COUCOU ! Bon bah aujourd'hui j'ai rien à dire alors je vous souhaite juste une bonne lecture :)

Ah si, précision, certains grammairiens (XD je parle de mes revieweurs d'amour) m'ont contactée pour s'indigner, à propos du verbe "léviter", qui figure bel et bien dans le dictionnaire... Il s'agit donc encore une fois de ma malchance maladive puisque j'ai le Larousse 2005 et le Robert 97 et que le verbe en question n'est dans aucun des deux.

Note:
Gras italique : fourchelang.

Petit, chapitre 7

Et aujourd'hui, dans ce même décor, se déchire silencieusement le cœur d'un tueur.

(Chapitre 1)

La séance d'entraînement s'entama, pour l'enfant avec peu d'enthousiasme et pour le mangemort avec, tout de même, de la détermination.

Réjouissances au programme : parcours du combattant, ni plus ni moins. Harry devait ramper, grimper à la corde, sauter du muret, sauter du muret dans un cercle dessiné au sol, sauter du muret dans un cercle dessiner au sol et attraper au passage une balle de caoutchouc, sauter du muret dans un cercle dessiné au sol et attraper au passage une balle de caoutchouc et faire un salto arrière avec réception grand-écart...

Finalement ce fut un désastre et Harry rentra plus que grognon au château, boudant Severus.

-C'est bon ? demanda ce dernier en pénétrant la salle de 'réception' (où seuls Lord Voldemort et le gosse prenaient leurs repas), assistant au fantastique spectacle qu'était celui d'un jeune Harry Potter dégustant trois carrés de chocolats.

Le garçon hocha la tête sans le regarder. Severus eut une grimace agacée, s'assit et dit d'un ton sévère :

-Tu ne progresseras pas comme ça. Tu dois arrêter de penser que tout viendra tout seul, tu n'es simplement pas aussi doué qu'avec la magie.

Harry posa brusquement les coudes sur la table et mordit avec hargne dans son pain, prenant bien soin de ne pas accorder un regard à son professeur du moment. Celui-ci, davantage rôdé aux remarques sarcastiques qu'aux sermons pour enfants se leva avec mauvaise humeur. Avant de quitter la pièce, il ajouta cependant :

-Il faut peut-être faire examiner tes yeux. Ta mauvaise perception des distances peut venir de là. Parles-en à... évoque le sujet avec le Maître.

Harry avala très vite sa bouchée pour rappeler Severus, déjà éloigné de dix pas dans le couloir.

-Hey ! Vous... croyez que je voie mal ?
-C'est possible, fit Severus à travers le mur, continuant vers ses appartements.
-Severus... Severus !

Le concerné stoppa, ferma à demi les paupières - se récita mentalement la fable du pauvre hippogriffe qui tenait dans son bec un paquet de chocogrenouille, quand le sphinx vint à passer et vous connaissez la suite... - puis demanda très posément mais d'une voix un peu aiguë tout de même :

-Quoi ?
-Je...je voudrais que vous m'appreniez à écrire.

HP-LV-HP-LV

-Mmh... apprécia d'un grognement le mangemort brun en se penchant par dessus l'épaule du jeune garçon.

Celui-ci soupira et trempa à nouveau sa plume dans l'encrier.

-Je refais une ligne, c'est ça ?
-Hm.
-Il n'est pas commode, le f.
-Tu t'en sors tout de même mieux qu'avec le k, nota objectivement le professeur.

Il jetèrent en chœur un regard à la page de k minuscules (et attachés), qui dénotait sinon une grande maîtrise du phénomène, pas mal d'invention.

-Aah...j'ai les doigts qui ne veulent plus ! Regardez, ils ne veulent plus, ils sont tous crispés, ils réclament une pause !

Severus ne prêta pas attention à l'enfant qui se tenait le poignet droit avec un air allumé dans une excellente parodie de la-main-prise-d'une-vie-propre.

-Tu as tendance à écrire en miroir, observa-t-il, des feuillets à la main.

N'ayant jamais eu de jeunes enfants à charge, le mangemort ne pouvait pas savoir qu'il s'agissait là d'une faute courante, sinon naturelle, et peut-être nécessaire à l'apprentissage de l'écriture.

-Ouais bah hein, à l'endroit où à l'envers, vous le comprenez, que c'est un k. Aah ! Elle vient vers vouuus !... grimaça Harry poursuivant son jeu.

Severus haussa les sourcils, tournant le feuillet. Justement, non, si un vague k émergeait de la fantastique pelote de fils d'encre bleue de la première ligne, la suite était totalement surréaliste. Ah si là, peut-être, dans ce sens-ci l'on voyait un... p... ou un g...

-Aahrr... elle m'emmène... adieu Severus...

Harry s'esquivait avec sa bille de clown vers l'extérieur, visant déjà les hautes herbes où il pourrait courir comme un chien fou, excité par toutes les heures qu'il venait de dépenser à plancher sur des parchemins jaunis, entre quatre murs de pierre. Son professeur prit un air blasé et l'attrapa par la taille pour aller le reposer sur le banc.

-Tu peux faire une pause, lui accorda-t-il en extrayant de sa poche de pantalon un carnet de velours usé bien intitulé Extraits.

Dans l'art subtil des potions, un extrait était une formule ou une liste d'ingrédient incomplète que l'on utilisait comme on le pouvait à son avantage. Harry se saisit du carnet, calmé, et l'ouvrit avec déférence, s'y plongeant pour oublier quelques minutes les vicieuses tournures du k, du f, du H et Q calligraphiés.

-Dites... commença le garçon, à nouveau penché la joue contre sa plume, les cheveux devant les yeux.

Severus, assis de l'autre côté du pupitre le menton dans la paume, lui donnant de temps à autre une indication primordiale, rouvrit ses paupières à demi closes. Les joues du bambin rosissaient tandis que le mangemort attendait sereinement la suite.

...u, u, u, u, u, u, u, u, u, u, u, u, u... Harry humidifia nerveusement sa lèvre inférieure, ses yeux d'un beau vert émeraude suivant la progression de sa ligne, un pli de concentration barrant son front.

-Vous... Vous ne Lui direz pas ? ...

En apnée entre deux u, il attendait légèrement mal à l'aise la réponse de Severus, qui, étant plus ou moins pour la paix des ménages tant que cela ne lui apportait pas de difficultés supplémentaires, n'allait pas apprendre au Seigneur des Ténèbres que son jeune héritier ne savait pas encore écrire si celui-ci lui demandait expressément de ne pas le faire mais, si le Maître s'en rendait compte de lui-même, ne risquait-il pas précisément d'avoir des ennuis ? Ô, affreux dilemme ! Le Maître pouvait-il être en colère pour ce genre de raison ?

Severus poussa un incroyable soupir.

-Je verrai.
-S'il vous plaît...
-Au plus il serait un peu surpris de l'apprendre. Que tu ne savais pas écrire.
-...

Harry baissa les yeux.

-...Surpris, répéta Severus. Pas déçu.

Le garçon se mordit la lèvre, hocha lentement la tête, puis se remit à son travail. Le reste de l'après-midi s'écoula en silence.

HP-LV-HP-LV

Le maître des potions se sentait épuisé. Epuisé. Tout d'abord, cette histoire compliquée de s'intégrer dans l'Ordre (qui datait déjà de plusieurs mois mais avait entraîné comme de juste une montagne d'emmerdements au mangemort) ; ensuite la mise sur pied de l'opération kidnapping - idée qui l'avait sans doute un peu plus chamboulé qu'il ne s'autorisait à l'admettre car il s'était morfondu dans ses appartements de Poudlard, enfermé dans son mutisme, durant une semaine entière, de la veille de l'opération à la dix-neuvième tentative d'évasion d'Harry. Puis, respectant la close de son contrat de naissance qui explicitait clairement que Severus jamais au repos n'aurait droit - fut-il mérité, fut-il indispensable - le destin décida de lui envoyer un signe comme quoi oui, il continuait bien à se foutre de sa gueule : Voldemort l'encouragea - avec tout le tact et la bonne humeur que le Seigneur des Ténèbres pouvait utiliser lorsqu'il confiait à l'un de ses serviteurs la mission qui serait le point d'orgue de toutes les autres - à s'enrôler dans l'équipe d'enquiquineurs publics de Dumbledore. S'il était honnête, il admettrait que c'était un sacré coup de pouce, mais comme il ne l'était pas, et que de toute façon il était bourré comme un coin, il râla.

Severus se leva, retomba sur sa chaise, fit une nouvelle tentative et attrapa une deuxième bouteille sur l'étagère au-dessus du plan de travail de Lucius - avec qui il partageait ses locaux de mangemort depuis que ces connards de nouvelles recrues l'avaient viré de ses appartements personnels. Il déboucha la bouteille, renifla. Ursh, qu'est-ce que c'était que ça ? Ça sentait drôlement fort ! Il se remplit un verre.

Mais le pire avait été l'évasion du petit. La dernière, il voulait dire, la vraie. Celle qui avait réussi.

Le sentiment d'avoir gravi cet amoncellement de complications, d'avoir franchi pas à pas toutes ces foutues étapes pour que Dumbledore lui fasse confiance, l'enlèvement du gosse, le sentiment d'avoir finalement fait tout ce bordel pour rien, cela le foutait en l'air. Retour au point de départ.

Le mangemort porta son verre à ses lèvres et avala goulûment deux gorgées. L'espace de quelques secondes il eut la sensation étrange que sa trachée était en feu, puis cela passa.

Harry. Le petit. Jamais Severus n'aurait pensé que sa vie deviendrait un enfer d'apparences (puisqu'il jouait à présent des deux côtés), une telle ramification de problèmes, à cause d'un petit garçon. Bordel.

Peut-être qu'avec Harry, et seulement envers lui, Severus se sentait comme un traître. Le sourire radieux que lui avait concédé l'Héritier pour leurs retrouvailles...

Le Maître des Potions tenta d'imaginer le visage de l'un de ses élèves de première année, illuminé soudainement, ravissant, parce que lui, Severus Snape entrait dans la pièce.
Complètement psychédélique. Le mangemort graisseux voulut rire et sortit un aboiement grave.

Salazard, pensa-t-il lentement, cherchant ses capacités de réflexions dans les méandres nébuleux de son esprit cotonneux bien imbibé, pourquoi se trouvait-il dans cette situation ? Dans cet état ?... La lassitude morale et l'affliction qui l'avaient poussé à choisir l'alcool comme remède, à quoi étaient-elles dues ? Cette foutue impression d'avoir perdu son temps ? Non, si ce n'était que cela, son job de professeur l'aurait tué depuis bien longtemps !

Une erreur, c'était cela, une erreur qu'il avait commise ; l'erreur, l'unique, la grande, qui avait été de penser qu'il avait un rôle à jouer dans la vie du gamin. Le seul rôle qu'il avait présentement était celui de professeur de combat physique, prescrit par son Maître. Il n'avait pas à se mêler de la vie du petit. Harry se débrouillerait. Harry s'en sortirait.

Si Harry avait des ennuis, Severus s'autoriserait peut-être à se jeter devant lui pour recevoir à sa place l'Avada Kedavra ; tout le reste ne le concernait nullement.

HP-LV-HP-LV

Harry aussi était épuisé. Sa fatigue n'avait rien à voir avec celle de Severus, cependant. Tant de choses se succédaient depuis son retour qu'il en avait le tournis. D'abord son retour en lui-même avait été un tel soulagement que le garçon s'en était trouvé éprouvé physiquement : il avait beaucoup dormi. Ensuite, la douloureuse déception de constater qu'il ne retrouvait pas Lord Voldemort tel qu'il l'avait quitté... (et non l'inverse ; l'idée ne venait même pas à Harry qu'il ait pu, lui, changer), cette constatation le mangeait de l'intérieur. Son angine et ce qui avait suivi, pour finir, tels auront finalement été les préludes de son plongeon dans l'apprentissage, cause actuelle de sa fatigue physique et intellectuelle.

Egrenons. Les leçons d'activité physiques, dispensées par Severus, usaient pas mal de son énergie. Harry appréciait les combats au corps à corps mais pas du tout, mais alors pas du tout les 'parcours'. Sauter du muret dans un cercle tracé au sol - qu'il manquait, ou qui le faisait se tordre de façon assez comique pour finalement atterrir sur les genoux ou sur les fesses sur le sol dur de la cour intérieure - attraper une balle au vol - et parfois durant le saut, pensez donc ! - viser un tronc d'arbre à dix mètres et le bombarder de cailloux - et autre joyeusetés de ce genre. Qui lui prenaient trois jours entiers de son temps chaque semaine. L'Héritier n'en voyait pas l'utilité et, n'y disposant pas des mêmes dons qu'en magie, en éprouvait assez de contrariété.

En parallèle, le jeune garçon s'occupait d'améliorer son Impérium, deux après-midi par semaine, sous les directives de Lucius. Ce n'était pas évident, mais nettement plus fructueux que ses leçons d'activité physique. Harry avançait lentement, mais sûrement.

Et enfin, les matins correspondants aux après-midi qu'il passait avec Lucius, Harry buvait les paroles du Seigneur des Ténèbres qui semblaient toujours empreintes de la sagesse même, et surtout, d'un savoir rare, fabuleux, qu'il lui fallait acquérir absolument. Même rien que pour se montrer digne de l'enseignement de Lord Voldemort. Et aussi parce qu'il ressortait toujours de ces leçons en se sentant plus intelligent !

Ah il y avait, également, les heures secrètes passées au laboratoire non pas à bidouiller des potions mais à apprendre laborieusement l'art de l'écriture. Harry aimait assez ces moments d'intimités partagés avec Severus, qui était, outre le Mage Noir lui-même, la personne pour laquelle il éprouvait le plus de respect.

Avec ça, ses moments de libertés se perdaient en gambades sous le soleil brûlant de Juillet, puis d'Août... puis Severus repartit pour Poudlard... Lucius fut moins présent, car enfin, Septembre impliquait aussi la rentrée des ministères... il ne resta plus qu'Harry et Voldemort au centre de la vie du château d'Albanie, nouvelle que bizarrement, bien plus que les années précédentes, Harry accueillit avec sérénité. Le lien était reparu. D'où ?

...Harry s'en moquait. Le Seigneur des Ténèbres et son héritier n'avaient jamais étés aussi proches, et l'un comme l'autre (même si l'un eût préféré ne pas l'admettre), se fichaient éperdument de tout le reste.

HP-LV-HP-LV

-Hello ! chantonna Harry en passant timidement la tête par la porte.

Voldemort leva rapidement les yeux de son immense journal, le regard amusé. Il y avait des regards qu'Harry connaissait comme ceux des 'mauvaises humeurs', à la suite desquels il ne valait mieux pas venir faire le malin.

La Gazette du Sorcier. Ahah ! Si la lecture de cet impossible quotidien à la botte du ministère mettait le Seigneur des Ténèbres de bonne humeur, les nouvelles devaient vraiment être très mauvaises pour le monde Dumbledorien ! Harry sauta joyeusement sur le canapé de cuir, aux côtés de l'homme en noir.

NOUS AUSSI, NOUS AVONS NOTRE GUERRE MONDIALE, titrait obscurément le journal.

-Ça veut dire quoi ?
-Que le Ministre commence à prendre ses références chez les moldus. Que c'est la décadence.
-C'est quoi la décadence.

Voldemort referma vaguement le quotidien sur ses genoux et répondit avec le sourire des grands jours :

-L'acheminement vers la ruine.

Harry sourit, se leva et se planta au milieu des appartements de Sa Majesté.

-Accio gazette, dit-il en tendant la main (sans baguette, donc).

Le journal obéit aussitôt et le Seigneur des Ténèbres haussa les sourcils, admiratif.

-Bravo.

Ce qui équivalait aux applaudissements d'une foule en délire dans le langage Voldemorien, aussi Harry salua poliment. Puis le jeune garçon déclama, avec autant de grandiloquence politicienne dont peut être capable un gamin de huit ans, le deuxième article majeur du journal. Qui se trouvait être une superbe déclaration d'un dénommé Gilderoy Lockhart comme quoi il existait encore des gens pour faire peur à Vous-Savez-Qui, la preuve : son quartier à lui, Gilderoy Lockhart (Ordre de Merlin 3ème classe et cinq fois lauréat du prix du sourire le plus charmeur décerné par les lectrices de sorcière-hebdo), n'avait jamais été attaqué par les mangemorts, et lui ne croyait pas au hasard : son interprétation était la suivante : Voldemort avait peur de lui ! L'article se terminait sur le soulagement général des gens du quartier, et sur le bref discours du maire de la ville, assurant que Lockhart était l'homme de la situation.

Mort de rire, Harry ne put finir sa lecture. Il était sur le point de se pisser dessus tellement il riait.

-Comment - tu dis - déjà ? articula-t-il entre deux hoquets. DE-CA-DEN-CE !

Puis il repartit dans sa crise de rire.

-Respire, suggéra Lord Voldemort.
-Mhuihihihihihi !

L'homme ne pouvait pas s'empêcher de sourire. Son jeune héritier reprit progressivement contenance en expirant profondément, les mains sur les hanches.

-Et tu le connais, cet homme ? Il te dit quelque chose ?

Le Seigneur des Ténèbres répondit en un haussement général (de sourcils et d'épaules) dubitatif.

-Je ne crois pas.

C'en fut trop pour Harry, qui s'écroula sur le tapis.

HP-LV-HP-LV

Mi-septembre apporta une excellente nouvelle à l'Héritier de Voldemort, une nouvelle qui devrait changer sa vie et qui se présenta sous la forme d'une petite boîte rectangulaire jetée sur le dessus de son lit au réveil d'un mauvais jour. Harry se frotta les yeux et fronça les sourcils, se saisissant du petit paquet.

La boîte contenait une paire de lunettes de vue.

Harry fit glisser l'objet de son étui. Une monture noire, deux petits verres ronds, et, détail incroyable, une représentation de la marque des Ténèbres sur chaque branche. Harry voulu sourire mais se sentait trop soufflé. Peut-être... peut-être que poser ce truc sur son nez allait le faire voir autrement. ...Bizarre idée tout de même ! Harry retourna la monture, la caressa sous tous les angles. Puis il chaussa ces lunettes, parce qu'hein, c'était bien le but.

Wow.

Sincèrement, si Harry avait su avant qu'il avait toujours vu si mal !... La différence était étourdissante.
Harry retira ses lunettes. Les remit.
Ne les quitta plus.

HP-LV-HP-LV

Dès lors, les cours de sport de l'Héritier se passèrent beaucoup mieux. Si bien qu'au grand soulagement de tout le monde, ils devinrent vite inutiles et furent oubliés. Harry put se concentrer sur ses cours de magie sans baguette. Il y obtenait des résultats très irréguliers, à son grand désarrois. Voldemort de son côté, admirait, avec toute la réserve du monde - c'est à dire qu'il eût été totalement impossible à quiconque de le percer à jour - les formidables capacités du petit et sa perception intuitive toujours juste des phénomènes magiques. L'enfant avait compris, dès les premiers cours, que la magie sans baguette avait cela de difficile qu'il fallait pour l'utiliser libérer un flux d'énergie pharamineux qui ne se libérait que lors d'émotions dévastatrices.
D'où le voyage de Bok à travers le mur, à Godric's Hollow.
D'où la délicieuse séance de torture du jeune Bartemius, qui le fuyait comme la peste depuis Juillet.

Le Seigneur des Ténèbres avait lui-même cette perception exceptionnelle de la magie. Les rares personnes douées à différents degrés de cette qualité gagnait un temps considérable dans le moindre apprentissage et par suite, savait souvent beaucoup plus de choses que leurs contemporains. Citons, au hasard, un certain Albus Dumbledore... Non, surtout, que l'on oublie ce vieux bouc ! Le Lord Noir voulait se concentrer sur l'éducation d'Harry.

Ainsi, Lord Voldemort n'en attendait pas moins de son jeune Héritier. Mais, profitant un instant des derniers rayons du soleil du jour jouant entre les lourds piliers du couloir extérieur avant de se rencogner dans l'ombre fraîche du château, il admit en lui même que même au vue de ses capacités (largement développées par l'instruction qu'il avait reçu très tôt, et l'environnement constamment pulsant de magie de son enfance), Harry faisait des étincelles. Son Imperium serait d'ici peu aussi impeccable que son Doloris. Et si tous deux conservait le rythme, le petit commencerait à maîtriser la magie sans baguette pas plus tard qu'au début de l'hiver. Marchant à pas mesurés sur le dallage de pierre, jetant de temps à autre un œil distrait aux bas reliefs de serpents qui pullulait dans tout le château, le Seigneur des Ténèbres se mit à réfléchir à un cadeau pour Harry. Une récompense, en quelque sorte. Qu'est-ce qui pourrait bien faire plaisir à son Héritier ?

HP-LV-HP-LV

Harry décida de présenter Piano n°2 au Dark Lord. Celui-ci en fut légèrement étonné (kof kof) mais ne se mit pas en colère, le jeune garçon poursuivit donc la présentation (c'était un Petrof, pas du piano de seconde zone, héhé), notant au passage d'un ton guilleret qu'ils pourraient jouer ensemble quand ils en auraient envie. Si cela n'avait été trop enfantin pour sa stature de seigneur noir, Lord Voldemort aurait levé les yeux au ciel.

-D'où sort-il ? demanda calmement l'homme en noir.
-Hmm, fit Harry en grimpant sur le confortable tabouret. Je l'ai volé.
-Oh ?

Honnêtement, Voldemort en doutait. Mais se sentant de disposition apaisée, il passa outre. Il alla s'asseoir sur le tabouret du vieux piano, et écouta son protégé égrener les premières notes d'une nouvelle mélodie. C'était une ballade. Très douce, très fluide, magnifique... Voldemort se demanda soudainement si Harry n'avait pas d'avantage la fibre musicale que celle du mage noir. Puis cette question idiote disparut aussi vite qu'elle lui était venue, laissant place à la plénitude qui envahissait la pièce tel un brouillard écossais un mois de mars. C'était vraiment très joli. Le mage noir s'accouda à la corniche du Bechstein et retourna à ses pensées.
La ballade ralentit. S'arrêta.

-...Il n'y a pas de paroles ?
-Pas encore, répondit Harry.

Il y eut un silence. Harry joua des percus sur ses genoux puis demanda tout à trac, presque timidement :

-Est-ce que tu saurais...est-ce que tu connais la manière de poser la musique sur du papier ?
-...Tu parles des partitions ?

Lord Voldemort haussa un sourcil.

-Ehh... à Londres... commença le garçon.

Harry baissa les yeux. L'évocation de son séjour à Londres était toujours pour lui une humiliation.

-A Londres j'ai vu des choses, chez le marchand.

Il désigna du menton le Petrof.

-Plein de papiers qui allaient avec le piano, j'en suis sûr. J'aimerais savoir utiliser ça, si c'est possible...

Le Seigneur des Ténèbres fixa son jeune héritier, puis sourit imperceptiblement.

-Très bien.

Harry sourit maladroitement, incertain quant à l'attitude à adopter. Il mourrait d'envie d'en savoir pluuus... Finalement il détourna les yeux, et reposa les doigts sur les touches du piano.

-Et, dit-il sans bouger, est-ce qu'on a des livres pour apprendre ? Ici.
-Très bien, répéta le Lord Noir.

Harry lâcha les touches. Non, vraiment, « Très bien » ne répondait pas à sa question.

-Ah, dit-il.

Il tenta de jouer une ancienne mélodie, l'une des premières. Cela faisait, oui...un peu comme ceci...mince...Harry se heurtait à un cruel trou de mémoire. Il hésita quelques instants, promenant son pouce et son majeur droits sur plusieurs touches sans retrouver le thème d'origine.

Voldemort, les yeux fermés, voyait dans tous ses détails défiler la scène : le garçon sur ses genoux, ses mains ridiculement petites libérant habilement les quelques notes d'un air joyeux, très joyeux, avec de délicieuses paroles à propos de tueries dans le sang. Le petit avait quatre ou cinq ans à l'époque, cela ne faisait que quelques mois qu'il avait découvert le piano... La mélodie revenait parfaitement au mage noir, tandis qu'il entendait son héritier buter sur le début du premier couplet. Il déplia sa longue silhouette et s'avança vers Harry. Debout derrière le garçon, il effleura deux touches, une autre, puis encore les deux même.

L'enfant, qui s'était figé, repartit au quart de tour :

-Ouiiiiiiii, c'est ça !

Il commença à jouer avec entrain.

-Tu t'en souvenais ? demanda-t-il alors que les paroles du refrain lui échappaient.

Voldemort n'avait pas envie de répondre. Lui, il se souvenait des paroles. Mais n'avait pas non plus envie de chanter. Pas du tout. Sssssalazard Ssserpentard n'était ni pianiste ni chanteuse de cabaret.
D'un autre côté le Seigneur des Ténèbres était allé bien plus loin sur la voie qu'avait ouverte son illustre ancêtre ; lui avait agi et ne s'était pas contenter de bouder les trois autres fondateurs : lui était devenu un mage noir dont la puissance lui permettait de mener à bien la mission d'épuration commencée longtemps auparavant. Lui n'était pas loin d'être immortel. Alors au diable les conventions, n'avait-il pas le droit de chanter ?

Mais ses pensées l'avaient amené à un autre sujet de préoccupation.

-Harry, où en es-tu avec le Fourchelang ?
-Comme-ci comme-ça. Pas de difficulté particulière...
-...Ce n'est absolument pas normal.
-C-comment ça ?

L'aîné eut un tic de bouche agacé.

-Tu es le fils des Potter...

Harry trouva qu'un petit vent glacé assez désagréable venait de pénétrer son antre. Le vent caressa ses épaules. Il frissonna, mal à l'aise.

-J'avais oublié, murmura-t-il sombrement, le regard vide.

HP-LV-HP-LV

-Qu'est-ce que c'est... ? interrogea l'Héritier en inspectant suspicieusement, avec une discrète grimace de dégoût, le liquide laiteux qui coulait de sa cuillère à soupe.

En face de lui Lord Voldemort leva son regard incandescent.

-Soupe.

Et replongea dans son rouleau de parchemin, les traits tirés. Harry avait haussé des sourcils dubitatifs et regardait avec encore plus de méfiance le contenu de son assiette. Soupe de quoi, exactement ? Il repoussa son assiette en reniflant.

-Ce plat est méphitique.

Nouveau vocabulaire. Une idée fameuse de Severus. Le Lord irait bien se défouler sur le Maître des potions, après le dîner, tiens...

-Quand est-ce qu'Art revient de vacances ? demanda pour la troisième fois de la journée - ben oui, c'était le troisième repas...- le jeune garçon, se préoccupant douloureusement du sort du jeune cuisinier.

Le Seigneur des Ténèbres détestait être dérangé. Il détestait encore plus être dérangé lorsqu'il lisait quelque chose qui le mettait de mauvaise humeur, et encore encore plus lorsqu'il était à table. Pour conclure le raisonnement implacable qui mènerait Harry à sa première vraie punition, le Seigneur des Ténèbres détestait qu'on lui posât plusieurs fois la même question, et inutile de préciser que le sort de l'impudent s'aggravait si, en plus, Il y avait une première fois répondu. Mais Harry, trop conscient de son statut privilégié, ne sut profiter du grincement de dents du Lord Noir qui, magnanime, lui accordait une dernière occasion de se la fermer et de manger en silence son immonde plat avant de filer la queue entre les jambes étudier dans sa chambre. Le garçon de huit ans et demi ne sut pas interpréter, continua de bouder ostensiblement son assiette, et décréta :

-J'ai faim.

Au paroxysme de l'exaspération, Lord Voldemort trancha froidement :

-Mange cette soupe.

Harry, heureux soit-il, connaissait suffisamment le caractère du Maître des lieux pour déceler dans cet ordre...un ordre. Mais porter à sa bouche ce liquide infâme était au-dessus de ses forces. Et il se sentait d'humeur intransigeante.

-Je ne n'avalerai pas ça ; c'est immangeable.
-Avale. Cette. Soupe.

Lord Voldemort s'était redressé en même temps qu'Harry se recroquevillait. Le jeune garçon serra les mâchoires. Il ne voulait pas manger ce truc.

-Je ne veux pas man...
-OBEIS !

Le Seigneur des Ténèbres avait jeté sa lecture. Il ne laisserait pas ce gamin de huit ans porter préjudice à son autorité - indiscutable. Le petit ne devait pas oublier sa place. Le petit devait lui obéir. En toute circonstances. Maintenant.

Harry n'avait pas bougé, bien qu'un infime tremblement ait secoué son corps frêle sous l'injonction de Voldemort. Il serrait les dents. Il n'avait pas envie de manger cette soupe. Il jeta un regard noir à son aîné. Un regard de défi.

Dans les iris émeraude du gosse l'on pouvait presque lire en capitales lombardes : Je refuse.

...Soit.
En quelques dixièmes de secondes le Dark Lord avait saisit par le col son Héritier catastrophé mais résolu, avait transplané jusqu'aux sous-sols et l'avait lâché sèchement dans un grand coffre. Un coffre comme il y en avait des myriades dans les sous-sols du château. Un coffre où Avery avait il y a longtemps de ça enfermé les quelques épouvantards du domaine.

Avant de sombrer dans la terreur Harry entendit le timbre glacial faire claquer inéluctablement sa sentence :

-Il y a une notion que tu te dois d'appréhender, Harry. Tu sortiras quand tu l'auras saisie... tout à l'heure.

HP-LV-HP-LV

Ce fut une violente piqûre de rappel.

Etait-ce la faute de Dumbledore ? Le vieux sorcier avait-il malgré les apparences, influencé le garçon brun, à force de considérations méprisantes à propos de Lord Voldemort ? C'était fort possible. Etait-ce simplement la faute du temps ? Le fait qu'Harry grandît pouvait-il, dans une moindre mesure, avoir fait oublier à l'Héritier son devoir d'obéissance ? C'était probable.
Quoi qu'il en pût être, le Seigneur des Ténèbres espérait que son héritier sortirait de cette punition à nouveau en possession de l'indispensable notion qui, pendant toutes ses années, avait permis leur entente mutuelle, et avait depuis si longtemps permis à l'organisation mangemoresque de prospérer.

Ceux qui n'obéissent pas subissent Son courroux.

Au présent de vérité générale.

Ce n'était que justice.

Ce n'était que justice, ce n'était que justice, ce n'était que justice.
Tremblotant, noyé dans les draps sombres de son immense lit à baldaquin, derrière ses paupières à demi ouvertes sur des iris embués, Harry trouvait cela normal.
Il avait simplement poussé, un petit peu trop loin, pour tester les limites de son statut de privilégié. Ce qu'il admettait honteusement en utilisant pour lui-même les termes de « limites de Voldemort ».

Harry ne voulait plus jamais ça, plus jamais. Comment décrire l'angoisse, le rouleau compresseur qui lui avait écrasé le cœur dans ce coffre ? Les yeux rouges...

Epuisé au dernier degré, Harry s'endormit rapidement. Les sursauts de sa respiration faisaient des remous dans l'étendue des couvertures de son lit.

HP-LV-HP-LV

Le lendemain, Harry chaussa ses lunettes et descendit directement au laboratoire. Il n'y trouva pas Severus, aussi ne s'autorisa-t-il qu'à piocher dans les réserves les moins difficiles à remplir, et s'installa au plan de travail principal, après avoir grimpé sur une vieille caisse afin de se trouver à la hauteur adéquate.
Il passa la matinée à concocter une potion dont il appréciait énormément les effluves. Il en avait oublié le nom mais pas le parfum ni la composition.
A l'heure du déjeuner le jeune héritier rangea sagement ses ustensiles et se lava les mains avec applications. Il retourna dans sa chambre et jeta un coup d'œil à l'immense miroir en pied. Harry redressa quelques plis de sa robe avec un sérieux monstrueux, et se peigna du mieux qu'il put. Il insista avec patience sur ses épis les plus rebelles et finit, légèrement excédé, par utiliser un sort de magie noire pour les aplatir. Le résultat fut plutôt comique. Etant donné que ses mèches frontales devinrent aussi lisse qu'un rideau d'eau, le contraste avec le reste de ses cheveux était frappant et il avait tout à fait l'air d'un fou. Il fit une moue évoquant un peu le désespoir et abaissa son capuchon pour cacher le tableau.

Quand Harry entra dans la salle de réception, le Lord Noir leva les yeux du rapport que lui avait rédigé Nott, et salua l'entrée de son héritier d'un signe de tête. Celui-ci répondit de même et s'assit à sa place, en face du mage noir. Il constata alors dans un frôlement d'arrêt cardiaque que son assiette était remplie du même liquide que la veille. Impassible, le regard rivé sur Harry, Lord Voldemort rendit au mangemort son parchemin et le congédia prestement.
L'enfant s'était assis bien proprement sur le bord de son siège, le dos droit ne touchant pas le dossier, les mains sereinement posées sur ses genoux (1), comme un garçon de la haute, ou du moins bien éduqué, ce qu'il était. Puis, cillant une unique fois sous le regard flamboyant du maître des lieux, il saisit sa cuillère et porta une première gorgée de soupe à sa bouche.
Que le liquide eût été imbuvable était le cadet de ses soucis à présent. Obéissant à l'ordre de la veille, il vida son assiette ; et l'ambiance chargée du début du repas se libéra d'un côté comme de l'autre, dans une mesure différente, du poids de la culpabilité. Voldemort apprécia.

-Fais-tu des progrès en potions ?
-Ehh...hésita Harry, oui...
-Tu as passé beaucoup d'heures au laboratoire, avec Severus.

Harry s'arrêta de respirer.

-J'apprends à écrire, avoua-t-il dans un souffle.

Le visage de Voldemort resta de marbre. Il sembla un instant très étonné puis avec une expression incertaine extrêmement déstabilisante, décréta :

-C'est bien.

Harry rit confusément, rougissant légèrement.

-Tu...tu voudrais que je te montre ce que je fais ? bégaya-t-il en rougissant davantage.
-...Pourquoi pas.

Harry se sentit revivre. C'était bête, mais le soulagement était si énorme... Il en avala une deuxième assiette de soupe sans s'en rendre compte.

HP-LV-HP-LV

-Je lui ai dit, annonça Harry à Severus le week-end venu.

Il tentait de se contenir, mais la fierté toute enfantine du devoir accompli qui se lisait sur son visage, combinée à la joie de la réapparition insolite de Severus au château, lui chatouillaient le ventre et lui intimaient de sautiller dans tous les sens.

-Je lui ai dit, je lui ai dit, répéta-t-il en commençant effectivement à sautiller dans tous les sens.

Severus se passa une main sur les yeux d'un geste fatigué. Le Maître avait appelé son cercle de proches partisans pour une réunion. C'était suffisamment inhabituel pour que chacun d'eux se fasse du souci. En plus de cela, Severus avait dû en passer par la case Dumbledore pour se rendre au château d'Albanie, entretien tout le long duquel il avait douloureusement senti la brûlure de sa marque lui déchirer le bras. Et le vieux cinglé de directeur auquel il devait respect et obéissance envisageait lui aussi une réunion de l'Ordre à propos du 'cas Harry Potter', et donc d'un second enlèvement. Et avec ça, sa nouvelle classe de première année de Serpentard était d'une bêêêtise...affligeant... Le maître des potions se sentait donc (non pas las : la réunion n'avait pas encore eu lieu ; mais) nerveux. Même avec tout le recul du monde, une entrevue avec le plus grand mage noir de tous les temps, additionnée de l'inévitable rapport qu'il devrait rendre à Dumbledore (autre excellent légilimens) avait de quoi mettre les nerfs à rude épreuve.

Harry sentit que ce n'était pas le meilleur moment pour sautiller dans tous les sens. Il ralentit. Et doucement, dit :

-Ne vous en faîtes pas, c'est rien de grave.

Severus se tourna vers lui comme si on lui eût annoncé la nomination d'Avery au poste de ministre de la magie. Les yeux écarquillés d'incrédulité devant l'absurdité d'une telle nouvelle.

-De quoi parles-tu ? se résolu-t-il à demander.
-La réunion. C'est rien de grave, l'informa le garçon avec un gentil sourire.
-Oh.
-Une ou deux petites attaques je pense, dit Harry, dont on sentait malgré son effort pour la minimiser, l'envie qui faisait vibrer sa voix. Et...je crois qu'il va envoyer des hommes dans des missions, assez loin...mais comme vous êtes à Poudlard... Et sinon, rien de grave. Il était de bonne humeur.

Les épaules du mangemort s'affaissèrent d'un imperceptible soulagement.

-Merci.

Il avança de quelques pas, s'appuya contre le petit muret et sortit de sa cape une cigarette.

-Incendio.

L'air était encore chaud en Albanie. L'on souffrait d'avantage des torpeurs de fin d'été que des averses à répétitions du début de l'automne en Angleterre. Harry était habitué à ce climat. Il s'assit sereinement sur le muret tandis qu'à ses côtés, Severus maudissait ses quatre épaisseurs de vêtements.

-C'est comment, l'Angleterre ? demanda-t-il. A part Londres.

L'homme haussa les épaules.

-Plus peuplé que l'Albanie.

Harry soupira.

-C'est bien ce que je pensais, répondit-il d'un ton sérieux. Il n'y a rien à voir, ici.

Severus fit un drôle de bruit, derrière sa cigarette. Il ne se ferait jamais à l'intelligence de ce gamin. Huit ans. Et ses répliques incroyables...

-Tu te rappelles, tu m'avais dit que tu voulais voir la mer...
-Oui, dit le garçon. Mais je suis sûr que j'irai un jour.
-Eh bien, l'Angleterre est une île.

Salazard mais quelle phrase conne, songea le mangemort en se massant les tempes.

-Pourquoi dis-tu qu'il n'y a rien à voir ici ? demanda-t-il gravement.
-Ben...hésita le gosse qui semblait un peu regretter de l'avoir dit, je le vois bien, dans les livres...y a plein de choses...

Il posa son menton dans sa main et son coude sur son genoux.

-Vous êtes allé à l'école ? interrogea-t-il le regard perdu dans l'étendue sèche au-delà du muret.
-Oui.
-C'était bien ?

Severus avait beaucoup souffert pendant sa scolarité à Poudlard. La faute en incombait, ô hasard monstrueux, au père biologique du gamin assis à ses côtés, à trois de ses abrutis de copains, et globalement, à l'ensemble de ses 'camarades' de classe de Serpentard. Mais ces années avaient tout de même été plus...heureuses...que celles passées avec ses parents. Quand à ses années de mangemort...on ne pouvait pas qualifier d'épanouissement total une vie de partisan du Seigneur des Ténèbres, mais il s'en était trouvé satisfait. Ses années d'école, dans tout ça ? Comme la totalité de sa vie, en somme. Bof...

Il haussa les épaules. C'était largement insuffisant à la curiosité d'Harry mais à ce moment arriva en trottinant un petit homme chauve qui couina à Severus que la réunion allait commencer.

Harry s'allongea sur le muret et ferma les yeux, les rayons du soleil venant caresser ses paupières, sans l'agressivité de ceux du mois d'Août. C'était relaxant.

HP-LV-HP-LV

-Maître, tenta de comprendre en s'inclinant une nouvelle fois le vieux Nott, passant une langue nerveuse sur ses lèvres. Nous devons trouver et enlever cet homme...sans le tuer ?
-Oui, siffla le Seigneur des Ténèbres qui abhorrait la seule idée de se répéter.

Nott, et son compagnon de déroute qui s'avérait être Avery, à sa gauche, s'inclinèrent respectueusement et le premier demanda encore, d'un ton d'où coulait une humilité infinie :

-Dans quel cachot devrons-nous l'enfermer... ?

La question avait le mérite d'être laconique au possible et d'exprimer à la fois la question du lieu de détention, et celles des tortures à infliger et du but recherché par ces tortures, qui en déroulaient directement. Aussi la réponse du Dark Lord transforma-t-elle ses deux serviteurs en statues de sel. Perplexité profonde se lisait sur leurs fronts.

-Vous l'installerez avec autant de civilité que possible dans les appartements du dernier étage.

Perplexité profonde, nous avons dit ? Ahurissement d'amplitude intersidérale se rapprocherait plus de la vérité... Lucius, quelques pas derrière, fit vaguement le rapprochement avec l'arrivée de l'Héritier au château, alors qu'il n'était qu'un marmot...durant tout le temps où il n'était rien de plus qu'Harry Potter, et que sa présence dans le repaire de Lord Voldemort troublait beaucoup tous les occupants des lieux...

-Bella, Bartemius, appela le Seigneur Noir. Je vous charge d'infiltrer l'école d'Insan Greek (2). Vous me ferez votre rapport les premiers jours de Décembre.

Bellatrix, qui s'était dressée de toute sa noblesse, s'inclina légèrement avec un petit sourire et dit « Bien, Maître ». L'attitude de Croupton fut quasi identique, à cela près que son regard était illuminé d'une admiration démentielle. Aucun d'eux ne savait qui était Insan Greek ni où était son école mais ils présageaient tous deux que leur Maître envisageait d'y envoyer Monseigneur, ce qui était une excellente nouvelle.

-Lucius, compte tenu de tes rares heures de travail au ministère, tu trouveras certainement le temps de rassembler des informations sur l'école d'Insan.

Lucius hocha la tête.

Severus ne voyait pas bien son rôle dans toute cette affaire. D'ailleurs, son poste à Poudlard lui interdisait quasi toutes les missions, donc...

-Et nous avons quelques attaques de prévues, sembla conclure son maître. Les deux premières pendant les vacances de la Toussaint, la troisième quelques temps après. Je vous préviendrai en temps et en heure.

...Ce qui signifiait, cinq minutes avant l'attaque en question. Severus sourit pour lui-même, avant de se rappeler avec un douloureux soupir fatigué son rôle d'agent double. Les traits soucieux, il attendit que Voldemort les congédiât tous, et resta pour quémander son attention.

-Oui, Severus ?
-Que dois-je apprendre à l'Ordre ?

Le Seigneur des Ténèbres ferma les paupières. Il était vrai que si Severus ne l'avertissait d'aucune de ces attaques, Dumbledore douterait de la fidélité du mangemort. D'un autre côté, aucun intérêt de lancer des attaques si l'Ordre était là à chaque fois pour les contrer.

-Peut-être... avança Severus, pouvons-nous les avertir des deux premières attaques ?

Voldemort le transperça de son regard incandescent.

-Dumbledore ne pourra pas nécessairement rassembler ses amis à ce moment là, s'expliqua le mangemort ...Sans compter qu'il intervient personnellement assez rarement...
-Il y a de grandes chances qu'il avertisse le ministère.

Ce qui voulait proprement dire : aucun obstacle pour cette fois là. Le temps que le ministère réagisse, ou même accepte le fait que Dumbledore soit au courant d'une attaque de mangemorts, les serviteurs des Ténèbres aurait depuis un moment achevé leur visite de courtoisie. On pouvait cependant supposer pour la deuxième attaque que les Aurors seraient plus prompts à réagir, il faudrait donc être sur ses gardes. Quant à la troisième attaque...

-Tu n'es pas au courant de la troisième attaque.
-Bien, Maître.
-Ah, et... à propos de ce nouveau vocabulaire, laissa insidieusement glisser le Seigneur des Ténèbres.

Le mangemort fronça les sourcils. Nouveau vocabulaire... ? Ah...il avait effectivement instauré une nouvelle règle à Harry : apprendre dix nouveaux mots par semaine...c'était assez amusant d'entendre un gamin de huit ans se défendre de psittacisme...

Le Lord Noir avait lentement levé sa baguette. Cela faisait beaucoup trop longtemps qu'il ne s'était délecté d'un Doloris sur le corps de Severus Snape.

-Dorénavant, tu me demanderas l'autorisation avant de faire appliquer tes brillantes idées.

Le maître des potions eut tout juste le temps de serrer les mâchoires avant que la baguette de son maître ne lance son terrible sortilège.

HP-LV-HP-LV

-Une nouvelle baguette ?

Lord Voldemort releva le menton de sa paume.

-Tu vas à Londres aujourd'hui, avec Lucius.
-A Londres ?

L'enfant paraissait à présent totalement paniqué.

-Il y a peu de chances que tu fasses de mauvaises rencontres en semaine. Et tu seras sous l'apparence du fils de Lucius.
-Oh. Ah. Il a un fils ?
-A l'évidence.

Le garçon vint s'asseoir sur l'accoudoir du trône.

-Elle n'est pas bien, celle-là ?

Il faisait tourner sa fidèle baguette entre ses doigts. Il jeta un regard en biais à son aîné.

-Elle n'est plus assez intéressante, répondit celui-ci d'un ton détaché. Il te faut une baguette pour adulte.

Harry sourit en coin.

-Comme la tienne ?
-Mais certainement.
-Hé hé.
-Tu auras tout intérêt à me montrer que cet achat n'est pas inutile.

Harry leva les yeux au ciel, et se mordit les lèvres.

-T'es un peu rabat-joie des fois.

Le Seigneur des Ténèbres fit mine de regarder ailleurs.

-Hier, commença le garçon, j'ai jeté un sort de torture sans baguette !
-Ce n'est pas possible, répondit froidement le mage noir.
-Je sais, je sais, expliqua Harry d'un ton apaisant, ce n'était pas un Doloris. Simplement un petit sort de torture.

Il avait tout de même l'air parfaitement content de lui. Le Dark Lord ne répondit rien mais signifia d'un regard qu'il appréciait le progrès. Il restèrent un moment dans le silence. Harry savait qu'il arrivait à Voldemort de rester immobile sur son trône pendant des heures, et n'osait imaginer toutes les idées et considérations géniales qui pouvait traverser son esprit à ces moments là. Lui-même appréciait le silence. Il fallait dire, le château était la plupart du temps relativement silencieux. Mais au bout d'un certain temps, comme toujours, il se mit à chanter. L'hymne mangemort. Lord Voldemort claqua la langue, exaspéré.

-Tu n'as rien d'autre à chanter ?

Harry réfléchit.

-Mais j'aime bien cette chanson, dit-il avec un charmant sourire.
-Il y en a d'autres, siffla le Lord
-Chante-m'en une alors, le taquina son Héritier.
-Tsss...

Harry fit une moue déçue.

Chacun repartit dans ses pensées. Celles du jeune garçon portèrent sur Londres.
Godric's Hollow. Ou plus précisément, sur ce que cet endroit avait de différent avec le château d'Albanie.

Au nom de quelle idée les occupants de l'ancienne maison des Potter se croyaient-ils meilleurs que ceux du repaire de Voldemort ?
Harry décida d'égrener, objectivement, les différences.
...

Les deux camps avaient un chef auquel ils devaient le respect. Lord Voldemort ; Albus Dumbledore.

Quoique l'Ordre du Phœnix tentât de dissimuler la vraie nature de ses actions sous une bonne couche de principes démocratiques, humains etc, les deux camps tuaient et kidnappaient.

Les deux camps oeuvraient pour gagner une guerre. Les deux camps avaient des alliés.

Non, songea Harry, qui sentait qu'il ne cherchait pas de la bonne manière, la vraie différence était plus...plus dans...dans le relationnel...comment dire... ? L'ambiance...
Harry aimait bien l'ambiance du château. Au quartier général de l'Ordre il y avait selon lui un capharnaüm insoutenable, et trop de couleurs. Et cette manie qu'avait chacun de sauter au cou de tout le monde, physiquement ou symboliquement...cela faisait mal aux yeux.
L'ambiance, donc, mais plus précisément, cette relation particulière qui unissait deux êtres... Molly et Ron... Bill et Tonks... les jumeaux... Remus et la vieille dame, Macquelquechose... Arthur et Charlie... Dumbledore et Maugrey... Tonks et Kinglsey... Ron et sa petite sœur... le type à la moustache et l'autre type au chapeau bizarre... les deux Aurors qui ne se séparaient jamais... les gens, sur les photos... ses parents, les Potter... Dumbledore et un autre monsieur barbu à l'air très très vieux... cette vieille farfelue et ses chats... Bill et Charlie... Molly et Arthur... Dumbledore et Macbidule... Maugrey et un certain Slughorn... Tous, tous, ils avaient quelqu'un. Bien sûr, Harry aurait pu faire quelques analogies parmi les mangemorts... Nott et Avery, par exemple... mais c'était peu, c'était vraiment peu. Même Bellatrix et Rodolphus, dont le jeune garçon avait depuis peu compris qu'ils étaient « un couple », et par la même occasion réellement appris la signification de cette expression, même eux...non, d'ailleurs, ils s'insupportaient mutuellement.
Alors, songea Harry en plissant les yeux, sentant sans trop y croire qu'il touchait du doigt le principal, alors c'était ça, l'idée sur laquelle l'on pouvait se baser pour choisir son camp ?
Pourtant, Harry était certain que le camp de Voldemort était le meilleur, oh oui, sur tous les plans, et il s'agissait là de toute façon d'une vérité établie et intemporelle.

-Est-ce que je peux venir sur tes genoux ? demanda-t-il après un moment.

Le Seigneur des Ténèbres tourna un visage à demi-méfiant à demi-interrogatif vers son héritier. Celui-ci avait l'air tout à fait naturel, et regardait le vague. Peut-être son front était-il barré d'un pli soucieux...le mage noir n'avait pas le bon angle de vue ; en tout cas, ce n'était pas une blague. Il ne répondit pas.

Soulagé par le silence de son aîné, et conforté dans son idée, Harry se glissa sur les genoux de Voldemort. Le trône était tellement grand que lui aurait pu y dormir, roulé en boule, sans qu'aucun de ses membres ne dépasse du siège. Il s'appuya contre la poitrine de Voldemort.

Pour le mage noir, ce fut très violent. Il eût, comme sept ans auparavant, l'impression d'exploser, tant ce qui lui servait de cœur se mit à cogner fort.

Pour Harry, ce fut au contraire très doux. Il chuchota « Ça faisait longtemps que je n'étais pas monté sur tes genoux ». Et en lui, le garçon condamnait l'Ordre, Dumbledore, Ron et toutes leurs stupides théories, parce qu'elles ne valaient pas mieux que celles de Lord Voldemort, et parce qu'ici il était en sécurité. Et il se sentit tellement soulagé qu'il s'endormit.

HP-LV-HP-LV

Polynectar.

-Monseigneur, il faut y aller.
-Attends, je veux me voir !

Lucius vit courir son fils, auquel il venait de donner du Monseigneur (hautement perturbant), vers la chambre de l'Héritier. Il entendit le rire cristallin du gosse qui observait son reflet dans le miroir, et vit le nez de celui-ci repasser par la porte.

-Ton fils est drôlement pâlichon.

Lucius grommela pour lui même que sa seigneurie l'Héritier n'était pas tellement bronzée non plus. Un immense sourire collé à aux lèvres de Draco Malfoy, Harry rejoignit le mangemort blond et lui dit :

-Je suis prêt.
-Bien. Nous devons quitter l'enceinte pour transplaner, veuillez me suivre.

Ils marchèrent en silence jusqu'à la frontière de protections magiques du domaine, Lucius prit la main de son jeune maître, et ils disparurent.

Lucius se sentait rarement nerveux. Là, il était nerveux. Se balader dans une rue bondée et avoir à charge la sécurité de l'Héritier du Seigneur des Ténèbres lui faisait presser le pas. Qu'on en finisse au plus vite. Il n'osait s'imaginer la sentence qu'il encourait, si jamais il arrivait quoi que ce soit à Harry. Il frémit.

Ollivander's

Fermé.

La bonne blague. Lucius se passa la main dans les cheveux. Harry venait de lire le panneau.

-Qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-il

S'il rentrait au château sa mission inaccomplie, le mangemort savait que la grande instance ne lui réserverait pas bon accueil. Il jeta un regard glacial au panneau de la porte vitrée, et toqua.
L'homme et le garçon attendirent en silence ce qui leur parut une éternité, avant que des bruits de pas se fissent entendre dans la boutique. Ollivander apparut derrière la porte et reconnaissant Malfoy, plissa les yeux. Son regard descendit jusqu'à Harry, et celui-ci s'efforça de donner le plus pur des éclats innocents aux petites pupilles grises de Draco Malfoy. Ils se regardèrent tous un moment à travers la vitre, puis finalement, au ralenti, Mr. Ollivander tira le loquet de la porte, fit un mouvement de baguette, et leur ouvrit, les invitant aussitôt à entrer.

-Cas exceptionnel ? demanda le vieil homme en jetant par en-dessous un regard à Lucius.

Il était debout derrière son bureau, et l'homme blond en fasse de lui, de l'autre côté du bureau. Harry souffla pour exprimer son ennui. Sans baguette, il attira une chaise à lui, s'assit et croisa bras et jambes d'un air impérieux. Il était volontairement très démonstratif, car très pressé d'acquérir sa nouvelle baguette, et non moins pressé de quitter Londres.

-Oh, fit Olivanders. Monsieur Potter. On vous dit mort, ajouta-t-il avec un sourire.

Harry ouvrit la bouche sous le choc, et dans sa poche, la main de Lucius se serra sur sa baguette.

En vérité, monsieur Ollivander reconnaissait chaque personne à son aura magique. Rien d'étonnant dès lors, à ce qu'une telle démonstration de magie lui apprenne l'identité de ce jeune garçon.

-Je viens chercher une nouvelle baguette, annonça Harry qui s'était repris, toujours sous les traits du fils Malfoy.
-Bien sûr, murmura le vieux magasinier en se caressant les poils du menton. Pourrais-je voir votre ancienne baguette ?

Harry la sortit des plis de sa robe. Ollivander l'examina brièvement, et partit fouiller dans ses rayonnages. Les bruits stoppèrent cependant rapidement et le vendeur reparut, semblant perdu dans ses pensées.

-Des affinités ? demanda-t-il aimablement à son jeune client.
-Potions, sortilèges. Magie Noire.
-Bien, bien.

Ce type n'était pas rassurant. Avec cet air totalement à côté de la plaque...pourtant chacune de ses phrases était d'une justesse... Pas rassurant, décida l'Héritier du Seigneur des Ténèbres. Pas net.

Ollivander-le-type-pas-net revint quelques minutes plus tard, quatre boîtes dans les mains. Harry s'approcha.

-Bois de séquoia, ventricule de Magyar à pointes, vingt-cinq centimètres. Excellente baguette pour les arts sombres.

Harry la saisit, et donna un petit coup de poignet. Il crut d'abord qu'il ne se passait rien, mais lorsqu'il tendit le bras pour reposer le bout de bois sur le bureau, sa main fut secouée par une fugace mais vive sensation de brûlure, et la baguette tomba en poussière. Passé la surprise générale, le garçon pouffa, tandis que son accompagnateur du jour laissait profiler un sourire mauvais. Ollivander semblait légèrement contrarié que sa baguette eût été annihilée.

-Bambou, crin de sombral et crin de licorne, vingt-deux centimètres. Très puissante. Ne faîtes pas de mouvements brusque s'il vous plaît.

Harry attrapa l'objet avec mille précautions, et fit une trèèès légère torsion du poignet. Il ne se passa rien. Il réitéra avec d'avantage de force, mais il ne se passait toujours rien. Ollivander haussa les épaules et récupéra son article. Il sembla réfléchir quelques instants, avant de repousser les deux boîtes qui restaient sur son bureau, et de repartir dans ses rayons.

Harry se tourna vers Lucius.

-C'est toujours comme ça ? demanda-t-il.
-Souvent.
-Ah.

Le vieil homme fouillait avec acharnement dans une rangée bien particulière de ses étagères.

-Comment ça s'est passé pour toi ? interrogea Harry avec un gentil sourire.

Lucius, hésitant, sortit sa baguette.

-Elle m'a trouvé du premier coup, dit-il.
-C'est chouette.

Ollivander revint avec deux nouvelles boîtes, et un air positivement réjoui.

-Hmm, essayez celle-ci d'abord.
-Okay.
-Bois d'ébène, plume de phœnix, trente centimètres ; assez capricieuse mais très bonne pour les potions, et instinctive pour les sortilèges.

Harry la saisit, et sut aussitôt que c'était la bonne. Une chaleur agréable se répandait de sa main vers sa poitrine, et il sentait sa magie en ébullition. Il traça dans l'air un petit tourbillon d'étincelles argentées, le visage béat.

-Je la prends !
-Sage décision, approuva le vendeur.

A côté, Lucius poussa discrètement un soupir de soulagement.

Ils payèrent les sept gallions. Pour la forme, Lucius menaça Ollivander (si jamais il lui était venu à l'esprit d'aller crier sur les toits qu'il venait de vendre une baguette à Harry Potter). Le vieil homme répondit d'un ton très professionnel qu'il se fichait de tout cela. Il jetait des regards perçants à Harry, qui finit par lui rendre une de ses regards polaires made-in-Albanie, ce qui eut évidemment l'effet escompté : l'homme se détourna en blanchissant, et leur désigna le chemin de la porte.

Resté seul à son bureau, Ollivander aurait bien aimé avertir Dumbledore. (Dumbledore : bois de hêtre, plume de phœnix et ventricule de dragon, trente-trois centimètres et demi, très souple, excellente pour la métamorphose et les sortilèges.) Mais pour avertir Albus, il lui eût fallut le prétexte de la plume de phœnix de Fumseck, qui lui restait malheureusement entre les mains. Ollivander sortit la baguette de son étui. Bel objet. Peut-être aurai-t-il dû la proposer avant l'autre, à son jeune client... Mais non, la baguette choisit son sorcier. Et celle qu'il venait de vendre correspondait le mieux possible à l'identité magique d'Harry Potter, mieux c'était certain, que celle qu'il tenait dans ses mains en ce moment-même.

HP-LV-HP-LV

Capricieuse. Harry expérimenta assez vite ce qu'Ollivander avait voulu dire par là. Alors qu'il tendait distraitement sa baguette vers la cigarette d'Avery, et qu'il murmurait « Incendio », l'effet de son sortilège fut très original.

Avery se souviendrait toute sa vie de s'être trouvé couvert d'une glycine envahissante, devant Nott et Pettigrow.

Mortifié (mort de rire), le garçon tenta de s'excuser. Cependant, l'anecdote lui apprit que sa baguette, s'il n'y mettait pas lui-même suffisamment de volonté, interprèterait comme bon lui semblerait les sortilèges lancés. Joie et allégresse en perspective.

HP-LV-HP-LV

Harry touillait sa maigrelette côte d'agneau (pas cuite) dans la graisse.
Les vacances d'Art s'éternisaient.

Jetant un œil à son vis-à-vis, il constata que Lord Voldemort semblait toujours plongé dans sa lecture. Aïe aïe aïe...

-Qu'est-ce que tu lis ?

Le Seigneur des Ténèbres lui accorda un regard flamboyant par dessus ses parchemins. Et un petit sourire.

-Des papiers pour ton école.
-Oh, je peux voir ? s'enhardit le garçon.
-Mange.

Harry piqua dans sa côte d'agneau avec hargne.

Fin du chapitre 7

(1) En Angleterre, comme tout se fait à l'envers, vous devez savoir que la politesse veut qu'on pose les mains sous la table, et non de chaque côté de l'assiette. Ne me demandez pas d'explication XD

(2) Insane, en anglais, veut dire 'fou' ou 'dément'. Et Greek, bah ça veut dire 'grec'. Vous comprendrez plus tard.

Je vous fais plein de bisous.

Lupiot :D