elle s'était relevé et était partie, il ne se le serait pas pardonné.
Au sol, la créature paraissait encore plus terrible et terrifiante, même immobile, à cause de la brume qui la recouvrait en partie.
« Qu'est ce que c'est ce bordel ?
- V...vous approchez pas trop, Sire ! »
Bohort hésita à se mettre devant son roi pour le protéger. Il approcha, tendant la cuiller vers le faisan géant pour le menacer de bouger. Mais la bestiole restait immobile. Le manche du pic à viande était resté fiché sur son poitrail lisse.
« Il... Il est mort ? J'ai tué un faisan...? »
Le chevalier manqua de tourner de l'œil à cette pensée.
« Mais qu'est ce que ca fout là, ca ? Je croyais qu'on l'avait bazardé ! s'exclama le roi
-Sire ? De quoi vous parlez ?
-Du totem des démons, ce truc que Perceval et Merlin ont ramené d'un portail ! »
Bohort fronça les sourcils. En effet, à ses pieds, le faisan avait toujours le bec immobile et les yeux ouverts, malgré le pic enfoncé dans le torse. Ses pattes étaient curieusement fines et humanoïdes.
« M...mais je l'ai entendu grogner...et je l'ai vu bougé ! AH ! Là, ca recommence ! »
Bohort recula précipitamment. Le faisan s'était mit à gronder et à bouger légèrement.
« Mais restez pas là, Bohort, allez chercher quelqu'un pour ramener Perceval à l'intérieur, il va pas dormir dans la boue !
-Hum ? »
Il mit plusieurs secondes à comprendre. Le gallois ronflait vraiment fort, assommé par la statue de bois peint. Un garde arriva et les aida à ramener le chevalier, qui dormait bercé par l'ivresse. Le roi, à la fois rassuré que les deux chevaliers naïfs soient rentrés sans peine, mais aussi énervé qu'ils soient passé à la taverne, fit rouler le totem à l'effigie d'oiseau hors du chemin. Demain, ils en feraient des bûchettes pour le feu !
Après avoir été maintes fois rassuré par le roi et raccompagné jusqu'à sa chambre, Bohort alluma plusieurs bougies. Il se sentait épuisé et s'affala sur le lit. Les loups auraient pu hurler sous sa fenêtre, il ne se serait pas réveillé.
Même cet oiseau aux plumes colorées de plusieurs pas de longs, qui se mit à dévorer une vache dans le pré voisin, ne le sortit pas de son repos bien mérité.
