ALORS ! Je dois avouer qu'une ou deux reviews m'ont tuée de rire. Non mais vraiment, Voldemort, faire la cuisine ? (¤essuie une larme de rire¤) Et surtout, de la cuisine dégueulasse ? Comment osez-vous ? ...
L'absence du cuisinier Art' signifiait simplement qu'un mangemort inexpérimenté le remplaçait aux fourneaux. Et pas que Lord Voldemort endossait le tablier ! M'en remettrai pas...
Gras italique : fourchelang, comme d'habitude
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Petit, Chapitre 8
Il rejoignit le centre de la pièce avec un regard un peu fasciné pour le trône,
au pied duquel il s'assit sagement.
(Chapitre 2)
Octobre. Bientôt Halloween. Le calme précédant la tempête, au manoir.
C'est vide, songeait Harry. C'est très vide.
Gloubi avait disparu. Harry se posait l'existentielle question (perçant notre esprit chaque année aux premières grosses chaleurs ou aux premiers froids, c'est selon) : où passent les mouches et les lézards, l'hiver ?
-Ils hibernent, ces fainéants, lui répondit un portrait de Salazard Serpentard.
Harry le salua du chef et poursuivit son chemin en traînant des savates. Sa leçon de calcul était terminée, ses mollets le lançaient, Voldemort vagabondait quelque part dans l'hémisphère depuis neuf jours, Avery cuvait son vin et ne se montrait pas très causant, Severus enseignait à Poudlard, loin, loin, loin, Harry n'avais pas envie de lire, Lucius allait épuiser son élève infortuné sur des Impero de plus en plus puissants, Voldemort avait oublié de déverrouiller la Salle Monse, Bellatrix et Bartemius n'en finissaient pas d'inspecter sa future école, les attaques prévues pour dans peu de temps ne le compteraient même pas dans leurs rangs, Severus enseignait à Poudlard, loin, loin, loin, Voldemort vagabondait quelque part dans l'hémisphère depuis neuf jours, et ici, il n'y avait rien, rien, rien. A part quelques vilains messieurs qui prenait plaisir à l'assommer de cours compliqués.
Soupir.
-Au fait, Petit, le rappela Salazard Serpentard depuis son cadre. Le cuisinier est revenu.
-C'est vrai ? se retourna subitement Harry.
-Aaaaaart' !
Le maigrichon mangemort, venant à peine de déposer ses affaires dans ses quartiers, bascula sous l'assaut de son vénéré jeune maître, qui commença à le bourrer de coups de poings amicaux.
-Alors, mais où t'étais passé ?
-V...vacances.
-Elles étaient super longues ! Si tu savais ce que j'ai dû avaler ! Tu me refais pas ça, hein ?
Il était simplement joyeux d'avoir de la compagnie, et heureux que le cuistot soit de retour.
Or, Artus Simps, on ne lui avait jamais fait ça, de lui sauter dans les bras tout sourire en lui faisant promettre de ne pas repartir. A vrai dire, il se sentait si désolé d'avoir été nommé Chef cuisinier au sein d'une organisation d'assassins, lui qui avait placé tous ses maigres espoirs dans l'idée de se faire une place parmi les hommes de Vous-Savez-Qui (les postulants mangemorts le sont le plus souvent parce qu'il ne leur reste que ça ; et contrairement à l'idée répandue, les individus n'ont pas, chacun, la même capacité à exercer leur libre arbitre que leur voisin), il se sentait si amèrement déçu, donc, qu'il était sur le point, d'ici quelques jours, semaines, mois (qui sait) de commettre l'irréparable. En se livrant à Dumbledore, ou en se jetant à lui même l'Avada Kedavra, il n'avait pas encore songé aux détails.
Et voilà que ce môme lui faisait des papouilles en lui réclamant humblement un gâteau au chocolat. Découvrir que vous comptez un brin pour quelqu'un peut tout changer. Comprendre que vous êtes dans les petits papiers de l'Héritier peut changer un peu plus encore.
Harry applaudit lorsque Art' se dégagea de son emprise en rougissant pour se mettre aux fourneaux. Trois secondes plus tard, il exigea de participer, fit venir à lui un tabouret, grimpa dessus et remonta ses manches. Pour sûr, il allait s'amuser comme un petit fou. Art' lui fit passer un sachet de farine.
-Il faut en mettre 150 grammes, indiqua-t-il en ouvrant à peine les lèvres, désignant la balance.
-Dacc !
Poufff ! De la farine partout. Harry rigola, le sachet vide entre les mains. Le mangemort resta interdit un instant et, embarrassé, demanda à l'enfant combien en était tombé dans le conteneur de la balance.
-125 grammes, non, 127, non, 127 virgule 5 exactement, répondit Harry le nez sur les graduations.
-Bon, ça ira.
-Oui, de toute façon, on ne va pas le faire cuire, hein, je veux juste manger la pâte. Tu en voudras un peu ?
La vie est bien faite, quand même.
HP-Lv-HP-LV
-1232.
-En 1232, entama Harry après une profonde inspiration, l'Angleterre avait le plus grand roi qu'elle eût jamais porté : John Uskglass. Qu'on appelait le Roi Corbeau, ou le Roi Noir (1).
-Et d'où tirait-il sa grandeur ?
-De sa magie. Il est le seul être humain qui ait eu un lien si proche avec les fées ; le monarque du peuple des fées l'a initié à la magie de sa race alors que John Uskglass était enfant, lui donnant d'immenses pouvoirs. John Uskglass était humain mais il avait été enlevé par une fée quand il était tout petit. Pendant tout son règne, l'Angleterre a été le plus grand royaume du monde, pas par la taille mais par l'influence, la puissance...c'était grâce à la magie. Le Roi Corbeau a su concilier la magie du peuple des fées à la régence du peuple anglais, il a su rendre les uns indispensables aux autres. Les humains faisaient appel aux fées pour toutes sortes de magie, et apprirent même progressivement à utiliser seuls certaines sortes de magie touchant moins aux éléments naturels que celle des fées. Cette magie est à peu de choses près celle qu'on utilise aujourd'hui, bien qu'on en ait perdues de nombreuses subtilités. Les fées de leur côté, qui sont des individus à la moralité douteuse, conversent avec leurs compagnons aussi bien qu'avec leurs meubles, éprouvent un attrait tout particulier pour la beauté et bien peu pour l'intelligence...
-Tu t'égares...
-Euh...Je voulais juste dire que les fées, de leur côté, en fait, sont aussi devenues dépendantes des humains puisque quelque part quand après la disparition du Roi Corbeau elles ont cessé d'être invoquées, elles se sont ennuyées, et les derniers magiciens anglais à les avoir appelées ont du essuyer des mauvais tours, des farces...en plus elles ne voulaient plus repartir dans leur monde une fois qu'elle servaient un anglais. C'est pour ça qu'on a cessé de les invoquer, et que beaucoup de la magie s'est perdue progressivement.
-Je te rappelle que j'ai évoqué la date de 1232 Harry.
Voldemort était plus amusé que fâché.
-J'y viens, répondit Harry en louchant derrière ses lunettes, signe qu'il réfléchissait avec intensité pour ne pas perdre de vue la question tout en refusant de laisser de côté tout le reste.
Son tuteur l'observait avec attention.
-Donc. John Uskglass a régné plus de trois cents ans. Et c'est sous son règne qu'a ouvert Poudlard, l'école de magie aujourd'hui mondialement réputée qui se situe en pays gallois. Les quatre fondateurs de Poudlard étaient un sorcier, Salazard Serpentard, deux magiciennes, Helga Pouffsoufle et Rowena Serdaigle, et Godric Gryffondor qui n'était plus tout à fait magicien mais pas encore tout à fait sorcier. Ici c'est important d'expliquer la différence non ?
Voldemort hocha lentement la tête.
-Un magicien est euh...On appelle magicien presque tous les humains à prétentions magiques pendant le règne du Roi Corbeau. Les magiciens sont ceux qui utilisent toutes les sortes de magie connues des fées. Les sorciers à l'inverse sont ceux qui refusent ou sont dans l'incapacité de faire appel aux fées, et n'utilisent donc qu'une partie de la magie, la partie qu'ils peuvent maîtriser complètement, avec les pouvoirs qui sont à la portée des humains. Il existait des sorciers avant le règne de John Uskglass ; il en a existé après, mais pendant son règne, il n'y avait quasiment que des magiciens. Salazard Serpentard est l'un des très rares sorciers de cette époque, et Godric Gryffondor, qui a reçu son instruction magique d'un magicien, a suivi la voie de Salazard par souci d'équilibrer la collaboration qui s'est établie entre eux et Rowena et Helga. C'est important de dire qu'à la création de l'Ecole, les maisons Pouffsoufle et Serdaigle étaient bien plus réputées que celles de Salazard et Godric. En effet la magie faisant appel aux fées permettait beaucoup plus de...de choses. Les fées pouvaient toucher profondément les éléments de la nature avec laquelle elles avaient une relation privilégiée. En comparaison, la magie des sorciers ne permettait pas grand-chose...déplacer des objets, créer des illusions, lancer des sorts...et encore, à l'époque, la magie sorcière pouvait se faire à beaucoup plus grande échelle qu'aujourd'hui. A l'époque, on pouvait déplacer des villes et des rivières, lancer des sorts qui faisaient parler les morts et les statues. Mais tout cela n'était que de la magie de bas-étage par rapport à la magie des fées, qui pouvait ressusciter des êtres, relier le monde des fées, le monde des humains et le monde des enfers par un enche...un enchev...enchevement, ench-
-Enchevêtrement ?
-Un en-che-vê-tre-ment de routes immenses, qui s'étendaient sur des milles et des milles dans l'entre-monde, et permettaient à des peuples entiers d'aller et venir.
-Tu te rappelles que je te parlais de 1232, n'est-ce pas.£
-...Oui, oui. Eeuuuh... Donc, Salazard et Godric, qui avaient une vision similaire des choses puisqu'ils se sont tous deux...orientés vers une magie de sorciers, alors qu'ils avaient largement les capacités de se lancer dans des carrières de magiciens, n'avaient pas la renommée qu'Helga et Rowena commençaient à...acquérir. Le règne de John Uskglass avait donné un élan formidable à la magie depuis un demi-siècle, et les magiciens étaient donc très à la mode, et n'avaient pas de mal à trouver de nouveaux disciples. Poudlard s'est ouvert dans un château comme il y en avait des tas partout à cette époque. En l'an Mille, l'Ecole comptait quarante-et-un élèves. Trois d'entre eux étaient des élèves de Godric Gryddonfor, deux de Salazard Serpentard, et Rowena et Helga enseignaient leur art à dix-neuf et dix-sept élèves. Ce qui montre à quel point la magie des sorciers était reléguée au second plan par rapport à la magie des magiciens ! Alors qu'aujourd'hui la magie des magiciens a totalement disparu et celle des sorciers s'est très grandement développée.
-Très grandement, c'est très moche, Harry.
-Je ne vois pas comment dire autrement.
-Grandement, cela suffit.
-Ah oui mais ça ne veut pas dire très grandement ! Je voulais dire ça.
-Tu peux dire « énormément » mais ce n'est pas très élégant. Tu peux dire « magistralement » mais c'est presque emphatique. Un discours parfait utilise des termes mesurés pour transmettre de grandes idées communément admises. Grandement, c'est bien.
Quand Voldemort parlait, Harry s'arrêtait de respirer. Il n'était pas toujours sûr de comprendre ce qu'On lui enseignait : le Lord ne cherchait pas à abêtir son discours comme le fait la plupart des gens s'adressant à un enfant. Harry adorait cela malgré cette approche brumeuse qui en résultait. Parfois il interprétait totalement de travers un mot qu'il ne connaissait pas. Ce jour-là par exemple, il rapprocha emphatique de méphitique, et crut donc que quelque chose d'emphatique puait et intoxiquait (on pourrait, quelque part, lui donner raison). Il comprit plus tard, et qu'importe. Ce qu'il saisit ce jour-là fut que très grandement était incorrect, que grandement suffisait quand il voulait dire très grandement, et que s'il voulait vraiment insister sur ce très, il pouvait utiliser énormément ou magistralement.
Il n'était pas toujours évident de reprendre la parole après Lord Voldemort, jamais même, et c'était bien sûr encore plus difficile pour un enfant de huit ans.
-La magie des sorciers s'est grandement développée alors que celle des magiciens a disparu, répéta-t-il.
-Tu tournes en rond.
-Non.
-Ssssi.
-...de quoi parlais-tu ? demanda Lord Voldemort à son élève. Te rappelles-tu seulement du sujet ?
-1232.
-Ecris-le.
Harry se concentra rapidement sur un sortilège d'attraction et fit venir à lui un parchemin. Le caractère capricieux de sa baguette était en cela particulier qu'elle se montrait rétive à obéir à Harry et saisissait l'occasion d'un petit manque de volonté dans l'énonciation du sortilège pour détourner son flux de magie. En d'autres termes si Harry ne se concentrait pas très spécialement sur le sort qu'il souhaitait obtenir au moment précis où il le prononçait, sa baguette agissait à sa guise, choisissant qu'Accio dictionnaire pouvait tout à fait signifier Evanesco chaussures, Protego ou encore Inflammare pupitre. Ce qui était apparu en premier lieu comme un désagrément se révéla, des avis de Severus et du Seigneur des Ténèbres, le meilleur des outils d'entraînement pour le jeune garçon. Quoi de mieux que la concentration en effet ?
Harry écrivit de sa calligraphie torturée.
-Il me semble que tu n'as pas écrit la date correctement.
Harry pinça les lèvres, tendu. Il lut 1232, et relut 1232.
-Est-ce que je dois l'écrire avec des lettres ?
-Salazard non, je te demande seulement d'écrire 1232 en un seul nombre, comme une date !
Harry commença à paniquer.
-Ce...ce n'est pas possible de l'écrire en une seule fois, en un seul coup, comme ça, entier ! Il y a plusieurs nombres dans 1232 !
L'enfant sentit l'énervement le gagner. Il tremblait. Lord Voldemort avait levé le ton, un ton dans lequel pointait, plus que l'agacement, une petite panique.
-Harry, écris sous la dictée. En chiffres. Un. Deux. Trois. Quatre...
-Mais, protesta l'élève, je sais !...
Il obéit cependant :
« 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; 9 ; 10 ; 11 ; 12 ; 13 ; 14 ; 15 ; 16 ; 107... »
-Harry, que fais-tu ? J'ai dit 17.
Le garçon leva sa plume, décontenancé. Il observa longuement son parchemin. Il trouvait cela injuste. Voldemort s'énervait contre lui alors qu'il faisait exactement ce qu'Il lui demandait.
-17, répéta son enseignant, 17 ! Pas dix PUIS sept, mais 17.
-17, lut Harry les yeux scotchés sur sa ligne de chiffres. 17.
-Tu es un menteur, tu n'as pas écrit ce nombre Harry, tu le sais n'est-ce pas ? Je déteste les menteurs. Regarde bien ce que tu as écrit et ne sois pas obstiné : écris le nombre 17.
Harry sentit le rouge lui monter aux joues et les larmes aux yeux.
-Mais j'ai écrit 17, dit-il d'une petite voix. Regarde.
Lord Voldemort prit une profonde inspiration. Il s'assit à côté de son héritier et fit glisser son long index blanc et osseux sur la feuille, pointant les deux derniers chiffres de la ligne.
-Que lis-tu ?
Harry venait de dire quatre fois qu'il y lisait 17. Sachant que ce n'était pas là la bonne réponse, il se tut.
-Que. Lis. Tu ?
Lord Voldemort avait horreur de se répéter, il en avait réellement horreur. Harry sentait les colonnes d'air du self-contrôle de Voldemort se remplir peu à peu. Si le Seigneur des Ténèbres posait une troisième fois sa question, il savait qu'il se retrouverait en très mauvaise posture.
-Que lis-tu ?
Le fourchelang n'avait jamais été et ne serait jamais une langue qui met à l'aise. Harry tremblait, se recroquevillait, Lord Voldemort à son côté, penché au-dessus de lui. En terme mangemoresque la « quatrième question » était le Doloris.
Harry dit : « Je lis 17 ».
Le Dark Lord se figea, ne sachant comment réagir. Deux minutes passèrent, ce qui est extrêmement long pour une personne suspendue entre le Doloris et le pardon. Finalement, Lord Voldemort retourna le parchemin et écrivit de sa superbe italique anglaise la date fatidique, 1232.
-Comment lis-tu ceci ?
Harry se racla la gorge.
-Mille deux cent trente-deux.
L'extrême bienveillance dont faisait preuve le Seigneur des Ténèbres eût laissé pantois n'importe quel membre de l'ordre du Phoenix, n'importe quel anglais en général et eût surtout poussé Albus Dumbledore à envisager l'existence du lapin géant de Pâques et de son bataillon de cloches comme véridique (il avait bien sûr déjà admit que le Père Noël...).
-Si tu affirmes, poursuivit Lord Voldemort, que cette date se lit « Mille deux cent trente-deux », peux-tu me dire pourquoi tu l'as d'abord écrite ainsi ?
Il désignait à présent la ligne sur laquelle Harry avait calligraphié 1000 2 100 30 2. Ce qui à l'oreille, donnait bien sûr « 1232 »...
Harry ne moufta pas. La vérité était qu'il savait bien qu'une même date ne pouvait pas s'écrire de deux manières différentes mais il se sentait bien incapable de déterminer laquelle de ces deux formes (1232 et 1000 2 100 30 2) était la meilleure. Pour lui, il n'était pas tout à fait certain que Lord Voldemort (malgré l'admiration qu'il lui vouait) eût raison sur ce point. Il décida de faire semblant de comprendre en attendant de pouvoir s'en remettre à Severus.
-Ah oui, dit-il, ah, oui, oui. Je me suis trompé, je suis désolé.
Il tenta de sourire. Ce sourire désarma le Seigneur des Ténèbres qui s'en tint là, et relança :
-Bon, les magiciens, les sorciers : où en étions-nous ?
-Ah oui, oui. 1232 est une date importante car le 1er Septembre 1232 compta pour la première fois autant d'inscrits dans les quatre maisons de Poudlard : une cinquantaine dans chaque maison. Ça ne montre pas le déclin des magiciens, car il y avait beaucoup beaucoup de postulants apprentis pour les maisons Poufsouffle et Serdaigle, mais ça montre la renommée croissante de l'art des sorciers. Les fondateurs étaient morts depuis longtemps déjà et euh...cette année-là c'est aussi une nouveauté importante à Poudlard : on accepte les enfants à partir de treize ans, alors qu'on enseignait jusqu'alors seulement à des gentlemen et ladies.
-...Tu as fini ?
-Oui, souffla Harry, pas tout à fait remis de ses émotions.
Lord Voldemort ouvrit le livre brun dans lequel il rassemblait toutes ses annotations sur les leçons d'Harry et ses progrès. Il fit tranquillement glisser sa plume sur le papier durant quelques minutes.
-Harry, dit-il, quand tu iras à l'école, tes résultats seront importants. Si tes résultats sont très bons, une faveur te seras accordée, c'est de cette manière que fonctionne l'école d'Insan Greek. Des examens ont lieu régulièrement. Si une faveur t'es accordée, je souhaite que tu demandes à revenir ici pour une semaine.
HP-LV-HP-LV
Harry était vexé comme un pou. On avait fait venir le précepteur de Draco Malfoy pour lui apprendre à lui, l'Héritier du Dark Lord, qui avait « des problèmes avec les chiffres », le calcul. On, c'est à dire Voldemort ! Monsieur le précepteur s'appelait Aleksandrov et ne parlait pas anglais. Il donnait un coup de bâton derrière les rotules quand Harry se trompait, debout devant le tableau noir sur lequel il lisait autrefois avec délice et attention les compositions de la Goutte Lunaire de Mandleskaïev et du Polynectar, et qu'il ne pouvait plus voir en peinture. Ce tableau était devenu son cauchemar. Il le poursuivait la nuit ; dans ses rêves Harry le faisait exploser en mille morceaux qui volaient jusque dans ses cheveux et murmuraient sur la plus grave octave du Petrov « La discalculie ça ne se guérit pas, ça ne guérit pas, guérit pas... ».
Un point positif était que Voldemort ne semblait accorder qu'une très faible importance à ses problèmes mathématiques. Il exhortait Harry à les résoudre tranquillement, et le plus tôt serait le mieux, mais ne le sermonnait pas ni ne le punissait de ses mauvais résultats.
Il se montrait en revanche très dur pour l'Imperium. Le moindre essai insatisfaisant signifiait trois tours de cadenas sur la porte de la salle des pianos (symboliques, bien sûr, quelques sorts cousins de l'Alohomora se montrant bien plus efficaces), salle que les mangemorts les plus haut-gradés avaient pris pour habitude d'appeler la salle Monse, (abréviation de Monseigneur) car on était à peu près certain d'y trouver le jeune maître s'il n'essuyait pas des coups de bâtons dans le petit labo.
Harry connaissait donc, aussi bien que les petits anglais deux mille kilomètres au Nord-Ouest du château d'Albanie, l'épuisement nerveux et intellectuel qui précède la Toussaint. Il s'énervait pour un rien, ce dont McNair fit les frais lorsqu'il vint lui annoncer de la part de Lucius que Draco bénéficiant d'une pause pour les vacances Aleksandrov serait tout à la disposition de Monseigneur : Harry frappa désespérément le mangemort à l'estomac. McNair, trop au courant qu'il était imprudent de riposter, se laissa faire ; Harry s'agaça davantage, tabassa le torse de l'homme jusqu'à ce qu'il tombe, lui donna encore un coup de pied dans le bras, un dernier dans l'épaule, et lui cracha dessus. Haletant mais soulagé, s'adossa contre une colonne. McNair, toujours à terre, bien conscient d'avoir servi de défouloir, attendit quelques secondes que la respiration du jeune Maître se calme.
-Je peux y aller ?
-Ouais, vas-t-en.
Il prit une profonde inspiration.
-Désolé de t'avoir craché dessus.
Effrayé par le fourchelang, l'homme en noir ne demanda pas son reste.
D'autres fois, Harry se sentait tellement agacé par tout qu'il jugeait d'avance éprouvant de se fâcher. Il n'avait même pas le courage de taper contre les murs. Cet état amorphe ne faisait que l'énerver encore plus, aussi, l'annonce que son anniversaire avait été décalé de huit mois le surprit agréablement.
HP-LV-HP-LV
-Harry, l'interpella le Lord Noir, viens t'asseoir.
Harry s'assit en tailleur sur son trône (qui, bien que deux fois moins grand que celui de son aîné, paraissait toujours, quand l'héritier y était installé, avoir été conçu pour un demi-géant).
-Je voudrais te soumettre une idée, reprit Voldemort.
-Mmh-mmh ? répondit Harry, guère certain d'avoir saisi ce qu'on attendait de lui.
-Ecoute simplement ce que j'ai à te dire.
Harry se prépara à être très attentif.
-D'après les rapports que m'envoient Bellatrix et Bartemius, l'Ecole d'Insan Greek correspond à peu près à l'idée que je m'en faisais. Elle me convient, j'ai donc demandé à mon ami Insan de réserver une place pour toi dans la promotion de Juillet.
Il fit une pause. Harry l'observa donner une petite décharge à sa baguette. Un service à thé, une boîte de cookies et une liasse de papiers apparurent. Le Mage Noir se saisit d'un cookie avec un froncement de sourcils, le retourna.
-Ce cuisinier t'apprécie beaucoup on dirait.
-Ahh ? fit Harry la bouche déjà pleine de gâteaux. Il chappelle Arkus Chimpch. Che crois qu'il aimerait bien parkichiper auj akkaques.
Voldemort hocha la tête, attrapa le paquet de parchemins et le tendit à Harry.
-Le règlement intérieur de ton école, et d'autres choses la concernant. Si je te dis que je me suis arrangé pour te réserver une place, c'est que je me suis heurté à un problème administratif lorsque j'ai souhaité t'inscrire.
-Ah bon ?
-C'est par rapport aux cases noms et prénoms, je...
-...je voudrais pas que tu mettes...Harry Potter, glissa Harry.
-Evidemment. Je n'en ai pas particulièrement envie non plus, répondit le Lord, profondément satisfait. Le fait est qu'il te faut un nom. Personnellement, il est hors de question que je te donne un jour du Lord ou du Seigneur quoi que ce soit...
Harry le regarda, considérant très sérieusement la question.
-Je trouve que Harry, c'est bien, dit-il timidement. J'aimerais bien garder Harry.
Ils se firent face silencieusement quelques secondes.
-Voldemort, est-ce que c'est ton vrai nom de famille ? demanda l'enfant, se posant pour la première fois la question.
Le Dark Lord, s'y étant préparé, ne se montra ni agressif ni sur la défensive, et livra le nom de son moldu de géniteur, expliquant à son Héritier qu'il le détestait, qu'il était donc impossible qu'Harry adoptât le patronyme de Riddle, qu'on n'allait pas non plus lui inventer de toute pièce un nom de famille, que la solution qui apparaissait alors était que le garçon se choisisse un titre destiné à devenir terrifiant, du genre 'Lord Voldemort', mais que puisqu'ils semblaient tous les deux de l'avis qu'après toutes ces années, 'Harry' était indéboulonnable, le problème restait entier.
-Cependant, pour ton inscription, nous avons certes besoin de ton nom civil mais les élèves sont autorisés à porter là-bas un nom d'études. C'est à dire que si ç'avait été moi, j'aurais été inscrit sous Tom Marvolo Riddle et me serais présenté comme Lord Voldemort, mon nom d'études.
Harry avait compris l'idée mais n'était pas plus avancé. Ce qu'il pensait, lui, c'est qu'il pourrait garder Harry tout seul, tout simple, sans nom de famille, sans fioriture ni rien, bien que cela ne fît pas sérieux.
Voldemort but une gorgée de thé.
-Ce n'est pas urgent, de toute façon. Nous avons le temps d'y réfléchir.
Harry avait soif mais n'osait pas tremper la langue dans sa tasse de peur de se brûler.
-Si tu es d'accord sur le principe d'une nouvelle identité, je te propose de changer la date de ton anniversaire.
Le garçon écarquilla les yeux.
-Ta véritable naissance a eu lieu le 31 Octobre 1982 -
-Le jour où tu es venu me chercher ?
-Nous fêterions tes neuf ans le 31. La semaine prochaine. Et, pour l'occasion, tu m'accompagn -
-Trop bien ! s'exclama Harry.
-Ton Imperium est devenu très bon, ajouta Lord Voldemort après un imperceptible sourire. Tu progresses dans tous les domaines magiques que je t'ai fait étudier.
Le Lord Noir de son côté, faisait également de sensibles progrès dans le domaine des rapports sociaux. Mettons, filiaux.
-J'ai prévu une récompense pour toi, à Noël, et si tu as envie de quelque chose pour ton anniversaire, fais-m'en part, je verrai ce que je peux faire.
HP-LV-HP-LV
Règlement Intérieur
1. Il est interdit de faire usage d'un sortilège de mort sur ses camarades ou sur les membres du personnel.
2. Il est interdit de maintenir un sortilège de torture sur une même personne au-delà de sept minutes.
Sept minutes, pensa Harry, le temps au-delà duquel la victime avait des chances de 'péter une durite' selon la joyeuse expression d'Avery. Ou de Nott. Nott ou Avery ? Avery, c'était plutôt du Avery.
3. Tout élève doit se présenter aux examens de fin de période et les obtenir avec des moyennes minimales, en Théorie de 50 et en Pratique de 300.
Etranger à toute sorte de notation, Harry fronça les sourcils.
Le non-respect du règlement intérieur entraînera des sanctions sur les tuteurs de l'élève responsable, et un renvoi définitif de celui-ci.
Ah ah ah ! Quel genre de sanctions pourrait-on bien infliger à Lord Voldemort, s'il vous plaît ? Harry secoua la tête en souriant.
Conseils relatifs
1. Si l'élève a déjà fréquenté une école officielle, qu'il oublie au plus vite son fonctionnement.
2. Si l'élève n'a jamais fréquenté d'école :
a. Il n'est jamais bon d'être seul
b. Il vaut mieux être seul que mal accompagné
c. Apprenez vos leçons ; faîtes vos exercices
3. Economisez votre énergie, un maximum.
Harry trouvait cette école plutôt simple, finalement. Les seules règles semblaient être de survivre, de ne tuer personne et d'avoir de bons résultats.
HP-LV-HP-LV
-Thé pour tout le monde ? entonna Molly Weasley.
-Tisane pour moi, fit savoir le Professeur Flitwick en levant un doigt.
-Café serré pour moi, commanda Minerva McGonagall.
-Vodka, grogna Maugrey.
-Je déclare ouverte cette réunion catastrophe de l'Ordre du Phœnix, annonça l'Auror Kingsley Shacklebot.
-Merci Kingsley, approuva Dumbledore. Un peu de calme, je vous prie !
On s'occupa de distribuer les boissons en silence.
-Severus Snape ici présent nous a, comme son rôle l'y prépose, transmis d'intéressantes informations.
Regards polis, méfiants ou hostiles dirigés vers la gauche de Monsieur le Directeur, place occupée par le maître des Potions, affichant selon son habitude un visage antipathique au possible.
-Nous avons pu vérifier il y a deux jours l'exactitude de ses prévisions.
Regards de haine de toute l'assemblée vers le mangemort, comme s'il était responsable des morts dus à l'attaque dont il les avait prévenus. Franchement. Evidement, ils avaient tous tellement tergiversé (se rendre sur les lieux au risque de se mettre un peu plus à dos les Aurors du ministère, et se faire arrêter comme des voyous ? Donner l'info au Ministre, au risque que sa mauvaise fois le guide à la surdité, et laisser des innocents se faire massacrer ?) que le mage noir et ses hommes n'avaient absolument pas été dérangés. Mais ça, comment Severus aurait pu le savoir ?
-Et Voldemort l'a mis au courant aujourd'hui d'une attaque dirigée sur Marly-sur-Chaudron, prévue ce soir à neuf heures, poursuivit le vieux sorcier. Je suis d'avis d'en avertir dès maintenant le ministère. Fudge sera sans doute assez sage pour tenir compte de son erreur d'il y a deux jours, et envoyer ses hommes à temps. Qui est d'accord ?
Toutes les mains se levèrent mollement. Le précédent ministre de la magie avait été destitué suite aux meurtres démonstratifs du mois de Juin. Malheureusement son remplaçant ne se montrait pas davantage sensé. Moins excité, certes, mais tout aussi pusillanime et orgueilleux.
HP-LV-HP-LV
Quand on eut laissé mourir les délibérations sans fin à propos de l'état des relations entre l'ordre et le Ministère. Quand on eut vidé les trois théières et les boîtes de biscuits. Quand on eut épuisé tous les sujets d'insatisfaction, et les dernières blagues de poivrots. Quand les femmes puis les hommes eurent vidé les lieux et retrouvé la tiédeur de leurs chaumières. Quand finalement, il ne resta plus qu'Albus, Minerva, Maugrey et Remus.
Le directeur, d'un geste, nettoya par magie la table de réunion couverte de miettes.
-J'aimerais que nous parlions enfin un peu d'Harry, dit-il tout de go.
-Je vous l'aurais réclamé si vous ne l'aviez pas mis sur le tapis aujourd'hui.
Le vieux sorcier fixa Remus, avec dans le regard les prémices de la lassitude.
-J'aurais également à vous parler de Sirius.
Lunard de son petit nom, l'unique Maraudeur encore fréquentable par la bonne société anglaise, blêmit à l'évocation de son ancien camarade.
-Mais commençons par le Petit. Autant aller droit au but, comme l'a remarqué Alastor, cet enfant est très spécial. Remus, il serait peut-être préférable pour vous de mettre de côté l'idée qu'il est le fils de James et Lily. Pour nous tous d'ailleurs.
Remus baissa les yeux sur ses mains, pitoyable.
-Il semble qu'il été élevé par Voldemort comme s'il était son propre enfant, reprit Dumbledore.
-QUOI ?? cria la directrice adjointe, interloquée.
-Tout de même Albus je...je ne pense pas, protesta le loup-garou.
Le concerné attendit que son auditoire soit disposé à l'écouter et expliqua :
-Harry agit sur le modèle de Voldemort. Il est habillé comme un mangemort et bien qu'il n'ait pas de marque, tout porte à croire qu'il en est un. Ou du moins un mangemort à statut particulier, puisque je doute, avec son caractère, que Voldemort n'octroie pas un titre particulier à son fils.
-Ce n'est PAS son fils ! ne put s'empêcher de rugir Remus.
Puisqu'il n'y avait rien à répondre, les trois autres gardèrent le silence. Minerva posa une main réconfortante sur le bras de son voisin. Le jeune homme tremblait.
Dumbledore lui lança un regard désolé. Sans le dire, il était lui aussi très affecté par le destin de l'enfant de James et Lily. S'il avait cru, à une époque, en savoir plus long que ses compagnons à propos de ce destin, aujourd'hui il doutait.
-Nous devrons considérer cet état de fait dans nos plans futurs.
-C'est à dire ? s'enquit Minerva McGonagall.
-Les enlèvements, grogna Maugrey.
-Qu'est-ce qu'il y a, avec les enlèvements ? demanda Remus, le cœur au bord des lèvres. Si vous me répondez qu'on n'enlève pas un enfant à son père, je... je vous frappe.
Il regardait Dumbledore et s'en sentait parfaitement capable. De même qu'il se sentait capable de démolir la table d'un coup de poing.
-Remus, l'interrompit Albus d'une voix autoritaire, quoiqu'il advienne, Voldemort est notre ennemi, et Harry une victime. J'ai simplement ajouté au tableau aujourd'hui qu'Harry est une victime consentante.
-Saisi ? conclut Maugrey.
Remus hocha la tête en serrant les dents.
-Nous devons donc réfléchir ensemble aux conséquences de cette information, relança la directrice adjointe de Poudlard.
-Oui, oui, fit son supérieur d'un air légèrement fatigué. Un bonbon au citron ? Allez, vous allez me vexer...
Ils acceptèrent.
-Le fait est, reprit-il, qu'Harry a une vision déformée de la réalité. Il voit tout à travers l'œil de Voldemort.
-C'est à dire...hésita Remus, qu'il...méprise les moldus ? A huit ans ?
-Sans aucun doute.
-Qu'il...apprécie...de tuer ou torturer des innocents ? fit la seule femme du groupe, lèvres pincées, tentant de dissimuler l'horreur que faisait naître en elle de telles idées. Qu'il préfère la magie Noire à la Blanche ? Qu'il aime Vous-Savez-Qui ?
-Justement, étant donné sa vision déformée de la réalité, peut-être croit-il avoir ses préférences, la coupa Dumbledore. J'aimerais introduire Severus à nos réunions à propos d'Harry, dit-il encore.
Avant que Maugrey Fol'Œil ne puisse émettre sa fameuse interjection en grognement, il leva la main et reprit :
-Il m'a demandé de n'en rien dire. Voilà pourquoi vous n'étiez pas au courant. Mais je dois vous préciser que c'est la situation même de Harry qui l'a poussé à nous rejoindre. Il souhaite soustraire l'enfant à la coupe de Voldemort. C'est le vœu qu'il a formulé quand il est venu me parler, il y a à peu près un an.
-Snape...murmura Remus.
Moment de recueillement. De ces silences parfaits réservés aux pires enfoirés de la Terre, ou aux anges. Silence qu'il fallut interrompre avant qu'il ne devienne inconfortable, avant qu'on ait le temps de trop se questionner sur Severus Snape.
-Vous vouliez me parler de Sirius ? papillonna le loup-garou.
Le vénérable Albus Dumbledore suçota très dignement son bonbon.
-Oui. Je me demandais l'autre jour, pourquoi Voldemort ne l'avait pas fait évader en même temps que Bellatrix Lestrange. J'avais autre chose à penser à l'époque des faits, mais...
Pause dramatique.
-Je pense qu'il est innocent, dit-il, ses yeux bleus pétillants plongés dans ceux de Remus Lupin.
HP-LV-HP-LV
-Avada Ked...
-Pas de sortilèges de morts, Harry, je te l'ai déjà dit !
Harry fit la moue. Participer à une attaque mangemoresque avec l'interdiction de tuer impliquait de déployer des trésors d'inventivité. Après dix-huit sortilèges de torture en tous genres, quelques Stupéfix et un coup de pied, l'enfant se trouvait à court d'idées.
Un de Leurs hommes (lequel, l'enfant aurait été bien en peine de le dire, les corniauds portaient tous masques et capuches) apparut à ses côtés, s'inclina brièvement et chuchota prestement :
-Monseigneur, Aurors à douze heures !
Harry chercha Voldemort, qui venait de transplaner ailleurs, du regard, rabattit instinctivement son capuchon sur ses oreilles et pinça fébrilement sa boucle d'oreille d'argent.
-Repli, ordonna-t-il à... la cagoule, en attendant les directives de son aîné.
Le mangemort souleva sa manche et appuya sur le tatouage magique représentatif qui ornait son avant-bras. A une cicatrice, l'Héritier reconnut Marcus. Harry lui-même remonta en courant les petites rues du village suivi de son serviteur, baguette levée, à l'affût. Ils rejoignirent l'entrée du village où se regroupaient déjà les tueurs vêtus de noir, arrivant de tous côtés en transplanant. Harry fut rapidement entouré d'un cercle protecteur de partisans. Les lieutenants Severus, Lucius et Bellatrix étant absents, l'enfant hésita à se tourner vers le lieutenant Rodolphus qu'il ne connaissait pour ainsi dire pas, et héla finalement Avery :
-Qu'est-ce qu'on fait en attendant Voldemort ? lui chuchota-t-il.
-Par expérience, je dirais qu'on fonce dans le tas, lui répondit le vieil homme dont Harry devinait le sourire crasseux derrière son masque. Mais puisque tu...vous êtes là, euh, Monseigneur, il faut viser au plus prudent.
Avery n'avait toujours pas intégré le passage au vouvoiement, plus de quatre ans auparavant. Harry ne lui en tenait pas rigueur, il aimait beaucoup le vieux mangemort, et préférait d'ailleurs quand celui-ci l'appelait gaiement « Petit ! » que, bégayant, « Monseigneur ». Il dansa d'un pied sur l'autre.
-Combien d'Aurors en bas ? demanda-t-il à la ronde.
Trois mangemorts s'avancèrent sur la butte marquant la fin du village et le début de la campagne. Leurs mains en visière, ils distinguèrent dans la clarté tremblotante de début de soirée quelques silhouettes pourpres s'agitant : une, deux, trois...
-Cinq, Monseigneur, annoncèrent-ils en cœur.
Harry sentit une bouffée de jubilation lui emplir la poitrine.
-Mangemorts, amusez-vous ! A l'attaque !
Avant que tous les hommes ne transplanent, le garçon agrippa Marcus (ou celui qu'il croyait être Marcus) :
-Transplanage d'Escorte, intima-t-il. Et restez près de moi.
Or, c'était bien Marcus. Qui se savait extrêmement mauvais en transplanage d'escorte. Il proposa plutôt à Monseigneur de grimper sur son dos, et mit un genou à terre. Harry décontenancé, trouva que c'était une drôle d'idée, mais étant dévoré d'excitation à l'idée de la bataille (du carnage) qui allait suivre, accepta à contrecœur. Il dévala ainsi la grande rue, à cheval sur le dos d'un Serviteur des Ténèbres, riant aux éclats des soubresauts de sa monture. Harry n'avait pas du tout une vision déformée de la réalité. Il vivait une réalité différente.
HP-LV-HP-LV
-Voldemort ! appela Harry.
La réunion post-attaque (très courte comme toujours en cas de succès) avait pris fin sans qu'aucun mot pour lui ne soit prononcé. S'apprêtant à quitter la salle du trône, le mage noir se retourna, montrant un visage peu amène. Harry pila net.
-Je...voulais savoir si...l'attaque t'avait plue.
-Ne viens-je pas de féliciter mes troupes ?
Harry se sentit rougir.
-Si, convint-il
Lord Voldemort quitta la pièce.
Resté seul avec une boule dans la gorge, son Héritier se demanda s'il en attendait trop. Il venait bien de commander aux mangemorts lors d'une attaque pour la première fois, non ? Il se retourna, contemplant la gigantissime salle vide et son prolongement, le Hall. Harry faisait la très difficile expérience du bon élève habitué aux A et B, ramenant chez lui un A+ lui tenant particulièrement à cœur et se heurtant à la vague indifférence de ses parents.
Ou alors, il faisait connaissance avec la jalousie de Voldemort, contrarié de constater que sous les directives de son Héritier de neuf ans, Ses hommes avaient rondement mené leur action. Contrarié juste un brin puisque pour être honnête, si le moindre de ses mangemorts avait fait la fine bouche, il aurait écopé presto d'un mémorable Doloris.
Puissamment agacé, tout de même, le Dark Lord...
Méfiance, méfiance, méfiance...
...et un grand besoin de se passer les nerfs. Au fait, qu'est-ce que c'était que cette histoire de trimballer Harry comme un sac à patates au lieu de le faire dûment transplaner ?
Lord Voldemort s'arrêta sous une arcane. Retroussant ses lèvres quasi inexistantes sur un sourire de saurien, il releva élégamment la manche de sa robe et toucha délicatement sa marque de sa baguette.
-Marcusss, siffla-t-il.
Harry, l'air bougon, donna un coup de pied dépité au large trône de marbre sombre du Lord Noir.
HP-LV-HP-LV
-Padipadidoupi - pidadipadipadida - poudoudou - dadouda - poudoudou...
« Toc toc »
-Monseigneur...
Avery, bravement délégué par les plus trouillards de ses collègues, avait le teint bleu et les yeux bouffis. Il bailla.
-Excusez-moi Monseigneur mais, serait-il possible de...
-Doudoudouwa-douwa ! doudoudouwa-douwa !
-...que...on... ne vous entende plus ?
Nord de l'Albanie, 1er Novembre 1989, cinq heures. Un garçon tout nu joue du piano en chantant à tue-tête. Trois murs plus loin, un mage noir réveillé depuis un peu moins d'une heure (dès la première note en fait) hésite entre deux attitudes très contradictoires. Se lever tel une Alecto de la mythologie et abattre son courroux sur le fou qui crie, là présentement, et impunément. Ou bien considérer qu'il existe après tout de bien plus désagréables manières d'être réveillé que par un très bon morceau de piano, soupirer car il est cinq heures et sortir méditer sur le non-sens de la vie, comme doit le faire tout bon psychopathe au moins les deux tiers de son temps. Il sait bien sûr qu'il choisira la deuxième option mais se laisse l'illusion d'y réfléchir quelques minutes encore.
Avery ne connaît pas ce que le commun des mortels appelle l'inébranlable innocence des enfants. Il lui arrive par conséquent de se trouver dans une cruelle situation d'incompréhension face à son jeune maître.
Il ne comprend pas qu'on se lève si tôt pour jouer du piano. Il ne comprend déjà pas qu'on se lève si tôt. Il a souvent simplement du mal à comprendre pourquoi lui-même se lève le matin.
Il regarde le piano, il regarde Harry, il baille.
-Avery, cria Harry, j'aimerais un chocolat chaud ! Appelle Art' !
HP-LV-HP-LV
Harry grandissait. Pour tout le monde, c'était normal. Pour lui, le fait était tout neuf et l'avait frappé comme on se prend une porte. Il n'avait jamais, jamais réalisé que Lucius vivait en dehors du château avec une femme et que le garçon qui était son fils et qui s'appelait Draco (celui-là même dont il avait pris l'apparence pour aller acheter sa baguette), était également le fils de Narcissa Malfoy, ce qui signifiait que Lucius et sa femme étaient les parents de Draco, comme Mr. et Mrs Potter avaient été les siens. Il n'avait jamais réalisé non plus que les enfants étaient conçus, physiquement, par leurs parents. Le monde prenait une dimension nouvelle.
Cette découverte, inventée sans l'aide de personne, le rendit subitement beaucoup plus important à ses propres yeux ; et le plongea du même coup dans la résolution d'évènements non expliqués entourant sa petite enfance.
-Severus, pourquoi je suis ici ?
Severus, absorbé dans la lecture des instructions de préparation d'une potion très délicate, s'en releva l'air hagard, et crut que le gamin lui posait une question métaphysique.
-Ici, c'est à dire ? On est tous quelque part, c'est le hasard de la vie.
-Non, enfin oui d'accord mais (Harry ajouta une pincée de griffes de phoenix broyées à sa potion, fit délicatement tourner sa baguette au dessus du chaudron d'un geste très sérieux, les traits tendus par la concentration, et quand le mélange eut pris une teinte bleu ciel, se retourna vers Severus), je veux dire, pourquoi suis-je ici, pourquoi m'a-t-on pris de Godric's Hollow quand j'étais bébé ?
Ouhlà. Severus plongea son regard d'encre dans celui, émeraude, du fléau de son existence. Histoire de vérifier, par acquis de conscience, que le môme n'essayait pas simplement de le faire tourner en bourrique.
Il murmura, prudent :
-Le Maître t'a enlevé de chez les Potter. Nous avons ensuite découvert qu'il comptait faire de toi son héritier...
-...Mais, pourquoi est-il venu exprès pour moi ? Comment il savait que je serais le bon héritier ?
Severus leva les yeux au ciel, songeant avec amour à une bonne corde - pour se pendre. Puis opta pour la solution de facilité :
-Le Seigneur des Ténèbres sait ces choses là. Il est le plus puissant des sorciers, énonça-t-il d'un ton dogmatique.
Par bonheur, la réponse sembla satisfaire Harry, qui retourna à sa tambouille avec un sourire.
-Mais, pourquoi c'était moi ? demanda-t-il trente secondes plus tard, arrachant à nouveau son professeur à sa lecture.
Severus, l'œil torve :
-Quoi?
-Pourquoi c'était moi le bon et pas un autre?
-Le bon quoi ?
-Héritier ! Vous m'écoutez ou quoi ?
-Oui ! Je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi.
Harry eut l'air très déçu.
-Pourquoi ?
-Pourquoi quoi ?
-Pourquoi ne savez-vous pas ?
-Parce que personne ne sait ce qui fait les individus tels qu'ils sont.
Cette phrase rendit le garçon songeur.
-Dumbledore dit...
-Dumbledore dit pas mal de bêtises.
-Dumbledore dit que je suis comme je suis à cause de Lord Voldemort. Il dit aussi que...Lord Voldemort ne sait pas ressentir l'amour...à cause de son enfance.
Severus, malgré son opinion personnelle selon laquelle celle de Dumbledore était certes fondée mais simplette, en son fort intérieur défendit tout de même le vieux barbu contre ce résumé très abusif.
-Moi, je pense qu'il se trompe, conclut l'enfant. D'ailleurs si personne ne peut savoir pourquoi les gens sont ce qu'ils sont, lui non plus il peut pas. Il a tort, dit-il gravement. Il a tort.
HP-LV-HP-LV
-Alors ? Que penses-tu du règlement intérieur ? demanda Lord Voldemort un soir en posant sa fourchette.
Harry sourit derrière ses petits pois-carottes.
-Ils ne se perdent pas en blabla.
-N'est-ce pas. Insan a une manière très personnelle d'envisager l'enseignement, ajouta le Lord.
-Je pourrais avoir de la tarte ?
-Peter, transmets le message à Artus aux cuisines, indiqua le Mage Noir d'un geste négligeant. As-tu tout compris ?
-Hmm...non, se souvint le garçon en avalant sa bouchée, la troisième règle de l'école, c'était qu'on devait se présenter aux examens et avoir des points moyens, comme 300...ça je n'ai pas bien compris...
-Pas des 'points moyens' : des moyennes de points. Mais finis ton assiette, l'invita le Lord en se servant un verre de vin.
Harry s'exécuta, et voulu savoir s'il pouvait boire un peu de vin. Son aîné hésita puis lui servit un fond de ballon. Le garçon se força à trouver ça bon.
-Par rapports aux examens, expliqua le Lord en faisant danser le liquide rouge dans son verre, ce sont des exercices que les élèves doivent réussir devant leurs professeurs en fin de période. Je ne sais pas ce qu'Insan entend par là : toutes les semaines, peut-être. Tu recevras des points en fonction de ton degré de réussite. Le règlement t'interdit d'avoir une moyenne de moins de 50 points en Théorie et de moins de 300 en Pratique. Je n'en sais pas plus.
-Mais la 'moyenne', c'est quoi ?
-Excellente question pour ton professeur de calcul. C'est Lucius, qui parle russe, n'est-ce pas ? Il sera heureux de traduire tes interrogations à ce...Alexandrov ?
Il vida son verre avec un léger sourire. Harry se serait donné des baffes.
-Nous allons cesser de travailler l'Imperium, reprit Lord Voldemort. Globalement, nous allons faire une pause sur la magie avancée jusqu'à ton entrée à l'Ecole. Plus de cours de magie sans baguette. Tu continueras seulement le calcul et l'écriture, une fois par semaine. Tu disposeras ainsi de davantage de temps libre. Le laboratoire et la salle des pianos resteront ouverts.
L'enfant sourit, content.
-Tu sais que Lucius a un garçon de ton âge.
-...Oui.
Lord Voldemort ne poursuivit pas immédiatement. C'était l'une des choses qu'il aimait particulièrement chez ce gamin, il n'était pas comme les autres. Ce qu'il devait sans aucun doute au fait d'avoir été, jusqu'à présent, totalement isolé des autres enfants. Le Mage Noir avait longuement repoussé sa décision mais ne pouvait raisonnablement plus continuer : il serait indubitablement bénéfique à Harry de rencontrer d'autres garçons de son âge avant l'Ecole, en Juillet. Draco Malfoy ferait l'affaire, semblait-il. Theodore Nott également.
-J'ai prévu d'inviter Draco Malfoy à te tenir compagnie deux jours par semaine. Ainsi que Theodore Nott, probablement.
On verrait bien comment ça se passerait. Le Petit avait l'air de s'en foutre royalement. Il suivait avec des yeux avides la progression timide de Peter Pettigrow jusqu'à la table.
-Monseigneur, la tarte, poire ou mirabelle ?
-Mirabelle.
HP-LV-HP-LV
Severus se rendait compte que ces petits cours de Potions avec Harry lui avaient manqué.
-Racines de mandragore dans un philtre d'amour ?
-Oui.
-Non.
-Mais si, insista Harry. La goutte lunaire de Mandlevskaïev. Y a des racines de mandragore.
-La goutte lunaire de Mandlevskaïev...est un poison.
-Je comprends pas la différence avec un philtre d'amour.
-Tu te fous de ma gueule ? s'enquit Severus.
-Oui.
Harry évita en hurlant de rire les mains du mangemorts qui semblait avoir pour ambition immédiate de l'étrangler.
HP-LV-HP-LV
-Snape, l'incisa Bellatrix de sa diction grinçante, tout le monde te cherche. Tu as intérêt à être présent à la réunion, ce serait dommage que tu manques une occasion de montrer à quel point tu t'es rendu utile au Maître, dernièrement.
-Bien entendu, répondit-il suavement, je ne manquerai d'ailleurs pas de faire remarquer à quel point j'étais présent, contrairement à d'autres.
-D'autres ! J'étais en mission, je te signale !
-Certes, avec le fils Croupton, glissa l'homme.
-Et ? Et alors ? Qu'est-ce que tu veux dire ? cria la femme sur une tonalité anormalement aiguë.
-Deux mangemorts pour une même mission, cela ne s'est guère vu...on m'a rapporté que tu avais laissé ce pauvre, inexpérimenté Bartemius se défaire seul de votre travail...manquant ainsi une occasion de prouver ta dévotion au Seigneur des Ténèbres.
-COMMENT OSES-TU ? JE suis sa plus fidèle ! hurla Bellatrix.
Severus fit un sourire en coin. Bellatrix s'énervait vraiment pour un rien. Certaines choses ne changeraient jamais...
Fort heureusement, le bon Rodolphus passa par là et emporta sa fulminante épouse.
-Severus, l'appela le vieil Avery, je descends le sac de linge sale, tu as des choses à mettre ?
Le maître des potions poussa un soupir et fit signe que non.
-Severus il y a deux bouteilles de gin dans nos quartiers, tu seras aimable de ne pas y toucher.
-Bien sûr Lucius.
-Heu, l'accosta Crabbe, c'est par où la réunion ?
-Par là. Salazar, j'ai l'impression d'être dans un asile.
-Severus ?
Le susnommé se retourna et entrevit Harry, dans son bel habit de cérémonie, boudant derrière une colonne. Il l'interrogea du regard.
-Je n'ai pas le droit d'y aller, expliqua l'Héritier d'un air malheureux, désignant du menton la direction de la salle de réception, où se tenait la réunion.
Oh. Etrange. Severus fronça les sourcils.
-Tu t'es bien conduit, dernièrement ?
Harry hocha la tête :
-Comme un petit mangemort.
-Le Maître doit avoir de bonnes raisons, dans ce cas.
Harry grimaça puis hocha la tête en signe d'acceptation.
-Oh ! s'exclama-t-il comme on se rappelle soudainement de quelque chose. J'ai une question à te poser !
Harry courut jusqu'au grand escalier, s'assit sur la première marche et replaça ses mèches le temps d'organiser ses idées. Lentement, l'homme vint s'asseoir à ses côtés, puis se tourna vers son protégé, tout ouïe. Harry prit une grande inspiration.
-Où j'étais, avant d'être né ?
Severus éclata de rire, puis ébouriffa les cheveux du gamin. S'ensuivit une longue discussion. Un mangemort fut en retard à la réunion.
HP-LV-HP-LV
Harry grandissait, donc. Si chaque mangemort s'en préoccupait régulièrement, conscient qu'un deuxième Seigneur des Ténèbres pointait angéliquement son nez derrière ce gosse de neuf ans, trois personnes, elles, s'en inquiétaient grandement. (Pardon, quatre, car Remus Lupin si son rôle dans la guerre était minime, se rongeait les sangs encore davantage que les trois autres de savoir le fils de James et Lily entre les mains d'un psychopathe.)
Il y avait tout d'abord et en toute logique, Lord Voldemort, qui en ces périodes de fin d'année - c'était la Toussaint ; Noël approchait et pour la première fois depuis des siècles, il en avait quelque chose à faire - se posait, par ordre d'angoisse décroissant, les questions suivantes :
Petit un : Harry pouvait-il faire un bon Mage Noir dans la mesure où il n'avait aucun lien avec la lignée des Serpentards, et le fait qu'il parlât Fourchelang était-il un signe selon lequel le rôle lui était destiné, mais dans ce cas, ne pouvait-il pas craindre, Lui, que ce gamin protégé par Salazard ou il ne savait qui, lui vole un jour son trône ?
Petit deux : que Dumbledore avait-il dit à Harry à son propos, en Juin dernier ?
Petit trois : son cadeau plairait-il à Harry ?
Il y avait ensuite Albus Dumbledore, qui du haut de sa respectable centaine d'années, sentait devant le cas Harry Potter son expérience lui glisser entre les doigts en lui faisant la nique.
Premier problème et non le moindre : Harry était, au moins techniquement -matériellement - retenu dans le manoir d'Albanie de Voldemort. Bon.
Second problème : le caractère de Harry. Le garçon savait se montrer charmant, joueur, têtu, grognon comme tous les enfants ; et était par ailleurs capable de promettre les pires souffrances d'une voix déchirée pleine de fureur, jeter des regards polaires à nous en faire taire Maugrey Fol'œil - si ! Il l'avait fait - et couper des têtes sans en paraître affecté, actes typiquement... « Voldemoriens ». Il n'y avait aucun doute, le petit prenait modèle sur le Mage Noir. Le séjour d'Harry parmi eux, était loin d'avoir été vain. Aucun membre de la joyeuse équipée des Gryffondors rebelles ne savait à quoi il s'attendait, mais pas à ça. Cet enlèvement, s'il s'était avéré être un désastre partiel, aurait été indubitablement instructif.
Troisième problème : cette histoire de piano. Albus se sentait très seul sur le coup : personne ne le prenait au sérieux. D'abord, lui, il sentait, avec son pif admirable, que le piano tenait ou tiendrait une sacrée place dans la vie du petit, et on verrait bien qui avait raison, na.
Quatrième problème : les capacités magiques du gamin. A prendre en compte, à surveiller. Les enfants baignant dès leur plus jeune âge dans un environnement de magie noire, et surtout si on la leur faisait pratiquer, montraient par suite certaines...dispositions... Lui-même... ... ...
Et il y avait bien sûr Severus Snape, qui se demandait dans quel merdier il s'était fourré. (Entre autre.)
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Le manoir paraissait toujours étrangement vide à Noël. L'enfant s'y était habitué. Que ce fût une période que tous les mangemorts semblaient avoir à cœur de passer dans leur foyer, pourquoi pas. Il aimait bien, Noël - sans savoir exactement ce que ce mot représentait. Les fêtes de fin d'années avaient toujours été synonymes pour lui de moments d'intimité partagés avec Lord Voldemort, d'odeur de mandarine, du manoir pour lui tout seul, du son du piano se mêlant à la voix de Voldemort - puisque c'était l'un des moments de l'année où celui-ci passait le plus de temps dans la salle Monse à ses côtés - de longues glissades en chaussettes sur le dallage froid des corridors du manoir et sur celui, joie suprême, de la salle du trône.
Cette année, il recevait un cadeau.
Un cadeau assez spécial, avait prévenu Lord Voldemort.
Harry était dévoré de curiosité. Il se rendait à peine compte qu'il sautillait en grimpant les marches à la suite de son aîné. Ils se dirigeaient vers une région du château - manoir ou château, vous demandez-vous, à la fin ? L'une des particularités des lieux magiques est qu'ils changent de nature, de taille, d'organisation selon le gré de leur constructeur ou propriétaire - qu'Harry avait exploré quelques années auparavant sans trouver autre chose que des appartements désaffectés sans attraits. Les lieux semblaient connaître une seconde jeunesse. On n'irait pas jusqu'à dire que cela brillait, mais c'était habitable. Et précisément, c'était habité.
Arrivé au dernier étage, Voldemort s'arrêta devant la porte principale. Il se décala, laissant Harry faire face au panneau de bois.
-Mon cadeau est derrière cette porte ? demanda le garçon, brisant un silence troublant.
Lord Voldemort ne répondit pas, indécis. Il n'était plus si sûr de lui. Harry tendit une main vers la poignée, et il ressentit, pour la première fois depuis...le jour où Dumbledore était venu le chercher à l'orphelinat...ce détestable besoin de se justifier... Il arrêta le geste d'Harry, et se racla la gorge.
-Tu te rappelles...quand tu m'as dit que tu aimerais apprendre à lire des partitions ?
Harry, totalement perdu, répondit que oui, il se rappelait. Lord Voldemort le lâcha, et s'écarta. Guettant un geste d'encouragement de Sa part, l'enfant se décida finalement à tourner doucement la poignée et à pousser le battant, qui grinça sinistrement, et s'ouvrit sur une pièce confortablement meublée, avec un des chaises, une table, un canapé, des fauteuils et un minibar. Et un piano à queue, superbe. Et quelqu'un assis devant le piano à queue, habillé de pied en cape de vêtements moldus, portant une barbe brune. L'homme avait l'air minable, comique même, mais l'expression colérique de son visage empêcha le rire d'Harry de se prolonger.
-On va peut-être enfin me dire ce que je fais ici ?
Il avait semblé rassembler son courage pour se lever. Le Seigneur des ténèbres, soudainement, se sentit dans son élément. Il marcha jusqu'à l'homme, qui frémit à sa vue, leva sa baguette et siffla :
-Johnny Keith Rothman, plus connu sous le nom de JKR, le meilleur pianiste de votre génération à ce qu'il paraît.
Il déploya son bras, désignant son Héritier qui se tenait sur le seuil, emmitouflé dans ses robes noires, un léger sourire aux lèvres.
-Vous vivrez ici et serez le professeur de mon fils.
Le mot lui avait totalement échappé. La main qui tenait sa baguette trembla légèrement et JKR reçut une décharge d'étincelles rouges dans le cou.
-Aïe, arrêtez vos conneries ! C'est bon, c'est bon ! Vous...vous ne réclamez pas de rançon ?
-Je n'aime pas me répéter, apprenez-le. Vous vivrez ici et serez le professeur de mon fils.
Cette fois c'était délibéré. Délibéré.
Harry pleurait. Il souriait et il pleurait. Il essuya d'un revers de manche ses yeux mouillés, décidé à ne pas se laisser aller. Il ne pouvait rien dire, cependant. Il s'approcha de Lord Voldemort, l'étreignit brièvement et se détacha.
Le Mage Noir sortit.
-Je vous laisse faire connaissance.
Harry hocha la tête, toujours souriant, les yeux sur les touches noires et blanches du piano. Après s'être raclé la gorge, il s'adressa à son professeur, posant le doigt sur la clé de sol de la partition ouverte, sur le pupitre du piano :
-C'est quoi, ça ?
Fin du chapitre 8
(1) Toute la leçon de Harry, sur John Uskglass, le royaume des fées etc. est un clin d'oeil à l'univers créé par Susanna Clarke dans Jonathan Strange & Mr. Norell (un pavé historico-fantastique génial).
Voilà ! J'espère que vous êtes contents de ce chapitre :)
Si vous voulez des nouvelles de ma publication pour les semaines à venir, jetez un oeil sur mon profile, j'y ai édité un planning.
Une petite review me ferait plaisir.
Gros bisou.
Lupiot
