Merci beaucoup pour tous vos messages, auxquels j'ai répondu individuellement. Le dernier chapitre a suscité une avalanche de « Arrête ça tout de suite je veux pas que Harry devienne gentil ! », et pas mal de remarques intéressantes, aussi.
J'espère que la suit de l'histoire continuera de vous plaire, quelque soit la tournure du scénario ! Les aventures de Harry sont loin d'être terminées... ;) Pour celles et ceux qui commencent à se défier de moi, je vous prie de me faire confiance pour encore quelques chapitres, vous verrez bien (qui rira le dernier ! Hé hé hé...) (Voilà une mise en garde bien mystérieuse.)
(Pas de citation en-tête pour ce chapitre, je la rajouterai plus tard)
Petit, Chapitre 20
Pendant la semaine, Harry rechercha quelqu'un de pur, quelqu'un de bon, qui pourrait devenir son ami. Il ne savait pas exactement pourquoi il ressentait ce besoin.
Il savait en revanche que la seule raison pour laquelle sa déprime grandissante et ses colères régulières n'avaient pas encore abouties à un Symptôme Un, c'était qu'il n'avait pas utilisé la magie noire de façon intensive depuis son retour de l'Ecole d'Insan Greek, et, pire qu'il ne l'avait pas utilisée du tout depuis plusieurs jours. Il pensait « pire » parce qu'il se souvenait des avertissements de Pétrouchka-le-taré et Johann-le-toubib : le Symptôme Un se manifeste, entre autre, lorsque l'on se met soudainement à utiliser la magie noire, soit pour la première fois, soit après une période d'abstinence.
Il ne pourrait pas tenir indéfiniment. Il finirait par craquer.
Chaque matin en s'éveillant, chaque soir en s'endormant, chaque fois que Draco ouvrait la bouche, et chaque fois qu'il surprenait Vincent en train de martyriser Gregory, il sentait le mal se répandre dans sa poitrine. Et même s'il savait, raisonnablement, qu'il n'y avait pas de mazout gluant dans son corps, ni une bête sauvage menaçant de sortir ses griffes, il savait avec tout autant de certitude que quelque soit l'aspect de cette chose, elle était là et bien là, s'infiltrant entre ses organes, se creusant son nid, saisissant la moindre occasion pour sortir de lui et toucher ceux qui l'entouraient.
Harry ne touchait plus personne.
Il se sentait contaminé.
A table, il mangeait les coudes serrés contre lui. En cours, il tirait sa chaise pour s'éloigner le plus possible de son voisin. Son voisin devint le plus souvent Hermione Granger, puisque ni elle ni lui n'avaient d'amis dans leur propre Maison, mais parfois, il s'asseyait à côté de Blaise Zabini, qui ne lui manifestait aucune sympathie ni antipathie particulière, l'aidait et se laisser aider pour les exercices de groupes sans créer d'esclandre.
Il pensa d'abord à lui, comme ami. Certes, il traînait déjà avec Theodore Nott, en deuxième année, mais après tout, s'il était gentil, il pouvait bien devenir l'ami de Harry aussi, n'est-ce pas ?
-Bonjour, entrez et asseyez-vous dans le calme, gronda une voix qui fit courir des frissons tout le long de l'échine de Harry.
Pendant que tous les élèves pénétraient la salle de classe du cours de Défense Contre les Forces du Mal dans un calme relatif, Harry, lentement, tourna la tête, n'en croyant pas ses oreilles.
C'était Agamemnon. Grand, costaud, le regard noir, la mâchoire carrée, sa barbe sombre taillée en pointe ; c'était exactement le même, jusqu'à sa tenue de lieutenant. Harry ouvrit la bouche comme un poisson hors de l'eau et s'assit sagement au premier rang, ouvrant grand les yeux et les oreilles dans l'espoir de ne pas rater le moment où l'homme imposant expliquerait ce qu'il fichait là.
Des chuchotements couraient dans la salle ; beaucoup d'élèves semblaient un peu impressionnés par l'apparence du professeur, et par cet air dur qui ne trompait pas – il savaient déjà, pour fréquenter son cours depuis un mois, qu'il ne fallait pas s'attendre à beaucoup de tendresse de sa part.
Agamemnon posa son livre de cours sur le bureau, puis agita sa baguette. Les mots Pr. Morris Denhaert s'inscrivirent sur le tableau noir. L'homme engloba alors la totalité de la salle de son regard austère – ce qui, sous des sourcils aussi fournis, rendait un effet très réussi – et les vingt élèves se turent.
-Je réécris mon nom pour ceux d'entre vous qui l'ont écorchés sur leurs premières copies.
Il s'assit, attrapa un paquet de craies blanches qu'il fit tomber dans sa paume, et entreprit de les casser en petits morceaux.
-Je ne vous ai pas caché que je ne croyais pas du tout en cette matière. Défense Contre les Forces du Mal.
Il ne put contrôler une incurvation de ses lèvres, comme si, effectivement, ces six mots n'étaient rien de plus qu'une grosse blague.
-Voilà pourquoi – il me semble – j'avais convenu avec vous que mon cours s'appellerait Forces du Mal tout court, c'est moins long et cela correspond mieux au contenu de ce...
Il souleva la couverture cartonnée du livre avec une grimace involontaire.
-...manuel, qui analyse un paquet de sorts et de créatures dits « des forces obscures » sans pour autant donner le moyen réel de s'en défendre, ce qu'on comprend bien, puisque qu'il n'existe le plus souvent pas de défense plus appropriée que partir en courant ou faire le mort. Dans la mesure où Forces du Mal est plus court et plus exact que Défense Contre les Forces du Mal, je me dis que ceux qui continuent à mettre « Défense Contre les Forces du Mal » sur leurs copies sont vraiment des emmerdeurs.
Harry se mordit les lèvres pour ne pas rigoler. Il avait toujours été impressionné par Agamemnon, mais voir les élèves de Poudlard transformés en statues de sel avait quelque chose d'assez comique. Il sentit Blaise s'agiter nerveusement sur sa chaise à côté de lui.
-Mais monsieur, protesta très faiblement Lavande Brown, une jolie fille de Gryffondor, en levant la main. Sur notre emploi du temps, il y a marqué « Déf...
-La ferme, aboya Agamemnon en lui lançant un bout de craie en pleine tête.
Lavande Brown se ratatina et n'insista pas.
-Je vais vous rendre vos copies – en disant cela, il jeta la liasse de parchemin en l'air, et chaque copie glissa jusqu'au pupitre de son propriétaire – c'était pour évaluer votre niveau. C'était tellement mauvais que je ne les ai pas notées, mais vous trouverez des remarques dans la marge.
Il se leva.
-J'enseigne dans une autre école de magie, où la plupart des élèves apprennent la magie noire dès le berceau. Ils ont donc beaucoup de connaissances. Je ne m'attendais pas à ce que vous puissiez rivaliser avec ces élèves dès le début, mais je suis assez satisfait d'avoir repérer quelques uns d'entre vous, qui n'ont pas l'air d'être trop bêtes. Ma mission sera donc de vous apprendre en trois trimestres ce que mes autres élèves savent – ou croient savoir – en arrivant. Votre mission sera de faire de votre mieux pour comprendre, apprendre, et pratiquer ce que je vous enseignerai. A partir d'aujourd'hui, il y aura trois conditions au bon déroulement de ce cours. Premièrement, personne ne fait de faute d'orthographe sur mon nom. Deuxièmement, interdiction absolue de prononcer les mots « oui, mais ». Troisièmement, interdiction absolue de prononcer les mots « je ne sais pas » ou « je ne peux pas ». Démonstration !
Agamemnon sauta sur l'estrade.
-Petit Lord !
Harry se leva comme un ressort, conditionné. Puis il se sentit complètement piteux – Agamemnon allait probablement se payer sa tête.
-Venez ici, Harry Potter.
Tous les visages suivirent Harry avec des yeux de merlan frit.
-Harry Potter est un ancien élève de l'école dont je vous ai parlé. Petit Lord, comment écrit-on mon nom ?
Harry sentit la sueur perler à son front. C'est malin, pensa-t-il. Il n'avait pas l'habitude du vrai nom d'Agamemnon et l'avait déjà oublié – Morris... Morris De Nart... Morris Den Haert.... Bah, songea-t-il en haussant les épaules :
-A-g-a-m-e-m-n-o-n, épela-t-il en se sentant crétin, et en se demandant, d'ailleurs, s'il ne faisait pas une faute quelque part.
-Voyez ? fit le professeur en ouvrant les bras. Il est nouveau, il ne se souvenait plus de mon nom, aussi, au lieu de répondre « je ne sais pas », il a épelé le nom qu'il connaissait. Agamemnon est celui que je porte dans l'autre école où j'enseigne. Vous pourrez m'appeler ainsi si vous le souhaiter.
Le pseudonyme en question apparut au tableau, sous les mots Pr Morris Denhaert.
-Deuxième question : peux-tu jeter un sortilège de confusion sur l'ensemble de la classe ?
Harry hésita un instant : sur l'ensemble de la classe, il ne pourrait pas. Il essaya cependant.
-Voyez ? fit aussitôt Agamemnon. Ah, excusez-moi : Finite Incantatem. Voyez ? Il n'était pas sûr d'en être capable, et d'ailleurs, le sortilège n'a été efficace que sur Blaise Zabini, Draco Malfoy et Vincent Crabbe, mais il a tenté sa chance quand même. Comprenez-vous ?
Tous les élèves hochèrent la tête respectueusement.
-C'est pareil lorsque je vous pose une question. Même si vous ne savez pas, même si nous n'avons pas traité ce sujet, ou même si vous n'avez rien écouté, je ne veux jamais vous voir garder le silence ou vous entendre répondre « Je ne sais pas », je préfère encore que vous répondiez une ânerie. Le grand défaut des élèves de cette école, c'est qu'ils manquent d'inventivité. Manquer d'inventivité, c'est manquer de ressources, et manquer de ressources, c'est dramatique, dès qu'on est en mauvaise posture. Levez-vous tous, et repoussez vos bureaux contre les murs avec vos baguettes.
Tout le monde se leva et entreprit d'obéir dans un joyeux bordel. Le sortilège de Wingardium Leviosa, qui permettait de déplacer les objets sans les toucher, était à peu près le seul que tout le monde maîtrisait bien, et donc la plupart des élèves firent volontairement dévier leurs pupitres pour aller les cogner contre ceux de leurs voisins, démarrant un tamponnage en chaîne et des pouffements de rire coupables.
-Qu'est-ce qu'on va faire après, d'après toi ? demanda Harry à Blaise pour engager la conversation.
-J'espère qu'il va nous apprendre les Impardonnables, répondit celui-ci d'un ton neutre. Au premier cours, il m'a dit de lancer un sortilège de mort sur le crapaud de Londubat, juste pour nous montrer à quel point nous étions inoffensifs. Je n'ai même pas été fichu de faire s'évanouir cette bestiole. Depuis, je m'entraîne avec Théo, et on arrive presque à tuer des hérissons.
Harry se rembrunit.
L'exercice des Impardonnables sur des hérissons lui rappela l'époque où il s'entraînait au Doloris avec Severus.
Tout cela était tellement loin.
Dans tous les cas, Blaise n'était pas la bonne personne. Aucune chance que son mal disparaisse grâce à lui.
Le Petit Lord, une fois la salle de classe dégagée, se rapprocha d'Hermione Granger. Cette fille lui donnait l'impression d'être travailleuse, futée et débrouillarde, et pas particulièrement méchante, du moins à première vue. Peut-être pourrait-elle être l'amie dont il avait besoin.
-Nous allons commencer par reprendre l'exercice de l'Expelliarmus, tonna la voix d'Agamemnon. mettez-vous deux par deux, et impressionnez-moi !
-Je peux me mettre avec toi ? demanda Harry à Hermione Granger.
-Bien sûr ! s'exclama celle-ci d'un ton excité.
Elle était pleine admiration pour Harry Potter, qui devançait tout le monde dans tous les cours sans paraître avoir le moindre effort à fournir.
Le Petit Lord trouvait qu'elle faisait montre d'un enthousiasme démesuré pour tous les cours. Cela traduisait immanquablement une certaine pureté d'âme, non ?
Il passa tous les autres cours de la semaine assis à côté d'elle, avec un plaisir de plus en plus grand à mesure qu'il réalisait à quel point elle semblait déplaire à Draco.
Hermione était gentille. Un poil intransigeante, parfois fatigante, mais vraiment gentille : elle se préoccupait presque autant du bien-être et de la réussite des autres que de la sienne et celle de sa Maison, ce qui était un trait de caractère très rare d'après les observations de Harry.
HP-LV-HP-LV
Le premier cours de Potions de Harry finit par arriver. Le garçon le redoutait à un tel point qu'il en avait eu des crampes d'estomac toute la nuit et avait même été sur le point de se rendre à l'infirmerie – ç'aurait réellement été parfait : il aurait d'une part évité Severus et de l'autre eut droit à des chocolats. Mais il se traîna la mort dans l'âme hors de la douche, s'habilla et remplit sa sacoche comme tous les matins de cours : s'il l'évitait aujourd'hui, il ne pourrait de toute façon l'éviter la semaine prochaine.
Snape le rendait furieux, triste et humilié tout à la fois. Sa trahison était source d'amertume et de colère, son amitié perdue puisait dans le chagrin qu'éprouvait Harry d'être éloigné de chez lui et retenu par les ennemis de son père, et l'humiliation de devoir se présenter devant lui en tant qu'élève – alors qu'en tant qu'ancien Maître, il aurait dû le mépriser, le sermonner, le torturer voire le tuer – consistait le summum de la déprime du petit garçon.
La salle de classe se trouvait dans les cachots, se qui raviva des milliers de souvenirs enfouis, auxquels Harry s'interdisait de penser depuis la trahison de Severus. Les élèves entrèrent dans la pièces sombre et humide sans attendre le professeur, et Harry se précipita au fond de la classe, dans le coin le moins lumineux possible, où il pourrait ruminer ses noirs idées sans être dérangé. Surprise par ce changement d'habitude, Hermione le suivit néanmoins, et commença à sortir ses affaires.
Les mains de Harry glissaient, sujettes à une moiteur subite. Son front suait et son ventre hurlait. Et surtout, le mal invisible, ce mazout interne, envahissait tout son être, montait dans sa gorge et dans sa tête, lui donnant plus que jamais l'impression d'être sale, dégoûtant même. Harry quitta son plan de travail pour se rendre au petit robinet incrusté dans le mur à deux pas de là, remonta ses manches jusqu'aux coudes et se savonna énergiquement les mains, les bras, le cou et le visage. Ses mains affichaient une vilaine rougeur, ses yeux le brûlait, mais il se trouvait immonde, là, élève parmi d'autres assistant à la classe de Severus Snape alors que le Seigneur des Ténèbres devait crier de rage contre Dumbledore dans son château d'Albanie. Il se jeta la tête sous le robinet et resta sous l'eau glacée presque une minute.
-Harry... chuchota Hermione en s'approchant de lui. Ça va ? Qu'est-ce que tu fais ?
Son timbre sonnait inquiet.
Le Petit Lord voulut la rassurer d'un vague hochement de tête, et retourna à sa place tout dégoulinant.
Le professeur Snape entra dans le cachot en faisant claquer et la porte et sa cape derrière lui. Un silence total se fit. L'homme était, comme à son habitude, vêtu de noir. Il avait coupé ses cheveux et paraissait plus jeune, presque aussi jeune que Tonks. A part ça, il affichait son éternel masque oscillant entre impassibilité et mal-amabilité. Il survola chaque rang de son regard corbeau, ne s'arrêtant pas sur Harry. Leurs yeux ne se rencontrèrent même pas.
-Ouvrez vos livres à la page 52.
La voix n'était rien de plus qu'un murmure, et pourtant on en entendait chaque intonation bien distinctement.
Harry tourna les pages jaunies de son manuel en tremblant. Est-ce que Severus allait l'ignorer longtemps ?
Potion de ratatinage.
-Vous savez ce que vous avez à faire.
Le professeur s'assit et, dans un soupir commun, les élèves se penchèrent sur la liste des ingrédients.
-Il exagère, bougonna Hermione, d'habitude, il nous dit au moins comment faire. Regarde : couper les racines de marguerite. Les couper comment ? En petit morceaux en gros morceaux ? Dans le sens de la longueur ?
-Tais-toi Hermione, souffla Harry de façon quasi inaudible.
Celle-ci obéit, et pencha la tête pour observer Harry.
-Tu es très pâle. Tu veux que je t'accompagne à l'infirmerie ?
-Non non. Je me sens pas très bien c'est tout.
Après s'être discrètement raclé la gorge, il ajouta :
-C'est comme ça pour les racines de marguerite.
Il fit la démonstration devant elle, et la petite fille sourit, ravie.
-Tu es sûr ? Super !
Ils pelèrent leurs figues en silence. Des sueurs froides montaient dans le dos du garçon dès que Severus Snape s'approchait un peu de leur rangée. Mais ce dernier ne vint pas examiner leur plan de travail.
Chenilles coupées en tranche : cinq.
Foie de rat : un.
Sangsues : deux.
-Si mes parents me voyaient en train de découper des chenilles, sourit Hermione en imitant l'exact largeur des tranches de chenilles de Harry.
Le garçon fronça les sourcils.
Après plusieurs minutes de découpage silencieux, il murmura :
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Quoi ? fit Hermione, replongée dans la lecture attentive des instructions.
-Que si tes parents te voyaient découper des chenilles... ?
-Ce sont des moldus, sourit Hermione. Ils trouveraient ça dégoûtant. Et puis ça fait vraiment cliché de vilaine sorcière tu ne trouves pas ? ...Qu'est-ce qu'il y a ?
Harry venait de se couper le doigt sous l'effet de la surprise, et reculait présentement à pas précipités vers le lavabo. Son teint livide laissait voir les veines de son cou.
-Ça va ? s'inquiéta Hermione.
Le garçon plongea la tête dans l'eau sale du lavabo, plein de pelures de figues et de pétales de marguerites.
Moldue.
Oh, c'était trop injuste ! Pourquoi fallait-il qu'en cherchant à se purifier, il se salît au contact d'un sang si impur ? Pourquoi tout ce qu'il faisait allait-il de travers ? Harry avait l'impression d'être engagée sur une pente inexorable, tombant tout droit dans un puits sans fond rempli d'un liquide noir et gluant. Une Sang-de-Bourbe ! Il avait failli devenir ami avec une Sang-de-Bourbe ! Il n'existait pas de reniement plus complet des préceptes du Seigneur des Ténèbres.
Harry sortit la tête de l'eau et inspira profondément. Ses yeux se mouillèrent de larmes, mais il les ravala et serra les dents.
J'ai une malchance abominable, mais il ne sera pas dit que le petit Lord a courbé la tête devant la malchance. Les grands hommes font leur chance eux-mêmes.
-Mr. Potter, peut-on savoir à quoi vous jouez ? murmura sèchement la voix grave de Severus. Harry ne le regarda pas et tendit le bras vers Hermione Granger, sans la regarder non plus.
-Je veux changer de place.
-Vous finirez la préparation à votre place, comme tout le monde...
-Elle est née-moldue, je veux changer de place. Je veux changer de place.
Harry entendit Severus respirer fortement, puis il sentit une poigne de fer enserrer son épaule. Il se laissa mener par la travée centrale jusqu'au bureau du professeur. Là, Severus le lâcha, fit venir tous les instruments et ingrédients du plan de travail du garçon et lui intima sèchement de finir son travail.
-Vous resterez à la fin du cours, gronda-t-il avant de retourner marcher dans les allées d'un air menaçant.
Harry finit sa potion en quatrième vitesse. Il ne l'avait jamais faite, mais elle relevait d'une simplicité enfantine. Il put bientôt observer toute la classe depuis l'habituel point de vue du professeur. De temps en temps, des élèves levaient les yeux vers lui. Draco lui adressa un sourire moqueur. Harry comprit alors pourquoi le blond affichait une moue dégoûtée chaque fois qu'il le voyait en compagnie d'Hermione, et se sentit furieux que ce petit gredin ne lui ait rien dit. Les autres Serpentards, lorsqu'ils levaient les yeux vers lui, semblaient soit indifférent, soit étrangement furieux. Les Gryffondors, pour la moitié d'entre eux au moins, lui lancèrent des regards haineux. L'autre moitié des regard étaient remplis d'une incompréhension si profonde qu'elle ressemblait à de l'étonnement dans son appareil le plus simple.
Hermione seule semblait malheureuse comme les pierres.
Lorsque la cloche de l'école sonna la fin du cours, les élèves se mirent à jeter pêle-mêle leurs ingrédients dans leur chaudron pour finir à temps, et touillèrent nerveusement une dernière fois, sous le regard acéré de Snape, qui pinçait les lèvres d'un air désapprobateur.
-Versez un échantillon de votre potion dans une fiole, marquez-la de votre nom et de votre Maison et venez la déposer sur mon bureau en quittant la salle.
Les élèves se hâtèrent d'obéir, pressés d'échapper à l'ambiance tendue et oppressante du cachot. Harry inscrivit « Harry Potter, Serpentard » sur l'étiquette et la colla avec application sur sa petite fiole, qu'il posa à touche-touche avec celle de Ronald Weasley. Puis, en réponse à l'approche de Severus, il se leva du fauteuil et repassa de l'autre côté du bureau. Il attendit alors, planté comme un piquet, que tout le monde fût sorti.
La porte du cachot se referma en grinçant sur Dean Thomas ; Harry entendit le pas léger de sa course enjouée sitôt qu'il eût quitté la classe ; en comparaison, l'atmosphère autour du bureau du Professeur Severus Snape était d'un lugubre foudroyant.
Harry était encore sous le coup de la révélation d'Hermione.
Mais bientôt, face à cet homme qu'il connaissait depuis toujours et auquel il n'avait plus parlé depuis presque trois ans, il sentit ses dernières préoccupations s'évaporer, pour laisser aux blessures plus anciennes et plus profondes l'opportunité de se rouvrir tranquillement.
L'espace d'un vertigineux instant, il s'imagina contournant le bureau et sautant aux bras de Severus. Severus ! Severus son ami, son mentor, son professeur, Severus le seul mangemort avec qui il avait jamais pu discuter, Severus celui auquel il avait souvent dit « tu » et « vous » dans la même phrase.
Mais le vertige disparut, s'engouffrant dans les sombres souvenirs plus récents. La lettre de Lord Voldemort. Severus a trahi. La haine du Seigneur des Ténèbres, l'esprit revanchard des mangemorts, l'incompréhension de l'Héritier, et cette colère brûlante et glacée qui hérissait les poils de ses bras et de sa nuque.
-Pourquoi êtes-vous parti, murmura Harry d'une voix rauque et tendue.
Cela sonnait moins comme une question que comme un reproche. Un regret.
Severus posa ses doigts tremblants sur son sous-main. Il fixa le garçon.
Ce gosse ne se rendait-il réellement pas compte qu'il était la cause de tout ? Pouvait-il réellement ignorer à quel point Lord Voldemort, aussi grandiose et fou qu'il soit, tenait à lui d'une façon tout à fait déraisonnable et le détruirait de façon tout aussi déraisonnable dès que l'enfant grandirait trop, dès qu'il prendrait de l'importance, lui ferait concurrence, s'opposerait à lui ? Pouvait-il ignorer, d'autre part, le destin glorieux qu'avaient dessiné pour lui les ennemis du Seigneur des Ténèbres ? Ne pouvait-il pas au moins se rendre compte qu'il était la clé de la guerre interminable qui divisait les sorciers, ne pouvait-il pas, au vu de son enfance, de son éducation, des enlèvements et des diverses manipulations qu'il avait subies, se rendre compte de cela ?
Ne pouvait-il pas comprendre que Severus seul voulait le protéger envers et contre tous, qu'il s'agît des mages noirs ou des mages blancs ?
Ne pouvait-il pas comprendre qu'il était parti pour lui ?
Mais Harry n'était qu'un enfant. Un enfant extraordinaire, certes, mais un enfant. Il avait onze ans. Tout ce qu'il voyait, c'était que son ami l'avait abandonné, tout ce qu'il comprenait, c'était que son père était en colère, tout ce qu'il pouvait voir, c'était que Dumbledore tenait à le faire jouer au Quidditch. Les ressorts de la guerre lui échappaient.
Severus ne répondit pas. Cela ne servait à rien. C'eût été du gâchis que de faire à nouveau Harry de la peine à Harry en lui sortant des salades, ou pire, la vérité. Que Severus pouvait-il faire ?
Jouer son rôle de professeur de Potions, Directeur de Serpentards.
-Potter, murmura-t-il d'un ton qu'il s'efforça de rendre le plus neutre possible, ce que vous avez dit de Miss Granger mérite une retenue, mais ce serait insuffisant à vous faire comprendre la gravité des mots que vous avez employés.
Harry, la mine sinistre, resta impassible. Il ne tiqua même pas à la mention de « Potter ».
-Nous sommes en guerre, reprit la voix grave de l'homme. Et la Maison de Serpentard souffre déjà suffisamment de préjugés sans que vous veniez leur donner une raison d'être. Quoiqu'on vous ait appris, considérez que tous les élèves qui étudient à Poudlard, quelque soit leur extraction, y sont de plein droit.
Le Petit Lord, derrière les verres ronds de ses lunettes, adressa à l'ex-mangemort un regard lourd de sens.
Severus n'aurait su dire depuis quand le garçon savait lire, mais le fait était qu'il avait quatre ans et demi, et qu'il savait lire. Assis côte à côte sur un banc, leurs quatre mains parcourant le Grand Livre du Sang de Salazar Serpentard, ils lisaient et relisaient l'échelle de classification des sangs. Sur l'immense page, une frise lourdement enluminée descendait du soleil pour s'enfoncer sous la terre parmi les vers.
-Reprenons, Harry : en haut, les sorciers...
-Les sang-pur, énonça la voix claire de l'enfant tandis que son petit doigt soulignait les mots en question, puis les sang-mêlé, puis les sang-de-bourbe, puis les sang-tourné, puis les moldus.
-Bien, et aujourd'hui, comment appelle-t-on les sang-tourné ?
-Les ramols.
-Les cracmols. Qui est en haut de la frise ?
-Les sang-pur ! C'est la race supérieure, ils touchent le soleil ! s'exclama l'enfant en tapant sur l'enluminure dorée.
-Qui est en bas ?
-Les moldus ! Avec les vers !
-Avec qui frayes-tu ?
-Les sang-pur uniquement, répondit le petit d'un ton sérieux.
-Oui, c'est bien, le félicita le mangemort avec un manque d'entrain certain. Mais sache qu'éventuellement, le maître peut accepter de fréquenter des sang-mêlé.
-Ah bon ? Mais, s'ils sont sales ?
Le mangemort haussa les épaules.
-Le jugement revient au Seigneur des Ténèbres.
-Vous dîtes que les sang-de-bourbe ont le droit de fréquenter les murs ancestraux de Poudlard ? énonça Harry d'une voix pâle.
-Je dis que les nés-moldus, faîtes-moi le plaisir de les appeler ainsi, sont aussi sorciers que les sang-pur.
-Comme vous voudrez. Né-moldu ou sang-de-bourbe, la signification est exactement la même, répliqua le garçon.
Severus faillit – faillit – asséner un coup très violent à Harry : lui révéler qu'ils étaient tous deux de sang-mêlé. Mais sondant les yeux de l'enfant, il n'y vit que colère et désespoir, et jugea cruel d'accentuer le chaos dans cette âme là.
-Votre retenue se déroulera vendredi à vingt heures avec Mr. Rusard. Sortez.
Harry jeta un dernier regard noir à Snape. Et un dernier regard peiné à Severus. Et sortit en claquant la porte.
Le professeur n'entendit pas l'habituel son des pas de course d'un élève libéré de ses cours. Le pas de l'enfant était traînant et lourd.
HP-LV-HP-LV
Cette nuit là, le Petit Lord eut les pires difficultés à s'endormir. Son corps accusait pourtant une lourde fatigue sans parler de son esprit, ou de son âme, qui elle croulait sous la fatigue émotionnelle. A une heure où toutes les créatures vivantes des alentours dormaient profondément, il s'assit dans son lit, et observa le ciel étoilé par la fenêtre du donjon. Il finit par se lever pour se rendre dans la salle de bain du dortoir où sans allumer la lumière – contenue dans une petite orbe renfermant un Lumos, qu'il fallait simplement effleurer pour déclencher – il actionna le robinet de la douche et se déshabilla. Se laver devenait sinon une obsession, un réflexe. Il passa un temps indéterminé à savonner, frotter, gratter le moindre centimètre carré de sa peau. Lorsqu'il se rhabilla, se vêtant du pyjama rayé gris et vert que lui avait choisi Tonks, il sentit que sa peau était à vif en plusieurs endroits, surtout dans le creux de ses mains. Il retourna près de son lit et ne put se résoudre à se glisser entre les draps chauds, lui qui était si propre, il risquait de se salir au contact de la couche dans laquelle il avait macéré plusieurs heures. Il arracha tous les draps, ouvrit la fenêtre et les y suspendit, pour les purifier par le vent nocturne. Après quoi il s'assit dans le bow de la fenêtre, appuya son crâne contre la pierre froide. Il ferma les yeux et finit pas s'endormir en dépit de ses frissons.
HP-LV-HP-LV
En se réveillant, harry songea dans un éclair de lucidité transperçant sa dépression qu'il lui fallait absolument se trouver cet ami pur et bon qui équilibrerait la noirceur qu'il avait en lui et qui polluait tout. Il tira sur ses draps humides et glacés pour les rattraper, et les jeta sur son matelas.
Au petit déjeuner, assis entre un élève inconnu plus âgé, et Blaise Zabini, qui discutait à voix basse avec Théodore Nott, Harry étudia les visages qui l'entouraient.
Il ne trouverait pas son ami parmi les Serpentards. Aucun de ceux de son dortoir ne correspondait à ce qu'il recherchait – Draco était trop vilain, Blaise trop semblable à lui-même, Vincent trop malveillant, Gregory trop débile ; il rencontrait les mêmes profils chez les filles.
Dans les Maisons de Serdaigle et Poufsouffle, il ne connaissait encore personne. Tous ses cours jusqu'à présent avaient eu lieu en commun avec les élèves de première année de Gryffondor. Son emploi du temps de fin de semaine l'informait qu'il aurait cours de Botanique avec les élèves de Poufsouffle, de sport avec ceux de Serdaigle, et d'Entraînement au Duel avec toutes les Maisons confondues. Mais quatre-vingts pour cent de ses cours se passaient avec ceux de Gryffondor.
Dean Thomas, qui avait d'abord paru sympathique au petit Lord, présentait le même défaut singulier qu'Hermione Granger, qui le rendait indiscutablement infréquentable. Le Fils des Ténèbres était surpris de constater le taux de sorciers d'extraction moldue déambulant tranquillement dans l'ancestral et honorable collège. Seamus Finnigan, indécollable de Dean Thomas était à supprimer de la liste précisément pour cette raison. Neville Londubat, poltron mollasson qui regardait l'écusson de Serpentard comme une menace, ne convenait pas non plus à Harry. Restait Ronald.
Ronald Weasley.
Harry inspira profondément, saisi d'un bizarre tremblement compulsif, puis prenant son courage à deux mains, il abandonna son petit déjeuner pour aller à la rencontre du garçon facilement repréable à ses cheveux roux flamboyants. Ce dernier se trouvait assis à côté de Neville Londubat, plongé dans une séance d'angoisse quelconque à le lecture de son emploi du temps, et Dean Thomas, parlant avec animation à son ami Seamus Finnigan. Ronald lui, s'empiffrait joyeusement de muffins. Harry vint appuyer son genou sur le banc qui accueillait les royaux popotins des lions.
-Salut, dit-il au groupe. Ronald ?
Celui-ci, la bouche pleine, leva ses yeux bleu ciel vers Harry Potter, qu'on lui avait pour la première fois présenté plus de trois ans auparavant – en prononçant son nom avec inquiétude ; sa mère Molly Weasley lui avait même clairement recommandé d'être prudent, et même d'appeler à l'aide au premier mouvement suspect. Cette première rencontre aurait pu constituer un passif désagréable si Ronald ne l'avait pas à peu près totalement oubliée. Il ne se rappelait que d'avoir tenu une conversation spéciale avec le garçon brun, conversation dont le sujet lui échappait. En revanche, ce dont se souvenait Ronald, c'était l'attitude de Harry Potter ces derniers jours : celle de lundi en cours de vol, qui avait rendu le roux admiratif, et celle de la veille en cours de potions, affreuse, qui avait aussitôt effacé la sympathie potentielle qu'il pourrait lui porter. Le père de Ron lui avait toujours enseigné que personne n'avait le sang plus « pur » que quiconque.
-Ouais, Potter ? répondit-il alors.
Les traits du brun étaient peints d'un étrange sérieux. Il sembla hésiter.
-Serais-tu mon partenaire pour les sortilèges, cet après-midi ?
-J'ai déjà un partenaire, fit le roux en désignant Neville Londubat – on ne sentait pas un grand enthousiasme dans cette affirmation.
Et il ajouta :
-Et même si j'en avais pas, je frayerais pas avec toi, Potter !
Harry sembla accuser le coup. Il retira son genou du banc, son visage se ferma, son regard devint sombre. Intérieurement, il se dit que Ronald avait dû sentir le mal qui l'habitait et préférait s'en tenir éloigné. San rien dire, il recula d'un pas raide et quitta la Grande Salle.
-Moi de toute façon, je traîne pas avec les Serpentards, articula distinctement le rouquin.
-Ils ont pas l'air très sympa dans l'ensemble, fit remarquer Dean, encore étranger au classique antagonisme entre lions et serpents.
-Tous les sorciers qui ont mal tourné étaient à Serpentard, chuchota Ron d'un air de conspirateur.
-Ah oui ? fit Dean en fronçant les sourcils en direction de la table des vert et argent, du côté opposé de la salle.
Seamus haussa les épaules :
-J'pense qu'ils sont pas tous si pires.
-Moi si j'avais été réparti à Serpentard, j'aurais préféré repartir chez moi tout de suite, reprit Ron.
-Carrément ? demanda Dean.
-Moi aussi, j'aurais préféré, gronda Neville d'un air déterminé qui ne lui était pas habituel.
-Tous mes frères m'auraient détesté, fit le roux en pâlissant, ç'aurait été la crise familiale.
-Vous avez vu que Serpentard est en tête dans les sabliers ? intervint Seamus.
-Les sabliers ? questionnaires les autres.
-Les sabliers qui comptabilisent les points de chaque maison, pour gagner le Coupe des quatre Maisons. Serpentard est en tête.
Un grand jeune homme mince au visage anguleux passa à ce moment à côté d'eux, entendit leur échange, leur adressa un salut et leur lança :
-On compte sur vous pour combattre Serpentard les jeunes ! Moi je m'occupe de Flint sur le terrain de Quidditch !
Seamus afficha un sourire rayonnant de joie et d'admiration.
-C'est le capitaine de l'équipe de Gryffondor ! s'exclama-t-il en réponse aux regards interrogateurs de ses camarades. Oliver Wood ! Il paraît que c'est le meilleur gardien que t'as jamais vu. Ah, qu'est-ce que j'aimerais être pris dans l'équipe !
-Voui, moi aussi, avoua Ron en avalant goulûment le contenu de son gobelet de jus de citrouille. Mais les première année n'ont pas le droit de posséder leur propre balais. C'est dommage hein ?
-Hé, intervint Dean, vous aimez le foot ?
Neville, Ron et Seamus lui lancèrent un regard perplexe.
HP-LV-HP-LV
Harry pleurait.
Il marchait d'un pas rigide, l'oeil absent, ses doigts se raidissant de façon incontrôlable, comme s'il s'empêchait de saisir sa baguette magique, et les larmes coulaient sur ses joues.
Il se sentait si seul. Il avait le sentiment que Ronald Weasley était sa dernière chance. A présent il était abandonné. Il avait pourtant tellement envie de... d'arriver à... Il ne savait même pas ce qu'il voulait, mais de toute évidence, il avait échoué. Son âme malheureuse se gonflait de sanglots, et dans son corps il n'y avait plus qu'un tourbillon noir bouillonnant, puant et dégoûtant. Le Petit Lord était malheureux et furieux. Il appelait de ses voeux la gangrène morbide, le monstre de magie noire qui devait déclencher un Symptôme Un, mais ce monstre restait endormi.
Harry savait comment le réveiller.
-Magia obscura, murmura-t-il.
Le bois tiède et lisse de sa baguette avait déjà glissé dans sa paume à vif, et le premier sort franchit ses lèvres comme un courant d'air se faufile dans un interstice imprudemment négligé.
Il commença doucement.
-Absumo una edo.
De sa baguette sortit un mince filet gris qui se dispersa sur la pierre du mur et commença à le grignoter. C'était fascinant à regarder. La magie noire était toujours fascinante à regarder. Le sortilège rongea la pierre, pourtant solide, pourtant enchantée, il la rongea doucement, elle s'effrita en pleurant. On pouvait entendre le gémissement du château qui saignait. Harry fit un pas sur la gauche, deux. Le filet gris, prenant progressivement de l'ampleur, suivit son mouvement. Harry sautilla deux fois sur ses pieds, et s'élança dans le couloir. Le sortilège gronda et le suivit, lézardant les murs immémoriaux, dont les pierres se brisèrent et ricochèrent pathétiquement sur le dallage.
-Ah ah ah ah ah ! riait le garçon sans que les larmes de la défaite ne cessent de couler de ses yeux. Ah ah ah ah ah !
Tous le monde s'écarta sur le passage de ce gamin fou. Le Petit Lord sentit le Symptôme Un chatouiller ses entrailles.
Oui, comme ça, vas-y, viens, je t'attends... Encore !
Il ne venait pas. Cette saloperie ne venait pas, pile au moment où Harry avait besoin d'elle.
-ABSUMO ! cria-t-il en visant le lustre du Grand Hall, dans lequel il était arrivé.
L'immense oeuvre, lourde de milliers de bougies et de cristaux finement taillés, sembla littéralement exploser, puis tomba du plafond au milieu de la pièce. Sa chute créa le bruit d'une enclume s'écrasant sur une pile de verre, ainsi qu'une secousse d'une amplitude insoupçonnable. Cinq ou six élèves présents sur les marches de l'escalier de marbre hurlèrent et remontèrent précipitamment. Harry chancela, et sentit son premier sortilège grandir sous ses pieds et fendre les dalles, il s'enfuit fiévreusement, pris à son propre jeu, et monta les escaliers en courant et en riant nerveusement.
-Pas assez, pas assez, répétait-il le regard affolé mais l'esprit encore clair.
Il ne voulait plus avoir l'esprit clair. Il voulait justement que le Symptôme Un lui vole son esprit, il ne voulait plus être aux commandes, il voulait oublier ; il voulait être ivre. Derrière ses talons, les marches se craquelaient sinistrement comme si Poudlard avait voulu l'engloutir.
Le Petit Lord pleurait d'impuissance. Pourquoi cela ne marchait-il pas ? Comment cela s'était-il passé les fois précédentes ? Il n'en savait fichtre rien, il se souvenait seulement de l'énervement intense, de la colère qui précédait ses crises sanglantes. Enervez-moi, supplia-t-il silencieusement. Oh, je vous en prie, énervez-moi !
Soudain il trouva.
DUMBLEDORE !
Il continua de grimper les escaliers quatre à quatre en direction du bureau du Directeur, au troisième étage, en songeant que si Dumbledore ne parvenait pas à l'énerver, alors rien ne le pourrait. Mais Dumbledore l'énerverait. C'était forcé. Dumbledore était là pour ça. Chaque fois qu'il parlait, chaque fois qu'il souriait, chaque fois qu'il était lui-même, Harry sentait son sang bouillir, il avait toujours envie de répliquer, de le frapper, ou de s'en aller pour ne plus le voir, oui, Dumbledore était parfait ; que Dumbledore apparaisse !
Et il apparut, comme sur demande. Il avait courut, et se tenait devant l'enfant, immense, la baguette à la main.
Le sol continuait de craquer, et le vieux sorcier écarquilla les yeux en s'apercevant de l'état de l'escalier derrière Harry ; ses joues s'empourprèrent et il semblait presque furieux lorsqu'il lança un sonore « Finite Incantatem ». Le Petit Lord n'aurait jamais cru qu'un sortilège si simple pût venir à bout d'une magie noire si puissant, et pourtant, les craquements furent aussitôt avalés par un silence polaire. Harry pleura de rage, courroucé de voir son oeuvre ainsi ridiculisée.
-Harry, fit le vieux sorcier en s'approchant. Harry, mon enfant...
A ces, mots, le visage du garçon se figea dans une expression d'étonnement. Puis, un ricanement monta par échelon depuis ses côtés, secouées convulsivement, jusqu'à sa gorge, qui s'ouvrit finalement sur un grand éclat de rire dément. Le son résonna magnifiquement dans les voûtes du château. Lorsqu'il cessa enfin, et que le jeune Harry Potter rouvrit les yeux pour fixer Albus Dumbledore, ce dernier givra sur place.
-Je ne suis pas... votre enfant, articula le garçon derrière un large sourire.
Ses iris étaient consumés d'une uniforme couleur sang.
-Sectusempr.. !
-Destructum ! tonna une voix de côté.
Le sort explosa sur la poitrine de Harry, et Agamemnon courut aussitôt sauter sur celui-ci, qui se relevait déjà un nouveau sortilège aux lèvres.
-Albus aidez-moi ! Il faut le mettre K.O. ! hurla le professeur de Forces du Mal en administrant un violent coup de poing à l'enfant.
-Morris arrêtez ça ! l'engueula le directeur en devenant blanc.
-Aidez-moi, bordel ! répliqua celui-ci, la sueur au front.
Harry se défendait par de violent coups de poings chargés de magie – qui brisèrent deux côtes à son agresseur – puis, les jointures de ses doigts devenues blanches à force de serrer sa baguette, il se mit à débiter tous les sortilèges d'attaque qu'il connaissait, ce qui faisait une sacrée liste, et surtout de sacrés dégâts alentours. Certains d'entre eux, magiquement déterminés, atteignirent Agamemnon, ou même Dumbledore. Par la force incontrôlable du Symptôme Un, il put se dégager de l'emprise du professeur, et l'envoya même se cogner contre une armure à plusieurs mètres.
-Faîtes quelque chose ! supplia Agamemnon à l'adresse d'Albus. Il faut l'immobiliser ! tonna-t-il, à terre. Combattez-le ! Combattez-le sérieusement !
Le lieutenant se releva en gémissant.
Albus était déjà lancé dans le combat. Le grand sorcier reconnaissait cette puissance, cette folie, cette énergie dévastatrice partant dans tous les sens. C'était le Voldemort du début. Voldemort à l'époque où il était jeune homme. Albus était à la fois terrifié, mortellement déprimé et irrésistiblement fasciné par ce phénomène. Le petit Harry Potter se changeait-il – se changeait-il déjà – en mage noir ?
HP-LV-HP-LV
-Monsieur le Directeur, je vous en prie, asseyez-vous, fit Mrs Pomfresh d'un ton sec qui rendait le « je vous en prie » complètement hors-sujet.
Le grand homme continua de marcher de long en large devant le lit de Harry.
-Vous aussi, monsieur Denhaert ! exigea l'infirmière en faisant apparaître une chaise d'un « pop » autoritaire.
Le professeur de Forces du Mal, affichait un visage sombre qui lui donnait un air de ressemblance avec Severus Snape – avec une barbe et dix ans de plus. Albus Dumbledore ne cessait de se frotter les yeux et de s'essuyer le front. Il froissait et défroissait ses paupières, souhaitant candidement voir l'enfant dans son lit d'infirmerie disparaître dans un son de clochettes, et que tout ceci ne se soit pas produit. Et d'un autre côté il essuyait son front en sueur, contraint et résolu à faire face aux évènements. Il n'avait pas le choix : il fallait comprendre, puis il fallait agir. La procédure allait ainsi.
-Il est dangereux, finit-il par dire à haute voix, en ayant l'air fortement déprimé par ce constat.
Car cela signifiait qu'il ne pouvait pas le garder au sein de son école. Jamais Dumbledore ne se permettrait de mettre en danger la vie de ses élèves, or si Harry Potter devait agir comme un fou-furieux...
Agamemnon interrompit le cours des pensées du directeur par un « hmm » songeur, un « hmm » qui signifiait « j'ai quelque chose à dire, je ne sais pas si c'est pertinent mais j'ai envie de le dire quand même ». Puis il changea d'appui en grimaçant – et Mrs Pomfresh lui ordonna à nouveau de s'asseoir. Cette fois, Agamemnon obéit, et s'assit doucement sur la chaise posée à côté du lit du garçon.
-Il ne devrait pas recommencer, dit-il alors.
-Vous savez quelque chose ? demanda le directeur après un froncement de sourcils.
Agamemnon soupira.
-C'est le premier symptôme, lâcha-t-il. C'est assez fréquent dans l'Ecole d'Insan.
-Comment ça ?
Albus Dumbledore, le teint pâle, s'assit de l'autre côté du lit. Mrs Pomfresh joignit les mains au ciel en remerciement, et s'agenouilla auprès du directeur pour commencer à soigner sa jambe. Les robes du directeur étaient imbibées de sang.
-C'est ce qui arrive aux enfants qui pratiquent la magie noire intensément depuis très longtemps, lorsque leurs nerfs sont portés à vif.
Albus Dumbledore se tut, réfléchissant.
-Ça arrive aussi à ceux qui ont déjà pratiqué un peu la magie noire avant d'entrer à l'Ecole, et se mettent brusquement à la pratiquer de manière intensive, poursuivit Agamemnon. C'est un phénomène qu'on ne connaît pas bien – enfin, moi je ne le connais pas bien, mais le fils d'Insan pourrait vous en parler. Ça touche l'essence magique. C'est...
Agamemnon grogna, ne trouvant pas ses mots. Albus Dumbledore était suspendu à ses lèvres. Le professeur de Forces du Mal écarta les mains :
-C'est le premier signe du pourrissement de l'essence magique, en gros.
-...Des crises de démence lorsque les enfants sont sujets à trop de pression ou d'énervement ? résuma le directeur.
-Voilà.
Albus inspira profondément. C'était complètement insensé. L'Ecole d'Insan était encore pire qu'il ne le croyait jusqu'ici. Il flinguait l'essence magique de ses élèves – il flinguait ses élèves – pour le simple plaisir de faire sur eux ses petites expériences.
-Je vais devoir rendre visite à ce cher Insan, lâcha le barbu en se levant.
Mrs Pomfresh faillit recevoir un coup de genou et s'en alla en maugréant.
Agamemnon leva les yeux au ciel – c'était précisément ce qu'il redoutait.
-Nooon, fit en tendant les mains comme pour retenir le directeur déjà en route. Vraiment, ça ne sert à rien.
-Je me disais que je pourrais lui rappeler l'état de ses deux filles aînées, dit Albus d'un ton dur.
-Comment savez-vous ça ? tiqua Agamemnon.
-Disons qu'après les avoir handicapées à vie, il m'a contacté pour savoir si je pouvais faire quelque chose.
Les deux hommes se regardèrent.
-J'ai fait ce que j'ai pu, dit Albus d'un ton où perçait un imperceptible tremblement. Je croyais que leur état était dû au Doloris. Maintenant que je sais ce qui se passe dans son Ecole, cet... ce...
-Ça s'appelle un Symptôme Un.
-Je vais retourner voir ses filles...
Le vieil homme avait le vague espoir de pouvoir changer quelque chose maintenant qu'il connaissait les raisons de leur handicap.
-...Puis je vais rendre visite à Insan. Je ne lui demande pas de changer ses programmes ! ...Il serait simplement temps qu'il arrête de détruire la vie de ses élèves ! gronda le mage.
-Hmm, fit Agamemnon, ce qui cette fois signifiait « certes, je suis d'accord ; votre démarche est inutile, mais je suis d'accord ».
Mais la barbe argentée ne quitta pas l'infirmerie immédiatement. D'abord, Albus partit s'excuser auprès de Pom-Pom d'avoir manqué de lui asséner un coup de genou, et il accepta même complaisamment de la laisser bander son mollet droit en toute tranquillité. Puis, comme il continuait de retourner dans sa tête les informations données par son professeur de Défense Contre les Forces du Mal, il revint à Harry :
-Vous disiez que ça ne se reproduirait plus ?
Agamemnon jeta un oeil à l'enfant endormi. Amoché, mais enfin endormi.
-Normalement, ça n'aurait même pas dû se produire. Dans le cas du Petit Lord – Harry Potter, se corrigea-t-il – le premier symptôme se déclenche dans un contexte de pratique intensive de la magie noire. Je peux... si vous voulez, je peux vous obtenir une copie du dossier médical dressé par Johan.
-Johan... le fils d'Insan, c'est ça ?
-Oui. C'est aussi le médecin de l'Ecole.
-Ça alors. Le temps passe vite. Je croyais qu'il était encore enfant.
-Il l'est. Il va sur ses quatorze ans. Voulez-vous le dossier de Harry ?
-Oui.
-Je disais que le contexte de Poudlard n'aurait pas dû déclencher de crise. Mais je crois que le Petit Lord l'a déclenchée lui-même. Vous avez-vu les dégâts qu'il a faits avant de manifester le symptôme ?
-Ce n'était pas ça le symptôme ?
-Non, ça c'était une petite plaisanterie, sourit Agamemnon. Il voulait faire une crise. Mais elle n'a commencé que lorsque vous l'avez vu. Vous savez, quand il s'est mis à rire : c'est là que ça a commencé. Je pense que c'est ce que vous lui avez dit juste avant, ou alors votre simple présence qui l'a rendu fou. Provisoirement.
-Vous vous rendez compte de ce que vous dîtes ? répliqua Albus, atterré.
-Ouais : vous êtes capable d'énerver Harry Potter au point de déclencher un Sympome Un. Félicitations. Avec ça, allez faire la morale à Insan.
Agamemnon sourit l'espace d'une seconde, puis retrouva son air mauvais.
-Mais même si vous l'avez énervé, cette crise n'aurait pas eu lieu s'il n'avait pas utilisé une magie noire si puissante juste avant. Et même s'il a utilisé la magie noire, la crise n'aurait pas eu lieu si vous n'aviez pas été là pour l'énerver. Voilà pourquoi je dis que ça ne devrait pas se reproduire. Arrangez-vous pour que les deux éléments déclencheurs ne se rejoignent plus, et vous êtes tranquille.
-... Vous en êtes certain ?
-J'en mettrai au feu les orteils qu'il me reste.
-Combien vous en reste-t-il ?
-Huit. Ce petit con m'en bouffe un chaque fois que j'interviens dans ces crises.
-Et vous mettriez au feu les huit qu'il vous reste ? Dame, c'est sérieux. Bon, il pourra dormir dans son dortoir ce soir, dans ce cas. Je vais en parler à Minerva et à Severus.
HP-LV-HP-LV
Harry serait bien resté à l'infirmerie. Il n'y avait personne, rien que les lits blancs et les murmures des visiteurs. Quels sorts Dumbledore avait-il utilisés contre lui ? Son bras gauche avait la couleur et le poids d'une branche morte. Dans tous son corps les remèdes de l'infirmière combattaient encore les vestiges des puissants et pernicieux sortilèges qu'il avait reçu, et la douleur de ce combat interne donnait la migraine à l'enfant. Sans compter dans sa poitrine grondaient encore les derniers assauts de son Symptôme Un.
Et lui, quels sorts avait-il utilisés contre Dumbledore ? songea-t-il en relevant ses paupières gonflées. Devant lui, le grand mage blanc boitait, sans émettre un gémissement. Le petit Lord souhaita que l'ennemi de son père endure le maximum de souffrances possibles. Il l'avait entendu parler avec Agamemnon pendant la brume de son sommeil, mais le professeur des Forces du Mal ne les accompagnait pas. Harry sentait encore le goût du sang dans sa bouche. Il ignorait s'il s'agissait du sien ou de celui du lieutenant – il se souvenait avoir mordu Agamemnon avec acharnement à plusieurs reprises.
Devant lui, Albus Dumbledore, donc. Harry suivait ses pas sans même réfléchir à où il allait. Parce que sur sa gauche, il y avait Severus, et il ne voulait pas le voir, le regarder, même croiser sa personne dans son champ de vision, il ne savait pas pourquoi, mais c'était comme ça, et d'ailleurs, il n'avait aucune envie d'analyser ce qui se passait en lui. Il était épuisé, cabossé, déprimé ; il n'avait qu'une envie, se coucher.
Dumbledore les quitta car il n'allait pas dans la même direction qu'eux, et Severus émit un « Potter » d'une neutralité à pleurer alors qu'Harry s'apprêtait à emboîter le pas du directeur.
-Par ici, vous allez regagner votre dortoir.
Il ne dit plus un mot jusqu'au donjon, ils gravirent en silence l'escalier menant à la salle commune de Serpentard, et le directeur de la Maison ne franchit pas le passage secret après lui, se contentant d'un regard inexpressif destiné, devina Harry, à le faire culpabiliser sur sa conduite. Le garçon lui tourna le dos sans même prendre la peine de l'assassiner mentalement, sentit les larmes emplir ses yeux. Il ne les essuya pas car ses joues et ses paupières étaient trop sensibles. Agamemnon l'avait sauvagement frappé, il y avait probablement pris plaisir, cette enflure. Le Petit Lord se dit qu'il devait avoir le visage bleu et violet et que ça n'avait aucune importance.
Il rejoignit son dortoir sous les regards des élèves de Serpentard dont pas un ne manqua de le suivre jusqu'à ce qu'il disparaisse de leur vue. Il monta lourdement les marches. Plus ça allait, plus il pleurait. Il se déshabilla lentement, doucement, et alla flanquer son corps endolori sous un jet d'eau brûlant. Il saisit la bouteille de savon de Draco « Doux savon pour une peau pure », s'en versa partout sur le corps. Et il frotta, frotta, frotta. Quand ses doigts se mirent à piquer et brûler et que sa peau bronzée fut couvertes de griffures blanches et roses en plus des multiples bleus et cicatrices que lui avait fait récolter sa crise, il se versa du savon dans la bouche, mâcha, recracha, plusieurs fois. Quand sa bouche fut propre, il avala deux gorgées de savon, sachant que ça ne suffirait pas à le nettoyer à l'intérieur. Mais ça le fit vomir, ce qui était assez satisfaisant.
HP-LV-HP-LV
Harry sentait sous lui la douceur des draps tièdes, et tout autour l'édredon moelleux conte lequel il s'était pelotonné durant la nuit. Il entrouvrit les yeux, qui se posèrent sur Vincent et Gregory, occupés à jouer non loin de là. Ou plutôt Vincent occupé à martyriser Gregory non loin de là. Vers la gauche, un bruit d'eau indiquait que Blaise ou Draco faisait sa toilette. En sifflotant.
-Oh quel dessin débile, ricana Vincent en s'emparant d'une feuille de papier posée à côté de Gregory. Des p'tits poissons ? T'es vraiment trop débile, mon gros bébé. Hop, regarde ! s'exclama-t-il en chiffonnant la feuille.
« Mon gros bébé ». Harry ferma les yeux. Vincent était déjà vilain naturellement, mais lorsqu'il empruntait les expressions acides de Draco, ça devenait d'une laideur insoutenable. Harry n'entendit pas Gregory répondre, et supposa que comme à son habitude, ce dernier baissait les yeux pour se faire oublier. Vincent dit autre chose, mais les couvertures qui l'enveloppaient empêchèrent Harry d'entendre distinctement. Bercé par la grosse voix de Vincent, il se rendormit.
Lorsqu'il s'éveilla à nouveau, le réveil sur sa table de nuit affichait huit heures moins cinq, ce qui signifiait qu'il avait cinq minutes pour s'habiller s'il voulait descendre prendre son petit déjeuner avant le premier cours. Il en était à se demander s'il voulait réellement prendre son petit déjeuner dans la Grande Salle quand il entendit la voix traînante de Draco signaler qu'il laçait ses souliers et qu'il fallait se dépêcher car son altesse avait faim. Harry se redressa sur les coudes, incarnation du découragement. Il vit Gregory, juste à côté de son lit, lisser soigneusement une feuille froissée, la poser sous son livre de Botanique, puis retirer son pull et sa chemise qu'il avait tachés de dentifrice. Il ressemblait à ces chérubins rose pâle peints au plafond de la salle d'examen de l'Ecole d'Insan Greek. Leurs regards durs et leurs joues rebondies avait toujours à moitié fait flipper le Petit Lord, qui trouvait que c'était une idée vraiment spéciale de représenter des bébés gras, ailés, armés d'arcs et pleins de cette morgue étrange qu'on lisait dans leur expression faciale, une expression d'adulte.
Gregory avait le même physique : ses poignées d'amour lui donnait un air mou ; ses joues rondes et sa moue de perpétuelle incompréhension lui donnaient un air bizarrement malveillant. Pourtant, il ne l'était pas.
-Alors, mon gros bébé, il faut que je vienne t'habiller ? appela Draco depuis le palier.
Vincent ricana. Lui, il était vraiment con.
-J'arrive ! s'exclama Gregory.
Harry aurait presque pu dire ce qui allait se passer à la seconde près. Gregory enfila rapidement une nouvelle chemise et un nouveau pull, passa la tête dans sa robe de sorcier qu'il n'avait pas déboutonnée la veille, jeta sa sacoche sur son épaule et courut rejoindre Draco et Vincent. Les yeux de ce dernier se fixèrent sur les lacets défaits de son camarade, rétrécirent à mesure de sa proie arrivait, et lorsque Gregory passa près de lui, il marcha volontairement sur son lacet. Evidemment, le garçon s'étala de tout son long. La voix irritée de Draco leur fit savoir à tous qu'il en avait assez de ces imbéciles et qu'il descendait manger. Vincent se retint manifestement de rigoler stupidement et répéta « Ouais, t'es vraiment un imbécile, on n' a pas que ça à faire » avant de descendre rejoindre Draco.
-Attendez-moi ! protesta faiblement Gregory en se redressant précipitamment.
Harry ne sut pas ce qu'il lui prit, mais il y avait comme un besoin urgent d'agir en lui.
-Bordel, s'exclama-t-il, tu peux pas lui ficher la paix ?
Il s'était levé, avait enjambé Gregory et attrapé Vincent par le col. Draco remonta à toute vitesse les dix marches qu'il avait descendues.
-Tu as un problème, Potter ? siffla-t-il.
-Oui, répondit Harry d'un ton tranchant.
Il devait faire peur ainsi, à menacer Vincent Crabbe, le gringalet pas le moins du monde impressionné par la stature du mastodonte, le regard noir, le poing serré, l'expression teigneuse, là, à moitié nu, son visage couvert de taches noires et jaunes et sa poitrine de griffures.
-Mon problème, c'est ce débile, cracha-t-il au visage de Vincent. Toi aussi, t'es un problème, Draco, tous les gens ici, sont un problème, mais ce type, j'ai envie de me le faire !
Il avait soulevé Vincent de plusieurs centimètres et celui-ci, fronçant les sourcils d'un air menaçant, n'en menait pas large.
-Ah ouais ! s'esclaffa Draco. Tu as envie de te le faire ? Ben vas-y ! Je suis sûr que tu peux te permettre de semer la pagaille tous les jours ! Je parie que les profs vont adorer !
Harry lui lança un regard noir, et pour toute réponse, il cogna brutalement Vincent contre le mur. Le « plonc » froid que fit son crâne en frappant la pierre était assez fort pour blesser, assez faible pour ne pas laisser de marques. Harry le jeta ensuite dans les bras de Draco, qui faillit basculer sous le poids.
-Tiens ! Si tu veux mon avis, c'est celui-là, ton gros bébé.
Puis il partit s'enfermer dans la salle de bain.
Quand il ressortit, il constata avec surprise que Gregory l'avait attendu. Harry le regarda mais ne dit rien, et enfila sa robe par-dessus ses vêtements. Au moment de sortir du dortoir, un peu gêné, il se tourna vers son camarade. Celui-ci lui adressa un grand sourire naïf. Harry faillit le lui rendre, désarmé. Il haussa les épaules et invita silencieusement Gregory à le suivre. Celui-ci sauta ses pieds et lui emboîta le pas.
En sortant, il dit :
-J'aime pas Vincent.
-Tu m'étonnes, répondit Harry.
Satisfait d'être approuvé, Gregory fit un sourire pour lui-même. Le Petit Lord ne put se retenir de l'imiter.
HP-LV-HP-LV
Au fil de la journée, l'apaisement se déploya en lui. Harry était vraiment satisfait de Gregory. Il ne passait pas son temps à médire sur ses voisins comme Draco. Il ne passait pas son temps à échafauder un truc futile comme Blaise, ni à ricaner méchamment comme Vincent, Pansy – ou Bellatrix, du reste. Il était de sang pur, au contraire de Granger. Il partageait la vision du monde à laquelle Harry était habitué, et pas celle, opposée, de Ronald Weasley et Neville Londubat.
Mais, surtout, il avait un sourire chaleureux, un regard doux, il riait pour des choses toutes simples, comme un triton qui sautille hors de son chaudron, en potions. Et aussi, il se goinfrait avec une gourmandise inatteignable. (Harry aimait bien ce côté là.)
Ce que Gregory avait de spécial, c'était qu'il rêvassait toute la journée, plongé dans son monde, et il dessinait des poissons et des oiseaux multicolores dès qu'il en avait l'occasion. Ce n'était pas un esprit brillant à la façon d'autres personnes. C'était un esprit pur.
Avant sa retenue, le soir, Harry l'emmena explorer les toits du château.
Aussi étonnant que cela put paraître, Gregory n'était pas un petit gros qui se traînait en soufflant comme un bœuf. D'une part, il était moins gros qu'il y paraissait lorsqu'il se trouvait à côté de Draco, puisqu'alors on le confondait par analogie à Vincent Crabbe qui était vraiment un mastodonte. « Rondouillet » correspondait davantage à Gregory, et de façon surprenante comme le découvrait Harry, il courait et sautait avec légèreté. Il se cassait régulièrement la figure, pas par maladresse, mais par manque total d'attention. On aurait dit qu'il vivait dans sa bulle et se fichait profondément de la gravité. Tomber du haut d'un muret de deux mètres lui était indifférent, de même que se tordre la cheville ou bien dégringoler des escaliers sur les fesses. Du reste, il était bien loin d'être aussi empoté que Londubat.
En fait, Harry le comprit rapidement, seule les humiliations le peinaient. Il détestait Vincent de tout son cœur.
-Où on va ?
-J'avais envie de faire un tour sur les toits, sourit énigmatiquement Harry en gravissant la dernière marche de la Tour Nord.
-Sur les toits ? s'écria son camarade.
-Oui, Gregory, répondit patiemment Harry en sautant entre deux créneaux, puis en attrapant le bord d'une tuile.
-En fait, c'est Greggy, répondit le garçon d'une petite voix. C'est comme ça que m'appelle Maman.
Harry sourit pour lui-même, et sauta sur le toit. Il regarda la nuit. Le parc. La forêt. Il sentit l'air doux venir caresser ses joues et son cou.
-Tu viens Greggy ? fit-il en tendant sa main.
Greggy sauta vivement sur le toit, et Harry regarda bêtement sa main. Puis il la rangea dans la poche de sa robe et sourit au paysage nocturne. Il ferma succinctement les yeux et inspira profondément.
-Wahou, c'est beau... souffla la voix fascinée de Greggy.
Harry se retourna et vit qu'il avait grimpé au sommet du toit de la tour, et se tenait enlacé au clocher, le regard perdu dans l'immensité de la campagne. Le Fils des Ténèbres se leva et écarta les bras théâtralement.
-Ce monde est à moi.
HP-LV-HP-LV
Il se présenta devant le bureau de Rusard avec une ou deux minutes de retard, mais ne cilla pas devant l'affreux regard que lui lança le concierge. Cet homme, aussi laid et tordu puisse-t-il être, ne lui faisait vraiment, mais vraiment pas peur. Harry en avait vu d'autres. Il avait bien plus peur d'Albus Dumbledore.
Il suivit le concierge en silence tandis que celui-ci éclairait le chemin d'une torche, jetant des ombres dansantes sur les murs de pierre. Son pas légèrement claudiquant résonnait sinistrement. Harry se sentait bien.
-Voilà, jeune délinquant. La salle des trophées. Tu dois nettoyer chaque coupe et chaque médaille, et gare à toi si je retrouve la moindre trace de doigt sur les vitres. Interdiction d'utiliser la magie. Tu trouveras chiffon et produit nettoyant dans ce coffre.
Harry avança d'un pas ou deux dans la pièce. Rusard alluma cinq torches avec une lenteur effroyable, se rendant auprès d'elles pour les enflammer une à une. La lumières jaune orangée éclaira bientôt toute la pièce. Il s'agissait d'une vaste salle dallée dont les murs recouverts d'étagères et d'armoires vitrées accueillait des centaines et des centaines de trophées.
Le Petit Lord songea d'abord que c'était beau, ensuite que c'était un peu ridicule, et enfin qu'il allait passer une semaine à nettoyer tout ça.
-Sans magie, répéta-t-il en jetant un regard inexpressif au concierge.
-Hé hé. Sans magie. Et estime-toi heureux, Potter, si ça ne tenait qu'à moi, tu recevrais des coups de fouet.
Harry se retint de hausser un sourcil. Puis il se demanda s'il n'aurait pas préféré les coups de fouet.
Rusard s'en alla en ricanant et grommelant à demi, dispensant au chat qui l'accompagnait un discours brouillon sur le bon vieux temps où l'on faisait ce qu'on voulait aux élèves récalcitrants, sans regard au règlement. Harry se retrouva seul.
Parce qu'il fallait bien commencer quelque part, il ouvrit la première porte vitrée et étudia l'un des trophées, au hasard. L'objet était gravé au nom de Severus Snape, 1976, sorti majeur de la promotion en Potions Avancées. Sans se demander comment diable il avait pu tomber sur le foutu seul trophée qu'avait gagné Severus, Harry le reposa brusquement. Il remarqua que toutes les coupes de cette armoire récompensaient des prouesses en potions. Et aussi que seules celles situées sur le devant de chaque étagère avaient été recouvertes d'une fine pellicule de poussière. Il n'aurait donc pas grand chose à nettoyer. Il sortit sa baguette.
Puis, après un moment de réflexion, il la rangea. S'il achevait sa retenue trop rapidement, il risquait d'éveiller les soupçons. Se saisissant donc des chiffons et produits nettoyants indiqués par Rusard, il entreprit de frotter superficiellement les quelques coupes poussiéreuses.
Si seulement Claude avait été là pour lui tenir compagnie, songea-t-il en refermant la première armoire. Ils auraient bien rigolé.
Il se retourna et avisa les dizaines d'autres étagères d'un air mauvais. Et se remit au travail en soupirant. L'armoire voisine contenait encore des trophées de potions.
Alors qu'il nettoyait distraitement la deuxième étagère de l'armoire, son regard accrocha un nom.
Tom Riddle.
Sa main s'immobilisa dans le chiffon.
Tom Riddle, ça, c'était son père, pensa-t-il en sentant son souffle s'accélérer. Il saisit doucement le trophée, et fit disparaître la poussière qui le recouvrait. 1937, put-il lire.
Seigneur Salazar, songea-t-il en fermant les paupières. 1937 ? Son père avait reçu ce trophée cinquante-cinq ans auparavant. Il avait donc... au moins soixante-six ans. Harry rouvrit lentement les yeux et observa l'objet sous tous ces angles. Il caressa pensivement le nom de Tom Riddle, tentant d'imaginer à quoi pouvait ressemblait sa vie à cette époque. A l'époque, son père aussi était loin de chez lui, mais lui, personne ne l'attendait à la maison. Ce devait être terrible, de se sentir ainsi seul, abandonné.
Harry reposa le trophée, le regard brillant d'émotion. Puis son oeil fut à nouveau attiré par celui d'à côté. Tom Riddle. 1938.
Il fronça les sourcils. Il examina les trophées suivants : sept étaient au nom de Tom Riddle, un par année de 1937 à 1943. Inspirant précipitamment, le Petit Lord alla plonger son nez dans l'armoire voisine, puis dans celle d'à côté, à la recherche de la moindre occurrence de ce nom maudit qui avait été celui de son père avant qu'il ne prenne celui de Voldemort.
C'était incroyable. Dans chaque domaine, chaque année, Tom Riddle avait remporté une récompense honorifique. Harry découvrit même qu'il avait été Préfet de Serpentard, puis Préfet-En-Chef. Il se sentit à la fois étourdi d'admiration, assommé par l'ampleur de la tâche à accomplir pour se montrer à la hauteur des espérance du Seigneur des Ténèbres, mais aussi, étrangement, un peu rassuré.
Tom Riddle avait vécu ici, et s'était intégré, inséré dans le système, jusqu'à en devenir un membre représentatif. Harry se dit que Lord Voldemort ne pourrait pas lui en vouloir d'avoir tenté la même expérience, après tout.
Il s'assit par terre au centre de la Salle des Trophées, histoire de profiter de la vue d'ensemble de toutes ces coupes qu'avait gagnées Tom Riddle, et de se laisser envahir par l'immense fierté qu'il ressentait.
Au centre de la pièce se tenait le présentoir sur lequel étaient disposées les coupes des Quatre Maisons, et les coupes de Quidditch. Harry appuya sa tête sur la vitre, et inspira profondément. Juste au-dessus de lui se dressait une grosse coupe dorée soigneusement enveloppée dans un écrin de soie. Un vif d'or brillait d'un reflet moiré sur le devant du trophée. Et sur la plaque, on pouvait lire :
« GRYFFONDOR, 1977
« Capitaine : James Potter, attrapeur. »
Fin du chapitre 20
J'ai eu un petit problème à un moment donné avec l'italique (encore et toujours le logiciel d'édition de FeufeuNet !) j'espère que ça n'a pas perturbé la lecture. Le plus important, c'est pour les flash-back, et là ça a bien marché.
Bon... vous l'attendiez... vous m'en voulez de ne pas l'avoir montré... vous voulez SAVOIR ce qui se passe en Alban.. - non en fait tout ce que vous avez envie de dire c'est "NOM DE DIEU, et VOLDEMORT ???"
Oui oui, il arrive =) Dans le prochain chapitre, nous serons gratifiés de Sa sublimissime présence (et je vous conseille pas de rigoler, il n'est pas d'humeur). J'espère que ce chapitre vous a plu, et j'espère que la suite vous plaira toujours,
dans tous les cas, vous savez qu'une review me fait très plaisir et m'encourage,
biz
Lupiot
