Jewelry Bonney observait son butin du jour d'un oeil perplexe. Quelques billets, tout juste de quoi se nourrir pour une semaine, une carte d'identité - qu'elle ne tarderait pas à jeter -, une brosse à cheveux, un peu de maquillage et un téléphone portable. Qui était assez bête pour mettre son portable dans son sac ? Elle prit une part de la pizza qu'elle avait entamé hier et croqua un morceau. Elle avait un horrible goût maintenant qu'elle était froide mais Bonney devait faire avec, elle n'avait pas vraiment le choix. Et puis au fond, elle commençait à s'y habituer. Son four avait depuis bien longtemps rendu l'âme et elle n'avait pas les moyens de s'en payer un autre. Elle s'estimait déjà heureuse d'avoir un toit, même si elle savait que c'était temporaire. Quelqu'un finirait bien tôt ou tard par se rendre compte qu'elle squattait cette maison abandonnée par les anciens propriétaires et la virait comme une malpropre.
Tout en mangeant sa pizza, elle partit s'installer sur l'un des coussins qui composait son lit de fortune et examina le contenu du portable qu'elle avait volé. La galerie était remplie de photos d'une adolescente souriante et débordante de joie. Ses cheveux courts étaient d'un vert particulier mais Bonney se retint de tout commentaire, ses propres cheveux n'étant pas communs avec leur couleur rose bonbon. Elle fit défiler les photos et découvrit que cette fille était plutôt bien entourée. Contrairement à Bonney. Cela faisait maintenant plusieurs années que la jeune adulte ne connaissait que la solitude.
Quand ses parents étaient décédés, aucun membre de sa famille n'avait voulu la récupérer. "Trop problématique", "mal élevée", "gloutonne" étaient leurs excuses préférées pour justifier leur acte. Ses amis, eux, avaient coupé les ponts. Trop effrayés que Bonney leur demande de l'aide. Avec son caractère, la rose les avait tous injuriés, insultés de sans-coeur et d'autres noms bien moins gentils. Mais au fond d'elle, elle en avait réellement souffert. Se retrouver seule, sans aucune personne à ses côtés à à peine quinze ans n'était pas chose facile. Elle n'avait même pas pu toucher l'héritage de ses parents étant donné que celui-ci avait été confié à sa tutrice officielle, sa tante. Et Bonney était sûre d'une chose, même si elle le réclamait maintenant qu'elle était majeure, il n'en resterait plus grand chose.
Alors pour survivre elle s'était mise à voler. Elle avait tenté de trouver un moyen plus légal de subvenir à ses besoins, de travailler, mais soit on la refusait à cause de son âge ou de son manque d'expérience, soit on l'acceptait en échange de quelques faveurs. Bonney ne voulait pas s'abaisser à cela. Voler lui avait paru être la meilleure solution. Bien sûr, elle prenait soin de choisir ses victimes : l'âge et le sexe lui importait peu mais elle ne volait jamais aux personnes qui semblaient pauvres, ou aussi démunies qu'elle. Elle engloutit le reste de sa pizza pour chasser toutes ces pensées moroses. Elle ne voulait pas s'apitoyer sur son sort.
Bonney revint sur l'écran d'accueil du téléphone et navigua entre les différentes applications. Instagram, Snapchat, Twitter... Elle les connaissait tous de noms mais ne les avait jamais expérimenté. L'une d'entre elles retint néanmoins son attention. One Piece. En voilà une qui ne lui disait absolument rien. La propriétaire du téléphone l'avait mis dans ses favoris. Curieuse, Bonney ne réfléchit pas deux fois avant de l'ouvrir. L'écran devint blanc avant d'afficher un coeur bordeaux en plein centre avec l'inscription "ONE PIECE" juste en dessous. La rose eut un petit sourire. A tous les coups, il s'agissait d'une application de rencontre. Elle patienta quelques secondes avant qu'un drôle d'avatar ne prennent vie sur l'écran. Il portait un étrange bonnet rouge, un maquillage excentrique et un manteau en plumes noires.
-Bienvenue sur l'application One Piece !
Bonney sursauta. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il parle. Voyant qu'elle ne lui répondait pas, l'avatar recommença à parler.
-C'est votre deuxième utilisation de notre réseau. C'est étrange, l'âme soeur que nous vous avions trouvé semblait pourtant vous convenir. Oh ! Mais vous n'êtes pas Keimi, ceci explique cela ! Nous gardons en mémoire les visages des utilisateurs et les appareils leur correspondant. Je comprends que cela peut paraître un peu effrayant mais lorsque nous créons l'avatar à partir de la photo que vous faite, celle-ci, ainsi que toutes vos données, sont conservées de façon à ce que si vous réinitialisez l'application pour avoir une seconde chance, vous n'ayez pas à tout recommencer. L'ancienne utilisatrice a sûrement dû vendre son portable en oubliant de le réinitialiser. Ça lui ressemblerait bien ! Je vais donc me présenter. Je suis Corazon, l'IA du créateur de ce réseau. Cette application permet de trouver son âme soeur grâce aux questionnaires que vous remplirez si cela vous intéresse. De ce résultat naîtra à la fois votre IA et celle de votre âme soeur. Cette dernière vous sera confiée, pendant que la vôtre sera confiée à l'autre. Vos IA ont la particularité de vous ressemblez en tout point, physiquement comme psychologiquement, vous comprenez ? Vous n'aurez pas de contact direct avec l'autre personne. Je commence à fatiguer donc j'abrège un peu les explications.
Premièrement, Bonney était complètement perdue. Une application pour trouver son âme soeur ? Des gens utilisaient vraiment ce genre de chose ? Surtout qu'apparemment il n'y avait aucun contact direct avec l'autre ? Mais alors comment cela se passait-il ? Deuxièmement, c'était quoi cette histoire d'IA ? Elle se sentait complètement dépassée. Troisièmement... Une IA pouvait être fatiguée ? Ce n'est pas censé être juste un programme ? Elle était tellement plongée dans ses pensées, essayant de comprendre ce qui se passait, que l'étrange bonhomme prit son silence pour un consentement. Il commença à lui parler des questionnaires et Bonney l'écouta, totalement larguée. L'IA sembla s'en rendre compte au bout d'un moment et lui lança un joyeux "Aller fais-le, tu verras, tu te sentiras moins seule !".
-Comment sais-tu que je me sens seule ? Dit-elle avec méfiance.
-Ça se voit à ton visage, répondit Corazon avec un doux sourire tout en passant au tutoiement. Je ne connais que trop bien les expressions des personnes seules. C'est dans le but d'offrir de la compagnie à des personnes dans le même cas que toi que l'application a été créée à la base. Nous savons tous que la solitude est l'une des pires choses en ce monde. Certaines personnes l'apprécient, mais je pense que nous avons tous besoin d'au moins une personne à nos côtés. Une personne qui partage notre tristesse quand ça va mal, nos moments de joie ou de doutes. Une personne à qui tu peux tout confier et qui peut elle aussi te confier le moindre de ses soucis, sans aucun jugement. N'es-tu pas d'accord avec moi ?
Bonney ne put faire autrement qu'acquiescer. L'IA lui adressa un sourire chaleureux et Bonney se demanda si l'homme que représentait l'avatar était aussi... Gentil ? Paternel ? Elle ne savait pas vraiment comme le décrire mais son comportement faisait penser à celui qu'avait son père avec elle autrefois. Attentionné, soucieux du bonheur des autres. Elle décida de suivre ses conseils et remplit le formulaire. L'IA partit dans un fou rire lorsqu'en passe-temps, la fille mit "manger". Elle ne se soucia que très peu de la question de l'orientation sexuelle, choisissant l'option "qu'importe" et répondit aux dernières questions la concernant. Bonney sourit à la vision de son avatar. Elle lui ressemblait vraiment. Et elle mangeait une part de pizza. Exactement comme elle. Corazon lui fit remplir un deuxième questionnaire, cette fois sur la personne qu'elle voudrait à ses côtés et une fois terminé, son avatar disparut. A la place se trouvait l'avatar d'une jolie jeune femme. Elle avait de longs cheveux roux ondulés, un sourire amusé et des yeux brillants de malice. Bonney savait déjà que l'IA lui plairait.
-Je vous laisse faire connaissance, dit tendrement Corazon en disparaissant.
Jewelry Bonney. Depuis quelques semaines, Nami n'avait que ce nom en tête. C'est sous une impulsion qu'elle et son meilleur ami, Luffy, avaient téléchargé l'application One Piece. Une volonté de briser un peu la routine qu'était la leur. Au départ, elle ne croyait pas vraiment à ces histoires d'âme soeur, mais à présent, ses doutes s'effritaient. Quand bien même il ne s'agissait que d'une IA, elle adorait parler avec Bonney. La fille n'avait pas sa langue dans sa poche et n'était pas friande des bonnes manières. Par certains côtés, elle lui rappelait Luffy. Surtout dès qu'il s'agissait de nourriture. Il était assez rare de voir l'avatar sans un morceau de pizza. Si ce que lui avait dit l'IA de présentation était vrai et que l'avatar était une exacte représentation de son âme soeur, alors il lui tardait de rencontrer la jeune femme.
Un morceau de papier entra dans son champ de vision, détournant son attention. C'était leur moyen de communication, à elle et Luffy, quand ils se trouvaient en amphi. Pour une raison qu'ils ignoraient - ou plutôt qu'ils connaissaient mais faisait comme si de rien n'était - le professeur Akainu les avait pris en grippe. Le moindre bavardage était une excuse à l'exclusion. Aucun des deux ne voulaient se retrouver dans une sale situation - surtout que le grand-père de Luffy était meilleur ami avec le doyen de la faculté - et avaient préféré la discrétion en passant par l'écrit.
"A quoi tu penses ? J'ai faim"
"Luffy, encore que quelques minutes à tenir... Je pensais à Bonney"
Luffy ne répondit pas mais son sourire parlait pour lui. Parfois certains de ses camarades lui demandait ce qu'une fille comme elle faisait avec un garçon comme Luffy. Après tout, elle était mature et bosseuse, là où Luffy agissait la plupart du temps comme un enfant et était incapable de rester concentré plus de cinq minutes. Nami elle-même n'aurait jamais cru que cet abruti deviendrait un jour son meilleur ami. Lorsqu'elle l'avait vu la première fois alors qu'ils n'étaient encore qu'au lycée, elle l'avait directement catégorisé d'idiot. Ses pitreries avaient toujours eu le don de l'agacer et le pire, c'est que ça semblait faire rire tout le monde.
Pourtant, au fond d'elle, elle enviait Luffy. Il était toujours débordant de vie, toujours souriant et entouré. Avec ses amis, ils formaient un groupe soudé et rien ne semblait pouvoir les séparer. Nami, elle, était toujours seule. Ce n'était pas qu'elle ne voulait pas avoir d'amis, au contraire, mais elle ne pouvait pas. La bande d'Arlong l'en empêchait. Depuis qu'elle avait rejeté le chef du groupe au collège, ce dernier s'assurait de lui faire vivre un enfer. Cela avait commencé par des petites bousculades dans les couloirs, puis peu à peu, il s'en était pris à ses amis. Ne voulant voir personne souffrir comme elle souffrait elle, Nami avait décidé de rester seule. Mais un jour, Arlong dépassa la limite. Avec sa bande, il avait réussi à coincer Nami dans un endroit désert du lycée, de mauvaises intentions en tête. Nami avait prié pour que quelqu'un lui vienne en aide et par miracle, Luffy et son ami Zoro étaient apparus, rétamant la bande d'Arlong, non sans difficulté. Par la suite Luffy l'avait intégré à son groupe et Nami s'était réellement attachée à son sauveur.
La rousse pouffa en se souvenant de comment avait réagi l'IA de Bonney à cette histoire. Elle avait insulté Arlong de tous les noms, imaginant tout ce qu'elle lui aurait fait subir si elle s'était trouvée face à lui. Nami récolta un regard noir d'Akainu et replongea dans ses cours, non sans un sourire. Le reste du cours, elle le passa en pensant à Bonney, se disant à quel point elle voulait la rencontrer.
-Tu ne t'aies jamais fait choper ?
Bonney trouvait toujours étrange de s'adresser à l'IA comme si elle s'adressait à la véritable Nami et pourtant, elle commençait doucement à s'y habituer. Après tout, l'IA elle-même se considérait comme Nami. Elle scrutait les passants avec attention, à la recherche du pigeon qu'elle plumerait. Parfois, elle jetait des regards en direction de son portable, parlant doucement avec l'avatar de Nami à travers le micro de ses écouteurs. Elle les avait trouvé par terre, sûrement fait tomber par leur propriétaire. Dommage pour lui.
Rare était devenu les instants où elle était seule, depuis qu'elle avait téléchargé One Piece. La plupart de ses journées se résumait à parler avec l'avatar de Nami, discutant de tout et de rien. Le désir de rencontre la vraie Nami se faisait de plus en plus fort à mesure que les jours passaient et elle espérait au fond d'elle que ce se soit réciproque. Parfois le soir, avant de dormir, elle s'imaginait ce que ce serait de sortir avec une fille comme elle. Bonney était sûre d'une chose, sa vie serait bien plus riche en couleur au côté de la rousse. D'après ce qu'elle avait vu grâce à l'IA, Nami avait un sacré tempérament. Pourtant, ça ne l'empêchait pas d'être aussi calme, réfléchie et surtout, à l'écoute. Elle n'avait rien dit de trop personnel à l'IA, préférant garder cela pour la véritable Nami.
Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de se questionner sur leur rencontre, si un jour elle se faisait. Et si le feeling ne passait pas en réalité ? Et si la Nami qu'elle espérait voir n'était pas la même qu'elle avait appris à connaître au travers de l'application ? Et si elle n'acceptait pas sa situation et la traitit comme tous les autres, comme une moins que rien ? Et si, et si, et si... Tant de doutes qu'elle essayait de cacher au mieux.
-Si tu veux, je peux te dire mon astuce mais évidemment, ce ne sera pas gratuit, déclara l'IA, un énorme sourire sur le visage, coupant court à ses pensées.
"Profiteuse", pensa Bonney non sans pouffer. Nami semblait aimer l'argent plus que tout au monde. Plus encore que les mandarines. Rien n'était gratuit avec elle, si bien que Bonney en venait presque à plaindre les amis de la rousse. Mais elle ne pouvait pas lui reprocher d'être comme ça, après tout l'argent était précieux et la solution à de nombreux problèmes. Si elle en avait, Bonney ne vivrait pas ainsi, à devoir se priver de nourriture ou d'hygiène. Elle n'avait pas d'eau courante chez elle, si bien qu'elle était obligé de se laver dans l'étang non loin de la maison. L'expérience n'était pas vraiment plaisante.
Au bout de quelques minutes, un passant attira enfin son attention. C'était d'un homme d'une quarantaine d'années, si ce n'est plus. Il semblait un peu perdu, regardant de tous les côtés, comme s'il cherchait quelqu'un. Elle s'approcha de lui, l'air de rien et trébucha intentionnellement sur l'homme. Elle eut le temps de glisser sa main en direction de sa poche d'où son porte-monnaie dépassait et le cacha dans sa veste, tout ça sans que l'homme ne s'en rende compte.
-Désolé m'sieur, dit-elle avec un sourire d'excuse, je faisais pas attention.
-Ne t'inquiète pas jeune fille, ça arrive à tout le monde de trébucher.
L'homme était si sympathique que Bonney ressentit un peu de culpabilité à le voler. Mais bon, il fallait bien qu'elle vive. Pour se dédouaner, elle lui demanda si elle pouvait l'aider. L'homme semblait enchanté de sa proposition, lui expliquant qu'il était devait retrouver ses filles de coeur pour faire les magasins sauf qu'il ignorait où se trouvait le grand centre commercial, n'habitant pas la ville. Bonney lui donna quelques indications et l'homme s'en alla aussitôt, non sans l'avoir remercié.
Une fois rentrée, Bonney prit le temps de découvrir son butin. Un butin quasi-inexistant. Le porte-monnaie était entièrement vide, à l'exception d'un minuscule morceau de papier. Elle le déplia et rougit furieusement. C'était un dessin d'un chat tirant la langue avec l'inscription "Choisis un autre pigeon la prochaine fois, celui-là m'est réservé ~".
-Non mais tu te rends compte, cria-t-elle à l'IA, je me suis faite roulée en beauté ! Comment la personne qui a écrit ce mot pouvait savoir que quelqu'un allait voler cet homme ?
-Peut-être qu'elle a l'habitude qu'il se fasse voler et qu'elle avait prévu le coup ?
-Ouais bah en attendant je vais crever la dalle... Va falloir que j'y retourne demain. -En espérant que tu ne te fasses pas de nouveau berner, se moqua gentiment l'avatar de Nami. Bonney grommela. Elle devrait faire une croix sur le repas du soir. Son ventre émit un grondement et Bonney soupira. Elle avait vraiment trop faim.
-Tu n'es pas assez prudent Genzo. Je me doutais bien que tu te ferais piquer ton porte-monnaie à un moment ou un autre. Le quartier est connu pour ses vols récurrents ! Tu as eu de la chance que j'y pense et que je mette bien au chaud l'argent qu'il contenait.
-Mais pourquoi tu ne m'as pas prévenu avant ?! Et je crois que nous n'avons pas la même notion de "mettre l'argent bien au chaud" Nami ! Tu as tout utilisé pour acheter des livres de géographie et des vêtements !
-J'en avais besoin rapidement et Belmer n'avait pas de quoi me les offrir. Je pensais que tu accepterais même si je ne te le demandais pas, après tout, je suis un peu comme ta fille, non ?
La rousse lui offrit un sourire angélique et Genzo se retrouva contraint d'abandonner. Décidément, cette fille ressemblait bien trop à sa mère pour son propre bien. Mais Genzo ne pouvait rien lui refusait, comme d'habitude. Et puis il fallait avouer qu'il préférait savoir son argent entre les mains de Nami plutôt qu'entre celles d'un petit voleur de rue. Pour autant, il tenait à son porte-monnaie. Pour Genzo, il était bien plus précieux que tout l'argent qu'il avait pu contenir. C'était un cadeau de Nojiko et Nami pour ses 40 ans. Du haut de leurs douze ans, elles avaient économisé tout l'argent de leurs anniversaires et de Noël pour pouvoir lui offrir ce présent. Elles avaient également offert à Belmer une robe magnifique qu'elle avait promis de chérir et de ne la mettre que pour les grandes occasions afin de ne pas l'abîmer. C'est pour cette raison qu'il tenait à retrouver son porte-monnaie. Nami lui avait dit qu'il y avait deux solutions : soit le voleur l'avait mis en vente, auquel cas il serait difficile de le retrouver ; soit il l'avait jeté dans une poubelle, n'y voyant aucune utilité.
Ils avaient décidé ensemble de faire le tour du quartier en espérant que le voleur ait privilégié la seconde option. Nami observait également le comportement des personnes les entourant. Les méthodes de vol n'avaient aucun secret pour elle depuis qu'Arlong l'avait forcé à voler pour lui, alors il était facile pour elle de reconnaître un voleur quand elle en voyait un. Elle fronça les sourcils en voyant une jeune femme à la chevelure rose bonbon. Une couleur peu commune. Nami prit quelques instants pour contempler son visage et son cœur tambourina dans sa poitrine. Jewelry Bonney. Nami ne pensait pas la rencontrer un jour comme ça, par hasard. Que devait-elle faire ? Aller la saluer ? L'inviter à boire un verre ? Peut-être était-ce trop précipité ?
-Ah ! S'écria Genzo, faisant sursauter Nami. C'est la fille d'hier ! Celle qui m'est rentrée dedans. Une jeune fille très gentille qui n'a pas hésité à m'indiquer le chemin !
-Elle t'est rentrée dedans ?
-Enfin pas tout à fait, elle a trébuché et m'est tombée dessus. Je l'ai aidé à se redresser et elle m'a aidé.
Nami se massa l'arrête du nez. Son père de cœur était un véritable idiot. Elle était presque certaine que c'était de cette manière qu'il s'était fait voler son porte-monnaie. Chose qui fit d'ailleurs sourire Nami. En voilà une sacrée opportunité. Elle aurait pu en vouloir à la jeune fille d'avoir tenté de voler Genzo, mais ce serait un peu hypocrite de sa part aux vues de tout ce qu'elle avait volé plus jeune. Et puis, elle ne connaissait pas les raisons qui poussaient Bonney à faire ça. Son IA n'avait jamais mentionné ses activités. Peut-être que comme elle, elle y était forcée ou peut-être qu'elle était dans le besoin. Peut-être aussi que ce n'était qu'un passe-temps, mais Nami en doutait.
Elle s'empara du couvre-chef de Genzo pour cacher une partie de son visage et s'approcha, l'air de rien, de Bonney. Cette dernière était absorbée par les passants, jouant distraitement à jeter en l'air un objet avant de le rattraper. "Bingo !" pensa Nami. C'était le porte-monnaie de Genzo. Bonney lui jeta un coup d'oeil mais se détourna bien vite. Elle ne semblait ni l'avoir reconnu, ni prise pour cible. Parfait. Aussi vive que l'éclair, elle attrapa le porte-monnaie au vol et nargua Bonney avec sa prise. La rose parut furieuse l'espace d'un instant avant de se figer lorsque Nami découvrit sa tête.
-Désolé, mais je te le reprends, déclara Nami avec un sourire amusé. Il appartient à mon père et il y tient comme à la prunelle de ses yeux.
Bonney semblait totalement décontenancée. Nami sentit son cœur se réchauffer quand les joues de la fille se colorèrent alors qu'elle la détaillait. Son attirance avait de grande chance d'être réciproque. Contre toute attente, Bonney se reprit rapidement, ses lèvres formant elles aussi un rictus amusé.
-Très bien, je te le rends. Mais à une condition, tu m'invites manger une pizza !
-Ce n'est pas plutôt toi qui devrait essayer de te faire pardonner ?
Elles éclatèrent de rire. Finalement, Nami accepta de lui offrir une pizza, non sans prévenir la rose qu'elle devrait un jour la rembourser.
Lorsqu'elle rentra chez elle, la première chose que Belmer entendit fut des éclats de rire en provenance du salon. Si elle identifiait le premier comme étant celui de Nami, le second, lui, lui était inconnu. "C'est rare qu'elle invite des amis, autre que Luffy et sa bande". Discrètement, Belmer s'approcha du salon et jeta un coup d'œil depuis l'embrasure de la porte. Nami était allongée sur le canapé, riant sous les assauts de chatouilles d'une jeune femme à la chevelure rose. Leur visage était rouge à force de rire et Belmer ne put s'empêcher d'être attendrie par la scène. Elle aimait voir Nami ainsi, pétillante et heureuse. Pendant des années, elle avait vu sa fille triste et solitaire, sans jamais pouvoir rien n'y faire. Nami refusait de lui dire ce qui la tracassait. "Tu as déjà suffisamment de problèmes comme ça", expliquait-elle toujours, faisant allusion à leurs problèmes financiers. Belmer était rassurée que Nami puisse à nouveau rire de cette façon.
Néanmoins, elle resta bouche-bée lorsque la rose laissa enfin respirée sa fille, non sans avoir lié leurs lèvres au préalable. Ça, elle ne s'y attendait pas. Un sourire espiègle étira ses lèvres. Alors comme ça c'était la petite-amie de sa fille et celle-ci ne lui en avait pas touché un mot ? Elle allait se venger, foi de Belmer. Du moins, c'est ce qu'elle pensait avant de voir Nami caresser tendrement la joue de son amie et de lui souffler un "Je t'aime" tendre. Elles étaient vraiment adorables. Elle les laissa encore quelques instants profiter l'une de l'autre avant d'enfin s'annoncer.
-Je suis rentrée, je vois que nous avons une invité Nami ?
La rousse se redressa, un peu gênée et fit rapidement les présentations. Belmer ria à s'en faire mal aux côtes lorsque Nami lui expliqua que Bonney, sa copine, était la même personne qui avait volé Genzo, quelques semaines plus tôt. Il ne l'avait pas lâché avec cette histoire et Belmer doutait qu'il apprécie de savoir sa précieuse Nami entre les mains de cette petite chapardeuse. Elle avait hâte de voir sa réaction.
Belmer s'installa avec elles pour faire plus ample connaissance avec la petite-amie de sa fille. Bonney ne semblait pas très à cheval sur les bonnes manières et avait un langage plutôt fleuri. Elle lui faisait penser à elle plus jeune et ça lui plaisait. Au fur et à mesure de la discussion, Belmer se rendit compte que Nami se retenait de lui demander une faveur. Elle connaissait sa fille par cœur et savait parfaitement quand la fille avait besoin de quelque chose. Elle lui fit signe de parler.
-Tu sais, tu parlais d'engager un nouvel employé au magasin mais tu n'étais pas trop sûre à cause du salaire que tu devrais verser ?
-Oui et ?
Nami se revêtit de sa bouille angélique, celle-là même contre laquelle, ni elle, ni Genzo ne pouvait résister. Elle connaissait d'avance la réponse, sans même savoir la question.
-Je me disais que tu pourrais prendre Bonney à tes côtés ! On en a déjà parlé ensemble. Elle pourrait t'aider et cela sans même que tu lui verses un salaire ! Mais en échange, elle viendrait vivre avec nous.
Belmer secoua la tête, un sourire désespéré aux lèvres.
-Pas sûre que ce soit très légal, mais pourquoi pas. Néanmoins je pose une condition ! Ce sera chambre séparée !
Nami se plaignit quelques instants, argumentant le fait qu'elle était majeure mais Belmer n'en démordit pas. Bonney la remercia du regard et l'adulte haussa les épaules. Elle faisait confiance à Nami et si cette fille avait besoin d'un foyer où vivre, alors ses portes lui seraient grandes ouvertes. Après tout, c'était à ses côtés que Nami semblait le plus épanouie.
-Bon c'est pas tout, mais puisque tu es là Bonney, tu vas nous aider à mettre la table.
La rose accepta, un sourire aux lèvres.
Finalement, elle avait bien fait de suivre les conseils de ce Corazon.
Aujourd'hui elle avait un nouveau foyer, peut-être même une nouvelle famille et surtout, une fabuleuse petite-amie.
Et voilà pour le chapitre sur Nami et Bonney, j'espère qu'il vous aura plu !
Pour le chapitre de la semaine prochaine, il y a une égalité pour le moment entre celui sur Doflamingo x Crocodile (que j'ai commencé à écrire) et celui sur Baby 5 x Kid ! À part si j'ai un vote pour faire pencher la balance, je devrais choisir entre ces deux-là ! Bonne journée ~
