Hello.
Vous devez être en train de vous frotter les yeux d'un air incrédule. Mais si. C'est bien un nouveau chapitre, c'est bien moi, c'est bien Petit. XD.
Rapide justification vaseuse pour mon retard : j'ai chopé un virus par msn, et pour me connecter à internet, je suis maintenant obligée de passer par le pc de mon frère, qui comme tous les frères, ne fait vraiment aucun effort pour coopérer. Il passe son temps sur "Dofus". Enfin bref.
Allez, bonne lecture ;) !
(la première scène de ce chapitre est l'enchaînement direct de la dernière scène du chapitre précédent)
Petit, chapitre 12
Le vieux fou l'énervait tellement qu'Harry sentit monter en lui une énergie maléfique et enivrante - une force irrépressible qui réclamait la destruction.
(Chapitre 16)
Harry observa alternativement Claude, le plateau puis l'escalier d'air air dubitatif.
-T'as déjà fait ça ? demanda-t-il d'une petite voix.
Une part de lui avait une monstrueuse envie de s'asseoir sur ce plateau et de glisser sur les trente mètres de pente à 60 degrés que constituait le large escalier. Pour le frisson.
Une autre part de lui, plus véhémente, hurla « ON EST JUSTE DEVANT LE BUREAU DU DIRECTEUR !! T'ES PAS UN PEU FOU NON ?! ».
Claude, le plateau dans une main et les yeux plissés vers l'extrémité du couloir, était en train d'évaluer le bon angle.
-Claude, minauda Harry, pourquoi on prend pas un autre escalier ?
Il satisfaisait ainsi les deux entités distinctes en lui qui crevaient d'envie de se jeter dans le vide, mais pas non plus sous le nez d'Insan Greek.
-Parce que c'est le meilleur, trancha le français d'un ton dogmatique.
C'était le meilleur escalier.
Une part de Harry sauta de joie tandis que l'autre se mettait à sangloter.
-Bon, t'es prêt ? lui demanda Claude avec un sourire lui fendant le visage d'une oreille à l'autre.
Il disposa le solide plateau argenté en haut des marches et s'assit au fond.
Harry hésita.
Claude lui adressa un regard larmoyant de chiot à la diète.
-Bon, d'accord ! s'exclama le Petit Lord comme s'il accordait là une faveur imméritée à son ami. Mais doucement, hein…s'entendit-il prévenir en s'asseyant entre les jambes de Claude.
-Ouaip, dit celui-ci.
Dès que le brun fut solidement cramponné, Claude effectua une puissante poussée – dénotant d'un long entraînement – qui propulsa en l'air le plateau et ses deux passagers. Harry cria :
-Non-mais-t'es-malade-non !
Le français éclata de rire, puis serra les dents. Le plateau atterrit sur le marbre blanc avec un grand « CLANG » et se mit à glisser à une vitesse vertigineuse vers le bas de l'escalier, dévalant les marches dans une succession étouffée de « clong » lorsque le plateau chargé du poids des deux garçons passaient sur le sommet de l'une des marches.
Harry se surprit à adorer cette sensation d'ivresse, et à rire à gorge déployée, chantant autant de « wouhou ! » que son ami.
Ils arrivèrent cependant rapidement au bas de l'escalier – et le Petit Lord, qui appréhendait plus que tout la réception brutale, serra fort ses mâchoires. Malgré ses craintes, ils entrèrent en contact avec le sol de manière relativement douce – relativement, par rapport à celle dont ils avaient fait connaissance avec l'escalier – et glissèrent encore sur une dizaine de mètres au ralenti sur les dalles rouges, avant que le plateau ne s'arrête complètement, donnant l'impression d'être heureux d'en avoir réchappé.
-On recommence ? s'exclama Harry.
HP-LV-HP-LV
Quelque chose n'allait pas, décréta Insan.
Cela faisait quatre fois qu'il entendait un raffut monstrueux – un bruit qu'il ne parvenait aucunement à identifier. Etait-ce une armoire métallique se projetant contre un mur ? Un service à thé en or blanc dégringolant les marches de l'escalier ?
Il y avait un problème.
Insan enfourna un chocolat suisse, recula son lourd fauteuil couvert de velours carmin et se dirigea vers la porte de son bureau, de sa démarche nonchalamment royale.
Devant le bureau du directeur, il y avait un escalier. Un très large escalier de marbre blanc-gris avec en son centre un minuscule tapis rouge réservé à la leste foulée d'Insan Greek.
Sur cet escalier, il y avait deux garçons. Tenant à quatre mains un très large plateau de cuisine argenté. En train de remonter en courant et en riant, essoufflés, décoiffés, les sublimes marches directoriales.
Le Petit Lord.
Et l'autre ?
Mince.
Insan Greek se sentit extrêmement déstabilisé. Lui qui se targuait de connaître par cœur le curriculum vitae de chacun de ses élèves ne retrouvait pas le nom de celui-ci.
Visage banal, traits fins, châtain, yeux noisettes, cheveux mi-longs, bandeau doré noué à la cheville, regard perçant, sourire franc, pas de bracelet d'identité, médaillon caché sous le t-shirt, pas de trous sur la poitrine… …tiens, une bague. Une grosse bague bleue.
Ah, il y était.
Françoise Belasis savait ce qu'elle voulait.
Elle voulait ce qu'il y avait de mieux.
Elle voulait Insan Greek pour ses enfants.
Françoise Belasis avait des frais. Beaucoup de frais. Son mari, Charles Reilly, également.
Mais ce n'était pas assez pour les neuf. Pas assez pour les neufs garçons assis derrière elle à la mode Dalton, dans une dégringolade de mèches bourgeoises.
-Le niveau de Beauxbâtons baisse, énonça-t-elle d'un ton tranchant.
-C'est vrai, lui accorda Insan avec un charmant sourire.
-Le vôtre non. Le niveau de votre école augmente chaque année.
-Vous êtes bien renseignée.
-Je souhaite le meilleur enseignement disponible pour mes fils.
-C'est très louable.
-Vos frais d'inscription sont complètement exubérants.
Insan haussa les épaules avec un sourire.
-Le fait qu'ils soient si élevés me contraint à ne faire profiter Charles-Adolphe, Mar-Antoine, Pierre-Nicolas et Jean-Nicolas de vos cours que le temps des grandes vacances.
-Beaucoup de parents sont dans votre cas. Par ailleurs, je pense qu'il est sage que vos enfants aillent à Beauxbâtons le reste de l'année.
-Je me contente de Beauxbâtons parce le niveau de Durmstrang n'est pas vraiment meilleur et que les garçons ne parlent pas un mot de bulgare ou de russe. Mais avec sa nouvelle réforme, le Ministre de l'Education vient de totalement supprimer l'enseignement des arts sombres à Beauxbâtons et…
-C'est dommage, dit Insan sincèrement.
-Oui. Très. Mais passons. Mes aînés se contenteront de venir ici pour les grandes vacances. En revanche, pour les autres…je veux…jusqu'à ce qu'ils aient l'âge d'entrer à
Beauxbâtons, je veux qu'ils étudient ici.
-Vous « voulez ».
-Oui…
-Pour vouloir, il faut payer.
Insan s'amusait beaucoup. Humilier la fine fleur de la société était un délectable passe-temps.
-Monsieur Greek, j'ai n…
-Insan.
-Monsieur Insan, j'ai neuf enfants. Quatre sont déjà inscrits chez vous. Vous pourriez me considérer comme une cliente fidèle, et me faire un prix… ?
Qu'on lui suggère un arrangement était parmi les choses qu'Insan détestait. Les arrangements ne venaient QUE de lui, si et quand il en avait envie.
-Si vous continuez, tout ce que vous allez gagner sera une augmentation de vos frais, répliqua-t-il d'un ton boudeur, avant d'adresser à nouveau un grand sourire à ses invités. Et puis, quantité ne veut pas dire qualité. Ady et Empereur ne sont pas de mauvais élèves, mais n'ont rien d'exceptionnel…
Charles-Adolphe et Marc-Antoine relevèrent des yeux vides de derrières leurs mèches blondes. Françoise Belasis s'était raidie. Elle supportait très mal que l'on critique ses aînés. Et ses fils, de manière générale. Cependant, Insan poursuivait.
-Je viens de réfléchir, disait-il avec un sourire, je viens de réfléchir et voilà ce que je vous propose : un demi-tarif pour ceux de vos enfants qui sauront se montrer intéressants. Je m'explique : Ombre a de très bons résultats en Magie Noire. Pour peu qu'il soit admis dans les dix premiers au moins trois fois cet été, ses frais diminueront de moitié.
Pierre-Nicolas, qui s'était redressé d'un air supérieur à la mention de ses bons résultats, s'affaissa imperceptiblement à celle de l'épreuve qui l'attendait. Sa mère lui jeta un regard perçant, à la fois orgueilleux et intransigeant. A côté du garçon, sa copie conforme baillait ostensiblement.
-Jean-Nicolas, tiens-toi correctement, siffla Françoise Belasis.
-Jean a beaucoup de talent, repris Insan d'un air rêveur. Mais la magie ne l'intéresse pas du tout.
Fureur et désespoir mêlés dans les yeux gris de Madame.
-Pourquoi ne me laisseriez-vous pas quelques minutes avec vos plus jeunes fils, que nous fassions connaissance ? suggéra Insan, des étoiles plein des yeux. Je verrai ainsi si leur potentiel m'intéresse…
Françoise Belasis hésita. Elle jeta un œil à ses aînés, qui faisaient semblant de ne pas s'ennuyer, puis à ses petits derniers, qui se tortillaient sur leurs sièges en griffant le velours de fauteuils qui avaient du coûter des milliers, puis elle plongea ses yeux dans ceux du directeur, qui affichait un gentil sourire et un air totalement halluciné. A quoi pensait cet homme malsain à l'instant présent ? Madame ne pouvait s'empêcher de frémir à l'idée de ses rumeurs plus ou moins dissimulées qui couraient sur l' intérêt d'Insan Greek pour les enfants.
-La cloche va bientôt sonner, dit celui-ci la prenant au dépourvu, vous n'aurez qu'à vous rendre au réfectoire avec Ady, Empereur et Ombre. Je vais vous faire un mot pour que les djinns vous laissent passer.
-Et Jean ?
-Jean et puni. Tenez, le mot, dit-il en lui tendant un bout de parchemin avec sa signature griffonnée. Comme ça j'aurai toute opportunité de discuter avec vos enfants pendant que vous déjeunerez.
-Euh…
Ses aînés s'étaient déjà levés.
-Bon eh bien…Oui, d'accord…J'espère que nous parviendrons à un accord.
-C'est ça, la chassa-t-il, toujours souriant.
Dès que Madame fut sortie, le directeur contourna son bureau pour venir faire face aux cinq jeunes garçons assis devant lui. Le plus vieux devait avoir huit ans et le plus jeune deux ou trois.
Il fut tout à fait convaincu qu'il avait eu raison de proposer cet arrangement dès la première poignée de main. Cette brève évaluation du potentiel magique du garçon l'excita.
-Comment t'appelles-tu ?
-Henri-Albin.
-…Monsieur, corrigea Insan Greek.
-Henri-Albin, monsieur.
-Qu'est-ce qui que tu aimes faire, Henri-Albin ?
-…Eh bien…Je pratique l'escrime, monsieur…depuis mes quatre ans… et je joue du violon, dep…
-Non ; qu'est-ce qui te plaît ?
-………J'aime bien faire exploser des pétards. Et j'apprécie beaucoup les pentacles sacrificiels.
-Mais c'est super, ça, s'extasia Insan, en retirant doucement sa main.
-Je le fais avec des petits animaux, je suis encore trop petit pour le faire avec des gros mais j'aimerais bien.
Grand, grand, grand potentiel. Le garçon avait l'air d'avoir avalé un réverbère, et une grimace insatisfaite déformait son joli visage enfantin – en somme, pas forcément très sympathique comme recrue, mais potentiellement excellente. Insan, comme tout professeur qui se respecte, ne crachait pas sur les bons élèves – loin de là. Quant aux goûts mortifères du garçons…il faudrait juste lui trouver les camarades de chambrée adéquats.
-Et toi, comment tu t'appelles ?
-Edouard-Anselme, monsieur.
Mouais…rien à signaler… Insan lui sourit, retira sa main, et jeta un regard aux trois autres numéros. Moins de sept ans, c'était évident. Aussi, il y avait peu de chances que leur magie se soit éveillée…
-Et toi ?
-Je m'appelle Ralph-Eloi, monsieur, répondit le petit garçon avec un sérieux et un respect impressionnants.
-Quel âge as-tu ?
-J'ai six ans, monsieur.
-Ah.
Rien à signaler non plus.
-Et toi ?
-Anzabiyel.
-Comment ?
-Anz-Gabiyel.
-Il s'appelle Ange-Gabriel, monsieur, traduisit Edouard-Anselme.
-Vi, approuva le petit garçon.
-Quel âge as-tu ?
-Z'ai, répondit-il en articulant comme s'il s'adressait à un malentendant, quat' ans, finit-il en montrant quatre doigts.
-Ah ! rit le directeur.
Adorable.
-Tu me fais un bisou ?
-Vi, si tu veux.
Bon, et le dernier.
-Et toi ?
Le petit garçon le considéra de ses grands yeux noisette, longuement. Contrairement à celui des deux aînés, son regard n'était pas vide. Ses yeux brillaient d'appréhension, d'intelligence et de gentillesse. Et il ne disait rien.
-Il parle pas, monsieur, informa Edouard-Anselme d'un ton ennuyé.
-Comment ça ? répliqua le directeur pour qui cette affirmation était forcément mensongère.
-Il sait pas parler.
-Il ne dit peut-être rien, admit-il en se tournant à nouveau vers le petit dernier avec un sourire engageant, mais crois-moi, il sait parler. Comment s'appelle-t-il ?
-Claude.
-Claude tout court ? se moqua Insan, en référence aux lourds prénoms composés des autres garçons de la famille.
-Claude tout court, répéta Edouard-Anselme.
-Maman voulait une fille, railla Henri-Albin avant de se prendre un coup de coude dans les côtes.
-Claude, comme l'empereur romain, corrigea alors Edouard-Anselme.
-Certes, admit Insan. Dis-moi, Claude, qui t'a offert cette jolie bague ?
Le petit garçon regarda ses mains et retira lentement l'énorme saphir passé à son pouce droit.
-Tu aimes cette bague ? réessaya le directeur.
-Ui.
La voix frêle mourut avant même que de naître, comme si elle voulait se faire pardonner d'exister.
-Et tu te souviens qui te l'a offerte ? l'encouragea Insan, tandis qu'à côté les frères s'agitaient, surpris de constater que le muet parlait.
-Ui, répondit Claude de même. C'est maman qui a donné la bague à Claude, ajouta-t-il après une longue minute de silence.
Et il sourit.
Son visage – commun – s'en trouva transfiguré.
Insan, après un agréable moment de béatitude, sourit à son tour. Il était habitué à accueillir dans son école des enfants ayant connu une vie de famille plutôt chaotique. Cela n'en ferait qu'un de plus.
Claude Belasis.
Probablement dans le dortoir des Ecrivains.
-On se sert la main ?
-D'accord, on se sert la main, accepta Claude en tendant sa minuscule main potelée, rattrapant en quelques instants le long silence qu'il s'était imposé.
Insan fut surpris. Rien d'exceptionnel dans ce métabolisme magique, mais…mais quelque chose de tout à fait incroyable : normalement, à cet âge là, le métabolisme magique, précisément, était encore en sommeil. Celui de Claude existait, palpable, pulsant doucement contre celui d'Insan Greek, dans cette poignée de main pratiquée des millions de fois.
Insan voulait Claude dans son école. Claude, le dernier. Et si pour avoir Claude, il fallait se coltiner tous les autres, il trouverait un arrangement.
-Alors ? interrogea Françoise Belasis à son retour, avec un large sourire étudié qui se voulait innocent.
-Alors, répondit Insan, je maintiens ce que j'ai dit pour Ombre : s'il est classé trois fois cet été, je diminue ses frais de scolarité de moitié jusqu'à ses vingt ans. Pareil pour Henri-Albin : demi-tarif, mais seulement jusqu'à ses onze ans.
Madame faisait des calculs.
-Et pour Claude, conclut Insan Greek, c'est gratuit.
-Gratuit ? répéta Françoise Belasis par réflexe, n'en croyant pas ses oreilles.
-Gratuit. Jusqu'à ses vingt ans. Mais seulement pour Claude. Et n'en parlez pas autour de vous.
Harry se figea, et lâcha son côté du plateau argenté, qui percuta les marches de marbre dans un bruit épouvantable de ferraille rebondissante. Une seconde plus tard, il sentit Claude s'immobiliser à son tour.
Le directeur était sorti de son bureau. Insan Greek se tenait debout, jambes écartées, poings sur les hanches, un sourire espiègle barrant son visage.
-Bonjour monsieur ! entonnèrent en chœur les deux Monstres, tremblants.
-Bonjour les enfants.
Tandis que Claude se penchait, sans quitter l'homme dément des yeux, pour poser son côté du plateau argenté en équilibre sur une marche, le directeur demanda, en toute neutralité :
-Alors, c'est vous qui faîtes cet innommable raffut ?
Les garçons hochèrent lentement la tête.
Insan Greek leur adressa un gentil sourire et secoua la tête d'un air amusé.
Harry et Claude s'entre-regardèrent. Et lurent dans les yeux de l'autre exactement la même question qui résonnait en leur propre esprit.
Un bisou ou un Doloris ?
Pendant un bref instant, le directeur lui-même sembla se poser la question.
Puis il sortit sa baguette.
Harry et Claude déglutirent difficilement.
Doloris.
HP-LV-HP-LV
La première session d'examens arriva beaucoup trop rapidement au goût de…de tout le monde. Mais surtout à celui de Harry qui craignait par dessus tout de décevoir Voldemort.
Le petit garçon traversa les diverses épreuves d'Histoire de la Magie (qu'il réussit plutôt bien d'après sa propre appréciation), d'Histoire Globale (qu'il réussit à moitié – il avait l'amère et dépitée sensation d'avoir écrit des absurdités dans l'autre moitié de ses réponses), de Races Humaines (il se sentait incapable d'émettre le moindre jugement sur sa performance dans cette matière), de Français (si n'était Claude, il se serait mis à haïr cette langue. Plus il en apprenait, moins il la comprenait : accents capricieux, conjugaisons fantaisistes, irrégularités régulières, grammaire délirante : toutes ces difficultés l'avaient déstabilisé durant l'examen, malmenant les certitudes de ses leçons apprises par cœur), de Sortilèges (il pensait avoir excellé en théorie et avoir été plutôt très bon en pratique), de Potions (fastoche), et enfin, d'Education Physique.
Cette dernière étape s'avéra la plus éprouvante. Akata s'était amusée à leur concocter un programme infernal. Il s'agissait de placer deux élèves dans un cercle d'une cinquantaine de mètres de diamètres et de les faire s'affronter, le but étant de se montrer le plus « efficace » possible. Quand Junior avait demandé ce que signifiait « efficace » à ses yeux, Pétrouchka avait répondu en lui jetant un sortilèges très puissant qui avait envoyer le jeune américain s'écraser contre un tronc d'arbre, et Akata avait approuvé avec un petit sourire : « Voilà, ça, c'est efficace ». En temps normal, Pétrouchka aurait dû écoper d'un trou dans son t-shirt en guise de punition mais la loi d'Akata était plus compréhensive à l'égard de ce genre d'écart, et la loi d'Akata étant celle en vigueur à ce moment là, Pétrouchka avait été discrètement félicité. Harry était médusé. Il avait dû pour commencer affronter un garçon d'environ quatorze ou quinze ans nommé Prince, et avait souffert atrocement – et s'était fait humilier – malgré son sauvage acharnement à causer à son adversaire le plus de dégâts possibles. Son deuxième duel, contre un garçon plus jeune que lui, avait dégénéré à partir du moment où son adversaire avait perdu sa baguette. Harry avait alors baissé sa garde, pensant avoir gagné, mais l'autre s'était jeté sur lui et avait entamé un combat au corps à corps. Oubliées, les baguettes. Harry s'était dérobé sous les coups puis avait frappé, griffé, mordu tant qu'il pouvait. Il en gardait des contusions sur tout le corps.
En tout, les enfants avaient enduré treize heures d'examens quasi non-stop avant d'avoir le droit à un repas – gargantuesque – aux alentours de vingt-deux heures – et uniquement pour ceux qui n'étaient pas punis.
Malgré sa fatigue, malgré l'apaisante quiétude des dortoirs, malgré la routine scolaire à laquelle le Petit Lord commençait à s'accoutumer, malgré la compagnie joyeuse d'Ikki et Junior et malgré l'amitié fantastique de Claude, avec qui il passait des heures et des heures à s'amuser, l'Héritier du Seigneur des Ténèbres était rongé par un mal insidieusement douloureux qui lui laissait bien souvent dans la bouche un goût de bile.
Il avait le mal du pays.
Evidemment, étant donné qu'il quasi jeûna durant sa première semaine d'école, la première chose qui lui manqua fut la délicieuse cuisine du manoir – du moins lorsqu'Art n'était pas en vacances.
Mais il s'habitua. Aux privations. Il n'avait pas exactement un caractère difficile, mais étant quelqu'un de buté, lorsqu'il avait décidé qu'il voulait du chocolat, il pouvait empoisonner la vie de tout le monde pendant plusieurs heures. Cependant, il s'habitua. Aux privations, et aux plats exotiques que l'ont servait la moitié du temps chez Insan. Des choses bizarres – que tout le monde mangeait cependant avec entrain, chacun étant plus ou moins incertain quant à la date de son prochain repas – des choses originales, des plats très épicés ou au contraire assez fades, des consistances inconnues, des insectes, toutes sortes de céréales et de fruits nouveaux. Il s'habitua. En moins de trois semaines, il était intimement persuadé d'avoir toujours ingurgité une telle diversité d'aliments. Le miracle de la perception du temps chez les enfants.
Son mal du pays devint plus douloureux aux alentours de fin Juillet, alors qu'il achevait son premier mois d'école et entamait sa deuxième session d'examens. Parce que la deuxième chose qui lui manqua fut la présence de son père.
HP-LV-HP-LV
« PAPA
J'espère que tout se passe selon ta volonté avec nos mangemorts. »
A vrai dire il s'en fichait un peu.
Voire, il s'en contrefichait. A la rigueur, les sorts d'Art et Lucius l'intéressaient moyennement. A la rigueur.
« Pourquoi tu réponds pas à ma lettre ?
Je suppose que tu as d'autres soucis… »
Harry fixa les deux lignes qu'il venait d'écrire et plissa les yeux, comme s'il doutait de les avoir écrites lui-même.
Et puis quoi, Voldemort n'avait PAS « d'autres soucis » ! Voldemort, une fois son quota d'hommes torturés, son quota d'heures de réflexions sur ses prochaines stratégies pour prendre le contrôle de Londres, et son quota de méditations nihilistes atteints, Voldemort –n'avait rien à faire. Il passait en réalité le plus clair de son temps à errer tel un mauvais esprit, quelque part dans le monde, ou quelque part dans les couloirs du manoir. Il n'avait donc PAS D'EXCUSE pour ne pas écrire à son fils.
« Tu me manques un peu. »
Terriblement.
« Ici, il y a un mur qui s'appelle le Mur des Mots. Il y a beaucoup de phrases gravées ou peintes dessus, et il est ensorcelé, et les copains m'ont dit que si tu regardais ce mur, tu lisais systématiquement un Mot qui correspondait à ton état d'esprit. C'est vrai. Quand j'y suis allé ce matin, mon regard a été magiquement attiré par de grandes lettres peintes en bleu clair dégoulinant. Ça disait : Il vaut mieux souffrir d'amour que souffrir de faim. J'y ai beaucoup pensé et je crois finalement que c'est vrai. Vu le nombre de fois où j'ai pas mangé pendant trois jours ici, je sais ce que c'est d'être affamé, et effectivement, je crois qu'il n'y a rien de pire, parce qu'on se sent progressivement devenir faible et surtout parce qu'on ne pense qu'à se nourrir et qu'on est incapable de faire quoi que ce soit qui demande trop d'attention. Mais j'ai réfléchi à cette phrase toute la matinée. Je crois qu'elle sert à se rendre compte, d'une part, qu'il faut relativiser quand on est malheureux, et d'autre part – parce que je me suis vraiment posé la question, est-ce que c'est pas pire de souffrir d'amour quand même ? – à se rendre compte de combien l'amour est important.
« Enfin, qu'est-ce que t'en penses ? »
Harry mâchonna le bout de sa plume.
« Sur le Mur des Mots, Claude a vu : Et si on s'évadait ? J'ai trouvé ça vraiment drôle, mais lui, pas trop. Il m'a dit un truc en français : patate. Il fait ça tout le temps, de me parler français, mais je comprends presque jamais rien.
« Tu veux que je te dise un truc en français ? Je fais des progrès mais ce n'est quand même pas brillant. Alors : Le lieutenant Agamemnon a interdi les Chocogrenouilles par ce que quelques élèves s'amuse a metre dans les paquets des petits papiers avec blagues a propos de lui. Au fait, tu parles français ? …Enfin, ne t'inquiètes pas, de toute façon, même si tu le parlais je ne suis pas sûre que tu comprendrais mon français ! »
Harry se retourna sur son lit et regarda le plafond, en quête d'inspiration. Il soupira.
« Je suis content que tu m'ais inscrit dans cette école. Mais j'aimerais bien être au manoir… »
Mauvaise pente…
Que dire, que dire ?
« Dans la série des profs fous, Mrs Bovalli ne connaît pas le calendrier standard, du coup elle nous dit des choses du genre : On reporte le contrôle d'histoire de la St Victor à la St Alphonse. Je te raconte pas la galère pour trouver la liste de ces « saints » qui correspondent – déjà, faut comprendre – à des dates. Et il n'y a pas intérêt à se tromper de jour. Apparemment, Saint, c'est un hobby moldu. Ici les copies de la liste des dates des saints se troquent contre des services rendus. Plein de gens vont voir Ansalom, pour ça. Je lui dois déjà deux services et j'espère m'en acquitter vite.
« Dans deux jours, nous connaîtrons nos résultats pour les deux premiers examens – ceux d'il y a deux semaines et ceux de demain – parce que ce sera la fin du mois de Juillet. Je suppose que tu recevras mes notes. Je crois que je n'aurai pas de faveur, tu sais. Je ferai de mon mieux pour en avoir aux examens suivants, pour pouvoir rentrer quelques jours.
« Comment vont les affaires ?
« Je t'embrasse très très fort,
Harry »
HP-LV-HP-LV
Lord Voldemort transperça de son mortel regard de lave le corps misérable recroquevillé à ses pieds. Le Mage Noir s'apprêtait à lancer l'inaltérable et définitif rayon vert lorsqu'il réalisa, se réveillant comme sous l'effet d'un seau d'eau glacé, qu'il était sur le point de tuer Barty. L'un de ses meilleurs hommes.
Il l'avait confondu avec l'un de ces répugnants moldus capturés la veille en Macédoine, que ses hommes avaient ramenés pour Le distraire. Par temps de vache maigre, il appréciait assez de voir ces stupides animaux ramper et supplier au pied de Son trône.
Mais Barty ne méritait pas la mort, allons. Un Doloris ?
Pourquoi tremblait-il de remords et d'humilité à ses pieds, lui, au fait ? Par Salazar, Le Lord Noir ne se souvenait plus. Qu'importe. Un Doloris ferait l'affaire.
Bartemius résista aux cris qui lui irradiaient la trachée et endura la torture en silence. Puis, sanglotant, il vint baiser Ses chaussures.
-M-Merci, Maître. Je ne vous décevrai plus. Je suis (reniflement) votre plus fidèle…
Et cetera, et cetera. Voldemort lui indiqua la sortie d'un infime geste de la main.
Il se sentait las. Ennuyé.
Le vent sec et chaud soufflait puissamment dans les couloirs, le soleil réchauffait le marbre dur et poli du manoir, les mangemorts allaient et venaient d'une mission à l'autre, Severus Snape avait reparu et achevait de rendre compte des projets de l'Ordre, Lucius avait humblement demandé la permission d'emmener en vacances au Mexique sa blonde famille, Artus Simps se forgeait un nom parmi ses aînés au fil des batailles depuis qu'il avait occasionnellement le droit d'y participer, Rodolphus fuyait Bella depuis qu'elle avait juré de lui arracher les yeux – on ne s'inquiétait pas de savoir pourquoi – Mulciber tachait de rendre la vie moins pénible à JKR – le professeur de piano était au chômage technique depuis que son unique élève étudiait à l'autre bout du monde – et faisait comme de bien entendu preuve d'une maladresse affligeante – le mangemort avait proposé au pianiste américain de se joindre aux mangemorts pour une virée-tuerie en Grèce.
La vie suivait son cours.
Les longs pas du Seigneur des Ténèbres résonnèrent dans le silence du couloir menant à ses appartements. Ses légendaires robes noires traînaient sans vent magique sur ses talons.
A quelques pas de la porte, il s'arrêta, dressant inconsciemment l'oreille, le visage tourné vers l'aile Nord.
Non…une hallucination auditive. Il avait cru, un instant, entendre le rire d'un enfant.
HP-LV-HP-LV
Harry fut parmi les premiers à se rendre dans la Salle d'Attente, où devaient être affichés les résultats des examens. Traînant la patte, les yeux endormis, Claude accepta de l'accompagner.
-Pourquoi de si bon matin ? bailla-t-il malgré tout en pénétrant à la suite du jeune anglais dans la pièce vide.
-Tu n'es pas impatient de savoir ? lui répliqua Harry d'une voix vibrante.
-Bof…fit mollement Claude, clignant des yeux d'un air peu « impatient ».
Trois larges tableaux étaient accrochés au mur Sud.
-Hmpf, soupira le français, se secouant mentalement. Alors, celui de gauche, c'est pour ceux qui ont les meilleurs résultats. Je serais toi, j'espèrerais pas trop, glissa-t-il à son ami, le voyant s'approcher dudit tableau. C'est classé par ordre alphabétique, sinon…Petit Lord, tu devrais être à P…sauf s'ils ont compté Le Petit Lord, alors tu seras à L, continua-t-il de manière complètement inutile. Mais je serais toi, j'espèrerais pas trop…répéta-t-il en baillant de nouveau, avant de se laisser glisser contre un mur en fermant les paupières.
Harry, le cœur tambourinant, s'approcha du premier tableau et fit glisser son index sur la liste des noms…Paasilina…Pazu…Pétrouchka…son nom n'était pas là. Ses veines battaient avec force à ses tempes, résonnant dans son crâne. Lentement, il fit remonter son doigt vers les L…Leeclam…Leolio…Le Dernier Ange…Le Grand Timothée…Le Héros Anonyme…Le Petit Lord…
Le Petit Lord…
Le Petit Lord…
IL. Y. ETAIT.
-OUAIS !! cria-t-il à plein poumons.
Au monde entier.
-OUAIS !!
Il avait réussi ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, il avait réussit, et même brillamment réussi ses examens !
-J'ai réussi ! hurla-t-il en prenant le plafond à témoin. J'ai réussi ! Papa, tu m'entends, J'AI REUSSIIIIIIIIIIIIIIIII…
-Oui, oui, on a compris…sourit Claude en entrouvrant les paupières…c'est super…
-Ah ah ! C'est trop bien ! répondit Harry avec joie. Tu veux que je regarde si t'y es ?
-Oh, moi je le sais bien que…
-Mais non, mais non, l'interrompit Harry, plein d'optimisme. Rien n'est impossible. Bon, alors…dans les C…hmm…OUI ! tu es là, Claude ! Regarde ! Viens voir !
Le petit français ne put s'empêcher de rire devant l'enthousiasme communicatif de son ami, et se leva.
-Je sais bien, que j'y suis. J'y suis toujours, dit-il simplement.
-Ah, nota Harry.
Ils s'attachèrent à regarder avec plus d'attention leurs résultats.
-Harry, dit Claude, tu sais, même si tu es sur ce tableau-ci, ça ne veut pas dire que…ça ne veut pas dire que tu auras une faveur…
-Comment ça ? répartit le brun avec un grand sourire. Mais si. C'est écrit dans le règlement. Si on a de très bons résultats, on a une faveur.
-Oui mais, regarde, tu vois cette liste de noms ? Tu vois qu'il y a des noms différents des autres ?
Il caressa son propre nom, Claude puis le sien, Le Petit Lord. Celui de Claude avait un éclat doré et luminescent, celui d'Harry était simplement imprimé à l'encre noire.
-Et ? demanda le fils des Ténèbres sans se départir de son sourire.
-Et…seuls ceux qui brillent ont droit à une faveur.
Le visage d'Harry s'affaissa littéralement. Tous ces traits retombèrent.
Puis il sentit une fureur noire s'emparer de son essence magique, la soulever et provoquer en lui un haut-le-cœur. L'intensité de sa colère était telle qu'il fut étourdi et chancela. Il porta son premier coup dans le vide. Son sort traversa la salle et explosa contre la parois de pierre blanche du mur opposé, creusant un trou poussiéreux. Son deuxième sort fusa en même temps que son cri de rage et d'impuissance, vers le tableau, ce foutu tableau, qui éclata sous le choc, éparpillant des morceaux d'ardoise coupante un peu partout. Claude, effaré, protégea son visage. Il reçut le coup suivant dans le dos.
-Sectusempra, avait sifflé Harry, à demi-tremblant d'excitation, comme toujours lors des batailles.
Mais cette fois-ci, c'était bien différent. Il voulait tout détruire parce qu'il en voulait à tout le monde. Ce n'était pas pour s'amuser, et en même temps, une indicible et tenace envie de faire du mal lui chatouillait délicieusement le corps. Sa magie sortait d'elle-même et explosait avec force et en tous sens. Le mobilier réduit de la salle fut mis en pièces et, désespérant de se défouler sur des gens, Harry courut hors de la pièce, une partie de lui refusant – malgré l'aveuglement qui le gagnait – de s'en prendre sérieusement à Claude. Il hurla à la mort, allant au-devant d'elle, et ricana comme un dément, jetant des Destructum à tout va dans l'école encore endormie.
HP-LV-HP-LV
Insan n'aimait pas qu'il y ait du bazar dans son école.
-Je suis désolé.
Insan Greek fixa intensément le petit bout d'homme qui se tenait posément assis de l'autre côté de son bureau.
-Je suis désolé, monsieur, fit encore Harry, levant son regard limpide vers le directeur, repentant.
Insan Greek, silencieusement, essuya son front en sueur.
Après tout le mal qu'Agamemnon et lui-même s'étaient donné pour maîtriser ce gamin fou-furieux, tout cet angélique démon trouvait à dire c'était « je suis désolé ». L'homme posa les coudes sur son magnifique sous-main en cuir et croisa les doigts, s'autorisant à rester muet quelques secondes encore. Il savait par expérience que le silence précédent les remontrances était ce qui se faisait de plus intimidant.
Ne pas le quitter des yeux. Lui offrir cet insupportable regard perçant à la Dumbledore. Le mettre mal à l'aise. Ne rien dire. Attendre qu'il soit sur le point de pleurer.
Insan savait mieux que quiconque cerner ses élèves.
Mais, mieux que quiconque, c'était encore trop mal.
Il se trouvait devant un cas épineux. Délicat.
Il avait très envie d'un chocolat. Pour se remettre le cœur à l'ouvrage.
Il laissa son regard fixer durement, longuement et insidieusement celui d'un vert incroyable et humide d'Harry Riddle. Salazar que c'était rassurant de voir à nouveaux ces pupilles émeraudes. Insan frissonna au souvenir du regard d'un rouge incandescent qui l'avait cloué sur place juste avant qu'il n'encaisse un terrible Putra.
Insan se décida finalement pour un chocolat. Il n'en proposa cependant pas au Petit Lord. Pas tout de suite.
-Moi aussi, je serais désolé, à ta place. Un malus de 800 points pour les quatre prochaines périodes, voilà qui va être difficile à compenser.
Le petit déglutit et hocha la tête, l'air tellement désolé. Insan ravala son cynisme. Non mais vraiment, qu'est-ce que c'était que ce gosse ? Un adorable bambin qui, de temps en temps, s'offrait le luxe d'une séance d'hystérie meurtrière ?
Angelo, en douze fois pire ?
-Penses-tu que l'éclat de ce matin ait des probabilités de se reproduire ? demanda-t-il au Petit Lord.
-Non monsieur, je regrette sincèrement.
Et c'était bien le pire. Insan avait l'impression de pouvoir se fier à ces paroles autant qu'aux loufoques équations de Koblenz sur la création d'une nouvelle génération d'Inferi : cela avait très peu de chances d'être vrai, et paradoxalement, très peu de chances d'être faux.
Bref, il ne pouvait s'en remettre qu'à ses chocolats. Il en engloutit un nouveau. Noir, éclats de nougat.
Sans compter qu'après avoir dompté le mage noir modèle réduit, il n'avait même plus la force de le soumettre au Doloris. Et quel sens aurait un Doloris après tous les sorts qu'Agamemnon et lui avaient usé contre le jeune garçon dans la matinée ? Pour le mettre sous contrôle, ils avaient dû le mettre K.O., ce qui avait nécessité un étonnant panel de sortilèges.
Alors, un Doloris ?
Non. Le petit avait déjà mis quinze heures à se remettre de l'affrontement, et était dans un tel état de faiblesse qu'il paraissait presque transparent. Il portait les multiples stigmates de l'interpellation musclée des djinns – Insan avait dû leur dire d'arrêter, de crainte qu'ils n'abîment un peu trop définitivement l'enfant. Son uniforme blanc n'avait plus rien de blanc. Poussière et traces de roussi, mais surtout sang. Sang séché.
Dix-huit élèves aux soins du docteur de l'école, son fils chéri Johan. Dix-huit, c'était beaucoup trop. Deux garçons étaient même dans un état grave.
Il fallait sévir. Mais que faire ?
-Je te convoquerai dans mon bureau en fin de semaine pour te donner ta punition. En plus des points qui te sont retirés d'avance aux prochains examens.
-Oui, monsieur.
-Je comprends que l'on puisse s'énerver, Petit Lord, mais tu dois réaliser que tu as perdu le sens de la mesure.
-Oui, je sais, je suis désolé.
-Encore heureux que tu n'ais tué personne, j'aurais peut-être été obligé de te renvoyer. En attendant, je te conseille d'être prudent, les amis de tes victimes pourraient vouloir les venger.
Qu'ils essaient, songea Harry.
Il regrettait réellement de s'être si violemment emporté. Mais uniquement parce que cela l'avait poussé à blesser Claude. Il se fichait pas mal des autres. Toutes les vies ne se valaient pas, comme le lui avait enseigné Lord Voldemort.
-Monsieur ? demanda-t-il timidement après un instant de silence.
-Oui ?
-Vous êtes fâché contre moi ?
Insan en laissa retomber ses bras, qui s'abattirent avec un « plonc » mou sur son bureau.
-Pas contre toi personnellement, dit-il avec son charmant sourire très fatigué, je regrette simplement tout le désordre occasionné.
-Oui, moi aussi, murmura Harry, s'autorisant un petit sourire. Vous n'êtes pas fâché alors ?
-Mais non, rit légèrement Insan. Allez viens m'embrasser, qu'on n'en parle plus.
Harry fit le tour du bureau pour offrir un baiser à la joue tendue du directeur, et fila sans demander son reste.
Resté seul, Insan se dit que le Petit Lord était vraiment adorable. Et puis, l'épisode de ce matin démontrait au moins qu'il avait des capacités magiques gigantesques, n'est-ce pas ? Un bon élève. Le directeur s'autorisa un troisième chocolat et tapota de sa baguette le cornet acoustique installé sur son bureau.
-Allô, Agamemnon ? gloussa-t-il.
-…Monsieur le directeur, répondit la voix – d'avance épuisée – de son lieutenant.
-J'étais en train de penser, reprit Insan Greek, passant une main dans ses cheveux bouclés, 800 points de malus, c'est un peu beaucoup, non ?
Seul un silence atterré lui répondit.
-Insan, protesta avec véhémence Agamemnon une fois qu'il eut retrouvé la parole, ce monstre a failli tuer une cinquantaine de personnes !
-Oui. C'est un point de vue.
-Comment ça, c'est un point de vue ? cria la voix rauque de l'homme, un étage plus bas.
-Eh bien, voyez-vous, mon ami, il a exprimé des regrets.
-Et alors ? s'étrangla Agamemnon.
-Et alors rien, je dis ça comme ça.
-…Insan…
-Oui ?
-Je vous jure que…si vous retirez sa punition…je démissionne.
-Allons, allons, ne prenez pas cette affaire trop à cœur, le tempéra son supérieur.
-Il m'a bouffé un orteil, Insan.
-…Demain, il aura repoussé. Avec un potion…
-Il m'a blessé personnellement. Et il a réellement faillit tuer une cinquantaine de personnes !
-Oui, soupira Insan. Mais auquel d'entre-nous n'est-ce jamais arrivé ?
Agamemnon eut le souffle coupé par une telle réplique et se retint de couper court à la communication, pour ne pas déverser un certain nombre de jurons dans l'oreille – susceptible – de son directeur.
-Personnellement, risqua-t-il, narquois, ça ne m'est jamais arrivé.
-Réfléchissez-y mieux, répliqua Insan Greek.
-Tout ce que j'ai fait jusqu'à présent dans cette école, répondit honnêtement le lieutenant, c'est endurer les abominables aigreurs d'estomac que me filent vos abominables petits protégés. Et avant d'arriver ici, je n'ai jamais eu de pulsions meurtrières, siffla-t-il avant d'adopter un ton davantage de circonstances. On ne peut pas laisser passer un acte d'une telle sauvagerie, Insan ! Ce…démon aurait probablement tué si nous ne l'en avions pas empêché. Vous ne pouvez le nier.
-Certes.
-Soyez ferme, Insan.
-…Oui, mais… je n'ai pas envie, répondit le concerné d'un ton boudeur.
Agamemnon eut un hoquet de désespoir et coupa court à la communication, certain cette fois de ne pouvoir contenir son amertume dans des termes civilisés.
-Allô ? Allô ? appela le directeur. Agamemnon ? Vous faites un caprice ?
Ah la la, soupira-t-il en quittant le cornet acoustique des yeux.
Agamemnon était resté un grand enfant, songea-t-il en dépiautant habilement un chocolat suisse avant de le faire sauter dans sa bouche.
HP-LV-HP-LV
Harry donna un coup de pied vif sur le battant de bois marqué de sang. Portà, indiquait les lettres carmines tracées à la main. Le battant s'ouvrit violemment et se referma sur le paysage de la Cour Violette, vert et luxuriant, jalonné d'ombres bleutées desquelles on percevait l'éclat irisé de pétales blancs et jaune pâle.
Le Petit Lord fixa gravement la porte. Un écriteau annonçant le bureau du médecin scolaire, Johan, y était cloué, au-dessus du mot portà. Harry inspira une longue fois et frappa trois petits coups secs.
-Entrez, intima la voix juvénile mais autoritaire de Johan.
Harry tourna la poignée et alors qu'il allait poser le pied droit sur l'herbe du dehors, il se retrouva dans un décor singulièrement différent, debout dans un bureau tout ce qu'il y a de plus conventionnel – exception faites des multiples jouets moldus entassés sur la moindre parcelle de surface vide.
-Tu voulais ? s'informa le fils du directeur, à genoux son fauteuil, un gros robot métallique dans chaque main.
-J'aimerais bien voir Claude, avança timidement le Petit Lord.
-Claude, répéta Johan, fixant son visiteur.
Il reposa ses jouets et ouvrit un tiroir d'où il tira un dossier.
-Claude, lut-il en chaussant une paire de lunettes. Sectusempra. Profonde coupure dans le dos, 12 millimètres sur 24 centimètres, à 4 millimètres de la moelle épinière. Hématomes divers sur les bras. Cheville gauche tordue.
Johan leva les yeux de sa fiche.
-Tu as failli faire de ton ami un légume à la charge de la société sorcière.
Harry respira très fort.
-Je peux le voir ?
-Il dort.
-Il va bien ?
-Non.
-Il va pas bien ? s'affola Harry.
-Non, il va pas bien, et il dort, répéta Johan avec son amabilité habituelle. Sa coupure est en train de se refermer, il en a encore pour…
Le jeune garçon remonta les lunettes sur son nez et consulta sa montre en or.
-…seize heures et quarante-deux minutes. Approximativement.
-…Je peux pas le voir ?
Johan se pinça les lèvres.
-Tu peux le regarder dormir.
Harry se sentit un peu ridicule et afficha une expression sombre.
-Je veux le voir, insista-t-il malgré tout, buté.
-Très bien, répliqua le médecin de douze ans, retirant ses bésicles et se désintéressant de son visiteur, puis attrapant la manette de sa voiture télécommandée. Djinny, conduis-le au chevet de Claude Belasis, et surveille-le, dit-il par-dessus un bruit de roues dérapant sur un tapis.
Un djinn enfoulardé de noir apparut du néant – ou de derrière une tenture – et adressa à Harry un imperceptible mouvement de tête. Puis la créature ouvrit d'un geste la porte blanche menant à l'infirmerie et guida le petit brun.
-Heyy, murmura Harry aux oreilles endormies de son ami.
Etalé sur le ventre pour permettre une meilleure guérison de sa blessure dorsale, Claude avait le visage à demi écrasé par le matelas. Harry s'agenouilla pour se trouver à son niveau.
-Je suis vraiment désolé, chuchota-t-il.
Il dégagea le visage de son ami, repoussant les mèches de cheveux châtain collées à sa joue par la sueur. Puis il soupira lourdement, honteux et fatigué de ce qu'il avait fait aujourd'hui.
Le Petit Lord réfléchit à un moyen de se faire pardonner de son ami.
-Si jamais un jour j'obtiens une faveur, prononça-t-il difficilement, je te la donne.
Il se demanda ce qui, lui, l'aurait mis dans un bon état d'esprit après une telle expérience.
-Et je te jouerai du piano, dit-il avant de réaliser l'absurdité de sa proposition. Si…si y en a un ici. Sinon, tu pourrais venir au manoir pour les prochaines vacances.
Il devrait néanmoins demander la permission à Voldemort auparavant. Il y avait quand même un petit risque de refus à considérer.
N'ayant que moyennement envie de retourner à son dortoir pour y affronter les regards et questions de ses camarades après son accès de rage dévastateur du matin, le Petit Lord décida de rester auprès de Claude. Il tira le lit voisin pour le rapprocher et grimpa dessus. Le djinn sembla faire un mouvement infime dans sa direction mais n'intervint finalement pas.
Johan sourit vicieusement à la chocogrenouille ligotée aux rails de son train électrique, qui coassait d'un air paniqué, roulant ses yeux marron et globuleux. A plat ventre, le garçon ricana, puis, avec un sourire gourmand, appuya sur le bouton « ON ». La petite locomotive électrique se mit en route.
Deux bottes usées noires apparurent au milieu du circuit.
-Ah, Djinny, nota Johan sans quitter des yeux la progression de son train miniature. Tout va bien ?
Le djinn hocha la tête. Le garçon ne le regardant pas, il dut préciser :
-Il dort.
« Côa- ! » Sprrrlaaach.
Johan regarda d'un air réjoui la chocogrenouille écrabouillée et fit glisser son index sur les rails chocolatés.
-Et le Petit Lord ? interrogea-t-il.
Le djinn fixa le jeune humain et se morigéna de n'avoir été plus clair, ce qui lui aurait évité de se répéter.
-Ils dorment.
Le médecin lécha son doigt.
-Ok, dit-il. Reste à côté de lui pour le surveiller. Pas de bazar dans mon infirmerie.
HP-LV-HP-LV
Le Petit Lord balança ses jambes dans le vide, s'offrant sans concession à la morsure brûlante du soleil. Il connaissait le soleil. Il avait beau être ce qu'il y avait de plus anglais, il avait grandi dans un pays méditerranéen.
-Yo, fit Claude en grimpant à son côté sur le toit du réfectoire. Remets ton bandeau.
-Il donne chaauuud…gémit Harry.
-Remets-le. Y a Agamemnon qui passe, et tu sais à quel point il t'aime…
Harry s'empressa de nouer le tissu doré autour de son crâne. Le lieutenant passa près d'eux, en contrebas. Il ralentit et leur jeta un regard mauvais, ainsi qu'un coup symbolique de sa mâchoire carrée enserrée d'une barbe bien taillée.
-Ce type est effrayant, soupira le Petit Lord.
-Ouais ! Dis, j'ai pensé, glissa-t-il en regardant ailleurs, comme je sais pas quoi demander pour ma faveur, si ça te dit, je te l'offre.
Harry se sentit instantanément mort de honte. Après la douleur qu'il avait infligée à son camarade trois jours auparavant, celui-ci semblait mettre un point d'honneur à lui prouver qu'il éprouvait pour lui une amitié indéfectible. Comme si se faire écharper par un Sectusempra était une sinécure. Comme si se faire attaquer dans le dos par son nouvel ami arrivait communément, comme si c'était là l'un des aléas de la vie. Comme si…
-Tu sais, commença Claude…Enfin, je sais ce que tu es en train de penser. Je veux te dire que c'est juste parce que tu n'es pas habitué à cette école. Ici, le genre de crise que tu as eue l'autre jour, ça arrive assez souvent. D'ailleurs, tu as vu, hier ?
Oui, songea Harry.
Une élève se trouvait dans le coma. Tous les autres impliqués s'en tiraient avec la frousse de leur vie, et déguerpissait en glapissant lorsqu'ils entendaient les noms de Prince ou Ansalom.
-Mais là c'était un duel, nuança Harry, qui savait bien, lui, que le contrôle de son corps lui avait irrémédiablement échappé lorsqu'il avait défoncé la Salle d'Attente. Il s'était laissé porté par l'infecte odeur moribonde qu'avait fait monter en lui il ne savait quelle entité réveillée par sa rage…il avait salivé à ce doux fumet…la Mort…la Mort…il l'avait ardemment désirée. Et il l'aurait donnée si…les Djinns…le Lieutenant…le Directeur…eux…
Quel faste souvenir que cette « crise » en vérité… Harry en tremblait encore d'excitation. N'eut été la terrible blessure de Claude, il n'aurait rien regretté. Mais jamais il n'avait désiré ça. Il ne comprenait toujours pas comment il avait pu s'en prendre à son voisin de dortoir, son ami.
-Duel ou pas, ici, traîner dans les couloirs comporte toujours une petite part de risque, sourit Claude.
-Ça te plaît ? sourit à son tour Harry, à qui cela plaisait beaucoup.
-Ça me donne envie de gerber, répartit calmement le français sans se départir de son sourire.
Il regardait au loin. Les arbres et leurs ombres attrayantes. Le soleil. Les autres élèves.
-Ça te donne envie de quoi… ? répéta Harry, surprit.
-Bon, et cette faveur, Lord ? Mon offre ne sera pas éternelle.
Harry fixa intensément le profil de son ami. Lui faisait-il vraiment don de sa faveur ? Les faveurs étaient chèrement acquises…
Le Petit Lord sentit une boule se loger dans sa gorge, ému. Mais il s'empressa de la dégager par quelques profondes inspirations. Ne pas sombrer dans le sentimentalisme – le dernier refuge des Gryffondors et des crétins. Jamais de ça. Enfin…à doses finement mesurées.
Il ne pouvait demander à rentrer chez lui pour quelques jours – après tout, il utilisait la faveur de Claude, et le directeur ne serait sûrement pas d'accord pour qu'il en profite si ouvertement. Il devait réclamer quelque chose qui pût éventuellement passer pour un souhait de Claude.
Il savait exactement quelle faveur demander.
Voilà des jours qu'il en rêvait.
Car il y avait la vie au manoir – la nourriture surtout –, il y avait la présence rassurante, aussi froide et éternelle que le marbre, de Lord Voldemort à ses côtés, mais une autre chose lui manquait plus que tout.
Harry inspira profondément, espérant de tout son cœur que son souhait pourrait être exaucé. Il fit signe à Claude de s'approcher, et lui chuchota sa faveur au creux de l'oreille.
-Hé, fit celui-ci, tu me chatouilles ! dit-il en riant. Hein ? J'ai pas compris, recommence.
Harry répéta sa confidence.
Claude parut surpris et lui adressa un large sourire enfantin.
-C'est une super idée, ça ! Et c'est vrai que tu m'avais dit que tu voulais que je te joue du saxo... Ben on se trouvera un coin, et on jouera ensemble.
Harry s'allongea lentement sur le toit brûlant du réfectoire. Il fixa le soleil yeux grands ouverts et ne vit que du noir. A l'intérieur, cependant, il rayonnait.
-Oui, dit-il à Claude, c'est une super idée.
Je veux mon piano, pensa-t-il en fermant délicatement ses paupières.
HP-LV-HP-LV
Voilà deux fois qu'il passait devant cette salle.
Lord Voldemort n'aimait pas du tout qu'on lui joue un tour, et il appréciait d'autant moins s'en jouer à lui-même. Il connaissait ce manoir mieux que son architecte. Cependant, contre sa raison, contre son entendement, et contre ses intentions – il se rendait à la salle du trône, il en était absolument certain – pour la deuxième fois en deux jours, ses pieds l'avaient d'eux-mêmes conduit sur le pas de cette porte.
Il s'arrêta.
Une porte. Fermée. Pauvre symbolique.
Cette porte était celle de la salle Monse.
Lord Voldemort, depuis au moins neuf ans, n'y avait jamais mis les pieds seul. Cette salle était celle d'Harry.
Trop de pianos pour lui dans cette salle. Trop de souvenirs, aussi.
Pas assez de son fils, hélas.
Lord Voldemort failli se saisir de la poignée et la tourner, mais reprit ses esprits et poursuivit son chemin. De toute façon, il y reviendrait probablement le lendemain.
Il gérait cette absence de façon tout à fait étrange.
Elle ne le peinait pas particulièrement. Elle ne l'inquiétait pas, ne l'énervait pas, ne l'insupportait pas. Elle était loin de provoquer en lui l'angoisse, la rage, la haine, la frustration qu'avait provoqué celle d'il y avait deux ans de ça, quand Harry avait été enlevé par l'Ordre. Non, cette absence le troublait pour ce qu'elle était uniquement : une absence.
Plus d'éclat de rires dès l'aube et plus de grands coups de poings lâchés avec joie sur les touches noires et blanches du vieux – comment disait-il déjà ? – Bechstein. Plus de ces légers pas de course résonnant à toute heure sur la pierre dure. Plus de ces discussions inutiles sur la ferveur de tel ou tel mangemort, plus de dessins au crayon de couleur éparpillés dans toutes les pièces, plus de ces satanés carrés de chocolat se fossilisant derrière les tentures, plus de traces de doigts sur les vitres de Ses appartements.
Plus de cette voix révérencieuse disant ingénument, en même temps qu'un doigt était pointé sur une carte « Mais si on attaquait par derrière, ça les surprendrait, non ? »…
Plus de cette voix amusée disant, une demie seconde avant le début d'un discours important du Seigneur des Ténèbres à ses troupes « Je trouve que Nott a les oreilles décollées ».
Plus de cette voix fascinée disant « Est-ce que tu pourras m'apprendre ça, pour quand je serai grand ? ».
Plus de cette voix colérique disant, accompagnée d'un froncement du nez écœuré – et d'un coup de poing réprimandé contre la table – « Il a mis du poivre dans la soupe ! ».
Plus de voix enfantine, mais grave, disant « Les Carrow sont de bonnes recrues. Bons Impardonnables. Bon entraînement au combat, bons réflexes. Je pense qu'on peut les faire participer, pour voir ».
Plus de cette voix claire et limpide disant « Tu sais, que quand je te réveilles tôt le matin tu fais exactement la même tête que Dumbledore quand je lui ai dit que je voulais manger une tranche de fesse de moldu pour le petit déj- Euh…en fait, non ! ».
Plus de cette voix infiniment humble, mais sincèrement humble, et disant « Je n'ai pas compris…Tu peux m'expliquer encore une fois… ? ».
Plus de cette voix hors du temps disant, commentant un griffonnage méconnaissable de l'accouplement des abeilles albinos « Bon, et là, c'est toi, en noir et blanc, sur le truc bleu-gris : ça c'est le trône mais je l'ai raté, c'est pas facile à dessiner. Je t'ai mis la capuche parce que tu l'as tout le temps et que quand j'essaie de dessiner des cheveux sur mes bonshommes, ça fait comme des hérissons. Mais sinon…je t'ai pas trop mal réussi, je trouve. Qu'est-ce que t'en penses ? ».
Plus de « Papa ? » discret après la réunion.
Plus de « Harry ? » sifflé dans un courant d'air, dans l'entrebâillement d'une porte.
Plus de ce regard vert.
Plus que le manoir.
Les mangemorts, les affaires.
Une absence. Immense.
HP-LV-HP-LV
Harry observait Claude astiquer les pièces de son saxophone.
Le français lui avait promis un morceau.
-J'aurais vraiment dû apporter mon piano, murmura Harry plongé dans ses pensées.
-Non, répartit Claude en retournant son chiffon, tu n'aurais pas pu. On a juste droit à des vêtements et des livres. Rien d'autre. Le reste, on peut l'avoir si on a des faveurs. Un seul truc à chaque fois. Faut pas se planter dans la formulation des vœux, ajouta-t-il en souriant. Et faut pas se tromper de jour.
-Comment ça ?
-Avec le directeur, sourit Claude. Faut pas se tromper de jour. Y a des jours où il est tellement furax dès le matin qu'il faut pas essayer de l'entourlouper dans les faveurs. Tu vois ce que je veux dire ?
-Oui. C'est quoi, ça ? demanda le Petit Lord en saisissant une pièce de l'instrument et en désignant……ce petit bidule, là, précisa-t-il.
-Ça, dit Claude, c'est le mécanisme d'octave. Enfin, je crois que c'est ça, ajouta-t-il en fronçant les sourcils.
-Octave…répéta Harry, songeur. Et ça ?
-Ça, c'est…attends, je vais le monter, et je te dirai tout après.
-D'acc.
Le Petit Lord observa la façon dont Claude manipulait son instrument avec une grande attention. Ainsi que la façon dont s'emboîtaient les différentes pièces.
-Alors, commença Claude. Ça, c'est l'embouchure – Harry s'en doutait un peu. C'est pour souffler dedans, précisa le français d'un air condescendant.
Il fit une démonstration. Harry rit.
Tandis que Claude lui expliquait tout sur le saxophone, Harry remarqua les drôles de regards que lui lançait Pétrouchka depuis son lit. Le russe avait son habituelle sale tête de vampire et son habituel sourire dégoûtant, mais il avait une expression beaucoup moins malveillante que d'ordinaire. Presque…sympathique.
Sentant qu'il avait accroché son regard, Pétrouchka fit un sourire à Harry. Un sourire très effrayant compte tenu de ses petites dents pointues, mais un sourire malgré tout. Il entama la conversation par-dessus la tête de Claude :
-J'me doutais que tu referais une crise un jour, dit sa noix nasillarde et un peu éthérée.
-Dis-donc, intervint Claude en redressant le nez, tu t'es mis à fumer ?
-Je me suis remis à fumer, rectifia Pétrouchka.
-Angelo va pas aimer ça, nota le français.
-Je fume que quand il est pas là.
-N'empêche, il va aimer, répliqua Claude avec un demi sourire, avant de se relancer dans son explication.
L'embouchure, la ligature, le tube, le mécanisme d'octave, les clés, l'appuie-pouce, l'attache du pavillon, le pavillon, et voilà…un beau saxophone !
-T'as fait pisser le sang, mais bien ! poursuivit Pétrouchka, amicalement.
-Ouais, répondit Harry qui ne savait comment gérer ces affirmations.
-Dommage pour Claude, nota le russe.
Harry et Claude échangèrent un regard une fraction de seconde. Le français sentit sa blessure dorsale frémir, à peine refermée.
-Mais t'as bien mis la pagaille, n'empêche, continua Pétrouchka. C'était bon.
-C'était pas mal, avoua Harry, avec, dans les tréfonds des commissures de ses lèvres, une esquisse de sourire orgueilleux.
-Amis ? proposa finalement Pétrouchka en tendant sa main blanche.
Harry sourit franchement, à présent. Il venait de comprendre qu'en défonçant quelques murs et en faisant couler le sang, il avait gagné le respect du compagnon de dortoir avec lequel il avait eu le plus de difficultés à son arrivée. Pétrouchka, le russe, le vampire, de presque cinq ans son aîné. Il prit sa main et la serra brièvement.
-Juste, demanda ce dernier avant de se rallonger sur son lit, ça t'arrive souvent, ce genre de crises ?
Harry ouvrit la bouche pour répondre que non, puis réfléchit.
Cela lui été déjà arrivé de s'énerver et de perdre la mesure de ses actes. Il y avait quelques semaines, à son arrivée, contre Pétrouchka. Contre cet elfe, chez Dumbledore. Contre Bartemius, l'année passée. Et peut-être une ou deux fois quand il était plus petit. Mais il ne se souvenait pas avoir jamais ressenti un besoin si impérieux de faire du mal avant l'épisode devant les tableaux de résultats des examens. Sa crise de nerfs. D'ailleurs…jamais il n'avait fait de mal à quelqu'un sans le vouloir. Or, il avait gravement blessé Claude, le matin précédent, ce qui n'était aucunement dans ses intentions. Il avait complètement perdu le contrôle. Complètement, ou peu s'en fallait. Et l'ivresse avait été si douce…
N'eut été la blessure de Claude, Harry aurait gardé un bon souvenir de cet épisode.
-Non, ça ne m'était jamais arrivé, avant, répondit-il finalement à son nouvel ami.
Pétrouchka et Claude se tournèrent vers lui simultanément.
-Jamais ? demandèrent-ils.
-Ben…pas avec cette intensité. Je me suis énervé contre toi le premier jour, dit-il au russe, mais je savais quand même ce que je faisais. L'autre jour, plus tellement.
-…Premier symptôme, dit Claude d'une voix blanche, les yeux écarquillé, avant de baisser les yeux et de retourner à son saxophone, qu'il prit dans ses bras sans trop savoir pourquoi.
-…Ouais, approuva Pétrouchka en renonçant à sa sieste et en s'asseyant en tailleur pour faire face à Harry. Tu pratiques beaucoup de magie noire ?
-Oui, répondit honnêtement le Petit Lord.
-Beaucoup comment ?
-Beaucoup…beaucoup.
-Des trucs poussés ? insista le jeune vampire.
-Euh…assez…disons que…
…Par rapport à ce que faisait son père, ce qu'il faisait lui n'était qu'enfantillages, mais…
-Euh…oui, des choses assez avancées.
-Normal, intervint Claude. C'est le fils de Lord V…enfin, du Lord.
Il y eut un silence.
-C'est quoi ce premier symptôme ? s'entendit demander Harry.
-Oh, rien, répondit Pétrouchka.
-Tu parles, siffla Claude à l'adresse du russe.
Il regarda son ami anglais dans les yeux.
Le Petit Lord y lut une sincère compassion et beaucoup de peine.
-C'est le premier signe de…
Il sembla chercher ses mots.
-Ça veut dire, reprit-il, que tu es en train de te faire bouffer par la magie noire.
Harry entendit le sang battra à ses oreilles et il lui sembla que son environnement devenait flou pendant une fraction de seconde. Se faire bouffer par la magie noire ? Allons, quelle blague ! Qui contrôlait qui, dans l'histoire ? N'était-ce pas lui qui tenait la baguette ?
-C'est un processus long, dit encore Claude. Je ne sais pas trop ce que ça fait, exactement, mais…C'est comme si la magie noire venait pourrir ton essence magique.
-La gangrener, illustra Pétrouchka.
Harry avait la gorge sèche.
-Si c'était vrai, j'en aurais déjà entendu parler, coupa-t-il.
-C'est rare, expliqua Pétrouchka laconiquement.
Claude fixait son ami aux yeux verts. Il ne savait pas du tout quoi en penser. Après tout, il s'en fichait. C'était son ami. Tant qu'il ne lui refaisait plus jamais le mal qu'il lui avait fait la veille…
Mais justement…pouvait-il être sûr que…
-Très rare, trancha Pétrouchka toujours songeur.
-Et comment ça se fait que vous en sachiez quelque chose, vous, alors ? répliqua Harry qui ne l'entendait pas de cette oreille.
-Ben, dans cette école, c'est assez courant, sourit Pétrouchka. Pour ça que maintenant, on sait diagnostiquer.
Il sourit de plus belle, offrant deux rangées de dents pointues en spectacle :
-Premier symptôme, dit-il en claquant des doigts.
-Ça arrive soit à ceux qui pratiquent la magie noire depuis très longtemps et très intensément, murmura Claude, quand ils arrivent à l'école, parce que leurs nerfs sont mis à rude épreuve...
-C'est ça, approuva Pétrouchka. C'est Johan qui me l'a dit.
-...Soit à ceux qui en faisaient juste un peu et qui se mettent à en faire beaucoup d'un coup, acheva Claude.
Harry songea qu'il rentrait davantage dans la première catégorie.
-Mais bon, dit Pétrouchka. Ça se calme. Y en a beaucoup qui ont développé le « Premier symptôme » l'année de leur arrivée chez Insan. Moi, par exemple. Moi c'est parce que je me suis mis à faire beaucoup de magie noire d'un coup et que « la graine était déjà plantée ». C'est Johan qui me l'a dit. Il m'a dit d'arrêter complètement pendant six semaines et de reprendre de manière raisonnable. En cours de Magie Noire, pour faire mes devoirs de Magie Noire, et sinon, niet.
Harry sentit son cœur s'emballer à l'idée de tous les sorts qui lui seraient interdits si jamais il devait cesser de pratiquer la magie noire en dehors des cours.
-Toi c'est différent, dit Claude au Petit Lord. C'est pas parce que tu t'y es mis d'un coup. C'est qu'elle est en train de te pourrir de l'intérieur.
-Arrête de dire ça, siffla Harry qui commençait à s'échauffer. Je sais pas si j'ai fait le premier symptôme ou quoi, mais ça se reproduira pas. Si c'est que « mes nerfs sont mis à rude épreuve », y a qu'à pas m'énerver, c'est tout.
Il réalisa alors qu'il parlait d'un ton franchement énervé.
Il se mordit les lèvres, contenant son éclat de rire
-Ouais, c'est ça le truc, approuva Pétrouchka. En plus comme ça t'auras la paix, poursuivit-il en riant. On va faire passer le message : « Ce gars-là, faut pas l'énerver, où il refait un symptôme 1 ». Les gens vont raser les murs devant toi, je te jure.
-Bakatόn, pouffa Claude.
Puis le français donna un faux coup de poing dans la joue d'Harry et celui-ci répliqua dans un éclat de rire en l'assommant avec son édredon.
Ils entamèrent une bataille de polochons dans les règles – c'est à dire qu'il n'y en avait aucune – sous l'œil goguenard de Pétrouchka, qui se considérait trop vieux pour ça.
C'est alors que retentit un authentique cri de joie :
-KOUKA ! fit Angelo depuis le couloir, puis en pénétrant dans le dortoir à toute allure. Ils ont remis les tableaux des examens ! KOUKA, TU BRILLES ! cria-t-il, explosant de joie en se jetant dans les bras du russe.
Amusé, Harry le regarda continuer de crier sans discontinuer, mélangeant anglais, français, et même quelques mots de russe : « Tu brilles ! C'est trop bien ! Je suis super content ! Bravo ! », disait-il apparemment dans ce mélange qui n'appartenait qu'à lui.
Serrant le petit bout de garçon angélique dans ses bras, Pétrouchka finit par venir à bout de son hilarité et dit :
-Mon nom brille, Angelo. Sur le tableau des résultats. Mais moi je brille pas…
-On s'en fout ! répliqua le petit blond. Oh je suis trop content !
Et là, Harry se figea, choqué. Son cerveau imprima – sans lui demander son avis – cette si étrange scène. Pétrouchka fit un truc avec ses lèvres sur la bouche d'Angelo. Un genre de bisou très mouillé qui n'en finissait plus.
-Mais qu'est-ce qu'ils font ? dit Harry très fort, n'en pouvant plus d'assister à un événement si choquant sans que personne ne l'empêche.
A demi étouffé sous l'oreiller, Claude sortit un œil à l'air libre, puis deux, puis les narines, puis la bouche.
-AH NON LES GARS ! cria-t-il. Y en a marre ! C'est dégoûtant !
Au grand soulagement du Petit Lord, les bouches de ses deux compagnons se séparèrent – cela fit un « shmmmack » humide.
-On n'embête personne, dit calmement Pétrouchka.
-Ben si ! répliqua fortement Claude. Moi ça m'embête ! Ca me fait chier, même !
-Oh, il a dit un gros mot ! s'exclama Angelo en plaçant ses deux mains sur ses oreilles.
-C'est pas que jeveuxpasquevouslefassiez, dit Claude à toute vitesse, devenant cramoisi, ce sont vos affaires, mais PAS DEVANT NOUS !
-J'avais demandé à tout le dortoir si ça vous gênait, reprit très calmement Pétrouchka, un infime sourire aux lèvres, vous aviez dit…
-La nuit ! le coupa Claude. LA NUIT ! Déjà que des fois, ça fait du bruit ! Non, non, fit-il en secouant la tête : c'est dégoûtant ! Vous faites ce que vous voulez, mais pas devant nous ! En plus, le Petit Lord est nouveau, il était pas prévenu, lui !
Pensez. Harry n'était pas prévenu du tout.
-Mais pourquoi ils font ça ? s'exclama-t-il, ne comprenant sincèrement pas.
Claude, les joues roses, croisa les bras fermement sur sa poitrine, le temps qu'Angelo et Pétrouchka quittent la pièce, en sautillant pour le premier, en grommelant pour l'autre.
-Je t'ai dit que Pétrouchka est un quart vampire, dit-il quand ils eurent franchi le pas de la porte.
-Et…et alors ?
-Je t'ai dit aussi qu'il essayerait de te mordre, et qu'il fallait pas que tu te laisses faire sinon il te lâcherait plus.
-Oui.
-Ben voilà. Il a essayé de mordre Angelo, l'année dernière, et Angelo s'est laissé faire.
-…Mais…
-Depuis, il sont inséparables. Pétrouchka le mord et lui suce le sang…
-Berk ! ne put s'empêcher de frissonner Harry.
-…et en échange, il protège Angelo, toujours et partout. Il prend toutes les punitions à sa place, il le défend, tout ça.
-C'est chouette, dit Harry.
-T'aimerais te faire sucer le sang ?
-Ah, grimaça le Petit Lord, non !
-Moi non plus, dit Claude, catégorique, l'air presque méchant.
-…Mais…reprit Harry. Mais, quand il…quand il lui prend du sang, c'est dans le cou, non ? Pas dans la bouche.
Claude, après un silence bizarre, éclata de rire.
-C'est sûr ! dit-il. C'est dans le cou ou au poignet ou…ou ailleurs, j'en sais rien. Berk berk berk. Non, là, ils s'embrassaient juste.
-C'est dégoûtant, reprit le Petit Lord en fermant les yeux à s'en fendre les paupières, tentant de chasser l'image mentale qui s'imposait à lui.
-Entre deux garçons ! renchérit Claude.
Harry, qui allait une dernière fois manifester sa répugnance, resta sans voix. Parce que ce qu'il voyait surtout de dégoûtant, lui, c'était de se baver dessus et de se sucer le sang. Qu'importe que ce soit fait entre deux garçons, entre deux filles, ou entre une fille et un garçon – qu'est-ce que ça changeait ? C'était dégoûtant, point.
-Beeeeerk, fit-il en faisant mine de baver sur Claude à grands renforts de « slurp ».
-Aaaaah ! cria celui-ci en se protégeant à bout de bras avec un coussin, mort de rire. Au secours ! Pas le bisou baveux ! C'est déloyal ! Ikkiiiii ! cria-t-il en apercevant leur ami qui entrait dans le dortoir. Viens m'aider à combattre ce truc immonde !
HP-LV-HP-LV
HP-LV-HP-LV
Mot de l'auteur :
Je tiens à remercier tout particulièrement les personnes merveilleuses qui ont pris 5 minutes pour me laisser une review. Vos messages m'ont fait super plaisir, surtout quand ils arrivent longtemps après la publication pour dire "Hé ho t'es morte ou quoi ? C'est trop bien continue !" ça redonne un coup de punch, ça remotive. Alors merci à tous.
Merci aussi à Bunny. (La pauvre elle doit se demander pourquoi.) Parce que t'es là :P
Merci aussi à Cassye pour ses OS sur l'enfance des personnages de Death Note, qui m'ont remotivée à bloc et m'ont fait revenir vers Petit alors que je stagnais depuis un moment.
! Prochaine publication : Chapitre Bonus. Sur la scolarité d'Harry. Dans un peu moins de 2 semaines, vous aurez ça. Le temps de quelques ultimes corrections.
GROS BISOUUU
