Note 1 : Je crois que j'ai oublié de répondre à quelques reviews :S (je ne sais pas lesquelles)

Note 2 : J'ai des démêlées avec mes citations en-tête. S'il vous plaît soyez tolérants.

Note 3 : Oui le flash-back du chapitre précédent (qui se déroule à l'Ecole d'Insan Greek) tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. En fait, c'était pour introduire celui qui arrive dans ce chapitre là :)

Heeey ! Je suis en retard d'un mois, mais comme mes excuses n'intéressent personne (sachez juste que tout est la faute de Bartimeus, qui a atteint des sommets dans l'art controversé du « je suis un personnage secondaire mais je n'en fais qu'à ma tête »)... comme ça n'intéresse personne je disais, HERE YOU GO, Chapter 17 !

J'espère qu'il vous plaira !

Petit, chapitre 17

-Qu'est-ce que tu fais ici petit ?

Chapitre 3

HP-LV-HP-LV

« Nymphadora Tonks obéit aux ordres pernicieux d'Albus Dumbledore.
« Nymphadora Tonks obéit aux ordres pernicieux d'Albus Dumbledore.
« Nymphadora Tonks obéit aux ordres pernicieux d'Albus Dumbledore.
« Nymphadora Tonks obéit aux ordres pernicieux d'Albus Dumbledore.
« Nymphadora Tonks obéit aux ordres pernicieux d'Albus Dumbledore. »

Sous l'œil glacé de Lucius, Harry lâcha sa plume un instant pour soulager son poignet.

-Pas de pause, Monseigneur.

Harry se garda bien de répondre. A sa dernière tentative de négociation – J'ai besoin d'aller faire pipi, je peux arrêter quelques secondes ? – il avait écopé de deux cents lignes supplémentaires. Deux cents.

Je sais bien, qu'elle fait partie de l'Ordre, protesta-t-il silencieusement en se mordant les joues.
« Nymphadora Tonks obéit aux ordres pernicieux d'Albus Dumbledore. »
Mais ça n'empêchait qu'ils auraient pu jouer tous les deux, pas vrai ?
« Nymphadora Tonks obéit aux ordres pernicieux d'Albus Dumbledore. »
S'il avait proposé cela, c'était juste parce qu'il s'ennuyait.
« Nymphadora Tonks obéit aux ordres pernicieux d'Albus Dumbledore. »
Et pas parce qu'il avait oublié d'où venait Tonks.
« Nymphadora Tonks obéit aux ordres pernicieux d'Albus Dumbledore. »
Même si, avouons-le, il s'en cognait complètement.
« Nymphadora Tonks obéit aux ordres pernicieux d'Albus Dumbledore. »

Il n'aurait jamais cru que son père fût du genre à lui faire copier des lignes. Il avait dû pas mal y réfléchir. Il avait dû se dire : pas de punition violente, non. Quelque chose d'insupportablement long qui lui porterait sur les nerfs tout en faisant rentrer dans son crâne épais qu'on ne devait pas faire ami-ami avec les prisonniers. Harry pouvait presque imaginer le dialogue intérieur de Lord Voldemort tandis qu'Il se demandait quelle punition efficace concocter. D'abord, Il avait failli le gifler. Ensuite, Il avait failli lui expliquer d'un ton tranchant mais patient, pourquoi Tonks ne pouvait pas jouer avec lui. Ensuite, Il avait à nouveau failli le frapper. Puis finalement, Il l'avait envoyé d'un ton froid réfléchir dans sa chambre, ce qui était pire que tout. Puis Il s'était ravisé, et l'avait envoyé au labo, ce qui était pire que pire.

-Papa ?

Harry passa la tête par l'entrebâillement de la porte et, comme quand il était petit, dit « Hello ! ». Le Lord l'invita à entrer. Harry tira une chaise mais ne s'assit pas, et resta debout à frotter son pied gauche sur le droit, nerveusement.

-Qu'y a-t-il ?

Harry hésita puis, réalisant que plus il repoussait sa requête, plus il hésiterait à la soumettre, il se lança :

-Est-ce que je pourrais inviter Claude Belasis ?
-Non.

Harry baissa les yeux et se tut.

-Vas-tu me demander pourquoi ? siffla son père.
-Non, car tu ne me répondrais pas, murmura le garçon.
-Très juste.

Harry redressa la tête et inspira :
-Et Draco ? Draco Malfoy ?
-Il a des obligations. Il suit un cursus préparatoire pour Poudlard. Et tu le sais, car tu as posé la question à Lucius.

Harry ouvrit la bouche bêtement. Bien sûr. Le Seigneur des Ténèbres savait tout de ses serviteurs.

-Eh...oui, admit-il.
-Ce qui m'amène donc à te demander, Harry, quel est le but de ta visite ?
-Bon, fit le garçon en inspirant courageusement. Alors, avant de dire non, considère que c'est une façon inédite de me distraire, et une nouvelle forme de torture psychologique sur les prisonniers. Ma questions est : est-ce que Tonks pourrait sortir un peu pour jouer avec moi ?

Harry ne recula pas quand son père se leva comme l'éclair, simplement parce qu'il était tétanisé. Il n'avait pas idée qu'il pourrait le mettre aussi vite dans un tel état de colère.

-Non, c'est parce que, ce n'est pas, tu vois, c'est pas que je veux, mais...

Les mots sortaient de sa bouche sans mettre son cerveau à contribution, par simple automatisme, parce qu'il avait appris que c'était ainsi que l'on apaisait les gens, en principe – mais son père n'était pas les gens, son père était le Seigneur des Ténèbres.

Il le saisit par le col. Raide comme une tige de fer, Harry resta les yeux plantés dans ceux du mage noir, l'estomac noué et l'esprit vide.

-C'est pas que je veux qu'elle sorte, je veux pas, c'est juste que j'ai sympathisé avec elle et que...
-SYMPATHISÉ ? hurla son père.

Harry devint encore plus raide, et muet. Les lèvres blanches de Lord Voldemort s'ouvraient et se fermaient silencieusement sur le mot « sympathisé » et Harry lut dans son esprit – était-ce de la légilimencie intuitive comme lorsqu'il était petit, ou simplement le ressenti intense de la situation ? – que son père regardait sa joue en imaginant dessus la marque rouge et cuisante de ses doigts. Puis, ouvrant brusquement le poing, Voldemort lâcha son col, et Harry redescendit de quelques millimètres. Il se tut, il fixait son père et celui-ci le fixait, et il voulait dire « Je suis désolé je suis désolé je suis désolé » mais il voulait aussi voir ce qui se passerait.

Le Seigneur des Ténèbres le regardait d'un air féroce, courroucé. Il ouvrit la bouche et leva un doigt péremptoire comme pour lui donner la leçon, mais il était trop furieux, les mots s'étranglèrent dans sa gorge. Alors il saisit à nouveau le petit par le col de sa robe et oui, il allait le gifler, ce serait plus simple, clac, une bonne claque sifflante, oui, mais ça ne résoudrait pas le problème. Il le lâcha à nouveau, et cette fois son fils trébucha, car il l'avait reposé brutalement – mais il ne s'était même pas rendu compte qu'il l'avait soulevé.

-Va dans ta chambre, ordonna-t-il, glacial. Va réfléchir dans ta chambre.

Harry, le corps tendu, les yeux brûlants, hocha la tête sans bouger. Puis, une seconde plus tard, il s'en allait à pas précipités. Mais non. Lord Voldemort ferma la porte d'un mouvement de baguette.

-Ou plutôt non. Va réfléchir dans le laboratoire.

Glacial.
Glacial.
Glacial.
Meutrier.

« Qu'ai-je fait ? Salazar, qu'ai-je fait ? » songea Harry en poussant la porte pour courir jusqu'au laboratoire au sous-sol. Il sentit son sang se geler dans ses veines à mesure qu'il s'en approchait.
Il n'y avait pas mis les pieds depuis son retour de l'Ecole.
Il n'y avait pas mis les pieds depuis deux ans.
Il n'y avait pas mis les pieds depuis Severus.
Severus, le traître. Severus, son ami.
Severus, son ami le traître.

L'envoyer réfléchir dans le laboratoire était intentionnel. Il avait passé la moitié de son enfance dans ce laboratoire sous l'instruction de Severus, à étudier les potions. Les potions et beaucoup d'autres choses, mais toujours avec Severus.
Harry n'avait pas fait une seule potion depuis qu'il était revenu de l'Ecole.
Harry n'avait pas remis les pieds dans le laboratoire.
Le laboratoire de Severus le traître.

« Je voulais juste jouer avec Tonks. » « Ça ne fait pas de moi un traître. » « Jamais jamais je ne trahirais Papa ». Severus était devenu un traître à trop fréquenter Dumbledore et ses sbires et ses louables sourires et ses bonnes intentions et ses bonbons au citron. Severus, qui avait pourtant toujours été le plus fidèle serviteur des Ténèbres. Le plus proche ami de Harry. Le plus irréprochable mangemort.

Il avait fini par être l'instigateur de la plus laide trahison.
Parce que la trahison était laide.
Oh oui, laide.

HP-LV-HP-LV

Quand il eut finit sa punition, Harry attendit un peu avant de retourner voir Tonks. Mais quelque chose d'irrésistible l'attirait vers les cachots. D'abord, il y avait le fait que la présence de l'ennemi dans les murs constituait une distraction de haut vol. Mais en plus, il s'agissait d'un ennemi qu'il connaissait personnellement, et qui était plutôt sympa – bien qu'il obéisse aux ordres pernicieux d'Albus Dumbledore. Et puis, surtout, il ne savait pas pourquoi – mais vraiment pas – mais il avait une bizarre envie de désobéissance chevillée au corps, comme un ressort de trampoline qui vous ferait sauter d'abord doucement, puis doucement encore, puis pas beaucoup plus haut, mais un peu quand même, inéluctablement, vers le plafond. Harry n'était pas fou : il redoutait la colère de Lord Voldemort comme l'aurait redoutée toute personne sensée. Il ne la cherchait pas. Il voulait juste toucher le plafond. Il voulait juste aller à l'encontre de ce qu'avait dit son père, sans raison particulière autre que la délicieuse chair de poule dans le bas de son dos et les muscles contractés de ses joues au moment où il descendit le deuxième sous-sol pour aller saluer Nymphadora Tonks.

Il avait attendu un mois.

Un mois pendant lequel il avait été parfait.
Les grosses bêtises se planifient pendant de longues heures volées au sommeil, et se préparent sur de longs jours à être l'Héritier idéal. (Bon, pour être honnête, ce n'avait as été si dur que ça d'être l'Héritier idéal. Il n'avait qu'à être lui-même en accentuant un peu son intérêt pour les affaires de son père et en atténuant un peu son intérêt pour tout le reste.)

Un mois pendant lequel il avait dépêché Rodolphus et Rabastan Lestrange en Amérique, avec pour tâche de ramener un professeur de piano compétent. Pourquoi en Amérique ? Parce qu'Harry était un peu fasciné par l'Amérique, parce que beaucoup des meilleurs pianistes y officiaient, et parce qu'on y parlait anglais, mais surtout parce qu'Harry avait trouvé très cool de dire à Rodolphus et Rabastan « Partez pour l'Amérique ».

Un mois pendant lequel il avait fait un usage circoncis de sa boucle d'oreille nouvellement améliorée. Une fois pour appeler Avery, pour lui faire admirer ses bottines en cuir, cousues sur le modèle des tennis de l'Ecole d'Insan Greek. Une autre fois pour que Marcus lui apporte un jus d'orange. Lord Voldemort avait appris cet épisode et lui avait littéralement tiré l'oreille – acte qui équivalait grosso modo à un énorme éclat de rire du mage noir. Le Seigneur des Ténèbres n'était pas à proprement parler avare en éclats de rire. Il les dispensait seulement avec beaucoup d'à-propos. C'était du moins l'avis de Harry, qui reconnaissait volontiers que l'humour de son père n'était pas non plus ce qu'il y a de plus accessible. (Voire, complètement fermé au reste du monde. Il était l'heureux détenteur d'un pass toute-entrée, mais son cas était isolé. Très isolé.)

Un mois pendant lequel il n'avait pas cessé d'essayer d'écrire à Claude, pour à chaque fois chiffonner et brûler ses brouillons de lettres dans lesquelles il n'avait rien à raconter, mis à part qu'il n'avait pas le droit de l'inviter. Un mois pendant lequel il avait peu joué de piano, étrangement. Il ne pouvait plus voir en peinture la moitié de ses partitions, qu'il connaissait par coeur, et Lord Voldemort avait fait disparaître les affaires de feu Professeur JK dans lesquelles Harry aurait pu trouver des merveilles. Il jouait les accompagnements des morceaux de saxophone de Claude, et les quelques pièces qu'il avait inventées lui-même, mais plus il les jouait, plus il leur trouvait de défauts.

Un mois pendant lequel il s'était répété : « Je ne donnerai aucune information à Tonks, je ferai bien attention. Je veux juste discuter avec elle. » Il ne voyait pas précisément quelles informations auraient pu être confidentielles, mais il résolut, dans tous les cas, de ne parler de rien dont Tonks n'aurait pas déjà entendu parler, afin d'éliminer les risques de renseigner l'ennemi sans même s'en rendre compte.
Penser ou dire le mot « ennemi » faisait naître le sourire en coin de l'aventurier sur son jeune visage, le même sourire qu'il arborait en cours d'Histoire Globale lorsqu'il lisait les récits des conquêtes d'Alexandre le Grand ou de Napoléon. Les guerres moldues, malgré leurs artefacts ridicules qui crachaient des cailloux ou des billes de plombs, avaient quelque chose de plus exaltant que les guerres sorcières : à cause du nombre. Les moldus s'affrontaient par d'immenses armées, face à face, et rien que de l'imaginer, c'était d'enfer. L'ennemi, c'était la guerre. La guerre, c'était l'aventure. Penser Tonks comme « l'ennemi » était follement excitant.

Il avait attendu un mois.

Un mois à attendre, surtout un mois d'Août, c'est long.
Il descendait dans le noir vers le dernier cachot du deuxième sous-sol, à pas de loup, le coeur battant, un petit ballotin serré contre sa poitrine. Il était deux heures du matin et on y voyait comme dans le cul d'une taupe. Il ne voulait pas se risquer au Lumos, inquiet qu'il était de se faire repérer. En principe, l'être humain le plus proche était un mangemort endormi comme une souche deux ou trois étages plus haut, mais on ne sait jamais.

Il marcha jusqu'au mur du fond pour être sûr qu'il était arrivé jusqu'au dernier cachot, puis, lorsqu'il se fut cogné le gros orteil dans une énorme pierre méchamment dure, s'arrêta. Il s'approcha des barreaux, et appela doucement :
-Tonks ? Tonks ?

La pauvre Tonks ne dormait pas – comment aurait-elle pu ? Elle guettait les pas feutrés de l'intrus depuis cinq minutes, s'attendant à voir apparaître un mangemort – qui d'autre ? – venu la torturer en cachette ; ces monstres aimaient ça.

-Tonks ? répéta la voix enfantine.

Encore cette hallucination ? se demanda la jeune femme.

Une lumière chaude apparut au bout d'une baguette.

-Harry ?
-Oui, sourit le gamin.

Encore cette hallucination. Tonks ferma brièvement les yeux, puis sourit en les rouvrant : l'enfant était toujours là, avec ses grands yeux verts brillants de sympathie, et son petit visage respirant l'humanité.

-Comment tu vas ? demanda-t-il.
-Bien, et toi ?

Elle ne voyait pas ce qu'elle aurait pu répondre d'autre. Tout cela n'était qu'un jeu, un jeu où tout allait bien. L'enfant s'assit en tailleur de l'autre côté des barreaux et posa par terre son petit balluchon. Il jeta un sortilège pour éclairer les lieux. Une douce bulle de lumière automnale les entoura. Autour d'eux, les ténèbres.

-Moi ça va bien, répondit l'enfant d'un ton naturel. Je m'ennuie un peu ces derniers temps.

Elle hocha la tête, fascinée.

-Tu reviens de l'école, non ? Tu n'étais pas là quand je suis arrivée.

Le garçon sembla réfléchir un instant, comme s'il composait soigneusement sa réponse.

-J'ai fait deux ans d'école. Mais je ne peux pas te dire où. Personne ne sait où elle se situe de toute façon, ajouta-t-il avec un sourire. Tu es arrivée le 25 Décembre de l'année dernière ? Pendant l'attaque de l'Ordre du Phénix ?
-Oui.
-Pourquoi tu t'es fait attrapée ?
-Ah... je te cherchais. Maugrey était avec moi. Tu sais que j'ai commencé ma formation d'Auror ? C'est mon supérieur maintenant.

Ou plutôt, c'était. Mais Tonks parlait au présent. Comme si de rien n'était. Comme si elle rentrait d'une journée de labeur, prenait le thé avec un ami et se levait le lendemain à huit heures pour aller travailler.
Le petit – qui n'était plus si petit que cela d'ailleurs, cette hallucination possédait quelques côtés réalistes – sembla méditer un instant sur l'idée d'avoir Maugrey comme supérieur, et fit la grimace.

-Je l'aime pas, Maugrey.
-Il est un peu impressionnant, concéda Tonks avec l'ombre d'un sourire amusé.

Elle se sentait revivre petit à petit.

-J'aurais aimé pouvoir te faire sortir, dit le garçon, mais mon père n'est pas d'accord.

Hein ? Son père ?
Sans savoir pourquoi, Tonks sentit monter en elle les tremblements mystérieux d'un fou rire. Une petite bulle éclata sur ses lèvres, un petit « hihi ». Tellement discret que Harry ne vit que le sourire.

-Je t'ai apporté des trucs, annonça-t-il en entreprenant de défaire son ballotin.

Tonks ouvrit un peu plus les yeux, comme si elle s'éveillait.
Elle se demanda si elle était vraiment en train de rêver, ou si la réalité n'était pas, par un hasard divin, beaucoup plus jolie que ses rêves. Les mains du garçon repoussèrent les coins d'un torchon et saisirent délicatement une sorte de feuilleté doré.

-On partage ? Tiens. C'est un feuilleté aux amandes et au miel. C'est pas Marcus qui l'a fait, je crois que c'est quelqu'un d'autre, ou bien il l'a acheté. On nous l'a servi ce midi au dessert et je l'ai gardé.

Vaguement angoissée quant à ce qu'il allait advenir de l'illusion lorsqu'elle se saisirait de la pâtisserie, Tonks tendit la main. Peut-être que tout aller voler en éclat. Mais non. Elle sentit le collant du miel sur ses doigts et se mit à saliver. Peut-être ne mettrait-elle dans sa bouche que du vide ? Les rêves les plus vicieux étaient ceux qui vous faisaient prendre conscience qu'ils n'étaient que des rêves, histoire de vous faire croire à un semblant de réalité.

Mais c'était un vrai gâteau. Un vrai gâteau goutû : amande, feuille de brique, huile, miel, sucre...

-Hmmm...
-Ch'est bon hein ?

Harry semblait ravi.

-J'ai eu trop de mal à me retenir de le manger pendant toute l'après-midi.

Harry se mordit la lèvre en se morigénant pour son langage incorrect et faillit se reprendre « j'ai eu beaucoup de mal », puis il lui revint qu'il n'était pas en face de son père, et il se détendit imperceptiblement, allant même jusqu'à afficher un sourire canaille à l'idée que Voldemort ne pouvait pas l'entendre.

Tonks dégusta lentement le feuilleté, étrangère aux circonvolutions impossibles des pensées de Harry. Elle n'avait pas terminé la pâtisserie que le garçon, la mine cabotine, se saisit du deuxième trésor que recelait son torchon. Dans une théière fumante, il y avait du chocolat chaud. Non que Tonks fût médium, mais les effluves aromatisée du lait-cacao se précipitèrent dans ses narines dès que Harry eut soulevé le tissu. Harry rougit un peu, et lui fit un clin d'œil. Il avait toujours adoré le chocolat chaud, mais celui-ci avait une signification particulière pour lui. La jeune sorcière étourdie qu'était Nympadora Tonks lui avait plusieurs fois porté son petit-déjeuner au lit lorsqu'il était retenu contre sa volonté au QG de l'Ordre du Phénix, et le matin de son évasion, c'était grâce au chocolat chaud qu'elle lui avait monté qu'il avait pu lui subtiliser sa baguette magique. Et s'enfuir, rentrer chez lui. Tonks ne le savait même pas. Il lui avait discrètement restitué sa baguette après avoir retrouvé la sienne. Elle ne savait rien. Cela faisait d'elle un piètre Auror en théorie, mais s'il mélangeait tout ça, Harry obtenait un cocktail sympathique nommé Tonks. Il l'aimait bien.

-J'ai pensé que tu devais t'ennuyer, dit-il d'une voix douce, alors je t'ai apporté de la lecture.

Le Fils des Ténèbres, onze ans, connaissait un peu les rouages du monde des Ténèbres. Il avait beau faire l'enfant, il savait parfaitement ce qu'endurait la jeune prisonnière. Il savait que l'ennui n'était pas la pire des torture – même si, pour sa part, il trouvait que c'était une terrible, terrible, terrrriiiible torture. Mais que pouvait-il contre l'Endoloris ? Il existait des baumes – on les faisait circuler sous le manteau à l'Ecole d'Insan Greek – mais il ne servait à rien de les utiliser si l'on devait se faire à nouveau torturer dans les heures qui suivraient. Sans compter que s'il en fournissait un à Tonks, les Mangemorts, du moins les plus éveillés, avaient des chances de s'en apercevoir.

Instinctivement, Harry pratiqua la seule médecine dont avait réellement besoin Nymphadora Tonks. Il lui passa du baume à l'âme.

-OLIVER TWIST. « Au nombre des édifices publics d'une certaine ville, qu'il sera pour mainte raison plus prudent de s'abstenir de nommer, et à laquelle je me refuse de donner un nom imaginaire, s'en trouve un que possèdent en commun, depuis fort longtemps, la plupart des villes, petites ou grandes, à savoir : un asile ; et dans cet asile naquit, un jour d'une année que je ne prendrai pas la peine de citer, étant donné que cela ne saurait avoir la moindre importance pour le lecteur, du moins au cours de cette première phase des événements, le fragment d'espèce humaine dont le nom est placé en tête du présent chapitre.
 Pendant une longue période à partir de l'instant où il fut introduit par le chirurgien municipal dans notre monde de tristesse et de tourments, la question de savoir si l'enfant vivrait assez pour porter un nom quelconque resta l'objet de doutes considérables... »

Il lisait légèrement trop vite, et s'exprimait de la diction un peu laborieuse des enfants, mais la jeune femme l'écouta béatement, le menton dans les mains, pendant une cinquantaine de minutes qui s'envolèrent aussi vite que des oiseaux d'été. Harry marqua la page et referma le lourd roman.

-Je ne peux pas te le laisser, dit-il. Je reviendrai.

Ils se leva, étira ses muscles. A rester assis sur la pierre, il avait les fesses gelées.

-Harry, dis-moi. On est quand ?
-Ben... il est trois heures cinq du matin.
-Non, mais, quel jour, quel mois ? Quelle année ?

Le garçon la fixa d'un air vide l'espace d'une seconde.

-Vingt-neuf Août 1992, dit-il avec un charmant sourire.

La jeune femme inspira profondément et resta silencieuse. Elle ferma les yeux. Cela faisait un an et demi qu'elle était là.
Je ne me laisserai pas mourir.

-Tonks ?

Elle rouvrit les paupières et lui adressa un regard interrogatif.

-Tu dois me promettre une chose, dit l'enfant.

Il semblait soudainement sérieux. Et même dur. Froid. Effrayant. Tonks frissonna violemment. Le visage de Harry était blanc et anguleux et derrière ses petites lunettes rondes, l'espace d'un instant elle avait vu, elle en était sûr, le chatoiement brûlant des prunelles de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.
Elle sut qu'elle allait promettre et que jamais elle ne faillirait à sa promesse.

-Tu ne dois jamais ni prononcer mon nom ni évoquer mes visites devant mon père.

Tu ne dois jamais
Ni prononcer mon nom
Ni évoquer mes visites
Devant mon père

Ces mots, glacés et brûlants, s'imprimèrent dans son esprit, et dans l'état de faiblesse général où elle se trouvait, Tonks ne songea que vaguement à la légilimencie, mais sut que c'en était – ou quelque chose qui s'en approchait.

Mon père

L'image noire et obsédante d'un immense Vous-Savez-Qui enveloppa pendant une seconde.

-Ton père ?

Et Potter – comment déjà, John, James ? Et James Potter pourquoi James Potter n'était-il pas son père plutôt que ce monstre ? songea Tonks en regardant les yeux de Harry, et leur expression si déterminée. Elle baissa la tête, jusqu'au sol – sans savoir pourquoi – et dit : « Tu as ma parole ». Elle le pensait.

Pauvre enfant. Cher enfant. Quel gentil garçon, au fond. Elle sentait encore sur ses lèvres le goût de miel de la pâtisserie, et dans son ventre la chaleur réconfortante du chocolat chaud.

HP-LV-HP-LV

Les Mangemorts passaient leur temps à semer la terreur. Ou plutôt non – c'était inexact : les Mangemorts passaient leur temps à semer le trouble.

Les grandes attaques, savamment orchestrées – ou du moins dûment planifiées – par Lord Voldemort, celles qui terrorisaient à proprement parler, celles dont la gazette garantissait le retentissement national sinon international, ces attaques se faisaient surtout remarquer par leur relative ...rareté. Bien sûr, du point de vue de Cornelius Fudge et d'Albus Dumbledore – qui pour une fois, étaient d'accord – elles étaient chaque fois l'occasion de songer que c'était une fois de trop.

Mais pour Harry... ...pour Harry, ces attaques étaient attendues comme le matin de Noël. Le Fils des Ténèbres aimait l'effervescence qui s'emparait du château la semaine précédent l'office. Il aimait entendre Avery engueuler tout le monde comme du poisson pourri – parce qu'il savait que c'était sa façon d'angoisser devant une lourde responsabilité. Il aimait réviser ses sortilèges, fébrile d'excitation. Il aimait la sérénité noire et terrifiante du mage noir et Son sourire filiforme à peine perceptible. Il aimait se retrouver au coeur de l'action : regarder Leurs hommes entrer en terminator mode et tout saccager sur leur passage, se réjouir de la grandeur que l'attaque menée conférerait encore à la légende vivante qu'était son père, croiser son regard entre deux sortilèges. Il n'aimait pas toujours le retour au château – le Lord étant parfois moyennement satisfait de l'action de ses hommes, les velléités de festivités se trouvaient régulièrement étouffées dans l'œuf. Mais, ne faisant jamais vraiment les frais d'une attaque ratée, Harry n'avait quasiment aucune raison de les redouter. Raison pour laquelle il les attendait impatiemment.

Cette été-là, Harry s'ennuyait beaucoup. L'Ecole d'Insan Greek l'avait habitué à une activité effrénée et épuisante. La joie des vacances reposantes passée, il commença à se tourner les pouces. Il réclama son JK. On lui rappela qu'il était mort. Il réclama son Draco. On lui apprit qu'il était à l'école – Harry soupira brièvement d'envie. Il réclama, sans trop y croire, son Claude. A la question « Est-ce que je pourrais inviter Claude Belasis pour une semaine ou deux, s'il te plaît, c'est mon meilleur copain ? », Lord Voldemort, las mais diplomate, fournit une réponse évasive du genre « On verra » que le Petit Lord traduisit avec le talent de l'habitude par « Le jour où il pleuvra des bonbons au citron ».

Aussi, quand, exténué d'ennui, Harry demanda, d'une petite voix : « ...Quand est-ce qu'on refait une attaque ? », le Lord Noir n'eut pas le coeur à le chasser d'un revers de main.

Le Seigneur des Ténèbres était occupé à lire un traité sur l'usage expérimental de la magie sur les moldus. Preuve de sa grande bonté, il repoussa lentement sa lecture pourtant alléchante et fit signe à son fils, la tête passée dans l'entrebâillement de la porte, d'entrer.

Il réfléchit quelques instants – aucune attaque à l'horizon – puis sonda son Héritier :
-Que dirais-tu d'accompagner nos hommes dans leurs descentes ?
-Euh..., fit Harry en fronçant les sourcils. Je...je le fais déjà, non ?
-Oui, quelque chose comme quatre à cinq fois par an. Lorsque moi-même, je sors. Mais que dirais-tu de les accompagner lorsqu'ils sortent pour semer la panique, un peu n'importe où ?

Le jeune garçon fit une moue incertaine, se demandant si son père espérait de lui qu'il réponde oui ou non.

-Si ça te plaît, poursuivit Lord Voldemort imperturbable, tu as ma permission.
-Eh bien..., commença prudemment Harry, oui, j'aimerais bien. Ça m'occuperait ! Je pourrais mener les hommes moi-même ? insista-t-il avec un demi-sourire, légèrement incrédule.
-Oui, bien sûr...

Lord Voldemort afficha un sourire gentiment moqueur que son fils ne lui connaissait pas, et poursuivit dans un murmure :
-...dans la mesure où il y a quelque chose à mener.

Il saisit son traité manuscrit et congédia son Héritier d'un geste négligent, contenant difficilement son amusement.

Loin d'être déstabilisé – ce n'était pas à lui qu'on apprendrait que Lord Voldemort pouvait se montrer mystérieux, impénétrable, voire franchement incompréhensible – Harry s'enquit auprès de Lucius de la date de la prochaine sortie mangemoresque, tout en l'informant aimablement qu'il serait de la partie.

-Ah, bon, Monseigneur ? s'étonna poliment le blond en réfrénant son ébahissement premier.
-Oui. Vous en avez une de prévue, prochainement ?
-Hm, je...je crois qu'il y en a une de prévue samedi soir. Personnellement, je n'y vais pas, mais...
-Pourquoi ?
-Oh..., Lucius haussa les épaules et sembla changer d'avis. Ma fois, si vous êtes présent, je serai heureux de l'être aussi. Sachez que...

Le mangemort sembla sur le point de faire une confidence à son jeune maître, mais se ravisa et opta plutôt pour un avertissement prudent :

-Sachez que si lors de cette soirée, vous désapprouvez nos agissements, cela viendra probablement de votre jeune âge, Monseigneur. Et sachez aussi que je vous dis cela avec tout le respect que je vous dois.
-Hmm ? fit Harry, perdu, fronçant les sourcils. Ne t'en fais pas Lucius, je sais que tu me respectes.

Le samedi soir arriva. Harry se fondit dans le flot de mangemorts hurlants qui quittaient le domaine avec force ricanements diaboliques et chansons paillardes. Il ne sut pas exactement à quel moment cela avait dérapé. Peut-être qu'il aurait dû prendre le commandement dès le début. Dès le début de quoi ? Rien n'avait pourtant commencé. Les mangemorts, imbibés d'alcool, avançaient d'un pas dansant, dispensant insultes et cris de joies à plusieurs kilomètres à la ronde. Dépassé, Harry suivit Ses hommes, ou plutôt ceux de son père, ou plutôt non : ceux de personnes. A cette heure, les mangemorts semblaient ne plus être que des épouvantails masqués sortant pour semer la terreur dans les rues.

-Ça ressemble un peu à Halloween, sourit le Petit Lord avec hésitation, songeant aux déguisements hilarants qu'il avait croisé le soir de cette fête à l'Ecole d'Insan Greek, et des hurlements de terreur qui avait retenti régulièrement pendant la nuit suivante.
-Hmm, y a un peu de ça, concéda Lucius, l'haleine avinée, qui se laissait aller lui aussi, oubliant jusqu'à ses élégantes manières.

Finalement, la soirée laissa un goût amer dans la gorge du jeune mage noir. Harry vit des hommes tuer. Torturer. Saccager. Ce à quoi il était relativement habitué – et bizarrement, cela ne l'amusa pas. Mais il les vit prendre plaisir à la torture des moldus comme jamais Harry ne l'aurait pu – il les vit brûler par le feu plusieurs hommes, dans une basse vengeance des lointaines chasses aux sorciers ; il les vit violer des femmes ; les vit hurler et rire comme des déments et coursant les villageois albanais fuyant tous azimut. C'était laid. Ça puait le sang et le vomi. Harry se cacha plusieurs fois les yeux. Il transpirait.
Il resta globalement inactif, spectateur à demi indifférent à demi incommodé. Il finit par s'asseoir sur un perron, sous le ciel noir, sous les étoiles, sous la Marque des Ténèbres, sous une chape d'ennui et de tristesse.
Il aimait mener les attaques. Mais ça...
Il n'était pas fait pour ça. Pour cette débauche de laideur et de vulgarité et de... Il secoua la tête. Toutes ces horreurs étaient tellement injustes pour ces moldus ! Les moldus n'étaient pas ses créatures préférées, mais... Mais quand même.

Le lendemain matin, s'étant souvenu du projet de son fils d'accompagner les mangemorts dans l'une de leurs sorties, Voldemort descendit dans le hall, à l'heure où il savait qu'il y trouverait Harry remontant des cuisines. Celui-ci venait tout juste d'achever son petit-déjeuner et, montant noblement les marches, replaçait les pans de sa lourde cape. Le Seigneur des Ténèbres nota sa tenue – qui en imposait excessivement.

-Comment s'est passé cette sortie ? demanda le Lord Noir, réellement curieux.

Son fils rejoignit l'entrée le haut des marches où se tenait le Maître du manoir, et, passant devant lui, lâcha, sur un ton sceptique et avec une moue vaguement dégoûtée :
-Nos hommes manquent d'élégance.

Alors qu'il s'éloignait, Lord Voldemort se fit la réflexion fugace que le petit avait grandi. Il lui arriverait bientôt à l'épaule.

HP-LV-HP-LV

-Severus ?

Le petit garçon devait être quelque part sous ou derrière un meuble. Sa voix fluette l'appelait comme elle l'appelait toujours, pleine de la certitude qu'on allait lui répondre. Epuisant.

-Severus ?

Et elle ne s'arrêterait pas tant qu'on ne répondrait pas.

Severus s'était malencontreusement assoupi au-dessus d'un chaudron. Dormir debout était un art dans lequel il était passé maître depuis ses débuts comme agent-double. Il dormait debout sur ses poisons commandés par le Seigneur des Ténèbres. Il dormait debout sur ses potions régénérantes commandées par Pomfrey.

-Severus ?
-Quoi ?
-Rien !

Il entendit le rire du petit diablotin satisfait de sa blague – la dernière en date. Tss. Le mangemort retira sa tête, cuite par les vapeurs de la cuisson, d'au-dessus du chaudron, et l'enfouit dans un torchon à peu près vierge de produits dangereux.

-Severus ?

Le jeune mangemort sourit – malgré lui. Qu'est-ce que c'était stupide comme jeu... Zéro suspense, zéro créativité, peu de subtilité...

-Severus ?

La voix était claire, ravie de la bonne blague qu'elle s'apprêtait à délivrer. Les enfants aiment l'humour de répétition, se dit Severus en levant succinctement les yeux au plafond.

-Severuuuuus ? Allez, j'ai quelque chose à te dire !

Mais ou était ce petit chenapan ? Derrière la porte ? Sous le plan de travail ? Dans le placards à ingrédients ? L'écho étrange du laboratoire lui renvoyait la voix de Harry de tous les côtés.

-Mmh. Tu parles, répliqua l'homme en faisant semblant d'être furieux. Tu vas encore me dire « rien ».
-Non, promis juré, j'ai quelque chose à vous dire.

Severus sourit. Harry distribuait les « tu » et les « vous » au petit bonheur la chance.

-Severus ?

Le mangemort sentit deux petites mains agripper ses mollets. Il baissa les yeux et observa l'Enfant de la Prophétie, l'Elu, l'Héritier de Lord Voldemort, le Futur Mage Noir de ce siècle, le Fils des Ténèbres, le Destructeur de Lumière, hisser son popotin sur ses chaussures avec un air canaille.

-Severus ?
-Quoi ?
-Rien.

Le polisson « hihi » qui s'ensuivit arracha un soupir à Severus Snape.

Ce n'était pas tout, mais il avait un programme. Entraîner le gosse à la légilimencie.

-Harry, tu sais ce que je pense en ce moment ?

Il baissa ses yeux corbeau vers ceux du petit. Presque aussitôt, le gamin déversa un flot de babillage dans le laboratoire.

-Oui, t'es fatigué ; tu sais pas si t'as raté ta potion pa'ce que tu t'as endormu, tu sais pas si tu dois la refaire ; et puis vous vous souvenez de ce que Voldemort a dit, que vous devez vous occupez de moi pour que j'apprends bien ; et là, tout de suite, tu sais pas si t'as très envie de travailler ou pas.
-Tu es très doué, tu sais ?
-Voldemort va être content ? demanda le garçon d'un air enthousiaste.
-Hmm, fit Severus pour qui la question de savoir si son maître allait être content remplissait chaque jour plusieurs heures de réflexion. Je pense que oui.
-Est-ce que quand je serai grand, je serai fort comme lui ?
-Bien sûr.

Parfois, il valait mieux ne pas réfléchir avant de parler. Ni après, d'ailleurs. Severus dépensait une énergie formidable à ne pas imaginer ce que deviendrait Harry.

-Tu sais, une fois, j'ai lu dans vos pensées, avoua l'enfant en se détachant de ses jambes pour se mettre debout.

Il le regarda pour vérifier s'il était fâché.

-Ça disait que Karkaroff est un infâme trou du cul et que vous voudrez le tuer de vos propres mains.
-Silence !

Severus fixa sévèrement Harry et le garçon se rendit compte que oui, il était fâché. La voix du mangemort claqua sèchement.

-Ce sont des mots d'adultes, et des pensées d'adultes ! Je ne veux plus t'entendre répéter ce genre de choses.
-Mais toi tu l'as dit dans ta tête ! lui reprocha l'enfant.
-Oui, et tu n'avais pas l'autorisation d'entrer dans ma tête à ce moment-là, gronda-t-il. Mes pensées sont privées. Tu n'as le droit de les écouter que lorsque nous nous exerçons.
-Pardon.

Il affichait une moue boudeuse.

-C'est qui Karkaroff ?
-Un mangemort, répondit l'homme d'un ton glacial.
-Vous êtes pas copains ?
-C'est un traître. Il a trahi le maître.

Severus vit Harry serrer ses petits poings. Comprenait-il la notion de trahison ? Sûrement pas, mais il avait dû comprendre que l'on avait fait du mal au Seigneur des Ténèbres. Habituellement, Severus se sentait mal à l'aise dès qu'il faisait face à l'affection et l'admiration que vouait l'enfant au mage noir. Mais aujourd'hui, il ne songeait qu'à ce petit joueur de Karkaroff, ce sorcier mal dégrossi qui avait fui lâchement l'aura flamboyante de son maître pour se racheter une réputation au sein de la société bulgare. Dans le meilleur des cas, une mort nette était ce qui l'attendait, et Severus se serait volontiers chargé de la délivrer.

-C'est quoi, « trahi » ?

Severus resta silencieux quelques secondes, le temps de concocter une réponse intelligible. Il attrapa le petit par les aisselles et l'assit sur le plan de travail en face de lui.

-Trahir, c'est abandonner quelqu'un qui avait confiance en toi.
-C'est quoi, « confiance » ?
-Tu sais ce qu'est la confiance, Harry.
-Oui un peu, mais tu peux redire ?
-C'est... la confiance, c'est être sûr que tu peux compter sur quelqu'un. Que tu es incapable d'imaginer qu'il te mente, te trompe, te fasse du mal. As-tu confiance en moi ?
-Bah voui.
-Karkaroff a trahi le Seigneur des Ténèbres. Il a trahi sa confiance.
-Alors il doit mourir.

Cette fois-ci, Severus se laissa surprendre par le ton tranchant de l'enfant. Bon dieu de bon dieu, il ne devrait pas s'étonner que le petit dise des choses pareilles, après tout, il passait son temps à les entendre et à se les faire enseigner. Mais tout de même, c'était impressionnant. Le mangemort resta silencieux, la mine sombre.

-Si quelqu'un trahit Voldemort, il doit mourir. Moi aussi je tuerai ceux qui trahi quand je serai grand.
-Je n'en doute pas.
-N'aie pas peur Severus, je vous tuerai pas. C'est nous qu'on tuera les autres.
-C'est certain, répondit le mangemort, mal à l'aise de rester sur le sujet de l'assassinat avec un enfant d'à peine quatre ans. Nous sommes fidèles au Seigneur des Ténèbres et le resterons toute notre vie. N'est-ce pas Harry ?

Il s'attendait presque à entendre « c'est quoi, fidèle ? » mais le garçon répondit « Oui ! » avec la même allégresse que lorsqu'on lui annonçait que c'était l'heure du goûter. Severus sourit, satisfait. Il ne doutait pas que la fidélité de l'Héritier à son aîné serait éternelle, de même que sa propre indéfectible loyauté de mangemort. Ce gosse qu'il côtoyait était de la graine de mage noir. Même si c'était plus flagrant à certains moments qu'à d'autres.

-Harry ?
-Ui ?
-Rien.
-Oh ! fit le garçon d'un air scandalisé. Tu m'as piqué ma blague !

Severus se sentit momentanément très stupide. Mais il devait avouer que c'était plaisant.

HP-LV-HP-LV

Harry rendit visite à Tonks toutes les nuits pendant une semaine. Après quoi il craignit que les cernes bleues et noires qui commençaient à creuser ses joues ne fassent naître la suspicion chez Lucius, chargé de lui faire réviser ses cours de l'Ecole d'Insan Greek – et qui dernièrement, le suivait comme son ombre – ou de Voldemort avec qui il discutait quotidiennement au-dessus d'un échiquier – et qui ne se formalisait pas des cernes selon les souvenirs de Harry, mais mieux valait ne pas tenter le Diable. Le jeune Héritier ralentit donc la fréquence de ses visites nocturnes. Mais il ne les arrêta pas. Il restait éveillé jusqu'à deux heures du matin – il ne descendait jamais avant – puis glissait hors des draps, ramassait sous le sommier la petite collation qu'il avait sauvée pour la prisonnière, et parcourait à pas feutrés les couloirs frais jusqu'aux cachots du deuxième sous-sol, avec toujours, au moment où il dépassait le couloir des appartements de son père, les tambours de la peur qui cognaient machiavéliquement à l'intérieur de son petit corps. Il ralentissait le pas et avançait alors avec autant de bruit qu'une chenille. Il ne savait pas ce qu'il aurait fait si le Seigneur des Ténèbres était apparu, grandiose, terrifiant et courroucé, debout à l'angle du couloir. Harry évitait d'y penser, mais lorsque l'image traversait son esprit, il s'imaginait figé, incapable de plus faire un mouvement. Il serait fichu de s'uriner dessus. Pour lui, rendre visite à Tonks n'était qu'un petit caprice ; pour son père, ce serait la source d'une colère comme jamais Harry n'en avait vue, il n'y avait pas de doute.

Voilà pourquoi il ne fallait pas qu'Il le sache. Et voilà pourquoi Harry n'y pensait pas. De toute façon, tant que Voldemort n'était pas au courant, tout allait bien, et cela restait amusant. C'était l'Aventure.

HP-LV-HP-LV

-Quand j'étais à l'Ecole, on faisait des duels de magie incroyables, dit soudain Harry, tandis que son père réfléchissait au prochain mouvement, de l'autre côté de l'échiquier.
-Magie noire ?
-Toutes sortes de magie. Certains utilisaient même de la magie rouge...
-...La Magie du Sang. Comment l'utilisaient-ils, au cours d'un duel ?
-Dès qu'ils t'avaient blessé, ils utilisaient ton sang pour tracer un pentacle, sur n'importe quoi, le sol, un tronc, une pierre, ou même sur leur propre peau... ils faisaient ça avec une rapidité étourdissante. C'est un coup de main que je n'ai jamais pu attraper.
-Intéressant, siffla la voix du Lord. Et quels étaient les effets de ces pentacles ?
-Cela dépendait, parfois, cela ne donnait rien. Mais j'avais un ami – Pétrouchka – qui avait un don pour la Magie Rouge. Une fois, il a tracé un pentacle, tout petit, avec quelques goûtes de mon sang, sur une pierre qu'il m'a jetée en pleine poitrine, ça m'a coupé le souffle de façon pas naturelle du tout, j'ai cru que je n'allais jamais me relever.
-Intéressant, répéta Lord Voldemort en réfléchissant à un moyen de retrouver ce Pétrouchka pour lui jeter des pierres au visage, et plus si affinités.

Mais il était réellement intéressé, comme le confirma son retour sur le sujet dix coups plus tard.

-Dis-m'en plus sur ces duels, murmura-t-il dans un souffle glacé.
-Ils étaient violents. On avait droit à tout.

Harry s'écroula au sol sous les vivas.

Expulsé hors de la zone de combat pour la troisième fois, Angelo était vaincu. Le cercle de terre sèche était désert ; à part quelques cailloux jaunes de ci-de là, seul Harry l'occupait, étalé en son centre, les bras en croix et un sourire épuisé sur les lèvres.

Ç'avait été un beau combat, malgré l'état de fatigue avancé du Petit Lord. Harry connaissait son adversaire, et ne voulant pas donner naissance à une crise destructrice chez le petit Français blond, il avait simplement évité de le provoquer. Entre les deux amis, le duel avait été loyal, ce que l'on voyait rarement.

Bien sûr, comme le lieutenant Akata veillait au grain, les élèves respectaient toujours, ou presque, les règles établies. Le problème, c'est qu'il y avait peu de règles établies : en gros, seul le meurtre était interdit, et tous les coups bas étaient subrepticement – ou ouvertement – encouragés. Les rencontres viraient souvent au massacre. Les uniques occasions où Akata intervenait étaient quand un élève un peu emporté sortait carrément du cercle pour frapper l'adversaire qu'il venait d'expulser de la zone de combat.

« On ne frappe pas son adversaire en dehors du cercle avant la fin du duel. », lâchait-elle alors, à regrets.

Ça n'avait été un duel que de magie, rien que de magie. Aucun corps-à-corps, rien que le talent de deux jeunes surdoués du dortoir des Monstres d'Or, donné à voir aux spectateurs admiratifs.

-Harry ?

Harry sourit comme un idiot.

« Fini », pensa-t-il.

Il se sentait totalement mort – l'épuiser jusqu'au bord du comas semblait être l'un des jeux favoris du lieutenant Akata, ces derniers temps. La voix de Claude, appelant son nom, lui offrait la perspective d'une paisible station léthargique et réparatrice à l'ombre d'un grand arbre, ou peut-être à l'ombre du piano, ou peut-être dans son lit... Dodo... Dormir...

-Harry, debout man... C'est moi ton prochain adversaire.

Harry ouvrit les yeux aussi vivement que s'il venait d'être piqué à la jambe par un mystérieux animal à consistance répugnante. C'est d'ailleurs avec cet exact regard effrayé et menaçant qu'il fixa Claude, en s'asseyant dans un mouvement de ressort furieux. Dépassé un certain stade de fatigue, il y a des choses impossibles que l'on peut faire, comme tirer sur ses muscles sans les sentir ou s'asseoir sans avoir décidé de le faire, comme un robot.

-Quoi ?

Le son sorti de sa bouche était pâteux à souhait, à la limite du compréhensible.

-Quoi ? Akata a dit que c'était le dernier !
-Ah ? Bah euh..., fit son ami en fronçant les sourcils. Je suppose qu'elle t'a menti, ajouta-t-il du ton de celui qui a perdu toutes ses illusions sur le monde. Allez.

Il lui tendit la main.

Harry aurait refusé la main de n'importe qui d'autre. Mais c'était Claude, et de toute façon, il doutait d'avoir la force nécessaire à un autre mouvement robotique pour atteindre la station debout.

-Vais crever, lâcha-t-il dans un filet de salive qui s'écrasa pathétiquement par terre.

Il faisait trop chaud. Bien trop chaud. Trop, trop, trop chaud.
Il avait mal. Mal partout. Partout partout partout partout.

-Mais non, l'encouragea Claude.

Les paupières lourdes, Harry observa les alentours pour constater que le public amassé par son duel précédent attendait la suite avec une excitation fébrile. Il fixa le lieutenant Akata, avec la vague idée de couiner « Mais vous aviez dit que c'était le dernier ! ». Mais le visage de la femme n'affichait qu'une expression sadique, mi-amusée mi-menaçante – exactement le masque malsain que portait Bellatrix Lestrange la plupart du temps, en fait – alors le Petit Lord se laissa convaincre sans insister qu'il n'y avait pas dans ce cœur là la moindre petite place pour l'apitoiement.

-Ok, soupira-t-il.

Ses mâchoires n'avaient pas très envie de collaborer, aussi le son qui sortit de sa bouche ressemblait-il davantage à « oy ».

-Mais je te préviens, articula-t-il lentement à l'intention de Claude, je suis fatigué, alors t'attends pas à un super duel.
-J'ai vu, murmura Claude en s'éloignant vers le bord du cercle.

Harry resta au milieu. Malgré ses paroles, malgré sa fatigue et son dépit, il tenait à donner de son mieux. D'abord, pour ne pas décevoir Akata, qui risquait de lui faire regretter plus tard un combat médiocre, mais surtout pour ne pas se ridiculiser devant Claude. Claude n'arrivait pas souvent si haut dans les rondes des entraînements d'Akata. Aujourd'hui, il avait atteint le premier Cercle, et la Finale. Il méritait qu'Harry donne tout ce qu'il avait.

Il se plaça en position de combat. Les muscles de ses cuisses protestèrent violemment.

Aussitôt, la foule prit une grande inspiration et se mit à crier en chœur :
-La Magie !
Les duellistes levèrent leurs baguettes.
-La Force !
Ils brandirent le poing. Harry avait l'impression d'être fait d'un étrange assemblage de câbles fondus.
-L'Esprit ! scanda la foule dans un joyeux crescendo. GO ! GO ! GO !

-Dislokeo ! hurla Harry – enfin, il voulut hurler, mais seul un râle déchiré sortit de sa gorge.

Claude esquiva précipitamment, en poussant un petit cri de frayeur.

Bah, quoi, c'était un sort de torture. Claude s'imaginait-il avoir droit à un traitement de faveur ? Le Français fixa son ami avec une expression choquée.

-Endoloris ! répliqua-t-il avec fureur.

Harry ne parvint pas à éviter le sort et, n'essayant même pas de contenir son hurlement – son corps agissait à peu près sans demander son avis à son cerveau, de toute façon – il s'écroula sur le sol poussiéreux et convulsa. La torture dura deux ou trois secondes seulement. Lorsqu'il se releva, les paupières lourdes, le visage dévasté et l'air mauvais, Harry fit face à un Claude horrifié, dont la baguette tremblait.
Alentours, le silence était tombé sur les spectateur.
Akata sautilla en joignant les mains, se réjouissant d'un tel duel.
Les yeux du Petit Lord brillaient d'une discrète flamme chatoyante.

-Sectusempra ! lança-t-il en se mettant à courir vers Claude.

Celui-ci fit une roulade de côté et reprit son souffle pour riposter.

-Impedimenta ! Endoloris ! Sectusempra ! Putra ! enchaîna Harry comme à l'aveugle, épuisé, pressé d'en finir.
-PROTEGO ! hurla Claude. Incendio !

Un cercle de flamme s'éleva autour du Petit Lord suivant le mouvement indiqué par la baguette de Claude. Le jeune Français se jeta au-travers des flammes et envoya un coup de pied de face dans la joue de son ami.
Peu à peu, des exclamations enthousiastes s'élevèrent dans le public, qui ne comprenait rien à ce qu'enduraient les deux amis.

Dislokeo » ? hurla Claude au-dessus de Harry, à terre, qui chouinait vaguement en se tenant le visage ? Tu veux me disloquer la tronche ? TU VEUX ME DISLOQUER LA TRONCHE ?

Le jeune garçon balança un violent coup de pied dans les côtes de son camarade. Harry, comme électrisé, bondit soudain sur ses pieds et envoya un solide coup de tête dans le nez de Claude.
Ses pupilles étaient presque entièrement rouges.

-Je sssuis fatigué, siffla-t-il. Tu me fatigues.

Sa bouche lui semblait pâteuse. Sa vision se troublait. Il avait l'impression de voir du rouge un peu partout. Du rouge potentiel. Du rouge qui pourrait jaillir des corps de toutes ses personnes autour de lui. L'espace d'un instant, inspirant l'air tel un prédateur, il regarda les spectateurs qui l'encerclaient et considéra l'idée de se jeter sur eux et de leur faire très mal, dans un état second. Puis l'idée s'évapora de son esprit et il se souvint de ce duel stupide et méchant, et injuste, qui lui avait été ordonné de mener alors qu'il était si fatigué, si fatigué, et là-devant lui, se tenant le nez d'une main, et s'apprêtant de l'autre à jeter un sort, il y avait ce garçon – non, pas n'importe quel garçon, c'était Claude – mais c'était quand même un adversaire – oui, il y avait ce garçon, là...

-Diisssssssssparaîs !! cria-t-il en fourchelang. Endolorisss !
-Destructum ! envoya au même moment le Français.

Par un coup de hasard, les deux sorts se heurtèrent et s'annihilèrent.

-Destructum ! répéta aussitôt Claude qui, s'il était furieux, conservait encore sa rapidité de réflexion.

Harry crut être touché à l'estomac par une grosse pierre, et le sortilège de destruction se déclenchant au premier contact solide, une explosion violente se déclencha contre son ventre, le projetant de plusieurs mètres en arrière, à la limite du cercle.
Sous l'effet du choc, et la drôle de sensation de déflagration qui résonnait dans tout son organisme, Harry resta au sol, perdu, fixant l'outrageant ciel bleu.

-Je suis fatigué, murmura-t-il. Je suis fatigué... C'est pas juste...

Il se mettait à gémir comme un petit enfant. Il se releva malgré tout, à la façon d'un djinn, comme si ses mouvements n'en étaient pas vraiment et qu'il n'était mû que par une magie incompréhensible. Il marcha droit sur Claude d'un air effrayant, et son ami, le visage figé dans une expression dure, lui jeta un Expelliarmus. Harry lâcha sa baguette avant que le sort ne la lui retire et continua de se diriger sur son adversaire. Interdit mais impassible, Claude ne bougea pas jusqu'à ce que son le Petit Lord lui assène – grâce à la magie sans baguette – une claque qui l'envoya embrasser le sol à quatre mètres de là. Claude en eut le souffle coupé et, les yeux brillants, frotta sa joue. Son nez blessé et ses genoux qu'il avait cognés violemment plusieurs fois lui faisaient cependant bien plus mal. Il se retourna en se redressant, et dès qu'il fut debout face à Harry – il eut juste le temps de voir l'air endormi de celui-ci, ses paupières à demi closes et ses iris rouges- il reçut un percutant mageri dans la poitrine. Comme si le coup de pied en lui-même risquait d'être trop gentil, son ami l'avait chargé d'une violente magie, sans doute une sorte de Destructum. Claude n'était pas suffisamment bon en magie sans baguette pour comprendre ce qu'on lui assénait. En revanche, ce qu'il comprit en se relevant, et en constatant que Harry, hagard, n'avait pas bougé et le fixait d'un air mauvais, c'était que le Petit Lord était dans une sorte de demie crise, un demi Symptôme Un – un Symptôme Zéro Virgule Cinq – et qu'il fallait le calmer. Mais pour le calmer, il fallait arrêter le duel. Et ça, tant qu'Akata serait vivante, ce serait impossible.

-Un Appel pour le Petit Lord ! cria Akata d'un ton réjoui.

Surpris, Claude baissa les yeux et constata que le coup de pied de son adversaire l'avait envoyer valser hors du cercle de combat. Il se pinça les lèvres et y retourna lentement, presque à reculons.
Harry le fixa d'un regard indéchiffrable. Etait-il peiné ? Totalement ailleurs ? Ou bien simplement épuisé ?

-J'appelle, murmura le Petit Lord.

Le Lieutenant Akata s'approcha du cercle et susurra, comme si elle se délectait d'avance :

-Le Petit Lord utilise son Appel ! Claude immobile pendant dix secondes !

Claude se mit à transpirer incontrôlablement. Cette règle était vraiment épouvantable. Il se mit en boule au sol. Harry s'approcha.

-Dix ! Neuf ! Huit ! Sept ! égrena leur professeur.

Harry ne l'avait toujours pas touché. Il était pourtant debout à côté de lui. Aussi curieux que cela put paraître dans sa situation, Claude murmura :

-Ça va Harry ?

Les lueurs incandescentes du regard du Petit Lord semblèrent s'éteindre progressivement.

-Cinq ! Quatre !

-Je suis fatigué, protesta Harry en réponse à la question du Français.

Puis, sans signe avant-coureur, il l'attrapa par le coude et, le soulevant, lui envoya un violent coup de genoux dans l'abdomen. Claude cria et voulut se remettre en boule sans riposter – le décompte n'était pas terminé – mais Harry ne lâcha pas son bras et réitéra son coup. Claude cria à nouveau et des larmes de douleurs s'échappèrent de ses yeux.

-...Un ! Zéro ! Appel terminé ! cria Akata.

Claude s'enfuit à quatre pattes aussi vite qu'il le pouvait et se releva très lentement, plié en deux, les mains serrées sur son ventre. Il n'en voulait pas à Harry pour ça – les Appels faisaient partie des règles. Non, il était plutôt inquiet pour son ami, en fait.
Harry reprenait doucement conscience. Il avait l'impression de sortir d'une illusion. Il prit mentalement note : fatigue mêlée au Symptôme Un : très mauvais. Voyant qu'il était le seul désarmé, il se jeta sur Claude qui surprit, se laissa arracher sa baguette. Il lui envoya ensuite un coup de poing dans le menton, puis un coup de coude dans les côtes, puis il lui écrasa les orteils, puis il lui jeta son genou dans les parties – rien que de très classiques dans la catégorie bagarre – mais quelque chose clochait. Malgré les coups qu'il recevait, Claude ne répliquait pas, se laissant totalement faire.
Le Petit Lord fronça les sourcils et se pencha sur son ami, gémissant à terre.

-Claude ? chuchota-t-il, la voix enrouée. L'Appel est terminé.

Il fut alors transpercé par un étrange regard que lui adressait son ami aux yeux noisette.

-Claude, ça va ? fit Harry en s'appuyant sur ses genoux pour ne pas se fatiguer davantage – la position penchée lui donnait mal au dos.
-Et toi, ça va ? lui demanda très sérieusement le Français, qui avait le nez en sang et les deux mains serrées sur ses attributs reproducteurs.
-Moi, ui, répondit innocemment Harry, relevant bravement les paupières, crevant d'envie de sombrer dans un pieu.
-Achève-moi, soupira Claude.

Harry comprit. Il se redressa, recula d'un pas, et inspirant profondément, concentra une quantité raisonnable de magie au creux de sa main droite. Puis, empoignant violemment son ami par l'épaule, il le frappa vivement à la tête. Ou du moins, en donna l'impression. La moitié de sa magie s'évapora en réalité dans l'air lors de son mouvement. Claude s'écrasa sur le sol.

-K.O. ! cria Harry d'une voix rauque.

Akata compta jusqu'à dix. Harry leva un bras pour répondre aux acclamations enthousiastes des spectateurs, puis s'agenouilla près de Claude, qui ouvrit un œil d'un air malicieux.

-T'as pas trop mal ? murmura Harry en s'agenouillant.
-Je pète la forme, lâcha Claude, qui avait l'air cassé de partout.
-Attends.

Harry essuya ses mains pleines de sueur et de terre sur son pantalon anciennement blanc et toucha délicatement le nez de Claude. Il murmura un sort de magie curatif.
Au-dessus de lui, Claude put observer deux orbes d'un lumineux vert émeraude. Sans la moindre goutte de rouge à l'intérieur.

-La couleur de tes yeux est vraiment cool, murmura-t-il dans un soupir rassuré.

Harry rougit. Puis, se penchant sur lui, il lui embrassa le front.

« N'Brick », pensa-t-il très fort.

HP-LV-HP-LV

Plus Lord Voldemort discutait avec Harry de l'Ecole d'Insan Greek, plus il se sentait tenté, provoqué, émoustillé par une idée un peu saugrenue. Le Seigneur des Ténèbres avait très envie de se battre en duel contre son fils, juste pour rire.

Mais il se demandait s'il ne risquait pas de blesser Harry.

HP-LV-HP-LV

Lucius, Bellatrix et Bartemius, sur les ordres du Lord Voldemort, surveillaient Harry et les mangemorts qui lui avaient récemment fait allégeance.

Chaque matin, Lucius s'éveillait dans un manoir anglais. Le plus souvent, il s'agissait d'un authentique manoir anglais, et à côté de lui dans le lit, son épouse sortait du sommeil en même temps qui lui. Mais parfois, il s'éveillait dans un manoir différent, immense et glacé, qui empruntait son profil à un château gothique, et lorsqu'il s'éveillait dans ce lit-là, il n'y avait pas Narcissa à ses côtés pour embellir sa journée, mais les voix graves de ses compagnons mangemorts s'insultant dès le matin. On s'y habituait, et d'ailleurs les insultes matinales étaient plus rituelles que méchantes.

Il déjeunait en compagnie de son beau-frère Rodolphus – ce-dernier fut d'abord surpris de ce soudain regain d'amitié. Lucius ne s'en voulait pas du tout de lui faire passer des vessies pour des lanternes, mais alors pas du tout. Il multiplia les occasions de mener la mission de surveillance que lui avait confié son maître, qu'il mènerait jusqu'à ce que la paranoïa du Seigneur des Ténèbres se calme, ce qui pouvait prendre plusieurs années.

Il faisait ensuite un aller-retour au ministère, histoire de justifier le versement mensuel de son onéreux salaire.

Dans l'après-midi, il passait plusieurs heures en compagnie de l'Héritier – il avait pris l'initiative de dispenser des cours à Harry, qui se résumaient souvent à une dissertation sur le thème de la soumission, de la responsabilité, ou variante. Histoire de ne pas totalement assommer le petit, il les entrecoupait des révisions sur ses cours vus à l'Ecole, et d'autres dissertations sur la magie, les duels, ou les sortilèges préférés de Harry.

Il lisait ces travaux avec beaucoup d'ennui, le soir. D'après son analyse, la probabilité que le gosse plante un couteau dans le dos du Maître était d'à peu près 0,0000000 pour cent, arrondi au millionième évidemment – il y avait peut-être un 1 un peu plus loin, mais bien caché.

Lorsque, conséquence logique de l'absence des frères Lestrange partis effectuer une mission de la plus haute importance pour le jeune Héritier – dénicher un pianiste, pensez-donc – il ne fut plus obligé de passer la moitié de son temps en compagnie de Rodolphus, il eut l'idée de faire lire les dissertations du petit au Maître. Il essuya des sueurs froides, frôlant le Doloris pour ne pas avoir eu cette idée plus tôt. Après un très long moment de solitude, il fut cependant félicité – signe que la lecture avait plu au Lord Noir. Quand, le lendemain, il rendit ses devoirs à l'Héritier avec la mention « Vu » du Seigneur des Ténèbres, le garçon fut intenable pendant un quart d'heure, cherchant dans les feuillets la moindre marque du passage de la plume de Lord Voldemort – principalement des corrections orthographiques – le moindre signe de son exceptionnelle appréciation. Lucius attendit, impassible, qu'il retrouve sa respiration, en songeant, un peu sceptique, à l'enthousiasme limité de Draco lorsque lui-même corrigeait ses fautes d'orthographe. En poussant la comparaison un peu plus loin, il aurait été impossible de faire écrire à Draco que la magie noire était « la plus belle, la plus riche et la plus exaltante de toutes les sortes de magie qu'il [lui] ait été donné d'expérimenter », même sous une forte dose de fluide planant à base de sang de dragon. En poussant la comparaison encore plus loin, la seule mention de « dissertation » aurait fait tirer à son fils une tête de six pieds de long.

La soir, Lucius discutait ou sortait avec Rodolphus et Rabastan – et, lorsqu'elle daignait se joindre à son mari, Bellatrix. Puis, si c'était un nuit où il dormait chez lui, si sa femme était d'humeur à se rappeler qu'elle éprouvait encore de la tendresse pour lui, et surtout, si lui-même était d'humeur câline, Lucius prenait du bon temps avec Narcissa.

Mais la plupart du temps, il s'asseyait dans un fauteuil et serrait les dents en songeant à Severus. Severus avec qui il aurait pu déjeuner plutôt qu'avec ce ramassis d'incompétents tous plus tarés les uns que les autres. Severus qui aurait dû chapeauter la surveillance de Harry – et se cogner la lecture de ses devoirs – à sa place ; Severus qui aurait dû être là, à lui servir amicalement un soyeux fond de scotch ou de whisky écossais. Il se demandait sérieusement ce qui était passé par la tête de ce pauvre crétin pour qu'il rejoigne le vieux folâtre.

HP

Bellatrix n'avait jamais réussi à accepter la présence de Harry. Elle le détestait aussi fort qu'elle avait détesté Draco dès sa naissance, alors que Sainte Mangouste venait de lui apprendre que Rodolphus, à cause d'un accident de Quidditch impliquant un cognard dans ses testicules à l'âge de quinze ans, ne lui donnerait jamais d'enfants. Elle avait brièvement eu envie de les tuer, tous : son mari, sa sœur, son beau-frère, son neveu, la médicomage de Sainte Mangouste. Elle pouvait supporter de ne pas avoir de descendance tant que personne autour d'elle n'en avait.

Aux yeux de Bellatrix, Harry était une punition imméritée. Elle n'avait selon elle rien fait qui méritât d'avoir constamment sous les yeux l'enfant parfait. Car si elle se consolait en constatant que le petit Draco Lucius Nero Malfoy était faiblard, braillard et capricieux, et surtout, blond, damnation pour une engeance des Black – le jeune Harry Potter élevé par le Seigneur des Ténèbres était silencieux, obéissant et très prometteur si l'on en croyait la magie avancée qu'il déployait parfois.

Mais si elle détestait tant Harry, c'était du fait de l'insupportable jalousie que faisait naître en elle chacune des petites attentions de Lord Voldemort à l'égard du gamin.

A une époque, elle avait voulu manifester à Harry le même genre d'autorité teintée d'affection qu'exerçait le Seigneur des Ténèbres, dans l'espoir de récolter une considération quelconque de ce dernier. Elle avait rêvé qu'il était leur enfant – en fait, comme une petite fille, elle avait joué au papa et à la maman. Mais, face à l'indifférence aveugle du Lord Noir et à la méfiance craintive du petit, elle avait vite regagné son agressivité habituelle, ce qui avait soulagé Harry, qui savait au moins à quoi s'en tenir.

Lorsque le Maître la convoqua avec Lucius et Croupton Jr., posa sa main sur sa taille, et leur intima à tous de surveiller son héritier, elle sentit l'excitation la gagner – enfin une occasion de se défaire de cet insupportable usurpateur qui la narguait depuis des années. Elle décida, avec la détermination diabolique qui lui était propre, qu'elle trouverait un motif de discrédit. Si le Seigneur des Ténèbres commençait à émettre des doutes sur son jeune Héritier, aussi infimes soient-ils, elle plongerait dans la faille et approfondirait le sillon.

Bellatrix entreprit d'espionner Harry Potter du matin au soir, tantôt sous couvert d'un sortilège de désillusion, tantôt en fouinant dans ses affaires, tantôt en interrogeant carrément Marcus, Rabastan et Rodolphus son mari. Elle ne tira rien de rien. Elle ne s'attendait certes pas à trouver une preuve de correspondance entre le gamin et Severus Snape, ni même un témoignage de Rabastan selon lequel le gosse portait un tatouage de Phénix sur la fesse gauche, rien d'aussi compromettant, mais elle espérait trouver matière à persifler honnêtement. Elle fut déçue ; le seul vide de Harry semblait être une innocente gourmandise déjà connue de Lord Voldemort. Elle haït alors Harry avec une intensité inédite, faisant retomber son dépit quotidien sur Rody et Cissy.

Puis elle trouva un carnet. Dissimulé sous le matelas de l'Héritier, il prenait la poussière et certaines de ses pages s'étaient collées. Le carnet n'avait pas servi depuis longtemps. Peut-être restait-il oublié là depuis la scolarité du « Petit Lord ».

C'était une simple liste.

Une liste de toutes les fois où Voldemort avait félicité le garçon. Il y en avait des pages et des pages. la moindre manifestation de fierté du mage noir, le plus petit encouragement était reporté d'une écriture fébrile. Sur la première, les lettres mal formées disaient : « j'ai di a voldemort que j'apran a écrir avec severus voldemort a di cé bien », le manque de majuscules et de ponctuation étant compensé par la surreprésentation des fautes d'orthographe. Quelques pages plus loin, la ponctuation et les dates commencèrent à faire de timides apparitions. « 2 septembre 89 : oujourdui, Voldemort a dis que mon Doloris étais pas mal ! »

Elle déduisit de sa lecture que la rédaction du carnet débutait au retour de Harry parmi eux après son enlèvement par l'Ordre de Dumbledore. Elle frémit compulsivement en songeant à cette période où le maître avait la torture facile.

Toujours ce « Voldemort » soigneusement calligraphié, même lorsque la suite de la phrase était illisible à cause de la frénésie du garçon, ou de sa mauvaise position d'écriture.

Et puis soudainement, « Papa » remplaça « Voldemort ». Bellatrix revint quelques pages en arrière et trouva l'explication.

« 25 Décembre 89 : Voldemort a dit que j'étais SON FILS ! Il l'a dit au pianiste moldu, il a dit « vous serez le professeur de mon fils » il l'a dit DEUX FOIS ! »

La femme posa le carnet et s'appuya contre le manteau du lit, pour tenter de se remémorer une occasion où le gosse avait appelé le maître « Papa » - elle se sentait nauséeuse à l'idée d'une pareille familiarité avec le Seigneur des Ténèbres – et effectivement, elle se souvint d'une fois où elle avait surpris entre le Maître et son héritier un échange muet qui l'avait proprement exaspérée.

Elle discutait avec son Lord des prisonniers moldus que tous deux avaient torturés – pour le simple fait d'être moldus – et cette discussion la mettait en joie, quand Harry déboula près d'eux et fit :

-Pa...

Lord Voldemort le transperça alors d'un regard flamboyant – exactement celui qui faisait Bellatrix se sentir vivante, aussi effrayant soit-il – et le garçon s'interrompit pour jeter un œil à la mangemort. Les deux mages noirs échangèrent un regard, la laissant à part, puis le garçon glissa les mains dans les poches de sa robe :

-Je t'en parlerai plus tard.

Il s'éclipsa, et le Maître se tourna à nouveau vers sa fidèle, mais Bellatrix serra les dents. Ce petit parasite lui avait volé son moment.

Elle reprit le carnet. Elle affichait une moue dubitative. A la vérité, et bien malgré elle, Bellatrix réalisa qu'elle-même aurait tout à fait pu tenir un tel journal. Elle tourna quelques pages, parcourant les lignes manuscrites. Elle finit par ranger le carnet à sa place, s'accroupissant sous le sommier pour le coincer entre le montant et le sommier. Puis elle arrêta là ses investigations sur le compte du Petit Lord.

HP

Bartemius Croupton Jr remplissait toujours les missions que lui confiait le Seigneur des Ténèbres très consciencieusement.

Dès que le Maître lui eut ordonné comme à Lucius et à Bellatrix, de tenir à l'œil le jeune Héritier et ses nouveaux hommes Avery, Marcus et les frères Lestrange, il transplana chez lui et déroba la cape d'invisibilité de son père.

Il savait Malfoy et Bella proches de Rodolphus Lestrange, et donc de Rabastan Lestrange. Il savait aussi que Malfoy avait plus ou moins pris le relais de Snape dans l'enseignement dispensé au jeune Harry Potter. Il commença donc par Marcus Jones. Il le suivit jour et nuit – et n'eut rien à lui reprocher – mis à part son manque d'assiduité aux séances de torture ayant lieu dans la salle du trône – lui n'en manquait jamais une. Huit jours de filature ne pouvant être considérés comme un argument définitif pour statuer sur quoi que ce fût, il garda son collègue à l'œil. Mais il se concentra pendant une autre semaine sur Avery. Et observa avec une suspicion croissante les échanges que le vieux camarade du Maître entretenait avec Harry. Il lui vouait manifestement une sincère affection, à sa façon bourrue et malpolie. Bartemius apprit aussitôt à Lord Voldemort que si un mangemort devait un jour changer d'allégeance, ce serait Avery, sans aucun doute. Il ne comprit pas pourquoi le Seigneur des Ténèbres le remercia d'un Doloris aigu, avant de le congédier en le mettant en garde contre ce genre de « petitttte plaisssanterie ».

-Avery était à mes côtés quand tu n'étais pas encore une idée dans l'esprit de ton père.

Mortifié pour plusieurs années, Bartemius Croupton Jr avait pleuré et embrassé les chaussures de son Lord pour lui rappeler sa fidélité.

Mais il gardait un œil sur Avery. (Bartemius était quelqu'un de têtu.)

Du côté des frères Lestrange, il considérait qu'il n'y avait vraiment rien à craindre : Bellatrix émasculerait son mari à la moindre suspicion de trahison, et Rabastan était tout bonnement trop bête pour tourner une poignée à bouton sans notice explicative : il ne pourrait jamais faire ou penser autre chose que son frère Rodolphus ou le Seigneur des Ténèbres ne lui ait pas d'abord soufflé.

Restait le Petit Lord. Bartemius éprouvait à son encontre des sentiments mêlés d'admiration et d'agacement. De façon générale, il s'efforçait de lui vouer le respect que Lord Voldemort attendait qu'on lui voue. Mais de façon plus particulière, il ressentait en sa présence un malaise bizarre et l'envie de le frapper. Aveuglé par son rôle de fidèle serviteur, il était totalement inconscient qu'en réalité, il crevait de jalousie.

Comme pour les autres, il le suivit, tantôt sous cape, tantôt sous un très mauvais sortilège de désillusion, comme son ombre, chaque minute du jour.
Et chaque minute de la nuit.

Il le surveilla huit jours en Août, et n'eut d'abord rien à lui reprocher. A part sa gaminerie existentielle, sa voix aiguë, cette façon de se déplacer toujours en courant ou en trottinant – ce genre de choses qui lui mettaient les nerfs en pelotes.
Mais il poursuivit sa surveillance, espaçant ses rondes, dormant quelques heures par nuit, puis une nuit sur deux, puis finalement, ne le filant qu'une nuit par semaine – quand même une nuit par semaine, parce qu'il ne pouvait totalement se défaire de son envie de s'y prendre scrupuleusement. Il fallut attendre le vingt-quatre septembre pour que le Hasard face coïncider sa ronde obsessionnelle avec l'une des randonnées nocturnes du Petit Lord.

HP-LV-HP-LV

Harry avait fini de lire Oliver Twist à Tonks. Il lui lisait une version élimée et effeuillée de contes celtiques rédigés dans un anglais dont l'orthographe avait trois siècles de retard. Il butait beaucoup sur les « s » et les « f », mais il adorait les enluminures et les illustrations.

-Regarde le dragon, là ! Il est trop trop beau.

Il fit glisser son doigt sur le turquoise émaillé du parchemin.

-Tu ne devrais pas trop le toucher, ça abîme les couleur, sourit Tonks.

C'était bien simple, lorsque Harry était là, elle souriait tout le temps. Elle avait l'impression de flotter.

-Oui tu as raison, fit le garçon en retirant son doigt avec un sourire contrit. J'adorerais avoir un dragon, soupira-t-il, songeur.
-Je rêvais d'avoir un dragon, quand j'étais petite, rit la prisonnière.
-C'est vrai ?

Le visage du garçon sembla s'illuminer de cet anodin point commun.

-Tu ne veux plus du gâteau au chocolat ? Il n'est pas bon ? s'inquiéta Harry.
-Oh, si.

La jeune femme recouvrit la part de gâteau de ses mains dans un geste protecteur et gentiment méfiant. Si, elle en voulait. Elle le savourait, c'était tout. Elle avait dû manger une bonne centaine de gâteau meilleurs que celui-ci, mais jamais elle n'avait été emprisonnée, affaiblie, torturée et affamée auparavant et, l'un dans l'autre, ces délices occasionnels que lui offraient Harry étaient les meilleurs pâtisseries qu'elle eût jamais ingurgitées.

Le garçon laissa le livre ouvert entre eux deux, et coinça ses mains dans la pliures de ses genoux pour garder ses doigts au chaud, chatouillé par le froid des cachots. Il observait avec bonheur les joues roses de Tonks, et ses cheveux presque châtains au lieu de la sinistre couleur qu'elle arborait quelques semaines plus tôt. Elle semblait aller un petit peu mieux. Il lui sourit d'un air heureux.
En fait, Harry était un petit peu amoureux de Tonks.

-Tu peux finir le thé si tu veux. Moi si j'en bois trop je n'arrive pas à dormir.

Et s'il ne dormait pas, il était grincheux, et s'il était grincheux, il agaçait son père – et il ne voulait pas agacer son père.

Tonks fit passé son bras strié de nervures blanches – stigmates de Doloris répétés – au travers des barreaux et referma ses maigres doigts sur la théière encore fumante. Elle remplit à nouveau son bol. Si on lui avait posé la question, elle aurait préféré que le petit lui apporte de gros steaks juteux, du pain, de la purée de carottes, des cuisses de poulet, du ragoût en sauce, des pommes de terre frites : de vrais repas, en somme, dont elle manquait cruellement. Mais la question n'étant pas posée, elle se contentait de ces goûters de deux heures du matin tous les deux ou trois jours.

Ses pensées et ses désirs, essentiellement tournés vers sa propre survie, avaient changé, depuis un mois. Auparavant, elle se tenait recroquevillée dans un coin en attendant la prochaine échéance – nourriture, interrogatoire, torture, pipi, humiliation – en songeant d'une façon vague au verdoyant, doux et chaleureux monde extérieur. Depuis quelques temps, si sa survie et sa sortie du cauchemar mangemoresque occupaient toujours ses pensées, un autre désir urgent lui comprimait l'estomac. Celui de faire sortir Harry, lui aussi, de ce cauchemar.

-Allez, tu devrais y aller, tes yeux se ferment tout seul, murmura-t-elle d'une voix éraillée au garçon dont les paupières papillonnaient avec de moins en moins de vigueur.
-Oui, fit celui-ci en remballant lentement ses présents, puis en bâillant.
-Bonne nuit. Fais de beaux rêves.
-Bonne nuit Tonks. Fais de beaux rêves aussi.

HP-LV-HP-LV

Cette nuit-là, Bartemius Croupton Jr, remonté comme une pendule, suivit le jeune Héritier jusqu'à son lit et le veilla avec la détermination du tueur, attendant le moment propice pour passer à l'action. Nul besoin de se précipiter pour dénoncer ce sale rat et ses petites réunions secrètes ; le Seigneur des Ténèbres l'apprendrait au matin, quand la théière serait encore tiède sous le lit de son cher Harry Potter adopté. En attendant, Bartemius, tendu comme un ressort, bras croisés, les ongles enfoncés dans ses coudes, serrait de dents et tapait nerveusement du pied devant la chambre du gosse, dont il ne quittait pas la porte des yeux.

HP-LV-HP-LV

Harry, fatigué par ses aventures et ses émotions, dormait comme une souche.

Minerva entra la première. La fenêtre Est du premier étage, avait dit Severus, leur signalant l'endroit le plus proche de la chambre de Harry et le plus éloigné des appartements de Lord V..., avec la mauvaise grâce caractéristique de celui qui pressent une triste issue. Au premier étage de l'aile Est, il y avait sept hautes ouvertures, qui tenaient davantage du vitrail que de la fenêtre. Minerva avait décidé de ne pas commencer à se poser de questions dès le premier obstacle, et avait, après une demi-secondes d'hésitation, incliné son balais en direction du vitrail central. La vitre aux couleurs éteintes n'était pas protégée par des sortilèges de blocage ou d'alarme. En principe, le territoire alentour dévasté, la réputation du maître des lieux, et l'occasionnelle Marque des Ténèbres flottant sinistrement au-dessus des toitures gardaient les intrus de l'envie d'aller coller leur nez au carreau.
Ces intrus-là venaient faire plus que coller leur nez au carreau. Minerva McGonagall, avec un silencieux professionnalisme, fit disparaître un carreau et se glissa à l'intérieur. Elle s'écarta d'un pas, et derrière elle s'engouffrèrent Alice et Frank Londubat, puis Kinglsey Shackelbolt. Tous réduisirent leurs balais pour les enfoncer dans leurs poches, et levèrent leurs baguettes dans un murmure de « Lumos minima ».

A une dizaine de mètres de là, Bartemius Croupton Jr, toujours bras croisés, fronça les sourcils, se demandant l'espace d'une seconde lesquels de ses compagnons mangemorts avaient eu envie d'une ballade nocturne, avant de sortir précipitamment sa baguette lorsqu'il réalisa qu'il ne s'agissait pas de mangemorts. Sa réaction, quoique rapide, fut trop lente pour qu'il ait l'avantage : Minerva l'immobilisa grâce au sortilège du saucisson et Alice, qui ne faisait pas les choses à moitié quand elle se trouvait dans le repaire de Voldemort, le rendit muet comme une carpe grâce à un sortilège de son invention.

-Qu'est-ce qu'il faisait là, lui ? chuchota Frank en avançant vivement vers son corps et en regardant alentour.

Le mangemort n'était pas accompagné. Mais, sans se concerter, ils redoublèrent tous de vigilance.
Minerva et Alice fixaient la porte devant laquelle ils avaient surpris le jeune homme. Une double porte en bois sombre, avec des poignées en ivoire. Elles baissèrent simultanément leurs baguettes pour éclairer les panneaux de bois. Deux beaux serpents se faisaient face de part et d'autre des poignées. Des diamants verts scintillaient représentaient les écailles tout le long de leurs corps, et les reflets de la lumière donnaient l'impression qu'ils ondulaient imperceptiblement. Les deux femmes échangèrent un regard : la porte correspondait à la description de Severus Snape.

-Nom d'un sphinx ! chuchota furieusement Kingsley, penché sur le corps du mangemort.
-Chut ! répliquèrent aussitôt les deux femmes.

Frank, accroupi à côté de Kinglsey, restait bouche-bée.

-C'est le fils Croupton ! chuchotèrent simultanément les deux hommes.

Choquée, Minerva pencha son visage sévère sur celui du jeune homme à terre, qui roulait des yeux d'un air furieux. C'était bien le fils de Bartemius Croupton, Président du Magenmagot, pressenti comme futur Ministre de la Magie. Elle lui adressa un regard emprunt de dégoût et se tourna vers Kinglsey :

-C'est là, dit-elle en désignant la porte d'un mouvement de tête.

Bien sûr, ils savaient que la possibilité existait que Harry ait changé de chambre depuis la dernière fois que Severus avaient mis les pieds au manoir. Ce fut donc avec mille précautions qu'ils tournèrent la poignée et poussèrent le battant.

La chambre était plongée dans l'obscurité, mais la lune, visible par la haute fenêtre, tapissait de ses rayons blancs le sol de pierre de la chambre. Peu de meubles : une armoire, une commode, un coffre, une table de nuit à côté d'un immense lit. Au-dessus du lit, une lourd lustre faisait briller ses appendices de cristal à la lueur de la lune. Des tentures sombres y étaient accrochées, mais pas lâchées : une large boucle de métal les retenait au mur.

Minerva jeta un œil à ses compagnons. Ne restait plus qu'à mettre en œuvre leur merveilleux plan.

Le réveiller doucement. L'inviter à les suivre. Le convaincre rapidement et discrètement. L'emmener de force s'il résistait. Fuir sans se retourner s'il appelait Voldemort.

La directrice adjointe de l'Ecole Poudlard avait une expérience de plusieurs décennies dans l'art de réveiller les enfants dans l'urgence. Mais elle était rarement amenée à les réveiller doucement.

Elle s'approcha du lit où le garçon dormait paisiblement, sa respiration régulière soulevant les draps. Le lit était tellement large qu'elle dut s'asseoir sur le bord pour pouvoir poser sa main sur l'épaule de Harry. Elle le secoua faiblement.

-Harry ? appela-t-elle dans un chuchotement. Harry ?

Le garçon devait dormir profondément car il remua à peine.

-Harry ?

Elle le secoua un peu plus vivement et s'approcha de son visage.

-Harry, réveille-toi. Harry !

Le garçon émit un gémissement et, plissant les yeux, redressa à moitié la tête. Minerva en profita pour reculer de quelques centimètres.

-Ne t'inquiète pas, nous sommes là pour discuter. Harry ?

Le garçon ouvrit soudain grand les yeux. Et hurla.
Pas un petit cri de surprise. Un vrai hurlement de cauchemar.

-PAPA !!!

Il porta sa main à sa boucle d'oreille, et dans son affolement pour s'éloigner de Minerva McGonagall, recula en crabe et tomba de l'autre côté du lit.
Les quatre intrus fermèrent succinctement les yeux de découragement lorsqu'il cria.

-Nous ne te voulons pas de mal, Harry, tenta d'intervenir Alice Londubat, une femme que le garçon n'avait jamais vu de sa vie. Nous sommes juste venus...
-Trop tard, trancha Kinglsey.

Il sortit son balais de sa poche et l'agrandit. Harry, le cœur battant, restait accroupi derrière son lit, observant la scène, passant de la terreur du cauchemar à la confusion du réveil. Les quatre adultes présents dans sa chambre enfourchaient à présent des balais – une seconde à peine s'était écoulée depuis son appel. Il sentit son père approcher, comme lui seul – croyait-il – pouvait le sentir. Un tourbillon de puissance noire lui picotait l'essence magique. Il n'était presque plus inquiet. Il ne lui arriverait rien. Il resta cependant accroupi derrière son lit, et fit silencieusement venir sa baguette à lui. Minerva McGonagall fit disparaître un carreau de la fenêtre, et ses trois compagnons sautèrent dans le ciel : la femme inconnue, l'homme inconnu, puis Kingsley Shacklebolt, disparurent dans la nuit. Elle lui jeta ce qui ressemblait à un dernier regard. Un regard triste. Si triste.

Harry eut soudain un déclic.

-Vous venez pour Tonks ? demanda-t-il.

Mais la femme ne répondit pas et s'envola à son tour.

Son père franchit la porte de sa chambre et parcourut rapidement la pièce des yeux avant de se fixer sur Harry, qui semblait aller bien. Il sentait courir dans la pièce des particules de magie. Il s'était passé quelque chose. Il franchit les mètres qui le séparait de son fils et le redressa en le saisissant par le bras. Le mouvement ne possédait pas la brusquerie qui précédait le sermon – Harry craignait un peu qu'il soit fâché d'avoir été réveillé – mais plutôt la précaution de quelqu'un d'inquiet.

-Qu'est-ce qu'il y a, Harry ?
-Il y a...

Harry regarda son père dans les yeux.
Tonks ne méritait pas de pourrir dans leurs cachots. Si elle pouvait s'enfuir avec ses collègues, cela convenait à Harry – même s'il n'aurait plus d'amie près de lui. Mais pouvait-il cacher ce qui venait de se passer à Lord Voldemort ?
Non, il ne pouvait pas – sa gorge se serra, le bord de ses yeux chauffa comme s'il était au bord des larmes – il ne pouvait pas cacher cela à son père, ce n'était pas bien... Mais en même temps, ce n'était pas juste de garder Tonks prisonnière ici, alors qu'elle avait toujours été gentille quand il était prisonnier de Dumbledore – c'était même un peu grâce à elle qu'il s'était enfui. Harry baissa les yeux, contrit et penaud, se sentant pris en flagrant-délit de mensonge par omission. Il avait vraiment envie de pleurer.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Barty ? fit le souffle glacé de son père.
-Avec... Barty ?

Harry ne comprenait rien. Il se frotta un bras sur le visage pour faire partir les dernières brumes du sommeil. Puis il suivit son père qui sortait de la pièce, et se trouva face à un Bartemius Croupton saucissonné devant sa porte. Lord Voldemort leva sa baguette.

-Enervatum.

Qu'est-ce qu'il fichait là, celui-là ? se demanda Harry. Il avait visiblement eu une altercation avec les intrus, mais que faisait-il là avant ?
Harry sentit son cœur se mettre à battre la chamade. Si Croupton racontait l'intrusion de McGonagall, Kingsley et leurs acolytes, cela paraîtrait vraiment suspect qu'il ne l'ait pas fait le premier. Il était encore temps. Il glissa sa main dans celle de son père, nerveusement. Il inspira profondément. Il serra fort sa main.
Voldemort se tourna vers lui lentement.

-Tu vas bien ?
-Je... Non je... J'ai eu très peur...

Il se corrigea :
-Je veux dire, juste un peu peur, parce que...

Il ne voulait pas non plus que son père le prenne pour un froussard. Mais son visage blanc et les difficultés qu'il avait manifestement à s'exprimer dissimulaient mal son trouble. Voldemort se tourna vers le mangemort qui se redressait à gestes saccadés.

-Qu'as-tu fait ? siffla-t-il d'un ton glacial.

Affolé mais quand même remonté, Bartemius s'inclina précipitamment aux pieds de son maître. Puis il redressa fièrement le menton et transperça Harry du regard. C'était un regard insolent, satisfait, dangereux. Un regard cruel.
Et Harry comprit.
Il comprit que Bartemius l'avait vu apporter de la nourriture à Tonks et discuter avec elle, et qu'il s'apprêtait à dire sa trahison au Seigneur des Ténèbres. Ce regard était odieux. Terrorisant. Il ne se passa pas plus de trois secondes pendant lesquelles le mangemort le regarda ainsi, mais Harry eut mille fois le temps d'imaginer l'expression de haine, de dégoût, que son père porterait sur lui, sa colère, sa punition, oui la trahison mériterait sans doute le Doloris, ou pire, que ferait-il s'il s'agissait d'un autre de ses hommes...? Le garçon se mit à trembler de manière incontrôlable, et serra la main de son père. Non, je ne suis pas un traître, je t'aime. Ne lâche pas ma main ! Bartemius avait l'air de plus en plus réjoui à mesure que le visage juvénile de l'Héritier se décomposait.

Le Seigneur des Ténèbres, les phalanges broyées par la terreur de Harry, se tourna vers son héritier. Il ne put que constater la dévastation qui imprégnait ses traits, la peur qui remplissait ses yeux, et alors qu'il se tournait à nouveau vers Bartemius, il sentit monter en lui une rage bouillonnante et glacée.

-Qu'as-tu fait ? siffla-t-il d'un air menaçant.

Bartemius Croupton ouvrit la bouche.
Harry, tremblant, sentit un liquide chaud couler le long de sa jambe gauche.
Les sourcils de Bartemius s'écarquillèrent, sa bouche s'agrandit et s'ouvrit sur un immense éclat de rire.
Lord Voldemort, la mâchoire crispée, souleva le pied lorsqu'il vit la flaque d'urine l'approcher. Il ne comprenait pas ce qu'avait bien pu faire Bartemius pour terroriser à ce point Harry, mais la vue de son fils dans un tel état de choc fit naître en lui une vague de haine telle qu'il n'en avait jamais connue. Sans se défaire de la main tétanisée du petit, il leva sa baguette, et jeta à son serviteur un sort de torture dont l'intensité dépassait l'imagination.

-Qu'as-tu fait ? répéta-t-il en Fourchelang. Réponds lorsque Lord Voldemort te pose une question !

Au milieu de sa souffrance aiguë, Bartemius ouvrait et fermait la bouche vainement, la respiration saccadée. Harry sentit sa tête lui tourner. Son visage le brûlait, le sang battait à ses tempes. Il ferma les yeux à s'en fendre les paupières et, serrant contre lui la main de son père, cria :
-Bartemius est un menteur !

HP-LV-HP-LV

Lord Voldemort tira une chaise à côté du lit, et s'assit.

Harry, les cils collés par les larmes et les yeux sagement baissés sur son bol de lait, émit un « slurp » un plus bruyant que les autres.

Cela ne faisait guère plus que la deuxième ou troisième fois qu'il se trouvait dans le lit de Voldemort. Il se souvenait bien des fois précédentes. Quand il était petit. Il faisait parfois des cauchemars.
La présence raide et inquisitrice de son père, son regard perçant, n'étaient pas nouveaux. Les oreillers calés dans son dos, le lait chaud, les questions, ne l'étaient pas non plus. En fin de compte, c'était exactement comme quand il était petit.

Ses doigts tremblaient.

Il avait dû perdre connaissance. Il ne se souvenait pas être venu dans la chambre de son père.
Celui-ci avait dû torturer Croupton jusqu'à ce qu'il pisse le sang par les oreilles. Ou peut-être pas. Vu la bonne volonté que le mangemort avait dû mettre à lâcher ses informations, le Seigneur des Ténèbres n'était sans doute pas allé jusque là.

-Que s'est-il passé ? demanda le garçon d'une voix quasi inaudible.
-Tu as perdu connaissance. C'est plutôt à moi de te demander des explications.

La voix était glaciale, comme d'habitude. Mais cette fois-là, Harry frissonna.

-Je... Et... Bartemius ?

Le Seigneur des Ténèbres émit un rictus abominable.

-Au cachot. Il est muet comme une tombe. Mes sortilèges ne parviennent pas à défaire l'enchantement dont il est victime. As-tu quelque chose à me dire à ce sujet ?

Interdit, Harry leva les yeux. Son cerveau était en surchauffe. Croupton, muet ? Une bonne chose. Mais pourquoi était-il muet ? Ce n'était pas de son fait. L'Ordre ? Ce sortilège durerait-il longtemps ? Rien n'était éternel... – c'était d'ailleurs fort dommage.

-Je ne sais pas, je crois que je lui ai jeté... des sorts pour me défendre, mais... je ne me souviens pas...
-Raconte-moi.

Harry, tentant de calmer ses tremblements en collant ses mains à son bol chaud, élabora soigneusement son premier mensonge. Son premier à Lord Voldemort, s'entend.

-...Je dormais. Quand Bartemius m'a réveillé. Il m'a attaqué. Il disait que j'étais un traître, à cause de la fois où je suis allé parlé à Tonks, dans les cachots, mais tu sais que c'était il y a longtemps, et ce n'est pas une trahison parce que je ne voulais pas te trahir, et c'est fini tout ça, j'ai eu ma punition, je ne le ferai plus jamais, et tu le sais, tout ça, ce n'est pas...
-Calme-toi, coupa le Seigneur des Ténèbres d'un ton sec. Les faits.
-...Bartemius...Croupton... a répété ses accusations, ça m'a rendu furieux. C'est à ce moment là qu'il a... qu'il a...

Harry buta sur ses mots sans trop se forcer, feignant le choc. Il n'avait aucune idée de l'acte qu'il devait attribuer à Croupton pour justifier son précédent état tétanique.

-Il m'a... menacé de... Il a dit qu'il allait te dire que j'étais un traître, et que tu me chasserais, que tu me haïrait.

Il y eut un silence.

-Après, on s'est battus. Puis je ne me souviens plus. Je t'ai appelé. Tu es arrivé.

Lord Voldemort le fixa longuement d'un air impénétrable. Harry regarda ses iris rouges et ses pupilles noires. Il se rappela que Claude lui avait signalé une fois que lors de ses Symptômes Un, ses yeux devenaient rouges, il se demanda si les yeux rouges de son père signifiaient qu'il luttait constamment contre un Symptôme Un.
Ou alors... qu'y avait-il après le Symptôme Un ?

-Harry. Tu souviens-tu de la fois où je t'ai enfermé dans un coffre avec un Epouvantard ?

Harry sentit un boule de feu lui traverser la gorge. Cachant ses yeux pour que son père ne voie pas ses larmes, il balbutia :

-O-oui.
-Ne pleure pas ! murmura le souffle froid de son aîné. Je veux que tu te rappelles cette expérience. T'en rappelles-tu ?
-Oui.
-Quelle était ta plus grande peur ?

Harry essuya ses yeux dans sa robe de chambre. Il se souvenait très bien du coffre et de l'Epouvantard. Sa plus grande peur...

-...Que tu ne m'aimes plus.

Le Seigneur des Ténèbres garda le silence. C'était ce qu'il espérait, mais la formulation le gênait. Il posa une main sur l'épaule de Harry :

-Je sais que tu n'es pas un traître.
-Bartemius ment, répéta un Harry tremblant, qui sentait le soulagement le gagner.
-Oui. Il s'est emballé une fois de trop.

Cela sonnait comme une sentence de mort. Harry préféra ne pas y penser.

-Dors, maintenant.

Le Seigneur des Ténèbres fit disparaître le bol de lait. Harry se glissa sous les draps.

HP-LV-HP-LV

-Nous devons y retourner ! cria Minerva dans le vent.
-Quoi ? cria Kingsley.
-Nous devons y retourner pour Nymphadora !

Il se posèrent à deux kilomètres du repaire de Voldemort. Le vent sec les avait tous ébouriffés et assoiffés.

-Nymphadora ? répéta Franck d'un ton hésitant.

Personnellement, il avait depuis plusieurs mois et non sans regrets, fait le deuil de cette jeune personne. Suggérer qu'elle était en vie ressemblait un peu trop à du masochisme à son goût.

-Oui, rétorqua Minerva d'un ton autoritaire. Avant que je décolle, Harry a dit « Vous venez pour Tonks ? ».
-Oh ! s'exclama Alice.
-J'ai entendu. Et alors ? coupa Kingsley. Il n'est pas idiot, c'est tout. En voyant l'Ordre du Phénix débarquer, à sa place, j'aurais aussi déduit que nous espérions retrouver notre camarade tombée au combat. Cela ne veut pas dire qu'elle est vivante.
-Etant donné la façon dont il l'a dit, cela sonnait davantage comme « Vous venez pour Tonks ? C'est la chambre juste à côté. »
-Vous lisez bien des choses dans de si petits mots. Rentrons. Nous en discuterons avec Albus.

HP-LV-HP-LV

Il fut décidé que l'on y retournerait le lendemain. Avec double ration de prudence. Voldemort aurait très certainement renforcé la sécurité. Mais il ne s'attendait certainement pas à ce que l'Ordre remette ça si tôt.

HP-LV-HP-LV

-Harry.

Le concerné avala un morceau de tartine de travers. Le Seigneur des Ténèbres ne descendait jamais aux cuisines. Enfin, pas qu'il sache. Jamais quand lui-même était en train de prendre son petit déjeuner, en tout cas. C'était déjà un honneur d'avoir la chance de déjeuner ou dîner avec son père.

-Bonjour ! lança le jeune garçon après avoir vaillamment avalé le morceau de pain avec lequel il s'étouffait.

Lord Voldemort posa ses deux poings sur la table, en face de Harry. Celui-ci, intimidé, leva un regard interrogatif.

-Quand tu auras fini de manger, rejoins-moi dehors, côté Est. Nous allons nous battre.

Harry écarquilla les yeux. Et crut lire, dans ceux de son père, un nuance d'amusement.

HP-LV-HP-LV

Le duel dura des heures. Harry le trouva d'abord très très violent.

-Aaaaaaaaïïïïïe ! hurla le gamin en se protégeant la tête, projeté à plusieurs dizaines de mètres.
-Mais enfin, esquive, susurra le Lord.
-Mais j'ai...commença Harry en se rétablissant péniblement, ...pas le temps ! s'exclama-t-il en faisant un maladroit bond de côté pour éviter un autre rayon menaçant.

Voldemort était plus rapide que Flash. (Harry se jura de ne jamais dire ça à haute voix. Et il envoya mentalement une malédiction à Junior, qui lui avait fait découvrir les comics américains.)

-Destructum ! cria-t-il avec force, avec l'espoir naïf de faire, disons, vaciller son père.
-Destructum, murmura la voix chuintante du Seigneur des Ténèbres... juste derrière lui.

Harry sentit le sortilège lancé à bout portant exploser entre ses omoplates, lui donnant l'impression que ces os se broyaient et que sa chair était dispersée aux alentours. Il vola à vingt mètres de là, et se réceptionna en boule dans les hautes herbes, réalisant pour la dixième fois en quelques minutes à quel point la terre sèche était dure.

-Le transplanage c'est pas du jeu, maugréa-t-il en grimaçant, essoufflé, endolori, ratatiné.
-Et frapper un ennemi à terre... c'est du jeu ? chuchota son père, bien trop proche de lui.
-Protego ! hurla Harry en sautant sur ses pieds.
-Putra. Ah ah ah ! « Protego » ! Sérieusement...
-Aaarrhh... gémit Harry, en proie à des brûlures indiennes allant crescendo sur tout le corps. Ex...pel..liarmus !
-AH AH AH ! Tu ne crois quand même pas que ce genre de sort vaut quelque chose contre moi, Harry ? « Protego »... tu ne devrais pas perdre de temps avec des sorts de protections... attaque ! Incendio !

Harry plongea sur la gauche tandis que le sort brûlant frôlait sa manche. Il trouvait vraiment ce duel très très violent, pour un duel d'amusement. Sans compter qu'il n'osait pas lancer de « vrais » sortilèges à son père. Il continua donc à esquiver tant bien que mal, et fut rapidement trempé de sueur. Ce n'est que lorsqu'il lança un Destructum qui atteignit finalement le Seigneur des Ténèbres dans le ventre, et que celui-ci, projeté en arrière, se releva et contrarié, lança le même sortilège dans sa direction, qu'Harry réalisa quelque chose qui le laissa littéralement sur le cul.

Le Destructum du Voldemort contrarié, que l'enfant avait esquivé, avait touché le château. Yeux écarquillés, Harry, bouche-bée, regarda les lourdes pierres grises et noires, brisées, voler alentour, et souhaita stupidement qu'il n'y ait eut personne dans l'aile Est à ce moment-là. Car il réalisait que le duel qui lui avait semblé très très violent jusque là, était mené par un Voldemort qui se retenait.
Il déglutit.

-Ok... très bien, murmura-t-il pour lui même, reprenant ses esprits. Je suppose que je peux me permettre quelques débordements... Je ne risque pas de lui faire mal... SECTUSEMPRA !
-Aaah. Voilà ce que j'attendais !

Le Lord Noir éclata d'un rire satisfait.

HP-LV-HP-LV

Harry ronflait.

Pas des ronflements de dragon, des petits « hon-hon ».

-Il est là, chuchota Minerva, quasi inaudible.

Ses acolytes lurent sur ses lèvres. Les mêmes que la veille, même tableau. Quatre degrés de nervosité en plus, car il s'attendaient à un guet-append. Ils ne s'étaient pas trompés de fenêtre, et avaient directement pénétré dans la chambre de l'Héritier. L'obscurité était totale. Le lustre de cristal ne reflétait aucun rayon de lune. C'était une nuit sans lune. Minerva murmura un imperceptible « Lumos », et une douce lueur chaude apparut au bout de sa baguette.

-Comment fait-on ? demanda Franck.
-Il faudrait éviter de l'effrayer, répondit doucement sa femme.

Elle réfléchit quelques minutes et aperçut un verre d'eau sur la table de nuit du garçon.

-Minerva, venez avec moi. Vous les hommes, restez en arrière.

De sa baguette, elle alluma la torche accrochée au dessus de la table de nuit.

-C'est presque dangereux, cette torche à côté des tentures, fit-elle remarquer distraitement.

Elle fit venir à elle l'unique chaise de la pièce, sur laquelle étaient jetés les vêtements de la veille. Elle s'assit, et posa sa baguette sur la table de chevet, bien en évidence.

-Faîtes de même. Et réveillez-le, dit-elle à Minerva après un soupir nerveux. Tendez-lui le verre d'eau, et ne vous approchez pas trop de lui.

Elle ne voyait pas trop ce qu'elles pouvaient faire de plus. Lui tendre un nounours ? Ce n'était plus un bébé. Minerva se défit de son arme et posa un genou circonspect sur l'immense matelas. Le verre d'eau en main, elle entreprit de réveiller le garçon.

-Harry ? Harry ? C'est Minerva McGonagall... Nous ne te voulons pas de mal... Nous voulons juste parler... Harry, réveille-toi... Nous sommes là... Harry ?

Le garçon ouvrit les yeux, tourna la tête à l'aveugle.

-Harry ? Voilà, nous sommes là... Ne panique pas, nous ne te voulons pas de mal... Es-tu réveillé ?

Le garçon écarquilla les yeux, se redressant soudainement. Il vit Minerva McGonagall. Son sang ne fit qu'un tour. Ses poumons se remplirent d'air, et il cria.
Du moins, il voulu crier. Mais la main de McGonagall l'en empêcha.

-Harry, je t'en supplie, ne sois pas idiot.

Bizarrement, ce ton strict le réveilla totalement. McGonagall n'était pas seule. Il y avait une autre femme, une inconnue, assise à côté du lit. La torche dispensait une chaude lumière. Il plissa les yeux le temps de s'y accoutumer. Il y avait deux baguettes sur la table de nuit. Il s'en saisit sans réfléchir.

-Nous sommes désarmées, lui fit remarquer la collègue de Dumbledore. Es-tu d'accord pour que nous discutions quelques minutes ? Tu pourras crier après si tu en as toujours envie. Puis-je retirer ma main ?

Harry hocha la tête. A vrai dire, il aurait tout à fait pu se dégager de l'emprise de la femme, et crier. Mais il ne l'avait pas fait. Parce que ses visiteurs semblaient être inoffensifs. Du moins pour l'instant. La main de McGonagall glissa, et elle lui tendit un verre d'eau. Harry s'assit plus confortablement dans son lit et, sans quitter les intrus des yeux, après avoir prudemment pointé sa langue dans le liquide pour vérifier que rien d'étrange n'y avait été ajouté, but à longues gorgées. Il avait toujours la gorge sèche pendant la nuit.

-Vous venez pour Tonks ? demanda-t-il après avoir reposé le verre sur la table de nuit.

Les deux femmes s'entre-regardèrent. Kinglsey et Minerva échangèrent un coup d'œil entendu.

-Est-elle en vie ?
-Oui, répondit Harry.

Les joues lui chauffaient. Voilà, ça y était, c'était de la trahison.

-Elle es prisonnière dans les cachots, au deuxième sous-sol.

De la trahison.

-Elle ne va pas très bien. Je pense que si vous l'emmenez avec vous, on croira que vous l'avez faite évader sans l'aide de personne.
-...Nous serons discret.
-Elle ne va vraiment pas très bien. Il faudrait que vous l'emmeniez.

Trahison.

-Venez, je vais vous conduire à sa cellule, dit-il en glissant de son lit.

HP-LV-HP-LV

Il fut silencieux dans le couloir et, par mimétisme, les quatre membres de l'Ordre du Phénix adoptèrent son pas inaudible. Harry ne transpirait pas. Il n'était pas nerveux. Ce qu'il faisait était juste.
Et comme le stipulait son quatrième principe, la Justice, c'était Bien.
Il n'avait jamais eu aucun problème avec ce principe depuis qu'il l'avait édicté, en réaction aux méthodes d'Insan Greek.
Non, dernièrement, il avait des difficultés avec son premier principe.

1. Voldemort a raison.

La température diminua lorsqu'ils commencèrent à descendre sous terre, et Harry, pieds nus, frissonna. Il les guida jusqu'au deuxième sous-sol. Au bout du couloir, une âme misérable attendait sa prochaine misère. Nymphadora Tonks. Harry trotta jusqu'à sa cellule.

-Tonks ! s'exclama-t-il.

Il baissa son Lumos pour ne pas l'éblouir.

-Harry... sourit Tonks, agréablement surprise.

C'était toujours une agréable surprise.

-Je t'ai rien apporté à manger... reconnut le jeune garçon, contrit. Mais... j'ai mieux !

Il se tourna vers ses complices d'un soir. Minerva McGonagall et Franck Londubat sortirent de l'ombre, suivis aussitôt par Alice Londubat et Kingsley Shacklebolt. Tonks écarquilla les yeux et avala de l'air. Elle agita les mains comme si elle cherchait sa respiration, et Harry crut qu'elle s'étouffait.
Elle s'étouffait de soulagement. Kinglsey ouvrit la cellule avec une facilité déconcertante, sans qu'Harry ait même vu le procédé utilisé. Il accueillit dans ses bras une Nymphadora Tonks écroulée de bonheur, qui se mit à pleurer les yeux grands ouverts, son regard allant de l'un à l'autre de ses quatre compagnons de fortune. Elle avait du mal à respirer. Harry se sentit un peu mis à l'écart des embrassades, jusqu'à ce que, ivre de joie, la faible jeune femme le prenne dans ses bras et le soulève même de quelques centimètres pour le serrer contre son cœur. Il rougit jusqu'aux oreilles, et lui rendit son câlin.

-Comment te sens-tu ? s'enquerrait Kinglsey.
-Bien ! s'exclama l'ex-prisonnière avec un sourire béat, essuyant son œil gauche.
-Tu es en état de voler ?
-Non, fit-elle en essuyant son œil droit. Je ne sais même pas comment je tiens debout !

Elle éclata de rire et ses yeux se remplirent à nouveau de larmes. Minerva McGonagall la prit doucement dans ses bras.

-Nous vous aiderons.
-Oui, tu voleras entre Franck et moi, dit gentiment Alice. Formation serrée. Il ne t'arrivera rien. Tu seras chez toi en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

Tonks rit à nouveau, et serra encore Harry dans ses bras.

-Tu viens avec nous ?

C'était une question, du moins cela sonnait comme tel, mais le fait était tellement acquis dans l'esprit de Tonks, qu'elle la posa avec un grand sourire, juste pour énoncer des mots qui faisaient chaud au cœur. Elle était libérée. Grâce à Harry. Le petit Harry Potter allait enfin se désengluer de l'emprise malsaine du Seigneur des Ténèbres. Il rentrait avec eux. Tout allait pour le mieux. C'était une fin heureuse.

-Ben, non, balbutia Harry en s'écartant, rougissant un peu.

Il n'avait pas saisi les expressions expectatives des quatre visiteurs, qui dès qu'elle eut prononcé ces mots, virent en Tonks un excellent moyen d'inciter le garçon à les suivre.

-Tu... tu vas me manquer, balbutia encore Harry, qui se rendit compte que, nom d'un serpent, c'était vrai.

Tonks partie, il n'aurait plus d'amie au château. Juste les mangemorts et son père. L'année promettait d'être longue avant les prochaines vacances de Draco.
Tonks, de son côté, jeta un regard d'incompréhension et d'accusation à Minerva et Kingsley. Ils n'allaient tout de même pas le laisser ici ? Ils n'allaient tout de même pas l'abandonner ici ?

-Harry... commença le professeur McGonagall. Si tu le souhaites, tu peux venir avec nous, tu sais.
-...Hein ? Ah ah ah, non, fit-il en secouant la tête.

Il regarda Tonks, et haussa les épaules.

-Bon, ben... j'espère que vous rentrerez bien. Il y a une sortie discrète au rez-de-chaussée, par la cour intérieure. Vous risquez moins de réveiller quelqu'un.

Il eut soudain l'air inquiet.

-Ne réveillez personne, surtout.
-Harry ! s'exclama Tonks. Tu dois venir avec nous ! Tu ne peux pas rester ici !
-Hein ?

Elle lui saisit les mains et plongea son regard gris dans le sien.

-Tu dois venir avec nous ! Tu ne peux pas rester ici !
-Arrête ! fit-il en tortillant ses mains pour s'extraire de sa faible poigne.

Il recula, et lui adressa un regard inquiet. Mi inquiet pour elle, mi inquiet pour lui.

-Je...c'est ma maison ici, lui dit-il comme s'il parlait à un petit enfant. Avec mon père... c'est ma vie...

Hallucinée, Tonks tourna son expression choquée vers le professeur McGonagall et son collègue Kingsley. Ceux-ci fixaient Harry d'un air indéchiffrable.
Harry se rendit alors compte qu'ils avaient tous leurs baguettes à la main. Bien sûr, ils les avaient tous depuis sa chambre. Mais il s'en rendit compte à ce moment-là.

-Tu es sûr que tu ne veux pas nous suivre ? demanda Kinglsey.

Harry était incertain à propos de plein de choses, mais pas à propos de ça.

-J'en suis sûr.
-Ok.

Kinglsey leva sa baguète.
Harry éteignit son Lumos, lança un Impedimenta, et se mit à courir. C'est du moins ce qu'il allait faire, mais il sombra dans l'inconscience, quelque part dans l'enchaînement.

Fin du chapitre 17

Oui il est long... Je sais que ça peut être pénible... j'espère néanmoins que l'histoire vous plaît toujours autant, et que la longueur des chapitres ne vous rebute pas =D

Des impressions à partager ? Je vous en prie, la boîte à reviews est à vous ! =D

Prochain chapitre fin Novembre/début Décembre selon toute vraisemblance.