Hi everybody. Heu, je sais, j'aurais plein de choses à dire... notamment des choses qui ressembleraient à des excuses sans fin sur fond d'auto-apitoiement pour cette attente interminable que vous avez subie. Mais... que dire de plus que "So sorry" ?

Je me rappelle d'un revieweur qui m'avait dit s'appeler Aaron : il s'intéressait aux noms que j'avais choisi dans mon histoire et voulait savoir si je donnais une signification particulière à Aaron-la-Bête. Réponse : non.
Je prends beaucoup de soin à choisir les noms des personnages principaux mais pour les personnages secondaires, je m'intéresse simplement aux sonorités (pour ne pas dire : je les choisis totalement au pif). « Aaron-la-Bête » est un nom de flambeur. (A part ça je n'ai rien contre le prénom Aaron ! Traduction : pardon d'avance pour ske j'y fais faire à s'larron, y a pas de message caché Y.Y).

Petit, Chapitre 13

« Le Petit Lord... ». « On ne pourra jamais le guérir. Ils sont trop semblables. »
(Chapitre 14)

Sirius tenait parce qu'il n'avait aucun espoir. Et aucun regret.

Dès le début, il s'efforça de n'être qu'une coquille vide. Vide de pensées réconfortantes, surtout. Oublier. Tout. Très vite. Sirius ferma les yeux sur tous les souvenirs heureux qui auraient pu le maintenir à flot. Ici, ils étaient les pire traîtres qui se puisse faire. Ne penser à rien.
Les détraqueurs l'ignorèrent progressivement. Ils intégrèrent dans leur paysage aveugle et froid la présence vacillante de cette âme intouchable.
Sirius ne devint jamais fou.
Il ne connut plus ni la joie ni la sérénité, ni la haine ni l'anxiété. Il n'avait qu'une certitude, qu'une pensée, à toute heure du jour et de la nuit, un unique leitmotiv sourd et inutile, résonnant continuellement dans on esprit : il était innocent.
Et il tiendrait. Rien que pour les emmerder. Il les enterrerait tous.

HP-LV-HP-LV

Depuis bien longtemps déjà, les jours et les nuits s'étaient fondus en un seul et unique enfer glacial. Il n'avait aucune notion du temps.
De fait, il ignorait que neuf ans s'étaient écoulés depuis son incarcération. Et il ne le sut pas tout de suite. On ne pouvait pas lire facilement le passage des ans sur le visage d'Albus Dumbledore.
Les Détraqueurs s'étaient éloignés. Trois gardiens et autant de Patronus entouraient à présent la cellule de Sirius Black. L'ancien maraudeur sentit une chaleur bienvenue envahir ses doigts et gagner progressivement sa poitrine.
Il leva un regard délavé vers son visiteur.

Albus ne fut pas choqué par la figure ravagée de Sirius. Il serra les dents, et chercha l'indispensable lueur de conscience dans les yeux gris-bleus du prisonnier. Il n'eut pas à chercher bien loin. Sirius Black, de toute l'intensité de son insolence légendaire, le transperçait de part en part de son regard outremer. Albus respira mieux.

-Ouvrez, s'il vous plaît, indiqua-t-il à un gardien.

Sa voix résonna bizarrement. Le gardien s'approcha, masse de muscles et de nerfs, traits tendus, regard attentif :
-Aucun contact physique, dit-il en déverrouillant la porte de la cellule fermée d'un sort complexe. Vous pouvez avoir une conversation privée. Nous nous tiendrons éloignés. Mais toujours de façon à vous voir. criez s'il y a un problème.

Le gardien barra le passage au directeur de Poudlard, et leva le menton vers le vieil homme, qui faisait deux têtes de plus que lui :
-Votre baguette.

Albus la lui remit. L'homme le laissa entrer, et referma derrière lui.

-Je repasse dans cinq minutes, indiqua le gardien.

Albus le remercia.

Ils se fixèrent un moment.
Et Albus parla :
-Bonjour, Sirius.
-...Bonjour, Professeur, coassa le prisonnier.

Il y avait presque un sourire au fond de cette voix rocailleuse. Presque. Albus savait que Sirius connaissait la raison de sa visite. Il ne pouvait y avoir qu'une raison.
L'Ordre avait découvert son innocence.

-Etiez-vous le gardien du secret de James et Lily ?
-... Je l'ai été. Mais... Je ne l'étais plus, au moment de... au moment de leur mort.

Albus le savait, bien sûr. Mais il inspira profondément et ferma succinctement les paupières à l'entente de l'affirmation de Sirius. Cela ne changeait pas grand-chose au cours des choses. Cela ne changeait même rien. Sauf qu'ils devraient tous vivre désormais avec l'idée qu'ils avaient enfermé un homme innocent à Azkaban. A Azkaban. On ne parlait pas d'une nuit dans les cellules du ministère.

Il rouvrit les yeux et les plongea à nouveau dans ceux du prisonnier.

-Je suis désolé, Sirius. Je vais faire mon possible pour vous sortir d'ici.

Sirius eut la gorge nouée. Sortir d'ici...
Il hocha la tête, gravement.

-Qui était le gardien du secret, alors ? demanda le vieux mage.
-Queudver, lâcha aussitôt Sirius entre ses dents - c'était le seul nom qu'il s'autorisait à ressasser encore et encore, chaque nuit un peu plus laid.

Albus écarquilla les yeux, les traits tendus et les mâchoires serrées.
Pettigrow était vivant ? Mais, le doigt... Le doigt était un coup de génie. Sans doute le seul qu'aurait jamais Peter Pettigrow.
Albus se sentit envahi par la fureur. L'animagus devait actuellement dormir paisiblement dans un château en Albanie. Le vieux sorcier calma la rage qui le gagnait : la chasse à Pettigrow attendrait, la priorité était la réparation de l'erreur judiciaire qui lui faisait présentement face, amaigrie et vêtue de haillons.
Albus plongea la main dans la poche de sa robe et en tira un petit parchemin. Les contacts physique étant proscrits, le visiteur avait d'autant moins la permission de passer des objets au prisonnier. Le vieux sorcier laissa glisser le parchemin au sol et lui donna une légère impulsion magique. Le petit rouleau voleta jusqu'aux pieds nus de Sirius. Les gardiens ne mouftèrent pas.

Albus Dumbledore adressa à son ancien élève un sourire plein de confiance qui remit du baume au cœur de Sirius. Puis il fit signe au gardien qui lui avait ouvert la grille de le laisser sortir. Alors que l'homme deverrouillait la porte, la directeur de Poudlard se tourna vers l'aîné des Black :
-Nous ne vous laisserons pas tomber, Sirius.

HP-LV-HP-LV

Dans l'école très particulière du très douteux Insan Greek, il y avait tout un tas de choses bizarres, ou du moins inhabituelles dans une école.
Il y avait les djinns, ces esprits magiques insaisissables, des génies convoqués d'un Autre Lieu pour servir de ...surveillants de cour de récré.
Il y avait des règles et des punitions hors normes, aussi – le jeûne et le Doloris arrivaient en tête de liste.
Mais, parce que c'était une école, elle offrait ce qu'offrait toutes les écoles : des cours ennuyeux.
Cela, au moins, était normal.

Les cours du professeur Olson relevait du plus complet bordel. La pauvre demoiselle souffrait d'un manque d'autorité compulsif, qui se traduisait par un rougissement inopiné de ses joues lorsqu'elle tentait en vain de ramener le calme, à peu près toutes les deux phrases.

Ce cours-là accueillait les garçons et filles de sept à quinze ans portant bandeaux argentés et bandeaux dorés. Une telle assemblée pouvait remplir une pièce de la taille d'un hall de gare, mais il s'agissait d'une salle de classe, et les salles de classe du monde entier ont pour caractéristique commune d'accueillir deux fois le nombre d'élèves qu'elles devraient contenir pour que chacun soit à ses aises. Dans le cours de Mademoiselle Olson, les enfants étaient donc les uns sur les autres. Ils s'ennuyaient terriblement – parce que, n'est-ce pas, personne n'en avait rien à fiche de l'Histoire Globale, ou plutôt de l'Histoire moldue – et, par-dessus le marché, ils ne rencontraient aucune opposition s'ils leur prenait la fantaisie de grimper sur leur bureau pour imiter le chimpanzé.
Le cours du professeur Olson relevait donc du plus complet bordel. Parfois, en de rares occasions... non, très souvent, en fait, une rixe naissait au sein du capharnaüm. Et, occasionnellement... non, systématiquement, en fait, elle impliquait les Preux et les Monstres.
Mais ce n'était pas de leur faute, d'abord. C'était pas eux qu'avaient commencé.

Occupé à graver la Marque des Ténèbres dans le bois de son pupitre, Harry écoutait d'une oreille Light, l'aîné de son dortoir, et Neferupito, un Monstre au bandeau argenté, pérorer sur les sorts de manipulation de l'esprit qu'ils connaissaient. A côté, Angelo s'extasiait – tout en donnant régulièrement un coup de pied distrait à la fille derrière lui qui lui tirait les cheveux. Dans le rang de devant, avachi sur sa chaise, Ikki faisait partie des 1,2 élèves qui prenaient en note le cours d'Histoire. A la droite d'Harry, Claude faisait des bulles de savon à l'aide de sa baguette. A quelques mètres de là, Aaron la Bête, le bouffon attitré de la promotion, l'enquiquineur de service, le pitre le plus insupportable de la création, se tenait presque tranquille : il s'amusait avec ses acolytes, les autres garçons du dortoir des Lutins, à mesurer son zizi.

Comme toujours, la querelle éclata au milieu de rien. Falcor, un garçon de douze ans assis juste derrière Aaron, lui demanda d'un ton exaspéré :
-Mais t'as rien de plus intelligent à faire, espèce de neuneu ?
-« Mais t'as rien de plus intelligent à faire, espèce de neuneu ? », répéta le concerné.

Esclaffade générale chez les Lutins. Enhardi, Aaron tenta de provoquer son détracteur :
-Tu veux que je te pisse dessus ?

Falcor contint son énervement en détournant la tête d'un air méprisant, mes ses joues le chauffaient et sa baguette le démangeait. Pendant une quinzaine de minutes, ce qui en faisait long à supporter, Aaron et ses amis portèrent à vif les nerfs du garçon assit derrière eux, puis, voyant que celui-ci œuvrait à les ignorer royalement – les coins de sa bouche crispés par la réplique cinglante qu'il retenait – il se lassèrent. Ils changèrent bientôt de jeu et se mirent à imiter le loup qui hurle à la lune, dans un chœur de « Ahouuuuu ! » qui couvrait une partie du brouhaha de la classe. Affligé et soûlé, Falcor finit par lâcher :
-Mais vous avez vraiment du choux cuit à la place du cerveau ! Vous pouvez pas faire un truc qui soit pas totalement débile ?

Ce à quoi Aaron répondit en se retournant :
-Tu me broutes.

Seulement, en se retournant, il se retrouva nez-à-nez avec Pétrouchka, qui croisait son regard par hasard. Ce dernier, impassible, lui adressa une œillade assassine.

-Je te broutes ? répéta-t-il d'un ton glacé, menaçant. Tu me prends pour un mouton ?
-...Bêêêêêê ! ne put s'empêcher de répondre Aaron après une brève hésitation.
-Sinnamonn, lança le russe sans plus délibérer.

Pétrouchka considérait qu'il ne fallait pas lui manquer de respect.
Aaron s'envola d'un bond disgracieux, se retrouva tête en bas et se mit à tourner sur lui-même à une vitesse vertigineuse. L'évènement passa quasi inaperçu au milieu du bazar ambiant. Les Lutins avaient immédiatement tiré leurs baguettes en réponse à l'attaque.

-Lâche-le ! fit l'un d'eux.
-Bêêêêêê, répondit Pétrouchka dans un murmure amusé.
-Nous avons un problème.

Cette phrase, pour tous les élèves de l'école, annonçait l'imminence d'un duel. Pétrouchka dévoila ses canines pointues de vampire. Et passa rapidement la langue sur sa lèvre inférieure.

-Je crois aussi, répondit-il.

Aaron retomba lourdement au sol tandis que les quatre autres lutins lançaient simultanément des sortilèges de désarmement – et de torture légère – au russe. Ce dernier en para deux et encaissa les deux autres, se cognant contre un bureau et en recevant un autre dans la figure. Sa baguette était tombée quelque part et le sang lui brouillait la vue, excitant ses sens. A quelques sièges de là, un assourdissant cri de fureur retentit. Angelo, tremblant, se précipita vers Pétrouchka. Dès qu'il aperçut le sang qui maculait le visage de son ami, ses yeux s'emplirent de larmes et il se tourna d'un bloc vers les responsables, un cri de rage effrayant s'échappant de sa gorge d'ivoire. Il leva sa baguette – les quelques personnes qui connaissaient ses crises eurent la présence d'esprit de s'abriter – Light et Claude crièrent « Non, Angelo ! » – Prince, Falcor et quelques autres se précipitèrent sous leurs pupitres en hurlant aux autres d'en faire autant – et Harry, saisit par un mélange de curiosité et de frisson, tendit le cou. Le petit blond leva sa baguette et une subite émanation de magie gronda, montant de quelque part, il y eut un bruit de tonnerre et la déflagration se déversa sur les victimes, mais pas seulement sur elles – et Harry eut tout juste le temps de sentir la magie lui brûler le front et les joues, lui hérisser les cheveux sur la tête et lui faire exploser les tympans, avant de rentrer la tête dans les épaules et de se jeter à terre. Il n'y avait aucun sort, aucun mot pour faire appel à une telle force destructrice, c'était de la pure magie instinctive, de la force et de la colère à l'état brut, comme lorsqu'Harry avait attaqué Bok ou torturé Bartemius sans baguette. Cela ne dura pas longtemps – un tel déchaînement ne pouvait garder son intensité bien longtemps – mais une seconde suffisait pour assommer son homme pour vingt-quatre heures, jugea Harry, l'onde de choc l'ayant engourdi. C'était comme un raz-de-marée, une force qui vous tombait dessus, vous soulevait en vous brûlant partout, puis vous rejetait avec une violence incroyable contre le sol, vous laissant à-demi mort. Essoufflé, se redressant sur les coudes, le Petit Lord se réjouit de n'avoir pas été la cible d'Angelo. Tous les élèves de la classe s'étaient cassé la figure, remarqua-t-il, même si les plus éloignés, au premier rang, semblaient juste avoir basculé comme sous un coup de vent.

-Calmez-vous ! appela le professeur Olson, désespérée que le manque de discipline prenne de telles proportions. Rasseyez-vous et écoutez le cours ! pleurnicha-t-elle dans la plus complète inutilité.

Angelo, le visage baigné de larmes, plissait ses jolis yeux turquoise à la recherche de ses victimes, décidé à envoyer une seconde vague. Pétrouchka, la main sur son nez ensanglanté, complètement étourdi par l'onde de choc dont il ne s'était pas protégé, émit un vague « Ooah... ». Les élèves les moins touchés relevèrent leurs chaises et y posèrent leurs fessiers en fixant le petit blond à l'origine de cette éruption bouches-bées et apeurés. La dizaine de personne qui s'était trouvée dans le faisceau ne se releva pas, gémissant sans force au sol. De nombreux jurons retentirent d'un peu partout et Melle Olson reprit son cours sur la découverte de l'Amérique. Le fait que neuf de ses élèves semblassent mourants était le cadet de ses soucis – pour une fois, il y avait un semblant de calme dans sa classe.

Mais ce n'était pas fini. Angelo avança d'un pas raide vers les cinq lutins à terre, visiblement déterminé à en découdre dans le sang. Alors, Prince – suivant son instinct de Preux – l'attaqua par derrière, pensant agir pour le bien général. Mais attaquer le frêle, l'adorable Angelo n'était pas une idée judicieuse lorsque Pétrouchka était dans les parages. Aussi groggy fut-il, le russe se jeta sur le Preux et, ayant perdu sa baguette, fit usage de ses crocs tranchants, le mordant profondément à l'épaule. Aussitôt, Falcor, Junior et Pip volèrent au secours de leur ami qui, pris par surprise, hurla de façon disproportionnée sous la morsure du vampire. Le déséquilibre du combat toucha une corde sensible chez Harry qui, avec un imperceptible grincement de dents, leva sa baguette en direction des Preux, une vingtaine de sorts de magie noire lui venant instantanément à l'esprit. Il visa Prince, puis Falcor d'un sort de torture ; il aperçut Claude et Ikki défendre Pétrouchka contre Pip et Junior ; bientôt et en toute logique, Light et Neferupito se joignirent au combat qui désormais et traditionnellement, opposait les Monstres aux Preux. Le problème étant que la rage d'Angelo n'étant pas calmée. Les Preux se sentirent obligés de s'acharner sur lui, ce qui énerva outre mesure les Monstres, notamment le Petit Lord, qui sentit s'éveiller en lui cette terrible soif de sang qui lui monta des entrailles et le fit trembler. D'autres élèves intervinrent alors pour aider les Preux à mettre K-O ce deuxième fou-furieux. Harry eut la vague impression qu'une coalition se formait contre lui, se qui redoubla son excitation au combat ; dans le même temps, Claude s'acharnait sur ceux qui tentaient d'attaquer le Petit Lord, récoltant lui-même bonne part des maléfices. La rixe prit rapidement une ampleur qui ne la rendait plus maîtrisable – pour quiconque eût l'espoir de la maîtriser, mais Melle Olson s'était assise sur l'estrade et pleurait.

Attiré par l'innommable raffut des cris, coups, sortilèges et explosions, le lieutenant Agamemnon, de ronde dans les couloirs, arriva en trottinant. Interdit, il interrogea le djinn en faction devant la porte, sourcils froncés, inquiet :
-Que se passe-t-il ?
-C'est le bazar. Je crois qu'ils s'entre-tuent.

C'était un djinn remarquablement loquace.
Le lieutenant lui adressa un regard ahuri. Oscillant entre inquiétude et avertissement, il demanda :
-Vous n'intervenez pas ?
-Le référent ne m'a pas appelé.

Les yeux d'Agamemnon s'étrécirent, et il ouvrit la porte. Un bruit infernal mêlé de cris, d'implosions, de coups de vents et de cognements de meubles le submergea aussitôt. il se précipita dans la pièce pour assister à la plus effrayante bagarre générale qu'il avait vue depuis bien longtemps.

-Seigneur Merlin ! souffla-t-il.

Il se tourna vers la professeur censée gérer la discipline dans ce cours, le référent censé appeler les djinns au besoin – le responsable, enfin ! – et la trouva assise sur l'estrade, le menton dans les genoux :
-Ils ne m'écoutent pas, se désola-t-elle, les larmes aux yeux. Ils ne m'écoutent pas !

Consterné, Agamemnon appela le djinn de sa voix tonnante :
-Djinns ! Alerte à la discipline !

En l'espace de quelques secondes, quatre djinns arrivèrent et se joignirent à la mêlée.

Globalement, ce fut un cours exceptionnellement distrayant.

HP-LV-HP-LV

Il y avait un bureau. Un lourd bureau type Empire, sur lequel étaient empilés quatorze dossiers scolaires.
Au sommet de la pile se trouvaient deux verres montés sur des branches en or. Taille enfant.
D'un côté du bureau, il y avait un garçon blond d'une douzaine d'années, qui s'appelait Johan. Bras croisés, regard glacial, lèvres pincés, chemise propre et cheveux plaqués en arrière ; il s'était agenouillé sur son fauteuil professoral pour être à la même hauteur que les élèves qu'il s'apprêtait à réprimander.
De l'autre côté du bureau, il y avait neuf garçons répartis sur deux rangées, le nez dans les chaussettes.

Le fils du directeur se redressa un peu plus sur son fauteuil et chaussa élégamment ses lunettes dorées, avant de saisir avec une lenteur délibérée chacun des dossier des élèves turbulents qui lui faisaient face, un par un. Ikki, terrassé par un mal de ventre abominable à l'idée d'être renvoyé, était quasi roulé en boule sur sa chaise. A sa droite, Aaron La Bête, avachi contre son dossier selon un angle savamment étudié, tentait d'avoir l'air décontracté - et en était à son sixième Pater Nostre. Apparaissait ensuite Harry.
Harry ne disait rien, ne pensait rien, à part qu'il aurait fini de coller proprement sa rouste à son insupportable voisin de gauche si on lui en avait laissé l'opportunité – mais passons. Cet Aaron était de toute façon ingérable : il fallait l'éliminer. Point.
A droite du Petit Lord, Angelo serrait les genoux, dans l'expectative, promenant son immense regard turquoise sur les multiples jouets colorés des lieux, présentement repoussés de chaque côté du large bureau. En bout de rangée, tentant sans succès de disparaître derrière une lampe, Junior essayait de se rappeler comment diable il s'était retrouvé pris dans la mêlée. Derrière les deux blonds se tenaient Pétrouchka et Neferupito, qui adressaient à l'ensemble de la scène un regard de neutralité méprisante ; enfin, il y avait Claude et Light, qui jetaient de temps à autres des coups d'œil furtifs à Angelo et Pétrouchka, prêts à bondir de leurs sièges respectifs pour les assommer à coups de sages Stupéfix si l'un d'eux s'avisait de reprendre la bagarre là où elle avait été interrompue.

Johan se demanda s'il devait fixer longuement les coupables avant de leur annoncer leur punition - comme le lui avait appris son père. Mais il se fit la réflexion qu'il serait corsé de fixer sévèrement chacun des garçons - ils étaient neuf - tout en maintenant la tension dramatique. Il décida d'improviser, et s'éclaircit la gorge. Les chiffres d'abord.

-Vous avez entraîné trente-neuf personnes dans un pugilat magique.

La première rangée déglutit, gênée - excepté Harry, qui haussa mentalement les épaules en se demandant si trente-huit ou trente-neuf, ça avait réellement de l'importance.

-Un pugilat magique très dangereux, reprit Johan. Mon père est furieux.

Etourdissement fugace de toutes les têtes à l'idée d'un Insan Greek furieux.
Redoublement d'enthousiasme dans les Pater Nostre.

-J'ai dû accueillir plus de cinquante élèves dans mon infirmerie, fit remarquer le jeune médecin mécontent. Sans compter vous neuf. Alors je vais faire bref, car je suis énervé.

C'était faux. Johan n'était jamais énervé. Il était – au plus – fortement contrarié, mais jamais colérique. Il affichait continuellement le même masque froid, naturellement malaimable, qui laissait en de rares occasions transparaître une émotion : la satisfaction. Et présentement, il n'était autre que lui-même : sérieux et sec - et légèrement mort d'ennui.

-L'un de mes patients est décédé, articula-t-il.

Il n'espérait pas faire culpabiliser qui que ce soit, mais il parvint à mortifier Junior, le jeune américain, qui regarda ses camarades en quête de soutien – il attendait des figures horrifiées, et croisa des regards blasés. Il se sentit mal.

-C'est votre faute, bien sûr, asséna durement le fils du Directeur, avant de laisser entendre une pause opportune. Mon père ne veut pas vous renvoyer... Mais vous êtes convoqués demain matin à la première heure dans son bureau pour y recevoir une correction. Il m'a dit de vous dire que la prochaine fois ce serait un, je cite, Doloris de cinq minutes, cul-nu devant toute l'école, fin de citation.

Ikki respira mieux. Pas de renvoi.
Harry grinça des dents. Il était en train de découvrir qu'il haïssait l'idée même du Doloris, cette punition systématique. Tout le monde était logé à la même enseigne, et pourtant, il y avait là une sorte de profonde injustice. On lui avait toujours appris à être puni et récompensé en fonction du mérite, or, il s'était efficacement battu, pendant le cours d'Olson, et avait causé de considérables dégâts. Le lieutenant Akata aurait compris ça. Elle lui aurait peut-être épargné ces effroyables « minutes » en compagnie du Directeur. Mais la loi d'Insan Greek ne connaissait ni nuances ni demi-mesures.
Le seul - et mince - espoir était le pardon, quand le Directeur se laissait gagner par la bonne humeur et qu'il distribuait des bisous plutôt que des sortilèges de torture. Evidemment, impossible de tabler là-dessus. Cet homme était probablement plus imprévisible que n'importe qui. Harry soupira, puis grimaça douloureusement. Non, décidément, il n'aimait pas ça. La loi de Voldemort, sobre, simple, et claire - et indulgente à son égard - lui manquait.
Et cette école craignait un max.

Pétrouchka leva la main.

-Quoi ? fit Johan, les lèvres pincées.

-Je prends la part d'Angelo.

Le jeune médecin leva les yeux au ciel, comme s'il s'y attendait, et prit l'information en note sur un feuillet qu'il remettrait à son père.
Harry, pour sa part, était abasourdi à un degré tel qu'il n'en avait jamais atteint. Il se retourna pour fixer Pétrouchka d'un air complètement ahuri. Comment pouvait-on avoir envie d'un supplément de Doloris ?
Quelle force supérieure pouvait pousser le russe à agir de façon si irrationnelle ?
Il se rappela les paroles de Claude. Pétrouchka protégeait Angelo, et en échange, ce dernier laissait sa carotide en libre-accès au vampire – Harry se massa machinalement le cou à cette pensée. C'était leur contrat. Cependant, la nature exacte de ce contrat devait échapper à Harry – comment comprendre, sinon, que Pétroushka soit prêt à endurer une dizaine de minutes de torture ? Comment comprendre ? Le Petit Lord frissonna. Il lui fallait déjà mobiliser les plus profondes ressources de sa volonté pour encaisser sans hurler à la mort les « bref » (deux ou trois minutes, cinq au plus) Doloris d'Insan Greek. Jamais... jamais il ne pourrait rester sain d'esprit s'il devait endurer la part de torture d'un autre puni en plus de la sienne propre. C'était simplement inconcevable.

Harry jeta un coup d'œil sceptique à Angelo. Celui-ci adressait son éternel regard lumineux à Pétrouchka. Le vampire tapota sur l'épaule du petit français blond. ; ils échangèrent à peine l'ombre d'un regard, mais Harry, qui l'intercepta, sentit l'intensité de ce courant intime qui passait entre eux. Troublant. Le Petit Lord sentait qu'il était en mesure de comprendre, intuitivement, le lien qui les unissait. Mais il n'y parvenait pas. Peut-être cette sensation resterait-elle floue tant qu'il ne l'aurait pas vécue.
En tout cas et pour l'instant, il avait la drôle impression que Pétrouchka avait un nouveau grain de folie – une espèce de masochisme.

Johan continuait son laconique sermon :
-Sur les neufs responsables de ce pugilat, cinq font partie du dortoir des Monstres, fit-il remarquer. Vous n'essayez même pas d'arranger votre réputation.

Harry, Ikki, Angelo et Pétrouchka haussèrent imperceptiblement les épaules. Light, quant à lui, ne s'en donna même pas la peine. De l'avis général des cinq camarades de dortoir, la réputation des Monstres était fichue par terre dès lors qu'on les appelait « les Monstres ».

-Je vais vous le redire, même si je sais que vous vous en moquez royalement : on ne résout pas ses problèmes en se montrant arbitrairement violent.

Après avoir exécuté l'ensemble de l'assistance d'un regard, il poursuivit :
-Il arrive qu'une discussion soit plus honorable pour celui qui en sort vainqueur. Apprenez à distinguer les discordes qui se règlent par la bagarre et celles qui se règlent par la discussion. Et surtout, apprenez à contrôler vos nerfs. Je parle pour vous, Angelo et Petit Lord.

Les deux concernés levèrent des yeux interrogatifs, innocents. On parlait d'eux ?
Johan fit une moue désabusée et abandonna l'idée d'en appeler à la conscience morale de ces désaxés. Il piocha un chewing-gum à la framboise dissimulé dans son encrier, le jeta sur sa langue et entreprit de le mâcher sans discrétion, dispensant des effluves fruitées dans toute la pièce. Puis il attrapa la télécommande de son char d'assaut miniature, poussa le bouton « on » et fit aux garçons un signe du menton :
-Sortez.

Disciplinés, les élèves s'exécutèrent.
Harry faillit rester pour poser une question cruciale à Johan. A savoir : sur quels satanés critères se basaient-ils pour désigner les responsables de la bagarre, s'il vous plaît ? Car il y avait manifestement des ratés dans les jugements. Ni Prince, ni Falcor, ni Pip ni les quatre amis d'Aaron-la-Bête n'avaient été convoqués. Le Petit Lord hésitait à donner leurs noms à Johan. Non qu'il craignît des représailles : le nom de Lord Voldemort planait comme une menace au-dessus de lui ; il faisait partie des « Monstres », et le diagnostic de « Symptôme Un » avait rapidement fait le tour de l'école. De fait, la majorité des élèves évitaient soigneusement d'avoir affaire à lui. Harry ne craignait pas les représailles.
Mais finalement, il ne resta pas. Il laissa Johan et son char d'assaut, et courut derrière Claude. Il ne dénonça personne.
Sans raison particulière, à vrai dire.
Il aurait tout aussi bien pu jouer les délateurs, son esprit se serait trouvé dans le même état d'indifférence généralisé. Parce que, de toute façon, cette école était d'une injustice flagrante. C'était la deuxième fois en moins d'une heure qu'il se faisait cette réflexion.

Et ce fut la première fois de sa vie d'enfant qu'Harry donna de la valeur à l'idée de justice.
Il ne le savait pas, et peu de personne étaient capables de mesurer cet exploit paradoxal, mais en bafouant si ouvertement toutes les règles morales communément établies, l'école d'Insan Greek éveillait en lui la conscience de la Justice.

De ce jour, Harry bâtit les fondations d'une liste de principes.
Il avait déjà en lui trois certitudes intemporelles :
1. Lord Voldemort a raison ;
2. La maîtrise de la magie est la maîtrise du pouvoir ;
3. Le piano, c'est super.
A ce socle inébranlable, il ajouta :
4. L'Injustice, c'est Mal.
...et son corollaire : la Justice, c'est Bien.

Pour lui, le premier principe et le quatrième n'avaient aucune raison d'entrer en contradiction.
Le premier prévalait de toute façon sur tous les suivants.

HP-LV-HP-LV

-Comment tu t'appelles, le fifils à Voldy ? grinça le russe de sa voix nasale, avec un sourire mauvais.

Harry vit rouge. Très rouge. Tout rouge. Subitement.
Sang.

-Endoloris ! cria-t-il, sa voix déchirant le silence.

Il n'avait pas sa baguette, mais à un tel niveau de fureur, il n'en avait pas besoin. Pétrouchka se mit à trembler violemment sous l'effet de l'Impardonnable.
Angelo, les traits déformés par la peur, attrapa précipitamment sa baguette sous l'oreiller, et cria, visant le Fils des Ténèbres :
-Stupéfix !

Harry esquiva, mais ce geste le déconcentra suffisamment pour briser le sortilège. Toujours furieux, il s'apprêtait à relancer une attaque, et murmura un Accio fébrile, histoire d'être armé, mais une main saisit son poignet avec autorité. Il vit Claude se placer devant lui.

-Calme-toi, entendit-il résonner à ses oreilles. Calme-toi.

Mais la prière de Claude ne lui était même pas adressée. Angelo, la lèvre tremblante, tendait sa baguette vers les deux garçons, les yeux levés vers Claude.

-Calme-toi Angelo, renchérit une voix douce et grave, celle de Light, qu'Harry n'avait pas vu approcher. Pétrouchka l'a provoqué, non ? poursuivit-il d'un ton apaisant, tout en posant une main sur l'épaule du Petit Lord. Baisse ta baguette, Angelo… Toi, excuse-toi, chuchota-t-il d'un ton acéré à l'oreille d'Harry.
-Non, cracha ce dernier. Sûrement pas !
-C'est pas pour Pétrouchka, crétin, siffla Light à son oreille, sa poigne se crispant douloureusement sur son épaule. C'est pour Angelo. Fais tes excuses à Angelo pour t'en être pris à Pétrouchka. Excuse-toi, je te dis, grinça-t-il, se crispant davantage.
-Je – suis – désolé – Angelo, articula fiévreusement Harry, sa main toujours serrée sur sa baguette.

Le petit blond lui jeta un regard perdu.

-T'inquiètes pas pour moi, Angelo, intervint la voix nasillarde de Pétrouchka. Calme-toi, je vais bien.

Le blondinet lâcha sa baguette sur le champ et se jeta dans les bras du russe, qui affichait un sourire tordu destiné à Harry.

-Susceptible, à ce que je vois, nota-t-il.

Claude tourna la tête de trois quarts pour échanger un regard avec l'Héritier du Seigneur des ténèbres.

-Ça te prend souvent, de lancer des Doloris, comme ça ? chuchota-t-il.

Ils ne comprenaient pas. Personne ne comprenait. Oser prononcer Son nom, c'était Lui manquer de respect – seul l'Ordre s'enorgueillissait d'une telle sottise. Et oser déformer Son nom en un sobriquet ridicule, c'était, c'était – c'était… Odieux.
Le sang battait encore aux oreilles de Harry. La mâchoire serrée, il laissa sortir quelques mots, d'un ton dur :
-On parle pas de mon père comme ça.

Le premier à répondre fut le japonais Light, d'un ton dégagé, comme si maintenant que cela avait été dit, on pouvait passer à autre chose :
-Ok.

Comme entraînés par leur aîné, les autres l'imitèrent :
-Ok, dit Claude.
-Ok, accepta Pétrouchka.
-Ok, répéta Angelo.
-Ok, murmura Ikki depuis ses couvertures.
-Tu vois, repris Claude. Faut pas s'énerver.

HP-LV-HP-LV

-Johan a raison, lâcha Claude le soir-même au dîner.

Au menu, des choses au riz, aux algues, aux sauces bizarres et au poisson cru : des sushis.

-A propos de quoi ? demanda Ikki, qui n'avait déjà plus aucun accent.
-Ce qu'il a dit. On ne résout pas ses problèmes en étant violent.

Harry haussa délicatement les deux sourcils, hautement dubitatif – ce qui montrait la force qu'il accordait au concept de non-violence. Par politesse et parce qu'il l'aimait bien, il ne contredit pas Claude. Le français, tâtant l'un de ses sushis du bout des doigts, développa son idée :
-Mais si – il avait bien vu la tête un poil amusée que faisait le Petit Lord – tu te souviens, le premier jour d'école, tu t'en es pris à Pétrouchka...
-Il l'avait cherché, fit remarquer Harry d'un ton badin en dépiautant son dernier sushi – il fallait qu'il sache ce qu'il y avait dedans exactement.
-Oui, ok, je veux dire ; c'est pas ça que je voulais dire. Tu te souviens : tu lui a jeté un Doloris, et Angelo à réagi illico...
-Oui.
-...et ça aurait pu sauvagement dégénérer ce matin-là. Mais tout le monde s'est calmé...
-Light est intervenu, rappela Ikki, qui se cachait sous la couette ce jour-là mais se rappelait parfaitement l'épisode.

Harry se souvenait seulement avoir manqué une bonne occasion de flanquer sa raclée à un Pétrouchka alors franchement inamical.

-Vous ne croyez pas que si chacun y mettait du sien, si chacun acceptait de discuter plutôt que de sortir sa baguette chaque fois que...
-Claude, le coupa Ikki, permets-moi de t'arrêter tout de suite. Si tu crois qu'Insan Greek a ouvert son école pour former des parlementaires, on t'a mal renseigné.
-Gnagnagna, répondit Claude très éloquemment.
-Et puis, répondit sincèrement Harry la bouche à moitié pleine, si on faisait plus de magie, ce serait beaucoup moins drôle.
-Mais on peut faire de la magie sans se battre, objecta le français sur un ton raisonnable.
-Mais c'est nul, répondirent en chœur Harry et Ikki, de leurs angéliques voix enfantines.

Claude soupira et planta son menton dans sa paume, coude sur la table, dépassé.

-Excuse-moi, Claude, ça fait un moment que je me questionne à ce sujet..., glissa le jeune japonais. Je me demandais : pourquoi tu es chez les Monstres ?

Harry sourit, de l'inimitable sourire de celui qui est dans le secret.

-Il a triché aux tests d'entrée, révéla-t-il à Ikki.

La bouche du japonais s'ouvrit sur un « Oh ! », choqué, et Claude éclata de rire, parce que dans le genre choquant, il se pensait bien en-dessous de ses camarades.

-Mais comment tu as fait ? s'étonna Ikki.
-Facile, rétorqua la français en haussant les épaules. Mes frères m'avaient parlé de ces tests en long en large et en travers. Et comme je savais que ma seule garantie de ne pas être dans le même dortoir que l'un d'eux était de me retrouver chez les Monstres, j'ai fait semblant de m'éclater à torturer ce pauvre type. Vous savez, le type de... ?
-Ah, oui, je me rappelle de ce test, sourit Harry. Bizarre. Fallait lancer un Doloris à chaque mauvaise réponse ou...quelque chose comme ça...
-Moi, j'ai réussi ce test ! clama fièrement Ikki.
-Ah bon ? fit Claude, sceptique.
-Oui. J'ai tué l'homme. Le djinn m'a dit que c'était bien.

Harry n'avait toujours pas compris les implications de ce test.
Claude fut pris d'un fou-rire. Le français avait l'air de trouver hilarant ce que venait de dire Ikki. Bah. Le Petit Lord secoua la tête amusé.
C'était Claude. Fallait pas chercher à comprendre !

HP-LV-HP-LV

Aux premiers examens, Claude avait obtenu une faveur, qu'il avait gracieusement offerte à Harry. Le Fils des Ténèbres, heureux comme tout, avait fait valoir son droit – via Claude – de jouer du piano. Insan Greek avait haussé un sourcil.

-Un piano ?
-Oui, s'il vous plaît, avait répondu Claude.
-Bon, bon, fit le Directeur. Quel genre de piano ?
-Un Bechstein, répondit aussi sec le français, bien briefé par Harry.
-Un quoi ?
-Un Bechstein. Ou un Petrof.
-Ah. Ah. Bon, je te trouverai ça. Tu peux retourner en cours.

De fait, Harry et Claude avaient pris l'habitude de profiter de leurs quelques heures de liberté dans la pièce où le Directeur avait fait installer le piano – un Petrof (prononciation moins risquée, pour un néophyte comme Insan se rendant dans un magasin de musique). Claude avait derrière lui cinq ans de pratique de saxophone.

-Ma mère a voulu me faire jouer de la clarinette, dit-il un soir à son ami.
-Oh, c'est beau, la clarinette ?
-J'ai détesté, fit Claude en sortant son instrument de son étui. J'ai fait exprès de jouer de façon horrible, jusqu'à ce qu'elle me paye un saxo.
-Pourquoi ? demanda Harry en calant son pied au-dessus de la pédale du piano.
-Parce qu'elle avait choisi pour moi. Elle choisit toujours tout pour moi. Je me suis dit qu'au moins pour ça, c'est moi qui choisirait.
-Alors, elle t'a offert un saxophone ! sourit le Petit Lord.
-Elle a mis un an. Elle est forte, quand même. N'importe qui aurait craqué au bout d'un mois. Je jouais tellement mal de la clarinette ! rit Claude. C'était insupportable. T'imagines ? Deux heures tous les soirs, pendant un an ? Ma mère est du genre obstiné.

Après un temps, il dut admettre, songeur :
-Mais moi aussi.

Et ils jouèrent. Chacun leur tour, tout d'abord. Harry lui fit entendre la dizaine de morceaux qu'il avait appris avec son professeur privé moldu, JK. Claude choisit dans son très large répertoire les morceaux qu'ils préféraient. Harry commença par fermer les yeux, saisi par le timbre suave du saxophone.
Au bout d'une dizaine de secondes, il frissonna. C'était comme de découvrir une nouvelle personne. Une personne à la voix rauque, aux accents mélancoliques... Puis Claude lui proposa un autre morceau. Et celui-là, Harry l'aima de toutes les fibres de son corps, comme il avait aimé son premier boogie. Le sax faisait soudain un truc sensasionnel, déclenchant une vibration épisodique dans le ventre du Petit Lord, secouant doucement sa tête, lui amenant un sourire béat aux lèvres. Il y avait un rythme... Un rythme génial. Et toujours ces accents mélancoliques...

-C'est du jazz ? demanda-t-il incertain, à la fin du morceau.
-Yep.
-J'ai un morceau un peu comme ça. Recommence. Je vais jouer en même temps que toi.

Harry se tourna vers les touches du piano et se dégourdi à nouveau les doigts, machinalement. La première fois qu'il accompagna Claude, ce fut maladroit. Il retrouvait facilement les accords de son propre morceau, s'adaptait intuitivement au rythme de celui de Claude, mais un truc clochait vraiment, si bien qu'après moins d'une minutes, ils s'arrêtèrent, et reprirent. Là, Harry chercha simplement à se calquer sur Claude, comme un ami qui soutiendrait son discours.
Et. Ce. fut.
Indescriptible.

HP-LV-HP-LV

Harry était à l'école depuis plusieurs mois. Il avait beau la trouver de plus en plus dingue et lui faire de plus en plus de reproche, il y évoluait avec un naturel désarmant, ce naturel que seuls possèdent les enfants face à l'absurde et l'inconnu.

Le nombre de pensées qui avaient tourneboulé dans sa tête en quelques semaines dépassait l'imagination. Tant de choses changeaient, et si vite.
Harry vivait une phase de grands bouleversements. Ce n'était pas violent. Ce n'était pas non plus perceptible, ni pour lui, ni pour ses camarades - qui se débattaient inconsciemment au sein de leurs propres tourments. Le Petit Lord se trouvait entraîné par un courant puissant et régulier, un courant qui l'avait attrapé à son arrivée à l'Ecole d'Insan Greek et lui faisait traverser toutes les expériences de l'enfance qu'il n'avait pas encore connues. Et ce, à une vitesse vertigineuse. C'était comme si une entité en lui venait de réaliser l'étendue de ses lacunes et s'empressait de lui faire rattraper son retard, à une allure effrenée, de peur peut-être, que le retour au manoir n'arrive trop vite.

Ainsi, il découvrit le bonheur des gros-mots.
Non pas que les insultes lui fussent inconnues. C'eût été très surprenant, de la part d'un enfant ayant grandi au milieu des mangemorts - où retentissaient régulièrement des jurons imagés, avec pour personnages récurrents le « sang-de-bourbe », la « pute », et tout un panel encore plus coloré.
L'Ecole d'Insan Greek abondait en gros mots de toutes sortes et de toutes langues, qu'Harry se mit à employer comme un aventurier découvrant soudain qu'il est assis sur un gros tas d'or et décidant d'en profiter.
Au grand désespoir de Claude, qui avait depuis plusieurs mois dépassé cette triste phase, Harry se mit donc à ponctuer chaque demi-phrase de trois injures. Ce qui donnait, dans ses instants de lyrisme les plus remarquables :
-Putain de bouse, espèce de bakatón, c'est toi qui m'as piqué mon oreiller ? Aller, fils de pute, rends-le moi !

Cela dura un peu plus de trois mois, et stoppa net le jour où Claude lâcha, au détour d'un conversation :
-Je supporte pas ces brutes.

Il parlait d'Aaron la Bête, qui s'était constitué une petite bande au sein des garçons du dortoir des Lézards et s'amusait à martyriser les plus petits et les plus faibles : ceux qui portaient le bandeau blanc.

-Toujours à cogner sur tout le monde et à pousser des cris de chimpanzés, maugréa le français, à demi atterré, à demi révolté. Passent leur temps à dire des gros mots. Ils parlent vraiment comme des débiles.

Ce jour-là, le Petit Lord eut un choc esthétique.

-T'as raison, murmura-t-il alors, mal à l'aise.

Il supprima aussitôt de son vocabulaire tous les trucs moches qu'il avait appris à l'école, et relaya dans les tréfonds de son esprits ceux pêchés chez Avery. Il n'avait aucune envie, jamais, de ressembler à cet attardé arrogant et vulgaire d'Aaron la Bête, que la plupart des gens ne supportaient pas, et que Claude méprisait au plus haut point.
L'idée lui vint alors, avec un frisson, qu'un fils de ce genre aurait très certainement déplu à Lord Voldemort. Comment son père aurait-il réagi ? ...Il aurait probablement, en premier lieu, été affligé par le désastre opéré loin du manoir. Puis, il l'aurait enfermé dans un cachot et conditionné à coups de privations – pas de chocolat, pas de piano, pas de Draco – jusqu'à ce que le Fils des Ténèbres retrouve une certaine élégance de langage.
Harry décida que tout ça l'arriverait jamais. Et fut relativement fier de lui.
Mais, il oublia bien vite sa période gros mots et tous les sentiments que lui inspira sa fin.

Car une autre de ses expériences fut l'amour. Et ses premiers chagrins.

HP-LV-HP-LV

En fait, il n'y était pour rien. Du moins, au départ, il n'y était vraiment pour rien : l'amour lui tomba dessus sans crier gare. Elle s'appelait Cléo, portait le bandeau doré, avait manifestement entre dix et onze ans, et semblait vive et plutôt douée au combat, puisqu'elle envoya Claude au tapis en cours d'Education Physique, récoltant les félicitations du lieutenant Akata. Harry, comme de bien entendu, se précipita vers son ami pour vérifier qu'il lui restait suffisamment de dents pour dire « Faut que je vois Johan » au cas où il se serait cassé une jambe. Claude avait toutes ses dents, et malgré son air sombre, ses yeux humides et son nez bleu, ne souffrait pas assez pour réclamer à aller à l'infirmerie. Harry le remit sur pieds avec un sourire fataliste. A ce moment précis, alors qu'il tirait sur le bras du français pour le soulever, une boule de nerfs percuta son dos avec un cri sauvage. C'était Cléo.

-J'en ai pas fini avec lui ! s'exclama-t-elle, surexcitée, en repoussant le Petit Lord pour se jeter à nouveau sur Claude. Je vais le mettre K.O !
-OH là ! l'arrêta Harry en se replaçant devant elle. Le combat est fini. Ce n'est qu'un entraînement.
-Ouais, grimaça Claude en effleurant son nez. T'as gagné.
-Bande de chiffes molles ! C'est K.O ou Abandon ! cria-t-elle tout sourire en faisant un grand geste de baguette qui envoya le Fils du Seigneur des Ténèbres valdinguer contre un arbre.

Harry, sonné par le sort, se releva, furieux. Il constata que la fille s'en prenait à nouveau à Claude et était en passe de lui tordre le genou. Il s'avança à grands pas colériques et, sans autre formes de procès, lui jeta un authentique Putra, qui la fit hurler de douleur pendant quelques fractions de secondes. Elle s'écroula en suite au sol telle une poupée de chiffon, étourdie, les larmes aux yeux. Le Petit Lord et Claude s'enquirent de leurs états respectifs, et comme tout allait à peu près bien, ils se tournèrent fugitivement vers leur agresseur pour savoir à quoi s'en tenir, et constatèrent que la petite fille les fixait d'un regard noir, la mine dépitée.

-On n'a pas le droit aux sortilèges de torture, normalement, dans le cours d'Akata, reprocha-t-elle, d'un ton frondeur. Je suis sûre que tu ne me bats pas en combat singulier.

Elle s'adressait à Harry, le considérant manifestement comme l'un de ses mini tyrans accros à la magie noire qui peuplaient assez substantiellement l'école d'Insan Greek. Le genre de garçon dont le sentiment de sa propre importance est corrélé à sa capacité à vous faire vous ratatiner d'un sort de torture. Le genre qu'elle se ferait un plaisir d'aplatir par terre si seulement il acceptait l'espace de quelques minutes de l'affronter sans magie noire.

Le Petit Lord, fin legilimens, n'aima pas du tout le reproche méprisant qu'il lut dans l'esprit de Cléo. Et décida de lui prouver que sa valeur se mesurait au-delà de ses Putra et autres Doloris.

-Ah oui, tu es sûre que tu me bats en combat singulier ? On parie ?

Claude s'éloigna de quelques mètres et grimpa sur un muret pour assister au duel. Duel, combat... il s'agissait avant tout de mettre l'autre à terre, et selon les règles d'Akata, tous les moyens étaient bons pour y parvenir, du coup de griffe au coup de genou, en passant par tous les sortilèges d'attaques connus des concurrents. Il était seulement interdit de faire usage des sortilèges de torture – ce qui n'était pas du luxe, au vu de tous les Endoloris que récoltaient les élèves dans cette école.
Harry et Cléo se battirent. Assez brutalement, dut constater Claude, qui manquait cependant la moitié des actions car son oeil gauche, trop enflé, lui dissimulait une partie de la scène. La petite brune finit par perdre sa baguette et attrapa alors Harry le bras pour lui faire lâcher la sienne, lui tordant la main, lui mordant le poignet. Le garçon lâcha prise lui aussi et s'engagea dans un corps-à-corps hargneux. Si un certain honneur avait été en jeu au début de la session, les deux combattants l'avait complètement mis de côté pour massacrer du mieux qu'il pouvait leur adversaire, et prouver ainsi quelque chose – quelque chose en lien avec la volonté d'asseoir sa raison, sa supériorité, mais aussi quelque chose leur échappant complètement ; ainsi qu'à Claude, qui se demandait vraiment pourquoi, comment, Harry s'était débrouillé pour encore provoquer un combat et s'y mettre de tout son cœur. Le Petit Lord finit par avoir le dessus, ayant bloqué les bras de Cléo d'une main et lui tenant la gorge de l'autre, assis à califourchon sur sa poitrine.

-Alors ? siffla Harry. J'ai gagné ? Tu abandonnes où je te mets K.O ?
-J'abandonnerai jamais ! répliqua la petite fille. Je sais bien que t'as gagné, mais j'abandonnerai pas, question de principe.

Harry serrait si fort les poignets de Cléo, et depuis si longtemps, que cela devait être réellement douloureux. Il ne lâcha pas. Il lui montra les dents sans réellement sans rendre compte, tellement habitué à voir Pétrouchka effectuer le même geste.

-Abandonne, ordonna-t-il dans un grondement.

Cléo ne se défendait plus du tout. Elle venait de se rendre compte, mais elle ne savait déjà plus à quel moment cela s'était produit, qu'elle était tombée amoureuse de ce garçon. Il avait un Expelliarmus terrible.

-Non, répondit-elle. Désolée.

L'abandon, c'était trop moche.
Le Petit Lord sembla être franchement exaspéré de sa réponse et pendant un instant, Cléo crut qu'il allait réellement l'étrangler. Mais il la lâcha subitement, se relevant en essuyant sa lèvre ensanglantée avec le dos de sa main. Il la fusilla du regard, et cracha :
-Je vais pas te mettre K.O. Aucun intérêt. Je vais pas me fatiguer pour rien.

Il inspira profondément, et tenta d'étirer tous ses membres endoloris.

-Tu te bats bien, finit-il par lâcher presque à regret, comme un professeur forcé de complimenter un élève déprécié.

Puis il tourna les talons, rejoignit Claude et s'en fut avec lui vers le Réfectoire.

Le lendemain, il fut très surpris de retrouver la même fille faisant le pied de grue devant la porte de la salle de cours du professeur Koblenz. Il faillit la contourner sans lui prêter attention. Pour lui, Cléo n'était qu'un événement parmi d'autres de sa scolarité chaotique, et si le combat de la veille avait certes été remarquablement hargneux et s'était bizarrement terminé, il n'avait aucune raison de s'en souvenir bien longtemps, et l'avait déjà presque effacé de sa mémoire. Mais la fille lui bloqua le passage et lui lança :
-Je suis sûre que je peux te battre ! Hier, j'étais pas en forme, j'avais pas mangé. Tu relèves le défi ?
-Hein, heu...

Surpris, il haussa les épaules.

-Non. Ça ne m'intéresse pas.
-Si, rétorqua Cléo en se décalant pour lui barrer le chemin. Nous avons un problème.
-Non, répliqua aussitôt Harry, qui ne savait que trop bien ce que signifiait cette phrase. Nous n'avons pas de problème.
-Nous avons un problème.

Le Petit Lord eut tout juste le temps de sortir sa baguette pour contrer le sort puissant qu'elle lui lança. Ebouriffé, il serra les dents et entra dans le combat. Il cria à Claude de ne pas l'attendre.

Harry sortit de cet intervalle violent de fort méchante humeur. D'abord, il n'avait jamais voulu se battra avec cette fille et elle lui avait fait perdre une partie de son après-midi, le forçant à manquer le cours d'Histoire. Ensuite, un djinn était intervenu, pas pour les séparer puisque ce genre de duels, qui était monnaie courante, était toléré, mais pour leur offrir gracieusement à chacun un trou dans leur tee-shirt blanc, punition qui les priverait de dîner. Pour finir, elle avait réussi à lui tordre un doigt de façon très vilaine et le petit brun, qui n'avait pas le courage de le remettre en place lui-même, dut se résoudre à rendre visite à Johan, qui ne l'avait pas particulièrement à la bonne et lui fit un trou de plus dans son tee-shirt. Ce qui signifiait qu'Harry devrait jeûner le soir-même et que, à moins qu'il ne parvienne à se montrer suffisamment brillant dans les cours du lendemain pour que les professeurs veuillent bien lui effacer les deux trous, il serait également interdit d'entrée au Réfectoire le lendemain soir.
Renouer avec son régime « morceau de pains que veut bien me rapporter Claude », des premiers temps de son séjour à l'école, lui fichait un cafard inimaginable. Son ventre hurla toute la nuit, suscitant les rires de ses camarades de dortoir.

Aussi, le lendemain, lorsqu'il croisa à nouveau Cléo, dans la Cour Folle, il lui jeta un regard mauvais et passa son chemin. Elle lui courut après, et le provoqua à nouveau en duel.

-Mais non ! Tu m'énerves, à la fin ! Je suis plus fort que toi, tu n'as pas compris ?
-Tu m'as battu de peu, hier.
-Et alors ?? Je ne compte vraiment pas me rebattre avec toi. Laisse-moi tranquille. Va voir ailleurs si j'y suis.
-Nous avons un problème.
-Mais n... Protego !

Il récolta de nouveaux bleus, une entorse, et un sentiment confus de rage et d'impuissance. Leur combat attira l'œil de deux djinns et, alors qu'il avait péniblement réparé les dégâts de la veille grâce à la bienveillance du Professeur Koblenz qui, le félicitant pour son premier Inferi – sur le corps d'un chat – lui avait effacé ces deux trous gênants, ses nouvelles frasques furent punies par un nouveau trou dans son tee-shirt.
Doigt pointé du djinn. Brûlure fugace sur la poitrine. Fureur de Harry.
Sentant doucement grandir en lui une vague d'énergie maléfique, voyant ses doigts trembler étrangement, et humant subitement une drôle d'odeur, celle de tout ce sang autour de lui, tout ce sang qu'il pouvait faire couler... Harry se prit la tête entre les mains et courut jusqu'à la fontaine. Il se jeta dans le bassin pour se calmer.
Du froid, oui... Frrroid... Ne pas laisser... cette chaleur...ce désir... de répandre la destruction... Ne pas le laisser monter... C'est ça, ne rien écouter, rester la tête sous l'eau...

Claude, ayant couru derrière son ami, inquiet, s'accouda au rebord du bassin.

-Ça va ? demanda-t-il lorsqu'il vit reparaître deux fentes d'un vert très sombre.
-...ça va, articula lentement le jeune anglais.
-... Tu es sûr ?
-... J'ai failli refaire un Symptôme Un.
-... Ah... Et c'est pour ça que tu t'es jeté dans l'eau ?
-Oui. Je savais pas quoi faire. C'est pas mal. C'est en train de partir.
-Comment tu te sens ?
-... Je m'imagine en train de... t'exploser la tête... quand je te regarde, lâcha le brun, ne pouvant contrôler le sourire alléché qui se dessina sur ses lèvres à cette perspective.

Claude recula vivement sa tête, déglutit, et comprit pourquoi Harry gardait obstinément les yeux baissés sur l'eau, sur son propre reflet trouble. Mieux valait pour tous les deux qu'il ne le regarde pas, vu le genre d'envies que cela lui donnait.
L'eau était très froide et pourtant, le Petit Lord, bouillant encore de rage, ne frissonnait aucunement. Il luttait contre ce monstre noir qui tentait de prendre le contrôle de son corps et de sa tête. Claude ne s'en alla pas. Il resta silencieusement aux côtés de son ami et attendit que la couleur de ses yeux soit à peu près revenue à la normale pour lui parler.

-Qu'est-ce qui t'as énervé comme ça ? C'est à cause des djinns ?
-Non. C'est elle. J'en ai marre ! s'exclama-t-il en gardant obstinément les dents serrées, mais en s'autorisant à relever les yeux un bref instant. Prends ma baguette, s'il te plaît. Prends-la.

Le français tendit doucement la main et se saisit précautionneusement de l'item, dans la poche de Harry. Ce-dernier sembla un peu plus tranquille.

-Mais c'est quoi son problème, à la fin ? fit-il au bout d'un moment, exaspéré.
-A Cléo ?
-Oui.
-Ben... Je crois qu'elle est amoureuse de toi...
-Quoi ?

Pour le coup, le monstre disparut complètement, et la lueur de rouge s'étant allumée dans les yeux de Harry un peu plus tôt s'évapora comme si elle n'avait jamais été là. Le Petit Lord passa du mode « combat » au mode « curiosité », et toute sa rage s'en fut du même coup.

-Quoi, amoureuse de moi ? répéta-t-il incrédule.
-Ben, ouais.
-...Mais ! Elle... Elle est toujours en train de vouloir me cogner ! Elle peut pas être amoureuse de moi !
-Ben, si. C'est souvent comme ça. Tu sais qu'Ansalom, le fameux, le magnifique, le surpuissant... Ansalom, quoi, eh ben y a trois ans il est tombé amoureux d'une fille à bandeau argenté, qui était plus grande que lui, et ben il a passé son temps à la provoquer en duel. C'était sa manière à lui de lui dire N'Brick.
-La vache ! Et ça a marché ?
-Ouais ! Ils ont fini par être amoureux tous les deux. Enfin, par sortir ensemble, tu vois.
-Oui.

Ils restèrent songeurs quelques instants.

-Alors ? ne put s'empêcher de demander le français, avec un sourire lui dévorant les coins de la bouche. Tu vas sortir avec elle ?
-Hein ?? Quoi ? Non ! s'empressa de crier Harry.
-Pourquoi ?
-Mais...! Parce que je veux pas !

Claude éclata de rire.

-Je comprends, t'inquiètes. Y a une fille du dortoir des Anges qu'est amoureuse de moi, et moi je ne suis pas amoureux d'elle.
-Hm.
-Enfin, elle m'a dit N'Brick l'année dernière. Je sais pas si elle est toujours amoureuse de moi.
-Hm.

Harry ne cachait pas son désarrois face à cette dimension dans laquelle il venait d'entrer. La dimension des gens qui se disent « Je t'aime », ou plutôt, « N'Brick » comme il était de coutume dans cette école, et qui se tiennent par la main en entrecroisant leurs doigts. Il se passa une paume humide sur le visage, et frissonna. Le Petit Lord réalisa alors qu'il était entièrement calmé, que la crise était passée. Il sortit du bassin et s'ébroua comme un jeune chien, secouant ses cheveux bruns, arrosant généreusement son ami au passage.

-Je vais encore être privé de dîner, soupira-t-il au bout d'un moment.

Puis, les mots sortirent de sa bouche sans même qu'il les ait pensés :
-Je déteste cette école.

Claude le fixa alors avec une drôle d'expression. Ses sourcils, légèrement haussés, rendaient compte de sa surprise, et un infime sourire étirait ses lèvres. Ses traits s'adoucirent pour passer de l'incrédulité à l'empathie. Ce fut d'une voix douce, presque mélancolique, qu'il murmura :

-Moi aussi. Tu sais que, souvent, je m'imagine en train de m'évader ? Je partirais dans la nature, avec mes copains, et on vivrait tout seuls, sans personne. On se construirait des cabanes.

Harry, bouche ouverte sur un rire qu'il retint au dernier moment par un effort de volonté, guetta le second degré dans le ton du français, mais ne le trouva pas. Claude rêvait vraiment de s'enfuir. Le Fils des Ténèbres trouvait l'idée à la fois plaisante et complètement ridicule. Mais le regard triste de son ami le toucha plus qu'il ne l'aurait cru possible. Il passa un bras par-dessus ses épaules et lui offrit un sourire contrit :
-Tiens bon. C'est quand même pas la mort.

Il chercha comment lui redonner la pêche. Et trouva. Trop facile.

-Au fait... je t'ai toujours pas montré où sont les cuisines ?
-Non ! s'exclama Claude, soudain requinqué par la perspective d'un goûter gargantuesque.
-Ça te dirait qu'on y fasse un petit kass ? proposa Harry avec un regard de bandit.
-Evidemment ! rugit le français en levant le poing.

Le Petit Lord rit et, partageant l'enthousiasme de son ami, partit en courant vers la Salle d'Attente, guidant Claude vers le passage secret menant à la pièce la plus intéressante du bâtiment, à savoir, celle où l'on préparait la nourriture.

HP-LV-HP-LV

Les jours suivants, Cléo continua à le harceler. Harry tenta d'abord de l'ignorer, mais – il l'avait déjà remarqué – il est difficile d'ignorer un poing qu'on se prend dans le nez, ou encore un sort qui nous envoie valser. Les duels sauvages s'enchaînèrent donc entre les deux enfants, et Cléo se battait avec tant de hargne que le Petit Lord fut contraint d'amener l'hypothèse de Claude à révision.

-T'es sûr qu'elle est amoureuse de moi ? cracha-t-il un soir, rentrant couvert de bleus dans le dortoir.
-Waow. Il y a cinq trous sur ton tee-shirt !
-Je sais ! s'exclama Harry, furieux. C'est les djinns ! Et c'est impossible à rattraper ! Je vais rien pouvoir manger tant que j'aurai pas mon nouvel uniforme. Arrrggghh...

Il se jeta sur son lit et cogna inutilement dans le matelas. Trois jours de jeûne.

-En plus, lâcha-t-il une fois qu'il eut recouvré un semblant de discipline, cette fille est vraiment mauvaise pour la santé. C'est la deuxième fois en une semaine que je suis au bord de refaire un Symptôme Un.

Claude s'assit à côté de lui, posément. Leurs lits étaient à touche-touche.

-Tu veux que je lui parle ? demanda-t-il, lèvres pincées.
-Pour lui dire quoi ?
-Pour lui demander pourquoi elle fait ça. Comme ça, si elle t'aime, elle viendra te le dire, tu lui diras que tu l'aimes pas, et ce sera réglé. Et si c'est juste qu'elle ne peut pas te piffer, et si c'est pour ça qu'elle te provoque constamment en duel, tu la massacreras méchamment une fois pour toute, et ce sera réglé aussi.

Harry resta silencieux. Ses yeux s'embuèrent de reconnaissance. Les nerfs lâchaient.

-Oh, Claude, ce serait trop bien ! fit-il en le prenant dans ses bras.

Celui-ci éclata de rire et repoussa son agresseur avec un violent coup d'édredon. Evidemment, Ikki arriva à cet instant précis et se joignit joyeusement à la mêlée. Sa participation dérangea étrangement Harry, qui aurait préféré se battre en compagnie de son ami. Ikki était son ami aussi, oui, mais... Claude était son meilleur ami. Son meilleur des meilleurs amis. Encore mieux que Draco. Et c'était bien normal de souhaiter se garder des instants d'intimité avec un ami pareil, pas vrai ?

HP-LV-HP-LV

Le Petit Lord nota consciencieusement chaque mot que prononçait l'incroyable professeur Koblenz. Ce type représentait pour lui le plus terrible professeur de magie noire qu'il lui serait jamais donné de rencontrer – excepté son propre père, bien sûr. Depuis quelques jours, les élèves les plus doués du cours – et ayant donc déjà parfaitement acquis la maîtride théorique d'un Inferi, ainsi que la maîtrise pratique d'un proto-Inferi animal – les plus doués des élèves, donc – et Harry et faisait partie – avaient la permission d'étudier, sous la houlette de Raphaïl Koblenz, la théorie des Horcruxes.

Le Fils des Ténèbres était absolument fasciné par ce phénomène magique.

Son voisin, Neferupito, était fasciné par les Horcruxes pour l'horreur que susciterait inévitablement ce mot sur les visages des sorciers de la bonne société, à son retour en Iran.
A la table du premier rang, Ikki, penché sur son parchemin était fasciné par les Horcruxes pour le défi magique qu'ils représentaient.
Derrière Harry, Claude Belasis était fasciné par la folie des hommes qui avaient inventé un procédé permettant de mutiler son âme pour effleurer l'immortalité.

Le Petit Lord, lui, était fasciné par les Horcruxes pour des raisons beaucoup plus complexes. Alors qu'il écrivait soigneusement la façon dont il fallait s'y prendre, un frisson d'excitation courait le long de son échine, et sa main se mouvait dans un imperceptible tremblement. Sans doute un peu, d'abord, parce qu'on avait instillé dans son coeur depuis tout petit le désir de ne jamais mourir. Mais aussi, surtout, parce qu'Harry était loin d'être idiot, et qu'alors qu'il copiait sur son parchemin les effets d'un Horcuxe sur l'âme et le corps du sorcier, son cœur se serrait puis cognait avec force contre sa cage thoracique, en proie tour à tour à une inquiétude perçante et à une admiration vertigineuse.
Lord Voldemort avait fait un Horcruxe. C'était certain. Lord Voldemort avait divisé son âme et en avait verrouillé une partie dans un réceptacle matériel : c'était de là que venait l'apparente fragilité de son enveloppe charnelle, sa peau blanche presque grise, ses membres osseux, ses yeux définitivement rouges ; c'était là tous les effets d'un acte de magie noire aussi dévastateur. De là venait également, Harry le comprenait à présent, l'impossibilité de tuer le mage noir qui avait toujours percé dans le discours d'Albus Dumbledore. Evidemment. Dumbledore savait.
La main d'Harry tremblait.
Il se sentait étourdi par l'audace de son père, par sa puissance et son talent immesurables.
Mais il tremblait de frayeur, d'une frayeur rétrospective quant aux risques encourus par le Seigneur des Ténèbres pour acquérir ce semblant d'immortalité – le cours de Koblenz indiquait clairement, très clairement, que le sorcier avait toutes les chances de mourir de douleur au moment de la partition de son âme. Il tremblait aussi d'angoisse et d'impuissance, saisi, dans un exceptionnel moment de lucidité, par la probabilité que son père, Lord Voldemort, ne se contenterait certainement pas d'un Horcruxe. Un Horcruxe ? L'enfant fut instantanément certain qu'il n'y en avait pas qu'un.
Harry eut peur. Car il le savait, son père en ferait d'autres. Plusieurs autres. Peut-être même était-il présentement en train de déchirer son âme, la sacrifiant pour... pour des raisons que le Petit Lord aurait été bien en peine de discuter ; mais s'il savait une chose, c'était bien qu'il refusait que Lord Voldemort aille à nouveau au-devant d'un tel affaiblissement physique.
Comme intentionnellement, Koblenz lâcha alors sur le bureau de Harry un lourd volume, ouvert à la page « Horcruxe ». On y voyait le corps décharné d'un homme, qui ne ressemblait plus qu'à un insecte gris pourri de magie noire, le visage émacié, le rictus triomphant ; c'était si flagrant sur cette vieille gravure : le sorcier, croyant échapper à la mort, se transformait en une espèce de squelette indestructible.

-Hey ! chuchota Neferupito à son voisin, lui passant ses doigts graciles devant les yeux. Tu te sens bien ?

Harry était blanc comme un linge, lèvres entrouvertes sur une expression maladive, yeux écarquillés. Méfiant, Neferupito recula quelque peu sa chaise.

-Tu vas pas me vomir dessus, hein ?

Puis, curieux :
-Qu'est-ce que tu lis ?...

Raphaïl Koblenz attrapa le volume au moment où l'iranien penchait son nez dessus et le referma d'un claquement sec, produisant un petit nuage de poussière. La cloche sonna. Dans le chaos des enfants ramassant leurs affaires précipitamment pour quitter la classe, le professeur se pencha par-dessus l'épaule du Petit Lord, qui, plongé dans ses pensées, rangeait lentement sa plume et son encrier dans sa sacoche. L'homme désigna le travail du garçon et, de sa voix grave, avec un mince sourire qui semblait ne s'adresser qu'à lui-même, nota :
-Bonnes observations.
-Merci monsieur, répondit Harry avec déférence.

A la sortie de la salle, Cléo l'attendait. Encore songeur, voir le visage de la jeune fille fit à Harry l'effet d'une douche froide. Il se surprit à penser que si elle le provoquait encore en duel, il la tuait.
Mais elle lui adressa un sourire tendu, et l'entraîna à l'écart.

-Il faut que je te dise quelque chose.
-Quoi, bougonna Harry, se sentant rougir et se haïssant pour cela.
-Bah, voilà...

Ils se tenaient debout au coin d'un couloir, presque sous le préau. Elle dansa d'un pied sur l'autre. Le Petit Lord se découvrit une soudaine passion pour la frise géométrique peinte sur les dallages du préau ; elle était d'un joli jaune d'oeuf usé, et d'un turquoise vieilli, et par entrelacs de lignes, formait des losanges, des triangles et des... trapèzes... plein de trucs vraiment étonnants, quoi. Tiens, y avait une petite tache rouge-marron, là...

-C'était pour te dire...

La voix hésitante bourdonna dans les oreilles de Harry.
Il gratta la petite tache de la pointe de sa tennis blanche, et acquit la certitude que c'était du sang.

-... tu te bats bien, je trouve. Et chez les monstres, c'est toi le plus beau, et toi le plus gentil. N'Brick.

Harry releva la tête, ahuri.

-Gentil ? répéta-t-il.
-Oui. T'aurais pu me mettre K.O. le premier jour. Mais tu l'as pas fait.
-Mais c'était parce que j'avais faim ! C'était l'heure d'aller manger ! Je voulais pas perdre de temps !
-C'est pas grave. N'Brick quand même.
-Ok, tu sais quoi ? On va réparer le malentendu. Je suis pas gentil.

En un éclair, le Petit Lord leva sa baguette et lança un pétrifiant Impedimenta, qui gela sur place sa prétendante. Il s'approcha alors de son visage immobile et, fixant ses yeux écarquillés, lui adressa un sourire carnassier, puis articula très distinctement :
-Je. Suis. Méchant.

Il lui jeta alors un mémorable Doloris. De l'un des plus puissants qu'il eût jamais lancés. Son bracelet d'identité, qui alertait le Directeur lorsqu'il utilisait sa magie à un très haut degré de puissance, lui brûla le poignet. Il l'ignora l'espace très calculé de quelques secondes, puis lâcha son sortilège – il ne tenait pas à récolter lui-même le Doloris d'Insan Greek. Cléo, toujours immobile dans le carcan de l'Impedimenta, avait les yeux noyés de larmes, et presque retournés. Inconsciente.
Harry réalisa qu'il lui fallait se calmer tout de suite, car il sentait sa poitrine se réchauffer agréablement sous la pression à présent quasi familière de cette gangrène noire qui se nourrissait de ses accès de colère. Bientôt, la magie l'enivrerait et le ferait à nouveau sombrer dans une crise.
Il inspira profondément. Clôt les paupières. Glissa lentement sa baguette dans le bandeau doré noué à sa taille. S'en alla d'un pas mesuré, respirant de façon un peu plus relaxée.
Le problème « Cléo » était réglé. Et il devenait assez doué à la maîtrise de son Symptôme Un.

HP-LV-HP-LV

-Alors ? demanda mollement Claude dans le noir du dortoir, ce soir là. Elle est venue te parler ?
-Oui. Tu lui avais parlé ?
-Oui. Alors, verdict ? « Moi non plus » ou « Je vais t'écraser la gueule pour que tu me fiches la paix » ?

Harry pouffa.

-Disons, un mix des deux. Histoire d'être sûr.

Claude soupira, blasé.

-T'abuses.
-Hey, je deviens doué à ravaler mon Symptôme Un quand il menace de sortir.

Seul le silence lui répondit.

-Pas de quoi être fier, finit par lâcher Claude entre les couvertures.
-Ben si, répliqua Harry, déçu qu'on ne le félicite pas.
-Si tu me dis que tu deviens doué, c'est que tu le sens sur le point d'exploser de plus en plus souvent. C'est pas bon signe.
-... C'était à cause de Cléo, se justifia faiblement Harry. Elle m'énervait. Ça va partir, maintenant.
-J'espère pour toi, soupira le français.
-CHUT ! protesta Ikki depuis son lit. Y en qui veulent dormir !

Harry et Claude ricanèrent et lui lancèrent un oreiller.

-Woh, protesta la voix grave de Light depuis les hauteurs. La paix, les mioches !

Le dortoir entier pouffa de rire, Light compris, puis un silence partiel s'instaura progressivement. Harry gigota pour s'allonger sur le dos, et remonta les draps sur lui. Avec le mois de Décembre s'étaient installés les températures d'hiver. Où que soit située l'école d'Insan Greek – Harry n'en savait rien, et parmi les élèves, les spéculations allaient bon train – selon Claude, ils étaient quelque part en Amérique du Sud, ou alors en Mongolie, ou à la grande rigueur au Moyen-Orient – elle essuyait l'été un climat brûlant, puis très chaud lors de la saison intermédiaire, avant de décliner lors de la saison basse vers des températures simplement chaudes dans la journée, et fraîches la nuit. La nuit, un vent sec et froid balayait les couloirs, et les enfants, garçons et filles, revêtait leur uniforme usé, socquettes et sweat-shirt compris, avant de se glisser sous les draps. Car au matin, miracles des djinns ou prouesse de la nature, les pièces étaient glaciales.
Harry entendit Claude remuer à côté de lui.
Et un câlin avait manifestement lieu dans le lit de Pétrouchka et Angelo.
A sa droite, les respirations régulières des deux japonais l'informait que Light et Ikki s'étaient endormis.

Harry soupira, fixant le plafond blanc dans cet état d'éveil d'une intensité presque douloureuse qui l'empêchait parfois de sombrer dans le sommeil, le soir. Cela arrivait rarement – uniquement quand plusieurs sujets de préoccupation se bousculaient dans son esprit, créant un cercle sans fin de questionnements – mais lorsque cela arrivait, il pouvait être sûr qu'il ne s'endormirait pas avant des heures – et ce malgré la fatigue de la journée, et malgré le jeûne. Trop de choses tourbillonnaient dans sa tête. Il tenta de s'hypnotiser, fixant une minuscule rayure au plafond. Cela ne lui fut d'aucune aide. Le bourdonnement sous son crâne semblait fournir à son corps toute l'énergie que son estomac lui refusait depuis plusieurs jours, le tenant désespérément éveillé, complètement éveillé.
Si encore il parvenait à démêler les idées et les sentiments qui le préoccupaient. Mais non. Tout était confus. Il y avait le cours de Koblenz, le livre, plonc, la gravure qui lui avait donné des sueurs froides ; les lignes qu'il avait écrites, lentement, posant sur le papier, mot par mot, le diagnostique de Lord Voldemort, les lignes qui expliquaient tout, tout ce qu'était le mage noir, tout ce à quoi il aspirait et tout ce à quoi il était prêt à renoncer. Il y avait le cours de Koblenz, la panique et l'admiration mêlées dans le cœur de Harry ; et il y avait Cléo, Cléo-N'Brick, Cléo-et-chez-les-monstres-c'est-toi-le-plus-beau-et-toi-le-plus-gentil, Cléo qui avait tort car Le Petit Lord le voyait avec clarté : le plus beau, le plus gentil, c'était Claude ; il y avait cet énervement inexplicable qui l'avait saisi lorsque Cléo lui avait fait ces compliments ; il y avait les murmures à côté de lui, dans le noir, il y avait ce chuchotement étourdissant qui se frayait un chemin jusqu'à l'oreille du Petit Lord, figeant momentanément le cours de ses pensées :
-N'Brick... disait la voix, doucement, très doucement.

Harry sentit sa respiration s'arrêter, son corps s'immobiliser. S'il avait pu, il aurait tendu et agrandi ses oreilles pour être sûr de bien entendre. Son cerveau carburait à toute allure. Claude ? Claude ? Tu me dis N'Brick ? Il me dit N'Brick ? Est-ce que je veux répondre ? Qu'est-ce que je dois répondre ? Il inspira très profondément, emplissant ses poumons, réalisant qu'il avait cessé de respirer. Oui ? Oui ? Redis-le ? Redis-le, que je sois sûr de ne pas avoir rêvé, vas-y, redis-le, j'écoute...

-N'Brick... dit le souffle.

Mais ce n'était pas Claude. Harry se figea à nouveau, et cette fois son cerveau s'arrêta avec lui. Les murmures ne venaient pas de Claude, mais du lit d'Angelo et Pétrouchka. Les souffles, aériens, se répondaient doucement, beaucoup plus lointains qu'il ne lui avait semblé la première fois. Harry se sentit devenir froid. Glacé. Remontant les draps pour se pelotonner dessous, il se tourna de l'autre côté, s'éloignant de son ami, qui dormait paisiblement. A présent, il rougissait, ses joues devenant brûlantes et son cœur cognant stupidement contre sa poitrine.
T'es bête, pensa-t-il.

Il ne put s'endormir avant longtemps, cependant. Ce qui lui avait traversé l'esprit lorsqu'il avait cru entendre ces petits sons de la bouche de Claude ne cessa dès lors de revenir le visiter.

HP-LV-HP-LV

Sirius fut en chute libre, pendant une période. Albus était venu lui redonner de l'espoir, espoir qu'avaient aussitôt tenté de lui voler les Détraqueurs. Il avait toujours proscrit les sentiments positifs, autant qu'il le pouvait. Mais la visite du directeur de Poudlard, et le soutien qu'il lui avait promis... Son précaire équilibre mental vacilla, quelques semaines. Dévoré de l'intérieur par des êtres vides, froids, glacés même, il tremblait de la tête au pied en tentant de chasser de son esprit toute pensée heureuse.

Il finit par y parvenir, bien sûr. Il n'existait sans doute personne de plus têtu que Sirius Black dans tout le Royaume-Uni. Il finit par retrouver sa sérénité. La sérénité d'un homme qui boue d'un désir de vengeance.
Queudver. Queudver. Queudver.
Rien d'autre que ce sentiment ne pouvait lui être salutaire ici.

Serré dans son poing amaigri demeurait le parchemin que lui avait fait parvenir Albus Dumbledore, chiffonné et sali, maintes fois plié et déplié.

« Je suis avec toi, Patmol. Je suis avec toi mon ami.
Lunard. »

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Et voilà... :)
Je ne vais pas vous le cacher : malgré le temps que j'ai mis, et les éternelles imperfections que je trouverai toujours dans mon texte, voir ce chapitre enfin publié m'emplit d'un immense sentiment de satisfaction. =D J'aimerais beaucoup savoir s'il vous a plu.

Dans le prochain, l'Ordre attaque. Ah ah ! non vous n'en saurez pas plus !