L'histoire du petit chapitre Seize et des Yeux-Avides.

Après 4 ou 5 mois de mue dans sa grotte, le chapitre Seize de Petit pointa son nez et huma l'air sec d'un mois d'Août interminable. Alentour, des dizaines de paires d'yeux clignèrent d'éblouissement, retenant leur souffle pour ne pas effrayer le farouche animal, de peur qu'il ne s'en retourne dans son trou. Le chapitre Seize retroussa ses mignonnes petites narines et leur offrit à tous un long bâillement, puis, comme un nageur inexpérimenté mais courageux sur le bord du grand bassin, il prit une profonde inspiration. Et se déroula.

Les dizaines de paires d'yeux se jetèrent sur lui avec avidité, et le dévorèrent de la première à la dernière lettre.
Si bien que lorsqu'ils eurent fini, il ne resta rien qu'un texte lu lu et rerelu que plus personne ne pouvait voir. Lorsque le chapitre seize se désagrégea, la première paire d'yeux qui s'en était repue plissa les paupières et retourna en embuscade. Car elle savait que là, dans la grotte, la mue du chapitre Dix-Sept opérait, et que bientôt, elle sortirait.

Petit, chapitre 16

Une chose contrariait Harry : il ne savait presque rien de ce qui s'était passé au manoir pendant qu'il était loin de chez lui. En dehors de la bombe « Severus a trahi », Lord Voldemort s'était montré peu loquace.
Mais il en fallait plus pour contrarier Harry. Et puis, il aimait assez à chasser les indices des évènements survenus en son absence. Bien que la plupart du temps, leurs conséquences lui tombent sur le coin du nez sans crier gare – comme la mort d'Art' ou celle de JK – Harry espérait bien en avoir fini avec ce genre de surprise, entre autres raisons parce que s'il devait encore rencontrer un cadavre, celui-ci risquait de se trouver dans un état de putréfaction tel que le jeune maître des lieux en mourrait d'horreur sur-le-champ.
Il semblait bel et bien en avoir terminé avec les cadavres.

Mais les ténèbres sont pleines de surprises.

-Marcus, ta pâte à gâteau est très bonne, mais pourquoi ne parviens-tu pas à assaisonner la viande correctement ?

Lorsqu'il mangeait de la préparation au chocolat, à présent, Harry ne s'en mettait plus jusqu'aux oreilles. Non, juste aux coins de la bouche.

-Je ne suis pas un expert, Monseigneur, répartit le mangemort en serrant les dents.
-Hé bien, expertise-toi, répliqua le maudit gamin, pas perturbé pour deux sous. Il va falloir que tu fasses des progrès.

Marcus pleura mentalement. Il ne pouvait déjà plus voir cette cuisine en peinture.

Pourquoi ne parviens-tu pas à assaisonner la viande ? Peut-être parce que j'ai davantage d'expérience dans l'assaisonnement des moldus, maudit gamin !

-Marcus ?
-Monseigneur ?
-Je suis legilimens.

A la vue du visage décomposé du serviteur des Ténèbres, Harry sut qu'il avait visé juste. Même s'il n'avait pas pratiqué la légilimencie depuis l'Ecole.

-Passe-moi ta spatule, ordonna le jeune garçon, en vue de racler le plat.
-Vos désirs sont des ordres.
-Tu sais, j'ai onze ans, pas six : je détecte l'ironie.

-C'est bien ce que je pensais. Sois heureux de ton sort et tais-toi.

Pensivement, le garçon termina le contenu du moule à gâteau. Marcus lui tendit spatule, serviette, torchon, sans qu'on ne lui demande rien, et lui servit six fois du Monseigneur, l'échine courbée. Harry se dit que tant qu'à mener un homme ou deux, autant qu'il s'agisse de mangemorts qu'il avait déjà pris en main. Il en parlerait à son père, s'il y pensait.
Il quitta les cuisines avec un sourire repu, et d'un pas guilleret.

Il décida d'aller jouer dans sa chambre. Il fouilla son coffre à jouets, ébahi de ce qu'il y trouvait. Il y avait une maquette du système solaire qu'il avait construite lui-même et qu'il trouvait remarquablement belle, et une carte des étoiles, copie de celle au-dessus de son lit, peinte de la main maladroite qui était la sienne avant qu'il ne parte, ce qui l'amusa et le troubla beaucoup. Il y avait quelques livres aux pages cornées – Oliver Twist ! Il le cherchait partout depuis qu'il était rentré ! – et quelques partitions – inévitables, les partitions – mais il y avait aussi une balle en cuir, une collection de « jolis cailloux » qu'il avait ramassés au fil des ans, des feuillets libres sur lesquels s'étalaient des dessins aux couleurs criardes, sa boîte à secrets – sa boîte à secrets ! Harry saisit le coffret, fasciné. Combien de secrets avait-il murmurés dedans avant de vite le refermer ? Combien de chansons avait-il fredonnées en espérant naïvement que lorsqu'il rouvrirait la petite boîte, elles ressortiraient, venant à leur tour murmurer à son oreille ?
Au fond du coffre, il y avait même une toupie. Une belle toupie en bois sculpté, colorée de vert émeraude et d'argenté. Incroyable. Il ne se souvenait pas avoir jamais utilisé pareil jouet. Sa mémoire lui jouait-elle des tours ? Sûrement. La pointe avait perdu ses couleurs à cause des utilisations répétées. Harry n'en revenait pas.
Savait-il encore la faire fonctionner ?

Il fit tourner la toupie, fasciné par le motif en spirale vert et argent, et il lui sembla que c'était son enfance oubliée qui tourbillonnait sous ses yeux. Cela l'occupa un petit moment.

Après quoi il partit explorer la bibliothèque de Lord Voldemort, la salle adjacente à la salle Monse où trônaient majestueusement ses pianos. Il plissa les yeux, et détermina finalement qu'il avait déjà lu tout ce qui était lisible. Le reste devrait encore attendre quelques années.

Il résolut d'aller courir dehors. Il grimpa à un arbre, chercha un petit mammifère à terroriser, n'en trouva pas, shoota dans quelques cailloux, et soupira. Le soleil de l'après-midi cognait agréablement sur sa nuque, c'était un soleil chaud mais pas tuant. Après avoir passé deux ans dans il ne savait quelle contrée tropicale où la chaleur écrasante clouait tout le monde au sol neuf mois sur douze, le climat méditerranéen lui semblait doux, et son soleil caniculaire, amical. Mais il s'ennuyait. Ce dont il n'avait jamais eu l'opportunité à l'Ecole d'Insan Greek.
Avec la pointe de ses souliers, il traça une marelle andalouse dans la terre sèche. Il joua à sauter de cases en cases pendant un moment, il fit des roues et des rondades et poussa des cris guerriers. Il cessa cependant aussitôt ces gesticulations lorsqu'il aperçut les robes noires des mangemorts.

Il remonta dans sa chambre, et se laissa tomber sur son lit. Il lut le nom de toutes les étoiles de la voûte céleste suspendue au dessus de son lit, jusqu'à ce qu'il louche. Il renonça, et se frotta les yeux – les noms des constellations dansaient sous ses paupières. Il fit une galipette sur son lit, puis, soudain, il se rappela à quel point son matelas rebondissait bien. Il se leva et sauta. Une fois. Deux fois. Trois fois...

-AAAAAAAAAAÏÏÏÏÏÏÏÏE !

Il retomba en se tenant le crâne à deux mains, maudissant sa crétinerie fondamentale. Il venait de percuter le lustre violemment, et le magnifique artefact tanguait, moqueur, ses petits appendices de cristal se heurtant dans un doux « cling-cling ». Harry poussa un cri de douleur et de rage en se massant le cuir, et jeta un regard meurtrier au lustre qui semblait le narguer. Salazar maudisse les lustres jusqu'en l'an 2000 ! pensa-t-il – ce qui lui semblait très loin.

Le Petit Lord, se frottant toujours la tête, glissa à bas de son lit et décida d'aller explorer les cachots.
A l'Ecole, il y avait toujours quelque chose à faire. Aller en cours, faire ses devoirs, donner un coup de coude à son voisin de devant au réfectoire, faire une course de tapis volant, défendre sa peau dans un duel absurde et violent, jouer du piano avec Claude, se faire sauter dessus par Angelo, répondre aux railleries de Pétrouchka, négocier avec Ansalom, trembler pour ses fesses dans le bureau du directeur, rigoler avec Claude et Ikki, taquiner les Preux, faire des batailles de polochons avec ses camarades de dortoir, s'entraîner à la magie noire, peiner face au concept de « réseau électrique » dans les cours d'Histoire moldue, courir pour rendre un devoir à l'heure, se faire engueuler par Agamemnon, se faire talocher par Agamemnon, se faire féliciter par Koblenz, se faufiler jusqu'aux cuisines et se vautrer dans les délices préparés par le personnel craintif, se demander si la non-humanité des Djinns voulait dire qu'ils n'avaient rien entre les jambes, apprendre à créer des Inferi, jouer à chat-perché, discuter interminablement avec Claude.
Ici, hé bien...
Harry aimait plus que tout être chez lui, mais il se sentait un peu seul.

Les cachots étaient toujours plongés dans le noir. Il y faisait presque froid. Ils sentaient souvent mauvais. On y entendait régulièrement des cris et des gémissements. Parfois des pleurs, parfois rien du tout, parfois les rires des geôliers.
Mais la plupart du temps, c'était simplement un endroit sinistre.

Le Fils des Ténèbres se promenait donc dans un endroit sinistre et jusque là tout allait bien. Désœuvré comme il l'était, il décida d'aller jusqu'au bout du bout, de descendre tout au fond des couloirs de la mort. Il n'avait jamais dépassé un certain endroit – il compta : le onzième cachot du premier sous-sol – tout simplement parce qu'il n'y avait jamais eu suffisamment de prisonniers pour remplir les cachots suivants – à sa connaissance, du moins. Il n'y avait pas grand monde ce jour-là. Dans les premiers cachots quelques moldus ayant sombré dans la folie depuis longtemps servaient de distraction à quelques mangemorts ayant sombré dans la folie depuis plus longtemps encore. Dans quatre cachots, au premier sous-sol, volontairement éloignés des moldus pour ne pas apercevoir les jeux des mangemorts, mais assez près pour entendre les cris de leurs victimes, quatre sorciers russes, fidèles d'un nouveau « mage noir » sur lequel Lord Voldemort souhaitait se renseigner, tenaient les murs. Puis, plus rien. Harry pesta en s'engluant dans une immense toile d'araignée. Tranchant les fils fins avec des moulinets des bras, le jeune Héritier pinça les lèvres et poursuivit son chemin en tendant les mains devant lui. L'obscurité n'était pas totale ; un filet de lumière blanche venu de l'étage supérieur caressait la pierre au niveau du sol. Ce deuxième sous-sol était en fait en tout point identique au précédent, bien que plus fourni en araignées. Le Petit Lord hésita à aller jusqu'au bout. Mais il aimait bien le son de ses souliers dans l'écho glacial des couloirs de torture, alors il poursuivit son chemin.

Et soudain, il se figea.

-Tonks ?!

Reprenons.
Il se promenait devant des cellules vides, quand soudain, le souvenir oublié de la petite métamorphomage qui lui portait son chocolat chaud au lit lorsqu'il endurait la rétention de l'Ordre du Phénix, ce souvenir lui sauta en pleine face. La présence de la jeune Auror ici était abasourdissante.

-Hé Tonks ! Qu'est-ce que tu fais là ?

Il réalisa qu'il était content de la voir. Il remarqua, bien sûr, qu'elle était en piteux état ; des nervures blanches couraient sur sa peau, signe de Doloris répétés ; ses cheveux, qu'elle avait perdus par plaques, étaient passés du rose fluo à une sinistre couleur marron sang-séché. Mais son regard, derrière le gris nuageux, avait gardé l'indispensable lumière qui était la sienne.

La jeune femme, appuyée contre les barreaux, loin des coins noirs, leva les yeux vers le jeune garçon. Elle dépérissait dans ce cachot depuis des mois. Peut-être des années. Peut-être des siècles. Des siècles. Elle ne savait plus où elle en était. Elle se souvenait juste qu'elle était Nymphadora Tonks, et qu'elle n'avait pas prévu de mourir dans les geôles d'un repaire de sorciers dégénérés. S'ils voulaient la tuer, qu'ils essaient. Mais elle ne se laisserait pas mourir. Elle ne se laisserait pas mourir. Elle ne se laisserait pas mourir. Voilà ce que ressassait son esprit affamé.
Elle avait cru, d'abord, que l'on pouvait tenir bon, moralement et mentalement, quelques que soient les outrages auxquels son corps était soumis. Puis elle s'était rendu compte de son erreur. L'obsession de la faim, la crainte lancinante de la torture obnubilaient son cerveau et le rendaient inapte à des pensées complexes.
Elle pouvait dérouler la bobine chatoyante de ses souvenirs.
Elle pouvait réciter la chanson du Choixpeau magique – celle de sa première année.
Elle pouvait se répéter « Je ne me laisserai pas mourir. Je ne me laisserai pas mourir. Je ne me laisserai pas mourir ».
Et c'était à peu près tout ce à quoi elle pouvait songer. Car le reste du temps, son esprit murmurait, marmonnait, martelait : « Combien de temps puis-je encore tenir sans manger ? Combien de temps avant qu'ils reviennent me torturer ? Combien de temps avant que je tombe malade d'une infection que portent ces rats ? Combien de temps avant que je doive à nouveau m'humilier en déféquant dans un coin de la cellule ? Combien de temps puis-je encore tenir sans manger ? Combien de temps avant qu'ils reviennent me torturer ? »
Puis soudain, jaillissant de ce trou noir dans lequel elle s'abîmait, une voix cristalline :
-Hé, Tonks ! Qu'est-ce que tu fais là ?

La vision d'un visage souriant, d'un visage d'enfant souriant, bêtement, remplit immédiatement sa jauge de vie. Etait-elle en train de rêver éveillée ? Assurément. Elle s'étonna cependant que son subconscient ait encore matière a un si joli rêve.

-Harry.

Cela sonnait un peu interrogatif, un peu sceptique, un peu amusé.
L'apparition enfantine s'approcha encore et, tout sourire, fit :
-Bah ouais ! Mais qu'est-ce que tu fais là ?
-Oh, je suis prisonnière... je me fais torturer... m'ennuie terriblement... Et toi ?

Etait-ce vraiment elle qui parlait ? Et parlait-elle à haut voix ?

Le garçon lui offrit à nouveau l'un de ses sourires lumineux, qu'il accompagna d'un divin rire surpris. Tonks ferma un instant les yeux pour laisser ses oreilles s'emplir de ce son. Aaah. Rencontrer un être humain.

-Ça c'est fou ça ! s'exclama Harry Potter, comme s'il venait de croiser une vieille connaissance dans une librairie. Oh !...

Il venait manifestement d'avoir une idée lumineuse.

-Attends ! – comme si elle pouvait faire autre chose – Je vais aller demander à Lord Voldemort si tu peux sortir jouer avec moi !

Alors qu'il partait en courant, Tonks eut envie de crier « Ne pars pas ! » mais le désespoir se disputait à l'émerveillement dans son esprit.
Elle venait d'avoir la plus magnifique hallucination de la création.

HP-LV-HP-LV

Harry, quant à lui, avait l'esprit clair. Il fusa du deuxième sous-sol au premier étage sans escale. Il arriva devant la porte des appartements du Seigneur des Ténèbres en crachant de l'air avec enthousiasme. Les joues roses, il ouvrit le haut de sa robe d'été et s'appuya sur ses genoux. Il profita de cette pause opportune pour composer une requête acceptable.
Après quatre minutes et seize secondes d'intense réflexion, tout ce à quoi il aboutit fut : « Est-ce que tu peux libérer Tonks pour qu'elle joue avec moi ? ». Il était conscient que la réponse serait certainement : « Non, et si je t'entends encore une fois suggérer de fraterniser avec l'ennemi, tu seras privé de chocolat/piano/potions jusqu'à ce que mort s'ensuive. »
Mais zut. Il s'ennuyait. Il avait besoin d'un camarade de jeux. Pourquoi ne pourrait-il pas utiliser un prisonnier comme camarade de jeu ?
Et s'il présentait cela comme une nouvelle forme de torture ?

La porte s'ouvrit brusquement. A l'intérieur de la pièce, Lord Voldemort, assis devant son bureau, tenait sa baguette dans à la main, le buste tournée vers la porte.
-Peux-tu cccessssser de ressspirer devant mes appartements, cccela me déconcccentre.

La porte se referma dans un claquement sec sous le nez du garçon qui se redressait.
Voilà qui règle la question, songea-t-il amèrement. Quelque fût la formulation de la requête, ce n'était visiblement pas le moment.

HP-LV-HP-LV

Une chose contrariait Lord Voldemort : il ne savait presque rien de ce qui s'était passé à l'Ecole d'Insan Greek pendant que son fils était loin de lui.

Le lieutenant Akata savait maintenir un climat d'AmourHaine autour de sa personne assez inconcevable. Elle était crainte et détestée comme la peste par la plupart des élèves, car ses exercices de sports étaient souvent sadiques, toujours difficiles, et parce que ces réprimandes douloureuses et humiliantes laissaient un goût amer au fond de la gorge. Mais elle était aussi aimée, parce qu'elle avait les mains douces et qu'elle parlait comme une maman dès lors qu'on avait des résultats intéressants, dès lors qu'on était suffisamment doué, suffisamment violent, comme elle voulait ; elle vous souriait comme une maman, elle posait une main sur votre épaule, vous prenait dans ses bras – et tous les enfants de l'Ecole avaient besoin de cela. Elle parvenait par cet équilibre subtil à exercer une autorité incontestable. Qu'on l'aime ou la déteste, on discutait rarement ses ordres.

-Petit Lord ! Cercle 1 !

Ecroulé sous la chaleur écrasante, se sentant sur le point de tomber en morceaux, Harry aurait bien voulu obéir mais le soleil dans ses yeux le faisait tanguer. Sa nuque le tirait. Tous les muscles de son corps le tiraient, d'ailleurs – certains dans des endroits insoupçonnés, comme derrière les genoux. Les coups qu'il avait reçus répandaient leurs ondes bleues sur ses bras et ses jambes. Son talon gauche était un Doloris à lui tout seul. Et oui, il exagérait un peu, mais non, il ne pouvait pas se lever pour aller mener un quatorzième combat dans le Cercle 1.
Et puis ces entraînements étaient stupides.
J'ai maaaal, gémit-il intérieurement.

-Euh, Petit Lord ? interrogea un élève qui visiblement, n'avait pas combattu depuis au moins dix minutes, vu son état de relative fraîcheur. Akata t'a appelé.

Harry cracha un filet de salive.
-J'ai entendu.

Il aurait pu tendre la main, quinze élèves se seraient précipités pour l'aider à se relever. Il était le Petit Lord, c'était un Monstre, il portait un bandeau doré, son tuteur était Lord V..., Akata l'aimait bien, Insan Greek l'aimait bien, il avait le Symptôme Un, il était très puissant, très intelligent, et pas très gentil : la plupart des garçons et filles de son âge rasaient les murs lorsqu'il passait, ou s'empressaient de le satisfaire lorsque d'aventure ils avaient affaire à lui. Il aurait pu tendre la main. Mais ç'aurait été une marque de faiblesse, une fissure dans sa réputation. Il se leva. Et cracha à nouveau un filet de salive. Il était à bout de souffle et avait le vertige : trop de combats s'étaient enchaînés, toujours plus difficiles. D'abord des formalités. Puis Neferupito. Un camarade, Monstre lui aussi, au bandeau argenté. Harry avait beau avoir une avance exceptionnelle en sortilèges, et surtout en sortilèges de magie noire, il n'avait toujours pas acquis une grande force physique. Il espérait se muscler un peu, et sans doute y parvenait-il doucement, mais il avait là un clair désavantage face à des garçons entraînés. Et dans les combats d'Akata, tout était permis. Magie, poings, pieds, dents, bâtons, chaussures, cailloux, tout. Il fallait mettre l'adversaire K.O.
Harry était sorti du « duel » avec Neferupito sous la forme d'une flaque de sueur, car son camarade lui avait dès le début subtilisé sa baguette, ce qui l'avait forcé à l'entraîner dans un corps-à-corps serré. Après avoir vaincu Neferupito, il avait accédé au cercle 2, ce qui était à la fois une récompense et une malédiction puisque les combats qui s'y déroulaient n'impliquaient que les meilleurs.

-Le Petit Lord, cercle 1 ! hurla Akata.

Harry marcha mollement jusqu'au cercle 1, mettant en œuvre ce qu'il connaissait de magie curative sur son propre corps. Malheureusement, rien ne pouvait remplacer dix minutes de repos et un litre d'eau.
Elle teste nos limites, pensa-t-il, nauséeux. Personne ne peut être à fond pendant une heure d'affilée. Je vais vomir.
Il traîna la savate jusqu'au cercle 1, autour duquel l'attroupement habituel s'était formé.

-C'est le dernier ? demanda-t-il faiblement à Akata.
-C'est le dernier, lui répondit la femme en serrant doucement son épaule pendant une seconde.

L'épaule droite était l'un des rares endroits où Harry n'avait pas trop mal, aussi puisa-t-il un certain réconfort de ce bref contact. Il prit une profonde inspiration, puis s'accroupit pour relacer ses tennis moldues. Son uniforme blanc était couleur terre, avec quelques taches de sang par-ci par-là.

-Coucou Harry !

Intrigué, le Petit Lord releva la tête. Les personnes qui connaissaient son prénom se comptaient sur les doigts d'une main.
Oh, non.
De l'autre côté du cercle, il y avait un petit corps transparent et blond, dont l'image s'imprima douloureusement sur sa rétine. Angelo.
Le Petit Lord n'aurait aucune pitié. Ce n'était pas là le problème. Il aurait juste un mal du diable à s'en dépêtrer. Le petit Angelo était un sorcier puissant et futé. Il finissait régulièrement en tête des entraînements – en fait, chaque fois que ses adversaires étaient assez stupides pour déclencher une crise, ce qui rendait le petit garçon plus dangereux qu'une chimère ; le reste du temps, il semblait manquer singulièrement de l'instinct du tueur. Harry en eut presque honte, mais il croisa bêtement les doigts pour qu'il n'y ait pas de crise.
Ni chez Angelo... ni chez lui.

-Le Petit Lord ! Contre Enzo l'Angelot, dit Angelo ! annonça Akata apparemment réjouie.

Harry inspira profondément, puis se mit en position. Généralement, les combattants se plaçaient sur les bords extérieurs du cercle. Il trouvait ça stupide : il se plaça au centre. Ainsi il s'éloignait de la limite de la zone de combat – du « bord du ring » – et invitait son adversaire à l'attaquer. Il se campa solidement sur ses jambes, comme il avait appris à le faire, et leva ses deux bras à hauteur du visage. L'un de ses poings enserrait sa baguette. Je t'attends.
Angelo sautilla. Son pas était élastique, son visage n'était pas plein de sueur, on voyait encore le blanc de son uniforme derrière les traces marrons et vertes, et il souriait. Harry n'avait plus tellement la force de sourire.

-La Magie ! crièrent les spectateurs, suivant le rituel.

Harry et Angelo levèrent leurs baguettes.

-La Force ! reprirent les voix.

Les deux Monstres levèrent le poing de leur main libre.

-L'Esprit ! GO GO GO ! scanda la foule.

Harry lança le plus terrifiant Destructum jamais lancé. La déflagration se déclencha au premier point d'impact : la poitrine d'Angelo. Le garçon blond fut projeté hors du cercle et alla percuter six spectateurs.

-Un Appel pour le Petit Lord !

Alors qu'Angelo se remettait sur ses pieds et pénétrait dans la surface de duel, Harry trouva la force d'esquisser un sourire. A présent, il avait un indéniable avantage. Non seulement il gagnerait s'il faisait sortir Angelo encore deux fois du cercle, mais il pouvait, à tout moment, faire Appel, et porter des coups sur un adversaire immobile pendant dix secondes. C'était une règle ignoble. Et très utile.

HP-LV-HP-LV

La maison des Potter portait le deuil. Le deuil de James Potter et Lily Evans, assassinés par Lord Voldemort une dizaine d'années auparavant. Mais aussi le deuil de tous les sorciers ayant combattu secrètement au sein de l'Ordre du Phénix pendant des années, et étant tombés. Leurs portraits souriants saluaient les visiteurs depuis le buffet du petit salon pourpre. Il y avait toujours une bougie allumée sur ce buffet. Pour ne pas oublier.

-Oh, pitié ! grogna Severus Snape à l'attention de Molly Weasley qui déposait un centième cierge.

La petite femme lui adressa un regard outragé, et d'un délicat mouvement de baguette, alluma la mèche. La photographie de la jeune Nymphadora Tonks était noyée dans une mer de flammes compatissantes.

-Vous ne respectez rien ? reprocha Molly.

Severus leva les yeux au ciel.

-Permettez, dit-il en ouvrant le tiroir de gauche du buffet. Je mets le couvert. Qu'il y ait au moins quelqu'un qui fasse quelque chose d'utile ici.

Molly le suivit du regard alors qu'il s'éloignait, souhaitant que le parquet du premier étage s'écroule sur sa tête. Elle fut déçue. Serrant les mâchoires, elle tenta de se vider l'esprit pour envoyer une pensée réconfortante à Nymphadora.

-Severus ? appela Minerva discrètement.

L'ex-mangemort l'interrogea du regard. La directrice de Gryffondor lui fit signe de la rejoindre dans un coin tranquille du salon. Il disposa magiquement les couverts pour les convives puis la retrouva.

-Vous avez besoin de moi ?

Il avait toujours cette façon de proposer ses services en empreignant chaque syllabe de son envie que l'autre réponde « Non merci, ça ira ». Minerva sourit intérieurement. En fait, elle le connaissait bien.

-Albus souhaite votre avis sur une idée qu'il a eue, lâcha-t-elle.
-Bien. Où est-il ?
-Enfin, non.
-Pardon ?
-A la vérité, il souhaite votre avis mais ne l'a pas demandé, précisa Minerva.
-Vous vous faîtes l'interprète de son subconscient ?

« Epousez-le » faillit-il ajouter. Mais il ne se sentait pas tout à fait à l'aise dans la raillerie face à Minerva McGonagall.

-Je ne me fais l'interprète de rien : il me l'a dit. Il a dit « Dans l'idéal, nous aurions besoin de l'avis de Severus », après avoir dit « N'en parlez pas à Severus ».
-... Si je comprends bien, vous... ne faîtes pas... ce qu'il vous a dit ?

Severus trouvait assez déroutant que la directrice adjointe n'obéisse pas au directeur. Surtout lorsqu'on parlait de McGonagall et Dumbledore.

-A quel point pensez-vous que Harry Potter soit dangereux s'il se sent menacé ?

Severus recula machinalement. Ah.
Sujet-à-ne-pas-aborder numéro un. Il clôt brièvement les paupières.

-Je croyais que monsieur le Directeur avait renoncé à... le récupérer.
-Non. Severus, comment pouvez-vous même dire cela ? On ne peut pas l'abandonner.
-Arrêtez, fit-il en se détournant, écœuré qu'elle ose lui servir une leçon de morale pareille, alors qu'elle savait très bien pourquoi il avait rejoint l'Ordre.
-Ne partez pas ! le retint-elle. Mettez un peu de côté votre orgueil, sarcasme et autres blessures secrètes – si jamais vous en avez. Vous êtes le seul qui le connaisse bien, vous êtes le seul à pouvoir nous renseigner. Vous devez nous aider.
-Je dois vous aider ?
Il respira calmement pour juguler le grondement qui montait dans sa gorge. Il répondit dans un chuchotement :
-Je veux bien vous aider pour n'importe quoi mais pas ça ! Pourquoi croyez-vous qu'Albus ne voulait pas m'en parler ?!
-Sans doute parce qu'il considère qu'il faut vous prendre avec des pincettes à ce sujet, et moi pas. Severus, Harry Potter est en train de se faire endoctriner par V...oldemort, et ça ME cause un problème moral ! Pas vous, peut-être ?
-Si, vous savez très bien que si !
-Bien ! Dans ce cas, vous allez nous aider.
-Je...

Ce qu'il voulait lui dire sans y parvenir, car il savait qu'il récolterait des regards condescendants, c'était que Harry ne voulait pas qu'on le sauve.
Il savait ce qu'il aurait pensé s'il avait été étranger à l'affaire. De une, il s'en serait moqué comme d'une guigne ; mais s'il avait dû s'en inquiéter, voilà ce qu'il aurait pensé : « Ce n'est pas à ce gamin de choisir ce qui est bon pour lui. Il nous remerciera quand il sera grand, ou peut-être pas, mais dans tous les cas, nous l'aurons sauvé. » Et il n'y aurait pas réfléchi plus longtemps.

-L'idée d'Albus est la suivante – Severus, vous m'écoutez ?
Il émit un grognement d'assentiment.
-Cette fois-ci, nous voulons agir très rapidement, sans être confronté à Lord V., sans même user de la force si Harry accepte de venir avec nous...
-Il n'acceptera pas.
-...et en n'usant que de très peu de violence s'il résiste. Nous voulons agir de nuit.
-Pardon ?
-Il nous suffit de savoir où dort Harry Potter. Nous le réveillons et le poussons à nous suivre : il aura à peine le temps de réaliser ce qui se passe. Et, point important...
-...le Seigneur des Ténèbres n'interviendrait pas.
-Vous avez compris. Alors ? A quel point pensez-vous que Harry Potter puisse être dangereux s'il se sent menacé ?

Severus se passa les mains sur le visage. Deux fois. Quel plan foireux.

-C'est laid, lâcha-t-il.
-Plaît-il ?
-Vous savez très bien de quoi je parle, Minerva. La nuit. Pendant son sommeil. Un petit garçon. C'est laid.

La femme le gifla.
Chancelant sous le choc moral davantage que sous le choc physique, Severus la fixa, bouche-bée.

-Arrêtez de faire ça ! lui reprocha Minerva McGonagall en pointant un index sous son nez.
-Hein ?
-Pleurer sur votre sort ! Prendre tous les torts sur vos épaules ! Vous auto-flageller constamment ! Ce que nous faisons n'est pas « laid ». Ce que vous faîtes n'est pas laid. Nous tirons un gosse de onze ans d'un repaire de psychopathes et de dégénérés, voilà ce que nous faisons ! Nous agissons pour son bien ! Vous agissez pour son bien. Alors continuez de penser à Harry Potter et arrêtez de penser à vous reprocher toutes ces choses que vous vous reprochez. Nous en avons tous assez de vous voir ruminer.

-Vous êtes quelqu'un de bien Severus. Je ne vous laisserai pas vous persuader du contraire.

Sonné, l'ex-mangemort mit un moment à réaliser que l'averse était passée.
Il supposa qu'il devait la remercier. Ou il pourrait aussi dire « Je sais ».
« Je sais que tout n'est pas de ma faute. »
« Mais si j'avais réagi plus tôt... »

Il soupira. Elle avait raison sur son compte. Elle voyait clair en lui.

-Vous êtes un bon juge de la personne, dit-il.

Elle prit cela pour de l'ironie :
-Et vous êtes vraiment... !
-...Si vous espérez que je vais cesser de ruminer, vous pouvez espérer longtemps. Je crois que c'est dans mon caractère. Comme il est dans le votre d'être un peu... autoritaire, acheva-t-il mielleusement en touchant sa joue gauche, où il sentait le picotement de la douleur s'estomper progressivement. Pour Harry... Mes données sont sans doute caduques : cela fait plus de deux ans que je ne l'ai pas vu.
-Nous ferons avec ce que nous avons. Dîtes.
-Premièrement, il ne faut pas espérer une seconde qu'il se montrera coopératif. Il a beaucoup d'affection pour le Seigneur des Ténèbres. Deuxièmement, même s'il ne se rend pas compte tout de suite de ce qui se passe, de qui est en train de le réveiller... lorsqu'il s'en rendra compte, il va paniquer totalement. Hurler, se débattre : ce genre de choses.
-... Pensez-vous que vous pourriez venir ? Vous l'inciteriez à se calmer. Il a confiance en vous, n'est-ce pas ?

Severus devint blanc.

-Je ne pense pas que ma présence aiderait, lâcha-t-il sèchement au bout d'un moment. Je ne pense pas qu'il ait encore grande confiance en moi.
-Alors il suit vraiment les idées de V...oldemort ? glissa-t-elle d'un ton hésitant, sceptique.

Severus inspira profondément, avec dans l'idée de répondre quelque chose d'éclairant, puis renonça : elle ne pouvait comprendre d'aucune façon. Il fallait les voir ensemble pour comprendre.

-Pouvez-vous... s'il vous plaît... éviter de prononcer son nom ? dit-il entre ses dents.
-...J'avais oublié, fit-elle d'un ton coupant, que les mangemorts étaient, d'entre tous, ceux qui craignait le plus son nom.

C'était censé être insultant. Severus lui jeta un regard noir.
C'était moins une histoire de crainte que de respect, de toute façon.

-Troisièmement : d'après mes souvenirs, Harry a une avance phénoménale en sortilèges, et il sait utiliser la magie sans baguette – surtout sous le coup d'une forte émotion. Donc pour répondre à votre question, il peut être dangereux. Mais personnellement, je n'avais aucun mal à le maîtriser.
-Vous diriez donc que... quoi ? Que nous n'avons pas à nous inquiéter ?

L'homme haussa les épaules.

-Il a dû apprendre à faire mal, en deux ans d'école, fit-il remarquer.

Il y eut un silence méditatif.

-Le point le plus délicat sera donc de faire en sorte de l'empêcher d'ameuter tous les... locataires du repaire.
-Surtout Un Certain Locataire.

Severus n'y pouvait rien s'il ne pouvait s'empêcher d'être sarcastique. Ce plan sentait la catastrophe à plein nez.
Tonks ne leur avait pas suffi ?
Il tourna la tête pour voir la lueur tremblotante des cierges, sur le buffet.
Salazar, que c'était lugubre.

HP-LV-HP-LV

-Il faut que vous ayez été déraisonnablement distraits pour ne pas remarquer que Thorfin était suivi.

Debout devant leur Maître, Antonin Dolohov et Wencesley Yaxley serraient les dents, tendus. Leur ami Thorfin Rowle avait eu à son domicile la visite d'un Auror. Un Auror qui avait en sa possession assez de preuves sur le compte du mangemort pour lui réserver une cellule individuelle à Azkaban pour ses trois cents prochaines années.
« Déraisonnablement distraits » dans la bouche du Seigneur des Ténèbres, ce n'était pas bon signe du tout.

Harry pénétra à ce moment là dans la salle du trône, et jaugea immédiatement la situation. Il était au courant pour Thorfin Rowle. Il savait qu'il traînait le plus clair de son temps avec Yaxley et Dolohov. Il ne fallait pas être grand clerc, au vu des visages blancs des deux hommes, pour comprendre la situation. Le jeune Héritier inclina brièvement la tête devant son père pour s'excuser de l'interrompre, et s'assit sur son trône. Il n'était pas venu pour assister au spectacle mais maintenant qu'il était là, il devrait attendre que ce soit fini pour parler au Lord Noir.
Les deux mangemorts, qui s'étaiten imperceptiblement détendus à l'apparition du garçon – cela retardait l'échéance de leur punition – serrèrent à nouveau les poings. Harry savait qu'ils ne s'en rendaient même pas compte. Les poings se serraient tout seuls, dans l'attente de la douleur. Harry connaissait les effets du Doloris.
Harry connaissait l'angoisse viscérale, physique, de la torture. Insan Greek maniait cette angoisse à la perfection. Car lorsqu'on pouvait récolter un bisou ou un Doloris, nos bras tremblaient, nos poings se serraient, et nos lèvres murmuraient inconsciemment S'il vous plaît s'il vous plaît faîtes que ce ne soit pas un Doloris. On n'était sûr de rien.
Avec Lord Voldemort, on était sûr. Les lèvres ne murmuraient rien, les muscles se tendaient et l'esprit hurlait déjà de mille feux Je vais avoir mal !

Si jamais il devait avoir des hommes sous ses ordres, Harry savait ce qu'il ferait. Il commencerait par imiter son père. Pour tranquilliser ce dernier, et pour se faire respecter des mangemorts. Torture systématique. Mais après quelques temps, il adopterait la méthode Insan Greek. Parce que l'instabilité était bien plus terrifiante.
Et parce qu'ayant connu les affres de la torture, Harry ne pouvait se résoudre à ne pas, parfois, pardonner. Il fallait laisser une voix de sortie.

-Je regrette de devoir vous punir, siffla le Seigneur des Ténèbres en caressant sa baguette. Vraiment je regrette – et son sourire blanc et ses yeux rouges disaient tout le contraire. Endoloris !

Les deux hommes, l'un après l'autre, tremblèrent, convulsèrent violemment.
Harry sentit qu'il transpirait.
Aucun d'eux n'était tombé à terre – ce qu'ils étaient bêtes ! Il fallait tomber ! Le Lord Noir aimait voir les hommes ramper à ses pieds, la résistance ne l'impressionnait pas, le contrôle de leurs cris ne les faisait pas grimper dans Son estime, non, cela l'agaçait. Il fallait tomber ! Si Harry avait pu, il leur aurait envoyé une image mentale via la légilimencie. Mais de un, il ne se risquerait jamais à un truc pareil en présence du meilleur légilimens du monde, de deux, si ces deux mangemorts étaient trop crétins pour reconnaître leur propre salut, tant pis pour eux.

-Endolorissss ! siffla encore le mage noir.

Dolohov, essouflé, fut pris par surprise par le deuxième sortilège et laissa échapper un cri déchiré. Il s'écroula. Et cria encore. Mais pas longtemps. Quelques secondes. Harry avait déjà connu pire.

-Endoloris !

Yaxley s'y attendait et, incarnation momentanée de l'imbécilité, mit un point d'honneur à contenir sa douleur. Le sortilège s'intensifia jusqu'à devenir intenable, l'homme perdit l'équilibre et cria, et pleura, en boule aux pieds du Seigneur des Ténèbres.
Cela ne s'arrêtait pas.
Ne détourne pas la tête, se surprit à penser Harry. Ne détourne pas la tête. Il frissonna compulsivement, et relâcha sa respiration en même temps que le sortilège était levé, et que les muscles du mangemort se détendaient. C'était stupide. Il était moins impressionné par les Doloris de son père que par ceux d'Insan Greek, dont il était régulièrement la victime – ainsi que Claude, son ami.
Mais alors pourquoi ne se sentait-il pas très bien ?
Tu es du côté de ceux qui le donnent, maintenant.
Il se répéta cette idée...
Tu es du côté de ceux qui le donnent, maintenant.
Il se répéta cette idée... et s'en accommoda plutôt bien. Du moins, sur le moment, il se dit que c'était la position la plus enviable. Oui. Du côté de Celui qui le donne.
Très bien. Je suis donc du côté des forts.

-Lord Voldemort ? appela-t-il en se redressant dans son trône.

Son père se tourna vers lui, faisant tournoyer sa baguette entre ses longs doigts blancs. Les deux hommes reprenaient leur souffle à leurs pieds, tête inclinée – Harry ne leur prêta pas attention.

-Tu m'avais promis un homme. Je me demandais où en était notre affaire, demanda-t-il en souriant.
-J'y pense, répondit laconiquement le Lord après un silence.

Quelque chose dans son attitude indiqua à Harry qu'il aurait des précisions une fois qu'ils seraient seuls. Les deux mangemorts, agenouillés, tête baissée, attendaient à présent d'être délivrés.

-Soyez plus attentifs à l'avenir, siffla leur maître. Les Aurors sont retors. Sortez.

Harry et son père se retrouvèrent seuls.

-Je ne pensais pas que tu voulais vraiment un homme maintenant, Harry. Tu es un peu jeune, non ?
-Je... C'est pourtant ce que nous avions... Tu étais d'accord !
-Je le suis toujours.
-Tu pensais : plus tard ?
-C'est à peu près ce que je pensais en effet.

Harry ferma la bouche et détourna le visage un instant. Il regarda la pierre. Les colonnes.

-Ne boudes pas, soupira Lord Voldemort.
-Je ne boude pas !
-Comme j'étais parti du postulat que nous attendrions encore quelques années avant de te confier des hommes, je n'ai pas accordé beaucoup d'attention à la question. Je n'ai qu'un nom à te proposer.
-Ah oui ? fit Harry avec un sourire ravi.

Son père le regarda en silence. Dans les yeux. Qu'essayait-il de voir ?

Harry prit une expression plus posée et demanda, timidement :
-Qui est-ce ?
-Avery.
-...Ton ami ?
Lord Voldemort leva imperceptiblement les yeux au ciel mais répondit :
-Oui.

Harry était si flatté qu'il se tut.

-Allons-nous le lui annoncer ?
-Oui. Tu auras deux autres hommes prochainement. Lorsque j'aurai décidé lesquels. Approche.

Le Seigneur des Ténèbres tendit son bras drapé de noir au-dessus de l'accoudoir, et son fils intrigué, se pencha. Les doigts fins et glacés se refermèrent sur le lobe de son oreille.

-...ta boucle ?
-De l'autre côté.

Harry se leva et s'assit à demi sur l'accoudoir du trône de son père. Celui-ci pinça la boucle d'oreille en argent.

-Nous devons en modifier les propriétés. Elle a été conçue à l'origine pour que tu sois au courant de mes intentions et pour que tu puisses m'appeler, tout comme mes mangemorts. Dorénavant, il faudra aussi qu'elle te permette d'appeler les mangemorts.
-Tous les mangemorts ? Mais si je n'ai besoin que d'Avery ?
-Tu crois que je vais m'amuser à y inclure un enchantement qui n'est valable que sur Avery ?
-Oui, non. Mais si je n'ai besoin que d'Avery et que tous entendent mon appel ?
-Harry, es-tu stupide ?

Le garçon rougit jusqu'au front.

-Nonjecroispas, baragouina-t-il.
-Lorsque j'appelle un mangemort, je prononce son nom en appuyant sur la marque. Tu feras de même avec ta boucle d'oreille.
-Oui Papa.
-Et je ne suis pas fâché, inutile d'être mortifié, sourit Voldemort. Ne bouge plus.

Il pointa sa baguette sur le petit bijou en argent. Les mots qu'il prononça, si c'était des mots, ressemblaient au souffle d'un démon, et Harry, tétanisé tout du long, ne comprit pas un mot de la formule. Pendant un instant fugitif, il crut que l'on venait d'enfoncer un fer rouge dans la chair de son oreille, et la sensation disparut, le laissant souffle coupé, il n'avait même pas eu le temps de crier. Lord Voldemort exhala un dernier murmure dans cette langue étrange, et ce fut fini.

-C'est fini ? demanda-t-il sans bouger.
-Oui.

Lord Voldemort s'appuya contre le dossier de son trône.

-Tu sais ce que tu as à faire.

Harry se détacha du trône de son aîné et, vibrant d'excitation, toucha sa boucle en argent en appelant « Avery ».

Quelques secondes plus tard, le mangemort apparut. Tout de noir vêtu, et encapuchonné, il resta debout un instant puis constatant qu'il était le seul appelé, s'avança et s'inclina devant le Seigneur des Ténèbres, selon le rituel. Mais ce-dernier le détrompa :
-Ce n'est pas moi qui t'ai appelé.

Harry, devant son propre trône, fit de son mieux pour se grandir, il souleva même un peu les talons. Interdit, le vieux mangemort resta immobile.

-Avery, dit Harry. Tu seras dorénavant sous mes ordres, tandis que je resterai sous ceux de Lord Voldemort, le plus grand mage noir de l'Histoire. Tu devras m'obéir en toutes circonstances. Est-ce que tu acceptes ?

Le regard du mangemort passa deux fois du Seigneur des Ténèbres à son Héritier. Pendant un long moment, il sembla ne plus pouvoir bouger, incapable de déterminer ce qu'il devait faire.

-Si c'est la volonté de mon Maître, bien sûr, dit-il de sa voix rocailleuse en inclinant le buste devant eux deux.
-C'est ma volonté, Avery. Je te demande de faire preuve de loyauté et de dévotion envers Harry autant qu'à moi.
-J'espère que c'est déjà ce que je faisais, murmura humblement le serviteur.
-Les choses seront un peu différentes à présent, dit clairement Harry.

Avery hocha machinalement la tête, tandis qu'il se demandait si Monseigneur serait plus ou moins infernal à assister que l'original. Néanmoins, il se réjouit. Avery aimait les aventures, et le gamin promettait d'en être une.

-La hiérarchie se complexifie, n'est-ce pas ? chanta le vent glacé qui prêtait sa voix au maître des lieux.

Lui aussi semblait apprécier l'instant.
Harry quant à lui, aurait bien aimé adouber Avery avec une épée, parce qu'il avait le sens du spectacle. Mais c'était impossible. Il se consola en empruntant à son père sa froide dignité, mais ne put effacer de son visage un sourire satisfait.
Il avait beau être très satisfait, il se sentait intensément ridicule, à prendre ainsi des allures de chef alors que le Seigneur des Ténèbres était assis à côté. Mais il garda la pose.

Maintenant que cela était réglé, il pouvait soumettre son placet suivant.

Il fit signe à Avery de partir, et le vieux mangemort s'inclina devant lui.

-Papa ?
-Quoi ? répondit la voix aiguë sur le ton de « quoi encore ? ».
-Et mon prof de piano ?
-Tss.

« Prof de piano ». Lord Voldemort se leva en se demandant quand et comment son programme d'apprentissage rigoureux avait-il pu permettre l'apparition d'une branche musicale. Il se le demanda vraiment sérieusement. Et résolut que le petit avait eu un faible pour le majestueux Bechstein depuis son âge le plus tendre, peut-être quatre ans ; il ne l'en avait pas particulièrement détourné et s'y était même intéressé, la faute lui en revenait donc. Mais maintenant que Harry avait onze ans, le piano, cela manquait de sérieux.

-Y tiens-tu absolument ?

Le petit ouvrit et ferma la bouche silencieusement, choqué.
Il y tenait.

-Dans ce cas tu t'en occuperas toi-même. Ce sera l'occasion d'étrenner tes nouvelles responsabilités. Tu dépêcheras tes hommes à la recherche d'un pianiste d'envergure.

Tu verras que ce n'est pas sssi facccile, faillit-il ajouter.

-Mais je n'ai qu'Avery. Quand aurai-je les autres ?

Harry se sentait indiciblement excité. Il aurait bientôt des hommes adultes sous sa coupe. Bien sûr, d'aussi loin qu'il s'en souvînt, les mangemorts avaient toujours obéi à sa volonté. Mais la plupart d'entre eux faisaient en sa présence preuve d'un certain relâchement, qui marquait bien la différence entre le Maître, que l'on respectait et craignait, et son tout jeune Héritier, que l'on ne craignait que parce qu'il représentait une paire d'yeux supplémentaires du Maître.
Les choses changeaient doucement.
Bientôt, nous serons les Seigneurs des Ténèbres. Ensemble.
Harry applaudit mentalement à cette idée.

HP-LV-HP-LV

-Je te donnerai les noms de soir, lâcha Voldemort d'un ton coupant.

Salazar, gronda-t-il mentalement en quittant la salle du trône à grands pas. Déjà Avery, qui était encore à Lui ce matin...
Il est toujours à moi !

Et maintenant, le gosse en voulait d'autres. Il Lui volait ses hommes petit à petit.
Il veut me dépouiller !
Non, c'était faux, il avait lui-même accepté, il avait de lui-même proposé de lui « offrir » d'autres mangemorts.
Il me dépouille.
Le Lord respirait fort et ses poings blancs étaient serrés. Harry le détrônerait-il un jour ? Insensé. Impossible. Il le respectait trop. Il le respectait et l'admirait entièrement, sans condition et sans arrière-pensée. Mais le fait était là : il prenait de plus en plus de place. Il gagnait chaque jours en centimètres et en talent. Il gagnait chaque jour l'estime du Seigneur des Ténèbres.
Lord Voldemort voulait le voir progresser, réussir, et mener les mangemorts. Mais il ne supportait pas l'idée que cela pût le mettre, Lui, en position de faiblesse.

Le mage noir rumina ses pensées et sa paranoïa pendant plusieurs heures ce jour-là. Il parvint finalement à la conclusion que confier trop de pouvoir à Harry n'était pas une bonne idée. En revanche, lui donner l'illusion d'un peu de pouvoir ne coûtait rien, et observer son comportement serait forcément intéressant. Le Seigneur des Ténèbres décida que les hommes qu'il déléguerait à son fils seraient dûment briefés par ses soins. Ainsi, lorsqu'il convoqua Avery, Marcus Jones et les frères Lestrange, il fut comme à son habitude, concis, glacial et intransigeant. Et clair. Très clair.

-Mangemorts, vous êtes de fidèles serviteurs. Imparfaits et parfois incompétents. Mais fiables. Vous faîtes partie des trop rares éléments sensés que compte la population sorcière du Royaume-Uni. J'ai une mission à vous confier.

Avery, loin d'être idiot, savait de quoi il retournait.
En revanche, Rodolphus et Rabastan Lestrange échangèrent un regard brillant d'excitation. Ils s'apprêtaient à s'entendre nommés consuls.
Marcus Jones, éternel second, mangemort sans grandes qualités, écoutait avec un intérêt prudent.

-Vous êtes à partir de ce jour sous les ordres de mon Héritier. Chacun de vous quatre lui devra respect et obéissance autant qu'à moi-même.

Dans le silence qui suivit cette déclaration, Rabastan Lestrange fronça intensément ses épais sourcils.

-A présent, entendez haut et clair les termes de votre mission, chers amis.

La voix du Seigneur des Ténèbres savait être coupante telle une guillotine un instant, et douce et coulante comme le miel le suivant, et inversement. Chacune de ces nuances faisait intrinsèquement frissonner l'auditeur.

-Votre mission est de soutenir mon Héritier dans ses efforts pour devenir un mage noir encore plus prometteur qu'il ne l'est aujourd'hui. Cette mission n'est réalisable que dans les conditions où vous vous conduisez comme si Harry était votre maître et votre ami, articula-t-il lentement, insistant sur les mots clés « comme si », « maître » et « ami ». Ces conditions seront caduques dès que je décréterai la fin de la mission.

Les quatre mangemorts hochèrent la tête à l'unisson.
Mais avait-il été assez clair ? Lord Voldemort avait une nette tendance à considérer autrui comme insuffisamment intelligent. Aussi ajouta-t-il :
-Il est hors de propos de vous deviez jamais être plus fidèles à Harry qu'à moi-même.

Les quatre mangemorts hochèrent à nouveau la tête, d'un air pénétré. Lorsqu'ils s'en furent allés, ne prenant aucune précaution pour discuter ouvertement de leur nouvelle affectation, mêlant rires et interrogations, le Seigneur des Ténèbres appela ses plus proches lieutenants. A l'exception de Rodolphus.

-Lucius, Bella. Barty. Mes amis.

Un rayon de miel dans une pièce gelée.
Il se leva et s'approcha d'eux. Ils firent cercles.
Le mage noir posa doucement sa main droite dans le creux du dos de Bellatrix, et effleura de sa main gauche l'épaule de Lucius. Il contint difficilement son ricanement lorsqu'il constata à quel point ses petits manèges, pourtant loin d'être impénétrables, fonctionnaient à la perfection. Il créait rarement ce genre d'intimité avec ses fidèles. En face, Bartemius tremblait presque d'excitation de se trouver si proche de son Maître. Lucius était transporté de tant d'honneur ; son ambition venait de se revoir à la hausse. Bella gravait cet instant dans sa chair et dans sa mémoire. Quoiqu'il leur demandât alors, ils le ferait avec la plus terrible application, et avec bonheur. Et Lord Voldemort souhaitait précisément que son ordre soit exécuté consciencieusement.

-J'ai un service à vous demander, murmura-t-il, de son ton vaporeux.
-Tout ce que vous voudrez, Maître !
-Je vous le rendrai avec joie, Maître.
-Dîtes, Maître, que je puisse vous combler.

Il sourit. De son effrayant sourire de requin, car il n'en avait pas d'autre.

-J'ai confié à mon Héritier la direction de quatre mangemorts. Avery. Marcus. Rodolphus. Et Rabastan. Assurez-vous qu'ils me gardent leur fidélité. Et surveillez mon Héritier.

Fin du chapitre 16

J'espère que le chapitre vous a plu ! L'attente a été longue et je serais encore en train de laisser traîner si je n'avais été relancée par plusieurs personnes, et notamment par Vampyse, il y a quelques jours. Je suis un être qui a besoin de coups de pieds au cul, sachez-le.

Cependant, pour le chapitre 17, je devrais pouvoir m'en passer... il est quasi fini ! (ici, insérer sourire benêt)
Donc, à dans deux semaines ;) (Je pense le publier la première semaine de Septembre).
Biz,
Lupiot