Bonjour ! D'abord merci ! merci pour vos encouragements, pour vos conseils, merci pour simplement m'avoir réclamé la suite et surtouuuut merci de lire...
So tout mon amour (mé non mé non je vais pas vous faire un bébé) à Griffounette, Onalurca (papouilles à tes chats), Jully l'heureuse (?) gagnante qui est fan des frosties (la preuve que la culture générale sert toujours)ma chère AD, à qui je donne tout mon courage pour les emmerdes qui pleuvent autour d'elle, BUNNY ! à qui je dédie le chapitre suivant, Valiane d'Avalon, Yume-chan05, mes très fidèles et omniprésentes 666Naku et Lilou, Sioban (aucun rapport mais j'attends avec impatience et apéttit tes prochains snarry), Lunicorne, Ephy (ton compliment sur les persos m'a fait très plaisir! mon blog est complètement en rade depuis trois mois navrée XD), Hannange, siri1, jenni944, Lud Milla et les éternels kibkoto et severafan dont les reviews me sont toujours utiles.
Et
Aux autres. Gros bisou.
Ceux que n'intéresse pas mon blabla personnel, sautez donc ce paragraphe.
Mon hibernation d'été a une très bonne excuse (j'espère) : je n'ai pas eu d'accès à un ordi depuis le 18 juin. Je suis partie en vacances tout ce temps là (mais parents ne sont pas spécialement riches mais séparés et donc se me distribuent tout l'été, avec de merveilleuses échappées chez les cousins (le plus âgé a 9 ans, et ils sont une bonne douzaine...)) Enfin, enterrée en Corse et en Bourgogne, j'ai trouvé la force mentale de noircir quelques pages...je m'ennuyais bôcoup, j'ai donc finalement beaucoup écrit (j'ai notamment rédigé une liste de Noël totalement illusoire XD) et donc me voilà avec non pas 1 mais 2 chapitres (ou mettons, un et demi - le n°6 a des chances d'être très long), j'espère que votre insatiable faim en est ravie ! (et calmée pour quelques jours ?...heures ? ...minutes ?)
Je tiens également à m'excuser : je suis passée par une période où tout ce que je pondais me paressait à des années lumières de ce que j'étais capable d'écrire (mais-juin). J'ai donc usé et abusé du delete, j'aurais peut-être pu publier quelque chose. Et dans mes publications j'ai cherché par des moyens assez idiots à susciter la review. Je ne sais pas si cela s'est fait sentir, dans tous les cas je m'excuse, c'est passé.
Petit, chapitre 5, dédié à JULLY
-Parlons-en de Voldemort ! Que lui avez-vous « PRIS »
(Chapitre 6)
Il n'eut pas à chercher le sommeil longtemps ; s'il était physiquement en pleine forme - outrageusement bien entretenu par cette bande de... enfin... - Harry était moralement épuisé.
Il fit un rêve affreux.
Il se jetait dans les bras de Lord Voldemort, tous deux commençaient à discuter et Harry riait, quand tout à coup ce n'était plus le Mage Noir mais Dumbledore qui lui souriait d'un air bienveillant absolument terrifiant. Le visage du vieil homme se retrouvait ensuite affublé d'un air dément et cruel qui faisait très peur à Harry.
L'enfant courait, en larme, tendant les bras en avant, se sentant aspiré vers l'arrière où il devinait que Dumbledore l'attendait avec sa grimace démentielle, mais il avait l'impression de pédaler dans le vide, de s'embourber dans l'air lourd ; il avait l'impression douloureuse de s'empêcher lui même d'avancer par quelconque procédé vicieux.
Il pleurait, tendant les bras vers le vide devant lui.
Vers midi, Harry se réveilla en sueur, la respiration saccadée comme s'il venait réellement de courir un marathon. Ce rêve lui laissa un goût de bile dans la bouche. Il repoussa les draps trop chauds, se dirigea vers le plateau de son petit déjeuner où il but son chocolat tiède, exactement comme il ne l'aimait pas, et s'assit contre le mur pour regagner un semblant de calme.
Des voix lui parvenaient étouffées d'en bas. Une femme disait « ... seras sage Ron. Albus, (...) possible (...) ? ... veux (...) surveiller, Albus. ... sûre ... mignon (...) » Harry râla pour lui-même de n'entendre qu'un mot sur trois. Il se rappela que Mrs. Weasley devait venir avec un garçon et saisit tout de suite mieux les bribes de phrases qui lui parvinrent. Les suivantes semblaient un peu anxieuses, troublées, et l'Héritier comprit que malgré toutes ses bonnes intentions la femme rousse refusait simplement de laisser son jeune enfant entre les mains d'un assassin, puisse-t-il avoir huit ans lui-même. Elle s'inquiétait en somme, car de toute façon sous la pression de Dumbledore elle savait qu'elle finirait par céder.
-Bonjour.
Harry lança par en-dessous un regard indifférent au nouvel arrivant. Un petit roux bien coiffé aux rondeurs enfantines au regard baroudeur et au visage benêt profondément gentil. Encore un Gryffondor en puissance qui n'a pas encore éclot. Un danger public.
-Heu, tu veux jouer au chat ? lança-il hésitant mais joyeux.
Au chat ? Qu'est-ce que c'était que cette idée ? Jouer au chat ? Harry retourna la formule dans tous les sens.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Tu sais pas ce que c'est ? Tu sais pas ce que c'est ?
Harry respira prooofondément, agacé.
-En fait il faut s'attraper, consentit à lui expliquer Ron. Je cours, tu m'attrape, ou tu cours, je t'attrape.
-J'ai pas envie, cracha Harry avec hargne.
Il était vexé d'apprendre qu'il jouait aux mêmes jeux que ce garçon. Harry pensa à Gloubi, le vieux lézard solitaire au sal caractère qui squattait les pierres du château d'Albanie.
-Pourquoi t'es ici ? finit par demander Ron après un long moment de silence.
-Ah ça... répondit amèrement le brun pour signifier que c'était un mystère.
-Qu'est-ce que tu fais ici ? Pourquoi t'es pas chez toi, je veux dire ?
-J'aimerais bien être chez moi, figure-toi ! J'ai été kidnappé.
L'autre rit de bon cœur.
-Et par qui ?
-Ce cher Dumbledore et ses copains !
-Arrête tu racontes n'importe quoi.
-Je te dis qu'ils m'ont kidnappé c'est tout. Vas lui demander si tu me crois pas.
-... Mais pourquoi il kidnapperait un enfant ?
-Mais tu me saoules !
Ils étaient tous les deux de mauvaise humeur à présent. 'Quel débile, ce gars !', songea Harry.
-Mais... et tes parents ?
-...
Le mot « parents » n'évoquait pour Harry que la vague image de deux adultes inconnus que Lord Voldemort avait tués il y a beaucoup trop longtemps de cela pour que lui se sente un brin concerné.
-Ils doivent être tristes ? Et te chercher.
-Mes parents sont morts.
-Oh !
-...Pourquoi ils sont morts ? ...c'est... c'est vrai ?
-Ils sont morts parce que Lord Voldemort les a tués.
-Oh ! Il est super trop horrible ce type ! Papa m'a dit qu'il avait fait plein de choses...mal... mais il aime pas en parler. Alors tu n'as pas de parents ?
-Non.
-T'es... tout seul ?
Le rouquin, pris d'une angoisse enfantine bien compréhensible, semblait attendre une parole d'Harry, n'importe laquelle, qui lui prouverait qu'un enfant ne pouvait pas se retrouver tout seul. Qu'il y aurait toujours quelqu'un pour l'aimer, et dans une moindre mesure le nourrir et l'habiller. Le cœur défaillant, il attendait cette preuve, l'esprit en stand-by.
-Il y a... personne pour s'occuper de toi ? insista-t-il ne pouvant se résoudre au mutisme de son vis-à-vis.
-Si... Mais...
-Ah !
-...mais c'est pas quelqu'un que vous appréciez, vous tous ici, l'Ordre du Phœnix.
-Ooh. Il sait que tu es là ? C'est une dame ou un monsieur ?
Harry ne pu contenir un sourire.
-Un monsieur.
-Tu l'aimes bien ?
-Bah... oui... ... ... pourquoi tu me demandes tout ça ?
Ronald parut assez désarçonné. Il se redressa finalement et croisa les bras d'un air bizarre oscillant entre canaillerie et perplexité profonde.
-Je comprends pas ce que tu fais là. Si tu étais chez toi, avec quelqu'un qui prend soin de toi, pourquoi Dumbledore et les autres t'auraient kidnappé ? Je veux dire, même s'ils s'entendent pas méga bien avec ce gars. C'est pas leurs affaires, si ? Je pige rien, moi.
Harry ressentit une pointe d'affection pour Ronald, qui avait foutrement raison. Il chercha quoi réponde dans le fouillis d'images que son cerveau lui fournissait suite à cette tirade. Quoi répondre ? Peut-être simplement 'C'est vrai.' mais l'intérêt en serait discutable...
-Il doit te chercher non ?
Harry releva les yeux.
-Je pense.
-Il doit être inquiet... ?
-Je...oui.
-... C'est un peu comme ton Papa alors ?
HP-LV-HP-LV
-Severus.
La voix claqua comme... La voix claqua, rien d'autre à dire. Le Maître sifflait ses ordres, crachait son mécontentement, susurrait ses Doloris, mais jamais ne faisait ainsi résonner un nom, comme un coup de fouet. Les noms des mangemorts suivaient la voie du Doloris (...ou l'inverse).
Une situation passa fugitivement dans le regard de Severus : un homme, un mangemort, un camarade, avançait tremblant parmi les rangs de robes noires, se jetait aux pieds de son Maître...
Ecknar était mort.
Etait-ce là le sort qui l'attendait ?
-Assied-toi.
Profondément troublé, Severus s'assit. En face du Lord Noir. A la même hauteur. Pour la première fois de sa vie, il se sentait incapable de dire ce qui l'attendait. Mais le Seigneur des ténèbres punissait en public, et ils étaient seuls. Peut-être était-ce un bon point pour lui... ?
-Dumbledore s'est introduit dans le château durant mon abscence. Nous avons donc terriblement manqué de chance.
Ah. On y était. Voldemort cherchait le cafard. Le traître. C'était la conclusion inévitable et évidente de cette descente de l'Ordre du Phoenix comme par hasard au moment (rarissimes moments) où le petit était quasi seul au château.
Et lui Severus, en contact constant avec l'Ennemi, professeur à Poudlard sous la direction d'Albus Dumbledore - poste que lui avait valu sa première fausse rédemption, sur les ordres même de Voldemort - lui, était certainement le suspect numéro un.
-Tu es un bon élément.
Severus était resté fidèle à Lord Voldemort. C'était pour Harry. Pour Harry. L'on est parfois contraint de faire des choix ; il ne regrettait pas celui là, mais avait su dès les premiers instants qu'il s'exposait à d'avantages de dangers encore que ne l'avait fait jusqu'alors sa vie de mangemort. Voldemort siffla sa question, lancinante.
-As-tu prévenu Dumbledore de mon absence afin qu'il puisse s'introduire au château ?
-Je n'ai prévenu aucune personne susceptible d'être de près ou de loin votre ennemie.
Severus inclina légèrement la tête en signe de respect ou de soumission. Puis il releva les yeux afin que son Maître puisse se plonger dans ses yeux corbeau. Pour la dixième ou onzième fois de sa vie il se sentit littéralement transpercé par le regard incandescent du Seigneur des Ténèbres, qui fouillait son esprit. Le plus impressionnant était ceci : la légilimencie était instantanée. En quelques secondes tout au plus le Lord Voldemort parvenait à trouver, lire et interpréter correctement les souvenirs qu'il désirait. Severus lui-même était incapable d'un tel prodige. Il excellait d'avantage dans l'art inverse, la course de fond qui consistait à occulter ce qu'on ne voulait pas qui soit vu.
-Je n'ai aucun intérêt à ce que Dumbledore ou ses amis pénètrent ce château, mon Maître.
Ce qui était en soit totalement vrai, il n'y avait personnellement aucun intérêt. Une telle action, comme se le démontrait présentement, ne pouvait lui apporter que des ennuis.
Voldemort parut satisfait. Sans doute était-il réellement content que Severus ne fut pas un traître.
-J'ai une mission à te confier. Je veux que tu infiltres l'Ordre de Dumbledore.
Wouh ! Severus inspira. Jamais Voldemort n'aurait pu d'avantage lui faciliter la tâche qu'en l'envoyant lui-même entre les pattes du vieux cinglé.
-Mais, nuança-t-il... Je doute qu'il ne regarde pas ma requête d'un œil... suspicieux... dans les conditions présentes...
-Oui, il se méfiera, expédia Voldemort d'un geste agacé. Tu choisiras le moment adéquat : tu peux si tu le souhaites, attendre que j'ai récupéré Harry.
Il y eut un silence.
-Tu choisiras le moment que tu voudras, tu dois seulement réussir. Et tu me mettras au courant dès que Dumbledore t'auras accepté.
HP-LV-HP-LV
-Toujours dans sa chambre ?
-Toujours...
-Il n'est plus sorti depuis... ?
-Pas depuis sa dernière tentative d'évasion.
-...Il ne faut pas faire cette tête là, Albus, vous n'êtes pas responsable...
Albus fit un gentil sourire à son adjointe.
-Je pense qu'il s'y fera, avec le temps, poursuivit-elle.
-Mais se faire à quoi ? murmura Albus comme pour lui-même. Nous ne savons même pas de quoi il revient, Minerva. Il refuse mes interrogatoires.
-C'est un enfant, je pense qu'en le maniant avec douceur...
-Pas celui-là, trancha le vieux sorcier. Je voudrais tellement qu'il commence à ne plus se voir lui-même comme un prisonnier... Mais il ne pense qu'à s'enfuir.
-Mais où irait-il ? Pas rejoindre Vous-Savez-Qui !
La femme tenait pour acquis que personne d'à peu près sain d'esprit ne se précipiterait dans l'antre de ce tueur sociopathe de son plein gré. Encore moins un enfant, cela allait de soi. Albus garda le silence, le visage blanc, la mâchoire serrée. Il avait honte de se l'avouer mais...
Albus Dumbledore ne savait vraiment pas quoi faire.
Sa collègue avait quitté la pièce sur ses bonnes paroles réconfortantes.
-Dumbledore.
Le concerné se tourna, n'osant en croire ses yeux, vers la voix au ton agressif. Harry Potter, toujours aussi peu coiffé et aussi sombrement habillé - il avait fallu faire disparaître cette horrible robe de mangemort pour qu'il consente à porter les vêtements les plus sombres de la garde-robe que lui avait composé une jeune fofolle aux cheveux verts - se tenait le pied en l'air sur les dernières marches de l'escalier. Albus dut se contenir pour que son cerveau ne s'emballe pas et il nota finalement sobrement : escaliers : étape franchie - à quand le salon ? Le visage mortellement sérieux, le garçon formula ce qui était finalement une requête - ô combien étrange - bien déguisée :
-J'ai l'habitude de jouer du piano.
Albus se sentit ravi qu'il n'y ait dans la pièce personne qui le connût bien, sinon quoi son air totalement perdu aurait méchamment entaillé sa réputation d'omniscient tranquille et puissant.
Le garçon leva la tête vers le palier du premier, lança un dernier regard timide au grand sorcier qui jouait des doigts entre les feuilles d'une plante verte pour s'empêcher de penser, et remonta vers sa chambre.
Harry n'avait pas descendu les dernières marches, constata le directeur de Poudlard. Comme s'il voulait signifier qu'il n'entrerait pas dans leur jeu, qu'il ne mettrait pas un pied sur leur territoire ; d'ailleurs il était plus ou moins resté maître de la situation. C'était à lui, Albus Dumbledore d'entrer dans l'univers de Harry Potter, de monter ces marches et d'engager le dialogue. Bien. De quelque manière que cela se passe, il ne pourrait qu'apprendre des choses. Albus quitta sa plante verte.
Du piano... ?
HP-LV-HP-LV
Mike Denvert, le second du groupe paperasserie, préposé au tri des lettres adressées à monsieur le ministre, fut assassiné par un homme cagoulé et vêtu de noir, ou plutôt par un Avada Kedavra bien net, au vingt-deuxième jour de sa vie maritale. Il tomba au ralenti derrière son comptoir, le lundi matin de l'attaque sensationnelle de ce groupe d'hommes qui à bien des égards n'en étaient plus, les mangemorts du mage noir Lord Voldemort. En plein ministère. Du jamais vu. Ils ne restèrent pas longtemps non, pas plus de temps qu'il n'en fallait pour plonger dans l'horreur les employés présents. Le temps nécessaire à l'accomplissement de leur mission : des cadavres spectaculaires ; une froideur méthodique ; (même, le temps de regarder dans les yeux, avant de quitter les lieux, Marie Chadwick, unique témoin survivante des dix-sept meurtres !) et un parchemin carbonisé, laissé flottant au milieu des décombres tel la signature du démon.
HP-LV-HP-LV
Une petite silhouette s'appuyait à l'arcade en pierre surplombant l'escalier central. Une agitation inhabituelle bousculait le silence humide des sous-sols : des claquements de portes de grands bruits sourds, de vagues indications lancées au rythme gai et irrégulier d'une ballade familiale, de nombreux moulinets de bras ; tout cela courait le long des couloirs pour remonter jusqu'au vaste hall du rez-de-chaussée.
Pieds nus sur le dallage frais, un Harry d'un peu plus de quatre ans passa un doigt dans l'encolure de sa robe noire, dans l'espoir qu'un peu d'air filtrerait. Malgré cette robe d'enfant s'arrêtant à mi-cuisse, l'été se révélait très chaud.
-Pousse-toi petit, tu risques de gêner, marmonna un mangemort en désignant à son compagnon l'arcade menant au couloir principal du 1er.
-Qu'est-ce qui se passe ? demanda Harry, ses Grands yeux verts suivant les déplacements, en bas. Qu'est-ce qui se passe ?
Les deux hommes s'éloignaient indifférents.
-Déménagement ! scanda la voix joyeuse d'Avery. Allez viens voir, c'est rigolo !
Harry descendit le plus vite possible, ses courtes jambes pausant brièvement à chaque marche de marbre avant de galoper jusqu'au centre du Hall d'où Avery menait les opérations.
-Réaménagement, plutôt. Regarde, on vide le bazar des sous-sols. On va installer nos bordels dans l'aile droite et on mettra les prisonniers dans les cachots libérés. Puis on va installer une super cuisine pour Art !
-Où ça ?
-Aux sous-sols.
-Ah oui, pour nourrir les prisonniers plus facilement, ce sera plus près !
Avery éclata de rire. L'enfant ne saisit pas pourquoi et fronça les sourcils.
-Alors ? On change tout ? Pourquoi ?
-Parce qu'il y a de nouvelles recrues et comme on commençait à manquer de place là-haut, Il nous a dit de nous déporter en bas. C'est quand il a fallut vider l'aile droite que le Maître a décidé de faire un grand tri.
Le mangemort rit de nouveau.
-Faut que ce soit nickel avant ce soir, sinon couic !
Ce fut au tour d'Harry de laisser échapper un tintement de gorge amusé.
-Couic, répéta-t-il.
L'après-midi avançait, le petit garçon slalomant gaiement entre les grognements des mangemorts affairés. La quinzaine d'homme présente était entièrement mobilisée : des meubles lévitaient dans tous les sens et quelques naïfs inventifs lançaient des sorts de dépoussiérage dans ce brassage général de crasse, deux ou trois fainéants trimbalaient maladroitement une chaise de gauche à droite, simulant une occupation utile avec plus ou moins de talent, se gardant ainsi d'être mobilisés pour un travail plus contraignant.
A un moment, d'entre un coffre rouillé et la forme massive du mangemort Crabbe émergea un long meuble noir. Harry fut instantanément sur les lieux, à bourdonner de curiosité autour de cette forme bizarre.
-Où je mets le piano ? bovina le mastodonte.
-Le piano ?
Avery se gratta le crâne l'air désarçonné. Puis envoyant son bras par-dessus son épaule :
-On le balance.
Le « piano » atterrit ainsi à côté d'un amas de « trucs à jeter » vers lequel l'enfant se dirigea à petits pas mesurés.
Le mot n'évoquait rien en lui. Piano. L'objet lui-même non plus n'évoquait rien, quoique peut-être... un bar à cocktails, éventuel cousin de celui de l'unique fête un rien classieuse organisée par Lucius au château, après une opération rondement menée ; un bar à cocktails donc, mais d'une forme drôlement tarabiscotée. Suivant son intuition toute enfantine (et la hauteur de son regard), Harry se glissa dessous. Il s'assit en tailleurs, examina les trois pieds, tapota le plafond de ses ongles : creux. Il sortit très vite pour trouver l'inévitable interstice. Ce fut très simple, mais soulever le lourd panneau sombre l'était beaucoup moins et il faillit s'y pincer douloureusement les doigts. Explorateur du haut de sa (respectable !) centaine de centimètres, Harry se mit en quête parmi le bazar, d'une boîte quelconque sur laquelle grimper ; et d'un second objet assez costaud pour soutenir le panneau noir... comme une grosse botte en cuir cloutée.
C'est ainsi qu'il découvrit l'étendue de fines cordes tirées d'un bout à l'autre de l'intérieur du piano. Plissant les yeux, il chercha à voir s'il y avait quelque chose en dessous. Eh non, rien d'autre que cette complexe organisation de ficelles. L'enfant glissa son bras droit dans l'interstice et tira l'une des premières cordes sous son ongle, délicatement. La corde vibra brièvement, émettant un son sourd assez rigolo. Il réitéra, un pincement plus franc. Le son fut beaucoup plus fort, grave, et avec une délicieuse excitation, Harry se retourna pour voir si personne ne le regardait. Il avait le sentiment de naviguer dans l'interdit.
L'enfant s'amusa à comparer les bruits émis par chacun de ses pincements et le temps que mettait chaque corde à retrouver sa position initiale par de grands tremblements ou d'infimes vibrations. Il tira violemment sur deux cordes en même temps, puis sur trois et quatre ; il pinça une corde sur deux le plus vite possible ; laissa ses doigts glisser sur les dix cordes qu'il atteignait, dans un sens puis dans l'autre ; et il frotta à s'en brûler les doigts la première corde sur vingt centimètres, entre le pouce et l'indexe, se délectant du grincement sourd qui en résultait. Vint finalement le moment où il se lassa de son jeu. Il retira précautionneusement la chaussure de cuir, très attentif à la sauvegarde de ses doigts, et s'éloigna. Il n'avait pas fait quelques pas que Crabbe vint lourdement laisser tomber une petite banquette d'un autre côté du piano.
-Ça va avec ? questionna-t-il s'approchant.
-Oui, répondit le mangemort après un battement de paupière extrêmement long. Puis : Reste pas là, Bellatrix arrive.
Ignorant la dernière réplique qui n'avait pas grand sens à ses oreilles, Harry s'installa sur la banquette. Face au long boîtier noir, il médita un court instant et passa un doigt dans la couche de poussière. Derrière lui un tic de bouche exaspéré le fit se retourner vivement.
-Va-t-en, je dois détruire tout ça.
Bellatrix avait parlé d'un ton relativement mesuré, sa hargne à peu près contrôlée par son effort d'articulation. Elle voulait être comprise et n'avait aucune envie de se répéter.
Harry savait très bien tout ça mais comme il ne l'aimait pas, il se fit victime de surdités sur l'instant, et commença un compliqué dessin d'arabesques sur la poussiéreuse surface lisse et noire. Il crut percevoir un violent mouvement de bras du côté de la brune cadavérique, et constata avec un joyeux sourire qu'elle se tenait la tête entre ses mains crispées.
L'atmosphère du Hall changea soudain sensiblement. Les cris et grognements se changèrent rapidement en murmures, l'on se fit plus efficace. Harry leva de sous ses mèches ébouriffées ses immenses iris émeraudes vers la lointaine silhouette effilée venue écouter les comptes-rendus des opérations. Tandis que Bellatrix s'approchait d'Avery pour quérir l'attention de son Maître, Harry abandonna les arabesques et sur une impulsion subite, souleva l'espèce de corniche noire devant lui. Le motif de petits rectangles blancs et noirs le surprit d'avantage que si le couvercle avait laissé place à une portée de bébés dragons.
Bellatrix revenait, Lord Voldemort devant elle.
Harry posa ses deux mains sur la partie blanche. L'enfant fut aussitôt submergé par la puissance des quelques notes ainsi libérées. C'était si fort, c'était si beau !... Il retira prestement les doigts, comme s'il s'était brûlé.
-Harry. Recule.
Le sifflement glacé le fit quasi sursauter.
-Oh, je peux le garder !
HP-LV-HP-LV
-Harry ? Nous allons à Londres. Tous les deux.
Dumbledore avait passé la barbe dans l'entrebâillement de la porte. Harry releva le menton. Londres ?
Sortir de cette chambre ? ...de Godric's Hollow !
Le vieux sorcier perdait-il l'esprit ? Harry cligna des yeux et hocha maladroitement la tête. Soit !
Quand il descendit la dernière marche de l'escalier, Dumbledore se tourna vers lui et rit avec sembla-t-il, indulgence, ce qui eut pour effet de renfrogner illico la bouille juvénile de son prisonnier.
-Pas de cape ! Nous passons par le Londres moldu.
-Le quoi ?
En un claquement de doigts Harry se trouva vêtu d'un haut rouge, d'un short d'une épaisse toile bleue et de sandales ouvertes. Avant qu'il ne puisse s'insurger contre cet accoutrement impossible, le vieil homme, habillé de l'une de ses innombrables et tapageuses robes sorcières, l'attrapa par la main et transplana.
Il atterrirent dans une étroite ruelle puante où Harry s'empressa de faire glisser sa menotte des grands doigts blancs de Dumbledore, qu'il suivit tout de même jusqu'à la rue transversale. L'enfant fut aussitôt assourdi par le brouhaha typiquement moldu du samedi londonien. Bruits de moteurs, klaxons, sonnettes en tous genres, portes qu'on ouvre et qu'on referme, discussions et interpellations, bourdonnements dans les téléphones portables des gens qui marchent à grand pas pressés et plaintes d'enfants, le bruit de la ville sauta aux oreilles d'Harry si férocement qu'il chancela. Le jeune sorcier courut à Dumbledore, saisit sa longue main et la serra à lui en broyer les phalanges, plaquant l'autre contre son oreille gauche.
-Qu'est-ce que c'est que ça ? hurla-t-il.
Londres puait. La chaleur du goudron lui remontait entre les genoux, les vapeurs d'essence, les gaz d'échappements se mélangeaient aux odeurs de fritures pour venir envahir ses narines. Il toussa en essayant de tout faire ressortir et donna, sans lui lâcher les doigts, un méchant coup de coude à Dumbledore. Il voulait partir immédiatement de cet endroit !
-Ne t'en fais pas, lui dit son tortionnaire en ayant l'air tout à fait à l'aise sous les regards suspicieux ou morts de rire des passants moldus, nous ne restons pas longtemps. Je connais un quartier plus paisible, presque piéton, avec un super marchand de glaces et une longue rangée de magasins de musique !
-C'est toujours comme ça ? demanda Harry après dix pas.
-Les Moldus sont très bruyants, convint-il en parlant lui-même très doucement. Et ils ont tendance à adorer vivre au milieu de leurs pires inventions.
Mi-navré mi-sévère il désigna du menton l'évidence du pot d'échappement.
-Mais on rencontre dans le Londres moldu de nombreux de gens tout à fait charmants, conclut-il gaiement. Ah, c'est ici !
Harry qui n'avait écouté qu'à moitié le discours de Dumbledore, fut soulagé de déboucher sur une place autour de laquelle aucune de ces machines grises, moches, bruyantes et puantes ne semblait autorisée de circulation. Le grand sorcier le traîna dans une petite librairie à l'auvent bleu encastrée dans une baraque du XVIIème, où il ordonna à l'enfant de vagabonder à sa guise avant de se diriger lui-même vers le comptoir où une courte dame très ridée l'attendait, radieuse.
-Monsieur Dumbledore ! s'exclama-t-elle. Vous amenez votre petit-fils ?
Harry se posta à l'entrée et s'accroupit, la tête dans les bras.
Passé le premier choc causé par la tonitruante découverte de la civilisation moldue, une tentation douce-amère commençait à s'insinuer en lui. La ville. La rue. Franchir cette porte. Courir ! Ah !... Harry avait l'impression de ne pas avoir vu Voldemort depuis des mois.
La question de la manière dont il pourrait le rejoindre s'il parvenait à s'enfuir ne le turlupinait pas trop. S'il parvenait à échapper au moins trois minutes à la vigilance de Dumbledore... il lui suffirait de trouver une planque jusqu'au moment où il pourrait ensuite en toute tranquillité appeler Voldemort. Mais échapper trente secondes à la surveillance de Dumbledore (dont il sentait le regard sur sa nuque) n'était pas une mince affaire. Bien sûr le petit prisonnier aurait pu, avec un peu de bon sens, tenter de gagner la confiance de son geôlier (qui ne demandait que ça mais n'était pas dupe), mais non, il ne pouvait pas... Pactiser ouvertement avec l'ennemi était hors de portée de ses capacités.
Et cette librairie ! Moldue !
Harry se leva et se dirigea vers le comptoir, où il attendit poliment que Ridée-Radieuse veuille bien lui accorder de son attention. Le barbu parti fureter plus loin, il ne risquait pas grand-chose à réclamer un ouvrage sur les potions.
-Oui, bonhomme ?
-Le rayon Potions ?
-Potion ? demanda-t-elle avec un sourire espiègle. Potion magique ?
Sidéré, Harry répondit dans un souffle « oui ». La dame le prit alors par la main et le guida vers une section très colorée.
-Tu as déjà lu celui-là ? l'interrogea-t-elle en lui mettant entre les mains un album d'Astérix.
-Non.
Harry fronça les sourcils. Astérix chez les Belges. Il ouvrit et s'assit.
C'était à mourir de rire.
Une demi-heuree plus tard, il sortait de la librairie une main dans celle de Dumbledore et trois albums d'Astérix sous le bras gauche.
-Merci, dit-il. Vous n'étiez pas obligé.
Son aîné se contenta de sourire, les yeux pétillants de malice. C'était un ravissement de faire plaisir à cet enfant. Son bonheur était tellement communicatif ! Malgré tous les efforts que le petit faisait pour rester digne comme un pape.
-Où va-t-on ? demanda Harry avec cette indicible excitation.
Les deux sorciers parcoururent une vingtaine de pas et stoppèrent. Sur le trottoir d'en face, quatre ou cinq magasins aux en-têtes musicales s'ouvraient sur des étalages de guitares électriques et de partitions en tous genres, leurs vitrines séparées par celles de boutiques d'antiquités et quelques maisons particulières. Dumbledore se caressa la barbe et offrit au garçon l'embarras du choix. Harry hésita un moment, regarda tour à tour son accompagnateur et les boutiques. Finalement, il lâcha la main du vieil homme pour désigner d'un doigt timide le magasin de musique à l'entrée la plus étriquée. On apercevait dans la vitrine le large profil noir d'un piano à queue.
-Au Rythme Londonien ? Très bien, approuva Dumbledore qui ne s'y connaissait que très peu mais sentait Harry anxieux à côté de lui.
Quand il passèrent la porte, une petite clochette tinta. Un homme qui devait approcher la cinquantaine leva les yeux de ses comptes et leur sourit aimablement, après toutefois un instant de perdition dû à la tenue de Dumbledore. Le magasin était en fait beaucoup plus vaste que ne le laissait présager sa devanture. Il s'étalait en longueur, perpendiculairement à la rue. Cinq, non, six pianos se dressaient, très fiers de leurs surfaces brillantes (un niveau de propreté que l'on n'avait jamais cherché à faire atteindre à celui du château d'Albanie, de mémoire d'Harry). Trois n'avaient pas la même forme que celui qu'il connaissait. Bon. Ayant déjà totalement oublié son surveillant attitré et le vendeur, Harry posa ses Astérix par terre, se frotta inconsciemment les doigts, remis une mèche corbeau derrière son oreille et se dirigea vers le deuxième instrument de la rangée. Arrivé à bon port il approcha la banquette, s'assit et ouvrit le piano. Il avait à peine posé les doigts sur les touches qu'un bras vint les retirer vivement et refermer lentement le couvercle des touches.
-On ne touche pas aux instruments, petit.
-Mais... comment fait-on dans ce cas ?
La recommandation lui paraissait tout à fait absurde. Le vendeur lui expliqua avec un sourire un peu fatigué qu'il ne pouvait pas jouer dans un magasin. Harry ouvrit de grands yeux et fit une grimace paniquée. Sa bouche s'ouvrait sur un « Hein ! » de douleur silencieux. Il chercha des yeux Dumbledore.
-Nous sommes venus voir les pianos, expliqua celui-ci d'un ton apaisant.
-Ah ? fit le vendeur, son visage endormi se fendant d'un petit sourire. Vous comptez en acheter un ?
Dumbledore n'avait pas vraiment prévu cela, mais il le sentait venir depuis que l'enfant avait lâché ses bandes dessinées...
-Oui, sourit-il donc aimablement.
-C'est pour Monsieur ? demanda-t-il en ébouriffant les cheveux du garçon.
-C'est pour lui oui, répondit le vieux sorcier.
-Comment tu t'appelles ?
-Harry, dit Harry, qui suivait les évènements avec beaucoup d'intérêt.
-Tu joues depuis longtemps ? se renseigna le vendeur, reprenant progressivement son air fatigué.
Harry haussa les épaules.
-Depuis que je suis petit, répondit-il, vague.
-Tu as un piano à la maison ? (-Oui) Tes parents en jouent, sûrement ?
-Non que moi.
Autant de questions que s'était posées le directeur de Poudlard quelques heures plus tôt. C'était un sacré coup de pouce que lui offrait ce moldu.
-Quel piano recherchez-vous ?
L'homme interrogeait Dumbledore. Celui-ci se racla la gorge et fit savoir qu'il n'était lui-même pas très au fait de ces choses là.
-Pourquoi ceux-là sont-ils différents ? questionna Harry et désignant les pianos d'avantage rectangulaires.
-Ils sont électriques. Celui que tu montres est un Yamaha. C'est un tr...
-Qu'est-ce que ça fait, s'il est élétrique ?
-Ça veut dire qu'il faut le brancher sur le secteur. Il faut une prise, expliqua rapidement le vendeur à l'enfant. Préférez-vous un instrument de ce genre ?
Le vendeur interrogea Dumbledore du regard.
-Nous n'avons pas l'électricité, prévint celui-ci.
Harry observa avec intérêt le visage du vendeur se peindre du plus parfait ahurissement.
-Est-ce que c'est très grave ? s'informa-t-il, rétif à laisser passer son piano.
-De nos jours, c'est très rare, tout de même, rit le moldu comme essayant de faire avouer à Dumbledore que c'était une bonne blague. Hum. Non, ce n'est pas grave. Alooors... apparemment, vous préféreriez un piano à queue.
-Oui, dit Harry en rouvrant celui devant lequel il s'était assis avec l'intention de jouer, j'aime bien ceux-là.
-Nous en avons de nombreux, qui s'étalent sur une vaste échelle de prix. Avez-vous une fourchette... ?
Dumbledore ferma à demi les paupières, histoire de se remettre en tête les taux de changes extrêmement rarement utilisés de l'argent sorcier au moldu. Quelque chose comme huit noises pour 5£... Voyons voir, si dix livres valaient tout juste 16 noises (donc un peu plus d'une demi-mornille), il n'avait pas de quoi s'inquiéter, et encore moins de raisons se perdre en calculs.
-Je m'y connais moi-même assez peu, dit-il au vendeur, mais tu peux choisir ce que tu veux, assura-t-il à Harry.
-Te souviens-tu de la marque du piano qu'il y a chez toi ?
-Oui, dit vivement Harry, qui trouvait que le bilan de la journée avait de grandes chances d'être finalement très honorable. Je peux vous l'imiter.
Silence du côté des grands ; lèvres du vendeur formant silencieusement un « ...nous l'imiter... ? » perdu.
-Imiter la marque, répéta Harry en ayant l'impression de parler à Crabbe ou Goyle.
Dumbledore sembla saisir et très lentement lui tendit un carré de parchemin et une plume, sortis de nulle part. Le garçon les attrapa et calligraphia laborieusement.
Bechstein.
-Ouh ! fit le moldu. C'est du bon piano.
-Il est vieux je crois, dit Harry et rendant plume et parchemin à Dumbledore.
-Il doit avoir sa petite valeur... rêvait le vendeur.
-Harry, l'interpella le vieux sorcier barbu tout à trac, sais-tu écrire ?
Harry se sentit rougir.
Il savait lire à quatre ans.
Dernièrement, il avait lu les Etudes avancées d'Alexeï Grant, le dernier ouvrage ajouté à la liste des livres prohibés par le ministère ; un recueil assez complexe mais des plus complets sur les utilisations de la magie noire moderne, et qui ne se contentait pas de 'parler autour' (comme le faisait cet insipide ministre finlandais dont le nom imprononçable lui glissait de la langue). Dès six ans et jusqu'à son enlèvement, il piochait allégrement dans la partie romans de la bibliothèque de Lord Voldemort, seule rescapée du profond mépris pour la culture moldue entretenu par le Seigneur des Ténèbres, qui par ailleurs ne jetait jamais rien de ce qui avait pu lui appartenir un jour, à lui ou à un autre « Grand ».
Harry relisait plus qu'il ne dévorait (pour vérification, pour le plaisir de la redécouverte). Il avait parcourut Oliver Twist un nombre de fois incalculable et à haute voix et dans tous les sens. De nombreux ouvrages sur les potions avaient subi un sort analogue.
Mais le fait était là. Il ne savait pas écrire. C'était pour cette raison que lorsqu'il parlait de retranscrire un mot déjà vu, il s'agissait bien d'imiter, avec les 'pertes' en cours de transmission que les déformations dues à sa mémoire impliquaient.
Harry ne répondit pas à Dumbledore, pensant que, certainement, il avait de toute façon compris.
Le vendeur se grattait le menton. Il commença à leur citer quelques marques, comparant les mérites de chacune et conseillant ceci ou cela par rapport à tel ou tel critère, pour les oreilles attentives de ses deux clients. Finalement, il proposa à Harry, qui en crevait d'envie, de jouer le morceau qu'il souhaitait, afin de 'goûter' le piano. Harry dit qu'il n'avait pas de morceau, mais merci.
Il joua.
Il avait depuis longtemps découvert les octaves, et la gamme de do, qu'il pouvait parcourir pendant des heures tant c'était magique qu'elle soit si régulière, symétrique. Au début, quand le piano venait d'être installé au premier pour son usage personnel, il n'y avait plus touché pendant plusieurs semaines ; s'en privant pour le plaisir de le retrouver après, un peu par crainte que cette puissance qui l'avait englouti la première fois n'ait disparu. Quand finalement il s'y était mis, il avait d'abord retrouvé de petites mélodies tirées des quelques chants qui résonnaient dans les couloirs après une grande réussite mangemoresque, ou bien joué des bribes de sa propre invention. Il répétait ses phrases indéfiniment ou jusqu'à ce que, les jours où Bellatrix était là, elle n'entre dans la pièce les nerfs en pelote en lui hurlant de sa voix nasillarde de changer de disque. Il cessait alors et écrasait le clavier avec les mains, les bras les coudes et le menton. Quelques fois même il criait par-dessus cela comme un malade des bribes de l'hymne mangemort de Lucius et Avery.
On rançonne, on tue, on pille, on vole
Faîte moi boire mes braves, yo-ho !
On kidnappe, on ravage ; si on donne notre parole -
Il faut pas la croire ! C'est nous les mangemorts, les pirates, les truands...
Aujourd'hui ses mélodies étaient un peu plus étoffées que quatre ans auparavant mais toujours purement hérétiques - Harry n'avait jamais vu la couleur d'une partition et jamais même appris que les touches sur lesquelles il appuyait avaient un nom, que le son si grisant qui en résultait était une note.
-Il te plaît ?
-Le son est net, trancha Harry en s'arrêtant brusquement, le son est beaucoup plus net. Et les touches font moins de bruit quand on appuie dessus. Je veux dire : on entend le son mais pas le « plonc » de la touche qui s'abat. Beaucoup moins.
Le vendeur sourit et lui demanda d'essayer un second instrument. Harry nageait dans le bonheur.
HP-LV-HP-LV
-Merlin, qu'est-ce que c'est que ça ! s'exclama Molly Weasley en pénétrant dans le salon de Godric's Hollow.
Des pouffements plus ou moins discrets lui répondirent. Bill, qui entrait sereinement dans la pire phase de l'adolescence, et Tonks, qui en sortait tout juste - ou plutôt, entrait dans la ténébreuse période du jeune adulte idiot - contemplaient en se mordant les lèvres l'immense piano dont le quartier général de l'Ordre du Phoenix venait de faire acquisition.
-C'est pour notre invité, expliqua Bill. Tu sais bien Maman, des fois, on offre des fleurs...
Les gloussements repartirent de plus belle. Remus Lupin revenant la cuisine avisa l'expression incrédule de madame Weasley et lui proposa un thé. Tandis qu'elle quittait son foulard, il trempa un biscuit dans sa propre tasse et expliqua entre deux bouchées :
-Dumbledore a emmené Harry à Londres cet après-midi. C'est moi qui les ai accueillis à leur retour.
Ses yeux sourirent derrière son thé.
-Il sautillait dans tous les sens quand il est rentré ! Il m'a c...
-Qui ça ? coupa Molly le visage décomposé.
-Harry bien sûr ! Pas Dumbledore.
Ils pouffèrent.
-Il m'a collé dans les bras ce truc là, reprit Remus en attrapant une bande dessinée sur un meuble voisin, en me disant que c'était à mourir de rire. Et après il s'est précipité sur le piano. Enfin, il a tourné autour d'Albus pendant bien dix minutes jusqu'à ce qu'il ré-agrandisse le piano.
-Il faisait du piano ? Je ne savais pas.
Remus papillonna du regard derrière le bord de son mug, et garda le silence. Molly sembla se rendre compte de quelque chose.
-Mais ça veut dire qu'il en faisait chez..., avant ! Vous croyez qu'il en faisait avant ?
-...qu'il jouait du piano chez Voldemort... ?
Remus haussa les épaules.
-Ce type a un profil psychologique très mal défini ; c'est impossible de comprendre ce qu'il peut lui passer par la tête. Et peut-être après tout Harry jouait-il sans qu'Il soit au courant. Le château est grand.
Il burent quelques instants en silence, méditant la nature complexe des évènements qu'ils vivaient. Ils avaient récemment 'kidnappé' le fils de huit ans de deux héros de guerre assassinés (des amis de longue date), gosse élevé (faute d'un autre mot) par l'assassin en question dans un isolement sans fond, au cœur d'un pays déserté par les sorciers (le peuple et le pays d'Albanie étant trop longtemps restés dans l'ombre pour cause de longue et intense dictature moldue). Mais le petit jouait du piano.
On ne connaissait pas de passion musicale au Seigneur des Ténèbres, mais après tout, peut-être en savait-on trop peu de lui.
Le silence changea de nature, se muant en la simple complicité de ses moments de calme que conférait si rarement Godric's Hollow.
-C'est la première fois que je le voyais sourire, dit Remus.
Molly saisit à retardement qu'il parlait d'Harry.
-Moi je ne l'ai pas vu du tout, répondit-elle. Tout juste entraperçut le premier jour.
-Pourtant il descend manger tous les midis.
-C'est bien vrai ? Il s'est peut-être un peu sociabilisé à force. Il n'est pas très aimable, cet enfant. D'après ce qu'on m'en dit !
Remus ne répondit pas. Les muscles de sa mâchoire s'étaient crispés.
-...Je ne suis jamais là, le midi, informa Molly. Je dois m'occuper des enfants.
-Pardon. Ce n'est pas sa faute.
-Remus ? Je suis désolée. Je sais que cela doit être dur pour vous...
Le concerné fit signe que c'était bon, que ça allait. Il posa sa joue dans sa main et laissa son regard se perdre dans le Parc. Molly suivit son regard une seconde, puis avec un immense soupir, se leva pour débarrasser les tasses. Remus entendit le fracas des soucoupes et cuillères qu'on pose dans l'évier, et un sortilège de nettoyage lancé d'une voix autoritaire.
-Cela va faire deux semaines qu'il n'a pas plu, dit-il quand elle reparut, les moldus vont encore nous en pondre une pendule.
-Oh Arthur me parle toujours de ce qu'ils sont complètement paniqués dans ces cas là, parce qu'ils doivent arrêter d'arroser leurs voitures. Ça le fait rire. Moi je les trouve complètement idiots.
Remus éclata de rire.
-Disons vraiment bizarres, se corrigea la sorcière rousse.
-Imparfaits, nuança Remus une lueur d'amusement dans les yeux.
Après un nouveau moment de silence, il dit, le cœur ailleurs :
-C'est la première fois qu'il me parlait.
-Oh.
Après un instant, elle ajouta :
-Vous devriez aller le voir. Lui parler de ce livre, suggéra-t-elle en désignant les illustrés qu'Harry avait avec tant d'enthousiasme prêtés à Remus.
-Je ne sais pas... Il est si...(les bouts de ses doigts se crispèrent) Ce ne sera pas naturel. Il va croire que je veux le mettre de mon côté. Je ne veux pas qu'il pense que je cherche à le manipuler...
-C'est vrai que ce n'est pas facile, convint Molly qui ne savait pas trop que répondre (mais elle ne pensait déjà plus à Harry, elle était partie comme le font toutes les mères, vers ses propres enfants). Ce n'est pas toujours évident.
-En même temps, continua le loup-garou, fatigué de la pleine lune qui aurait lieu dans deux jours, parfois il a l'air si... (il lança ses doigts en l'air, dessinant les approximations de la rêverie)...loin... au-dessus... Peut-être un peu au-dessus...
Sa main retomba.
-Bon (il se leva) il faut que j'y aille.
Il attrapa sa veste légère, commença à l'enfiler, la retira, la mit sous son bras.
-C'est vrai qu'il fait chaud. Vous auriez dû arriver plus tôt, vous l'auriez vu au piano ; c'est un vrai régal de le voir jouer trois notes, il a l'air tellement content ! Heureux.
Il soupira.
-Si Voldemort était un peu plus malin il ne raterait pas une seule occasion de voir ça.
Harry dormit bien cette nuit là. Il se sentait confiant. Il ne tarderait pas à rentrer chez lui.
Fin du chapitre 5
Et donc ! A dans environ une semaine, pour la suite ! (Euh, notez je ne tiendrais pas ce rythme longtemps)
(pour ceux qui ont fait le conservatoire, pardonnez si j'ai dit des bêtises au point de vue musical. Je me suis renseignée auprès de sources fiables mais il est possible que j'ai fait de petites erreurs. Je pense ne pas avoir dit d'énormité... ;)
Plein de bisous ! n.n
