Disclaimer : (ça faisait longtemps que je n'en avais pas fait) J'emprunte à Joanne K. Rowling, Frank Conroy, Susanna Clarke, Elton John, Jonathan Stroud et plein d'autres personnes talentueuses, des éléments de leurs créations, que je mixe furieusement à ma sauce personnelle, et voilà ce que ça donne : Voldemort a un fiston qui s'appelle Harry, qui joue du piano et est fan des fées. Bien sûr, je me fais pas un rond avec mes bêtises.
Salut les gens ! 5 jours de retard sur mon planning.
Mais n'en parlons pas. Parlons plutôt...des vacances, tiens ! Vous savez, celles qui sont finies ?
Je suis profondément défaitiste aujourd'hui. Navrée.
Voici donc l'arrivée de Riry chez Insan Greek, et je me tais.
Petit, Chapitre 10
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-Dumbledore. Professeur. Je peux savoir ce que vous entendez par "une éducation catastrophique" ?
Vous voulez dire que mon filleul est...insolent ? Parce que si ce n'est que ça...
(Chapitre 17)
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30 Juin 1990.
Veille du 1er Juillet, donc.
Au dîner, Lord Voldemort fit ses dernières recommandations.
-Harry, tu maîtrises les Impardonnables presque à la perfection. Si tu cessais totalement de les utiliser pendant les deux, voire trois ans qui vont venir, c'est-à-dire, pendant que tes pouvoirs se développeront… Si tu étais capable de mettre ce petit bout de Magie Noire en sommeil pendant un temps… ces sorts seraient probablement beaucoup plus puissants lorsque tu les utiliserais à nouveau.
-Ah…
-Ce ne sera pas facile. Je t'ai déjà interdit l'Avada Kedavra. Tu risques de devoir te servir du Doloris et de l'Imperium ; essaie cependant de le faire le moins possible. C'est une expérience que je fais.
-OK, accepta Harry avec un hochement de tête.
Au dessert, Lord Voldemort reprit la parole. Le silence était troublé uniquement par le tintement des couverts.
-Harry…
-Oui ?
-Choisis bien tes amis…
-D'accord.
Le lendemain matin, ils se tinrent cois tous les deux. Harry trépignait. Le Seigneur des Ténèbres regardait au loin, n'importe où à vrai dire.
Il y avait à leurs côtés quatre autres futurs élèves et leurs accompagnateurs, attendant comme eux le Portoloin qui les transporteraient à l'entrée de l'Ecole. Tous étaient vêtus plutôt chiquement et plutôt de noir. Il y avait là un garçon d'environ trois ans de plus qu'Harry, mince et brun lui aussi, au regard noir ombré de longs cils se traînant paresseusement d'Harry à Voldemort puis de Voldemort à Harry. Son visage était très blanc, et l'Héritier nota ses lèvres gercées malgré la chaleur estivale. Elles s'ouvrirent sur un sourire acéré lorsque le garçon se sentit observé. Il mordit sa lèvre inférieure qui se mit à saigner, puis passa le bout de sa langue dessus, avec l'air de se régaler. Harry fit mine de ne plus s'intéresser à lui, en essayant de ne pas laisser voir qu'il pensait que ce gars avait une araignée au plafond. Les deux autres élèves, des filles, semblaient ne pas avoir plus de six ans. Les trois adultes quant à eux avaient l'air proprement terrorisés par Lord Voldemort, ce qui fit prodigieusement plaisir à Harry..
D'autres groupes enfant-tuteurs arrivèrent petit à petit. La plupart apparaissaient de nulle part à une cinquantaine de mètres du lieu de rendez-vous, faisaient dix pas puis s'arrêtaient, tétanisés par la présence de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom – qui, histoire que les choses soient bien claires, avait fait apparaître Sa Marque au-dessus de Son Héritier. Il riait froidement intérieurement.
Deux ou trois adultes s'approchèrent à une distance respectable pour venir s'incliner devant Lui. Il approuvait alors d'un imperceptible signe de tête et désignait Harry, devant lequel on s'inclinait une deuxième fois avant de s'écarter humblement. Harry sentait naître en lui le sentiment rassurant d'avoir un petit avantage par rapport à ses futurs camarades. Oh, tout petit.
Lorsque ce coin du Larzac français auparavant désert eut rassemblé environ cinq cent personnes, le soleil indiquait qu'il était neuf heures du matin. Chacun se pencha vers son fils, sa fille, son neveu, et lui dit quelques mots, avant de le quitter. Puis les futurs élèves commencèrent à s'assembler autour d'une immense bâche blanche, qu'un vieux sorcier vêtu de robes rouges dépliait magiquement. Sur le dos de l'homme, Harry vit un soleil.
-Les élèves pour l'Ecole d'Insan Greek, cria l'homme de sa voix magiquement amplifiée, dîtes au revoir, sortez votre pièce d'identité et faites une file devant moi. Vous me montrez votre pièce d'identité et je vous coche sur la liste. Quand je vous dis d'aller sur la bâche, vous y allez, et une fois que vous y êtes, vous repartez plus, compris ? Et si j'en vois un passer deux fois devant moi, je l'étripe ! Dépêchez-vous, on part dans une heure ! Les anciens aident les nouveaux, pour une fois ! Allez !
Harry sortit de sous ses robes le médaillon qui déclinait son identité. Sur une face, on pouvait observer la gravure grimaçante de la Marque des Ténèbres hideuse ou belle, fascinante en tout cas. Le serpent qui sortait de sa bouche s'enroulait tout autour du disque dans une variante menaçante de l'image bien connue. Dans le corps du serpent, on pouvait lire : LE PETIT LORD. Le côté pile du médaillon représentait, comme celui de tous les autres enfants ici présents, le même soleil que celui de la robe rouge du vieux sorcier qui leur criait dessus de sa voix amplifiée. Huit rayons partaient d'un cercle fin, dans lequel le nom d'INSAN GREEK était gravé. Les huit rayons étaient en fait des baguettes magiques, symbole de la communauté sorcière éclairant le monde de ses pouvoirs supérieurs. Harry trouvait l'idée sympa. Lord Voldemort se pencha vers lui et lui fit une dernière dernière recommandation.
-Ne te sers pas de ta boucle d'oreille.
Harry fit signe que non. Il allait rejoindre la file quand il sentit la poigne squelettique de son aîné le retenir encore un instant.
-Ecris-moi.
Harry se détourna précipitamment en se mordant les joues pour ne pas trahir son amusement. Une fois à sa place en queue de file, il jeta un regard au Seigneur des Ténèbres, et aurait voulu lui faire un signe…quelque chose d'intime… Il pinça alors sa boucle d'oreille d'argent. Voldemort ne pourrait pas lui en vouloir, il était évident que son Héritier n'était nullement menacé. C'était un au revoir. Le Dark Lord disparut. Harry put se laisser aller à sourire. C'est que, personne n'aurait pu comprendre mais lui, de savoir que les derniers mots de Lord Voldemort à son fils partant pour l'école étaient exactement les mêmes que ceux de tous les parents présents, à peu d'exceptions près, il trouvait ça drôle. Surtout au vu des regards passablement terrorisés qui leur avait été octroyés depuis une heure.
La voix amplifiée retentit, furieuse :
-Si votre pièce d'identité n'est pas en alphabet occidental, quittez la file, préparez un parchemin que je puisse lire, et formez une autre file à ma droite ! Là !
Harry se tenait derrière un jeune homme d'environ seize ans occupé à converser dans une langue latine avec son voisin de devant, pouffant de temps à autre. Il entendait de toutes parts des langues étrangères, mais surtout de l'anglais, comme il le comprit plus tard, parlé avec des accents étrangers, raison pour laquelle il ne reconnut d'abord pas sa langue maternelle. Il eut envie de s'asseoir sur la malle qu'il faisait magiquement flotter à ses côtés, mais ne sachant pas si cela se faisait, s'en abstint.
-Salut, dit une voix essoufflée derrière lui.
Harry se retourna lentement, incertain. La voix appartenait à un garçon d'à peu près son âge mais d'une constitution plus solide. Il avait un visage extrêmement banal, des cheveux châtain foncé, des yeux noisette, pas de marque distinctive ; Harry songea qu'il l'oublierait dès qu'il se serait retourné.
-La vache, j'ai failli être en retard, souffla-t-il encore.
Ses joues étaient roses d'avoir couru. Harry, ne sachant pas quoi répondre, haussa les épaules avec un petit sourire.
-Comment tu t'appelles ? lui demanda encore l'autre.
Harry le regarda fixement, l'air désolé.
-Ah, t'es pas français…bon alors... Sprechen zie Deutsch ?
Harry haussait les sourcils, sans oser se détourner. Pourquoi l'autre continuait-il de lui parler ? Il ne comprenait rien.
-Español ?Italiano ?Merde, je suis bête : Parles-tu anglais ?
Harry hocha la tête avec un sourire. Bien sûr qu'il parlait anglais. C'était même la seule langue qu'il parlait.
Il se rappela le premier conseil de Lord Voldemort – bien choisir ses amis – aussi commença-t-il par demander à l'autre son nom.
-Claude, répondit l'autre, soudainement très sérieux. Et c'est pas moi qui ai choisi mon prénom alors tu dis rien ou je t'éclate la tête
-D'accord, accepta le Fils des Ténèbres sans discuter. Claude comment ?
-…Claude Belasis. Mon nom d'études est Claude.
Harry resta bouche bée.
-Je connais ton nom !
-Parle-moins vite, supplia son camarade avec une grimace, je ne comprends rien !
-Désolé. Je connais ton nom ! Est-ce que tu es de la famille de Francis Belasis, le magicien ?
Claude lui fit un sourire surpris.
-Ouais. C'est la classe, hein ? Mais d'habitude, personne ne tilte. C'est vieux.
-Quand même ! Il est célèbre ! Thomas De Dundelle, Francis Belasis (1)…ce ne sont pas les plus connus mais quand même, insista Harry, épaté.
A priori, ce n'était pas mauvais, d'être ami avec l'Héritier de Belasis.
Une petite douzaine d'autres élèves essoufflés avaient rejoint la file. Claude, d'un air profondément contrarié, en désigna huit à Harry, un par un.
-Ce sont mes frères. Du plus grand au plus petit, tu vois, le plus grand avec les cheveux très courts et les bottes ? C'est Charles-Adolphe. Après y a Marc-Antoine, Pierre-Nicolas et Jean-Nicolas, Henri-Albin, Edouard-Anselme, Ralph-Eloi, et Ange-Gabriel. Et moi, conclut-il en se désignant avec un sourire fataliste, Claude.
-Ce sont tes frères ? s'étonna Harry.
-Ouais. Leur parle jamais. Ce sont tous des cons. Sauf Jean et Ange, eux tu peux leur parler, ils sont bien.
Harry ne savait déjà plus lesquels étaient Jean et Ange, ni même s'il avait effectivement entendu ces prénoms-là. Mais visiblement, Claude n'était pas le seul Belasis. Harry posa la seule question qui lui parut sensée sur le moment :
-Lequel d'entre vous est l'Héritier ?
Il se passa quelque chose de très étrange. Le regard que lui adressa son nouveau camarade en cet instant, empreint d'une maturité, d'une lassitude amère qu'Harry n'avait jamais croisées ainsi, lui disait tout bonnement et avec une sincérité désarmante : « Mon pauvre, tu n'as rien compris. ». Harry eut l'impression de perdre deux centimètres.
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-Tu y as déjà été ? demanda-t-il en désignant du menton la file devant lui.
-A l'Ecole ? interrogea Claude. Ouais, c'est ma troisième année. J'ai commencé l'année de mes sept ans, tu sais, quand ta magie se développe. L'année prochaine j'entre à Beauxbâtons.
Beauxbâtons égal Poudlard en France. Harry se souvenait de la mention de ce nom dans plusieurs romans. Il demanda à Claude s'il était content d'y aller, et celui-ci, la mine sombre, lui répondit que non, pas du tout, parce qu'il allait y retrouver ses frangins qu'il ne pouvait pas supporter.
-C'est ta première année avec Insan Greek ? s'intéressa le châtain.
Harry hocha la tête.
-L'Ecole prend à partir de quel âge, d'habitude ? demanda-t-il à Claude.
Celui-ci haussa les épaules.
-N'importe quel âge. Ce sont les parents qui choisissent. Les plus petits doivent avoir trois, quatre ans… Mais la plupart, on entre à sept ou onze ans. Presque tous les nouveaux ont cet âge là, tu vois, si tu croise un nouveau, tu lui demandes son âge, et ben tu peux parier un gallion qu'il a sept ou onze ans, en fonction de sa taille. Tu as quel âge ?
-Neuf ans, répondit Harry. Tu aurais perdu un gallion.
L'autre lui sourit.
-Nan, je le savais. T'es trop grand pour avoir sept ans, et trop petit pour avoir onze. T'es plus petit que moi et j'ai dix ans.
L'adolescent précédent Harry passa devant le sorcier à la robe rouge, qui grogna, déroula son parchemin jusqu'en bas et cocha quelque chose.
-Francesco Zianni, nom d'Etude Ninian, sous la tutelle de Z, Mage Noir Tu peux y aller. Suivant.
Harry s'avança et montra son médaillon. Le sorcier l'attrapa de ses gros doigts, se pencha dessus et le lâcha compulsivement. Il jeta un regard de biais à Harry. Puis, lentement, fit rouler son parchemin entre ses grosses mains, suivant des yeux la liste de noms qui défilait.
-Il n'y a pas de nom de tuteur, sur votre médaillon, dit-il très bas, de sorte qu'Harry se demanda si c'était à lui qu'on s'adressait.
Il saisit lui-même le médaillon entre ses doigts et fronça les sourcils.
-La Marque, ça ne suffit pas ? demanda-t-il innocemment.
L'autre ne répondit pas et cocha un nom sur sa liste.
-Harry Marvolo, nom d'Etude Le Petit Lord, sous la tutelle de Lord Voldemort. Mage Noir. Tu peux y aller. Suivant. C'est n'importe quoi, cette année…
Harry prit place dans le rang.
-Claude Belasis, nom d'études Claude, sous la tutelle de Françoise Belasis IIIème du nom, Ministre des Finances Magiques Françaises. Tu peux y aller. Suivant.
Harry sauta sur sa malle et Claude s'assit à côté de lui.
-Je peux te poser une question ? demanda ce dernier avec ce qui ressemblait à une once de timidité. Après je ne t'embêterai plus avec ça.
-Vas-y, l'invita Harry après avoir hésité.
-Lord Voldemort, commença-t-il, et Harry réalisa avec une légère contrariété que c'était la deuxième fois en peu de temps que le nom à craindre était prononcé, c'est ton père ?
-Oui.
Le Dark Lord avait, avec quelque réluctance – étant donné qu'il fallait toucher à sa première identité qu'il n'estimait pas particulièrement – décidé d'inscrire Harry sous le nom de Marvolo plutôt que Potter ou encore Riddle. Il lui avait expliqué que l'on parlait trop de lui dans les journaux ces derniers temps, et que la presse ne mettrait pas longtemps à ce train, à découvrir que le Petit Lord s'appelait Harry Potter. De ce point de vue, le départ de l'Héritier pour l'Ecole tombait à pic : on l'oublierait probablement quelques temps – à condition de prendre les précautions nécessaires pour que personne là-bas ne sache trop de choses sur le Fils des Ténèbres, et personne ne savait rien à propos de « Marvolo », à part Dumbledore, qui n'allait pas à l'Ecole d'Insan Greek et qui de toute façon, connaissait déjà la véritable identité du gamin.
Lorsque le vieux sorcier à la robe rouge eut fini de transpirer sur les traductions des pièces d'identité des élèves de la seconde file et que tout le monde fut aligné sur la bâche, il était neuf heures cinquante-trois à la montre de Claude.
-Tu as lu le descriptif de l'Ecole ? demanda-t-il à brûle-pourpoint à son voisin.
-Oui, répondit Harry. Mais à part répéter qu'elle est spacieuse et bien fournie en équipement et en personnel, ils ne disent rien…
-Ouais, sourit Claude. Tu veux que je t'explique comment ça marche, rapidement ?
-Je veux bien, accepta Harry, ne sachant pas à quoi s'attendre.
-Je ne vais pas avoir beaucoup de temps, reprit son camarade, et dès qu'on est arrivé, surtout, mets-toi debout bien droit et tais-toi. Alors. Il y a trois tranches d'âge. Nous, on est dans les 7-15 ans. Il y a trois niveaux chez les 7-15 ans : blanc, argent, or. C'est selon si tu es débutant, confirmé ou très doué en magie – en gros. Ensuite, il y a plusieurs dortoirs pour chaque groupe de niveau blanc, argent ou or. Les dortoirs, c'est très important. On est regroupés par profil.
-Par profil, répéta Harry, tentant de masquer son incompréhension.
-Quand tu vas arriver, tu vas passer…quelques tests. Obéis à tout ce qu'il dira mais ne mets surtout pas le bracelet. Parle pas à ceux à qui on te dira de parler, ça sert jamais à rien. Va dans le couloir des Petits, en dernier recours, ça peut aider. Je te conseillerai bien un truc…mais… c'est risqué…
-Dis, l'encouragea très rapidement Harry, qui n'avait imprimé que la moitié des instructions précédentes.
-Voilà…sois tout mignon, tout gentil, avec Insan Greek. Genre faut qu'il ait envie de te faire des câlins. Mais le truc risqué c'est qu'il faut pas qu'il se rende compte que tu fais semblant sinon…
Claude frissonna, et Harry put constater qu'il ne rigolait pas.
-Attention tout le monde, hurla la voix amplifiée, on va y aller dans dix secondes, soyez bien stables sur vos appuis ! Six !… Cinq !… Quatre !… Trois !…
-Claude, chuchota Harry précipitamment, tu étais sérieux ?
-… Deux !… Un !
-Oui, répondit-il, maintenant tais-toi.
Harry perdit l'équilibre, sentant comme un crochet attraper son nombril pour le précipiter au sol. Le monde tourna autour de lui. Quand il reprit ses esprits, la première chose qui le frappa fut l'air lourd, très chaud et sec, de même qu'il avait constaté le matin même que le Larzac français observait une température plus fraîche que les matinées albanaises, malgré l'absence totale de vent. Il se dépêcha de se redresser et se tint droit, à l'instar de Claude à sa gauche, des deux italiens à sa droite et de nombreux autres élèves qui s'étaient statufiés debout devant leur malle. Un bon quart, cependant, gigotait avec plus ou moins de discrétion, se relevant mollement, ouvrant une valise, renouant son lacet, regardant à droite, à gauche, intimidé par cette soudaine frigidité. Impressionné par l'absolue immobilité de Claude, Harry n'osa pas tourner la tête et observa du coin de l'œil la végétation luxuriante, avant de se rendre compte, avec certes un temps de retard, de la foule immense que les élèves constituaient à présent. Ils n'étaient qu'environ deux cent cinquante en France, et voilà qu'Harry se retrouvait au centre d'une masse immense d'au moins…il ne savait vraiment pas – mille, deux mille, cinq mille personnes ? – mais ça faisait du monde. Surtout ainsi alignés en rangs ; la mise en scène relevait de la parade militaire. Face à la foule des élèves se dressait un édifice gigantesque dont la devanture et le fronton pouvaient faire penser à un temple grec, mais dont la forme des tours que l'on voyait au-delà évoquait plutôt les châteaux européens. Les ailes du bâtiments faisaient elles, par leurs ouvertures en arcs brisés et leurs toits en forme de bulbe, songer à des palais orientaux, et Harry ne connaissait pas l'origine du reste de l'architecture mais fut certain sur-le-champ qu'elle pouvait venir de n'importe où dans le monde.
Debout sur un tapis en lévitation devant l'entrée du temple grec se tenait un homme de haute stature, les jambes écartées, les mains dans le dos, apparemment en pleine méditation.
-C'est Insan Greek ? chuchota Harry à Claude, presque sans remuer les lèvres.
-Oui, répondit son voisin de même. Tais-toi.
L'homme sur le tapis leva une main comme pour dire « Ugh ». Sa voix magiquement amplifiée retentit alors.
C'était une voix très agréable à écouter, douce et profonde, un peu rauque sur certaines sonorités. Il parlait en anglais mais il sembla évident à Harry que ce n'était pas sa langue maternelle. Sa langue maternelle aurait pu être une langue latine, une langue africaine ou une langue extra-terrestre, ou bien un mélange des trois ; le résultat était très troublant, très attrayant.
-Bienvenue à vous, mes chers élèves. Une grande partie d'entre vous ne restera que deux mois, comme toujours, avant de reprendre une scolarité…normale. Je vous souhaite de tout cœur de mettre à profit ces deux mois de la meilleure façon qu'il vous soit possible. Apprenez ce qu'on vous enseigne, et appliquez-le. Amusez-vous aussi, un peu. Mais je vous rappelle que vous êtes ici…pour en chier. Certains d'entre mes meilleurs éléments ont élevé au rang d'Art le non respect des deux premiers articles du règlement. A moins que vous ne vous sentiez capables de le faire totalement à mon insu, et vous prenez ainsi le risque de vous montrer extrêmement insultant à mon encontre, c'est un comportement que je ne peux que vous déconseiller.
Le tapis descendit de dix mètres, tout doucement, dans le silence assourdissant d'une foule de deux mille élèves. Ceux des premiers rangs pouvaient observer la jouissance sur les traits du visage d'Insan Greek.
Celui-ci se gratta le menton, et reprit :
-Cette année, j'espère n'avoir à expulser personne. Je suis toujours attristé d'avoir à en arriver à cette extrémité.
Il semblait sincère, ce qu'Harry trouva bizarrement plus inquiétant que s'il l'avait dit sans le penser.
-Je vais maintenant passer dans les rangs serrer la main aux nouveaux venus. Tenez-vous bien.
Harry se détendit. Il se situait à peu près au milieu de la masse et quel que soit l'endroit par lequel Insan Greek commençait son inspection, il avait une marge confortable. Claude nota son changement de posture, fronça les sourcils mais ne dit rien. Harry entendit alors des ordres lancés de-ci de-là par une femme et un homme.
-Toi, à genoux !… Milanov, prit à se gratter le nez pendant la cérémonie de début d'année ! Quarante secondes avec le directeur après la fin de la cérémonie. Souviens-t'en, quarante secondes ! Et à genoux, j'ai dit !
-Toi, à genoux !… El Matador, en train de s'étirer pendant la cérémonie de début d'année : trois minutes avec le directeur ! Trois minutes !
-Toi, à genoux !… Arcadius ! Parle avec son voisin pendant la cérémonie de début d'année ! Deux minutes trente !
-Toi, à genoux !… Catharsis, prise à se recoiffer pendant la cérémonie de début d'année, tu le fais exprès ? Comme l'année dernière ! Quatre minutes avec le directeur, quatre !
Harry sentit lentement monter dans la foule en même temps qu'elle montait en lui l'angoisse de trop bien comprendre.
Il s'agissait de minutes passées à subir le sortilège Doloris. Quoi d'autre, pour se mesurer en si petites unités de temps ?
Aussitôt, il entendit la femme arriver dans son rang. Elle passa lentement, debout sur un tapis volant, son visage inexpressif les fixant avec attention. Arrivée au niveau d'Harry, elle sembla hésiter à s'arrêter. L'Héritier du Seigneur des Ténèbres, qui n'avait jamais, jamais subi de Doloris, sentit son cœur s'affoler dans sa poitrine et ses joues rougir. La femme s'arrêta.
-Pièce d'identité, ordonna-t-elle.
Le cœur semblant chercher à bondir hors de sa poitrine, Harry tira sur la chaîne du médaillon pour le faire sortir de sa robe, et le tendit à la grande et douce main de la femme, qui observa la gravure cuivrée quelques instants avant de croiser une nano-seconde le regard d'Harry.
-Mets-toi à genoux, dit-elle. C'est dix secondes. Parce que tu n'es pas coiffé.
Harry mit un genoux à terre, puis l'autre, penaud.
-C'est pas de ma faute, c'est mes cheveux qui sont comme ça, gémit-il lorsqu'elle fut partie, de manière à ce que seulement Claude puisse l'entendre. Je n'y peux rien !
Claude ne réagit pas immédiatement mais Harry, presque roulé en boule dans une position de prière musulmane, l'entendit chuchoter plus tard.
-Y a un truc. Normalement elle te gueule dessus et elle crie ton nom.
-M'en fous, pleura Harry.
Il se passa plus de trois quarts d'heure pendant lesquels des promesses de punition retentirent régulièrement dans la foule, de plus en plus systématiquement suivis de petits cris affolés de la part des élèves concernés. Harry sécha discrètement ses larmes et se força à reprendre contenance. Toujours à genoux, il se redressa pour venir s'asseoir sur ses talons, plus dignement. Dix secondes de Doloris. Il n'allait pas leur faire le plaisir d'avoir l'air d'en souffrir. Dix secondes, ça n'était rien. Harry constata qu'il y avait deux élèves tremblants sur leurs genoux dans le rang devant lui.
-Toi, à genoux ! cria une voix d'homme à quelques centaines de mètres de là. Hermesia X ! Prise à rire pendant la cérémonie de début d'année : deux minutes vingt avec le directeur ! Je double si tu continues !
-Monsieur, je vous en prie, je crois que c'est nerveux, intervint une voix timide.
-Toi, à genoux ! répliqua la voix. Liv Puusaari. Se permet de…répondre à une punition qui ne lui est même pas adressée ! Deux minutes vingt avec le directeur, même topo ! Pour être trop stupide !
-Toi, à genoux ! intima la voix de femme, à l'opposé. Jakob Max, en train de pleurer pendant la cérémonie de début d'année : vingt sec… quinze secondes, avec le directeur. Quinze secondes, souviens-t'en !
-Pourquoi elle change le temps ? demanda Harry sans remuer les lèvres.
-Elle a dû avoir un doute sur son âge. Ils ne punissent pas les moins de sept ans pendant la cérémonie.
Insan Greek passa dans le rang de devant. Harry le vit du coin de l'œil s'arrêter devant quelques élèves pour échanger un mot, un sourire, ou comme une vieille plaisanterie intime avec eux. Par trois fois, il prit le temps de demander à l'élève son vrai nom, d'observer son médaillon, de lui serrer longuement la main et de lui souhaiter la bienvenue dans son Ecole. Lorsqu'il parvint au niveau d'un l'élève à genoux – Harry tordit le cou pour mieux voir – le directeur s'accroupit.
-Tu ne crois pas qu'il y ait meilleure façon de commencer ta scolarité ? demanda-t-il gravement.
Harry estima que le garçon avait plutôt onze ans que sept.
-Si, admit-il.
-Tu t'appelles Hiraku Atahashi, c'est ça ? reprit l'homme après avoir observé le médaillon.
Harry se demanda comment, par Salazard, l'homme pouvait le savoir, puisque leurs pièces d'identité ne contenait que leur nom d'étude et, dans le cas des autres élèves, le nom de leur tuteur.
-Oui, répondait le garçon.
-Quel est ton nom d'Etude ?
-Ikki, répondit-il, déstabilisé par la question puisqu'en principe, Insan Greek venait de le lire.
-Et la raison pour laquelle tu as choisi ce nom d'Etude ?
-Oh je…je ne sais pas…c'est…c'est le héros d'un livre que j'aime bien. Ikki. Ça veut dire Arbre.
-Aah…sourit-on en retour. Bienvenue dans mon école, Ikki, chantonna presque le directeur en tendant sa main à l'enfant agenouillé.
Celui-ci la saisit, et Harry put ensuite lire dans son geste qu'il souhaitait la retirer mais qu'Insan Greek le retenait. Il y avait quelque chose d'anormal dans cette poignée de main, quelque chose de tout à fait…Harry se contracta, concentré, cherchant quelle était cette sensation, bon sang…
…magique. Oui, magique, comme lorsque Severus lui avait appris à repérer les traces de magie en jouant à cache-cache dans le domaine d'Albanie. Ce n'était pas une poignée de main, c'était une évaluation. Insan Greek jaugeait le potentiel des nouveaux venus.
-Quel âge as-tu, Ikki ?
-Dix ans et demi, monsieur.
-Tu parles très bien l'anglais.
-Merci monsieur.
-Et tu es très mignon, tu me fais un bisou ?
Harry vit le jeune japonais devenir rouge comme une tomate et embrasser l'homme sur la joue. Insan Greek se releva, ébouriffa les cheveux raides comme des baguettes du garçon et poursuivit son inspection. Harry était tétanisé.
-Il est maboul ? chuchota-t-il à Claude
Le voisin de droite d'Harry pouffa et se mordit les joues.
-Toi, à genoux !
La femme qui avait déjà ordonné à Harry de se mettre à terre vola comme une flèche jusqu'à eux et s'arrêta net devant le voisin de droite d'Harry.
-…Ninian ! cria-t-elle. Surpris à pouffer de rire pendant la cérémonie de début d'année. Trois minutes avec le directeur, après la cérémonie, trois ! En principe, tu es rôdé, pourtant, toi !
La femme s'éloigna et prit de la hauteur, surplombant la foule.
-Désolé, dit Harry à Ninian tombé à genoux.
Celui-ci ne répondit pas. Insan Greek entamait leur rang, plusieurs dizaines de mètres plus loin. Harry se sentit mort de honte d'être agenouillé, et se drapa dans toute la dignité qu'il avait en stock.
-Harken…ça fait longtemps que je ne t'avais pas vu, faisait la voix agréable du directeur. Tu es parti en vacances ?
-Non monsieur, répondit l'élève avec un sourire perceptible dans son intonation. C'est ma mère, elle a voulu que je passe une année à Salem.
-Elle a raison. Tu t'y es plu ?
-Mmh…moyen…c'était…c'était facile.
Harry eut l'impression qu'Insan Greek avait envie de rire. Ce type était vraiment heureux.
-Luzula, comment vas-tu ? lança-t-il gaiement, poursuivant son inspection.
-Bien monsieur. Et vous ?
-Merveilleusement bien ; je viens de recevoir une nouvelle gamme de chocolats suisses. Ta petite sœur est-elle contente d'entrer dans mon école ? Je ne l'ai pas encore vue. Leptinella, c'est ça ?
-Elle est très contente, mais elle doit être nerveuse en ce moment.
Harry savait POURQUOI cet homme lui fichait les jetons. Il lui faisait penser à Dumbledore. En version moins complexé par les 'forces du mal', ce qui n'était pas franchement rassurant, car Dumbledore, à la base, était capable de tout : qu'adviendrait-il s'il se mettait à être capable de lancer des Doloris – sur des enfants qui plus était – sans états d'âmes ? Harry força ses sueurs froides à reculer. Insan Greek n'était pas Dumbledore. Insan Greek détestait probablement Dumbledore, s'il était ami avec Lord Voldemort. Insan Greek avait comme seul point commun avec Dumbledore d'être aimable, souriant, voire niais, alors que tout le monde le savait surpuissant. Harry ne pouvait pas se baser là-dessus, la comparaison était pauvre. Il tenta de penser à autre chose.
Il avait envie de faire pipi.
-Oh, Ninian ! s'exclama tranquillement le directeur en se rapprochant. Tu t'es fait piéger ? La cinquième année ? Qu'as-tu fait ?
-J'ai pouffé de rire, monsieur, répondit le concerné avec un fort accent italien.
-Je te faisais rire ?
-Non monsieur, repartit instantanément l'élève, le visage levé vers l'homme. Il m'a fait rire sans le vouloir.
Ninian désignait Harry, dont les yeux croisèrent furtivement ceux d'Insan Greek, qui lui jetait un regard. L'homme avança de deux pas pour se trouver face à Harry, et s'accroupit.
Il devait avoir le même âge que Lucius, à peu près, la quarantaine, aurait dit l'Héritier sans en être certain. Son regard bleu délavé brillait de démence, et Harry, croisant régulièrement Croupton Junior dans les couloirs du manoir, s'y connaissait. Il affichait une expression figée de gentil monsieur, un demi-sourire pâlot s'étirant sans effort sur son visage, ses sourcils haussés par un perpétuel étonnement factice et son visage plutôt beau aidant à le rendre sympathique. Harry ne savait s'il était grec, turque ou argentin, mais comprit la raison de ce nom : Insan Greek. Les boucles encadrant le visage du directeur, d'un châtain foncé chaud reflétant le soleil, et ce profil si particulier qu'il avait remarqué lorsqu'il marchait – son nez droit semblait partir du haut de son front, comme celui d'une statue de la Grèce Antique – lui donnaient effectivement un air d'Apollon. La démence de son regard expliquait le prénom Insan sans difficulté aux yeux de Harry. Et il n'avait aucun doute que c'était là son nom d'Etude, et non sa véritable identité. Le Fils des Ténèbres, attiré par ce regard effrayant, y plongea sans préméditation.
Des cheveux noirs en bataille, des yeux si verts, des petites lunettes rondes… et cet air chétif mais farouche. Insan sut que c'était lui, le Dark Lord le lui ayant expressément décrit. Par acquis de conscience, il jeta un regard au médaillon, et la Marque menaçante le lui confirma. On lui avait maintes fois demandé un traitement de faveur sous couvert de rémunération, pour un élève ou un autre, on l'avait également maintes fois diligemment pressé de se montrer au contraire plus sévère face à un élève qu'aux autres : les parents pouvaient cependant avoir leurs propres méthodes d'éducation discutables, jamais il ne s'était plié à leurs bons désirs, se contentant de leur certifier poliment dans une lettre que là où commençait le domaine de son Ecole s'arrêtait leur autorité. D'autant plus que les parents avaient le plus souvent des exigences totalement délirantes. Il avait été si suffoqué de surprise, puis flatté que le Seigneur des Ténèbres lui-même lui confie la charge d'éduquer un garçon – son Héritier, avait-il précisé – qu'il avait accepté cette petite condition.
Un bref Doloris.
Car Il ne pouvait se résoudre à le jeter. Trop de complications par la suite, avait-il ajouté en guise d'explication. Dans ce genre de situation, Insan Greek n'était pas du genre à se moquer. Les complications avec les enfants, il connaissait. Surtout les complications résultant de l'utilisation ou non du sortilège Doloris. Le visage de ses deux filles passa rapidement dans son esprit.
Il observa le gamin. C'était là un bel enfant. Adorable. Ses attaches, ses traits semblaient fins, il ne présentait pas d'embonpoint tout en paraissant en bonne santé, son visage n'avait pas de défaut, ses cheveux avaient l'air doux, et ses yeux, surtout, étaient magnifiques. Outre le fait qu'un tel vert émeraude devait être rare, son regard brillait d'intelligence et de…quelque chose de…
Insan Greek perdit un instant son gentil sourire et chassa l'enfant de son esprit à coups de pied au cul.
Harry cilla et sa légilimencie trébucha, avant de lui revenir brusquement en pleine figure. Il dut fermer les yeux une seconde pour retrouver ses esprits.
-Ce n'est pas très poli de faire ça, lui fit remarquer le directeur d'un ton badin, ayant retrouvé son sourire.
-Pardon, s'excusa Harry. Je n'avais pas l'intention de le faire.
-Comment peut-on lire dans l'esprit de quelqu'un sans en avoir l'intention ? demanda l'homme, la lueur de démence de son regard faisant frissonner Harry.
-Je…Vous…vous étiez juste en face de moi et…j'ai regardé vos yeux…je suis désolé.
-Harry Marvolo, c'est ça ? reprit Insan Greek.
-Oui.
-Oui monsieur.
-Oui monsieur, répéta l'enfant en sentant le sang battre à ses tempes.
-Quel est ton nom d'Etude ?
-…Le Petit Lord, dit Harry sans regarder son interlocuteur.
-Eh bien, Petit Lord, bienvenue dans mon école.
Harry prit avec un léger sourire la main bronzée que lui tendait le directeur. La poigne était solide et comme de juste, l'échange fut plus long qu'une poignée de main ordinaire. Harry sentit leurs paumes pulser l'une contre l'autre sans pouvoir rien contrôler ; si Insan Greek maîtrisait la magie sans baguette au point de pouvoir intimer au flux magique d'Harry de se rendre dans sa main, l'enfant n'était pas de taille à lutter.
Leurs mains se séparèrent et, tandis que l'homme se redressait, Harry guettait, sur son visage, une trace de ce qu'il pensait de sa magie, en fin de compte, de ce qu'il en disait, après cet examen sommaire.
Alors qu'il allait poursuivre son chemin, Insan Greek se tourna vers le Petit Lord pour lui adresser un au revoir, et fut cueillit par cette expression d'attente d'une innocence d'une profondeur gigantesque, et en fut si déstabilisé qu'il éclata de rire, ni plus ni moins.
C'était un rire sincère mais terrifiant dans ce silence de mémorial. Une quinzaine d'élèves alentours sursauta et beaucoup d'autres se retournèrent, stupéfaits, intrigués. Les patrouilleurs, sur leur tapis, n'eurent pas le cœur de tous les coller au Doloris. Au lieu de cela, la femme leur hurla de se tenir correctement s'il ne voulaient pas finir à genoux, et Insan Greek, lui, riait toujours, plus faiblement mais toujours aussi stupéfait.
-Ça alors, on ne me la fait pas souvent, celle-là ! se dit-il à lui même toujours en riant. Mais à chaque fois, ça me fait le même effet !
Il pouffa quelques instants encore avant que son hilarité ne faiblisse suffisamment pour se contenter d'aller se faire une place dans ses yeux, à l'ombre de sa démence. Il posa ses grandes mains sur ses hanches, sourit à Harry d'un air réjoui et lui lança :
-J'en dis : pas mal du tout. Satisfait ?
Harry, soulagé de l'inquiétude qu'avait commencé à faire naître en lui ce rire soudain, sourit en retour, content, rassuré, fier. Insan Greek revint vers lui en secouant la tête avec un sourire et lui tendit sa joue droite :
-Embrasse-moi.
Il s'exécuta, et la sensation troublante qu'on lui volait ce baiser ne gâcha pas sa bonne humeur naissante. Le directeur l'embrassa à son tour, sur la joue gauche, et lui ébouriffa les cheveux, ce qui semblait être le signe que l'entrevue était définitivement close. Quand il eut dépassé Claude de cinq pas, Harry soupira. Claude, justement, lui jeta un regard et sans tourner la tête, fit de la main qui était au niveau de la tête d'Harry, le signe des plongeurs, joignant en un cercle son pouce et son index. Optimal.
-Au p'tit poil, l'entendit chuchoter Harry qui, étrangement, saisit le sens des mots malgré la barrière de la langue.
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A présent, il attendait son Doloris. Il ne savait pas encore ce qu'il pensait du fait que cette punition ait été expressément commandée par Lord Voldemort. Il avait beau se dire qu'il Lui faisait confiance, Harry n'était qu'un petit garçon, et la perspective d'une séance de torture, même si l'idée était sans doute plus familière pour lui que pour les autres élèves, lui faisait peur.
-Levez-vous ! ordonna le patrouilleur depuis son tapis.
Il ne restait alors que les élèves à genoux, les élèves punis. Les autres avaient pénétré le temple grec. Des deux milles enfants de tous âges et de tous pays, trois cent quarante-quatre fêteraient leur arrivée à l'Ecole d'Insan Greek en essuyant une petite séance de torture. On les fit s'aligner par ordre de taille, les plus petits d'abord. Harry passerait à peu près en trentième. Il songea que seuls les cinq premiers n'auraient peut-être pas le temps de réaliser ce qui leur tombait dessus, heureux soient-ils.
Le directeur prit la parole :
-J'aime la discipline ! entonna-t-il puissamment. J'aime que l'on soit droit et souriant pour m'adresser la parole. Respect ! J'aime les plaisanteries, mais pas l'insolence.
Harry le vit sortir d'un ample geste sa baguette de sa robe.
-Transmettez le message aux nouveaux arrivants. Un but : l'Expérience ; une méthode : la Discipline. C'est mon credo. Combien ? fit-il sur un tout autre ton, s'adressant au premier enfant de la file.
-Qua-Quarante secondes, répondit une petite fille noire apparemment tremblante comme une feuille.
-Approche, Emmy… Endoloris.
Au bout de quatre secondes de hurlements, Harry se demanda si le directeur n'avait pas dépassé le temps imparti. L'Héritier, le Fils des Ténèbres, le Petit Lord, était pourtant coutumier des cris de douleur engendrés par le funeste impardonnable. Mais jamais ses dents n'avait claqué ainsi à leur entente, jamais tout son corps ne s'était contracté pour ne devenir qu'une boule de nerfs, jamais il ne s'était senti prêt à tout pour échapper à quoi que ce soit, pas même au joug de l'Ordre du Phœnix un an auparavant, dont le souvenir devenait moins terrible de seconde en seconde, jamais il ne s'était senti prêt à mordre, à tuer s'il le fallait, pour échapper à un Doloris. L'idée d'en recevoir un était d'autant plus épouvantable qu'il avait jusqu'à présent toujours été celui qui en maîtrisait l'usage et en disposait comme bon lui semblait, ou à peu près. Et pourquoi devait-il le subir ?
…Mal coiffé ?
-Suivant. Combien ?
Emmy ne s'était pas encore relevée que Výtek hurla à son tour, parti pour vingt secondes de souffrance insoutenable. Harry tenta de faire le vide dans son esprit.
Il n'entendit pas le nom suivant, ni celui encore d'après, mais ne pouvait faire abstraction des cris de douleur ni des pleurs. Plus son tour approchait moins il se sentait en mesure d'y faire face. Tenter de se calmer était illusoire.
-Suivant. Combien ?
Viendrait un moment où ces mots lui seraient adressés. Il devait trouver en lui la volonté de répondre « Dix secondes » sans trembler, et celle de les endurer ; il avait besoin d'une idée à laquelle s'accrocher pour que ces dix secondes ne le rendent pas fou. Il avait besoin de savoir pourquoi on le torturait.
Harry savait, pour en avoir fait l'observation maintes fois, qu'un innocent ne comprenant pas ce qu'on lui reprochait sombrait beaucoup plus rapidement sous le coup du Doloris qu'une personne consciente de ce qu'on attendait d'elle – un renseignement, souvent – et se refusant à le livrer. Harry avait vu un espion norvégien soutenir dix minutes de torture par heure, toutes les heures pendant huit jours, avant de finalement être assassiné en désespoir de cause. Qu'est-ce qui le faisait tenir ?
Qu'est-ce qui le faisait tenir ?
-Suivant. Combien ?
Dans deux tours, ce serait le sien. Pourquoi ?
-Suivant. Combien ?
Pourquoi ?
-Suivant. Combien ?
Papa, songea Harry tremblant, c'est parce que tu l'as voulu ; pour toi, pour toi, je ne vais pas crier, je ne vais même pas pleurer, je vais être fort, me montrer très digne.
-Dix secondes, souffla-t-il dans un murmure à peine audible.
-Approche, invita le Directeur avec une neutralité chaotique, et comme Harry restait figé sur place, il répéta, plus doucement : approche. Bien.
Insan Greek, dévoila, le temps d'un battement de paupière, un regard un peu trop concerné à l'enfant. Puis se reprit.
-Endoloris.
La première seconde traversa son corps comme un éclair, dans une immense douleur fugitive.
La deuxième seconde revint sur ses pas et installa en lui un vibrato compulsif et irrégulier.
La troisième seconde brisa ses genoux, ses épaules.
La quatrième seconde lui fit réaliser que les muscles de ses jambes et de son estomac seraient définitivement inutilisables, solidifiés par des crampes insupportables, que les organes vitaux de sa poitrine n'était pas si solidement protégés par sa cage thoracique, que toutes les migraines qu'il avait jusqu'alors connues ne l'avaient pas tant fait souffrir que celle-ci en un instant.
La cinquième seconde le mit à terre.
La sixième seconde l'y cloua.
La septième seconde trouva la douleur si diffuse dans son corps qu'elle attaqua sans préambule son esprit. Mais elle ne put y pénétrer.
La huitième seconde, la douleur fut reléguée à un fond sonore constitué des multiples cris de protestation de son organisme, tandis que, résonnant crescendo dans la tête de l'enfant, la clé de sa survie confinait sans concession son esprit dans une fragile mais intouchable bulle sécurisée. Papa.
La neuvième seconde fut la même que la huitième.
La dixième seconde fut la même que la neuvième.
Harry s'écroula à terre, tous ses muscles se détendant d'un coup. Son corps, mou, n'accepterait pas de se lever, plus jamais. Ou pas avant une bonne sieste réparatrice. Il eut vaguement conscience d'entendre les mots « Suivant. Combien ? » mais ceux-ci n'avaient plus aucun pouvoir, plus aucun sens. Harry avait gagné. Il n'avait pas pleuré. Il n'avait pas crié. C'était une victoire.
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Le Petit Lord reprenait progressivement conscience qu'il était maître d'un corps humain aux capacités si extraordinaires de récupération que l'idée qu'il pût être indestructible l'effleura brièvement. Brièvement. Le souvenir du Doloris se rappela à lui sans trop de difficultés.
Harry, à l'instar d'environ deux cents autres enfants, patientait dans une vaste salle à plafond ouvert, lézardant sur son fauteuil, l'air assommé et végétatif. La chaleur n'aidait pas. Il repéra par hasard Emmy, la première à avoir subi le Doloris ; la petite fille semblait tout comme lui sortir d'une longue séance de sport, ce qui était un peu le cas. Entre eux deux, l'Héritier du Seigneur des Ténèbres comprit à la façon dont ils ne bougeaient que très peu que les trente enfants sortaient eux aussi de leur séance de torture. En revanche, les cent soixante-dix autres, jacassant à qui mieux mieux dans un brouhaha de langues du monde entier, paraissaient en pleine forme. Prenant sur lui la décision de se redresser, Harry tira sur ses muscles, afin de voir par-dessus la tête d'une grande fille assise devant lui.
Sur le mur du fond de la salle, un étendard rouge était accroché. Aux quatre coins, il y avait le symbole de l'Ecole, le soleil répandant son rayonnement magique sur le monde, imprimé en blanc. Au milieu s'étalaient largement les mots : « Bienvenue aux cinq cents nouveaux élèves. Vous êtes dans la salle d'attente de l'école. »
Ah. Attendons, donc. N'ayant pas trop souffert de ses muscles dans le dernier mouvement, Harry se tortilla mollement et parvint, au prix de quelques douleurs, à se mettre debout sur son fauteuil, afin d'avoir une meilleure vue d'ensemble. Il était tellement dans le coltard en entrant qu'il n'avait guère prêté attention à son environnement. Qui, après examen, était constitué de dix rangées de cinquante sièges (Harry connaissait ses tables de multiplication, merci Aleksandrov), lui même occupant une place quasi parfaitement sur la médiane entre la première et la cinq centième place. Ces considérations mathématiques faites, il chercha des yeux Ikki, se souvenant que lui aussi avait écopé d'une punition lors de la cérémonie, mais ne put l'apercevoir. Il supposa qu'il n'était pas encore passé. Se rasseyant lentement, il entreprit de patienter. Et, bien qu'il ne l'ait pas cherché, le sommeil le trouva le premier, par surprise, et le lova dans le confort du fauteuil rouge.
-…omme chaque année, nombre d'entre vous, mes chers nouveaux élèves, n'ont pas su se tenir correctement lors de la cérémonie de début d'année. C'est regrettable.
Harry émergea, d'avantage réveillé par le tonitruant silence alentour que par la douce et gaie prononciation d'Insan Greek.
-Vous avez fait connaissance avec deux de mes lieutenants. Je vais vous les présenter plus officiellement : Akata…
La femme qui avait sommé à Harry de se mettre à genoux, flottant à côté du directeur sur son propre tapis volant, inclina la tête. Akata. Encore un nom d'étude. L'Héritier n'était pas près d'oublier celui-là.
-…et Agamemnon.
L'homme salua sèchement. Le regard dur, la barbe noire bien taillée, les bras croisés : le lieutenant Agamemnon. D'accord.
-Vous ne connaissez cependant pas leurs collègues, poursuivit paresseusement Insan Greek, nos djinns. Ils sont quatre cents, et ont pour mission de…veiller sur vous. Chaque dortoir a son djinn.
Il souriait.
-Vous êtes donc en sécurité.
Hin hin. C'était typique de l'ironie de Voldemort, ça.
Harry se sentit sourire malgré lui. Un peu de retour à la maison.
-Chers enfants ! reprit le directeur d'un ton enjoué. Je vais vous distribuer des questionnaires. Répondez à toutes les questions. L'orthographe et la syntaxe seront pris en compte. Lorsque vous aurez fini, tendez votre questionnaire en l'air, Akata et Agamemnon se chargeront des les ramasser. Une fois que vous avez rendu votre questionnaire, dirigez-vous vers la Porte du Vent.
Cinq cent têtes se tournèrent simultanément dans la direction qu'indiquait le bras du directeur. La Porte du Vent était une arcade étroite ; il fallait pour la franchir traverser un flux magique bleu pâle. Harry haussa les épaules, guère impressionné.
-Derrière cette porte, il y a un bracelet à votre nom. Accrochez-le à votre poignet ou votre cheville.
Le Petit Lord fronça les sourcils, se demandant ce qui le gênait dans cette instruction.
-Ensuite, un djinn vous donnera votre uniforme. Revêtez-le. Sachez en passant qu'il ne sera complet que lorsque vous aurez atteint votre dortoir. Une fois habillé, dirigez-vous vers les salles de tests. Il y en a six, peu importe l'ordre dans lequel vous les effectuerez mais vous devez tous les passer. Ensuite, vous n'aurez plus qu'à vous rendre dans votre dortoir et à vous reposer enfin. Les cours commencent dans deux jours.
Harry se demanda à nouveau ce qui le chiffonnait dans ces instructions.
Insan Greek leva la main gauche et cinq cents feuillets descendirent en voletant se poser sur les genoux des nouveaux élèves. Au moment où Harry se saisit du sien, une plume, un encrier et un pupitre apparurent devant lui. Bien. Un bête questionnaire ne pouvait pas faire de mal. Après le Doloris qu'il avait subi, l'enfant se sentait relativement sécurisé : en comparaison de la torture, toutes les épreuves qui suivraient lui paraîtraient nécessairement, petit a : moins désagréables ; petit b : plus simples.
« Ce questionnaire est un complément d'informations aux différents tests que tu vas passer dans les heures qui viennent. Il a pour but de cerner ton profil, afin de t'attribuer un dortoir. »
A la lecture de la première question cependant, Harry sentit qu'il n'avait pas tout à fait raison, et qu'il ne serait pas si facile que cela d'en venir à bout.
« Raconte une histoire. Voici une amorce :
« Alors que Rukah rentrait à la maison… »
Se ratatinant dans son fauteuil en grognant, le Petit Lord entendit son voisin de droite pousser un gémissement à fendre l'âme. Ses cheveux roux et bouclés furent soulevés par un soupir profond alors qu'il laissait échapper quelques mots en espagnol (« Je suis nul en rédaction ! »).
Mordouillant sa plume sans conviction, Harry décida que Rukah serait un garçon.
« Alors que Rukah rentrait à la maison……son regard fut attiré par une lumière verte venant du ciel. La Marque des Ténèbres ! Elle flottait au-dessus du toit ! Rukah savait que cela voulait dire que ses parents étaient morts, mais il n'était pas triste car il ne les avait jamais aimé car ses parents n'étaient pas des gens puissants, ils ne s'intéressaient presque pas à la Magie, ils protégeaient les moldus et ils ne respectaient pas le Seigneur des Ténèbres, et en plus, ils lui interdisaient de jouer au piano. Ils n'avaient eu que ce qu'ils méritaient. Rukah rentra quand même chez lui, et il marcha sur les corps de ses parents en riant, puis il monta dans sa chambre chercher ses affaires pour partir, parce qu'il n'avait plus rien à faire ici. Il emporta quelques vêtements et prit du chocolat dans la cuisine pour le goûter, et il emporta son piano et toutes ses partitions. Puis il partit.
« En chemin, Rukah rencontra d'autres garçons qu'il connaissait et qui partaient aussi de chez eux parce que leurs parents avaient été assassinés. Il y avait son ami… »
Harry réfléchit au nom que pourrait bien porter l'ami de Rukah. Presque instantanément lui vint le prénom Draco, mais il le chassa, car bien que le fils de Lucius eût peu de chances de lire un jour cette histoire, c'eût été malhonnête de lui faire tenir un rôle qui n'était pas le sien. En revanche, le prénom…Paco serait parfait.
« Il y avait son ami Paco qui était très content que ses parents soient morts parce que chez lui, il n'avait pas le droit de faire de Magie Noire, qui est comme chacun le sait, la plus pure des magies car elle touche aux choses les plus grandes, des choses qu'on ne peut pas faire avec la Magie Blanche, et il est donc de notre devoir de faire de la Magie Noire. »
Harry n'avait aucune conscience de recracher quasi à la virgule près le discours de Lord Voldemort, et encore moins de faciliter grandement la tache du directeur dans son travail de répartition par dortoir.
« Mais il y avait aussi des garçons qui n'étaient pas satisfaits de la mort de leurs parents, même s'ils étaient des sorciers indignes de leur vivant. Comme ces garçons commençaient à être bruyants et à semer le doute et le désordre dans la troupe, parce qu'ils criaient qu'il fallait se venger et attaquer les Mangemorts, Rukah et Paco les tuèrent. Ils les tuèrent tous sauf un, et à celui-là ils lui dirent : « Si nous ne les avions pas tués, les Mangemorts l'auraient fait. Si tu n'es pas bête, tu viendras avec nous. ». Ce garçon se rendit compte qu'il avait eu tort et il s'inclina devant Rukah. Il s'appelait Maxilius, et il leur dit qu'il avait toujours aimé ses parents et qu'il était triste, très triste, et que c'est pour ça qu'il s'était laissé emporter par la colère. Rukah comprenait Maxilius car lui aussi lorsqu'il était triste devenait dangereux. Mais il pensa alors que la meilleure chose à faire pour oublier… »
Pour oublier quoi exactement ? Harry loucha derrière ses lunettes, signe d'intense réflexion. Pour oublier ses malheurs, ses soucis, ses rancœurs, ses déceptions… ?
« …que la meilleure chose à faire pour oublier tout le reste était de se mettre au piano. Il indiqua à Paco et Maxilius de le suivre et, s'éloignant des autres orphelins, ils prirent le chemin qui menait aux ruines d'un grand château non loin. Quand ils y furent arrivés, ils allumèrent magiquement un feu, mangèrent du chocolat et Rukah fit apparaître son magnifique piano au milieu de la pièce, et pour faire plaisir à Maxilius, il l'autorisa à en jouer. Maxilius ne se montrait pas très adroit mais le son était quand même beau, et bientôt Rukah et Paco vinrent jouer avec lui et ils devinrent tous de très bons amis.
« Le morceau était si joli et si gai qu'un serviteur-fée (1) qui passait sous la fenêtre s'approcha pour venir écouter. Il y avait bien longtemps que le monde des hommes ne l'avait pas agréablement surpris, lui qui en était prisonnier depuis plus de quatre cents ans ! La mélodie qu'il entendait là l'enchantait mieux que n'importe quel sortilège d'Appel et de Soumission.
« Or, cette fée était l'une des fées les plus importantes du royaume des fées, et descendait du Roi Corbeau lui-même ! Ce serviteur-fée était Son Héritier ! Et, entendant une si belle musique, il proposa sa magie à Rukah, parce qu'il remarqua que les notes couraient mieux sous ses doigts que sous ceux de Paco et Maxilius.
« Comme il avait sous ses ordres un très puissant serviteur-fée, Rukah devint un très puissant Mage Noir. Quand il eût dix-sept ans, il était connu dans le monde entier, craint et respecté. Le jour de son anniversaire, Maxilius, resté son fidèle lieutenant, courut le chercher, très excité, pour lui dire qu'il y avait quelqu'un à la porte du château. (Le château était devenu le domaine des trois garçons, le repère du Mage Noir Rukah.) Rukah se rendit donc à l'entrée du domaine, se demandant quel roi venait quérir ses services aujourd'hui, quel ministre venait demander sa clémence. Mais lorsqu'il ouvrit la porte, il vit la haute silhouette noire du Seigneur des Ténèbres, entouré de tous ses mangemorts. Rukah tomba à genoux et alla baiser l'ourlet de Ses robes. Derrière lui il sut que Paco et Maxilius s'étaient agenouillés aussi.
« Le Seigneur des Ténèbres dit alors qu'il avait reconnu en Rukah l'étoffe d'un grand Mage Noir, le deuxième plus grand après Lui. Il demanda à Rukah s'il acceptait d'entrer dans Ses rangs. Ils firent une alliance, et Rukah devint le deuxième Seigneur des Ténèbres.
« Leur alliance les rendit si puissants qu'ils gouvernèrent rapidement le monde entier. Le Seigneur des Ténèbres ordonna alors à Rukah de se choisir un nouveau nom. Et Rukah choisit… »
Harry resta plume en l'air. Et Rukah choisit…
Précisément : il ne savait pas.
…
Son nom…
Une nouvelle question apparut sur le parchemin. Affolé, Harry inventa rapidement un nom. Sa trouvaille tenait moins du nom que de l'accolement de syllabes mais, dépité, il l'écrivit. Ou plutôt, voulut l'écrire. L'encre refusa de s'imprimer à la suite de sa phrase. A la troisième tentative qu'il lança, la question 2 se mit à clignoter furieusement, réclamant visiblement son attention. De contrariété, Harry fit volontairement un gros pâté avant d'abandonner son histoire ainsi inachevée.
« Quel est ton sortilège favori ? »
En d'autres temps, Harry aurait probablement répondu « le Doloris ». Mais son approche du sort avait changé depuis peu. Aussi répondit-il qu'il ne savait pas. La question suivante apparut.
« Quelle est ta potion favorite ? »
« La goutte lunaire de Mandlevskaiev », écrivit-il sans hésiter.
« Pourquoi ? »lui demanda alors ingénument le parchemin.
Harry laissa sa plume lui chatouiller doucement les lèvres et le nez tandis qu'il fermait les yeux pour tenter de formuler une réponse. Les effluves douces-amères de la potion en phase de préparation lui emplirent les narines. Ce n'était qu'une illusion bien sûr. Mais il y était. Dans le laboratoire. Les ombres fraîches des sous-sols ; le carrelage glacé du plan de travail ; la lumière dansante des flammes sous les chaudrons ; ces odeurs épicées douceâtres et mortelles provenant des bocaux d'ingrédients sur les étagères ; celle montant par moments de la préparation bouillonnante, avant que la potion ne se stabilise sur cette neutralité de couleur et d'odeur qui la caractérisait ; les instructions sur le tableau noir de cette écriture acérée ratatinée mais bizarrement élégante. Severus. Severus vous, Severus monsieur, Severus mangemort. Le Petit Lord s'interrogea fugitivement sur la raison de ce vouvoiement envers celui qui n'était qu'un serviteur après tout…
-Qu'est-ce que j'obtiens quand j'ajoute une pierre de lune dans une potion de sommeil ?
-Un poison Fais-Dodo-Pour-Toujours sans changer ni l'odeur ni le goût ni la consistance de la potion.
-Oui et quel est le nom de ce poison ?
-J'arrive jamais à me souveniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiir…
-La goutte lunaire de Mandlevskaïev.
« Pourquoi ? »
« Parce que Severus. », répondit ingénument Harry.
« Quelle est ta plante favorite ? »
« Je n'en ai pas ; toutes les plantes ont leur utilité et si je n'ai d'affection particulière pour aucune d'entre elles, je sais reconnaître les vertus de chacune. »
Harry avait lu cette idée dans l'introduction d'un volume de Mille Herbes et Champignons Magiques et l'avait aussitôt adoptée.
« Quel est ton animal favori ? »
« Le lézard car », commença Harry, anticipant la question du pourquoi, « il est le cousin moins admiré mais par pour autant méprisable du serpent, le très noble emblème de Salazard Serpentard. Et parce que je sais parler aux lézards. »
Harry savait également parler aux serpents mais, ayant d'abord découvert cette aptitude en conversant avec Gloubi, pour lui, le Fourchelang était surtout et avant tout la langue des lézards.
« Quelle est la chose la plus importante pour toi ? (autre que la Magie) »
« Le piano » écrivit fiévreusement Harry.
« Pourquoi ? »
Pour-quoi. Le mot résonna dans son esprit.
« Je ne peux pas vraiment expliquer. Je n'ai pas les mots.
« C'est comme la voix de quelqu'un qu'on aime.
« C'est comme ta musique préférée : c'est un peu comme d'entendre les toutes premières notes. Il y a quelque chose qui explose dans tout mon corps. Et d'un coup, je suis parti. On dirait que je suis perdu ou malade comme un fou.
« C'est un peu comme d'être en colère…C'est un peu comme d'être effrayé…
« C'est un peu comme quand tu viens juste de pleurer : tu es vide et plein à la fois. (2)
« Au piano, y a quelque chose qui change en moi. Je ne sais pas ce que c'est, c'est difficile à dire.
« Une brûlure très profonde. Qui fait bouger mes bras, tordre mon cou, soulever mes épaules, comme ça, comme ça, et à la fin tu tapes des pieds et des doigts parce que c'est par là que ça sort. Ça te brûle tout le corps. Et ta tête résonne.
« Et si on te demandais ce que tu penses pendant la musique, après, tu dirais que tu ne penses à rien même si c'est pas vrai : dans ta tête il y a la même brûlure qui ne fait pas mal, elle pulse contre tes oreilles, ton front ; c'est la musique…Depuis le tout petit moment où tu entendais les premières notes, tu n'as pensé qu'à ça, elle a grossi, grandi en toi ; elle t'a brûlé, elle te brûle…Comme un charme qu'on ne t'a jamais jeté, et tu sais tout de suite ce qu'il te fait… Comme la fièvre, que tu aurais envie d'attraper… Et…et…ça te plaît…
« Vous avez terminé de répondre à ce questionnaire. »
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Se redressant dans son fauteuil, Harry chercha des yeux le lieutenant Akata ou Agamemnon, aperçut ce dernier et leva sa feuille, au bout de son bras tendu. L'homme glissa jusqu'à lui et saisit son questionnaire sans lui jeter un regard. S'il y avait une chose à laquelle Harry n'était pas habitué c'était d'être traité comme tout le monde et non comme un être exceptionnel. Cette vague indifférence le déstabilisait.
Jetant un regard circulaire à l'immense salle il constata que quelques élèves avaient déjà quitté leurs sièges. Se levant, il se dirigea à son tour vers la Porte du Vent, dérangeant au passage une quinzaine de garçons et filles dans la rangée, qui durent rabattre leurs jambes par force contorsions.
Arrivé devant l'arcade, il prit quelques instants pour observer le phénomène magique qui l'enchantait. Il s'agissait d'un flux, purement décoratif selon lui. Ce genre de procédé recelait habituellement un système d'empreinte magique, délivrant ou non un droit de passage à celui qui se présentait devant la Porte, mais le Petit Lord, observant attentivement les courants d'air bleutés qui allaient et venaient entre les pierre, ne sentait rien d'autre d'une magie très simple, de troisième ordre, totalement inoffensive : la Magie des prestidigitateurs moldus, à la rigueur. Il traversa la Porte du Vent, et fut caressé par un frais Joran.
Derrière l'arcade, une vingtaine d'élèves grouillait, à genoux, dans une petite pièce circulaire. Ils semblaient fouiller la surface du sol, apparemment recouverte de petits vers noirs. Un instant écœuré, Harry constata qu'il s'agissait en réalité de bracelets de cuir. Il se rappela alors l'indication du directeur : « Derrière cette Porte, il y a un bracelet à votre nom. Accrochez-le à votre cheville. »
Qui ne tente rien n'a rien. Harry dégaina sa baguette et jeta un sortilège d'attraction. Le seul résultat probant fut la vingtaine de regards exaspérés que lui lancèrent aussitôt les autres élèves présents.
-Ça ne servir pas, articula une adolescente pataugeant dans les bracelets, avec un accent qu'Harry ne put identifier. Toi dois chercher. Avec les mains.
Le Fils des Ténèbres l'ignora superbement.
Troisième enseignement de Lucius : lorsqu'un Accio ou un autre sort de cycle 1ne fonctionne pas, deux possibilités existent : celle que l'enchantement qui le rend inefficace soit plus puissant qu'Harry, et celle qu'il le soit moins. Dans le premier cas, il est inutile d'insister, il faut contourner l'obstacle par l'ingéniosité. Dans le second cas en revanche, pour peu qu'Harry connaisse le sortilège de cycle 3 indiqué, et mette suffisamment de volonté dans sa réalisation, l'enchantement ne ferait pas le poids.
-Desidereo Maxima bracelet Petit Lord, dit-il d'une voix claire, déterminé.
Un bracelet fusa vers lui si soudainement que son cuir lui cingla la joue.
-Ouch !
C'était un bracelet très simple ; sa seule originalité résidait dans la dénomination du propriétaire en lettres dorées et argentées : LE PETIT LORD. Harry l'enfila, alors qu'autour de lui les élèves surexcités imitaient avec plus ou moins de succès son Desidereo Maxima.
Dès que le mécanisme de plomb se fut fermé sur son poignet, Harry sentit confusément un étau magique le serrer. Et il se rappela instantanément la mise en garde de Claude.
Obéis à tout ce qu'il dira mais ne met surtout pas le bracelet.
…Bravo ! Brillant ! Paniqué, il usa de toutes ses forces pour l'arracher mais ses efforts physiques restèrent vains, de même que ses diverses incantations. De deux choses l'une : ou il s'agissait d'un sortilège irréversible ; ou bien il s'agissait de ce qui s'appelait communément un sortilège-forfait, qui, une fois déclenché, durait le temps précisément déterminé par son auteur – ce qui pouvait aller de quelques minutes à plusieurs siècles, étant compris qu'une fois l'auteur de l'enchantement trépassé, il était facile de se défaire de son œuvre. Harry inspira bruyamment, tentant de se montrer rationnel. Avant de décider qui il devait tuer, peut-être valait-il mieux cerner la nature exacte de cet étau magique. S'écartant du groupe agité des autres garçons et filles, Harry se concentra en lui même pour tenter de sentir les vibrations émises par le bracelet.
C'était de la magie si fine, si délicate et si puissante à la fois qu'il se sentit sale et miséreux à son contact. Déboussolé, il réessaya plusieurs fois de cerner le type de sortilège auquel il avait affaire mais dut, après quatre échecs consécutifs, se résoudre à se contenter d'une vague approche : il lui semblait que son bracelet constituait une sorte de traceur. Tout ce qu'il espéra sur le moment fut qu'il ne briderait pas ses pouvoirs.
Emboîtant le pas à un élève méritant qui était parvenu à trouver par la seule force de sa patiente et de sa persévérance le bracelet qui lui était attribué parmi les centaines qui jonchaient le sol, Harry sortit de la pièce.
Il se retrouva alors dans un couloir très illuminé, de sorte qu'il dut fermer les paupières le temps d'habituer ses yeux à la clarté du lieu. Selon les indications du directeur, songea-t-il, il devait maintenant rencontrer un djinn qui lui donnerait son uniforme. Harry ne savait pas trop à quoi s'attendre. Dans les romans qu'il avait lu, les djinns étaient des sortes de génies, de démons, plus ou moins soumis à la volonté humaine selon les histoires. Cependant, lorsqu'il ouvrit les yeux, le Petit Lord ne vit aucune créature magique, sinon trois garçons plus vieux que lui qui semblaient attendre quelque chose de deux hommes vêtus de noirs à la façon de la Secte des Assassins, reconnut-il pour en avoir torturé des membres en plusieurs occasions au Château d'Albanie.
-Vous êtes les Djinns ? demanda le premier garçon à l'un des hommes en noir, dont le visage était dissimulé par un turban.
Seuls deux iris jaunes étaient distinguables. L'homme, ou ce qui avait l'apparence d'un homme, hocha lentement la tête. L'on percevait dans ce mouvement une étrange maîtrise de soi, qui donnait l'impression qu'il aurait pu vous trancher la gorge en une seconde avec le même calme olympien. Inconsciemment, Harry banda ses muscles, prêt à se défendre.
Le djinn tendit le bras et tapota son poignet gauche de son index droit, fixant intensément le garçon qui lui avait adressé la parole de son troublant regard inhumain. Il répéta son geste trois fois, jusqu'à ce que le garçon, mal à l'aise, comprenne :
-Ah, le bracelet ! murmura-t-il en fouillant dans sa poche. Je l'ai, dit-il au djinn en sortant la petite bande de cuir. Voyez. Kotkin Junior.
Harry dépité, constata que le djinn ne lui intimait pas de l'accrocher à son poignet ou à sa cheville, et en déduisit qu'il y avait manifestement des raisons de ne pas le faire, quoiqu'ait pu dire Insan Greek. Le garçon avait dû lui aussi être mis en garde par un ancien élève. Et lui s'était souvenu de ce conseil.
Le djinn hocha la tête en observant le bracelet, puis la pencha sur le côté, l'air d'observer en détail l'oreille droite du garçon. En réalité, il prenait ses mesures. Il claqua des doigts et son compagnon, identiquement vêtu de noir de la tête aux pieds, lui tendit alors un sac en tissu blanc, que le premier djinn donna à son tour au garçon. Ce dernier, le sac entre les mains, hésita quelques instants à, semblait-il, poser une question, puis s'éloigna de quelques pas pour ouvrir son sac. Le cérémonial intriguant se répéta avec l'élève suivant. Observant à la dérobée celui qui se nommait Kotkin Junior, Harry le vit enfiler l'uniforme que contenait le sac.
Il s'agissait d'une tenue moldue. Pantalon blanc, T-shirt blanc serré, sweat-shirt blanc à capuche que Junior se noua avec dégoût autour de la taille, socquettes blanches et tennis blanches. Harry se dit qu'il s'agissait là d'une épreuve visant à tester leur résistance psychologique, il ne pouvait en être autrement. L'idée d'enfiler des vêtements moldus le révoltait au plus haut point, et le souvenir de la dernière fois où il l'avait fait lui filait des angoisses. Il ne pouvait s'agir du véritable uniforme de l'Ecole d'Insan Greek, qui éduquait des petits sorciers du monde entier avec pour optique la supériorité de la communauté sorcière sur la société moldue. On ne pouvait pas apprendre à lancer des Doloris en jeans et baskets !
Le deuxième garçon devant Harry, après avoir montré au djinn le bracelet à son nom qu'il sortit de sa poche, reçut le même sac de tissu blanc que Junior, et avec la même expression se décala sur le côté pour enfiler la même tenue moldue blanche, et, accoutré ainsi, grimaça exactement de la même façon. Boudant, Harry se résolut malgré tout à les imiter. Il ne garda que son bracelet qu'il ne pouvait défaire, et son médaillon. Ces vêtements moldus déclenchaient en lui une réaction quasi urticaire. Ses mains étaient moites, son nez retroussé, ses sourcils froncés, son regard mauvais. S'il avait fermé les yeux, il aurait pu se croire à Godric's Hollow, et cette idée le rendait malade.
Le Fils des Ténèbres était en perte de repères. Il ne savait pas dans quelle partie du monde il se situait, il savait juste qu'il avait chaud, trop chaud ; il ne savait pas quelle heure il était ni même si une quelconque horloge sonnerait à midi – peut-être était-il plus de midi, il savait juste qu'il avait faim ; il ne savait même pas qui étaient toutes ces personnes autour de lui qui ne lui donnaient pas leur véritable identité, il ne savait même pas si les djinns étaient bien des djinns, et puisque rien n'était sûr, les lieutenants Akata et Agamemnon pouvaient tout aussi bien ne pas être humains ; et le plus troublant de tout, privé de cette manière particulière d'exister qui était de se voir craint, respecté, admiré, obéi des mangemorts, et dirigé, protégé et aimé de Voldemort, l'enfant ne savait plus très bien qui il était. Il ne s'appelait plus Harry, ou l'Héritier, et n'était plus vêtu que d'un ensemble blanc – couleur quasi inexistante dans le château d'Albanie – de vêtements moldus. Le bracelet de cuir noir et le médaillon affirmait qu'il était le Petit Lord, mais pour lui, ce nom avait été donné à une personne dont les contours n'étaient pas encore bien dessinés.
Dans le flou de sa réalité, Harry décida pour ne pas se perdre davantage de singer les actes de Junior, qui avançait avec assurance vers une porte de bois claire sur laquelle était cloué un panonceau doré : « Test 1 ». Dans le couloir, Harry compta rapidement six portes, qui selon toute logique menaient aux divers tests qui leurs avaient été annoncés par le directeur. Songeant que de toute manière il fallait bien commencer par un bout, Harry pénétra à la suite de Junior dans la salle du Test 1.
Harry suivit la tête d'un blond doré de Junior, qui le dépassait d'une bonne quinzaine de centimètres, à l'intérieur de la salle déjà en partie occupée par des élèves grattant sur des parchemins. Cinq rangées de petits bureaux de bois remplissaient l'espace, mais seulement un tiers d'entre eux étaient occupés, principalement ceux du fond. D'ailleurs, Junior se dirigea spontanément vers la dernière rangée où trois sièges restaient inoccupés. Harry s'assit à côté de lui sans le regarder. Il se demanda fugitivement où était passé l'autre garçon qui avait reçu son uniforme en même temps qu'eux. Peut-être avait-il commencé par le Test 2, ou un autre.
« Test 1 :
Evaluation de tes connaissances en HISTOIRE GLOBALE du GENRE HUMAIN,
Et en HISTOIRE GLOBALE de la MAGIE. »
Harry resta bouche ouverte, fixant le tableau noir comme s'il attendait que celui-ci se métamorphose en éléphant. Histoire globale du genre humain. Comment allait-il s'en sortir ? Comment allait-il s'en sortir ? Voldemort ne lui avait jamais rien appris là-dessus. Severus non plus. Ou si, peut-être : cette histoire de guerres mondiales pourrait-elle lui servir ? Harry sortit de son apnée et referma la bouche pour se pincer les lèvres. Il fixa le parchemin devant lui, et les yeux lui sortirent des orbites.
« De quelle espèce animale l'Homme descend-il ? »
Inspirant bruyamment, Harry lut et relut la question dans un état de sidération métaphysique. Plus de deux minutes plus tard, s'extrayant du vide de sa pensée, il tourna la tête sur sa droite pour contempler Junior qui, le menton appuyé dans la paume, n'avait pas dépassé le stade de la première question, lui non plus. Lentement, très lentement, Harry saisit le parchemin entre ses mains. Comme il l'escomptait, une plume et un encrier apparurent. Il trempa la plume dans l'encre noire et, après une infime hésitation, écrivit la seule réponse envisageable.
« L'homme n'a aucun lien avec les animaux, et les sorciers encore moins ! »
« MAUVAISE REPONSE » afficha le parchemin, en rouge sang.
Harry tiqua, et se redressa sur sa chaise. Qu'est-ce que c'était que cette blague ?!
La question suivante apparut :
« Qu'appelle-t-on le Croissant Fertile ? »
Harry réfléchit cinq minutes et, la mort dans l'âme, se résolut à écrire qu'il n'en savait rien. La question suivante concernait « les trois grandes religions monothéistes », celle d'après un dénommé Confucius, celle encore d'après un certain Alexandre le Grand, et les suivantes traitaient dans le désordre de « colonisation », d' « informatique », de « SIDA », de « ruée vers l'or », de « bombe atomique », de « révolution industrielle », d' « explosion démographique »… et Harry, une fois, deux fois, trois fois, quinze fois, cinquante fois, dut répondre « Je ne sais pas ». La deuxième partie du questionnaire concernait l'histoire du monde magique mais malgré les nombreux cours qu'avait reçu Harry en la matière, il fut incapable de répondre à une bonne moitié des questions, ses connaissances s'arrêtant au mieux aux frontières de l'Europe, au pire à celles du Royaume-Uni.
Il termina son questionnaire avant Junior. Blasé, abandonnant toute idée de relecture – relire quoi ? – il mit à profit le temps qui lui restait avant de quitter la salle pour observer les autres élèves. Plusieurs avaient quitté la salle depuis son arrivée, et une quinzaine d'autre étaient entrés. Tous, bien sûr, portaient la même tenue blanche. Les lettres d'or du bracelet de cuir prescrit par Insan Greek brillaient au poignet de plus de la moitié d'entre eux, et Harry se sentit un peu moins bête. Songeant à ce que lui avait dit Claude, le Petit Lord devina qu'effectivement, la plupart des enfants avaient soit sept soit onze ans. Peut-être qu'un ou deux d'entre eux se situaient entre ces deux âges ; et cette fille, là, avait assurément plus de quatorze ans. Junior, supputa Harry, devait avoir onze ans. Les élèves venaient du monde entier, cela le Fils des Ténèbres l'avait déjà compris. Prenant pour la première fois depuis son arrivée le temps d'y faire attention, Harry observa leurs différentes couleurs de peau, la forme de leurs nez, de leurs lèvres, et de leurs yeux, et imagina les sonorités étranges de leurs langues qu'il ne connaissait pas. C'était amusant. Troublant, mais plaisant. Cela lui donnait l'impression de faire partie d'un tout plus vaste que l'univers mangemoresque.
Voyant que Junior se penchait sur la dernière question du test, Harry tendit son propre questionnaire en l'air, son regard fixé sur le djinn qui supervisait le déroulement de l'évaluation. Ce dernier fut comme secoué d'un infime tremblement, et ses yeux jaunes disparurent un instant sous ses paupières avant de retrouver ceux du Petit Lord. Avec une délicate vibration, le questionnaire s'était arraché de la main du garçon et, s'enroulant à présent sur lui-même, volait vers le bureau à côté du djinn. Semblant se mouvoir sans réellement bouger, celui-ci désigna la porte. Harry hocha la tête et entreprit, avec une lenteur délibérée, de s'extraire de sa chaise. Il ne voulait pas être séparé de Junior mais ne voulait pas non plus que cela se voie. Mais, alors qu'il se détournait de la rangée, il se sentit rassuré, car croisant par inadvertance le regard bleu ciel de Junior, il comprit que celui-ci souhaitait également rester auprès de lui. Sans doute pour garder un repère, dont Harry ne semblait pas être le seul à se retrouver dépourvu. Junior s'empressa de remettre son parchemin au djinn et ils quittèrent la salle ensemble, s'entendant ainsi tacitement pour ne pas se séparer.
-Tu as réussi à répondre aux questions ? demanda Junior une fois qu'il furent sortis.
Harry sentit de l'amertume dans le ton de sa voix, et il en aurait souri si lui aussi ne s'était pas retrouvé acculé par ce questionnaire tordu.
-Oui, répondit-il lentement, certaines de la deuxième partie.
-Beaucoup ?
-Pas mal.
-La vache…c'était dur, quand même, hein ?
-C'était très bizarre, approuva Harry.
-Ouaip. Heureusement que c'est pas noté. Je me demande en quoi ça peut bien les aider à nous répartir… Et t'imagines ? Y en a qui avaient sept ans, là ! Tu crois qu'ils ont répondu à une seule question ?
Junior rit et Harry sourit. Se dire qu'ils avaient parfois répondu là où sans aucun doute, beaucoup d'autres n'auraient jamais rien répondu, les réconfortait.
-Kotkin Junior, sourit le garçon blond en tendant sa main à Harry.
-Le Petit Lord, répondit-il en lui prenant la main. D'où viens-tu ?
Harry avait remarqué que l'anglais de Junior était très fluide. Certes, celui de Claude l'était aussi mais on sentait qu'il ne s'agissait pas de sa langue maternelle. Cependant, Junior parlait avec un accent indéniable, qui n'était pas celui de Voldemort et des mangemorts, bien qu'il fût familier à Harry.
-Los Angeles, Californie, répondit Junior. Je suis américain.
Voilà, c'était l'accent de JK.
-Et toi ? lui retourna le blond doré.
-Albanie. Je suis anglais.
-C'est où l'Albanie ?
-Dans les Balcans, expliqua Harry.
-Où ça ?
-Dans les Balcans. C'est voisin de la Grèce et de la Macédoine… Tu sais où est la Grèce ?
-Ouais…En face de l'Egypte ? proposa Junior. Je veux dire, de l'autre côté de la mer, c'est en face de l'Egypte ?
-Euh, répliqua Harry, qui n'avait pas tellement l'habitude de voir les choses sous cet angle. Cherche pas, je suis anglais.
-Ok, je sais où est l'Angleterre, sourit l'américain.
-Heureusement, fit le Petit Lord en roulant des yeux.
Il entra le premier dans la deuxième salle. Cette fois, les deux garçons commencèrent par regarder le tableau.
« Test 2 :
Evaluation de votre connaissance des DIVERSES RACES HUMAINES OU APPARENTEES. »
-Est-ce qu'il n'y a que des tests comme ça ? s'exaspéra Junior. Je pensais qu'il y aurait un peu d'action !
Harry ne répondit pas. Il s'assit au premier rang et, semblait-il de mauvaise grâce, Junior s'installa au bureau voisin du sien, posant aussitôt le coude sur la table et le menton dans sa paume. Puis, soupirant à en faire pleurer les pierres :
-Ça a l'air chiant.
Harry se pencha sur son propre parchemin et poussa un léger soupir de soulagement. Voilà qui s'approchait déjà plus du domaine de ses connaissances, décréta-t-il. Le questionnaire se présentait sous forme d'un tableau dans les cases duquel l'élève devait écrire les principales caractéristiques de chaque race humaine ou apparentée. Harry n'eut pas de difficultés pour les Géants, les Elfes, les Centaures, les Fées et les Loups-Garous, mais éprouva une désagréable sensation d'insatisfaction à ne pouvoir décrire tout à fait correctement les Sorciers et les Moldus, se heurta aux limites floues de son savoir quand il s'agit de caractériser les Spectres, les Vampires et les Êtres de l'Eau des diverses régions du monde, et atteignit son sommet d'incompétence sur le sujet des Saïyens, dont il n'avait jamais entendu parler. Il se demanda si les questionnaires comportaient des questions-pièges.
Cette fois encore il termina avant Junior, mais il constata avec une pointe de contrariété que l'américain avait plus de choses à dire que lui. Cependant, de son expression dépitée en fin de questionnaire, Harry déduisit que lui non plus n'avait aucune idée de ce à quoi ressemblait un Saïyen.
-T'as quel âge ? lui demanda Junior après avoir quitté la salle, reprenant leur conversation comme si elle n'avait pas été interrompue.
-Neuf ans et demi, répondit Harry. Et toi onze ?
-Oui. Tu crois que c'est quoi, des Saïyens ?
-Aucune idée, répliqua Harry.
Il s'apercevait pour la première fois qu'il existait dans le monde énormément de choses dont il n'avait pas connaissance.
-Je n'aime pas leurs tests, râla-t-il en toute sincérité. Ils ne pourraient pas nous demander des trucs qu'on sait ?
Junior approuva en se tortillant dans son jean.
-Je suis trop serré dans ce truc molduche, dit-il en tirant sur sa ceinture.
Le couloir était à présent encombré d'une quarantaine d'élèves, certain enfilant leur uniforme, d'autres faisant la queue pour recevoir le leur des deux djinns à silhouette humaine. Junior attrapa le bras d'Harry pour traverser le troupeau sans qu'ils ne se perdent de vue. Arrivés devant la porte du Test 3, le blond se tourna vers le brun et dit, avec un sourire de défi :
-Chiche que si c'est encore un questionnaire, on répond n'importe quoi aux questions ?
-Hein ?
-Du genre : « Quelle est la caractéristique principale d'Albus Dumbledore ? » Réponse : « Ses écailles violettes sur les fesses. »
Harry éclata de rire. Il tenta de se reprendre rapidement mais lorsqu'il voulut répéter « Ses écailles violettes » pour se moquer de Junior, il repartit de plus belle dans un fou rire incoercible. Son hilarité gagna l'américain, et ils rirent pendant un moment, se tenant les côtes. Lorsque finalement ils entrèrent dans la salle pour se calmer, Harry se massait les zygomatiques et avait les yeux humides, tandis que les épaules de Junior continuaient de se tressauter en cadence.
Dans la semi pénombre de la salle, le djinn qui supervisait le test sembla focaliser son regard effrayant sur les deux garçons qui pénétraient les lieux. Quelques élèves, debout derrière leurs chaudrons, profitèrent de la distraction apportée et sourirent à leur tour. Harry prit alors conscience de son environnement et sentit une indicible excitation monter en lui. Il tourna sa tête vers le tableau d'un mouvement si brusque que son cou craqua.
« Test 3 :
Evaluation de POTIONS »
Le Fils des Ténèbres se retint de sautiller et de taper dans ses mains. Il courut presque jusqu'au chaudron libre le plus proche, sans se préoccuper de savoir si Junior pouvait s'installer à côté de lui. Il s'avéra que non.
-Hé, camarade, lui lança ce dernier, tu m'abandonnes ?
-Désolé, répondit Harry dans un murmure. Attends.
Il regarda autour de lui et suivit finalement Junior jusqu'à la dernière rangée où, inexplicablement, leur fou-rire reprit immédiatement.
Soudain, l'américain poussa un petit cri et porta la main à sa poitrine. Harry eut à peine le temps de se demander ce qui arrivait à son nouvel ami qu'il ressentit lui-même une vive brûlure au niveau du thorax. Il baissa les yeux sur sa poitrine et constata avec effarement qu'un petit trou du diamètre d'une baguette abîmait son étincelant T-shirt blanc. Sa peau, au travers, était rougie et brûlante. Se mordant les lèvres silencieusement, il leva en même temps que Junior les yeux vers le djinn vêtu de noir à l'autre bout de la pièce. Celui-ci avait un doigt levé. Lentement, il le porta jusqu'à l'endroit de son foulard qui dissimulait ses lèvres, exhortant les deux garçons au silence. Le regard émeraude de Harry sembla un instant brûler d'une fureur contrôlée. Serrant les dents et se calmant rapidement, il baissa les yeux vers son parchemin pour lire les instructions de l'épreuve.
-Il est malade ! protesta faiblement Junior, indigné, frottant sa brûlure du bout de ses doigts.
Les potions avaient toujours eu un étrange pouvoir sur Harry. Pas exactement le même que celui du piano, mais un pouvoir analogue, qui lui permettait tantôt de s'évader dans la création, tantôt de se concentrer sur la stricte composition d'un morceau déjà écrit ou d'une potion déjà concoctée par d'autres, et ainsi de faire abstraction d'une désagréable réalité. Alors que le Fils des Ténèbres se penchait sur son parchemin, remontant ses lunettes son nez, ce fut cette dernière propriété de l'élaboration des potions qui se mit en route en lui. Il se ferma au monde extérieur. Seules ses mains, son chaudron, son feu, ses ingrédients existaient. Junior et le djinn avaient disparu.
Le parchemin dressait une liste de huit potions de différents niveaux, la plus simple étant la première et la moins aisée la dernière. Les instructions disaient : « Entoure dans cette liste la potion la plus difficile que tu sois en mesure de faire. »
Après examen attentif, le choix de Harry se porta sur la sixième appellation, le « Philtre Papoux », qui rendait celui qui l'ingurgitait incapable de distinguer ses amis de ses ennemis, et les bonnes intentions des mauvaises, pendant un peu moins d'une semaine. Il n'avait jamais réalisé cette préparation mais en avait déjà étudié la composition une fois avec Severus. La septième potion était inconnue à Harry, et la huitième était beaucoup trop complexe pour lui. Il avait entendu Severus en mentionner le nom à une ou deux reprises, mais était loin d'avoir le niveau pour se lancer dans sa préparation. Aussi attaqua-t-il le Philtre Papoux. Dès qu'il eut entouré sa potion sur le parchemin, les étagères sous son plan de travail se remplirent d'ingrédients. Harry se dit qu'il aimait bien cette magie pratique dans laquelle l'Ecole semblait être construite toute entière. Il suffisait d'avoir besoin de quelque chose pour que, par enchantement, cela apparaisse.
Harry alluma un feu doux sous son chaudron, se pencha sous le plan de travail, saisit le bocal de Terre Rouge Pacifique, celui d'écailles de varan, et un sachet de thym européen, les ouvrit délicatement un par un, les disposa à distance respectueuse du chaudron et, louchant derrière ses petits verres ronds, releva ses manches.
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Harry émergea tout à fait lorsqu'il fut ébloui par la lumière et assommé par le brouhaha du couloir encombré.
-Hé Lord ! l'appela Junior. J'ai cru que t'étais mort. Ça fait des heures que je t'attends !!
Harry lui sourit timidement en se frottant les yeux.
-Regarde ! s'exclama encore le blond, apparemment contrarié. Tout le monde a quitté la salle d'attente ! On s'est fait rattraper…
-Ah oui…
Harry observa les alentours et constata qu'effectivement, le vaste couloir grouillait d'enfants habillés de jeans et t-shirts blancs, sweat autour de la taille, une baguette en main, l'air égaré, la moitié d'entre eux observant le bracelet à leur poignet ou dans leur paume, l'autre moitié entrant et sortant des deux premières salles de test.
-Bon allez, arrête de planer ! l'enjoignit Junior, lui attrapant le bras. Test 4, c'est partiii ! cria-t-il en poussant d'autorité le Petit Lord à travers la porte dudit test.
De l'autre côté de la porte, les deux garçons se figèrent sur le seuil, bouches bées. La pièce dans laquelle ils venaient de pénétrer avait bien trois fois les dimensions de la salle d'attente qui avait contenu cinq cent personnes. Elle paraissait d'autant plus vaste qu'une faible proportion en était occupée – par des élèves jetant des sorts à des djinns. A défaut de tableau noir, tout un pan de mur supportait une large tenture carmin sur laquelle on pouvait lire :
« Test 4 :
Evaluation de Sortilèges et Métamorphose. »
Avant qu'Harry n'ait pu poser à Junior la question fondamentale qui ne tarderait pas de lui revenir à l'esprit – à savoir, quelle potion avait-il choisi de préparer à l'examen précédent – il sentit une main se refermer doucement mais fermement sur son coude et le conduire à l'écart. Le Fils des Ténèbres, même s'il n'avait que neuf ans et demi, comprit aussitôt que ces êtres d'apparence humaine et vêtus de noir était puissants, très puissants, et inhumains, totalement inhumains. Tandis que le djinn le menait tranquillement vers une rangée de tatamis libres, il ne serait pas venu au Petit Lord la folle idée de résister. La magie qu'il sentait presque brûler son métabolisme sorcier personnel à l'endroit de son coude, n'avait rien à voir avec tout ce qu'il avait connu jusque là. Le sentiment de perte de repères qui l'avait saisi quelques temps auparavant le visita à nouveau fugitivement.
Il sentit sous ses pieds la souplesse des tatamis qu'il avait aperçus, et le djinn le lâcha. Regardant rapidement autour de lui, Harry constata que tous les élèves se trouvaient dans une position similaire à la sienne. Debout sur un tatamis, baguette en main, faisant face à un djinn enroulé dans du tissus noir qui, mains nues, se tenait immobile, à cinq mètres. Le Petit Lord nota que Junior se faisait amener à sa droite par un autre djinn.
-Impedimenta, dit le djinn d'Harry.
L'enfant se contracta, se morigénant intérieurement de n'avoir été plus attentif à ce qui le concernait. Mais il se rendit aussitôt compte qu'aucun sortilège ne l'avait touché. Il haussa les sourcils, interloqué.
-Impedimenta, répéta le djinn, lentement. Lance un Impedimenta.
-O…Ok, dit Harry.
L'enfant leva sa baguette et se concentra un maximum. Ce n'était assurément pas le moment de faire apparaître une glycine envahissante.
-Impedimenta !
Harry ne sut quel effet eut son sortilège. Le djinn, qui ne bougeait déjà pas, ne bougea pas davantage. Et un instant plus tard, il déplia son bras droit avec souplesse et, sur un parchemin qui venait d'apparaître dans les airs, griffonna quelque chose.
-Que faîtes vous ? demanda poliment le Petit Lord, d'une voix fluette.
Le regard jaune du djinn le transperça de part en part. Harry avait ressenti depuis quelques heures, que ces créatures ne maniaient pas les mots aisément, ou du moins ne semblait pas raffoler de la langue anglaise. La voix douce, eu peu étouffée par le foulard noir, proféra sans doute le moins de syllabes qu'il lui était possible :
-Je note ta force pour Insan.
…Très bien. Harry se devait d'être impressionnant. Pour faire honneur à son père.
-Stupéfix, indiqua le djinn.
-Stupéfix ! cria le Petit Lord.
Le djinn sembla reculer d'un pas, comme sous l'effet d'un coup de massue, mais le rayon de lumière rouge n'eut aucun des effets habituels : la silhouette noire ne fut pas projetée plusieurs mètres en arrière ni même ne tomba sur le tatamis et ne sembla pas non plus se stupéfier sur place, ce qui était, en toute logique, le but premier de ce sort. Le parchemin apparut flottant dans les airs et le djinn y inscrivit quelque chose.
Le test se poursuivit de la même manière pendant plus d'une heure. D'Accio à Impero en passant par Incendio et Wingardium Leviosa, le djinn évalua une quantité phénoménale des sortilèges qu'Harry connaissait. Tous. Il les connaissait tous. Il ne savait quelle note méritaient ses actes de magie, mais il n'eut pas le déplaisir de ne pas être en mesure de les produire, contrairement à son voisin de gauche, qui fondit en larmes lorsque son djinn, pour la quatrième fois, lui demanda un sortilège qu'il ne connaissait pas. Harry en avait été sidéré.
Harry pleurait très rarement. Très, très rarement. Il ne pleurait que lorsqu'il était incommensurablement triste. En d'autres situations, les larmes lui venaient assez facilement aux yeux mais ne coulaient presque jamais. Et, présentement, Harry ne voyait vraiment pas ce qui pouvait faire pleurer son voisin de gauche : aucune douleur physique, aucune tristesse n'avaient pu l'atteindre par le simple mot « Ferula » ; à la rigueur une certaine frustration de ne pas connaître ce sort de soins, mais Harry ne pouvait concevoir que l'on pleure de bête frustration.
Le Harry de neuf ans et demi ne se souvenait déjà plus du Harry de cinq ans.
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Le petit s'était mis à pleurer. Subitement. Il serrait toujours sa baguette dans son petit poing, le chat ayant réchappé de l'Endoloris se terrant sous l'unique meuble de la pièce, une vieille commode.
Severus se passa la main sur le visage et soupira. Le Maître voulait que son Héritier apprenne à jeter le Doloris : il s'agissait d'une demande légitime. L'Héritier n'avait que cinq ans : il s'agissait d'un détail.
Le mangemort se demandait tout de même s'il était raisonnable d'attendre d'un marmot le comportement d'un tueur.
En fait non. Le mangemort ne se posait aucune question – ou si peu. Il savait que rien, dans le comportement du Seigneur des Ténèbres, n'était raisonnable. Il n'était d'ailleurs pas entré dans Ses rangs pour suivre la bienséance, mais plutôt pour toucher, ou tout juste effleurer, un peu de Sa grandeur. Tout ce que faisait le Seigneur des Ténèbres était grand. Et encore une fois, Il voyait grand, mais cela n'avait rien de surprenant. Le Doloris à cinq ans.
Le petit était tout petit, lui.
Et il pleurait.
Il faudrait bien surmonter ce blocage un jour ou l'autre !
Severus rangea sa propre baguette dans la poche intérieure de sa cape. Son regard fit le tour de la pièce, et retomba sur le corps fragile qui pleurait silencieusement, honteusement, cachant son visage derrière des mains ridiculement petites.
Inspiration.
-Pourquoi tu pleures ?
Severus n'avait pas voulu être si désagréable. Il n'avait pas l'habitude, simplement pas l'habitude, pas l'habitude de tout ça. In-spi-ra-tion…
Le corps de l'enfant s'était contracté, comme s'il voulait disparaître en lui-même. L'Héritier du Seigneur des Ténèbres renifla :
-Pa…parce qu'il sera pas…pas c-content…
En fait, songea Severus en s'accroupissant lentement au niveau du garçon, en fait Harry avait saisi plus vite que tout le monde la loi qui régissait le manoir d'Albanie. Contenter le Maître.
-J'aime pas quand il est pas content, poursuivit l'enfant en essuyant ses larmes.
-Personne n'aime ça, répondit doucement Severus, plus pour lui même que pour l'Héritier. Ça va, c'est fini ?
L'enfant hocha la tête, gravement.
-Si j'arrive pas…
-Si tu n'y arrives pas aujourd'hui, tu y arriveras demain.
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-Animagus ? demanda le djinn, entamant la deuxième partie du test, la métamorphose.
-…Non…répondit Harry. Je veux dire…je n'en suis pas un.
-Essaie, trancha le djinn.
Harry roula des yeux. Ben voyons. Le garçon baissa le bras qui tenait sa baguette et entreprit de réfléchir quelques instants. Il ne connaissait pas la méthode employée pour se transformer en un animal. Voldemort méprisait ce genre de magie. Lui aussi, donc. Se changer en bête à poil, à plume ou à écailles ? Quelle indignité…En serpent, à la grande rigueur, et encore. Les sorciers avaient la chance d'être nés au sommet de la chaîne animale, c'était vraiment insulter le destin que de vouloir rétrograder sous une forme moins évoluée.
Il ne connaissait pas la méthode, de toute façon. Et il existait de meilleurs moments pour ce genre d'expériences que le test d'entrée de sa première école. Pas vrai ?
-Un autre jour, répliqua Harry.
Le djinn se dispensa gracieusement du moindre commentaire et griffonna quelque chose sur le parchemin qui lui apparut, comme à son habitude.
-Change ça en oiseau.
Une chaise très stylisée se matérialisa sur le tatamis. Harry l'observa attentivement, satisfait. Ça, c'était dans ses cordes. Il fit un petit mouvement de baguette et le dossier se bois se mua insensiblement en un plumage fuligineux, tandis que l'un des quatre pieds s'étirait, donnant naissance à la tête d'un magistral albatros.
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-Junior ?
-Hm.
Harry vivait quasi quotidiennement auprès du Mage Noir le plus redouté du monde. Il connaissait le ton qui signifiait : « Si on m'embête, je mords ». Mais précisément, il ne craignait pas Junior. Et il avait envie de se détendre. En d'autres termes, il avait envie de l'embêter.
-C'est quoi ta forme animagus ? demanda-t-il innocemment.
-Je suis pas animagus ! s'écria Junior.
-Ah bon ?
-Mais non !! Tu es animagus toi ?
-Bien sûr, rétorqua Harry, très digne. Je me change en baleine.
Junior stoppa sa marche et planta son regard bleu pâle dans celui émeraude du Petit Lord. Les coins de sa bouche frémirent, comme s'il résistait à l'envie d'éclater de rire.
-C'est pas drôle, dit-il finalement en détournant la tête. Y a plein de sorts que je connaissais pas.
-Comme ?
-…Pff…Sectusempra, Inflammare Corpus, Dislokeo, Putra…plein, je te dis…je me souviens pas de tout.
Harry fronçait les sourcils.
-Qu'est-ce qu'il y a ? interrogea le blond. Tu…tu les connais, toi ?
-Oui, répondit Harry sans défroncer les sourcils.
Il y avait quelque chose de bizarre là dedans.
-Tu ne connais aucun sortilège de torture ? se risqua à demander le Petit Lord, n'y croyant pas.
L'américain écarquilla les yeux et regarda Harry comme s'il était fou.
-De torture ? …Pour quoi faire ?
-…
-Arrête, tu… tu me fous les jetons, répartit Junior en riant nerveusement.
Harry fit de son mieux pour changer sa grimace incrédule en sourire.
-Dis, c'est qui ton tuteur ? questionna-t-il pour changer de sujet.
-David Copperfield, répondit aussitôt Junior avec un large et orgueilleux sourire.
-…Connais pas.
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Sur le tableau était seulement inscrit :
« Test 5 »
-Pourquoi ils n'annoncent pas ce qu'ils testent, cette fois ? interrogea Junior à mi-voix, l'air méfiant.
Harry ne répondit pas, occupé à observer la salle. Pour la première fois, il ne vit aucun élève : de hautes tentures rouges sang étaient dressées d'un bout à l'autre de la pièce. Il devina qu'il ne tarderait pas lui même à s'escamoter derrière l'une d'entre elles, emporté par un djinn vêtu de noir.
-Je le sens pas, dit Junior. Je le sens pas du tout.
Il paraissait fébrile. Harry haussa les épaules. Soudain, deux djinns furent là, sans que les garçons ne les aient vu approcher.
-Bonne chance, glissa le Petit Lord à son camarade.
-Bonne chance Lord, répondit Junior avec un demi-sourire.
Le djinn guida Harry à travers les tentures rouges en le tenant par le coude. A chaque fois qu'ils passaient un nouveau rideau, de terribles hurlements retentissaient aux oreilles de l'enfant. Ils s'éteignaient l'espace d'un instant lorsqu'ils passaient un nouveau rideau, pour être aussitôt remplacés par d'autres de niveau sonore identique. Le djinn tirait Harry si vite que celui-ci était presque obligé de courir pour caler son pas sur le sien, ce qui l'empêchait de prêter attention aux corps arqués qui traversaient son champ de vision entre deux tentures.
Mais il n'avait pas besoin de les voir pour comprendre. Harry connaissait bien ces hurlements. Très bien même. Alors qu'ils passaient un ultime rideau, il fut presque surpris par le silence tranquille qu'il renfermait. Le djinn arrêta sa course et le lâcha.
L'espace clos entre deux tentures faisaient une dizaine de mètres carrés. Il y avait Harry, il y avait le djinn, et en face de Harry, il y avait un homme – un sorcier, manifestement. Le djinn s'adressa à ce dernier :
-Baguette.
L'homme se défît de son arme, qui disparut dans les plis sombres de la tenue du djinn. Celui-ci se saisit du parchemin et de la plume habituelle mais cette fois, un pupitre se matérialisa devant lui, lévitant. Il leva sa plume et interrogea Harry du regard :
-Nom ?
-Le Petit Lord. Vos collègues ne me l'ont pas demandé…
Le djinn l'ignora superbement et, d'un clignement de paupières, fit apparaître un autre parchemin devant Harry, qui s'en saisit, perplexe. Après avoir griffonné le nom de l'élève, il releva la tête et expliqua les règles du jeu au garçon :
-Tu lui poses une question. Si sa réponse est fausse, tu lui jettes un Doloris.
Harry haussa un sourcil amusé. Drôle de test. Se penchant sur son parchemin, il lut la première question. La réponse fut correcte. Jetant un œil au djinn, le Petit Lord constata que celui-ci prenait en note. Quoi donc ? Mystère.
Il posa la deuxième question. La réponse fut incorrecte. Harry leva sa baguette, et l'homme hurla.
Le djinn n'avait pas précisé combien de temps l'élève devait torturer sa victime. Harry leva le sort au bout d'une vingtaine de secondes, et jeta à nouveau un œil au djinn, qui écrivait de plus belle sur son parchemin.
-Excusez-moi ? appela Harry, un sourire poli sur son visage. Je ne comprends pas à quoi sert ce test.
La créature magique lui adressa un regard jaune brûlant, et répondit, paisiblement :
-Il sert à Insan. Pour choisir ton dortoir.
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-Nom ?
-Kotkin Junior. Est-ce que c'est normal qu'au test d'avant on me l'ait pas demandé ?
Voyant que le djinn faisait preuve de surdité sélective, Junior soupira. Okay, cette école, c'était la grande classe. Son père le lui avait promis. N'empêche que. On ne lui avait pas parlé de ces tests bizarres. Il n'en était même pas fait mention dans le protocole d'inscription.
Un parchemin apparut devant le nez de Junior. Surpris, il l'attrapa, et faillit mimer l'agonie lorsqu'il constata qu'il s'agissait encore d'un questionnaire d'Histoire.
Sauf qu'il y avait les réponses. Hm hm… Il s'agissait peut-être d'une erreur…
La voix suave du djinn l'interrompit dans son dilemme – allait-il ou non profiter de l'erreur sans la signaler ? – pour lui faire part d'instructions :
-Tu poses les questions, il répond. S'il se trompe, tu lui jettes un Doloris.
Les mots mirent presque une minute à prendre sens dans l'esprit de Junior.
-Je…je…vous voulez dire, lui, là ? bégaya-t-il en désignant l'homme en face de lui. Moi je pose les questions ?
Le djinn donna son assentiment d'un imperceptible hochement de tête, et griffonna quelque chose sur son parchemin.
-Je pose les questions, répéta Junior ébahi, espérant qu'on allait le contredire, lui il répond…et s'il ne donne pas la bonne réponse, je doisle torturer ?
Le djinn confirma de la même façon. Sa plume courait furieusement sur le papier.
Junior resta figé, mi incrédule-mi scandalisé. Son regard se porta lentement sur l'homme en face de lui. Puis sur sa baguette.
-Il est volontaire ? demanda-t-il d'une petite voix.
Le djinn ne répondit pas et poursuivit sa prise de note. Après quelques minutes de débat intérieur, la main de Junior tenant sa baguette se leva, lentement. Le garçon se mordit la lèvre.
-Je n'ai jamais appris à utiliser les impardonnables, dit-il d'une voix claire.
-Essaie, trancha le djinn.
Junior prit une inspiration.
-…Je refuse.
Sa main retomba. Derrière son parchemin, le djinn sembla l'observer avec intérêt. Junior demanda d'une voix faible :
-Est-ce que je suis quand même accepté à l'école si je refuse ?
-Oui.
-…Je refuse, alors, maintint-il fermement.
Le djinn sembla prendre une ultime note. Puis :
-Va au test suivant.
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-Nom ?
-Ikki.
Le petit japonais observa avec attention l'homme qui se tenait debout, deux mètres en face de lui. Il avait entendu les cris déchirants. Il ne savait pas de quel test il s'agissait mais était prêt à se défendre. Ou peut-être devrait-il prouver son endurance ? Ikki frissonna compulsivement. S'il devait à nouveau subir le Doloris, il l'accepterait sans protester. Mais cette perspective lui faisait monter les larmes aux yeux.
Le djinn habillé en touareg confisqua à l'homme sa baguette. Ikki se détendit imperceptiblement mais fronça légèrement les sourcils. Et si c'était un piège ? Pour évaluer sa vigilance, son temps de réaction… ? Un parchemin apparaissant devant lui dans un léger bruissement le tira de ses pensées. Il s'en saisit, et constata qu'il s'agissait d'une liste de questions-réponses.
-Tu lui poses ces questions. A chaque réponse fausse, tu lui jettes un Doloris.
Ikki faillit sursauter. Il fallut un long moment pour que l'ordre du djinn pénètre son esprit. Une fois le sens de l'instruction appréhendé, il cligna deux fois des yeux, hébété. Le garçon entendit une plume gratter sur un parchemin.
Ikki lança un long regard charbon à sa victime désignée, et lui souhaita mentalement de connaître les bonnes réponses. Puis, après s'être discrètement raclé la gorge, il lut à haute voix la première question.
La réponse fut correcte. Ikki adressa un demi sourire à l'homme. Il lut ensuite la deuxième question.
La réponse fut incorrecte. Ikki leva sa baguette. Dommage.
-Endoloris !
Il s'appliqua à mettre toute sa puissance dans ce Doloris. Il lui tenait beaucoup à cœur d'avoir les meilleurs résultats possibles à cette évaluation d'entrée. De plus, Ikki désirait ardemment ne pas décevoir le Directeur, qui s'était montré gentil avec lui.
Le garçon leva le sortilège, et sa victime faillit s'écrouler sur le sol, essoufflée. Troisième question.
Le djinn prenait en note.
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D'un air ennuyé, Harry entreprit de compter les questions qu'il avait déjà posées. Cinq, dix, quinze, vingt, vingt-cinq, trente… Trente-quatre. Les trois quarts des réponses ayant été fausses, le malheureux candidat en face de lui était à terre, essoufflé, ayant à peine la force de gémir, mais curieusement, il continuait de former des phrases intelligibles. Harry savait que cela ne durerait plus longtemps. Cet homme était à l'évidence de constitution faible, et n'avait pas de leitmotiv. Le Fils des Ténèbres ne comprenait pas par quel miracle sa victime parvenait encore à parler, mais il savait très bien que s'il lançait un nouveau Doloris, il la tuerait. Purement et simplement.
Harry se sentait mal à l'aise. Non que l'idée de tuer cet inconnu le perturbât, mais, d'un, il avait l'interdiction expresse de son père d'assassiner quiconque, et de deux, on lui avait seulement demandé de torturer ce type… pas de le tuer.
Après un soupir, il lut la question suivante. Sans surprise, les mots que baragouina l'homme à terre formèrent une mauvaise réponse. Harry jeta un œil au djinn.
-Dîtes ? Je dois le tuer ?
-…Le torturer.
-Mais si je continue, je vais le tuer. Je dois continuer ?
Le djinn sembla un instant chercher ses mots.
-Oui, dit-il finalement, avant de se pencher à nouveau sur son parchemin, qu'il s'empressa de couvrir d'annotations.
Harry jeta son dernier Doloris. Sa seule pensée cohérente sur le moment fut d'espérer que Voldemort n'entende pas parler de ce test. Dans un râle épouvantable, l'homme s'arqua une dernière fois et s'écroula, inconscient. Mort.
Le djinn resta plume en l'air quelques secondes, le regard fixé sur Harry. Puis sa voix, grave et douce, retentit :
-Je dois te poser des questions dans ce cas.
Harry écouta attentivement.
-Tuer cet homme était ce que tu voulais faire ?
-…Bah…oui…répondit le Petit Lord après avoir bien réfléchi. Je savais…qu'il allait mourir…
-Avais-tu déjà tué ?
-Oui…
Le djinn, lentement, prit en note ses réponses.
-Va au test suivant.
Harry, totalement perdu, entreprit de retraverser toutes les tentures en sens inverse.
Il n'avait vraiment rien compris à ce test.
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L'homme hurlait. Ses muscles craquaient. Tout son corps n'était que tension, déchirement. Son nez saignait abondamment.
Subitement, il s'écroula.
Le silence qui s'ensuivit brûla le corps d'Ikki comme mille glaçons tranchants. Son bras retomba comme celui d'un pantin désarticulé.
-Je…je… Il est… … … ?
La voix du djinn le fit sursauter.
-Je dois te poser une question dans ce cas.
Le regard d'Ikki restait scotché au corps sans vie qui gisait sur le sol, à à peine deux mères de ses propres pieds. Tué de sa main. La respiration du garçon reprenait doucement, et il se rendit compte qu'il était en apnée depuis presque une minute.
-Tuer cet homme était ce que tu voulais faire ?
-…non… …Non ! Je…Gomen…
Il ne trouvait plus les mots anglais. Désolé. Désolé. Désolé. Ce n'était pas ce qu'il voulait. Il entendit une plume courir sur la surface rêche d'un parchemin.
-Avais-tu déjà tué ?
-Non, je n'ai jamais…
Sa voix fluette se perdit.
-Regrettes-tu qu'il soit mort ?
-Je…Peut-être…
Le djinn griffonna quelques mots sur son papier.
-Si je te dis que tu as réussi l'exercice, regrettes-tu qu'il soit mort ?
Ikki sentit un énorme soulagement et une immense félicité l'envahir. Il en aurait presque rit.
-Non.
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Junior accueillit Harry avec un sourire moins franc que précédemment. L'américain était ressorti de la salle presque immédiatement, mais le Petit Lord avait mis beaucoup plus de temps. Junior se méfiait de ce que cela pouvait signifier.
-Super bizarre ce test, non ? grincha Harry en toute sincérité en retrouvant son camarade.
-Tu l'as dit ! s'exclama celui-ci en lui donnant une tape dans le dos, rassuré. Méga bizarre même.
Il arrivèrent devant la dernière porte du couloir en même temps qu'un garçon de la taille de Harry typé asiatique.
-Tu es Ikki ? demanda timidement le Fils des Ténèbres.
Le garçon lui fit un demi-sourire agréablement surpris.
-Oui…comment le sais-tu ?
-J'étais dans la rangée derrière toi pendant la cérémonie, expliqua Harry en sentant ses joues rougir au souvenir de sa punition.
-Ah, répondit le japonais. Tu sais, je ne suis jamais puni, d'habitude, précisa-t-il précipitamment.
-…J'ai reçu un Doloris aussi, lui révéla Harry entre ses dents, derrière un sourire contrit.
-Vous avez reçu un Doloris après la cérémonie ? demanda Junior, apparemment très surpris.
Les deux autres garçons confirmèrent discrètement.
-…Moi aussi ! s'exclama le blond. Je ne vous ai pas vus ! Vous avez pris combien ?
-Dix secondes, lâcha Harry, qui aurait mieux aimé ne pas en reparler.
-Une minute, murmura Ikki en tirant la même tête.
-…moi une minute quarante ! cria presque le blond, encore horrifié.
Junior semblait reprendre du poil de la bête à l'évocation de cette injustice flagrante.
-C'est dégueulasse de nous faire ça ! Vous trouvez pas ? Moi j'avais juste baillé ! En plus j'en ai eu plus que vous ! C'était pour quoi, vous ?
-…Mal coiffé, grommela Harry.
-J'ai éternué, fit Ikki.
-Ah ouais…nota Junior. C'est super nul, n'empêche, de faire ça. On n'est plus au Moyen-Âge ! s'exclama-t-il, se trouvant apparemment très spirituel.
Les deux bruns le regardèrent sans donner l'impression de comprendre sa colère. Revigoré par son coup de sang, le blondinet gonfla ses poumons et déclara :
-Test 6 ! Après c'est fini. Je crève la dalle.
Harry éclata de rire.
-Je rêve d'un gâteau au chocolat, confia-t-il aux deux autres en poussant la porte.
Le battant s'ouvrit sur un autre couloir. Les trois garçon restèrent interdits quelques instants, puis Ikki lut le message affiché au dos de la porte :
-Test 6 : Evaluation de ta débrouillardise. Trouve ton dortoir.
Il y eut un silence interminable.
-C'est une blague ? demanda finalement Junior, qui ne riait plus.
Harry fit lentement un tour sur lui-même. Ikki regarda le plafond.
-Je croyais que ces tests devaient permettre de nous attribuer un dortoir, dit Harry, le désespoir perçant dans sa voix. Comment on peut trouver un dortoir qu'on nous a pas encore attribué ? Et comment le fait de chercher ce dortoir peut les aider à nous l'attribuer ? J'en ai marre !
Ikki émit un petit rire de gorge. Junior grogna.
-Bon…dit finalement ce dernier. Vu qu'on est sûrement pas dans le même dortoir…il faut qu'on cherche chacun de notre côté… Alors… …Salut…
-Au revoir, lui répartit gentiment Ikki.
Harry continuait de tourner sur lui-même. Il songeait aux conseils de Claude. Celui-ci avait déjà subi les tests d'entrée, et lui avait donné un certain nombre de clés.
Obéir à tous les ordres d'Insan Greek. (Fait.)
Ne pas mettre le bracelet. (Pas fait.)
Ne pas parler aux gens à qui on lui conseillerait de parler. (Etrange.)
En dernier recours, aller dans le couloir des petits. (Pourquoi pas ?) Harry se rendit compte qu'il était épuisé. Il n'avait aucune idée de l'heure mais son estomac d'enfant criait famine et son corps réclamait un petit somme. En somme, il se sentait bien tenté par la solution du « dernier recours », si elle pouvait lui éviter quelques péripéties supplémentaires.
-Il faut trouver le couloir des petits, dit-il aux deux autres.
Mais Junior avait déjà fichu le camp.
-Le quoi ? interrogea Ikki.
-Le…le couloir des petits.
-Pourquoi ?
-Je ne sais pas…Tu voudrais venir avec moi ? demanda Harry, qui n'avait pas envie d'être seul.
-Oui je veux bien, sourit Ikki. Oh non ! Je…j'avais oublié !
-Quoi ?
-J'ai promis…Oh, il va être furieux !
Le japonais paraissait complètement affolé.
-J'ai promis à Pluie-Sur-La-Rivière que je l'attendrais à la fin du cinquième test !
-Qui ça ? s'éberlua le Petit Lord, se retenant d'éclater de rire.
-Un garçon…
-Un garçon ?
-Je suis vraiment désolé, s'excusa Ikki en s'inclinant. Je suis désolé.
-C'est pas grave, dit Harry, je vais chercher tout seul.
-…Comment t'appelles-tu ? demanda Ikki avant qu'il ne s'éloigne.
-Euh !
Harry se sentit mortifié d'avoir omis de se présenter.
-Harry ! dit-il. Euh non ! Le Petit Lord.
-…Le Petit Lord ?
-Oui.
-Au revoir Petit Lord, alors.
-Oui. Salut, Ikki.
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-Insan ?
Le directeur leva les yeux de ses papiers.
-Hmm ?
Il avait la bouche pleine de chocolat. Curieusement, il n'en imposait pas moins.
Le lieutenant Agamemnon, après avoir salué, pénétra dans le bureau directorial, foulant l'épais tapis rouge sang de ses lourdes bottes noires. Le lieutenant Akata entra à sa suite et referma la porte d'un coup de baguette.
-Les djinns ont évalué la première fournée, annonça la voix grave d'Agamemnon. Akata et moi les avons classés par profils, dit-il encore en montrant une liasse de parchemin. A vous de rectifier le tir si besoin est.
-Alors ? s'intéressa Insan Greek après avoir dégluti, en saisissant les papiers. C'est une bonne année, pour l'instant ? demanda-t-il avec son gentil sourire.
Le lieutenant Akata fit une drôle de moue, comme si elle cherchait à tout prix à retenir un large sourire. Son collègue, apparemment mécontent, bougonna :
-Ça dépend de ce que vous appelez une bonne année.
Il passa trois gros doigts dans sa barbe noire taillée en pointe, les sourcils froncés.
-Mon cher Agamemnon, je vous connais, vous vous faites du souci, nota Insan Greek. Hmm…Si je me fie à l'air positivement réjoui de la terrible Akata, j'en déduis que vous n'appréciez pas de la même manière nos nouvelles recrues…
Il laissa sa phrase en suspend et enfourna un nouveau chocolat suisse, le temps pour les deux lieutenants d'échanger un regard.
La femme paraissait franchement amusée et l'homme carrément désabusé, et l'on remarquait dans leurs grimaces un air entendu, de déjà vu, déjà vécu, qui donnait à la scène le parfum doux et agréable des discussions familiales jouées mille fois.
-Je ne comprends pas comment tu peux te réjouir de voir débarquer des tarés pareils, lâcha finalement Agamemnon d'un ton sec et tranchant.
-Moi je les adore ! répliqua la femme avec un petit rire de gorge.
-Le pire c'est que j'ai l'impression que plus ils sont jeunes, plus ils sont terribles !
-S'ils savaient qu'ils te font peur, pouffa Akata, alors que tu les intimides à un point…
-Alors ? demanda doucement le directeur, interrompant l'habituelle querelle. Combien de Monstres ?
Agamemnon grimaça derrière sa barbe, et Akata sourit de plus belle.
-Déjà cinq, livra-t-elle.
Le directeur haussa les sourcils, surpris.
-Dont quatre chez les 7-15 ans. Ce sont mes préférés, ajouta Akata qui ne semblait pouvoir s'en empêcher.
L'on entendit vaguement son collègue grommeler « Ben je te les laisse ! », tandis que le directeur, penché sur ses papiers, brassait le parchemin à la recherche des Monstres en question.
-Comment s'appellent-ils ? demanda-t-il.
-Alors, il y a Caligula, seize ans. Nous l'avons classé en Argent mais nous avons longuement hésité.
-Il sera toujours temps de le faire changer de dortoir en court d'année, répondit le directeur d'un ton distrait, sortant la fiche de l'élève en question. Oh. Intéressante, cette rédaction. « Alors que Rukah rentrait à la maison…il fut attaqué par une armée d'Inferi, et mourut (dans d'atroces souffrances). » Point final. Et vous avez décidé de le placer chez les Monstres ? Comme c'est surprenant.
-Vous approuvez ?
-J'approuve. Les autres ?
-Deux chez les 7-15 ans que nous avons classés dans le dortoir Monstres du niveau Argent : Little Tomato, dix ans, et Neferupito, onze ans.
-…Neferupito, Argent seulement ? interrogea Insan Greek, qui avait repéré cet élève lors de la cérémonie.
-Oui, répondit Akata. Il a un grand potentiel mais manque terriblement de bases.
-Hmm. Je regarderai ça plus tard. Qu'en pensez-vous, Agamemnon ?
-Moi, il y en a beaucoup plus que je mettrais dans les dortoirs des Monstres, Insan, vous me connaissez.
-Mais alors, nous serions obligés de créer des dortoirs « Super Monstres » pour les vrais Monstres. Ça ne ferait pas sérieux.
-Je maintiens que la moitié d'entre eux ont surtout besoin d'une maman, bougonna Agamemnon.
Insan Greek éclata de rire. Il adorait ses lieutenants. Vraiment.
-Je crois qu'Ansalom aurait du mal à croire que vous venez de dire ça, mon cher ami.
-Ansalom ?
-Tu sais, celui que tu as failli tuer il y a un mois, lui rappela sa collègue. Il passe chez les grands cette année.
-Je regrette d'avoir échoué.
-Allons, allons, sourit Insan Greek. Vous vous en seriez voulu. Akata… ?
-Ah, oui ! reprit la femme avec un sourire enjoué. Je vous gardais le meilleur pour la fin ! Je les ai tous les deux placés en Or et ça ne fait pas un pli, ils sont non seulement puissants, mais en plus ils ont de vastes connaissances, c'est vraiment impressionnant…
-A t'entendre, on croirait que tu veux les adopter, grogna le barbu.
-Ils sont adorables, convint Akata avec un sourire enfantin. Le plus vieux s'appelle Ikki, il aura onze ans dans deux semaines.
-Ikki, chez les Monstres ? s'étonna le directeur avec son habituel sourire bienveillant.
-Il est allé jusqu'à tuer son illusion, au test du Doloris.
-Pour quelle raison ?
-D'après le djinn, obéissance absolue. Désir de plaire.
-Remords ?
-Zéro.
-…Intéressant…
Insan Greek adorait son métier. Il s'embarquait dans le pari d'éduquer ce genre d'enfants ; et de les gaver de magie jusqu'à plus soif – toutes sortes de magie. Sur de tels potentiels, pensez-vous, c'est stimulant !
-Et le dernier ? demanda-t-il dans un murmure, le regard dans le vague.
Il pensait déjà savoir de qui il retournait, bien sûr.
-C'est le plus jeune, répondit Akata. Le Petit Lord. Neuf ans.
Quelle surprise…
-Qu'a donné le test Doloris ?
-…vous lirez vous-même…c'est effrayant…
-Sa rédaction est sympa, intervint Agamemnon, ironique à mort. C'est le même genre que ce qu'a fait Caligula, mais en plus détaillé.
-Vraiment ? demanda le directeur, sans sourire.
-Il exagère, le rassura Akata. Nan je vous assure, il exagère. C'est mignon.
-Beurk, fit savoir Agamemnon.
-Vous êtes en forme, Agamemnon, nota Insan Greek. Ces congés vous ont fait du bien.
-Beaucoup de bien, Insan. Au fait.
Le lieutenant sortit un parchemin de sa poche intérieure.
-J'ai reçu une lettre d'Albus Dumbledore. Elle m'était adressée mais c'est à vous qu'il veut parler.
-Vous savez que j'ai abandonné depuis longtemps l'idée de répondre à cet homme, répliqua Insan Greek avec une pointe de sarcasme. On ne se comprend pas. Laissez-moi deviner. Il veut que je ferme mon école ?
-Non, répondit Agamemnon avec un léger sourire. Je crois que lui aussi a abandonné l'idée de vous convaincre. Il déplore simplement que nous ayons toujours des morts, mais en l'occurrence, il souhaite surtout vous soumettre une proposition.
-…de combien ?
Le lieutenant, qui allait pour donner le parchemin à son supérieur, se figea.
-…de quarante-mille Gallions.
-…Lequel de nos élèves peut bien l'intéresser à ce point ? questionna Insan Greek en se caressant le menton, son regard démentiel transperçant son subalterne de part en part.
Agamemnon sembla hésiter puis murmura :
-En fait...Il vous fait cette proposition dans le cas où Le Seigneur des Ténèbres viendrait à vous contacter pour acceuillir dans votre école un garçon. Il s'agit donc de celui-là même dont nous venons de parler.
-Le Petit Lord ? demanda le directeur, perpétuellement étonné. Il a du goût, il faut le reconnaître.
L'Héritier de Lord Voldemort. Cela se tenait. Un bon moyen de pression sur le Mage Noir qui sévissait au Royaume-Uni…Dumbledore serait-il en phase de changer ses méthodes ?
Insan n'aurait pas été surpris qu'il y ait des magouilles plus complexes là-dessous. Il dépiauta l'emballage d'un nouveau chocolat suisse l'esprit ailleurs.
-Vous pouvez y aller, indiqua-t-il à ses lieutenants. Revenez avec la deuxième fournée. Agamemnon ?
-Oui ?
-Transmettez à Dumbledore mes salutations ricanantes et dîtes lui que ce qui se passe dans mon école est et restera sous mon contrôle personnel. Comme d'habitude, quoi.
-…C'est votre réponse pour le Petit Lord ? demanda Agamemnon.
-Oui. Si vous n'êtes pas sûr de vous en rappeler, dîtes-lui d'aller se faire cuire un œuf.
-Vous vous moquez de moi, Insan ?
-…Veuillez m'excuser, mon ami.
-Vous savez, reprit le lieutenant, je pense que si Albus et vous vous entendez si mal, c'est parce que vous vous ressemblez trop.
-…c'est de bonne guerre, sourit le directeur en saisissant sa baguette sous son bureau. Je vous conseille de sortir très vite…
Agamemnon connaissait bien son office et avait déjà déguerpi. Toute la réussite de la taquinerie, avec Insan, tenait dans la rapidité du repli.
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Harry n'avait toujours pas de montre. Mais cela faisait au moins trois heures qu'il errait dans l'école. Il avait demandé son chemin à plein de monde. Plein. De. Monde. Tous les élèves, filles ou garçons, haussaient invariablement les épaules avec un sourire fataliste en disant « Mais, tu ne sais même pas le nom de ton dortoir. Comment veux-tu qu'on t'aide ? ».
Variante : « Moi pas savoir parler anglais. ». A bout de nerfs, Harry avait répliqué : « Toi connaître Doloris ? ».
Le Petit Lord comprenait à présent le conseil de Claude qui lui avait paru si sibyllin auparavant. Ne pas parler à ceux vers qui on le dirigeait. Inutile. Totalement inutile. Nombre des élèves qu'Harry avait interrogés lui avaient suggéré de chercher Untel ou Untel Autre, soit-disant que cette personne saurait lui prodiguer de bons conseils, et non pas des indications FUMEUSES. Tu parles. « Trouve Red, il devrait savoir… ». Après avoir courut après le dénommé Red, puis une certaine Titania, puis un certain Prince, pendant un temps démesurément long, Harry avait décidé de laisser tomber, devinant que ces personnes, si jamais elles existaient, ne sauraient pas mieux le renseigner.
Donc. Retour couloir des petits.
Ben oui. Impatient, fatigué, c'est par là qu'il avait commencé. Par le « dernier recours ». Mais le lieu ne lui avait rien apporté de plus qu'une migraine terrible. Il ne voyait toujours pas en quoi un séjour là-bas pourrait l'aider à trouver son dortoir mais, en désespoir de cause, décida malgré tout d'y retourner.
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Insan avait toujours été sur la même longueur d'ondes qu'Akata. Il aimait énormément Agamemnon, qui avait comme principales qualités de terrifier les élèves et de beaucoup faire rire le Directeur, mais d'un point de vue affectif, il se sentait plus proche du lieutenant Akata. Et en l'occurrence, il était tout à fait d'accord avec elle.
Effrayant. Mais mignon.
Déposant le questionnaire personnel du Petit Lord sur son bureau et s'emparant du reste du dossier, il but une gorgée d'alcool et porta son regard sur les annotations des djinns.
Test 1 – (Histoire globale du genre humain et Histoire globale de la Magie) (THEORIE) :
Mépris des moldus ; aucune connaissance de leur histoire. Très bonne connaissance de l'Histoire de la Magie anglaise, connaissance lacunaire de l'Histoire de la Magie Européenne. Quelques notions sur la Magie de l'Egypte Ancienne. Vingt-sept points.
(Un point au-dessus de la moyenne d'entrée de l'année dernière.)
Test 2 – (Diverses races humaines ou apparentées) (THEORIE) :
Mépris profond des moldus. Mépris des géants, des nains, des gobelins, des centaures et des êtres de l'eau. Admiration inconsidérée pour les fées. Dégoût pour les loups-garous. Peur des spectres et des vampires. Probable peur des épouvantards même si non mentionné. Pas connaissance des Saïyens. Soixante-dix-huit points.
(Vingt-six points au-dessus de la moyenne d'entrée de l'année dernière.)
Test 3 – (Potions) (PRATIQUE) :
Potion 6 (niveau cycle 3). Préparation parfaite. Sept cents points.
(Quatre cent soixante points au dessus de la moyenne d'entrée de l'année dernière)
Insan siffla entre ses dents, appréciant la performance. Il ne se rappelait pourtant pas une passion pour les potions chez Voldemort. Il haussa les épaules, et se mit à fouiller dans le dossier pour retrouver le compte-rendu détaillé du test 5. Ce feuillet ne comportait que des notes généralistes sur chaque épreuve, et après les sous-entendus d'Akata, le directeur était curieux de savoir quelle avait été exactement l'attitude du protégé de Lord Voldemort lors du test Doloris. Certes il se doutait que le garçon n'avait pas balbutié, comme un certain nombre, « Le-le-le Do-do-do-doloris ? », mais de là à tuer la victime proposée, il y avait un pas. Que franchissaient trente pour cent des nouveaux arrivants, mais on glissait vers un autre débat. Insan, donc, était curieux.
Réactions du Petit Lord à l'ordre : « Tu lui poses une question. Si sa réponse est fausse, tu lui jettes un Doloris. »
Haussement de sourcil. Léger sourire. Pas de question. Lecture de la première question immédiatement.
A la première réponse fausse, aucune hésitation, il lance le sort. Semble serein alors que l'illusion d'homme hurle de douleur. Torture longue de vingt secondes. (Moyenne : 2 secondes).
Demande : « Excusez-moi ? Je ne comprends pas à quoi sert ce test. » (Réponse : il sert au Directeur)
Pose 35 questions. (Moyenne : 19, quand la torture commence à devenir insupportable à entendre en temps normal). Avant la question 35, sait que le prochain Doloris tuera, et demande s'il doit tuer. (Réponse : continue l'exercice)
Tue l'illusion d'homme. Ne manifeste aucune surprise ni aucune peur ni aucun remords.
Avait déjà tué.
A tué l'homme pour accomplir l'exercice. Rapport à l'autorité difficile à cerner dans ce cas : il n'a pas torturé pour obéir absolument, mais parce que l'idée de torturer ne le dérange pas. (En moyenne, sur ceux qui tuent l'illusion d'homme, 90 pour cent le font par respect pour l'autorité et 78 pour cent expriment de la surprise, de l'horreur et des remords)
Insan ne souriait plus. Il avait encore la bouche pleine de chocolat.
Follement intéressant, ce garçon. Follement inquiétant également, mais Insan n'était pas une personne raisonnable. Hmm… Peut-être allait-il mettre le Petit Lord sous surveillance accrue. Un djinn personnel. Peut-être.
Le directeur soupira, rassemblant les feuillet du dossier scolaire de l'Héritier de Lord Voldemort. Invoquer un djinn de plus le fatiguait d'avance. Non seulement cet acte de magie dévorait une quantité considérable d'énergie, mais le directeur était plutôt satisfait d'être arrivé au chiffre rond de quatre cent djinns, et se sentait contrarié de devoir passer à quatre cent un. C'était tout à fait idiot mais encore une fois, Insan n'était pas une personne raisonnable. Refermant le dossier, le sorcier sortit son classeurs à dortoirs. Voyons voir. Les 7-15 ans. Là. Niveau Or. Là. Côté garçons. Là. Les Monstres… … …Là. Insan saisit la fiche en question, sa magnifique plume de phœnix – qu'il avait réussi à arracher à celui de Dumbledore quand il étudiait à Poudlard – joie mesquine – son encrier, et entreprit de compléter le dortoir des Monstres.
Light, 15 ans (japonais)
Maxim Bézoukov, 13 ans (russe) dit Pétrouchka
Enzo l'Angelot, 8 ans (français) dit Angelo
Claude, 10 ans (français)
Le Petit Lord, 9 ans (anglais)
Ikki, 11 ans (japonais)
Pourquoi le Petit Lord avant Ikki ? Pressentiment qu'il arriverait le premier.
Insan était assez fier de son 6ème Test. Il ne servait à rien à proprement parler, mais le directeur trouvait terriblement drôle de faire poireauter tout ces bambins exténués. Ils pouvaient toujours demander leur chemin, les pauvres : d'abord, quand ils commençaient à chercher leurs dortoirs, ceux-ci ne leurs étaient la plupart du temps pas encore attribués et donc, n'existaient pas ; ensuite, les anciens avaient pour consigne de ne surtout pas les aider, sous peine de perdre deux cents points sur leur moyenne aux premiers examens de fin de période.
En fait, le seul moyen de trouver son dortoir, c'était de tomber par hasard sur une porte avec son nom écrit dessus. C'était très long bien sûr, le Hasard faisant rarement bien les choses, reconnaissons-le. Voilà la raison pour laquelle les cours ne démarraient que deux jours après l'arrivée des élèves, les petits nouveaux mettant le plus souvent entre huit et vingt heures à trouver la porte de leur dortoir.
En réalité, il y avait un autre moyen de trouver son dortoir que d'errer dans la gigantesque école d'Insan Greek pendant des heures, c'était de demander à Insan Greek lui-même où se situait le dortoir concerné. Le directeur, ravi qu'on lui pose la question, répondait obligeamment, avec un gentil sourire, comme toujours. Mais curieusement, peu d'élèves avaient cette idée.
Insan rangea toute sa paperasse. Il avait déjà complété un bon nombre de fiches. En attendant la troisième fournée, il allait se rendre dans le couloir des petits, histoire de se changer les idées.
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Harry se figea. Une silhouette approchait lentement, debout sur un tapis volant. Qu'il s'agît du directeur ou de l'un de ses lieutenant, le garçon avait de bonnes raisons d'être tétanisé, aucun des trois n'étant franchement rassurant.
La silhouette mouvante se détacha sur la lumière blanche projetée par un item magique accroché au mur, et Harry reconnut le profil d'Apollon d'Insan Greek. L'enfant tenta de se fondre dans le mur. Avec cette tenue blanche, dans cette lumière blanche, et sur cette pierre blanche, il pouvait passer inaperçu. Il ne songea même pas à essayer de se jeter un sort. Et même s'il y avait songé, il ne connaissait pas celui dont il aurait eu besoin.
Insan Greek descendit de son tapis d'un pas souple et, sans jeter un regard au Petit Lord qui s'était arrêté de respirer, ouvrit la porte derrière laquelle piaillaient un milliard de petits enfants – d'après Harry, qui avait une migraine atroce – et la referma derrière lui.
Le Fils des Ténèbres hésita pendant dix minutes, mais sa fatigue eut le dessus sur sa prudence, et il se dirigea à son tour vers la porte.
Lorsqu'il la franchit, les décibels qu'il avaient cru très élevés depuis le couloir, se révélèrent très très très élevés, et l'assommèrent à demi. Il se trouvait dans une vaste pièce ouverte sur l'extérieur – Harry nota qu'il faisait nuit, il était donc plus de neuf heures du soir – et remplie d'enfants de moins de sept ans, qui couraient, sautaient, criaient, riaient, pleuraient dans tous les sens, petits corps d'un blanc immaculé maniant la baguette avec dextérité.
Tout près d'Harry se déroula une scène d'anthologie. Un garçon blond, lui arrivant au genoux, tirait le sweat-shirt d'une petite fille brune, qui faisait une demi-tête de plus que lui.
-Tu veux zouer avec ma ? disait le garçon dans un anglais baveux.
-Non !
-On peux zouer au papa et à la mama si tu veux, on dirait que ze serais le papa.
-J'ai pas envie, lâche-moi ! répliqua la fille. Y m'embêêête !
-Dis, s'i' te plaît, tu veux zouer avec ma ?
-Y m'embêêêêêête ! cria la fille à la ronde, et voyant que personne ne se préoccupait de son sort : tiens, Incendio !
-Aaaah ! cria le petit garçon, voyant son sweat-shirt prendre feu. Aguamenti ! …OUIIIIN !
Harry cligna trois fois des yeux.
-Pourquoi tu pleures ? demanda-t-il au garçon en s'accroupissant près de lui.
Le petit blond sursauta et cessa immédiatement de crier.
-Paske mon sweat il est abîmé, répondit-il en séchant ses larmes de crocodile.
Puis il s'enfuit en courant vers d'autres aventures. Harry resta interdit de longues secondes accroupi.
C'est alors qu'il repéra le directeur. L'homme était submergé de gnomes vêtus de blancs qui riaient aux éclats. Le jeu étrange auquel ils s'adonnaient semblait très amusant mais son sens échappait totalement à Harry : les enfants se jetaient sur Insan Greek en criant, le faisaient tomber à terre sans que celui-ci ne se défende beaucoup, entreprenaient de le noyer sous un enchevêtrement de petits bras et jambes et, quand l'homme allait mourir asphyxié, ses grandes mains bronzées se mettaient à…gratter le ventre des enfants, qui s'en tordaient de rire et s'écroulaient sur le sol les uns après les autres. Insan Greek se relevait alors, et les enfants se jetaient à nouveau sur lui, le faisait tomber à terre, etc., dans un cycle sans fin de rires et de bousculades. Le plus étrange était sans nul doute l'épisode du grattage de ventre, qui semblait être le climax de ce jeu débile. Harry avait certes expérimenté des jeux assez bêtes, avec Draco, mais là, on atteignait des sommets.
-On zoue aux chatouilles avec Meussieu, tu veux zouer ? l'invita le petit blond de tout à l'heure en tirant sur son pantalon.
Il désignait d'un bras potelé la montagne de gamins en phase d'ensevelir Insan Greek.
-Euh…répondit Harry.
Il se laissa guider à reculons vers le lieu du jeu. Le petit blond se fondit dans la masse, qui bientôt s'écroula de toute part en riant et criant, fuyant les mains chatouilleuses du directeur, qui riait autant que les enfants.
Ce dernier prit cependant conscience de la présence d'Harry.
-Tu es perdu, Petit Lord ? demanda-t-il avec un sourire, se relevant.
-Je…Oui, je…cherche mon dortoir.
-Ah, sourit de plus belle Insan Greek. Tu cherches ton dortoir.
-Oui, approuva Harry, embarrassé. Est-ce que…Savez-vous où il est ?
-Bien sûr. Je serais drôlement embêté, en tant que directeur d'école, si je ne savais pas où couchent mes élèves. Tu ne crois pas ?
Insan Greek avait l'air de beaucoup s'amuser. Harry sourit timidement.
-Si, c'est vrai, dut-il convenir.
-Bâtiment central, cinquième étage, Les Monstres.
-C'est vrai ?? s'écria Harry, ravi.
-Je ne suis pas un menteur ! fit mine de protester le directeur. Je mérite un bisou ?
Harry ne put s'empêcher de rire, et embrassa la joue gauche d'Insan Greek, avant de le remercier et de partir en trottinant.
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Ce qu'il y avait de génial avec les indications du directeur, c'était qu'elles ne contenaient aucune ambiguïté : le bâtiment central se situait au centre de l'école, le cinquième étage succédait aux quatre premiers et la porte du dortoir du Petit Lord portait effectivement un écriteau doré sur lequel était inscrit : Les Monstres
A la fois excité et épuisé, Harry frappa, par précaution. Il entendit remuer derrière la porte, et le battant s'ouvrit sur…
-Claude ! s'écria Harry, stupéfait.
Celui-ci lui répondit par un sourire surpris.
-Tu as été super rapide, nota-t-il en s'effaçant pour le laisser entrer. C'est le directeur qui t'as donné le chemin ?
-Oui…répondit Harry en observant les lieux, papillonnant.
Ses paupières allaient tomber pour ne plus se rouvrit d'ici quelques minutes.
-Merci, dit-il à Claude, pour le couloir des petits. J'ai trouvé le directeur.
-Oui je sais, tu viens de le dire, sourit le garçon châtain. Fatigué ? J'étais crevé, le premier soir, moi.
-Oui…
-Ton lit est là.
Claude désignait un lit assez haut, une place, bordé par une douce couverture blanche qui paraissait douillette à souhait, sur laquelle était brodé en fils dorés l'emblème de l'école, le soleil magique éclairant le monde. Harry sentit ses pieds se diriger d'eux-mêmes vers le matelas.
-Tu peux dormir maintenant, si tu veux, lui assura Claude – comme si c'était nécessaire.
Harry retira ses tennis blanches et se hissa sur son lit, puis se glissa sous la couverture, un sourire bienheureux flottant sur ses lèvres. Toutefois, avant de s'abandonner au sommeil, il demanda :
-On est combien, dans ce dortoir ?
-Six. L'année dernière, on était cinq mais Ansalom est passé chez les grands…y a moi (Claude désigna le lit collé à celui d'Harry, au centre de la pièce), Pétrouchka et Angelo (Claude désigna le lit deux places collé au mur à un bout de la pièce), Light (Claude désigna la moitié supérieure d'un lit superposé collé au mur opposé, d'où Harry pouvait voir qu'il pendait une longue jambe se terminant par une socquette blanche), et il en manque encore un, qui va arriver d'ici quelques heures, et qui dormira en-dessous de Light. Ikki, il s'appelle.
-Ikki…Ouah c'est cool…murmura Harry. Je voulais savoir aussi, formula-t-il encore, repoussant les bras accueillants de Morphée, pourquoi on est habillés comme ça ?
-Comment ? Tu veux dire, en blanc ?
-Nan...si, oui...en moldus.
-Ah, fit Claude.
Il sembla chercher ses mots quelques instants puis dit :
-Parce que tous les vêtements sorciers du monde sont différents. Donc, à choisir un uniforme, le directeur a décrété qu'il serait moldu. Pour favoriser personne. Je crois. Et le blanc...
La bouche de Claude s'étira sur un sourire grimaçant.
-Hmm. Disons plutôt : tu as remarqué que les lieutenants étaient habillés en rouge, que tous les tapis et les rideaux étaient rouges ? C'est pour éviter qu'on voit le sang. A l'inverse, le blanc, c'est pour qu'on le voit. Je te conseille de prendre grand soin de ton uniforme ; toutes les traces de sang, de brûlure, les déchirures etc. sont punies...D'ailleurs...
Harry, les paupières closes, sentit un doigt passer sur la peau de sa poitrine, à l'endroit où le djinn du Test 3 l'avait brûlé, faisant un trou dans son t-shirt.
-Je t'arrangerai ça, entendit-il murmurer Claude.
Tranquilisé en tous points ou peu s'en fallait, l'Héritier du Seigneur des Ténèbres s'endormit.
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Note (1) : Nouveaux clins d'oeil à l'univers créé par Susanna Clarke dans la géniale histoire de Jonathan Strange & Mr Norell.
Note (2) : Trois phrases de ce paragraphe ne sont pas de moi : "Je ne peux pas vraiment expliquer, je n'ai pas les mots", "C'est un peu comme d'être en colère...c'est un peu comme d'être effrayé..." et "C'est un peu comme quand tu viens juste de pleurer : tu es vide et plein à la fois." Elles sont la traduction quasi littérale de vers de la chanson Electricity d'Elton John, écrite pour la comédie musicale Billy Elliott. C'est une belle chanson n.n en allant sur you tube vous pourrez l'écouter (et la regarder puisqu'elle se dance). Tapez "Electricity Liam Mower"
Autre note : vous l'avez remarqué dans les chapitres précédents (enfin, une ou deux personnes l'ont remarqué n.n) : je rends sauvagement hommage au magnifique roman de Frank Conroy dans cette fic. Corps et Âme. Comme je ne suis pas très musicienne, je pêche mes référence où je peux, et, à savoir, une bonne moitié des passages avec le piano ( présents dans les chapitres 4, 6 et 9 je crois - pas sûre pour les numéros TT), sont inspirés du début du roman surtout, où le petit garçon apprend à jouer seul. Je le redis, parce que je ne voudrais pas qu'on m'accuse de je ne sais quoi. Je l'avais déjà dit au tout début de Petit mais j'ai édité les chapitres il y a un mois (pour ajouter les en-têtes-extraits aux chapitres notamment) et en cette occasion, j'ai été prise d'une furie dévastatrice, et j'ai enlevé les trois quarts de mes notes idiotes n.n" Donc exit celle où je conseillais la lecture de Corps et Âme avec tout mon amour. C'est pour ça que je le refais. Je vous conseille donc la lecture de Corps et Âme un roman que j'aime passionément. Vilà.
Encore une autre note : mes djinns constituent un clin d'oeil à la Trilogie de Bartiméus, mais vraiment un tout tout petit. Il est possible de ne pas le voir.
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Oufff.
Pfiou.
Vous avez vu comme il est LONG, ce chapitre ? Savourez, par ce que c'est le premier et le dernier que vous aurez de cette longueur là. Hein. On va revenir au standard de 25 pages words, vous trouviez déjà ça bien. Je suis vraiment folle d'avoir écrit un truc pareil, moi.
Dîtes.
Je mérite une petite riviounette, non ?
Sivoupléééé !...
(Dans le prochain chapitre... ... Harry est toujours à l'école !)
