Coucou :) Un nouveau chapitre dans un délai raisonnable, histoire d'occuper l'une de vos longues soirées d'hiver.
A tous les "anonymes" ayant laissé un message, je dis merci du fond du coeur, en espérant que la suite de l'histoire ne vous décevra pas. Aux autres, merci aussi bien sûr, mais ça, je vous l'ai déjà dit par mail ;)
Et à tous les lecteurs invisibles, j'espère que ce nouveau chapitre vous plaira.
(Je continue de reporter l'insertion des citations entête à plus tard, pour des raisons de logique scénaristique...)
Petit, Chapitre 21
HP-LV-HP-LV
Le lendemain matin fut un samedi d'un glacial ciel bleu. Un temps idéal pour le Quidditch, d'après Marcus Flint – que Harry voulait bien croire sur parole : pour ce qu'il savait du Quidditch, le temps idéal était n'importe lequel du moment qu'il ne pleuvait pas.
Les autres joueurs rejoignirent le capitaine et sa nouvelle recrue au centre du terrain. Harry remarqua que Marcus, du haut de ses quinze ans, était le plus vieux des sept garçons ainsi réunis, et en déduisit aussitôt que le capitaine ne voulait pas avoir sous son autorité des élèves plus vieux que lui. Vu le caractère m'as-tu vu du jeune homme, cela lui semblait l'explication la plus probable : il avait dû exclure de l'équipe les joueurs plus vieux et plus expérimentés que lui. Il s'adressa aux garçons d'un ton décontracté, les mains dans les poches :
-Les amis, je vous présente Harry Potter, notre nouvel attrapeur. McGo pense qu'il est surdoué.
Il enchaîna aussitôt – il n'aimait pas particulièrement mettre en avant un petit morveux, aussi talentueux soit-il : la première place devait toujours lui revenir. Harry sourit pour lui-même. Marcus aligna d'un vague signe de main les membres de l'équipe.
-Adrian Pucey, Craig Montague, les poursuiveurs de l'équipe de Serpentard, dit le capitaine en désignant deux garçons d'un mouvement nonchalant. Je complète le trio. Crois-moi, tu souhaites à personne d'être pris en Pince de Parkin entre nous trois ! sourit-il en shootant distraitement dans un caillou.
Ils éclatèrent tous de rire dans une atmosphère bon enfant.
Le premier, Adrian, âgé d'une quinzaine d'années, reniflait son opportuniste de fort loin, avec ses petits yeux brillants enfoncés dans leurs orbites et son sourire qui ne formait qu'une mince ligne tordue. Comme une partie des opportunistes, il ne l'était pas devenu par défaut, en témoignaient ses importants pectoraux, mais bien par vocation. Le second, Craig, brun et bronzé, futur bel homme, mâchonnait une sucrerie en jetant des regards de convoitise à peine voilés à l'écusson de capitaine de Marcus. Harry savait qu'il couchait dans le dortoir des deuxième années, il n'était donc pas bien vieux.
-Là tu as Corbin Warrington, reprit Marcus – il fit claquer son poing contre celui du gardien de l'équipe. J'aimerais dire que le souaffle ne passe jamais avec Warrington, mais je ne peux pas vraiment. Mais si ça passe, y aura de la casse dans les rangs adverses, ça je peux le dire.
Corbin, solide garçon, un peu plus grand que son capitaine, affichait un regard indéchiffrable. Harry sentit instinctivement qu'il aimait bien cogner. (Avec derrière lui une enfance chez les mangemorts et deux ans de scolarité dans une école de fous-furieux, c'était le genre de choses qu'il sentait instinctivement.)
-Et enfin tu as Lucien Bole et Peregrin Derrick, poursuivit le capitaine, qui joueront au poste de batteurs. Lucien est dans l'équipe depuis deux ans, mais Perry est nouveau, comme toi.
-T'as pas gardé Terence ? murmura Adrian.
-Nan, sa tête me revenait pas. J'aime bien la tête de Perry. Hein Perry ?
Peregrin répondit par un sourire de gremlin.
Lucien portait sur ses traits la vilenie et la bonhomie mêlées que, s'il l'avait connu, Harry aurait pu comparer à celles de son cousin Dudley Dursley. Quant à Peregrin, comme Lucien de trois ans plus vieux que Harry, il faisait, lui, à peine la taille de Harry, mince et blond, le visage constellé de tâches de rousseurs, les iris délavés, il le salua d'un petit mouvement de tête et d'un nouveau sourire de gremlin. Harry se dit que s'il avait besoin de s'appuyer sur quelqu'un, il y avait Greggy, il y aurait Perry et s'il s'y prenait bien, il y aurait Marky – il ne parvenait pas à prononcer le nom de « Marcus » sans songer à son ex cuisinier.
-Bon, les terreurs, laissa glisser Marky en enfourchant son balai. Dans les airs !
Harry ne se le fit pas dire deux fois. Il monta sur le balai que lui avait dégoté son directeur de maison – il n'osait songer que c'était Severus qui lui avait acheté un balai... – et s'éleva dans l'air pur et piquant de cette matinée automnale. Aussitôt, il sentit le vent jusque dans son coeur. Flottant à une vingtaine de mètres, il reprit son souffle, les joues rouges. Puis, de bonheur, il se laissa tomber en chandelle en criant. La sensation de voler n'avait rien de comparable avec tout ce que le Petit Lord avait pu connaître jusqu'à présent. Ou alors avec une chose seulement.
Le piano.
Harry ferma les yeux et remonta en chandelle en tournoyant, chantant dans sa tête une mélodie de Chopin. Oui, c'était ça : la liberté. La sensation de n'avoir peur de rien, plus aucun ennui, juste cette extraordinaire émotion de félicité qui l'envahissait. Tout à fait comme lorsqu'il se mettait au piano. Il fit un looping.
-Hey ! Le prodige ! Mollo, tu vas t'écraser comme une crêpe ! cria Adrian.
Pour toute réponse, Harry s'éleva encore plus haut, puis sauta de son balais, lâchant prise, se laissant tomber dans le vide. Son coeur battit à cent à l'heure et il entendit les piaillements terrorisés de Marky. A vingt mètre du sol, il appela son balai d'un puissant ACCIO, l'enfourcha en un tournemain et fusa à nouveau dans les airs en éclatant de rire.
Adrian siffla d'admiration.
-C'est... c'est un taré, souffla Marky, qui s'était, l'espace d'un instant, vu rapporter le cadavre de Harry Potter à McGo – elle lui aurait arraché la tête, littéralement.
Harry sentit la plaque autour de son cou s'échapper de son polo de Quidditch. La chaînette vint se caler sur son nez et la plaque fouetter son oreille. Il sourit. La plaque disait :
« GRYFFONDOR, 1977
« Capitaine : James Potter, attrapeur ».
Il n'avait pu résister à la tentation de la dérober dans la salle des trophées, lors de sa retenue, la veille. (Il n'était pas non plus du genre à violemment combattre la tentation de chaparder un objet qui lui faisait envie). Il l'avait percée d'un trou et y avait passée une chaîne dérobée à Draco.
Non, Harry ne remplaçait pas la boucle d'oreille offerte par Lord Voldemort par la plaque chantant les louanges sportives de James Potter. Cela ne lui avait même pas traversé l'esprit. Ce qui lui avait traversé l'esprit était bien plus profondément émotionnel que cela : il avait lu le nom de « James Potter » et s'était figé devant ce nom, changé en statue de sel. « James Potter » n'avait toujours été qu'un nom, un nom sans aucune espèce d'importance, puisque c'était celui de ce type que Voldemort avait assassiné le jour de sa deuxième naissance.
Mais voilà. Tout à coup, James Potter prenait vie. Il était un adolescent, un joueur de Quidditch, un attrapeur, tout comme Harry. Le Petit Lord savait ce que Lord Voldemort pensait du Quidditch : comme toutes les choses dont il ne parlait jamais, il les méprisait et les tenait à un degré d'insignifiance pétrifiant. Ce qui était fort contrariant pour le petit garçon brun à lunette qui venait de se découvrir une passion pour ce loisir.
Or, James Potter lui tombait du ciel à ce moment-là, comme une véritable bénédiction : vas-y, mon fils, joue au Quidditch.
Lorsqu'il entendait « Vas-y, mon fils, joue au Quidditch » dans sa tête, c'était par la voix de Voldemort.
Harry se mélangeait méchamment les pinceaux, et n'en avait cure.
HP-LV-HP-LV
Comme toutes les semaines, Draco reçut un colis bourré de petites gâteries soigneusement emballées par sa mère aimante. Mais ce lundi-là, vicieusement épinglée sur le paquet se trouvait une enveloppe blanche sur laquelle la minutieuse calligraphie de son père disait « Draco » (sur le ton de : « Draco, ouvre-moi, que je gâche ta journée »).
Le petit blond saisit la missive avec une moue contrariée, et la tourna entre ses mains d'un air indécis pendant plusieurs minutes, son regard revenant au petit paquet coloré qui lui, susurrait « Draco, ouvre-moi, tu vas m'aimer ! ». Finalement, le garçon glissa la lettre dans la poche intérieure de sa robe sans l'ouvrir.
En face de lui, Harry l'observa déballer ses diverses sucreries, clairement envieux.
-En veux-tu une, Potter ? proposa le blond d'un ton aimable.
Le brun fronça légèrement les sourcils, méfiant.
-Oui, je veux bien.
-Dommage, car tu n'en auras pas !
Draco partit alors d'un rire particulièrement satisfait, fier de sa forfanterie. A côté de lui, Vincent voulut l'imiter mais ne fit que cracher du jus de citrouille par les narines. Après s'être vivement reculé pour ne pas être douché, Harry haussa un sourcil, l'air de dire « rira bien qui rira le dernier », et agitant sa baguette sous la table, il murmura « Retregno ».
Le pantalon de Draco se mit alors à rétrécir. Le petit prince des Serpentards crut d'abord avoir abusé de la brioche parfumée à la fleur d'oranger que les elfes leur avaient préparé pour le petit déjeuner, et déserra sa ceinture. Puis, très vite, il la défit complètement, et déboutonna son pantalon, le visage grimaçant, se sentant de plus en plus comprimé. Harry, Greggy et leurs voisins observèrent la scène d'un air intéressé. Un léger sourire flottait sur les lèvres d'Harry, un large réjoui sur celles de Greggy, qui se mua en éclat de rire lorsque le prince de Serpentard s'écroula de son banc en se dandinant pour retirer son pantalon devenu riquiqui.
Sous les moqueries de toute la table, Draco finit jambes nues, rouge comme un coquelicot, et s'en fut d'un air furieux et peu digne en s'enveloppant dans sa robe. Harry et Greggy firent claquer leurs paumes.
HP-LV-HP-LV
Deux semaines s'étaient écoulées depuis son arrivée, et Harry commença à sentir le besoin de contacter son père. La découverte de Poudlard et toutes les rencontres et préoccupations qui allaient avec, avaient retenu le Seigneur des Ténèbres loin de ses pensées. Sans compter que comme tous les enfants, Harry avait vite fait d'oublier l'autorité parentale lorsqu'elle n'était pas directement menaçante et proche. Il commença donc à s'en rappeler lorsque, en toute logique, son papa se mit à lui manquer.
Il n'était plus déprimé. Aussi, sa première réaction ne fut pas de soupirer d'injustice et de se mettre à pleurer. Non, il était à nouveau conscient, fort, et opérationnel. Sa première pensée fut donc...
Papa doit être dans une rage folle.
Il réalisa en effet que :
1) L'Ordre l'avait à nouveau enlevé, ce qui suffisait à rendre Lord Voldemort plus dangereux qu'une dragonne à qui on a volé son œuf.
2) Il n'avait pu le contacter par sa boucle d'oreille enchantée, qu'on lui avait retirée, ce qui signifiait que son père n'avait aucune nouvelle de lui, ce qui signifiait qu'Il avait des raisons de s'inquiéter, ce qui se traduisait, chez le mage noir, par une envie de faire des horcruxes et/ou d'assassiner tout le monde, comme chacun le sait.
Harry devait lui écrire au plus vite. Il devrait l'assurer qu'il allait bien, qu'il était... il devrait mentir un petit peu, juste un petit peu... dire qu'il était retenu à Poudlard, et qu'il reviendrait pour les vac... – qu'il s'enfuirait le plus tôt possible.
Harry se sentit un peu mal, à nouveau. Mais à ce moment là, Greggy sauta sur son lit avec une feuille de papier à la main et s'écria :
-Regarde ! Là, c'est toi ! Et là, c'est moi !
Le dessin représentait deux poissons face à face : celui de gauche, long et anguleux, tirait la tête et fronçait les sourcils d'un air menaçant. Il était en outre bariolé de gris, de noir et d'argenté, avec une ou deux taches de rouges entre les écailles. Le poisson de droite présentait la forme arrondie d'un hochet pour bébé, souriait et brillait des couleurs de l'arc-en-ciel.
-Pourquoi je fais la tête ? demanda Harry.
Greggy le regarda de ses grands yeux noirs et innocents.
-Parce que tu fais la tête !
Harry se rendit compte qu'il était effectivement en train de froncer les sourcils d'un air peu sympathique. Ok, songea-t-il.
-Je vais les découper ! s'exclama Greggy d'un air émerveillé d'avance.
Greggy n'était pas bête. Harry ne supportait pas d'entendre dire qu'il était bête. Greggy était... pur. Il ressentait les choses. Il était aussitôt malheureux lorsqu'il y avait une mauvaise ambiance quelque part, et joyeux dès qu'il n'avait aucune raison d'être malheureux. Greggy était un compagnon très facile à vivre.
-Tu sais que tu peux les faire voler, si tu veux, lui suggéra Harry en s'allongeant par terre à côté du garçon occupé à découper son dessin.
Celui-ci lui adressa un regard incrédule.
-Regarde, fit Harry.
Il dirigea sa baguette sur le petit poisson coloré et prononça un « Wingardium Leviosa ». Le dessin se mit alors à léviter puis tournoyer, suivant les mouvements de baguette de Harry.
-Mais oui ! s'extasia Greggy. Wingardium Leviosa ! Wingardium Leviosa ! se mit-il à scander en direction de tous les dessins qu'il avait découpé depuis le début de l'année.
Des multitudes d'oiseaux et de poissons multicolores se mirent alors à flotter dans la pièce. Harry sourit d'un air idiot, immergé dans l'univers de son nouvel ami. Pour de vrai, c'était plaisant. Complètement sans intérêt, mais très, très plaisant.
Draco entra alors dans la pièce d'une démarche souveraine, leur jeta un regard atterré, fit « Mpf ! », s'assit sur son lit, sortit une enveloppe de sa robe et tira d'un coup sec les rideaux de son lit à baldaquins.
Harry se leva en s'assombrissant et adopta la figure qu'il adoptait lorsqu'il faisait face à tous les mangemorts, sur son trône, à côté de son père le Seigneur des Ténèbres. Une figure qui donnait envie d'obéir sans discuter.
De son côté, Draco se liquéfiait de plus en plus à mesure qu'il parcourait les lignes manuscrites tracées par son père Lucius Malfoy.
« ...si l'Héritier est à Poudlard, fais-le moi savoir... », « ...surtout, fais-t'en un ami... », « ...n'oublies pas, il est toujours le Fils des Ténèbres... », « ...je sais que ces choses dépassent ton niveau de compréhension, tu n'es encore qu'un enfant... », « ...notre Maître n'a encore donné aucune indication... », « ...sache que s'Il venait à apprendre qu'il est arrivé du mal à son Héritier, nous serions tous dans une situation concrètement très périlleuse... », « ...si ce mal était de ton fait, j'en subirais les terribles conséquences... », « ...sois prudent, mon fils, et réponds-moi immédiatement. »
Alors que Draco, le teint blanc, lisait ces derniers mots, le rideau s'ouvrit brusquement sur Harry, qui se plaça face à lui et lui ordonna, d'un ton péremptoire, détachant bien ses mots :
-Prête-moi ton hibou.
Le blond leva vers lui un visage effrayé.
-Je... je... Oui bien sûr.
Il inclina la tête.
-Duchesse est à la volière, murmura-t-il en se levant pour l'y conduire.
Harry fut très surpris de se voir obéir si rapidement. Il rangea sa baguette, n'y comprenant rien.
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-Waoow... ...ça pue, fit remarquer Harry en pénétrant dans la volière.
-Duchesse ! appela Draco.
-A qui sont tous ces hiboux ? s'étonna le brun.
Il n'en avait jamais vu autant dans la grande salle.
-A l'Ecole, pour la plupart, répondit Draco sans le regarder. Les élèves qui ne possèdent pas de hibou peuvent les utiliser.
-Ah, dans ce cas, je n'aurai pas besoin du tiens, sourit Harry. C'est bon, le congédia-t-il en lui jetant un regard dur.
Le blond lui renvoya un regard troublé, secoua son bras droit pour faire s'envoler Duchesse, et quitta la volière sans un mot. Une fois seul, Harry parcourut le grenier la tête en l'air, fasciné. Puis, ne sachant pas comment on se faisait obéir d'un hibou, il leva le bras :
-J'ai besoin d'un coursier !
Aucune des bêtes ne fondit sur son bras avec enthousiasme. Il sortit sa baguette et la tapota sur son bras, émettant quelques étincelles vertes :
-Je fais pleuvoir dans la volière si l'un de vous ne vient pas tout de suite avec moi !
Le grenier frémit d'un bruissement d'ailes collectif, et plusieurs volatiles se dirigèrent vers lui. Le premier à se poser sur son bras fut une petite chouette noire aux yeux d'un jaune sournois. Harry lui montra les dents, elle claqua du bec en réponse.
-Je sens qu'on va bien s'entendre.
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L'enveloppe jaunie avait été malhabilement cachetée de cire noire, et dans la cire, la main de l'enfant avait gravé, sans doute avec la pointe d'une plume d'oie, l'initiale « H ». Sur le devant de l'enveloppe, le destinataire « Lord Voldemort » était inscrit en majuscules, à l'encre verte. L'adresse minuscule était pour le moins imprécise : « Le château en Albanie ». Les doigts caressèrent ces mots, comme hypnotisés.
Albus reposa l'enveloppe en soupirant.
-Qu'en pensez-vous ?
-Qu'est-ce que je pense de quoi ? demanda Minerva McGonagall. Vous m'avez fait venir, je viens. Vous me demandez ce que j'en pense, je veux bien vous le dire, mais de quoi parle-t-on ?
-De cette lettre, de cette lettre. Une lettre de Harry Potter. Adressée à Voldemort.
Minerva frissonna de tout son long.
-J'avais enchanté les hiboux de la volière, ils ne devaient pas se prêter aux commissions de Harry, et donc m'apporter directement son courrier sortant.
-Je pense que c'était une excellente idée, Albus.
-Oui, moi aussi, là n'est pas la question. Alors, à votre avis ? grogna-t-il d'un air gêné en prenant son menton dans sa paume.
-...A mon avis quoi ?
-Dois-je l'ouvrir ?
-Bien sûr ! s'exclama Minerva.
Le vieil homme lui jeta un regard surpris.
-Ah bon ?
-Evidemment, répondit-elle en s'approchant du bureau pour lire par-dessus l'épaule du directeur.
Devant l'expression étonnée de ce dernier, elle compléta :
-Enfin, c'est de V...Voldemort qu'il s'agit, nous ne pouvons pas nous permettre d'ignorer quoi que ce soit le concernant.
-Hmm.
Albus saisit son coupe-papier et le plaça sous le cachet. Puis il immobilisa son geste.
-Voulez-vous le faire ? demanda-t-il à sa collègue.
-...Albus, c'est la première fois que je vous vois vous dédouaner de vos responsabilités.
Elle tendit néanmoins les mains, et saisit l'enveloppe et le coupe-papier.
-C'est probablement la première fois que vous me voyez commettre une action que je sais mauvaise, voilà pourquoi.
-Oh, ne commencez pas. Vous me faîtes pensez à Severus Snape, le réprimanda Minerva.
Elle ouvrit l'enveloppe d'un coup efficace et en sortit la feuille de parchemin.
-Ce Harry Potter écrit comme un cochon, ne put-elle s'empêcher de remarquer. « Cher Papa... », commença-t-elle avant de s'arrêter aussitôt. Seigneur Merlin... Cette lettre est-elle bien adressée à Vous-Savez-Qui ?
Albus hocha la tête en soupirant :
-Voyez pourquoi j'hésitais à l'ouvrir. Je crois que cela ne nous concerne pas.
-Nom de... Seigneur Merlin, répéta la femme. Voulez-vous que je la liste à haute voix ? finit-elle par proposer, histoire de ne pas encaisser seule les lignes choquantes qu'elle lisait.
-Volontiers. Maintenant qu'elle est ouverte.
-« Cher Papa, tu dois être inquiet et très fâché de ce qui arrive. Je n'ai pas pu te contacter avant aujourd'hui car Dumbledore m'a pris ma bouche. »
-Sa bouche ? Je suis à peu près certain de ne pas avoir fait ça.
-Non attendez, c'est mal écrit. « Dumbledore m'a pris ma boucle. » Sa boucle d'oreille, je suppose. « L'Ordre s'est introduit dans le château pendant la nuit : il y avait Kinglsey Shacklebolt, un homme et une femme que je ne connaissais pas, et Minerva McGonagall. »
-C'était Frank et Alice ?
-Oui, confirma la directrice adjointe. « Ils venaient libérer Tonks, dans les cachots du deuxième sous-sol. Ils m'ont enlevé de force, Papa, ils m'ont fait croire qu'ils ne me voulaient pas de mal, qu'ils venaient seulement pour la prisonnière, et malgré leur parole, à laquelle je n'aurais jamais dû accorder de crédit, ils m'ont attaqué. » Les choses se sont à peu près passées ainsi. Mais il oublie de préciser qu'il nous a lui-même guidés jusqu'à Nymphadora.
-Je crois que c'est un oubli volontaire.
-J'avais compris. « J'ai repris connaissance ici, à Poudlard. En attendant de trouver le moyen de m'enfuir, je suis devenu un élève moi aussi. J'ai été réparti à Serpentard, évidemment, et j'espère que de ça au moins, tu es fier, puisque je n'ai rien fait d'autre dernièrement qui mérit- », il a fait un pâté ici, je crois qu'il s'est un peu débattu avec l'accord des temps, fit savoir Minerva, « qui méritât ta précieuse considération. Je cherche le moyen de m'enfuir d'ici, mais le domaine est sous l'empire de puissantes protections, et je suis bien loin de chez moi, et je n'ai plus ma boucle d'oreille. Je ferai de mon mieux. Peut-être que, lorsque tu auras laissé passer le temps que tu estimeras nécessaire à ma propre évasion, tu pourras venir me libérer. »
Minerva éloigna la lettre de son visage et la regarda sévèrement, puis elle remonta ses lunettes sur son nez :
-...Avez-vous remarqué... qu'il essayait de s'enfuir ? demanda-t-elle, d'un air inquiet.
-Non.
-Nous n'avons rien remarqué !
-Il n'a pas essayé.
-Vous en êtes certain ?
-Oui.
Elle reprit la lecture :
-... « A part ça, je suis dans le même dortoir que les fils de Lucius, Crabbe et Goyle, mais Draco et Vincent sont d'une crétinerie abyssale ; je ne suis ami qu'avec Gregory. » Croyez-vous que l'on puisse se servir de cette lettre comme d'une preuve juridique à charge contre Lucius Malfoy, Valmond Crabbe et Goran Goyle, manifestement mangemorts ?
-Non. D'abord parce qu'il faudrait montrer cette lettre à Fudge et à tout le Magenmagot, et que nous ne tenons pas particulièrement à ce qu'ils connaissent la nature des liens qui unissent Harry Potter à Voldemort. Ensuite parce que cette lettre ne nous étant pas destinée, elle constituerait une preuve obtenue frauduleusement, donc nulle.
Il tendit la main. Minerva hésita.
-...Il reste quelques lignes, murmura-t-elle.
-Mais elles ne nous regardent pas, si ?
-...non, reconnut la femme en détournant les yeux du parchemin, qu'elle laissa glisser sur le bureau de son supérieur.
Ce dernier rangea la missive dans son enveloppe sans la lire, puis l'enveloppe dans le premier tiroir en haut à droite de son bureau.
-Sans compter, reprit soudain la directrice adjointe d'un ton railleur, que de toute façon, même s'il avait la liste complète de tous les mangemorts de Grande-Bretagne sous le nez, Fudge ne serait pas fichu d'en faire arrêter un seul.
-Il y a ça, aussi, reconnut Dumbledore, d'un ton qui laissait entendre que c'était là le principal problème.
Il ferma le tiroir à double tour.
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Lord Voldemort, le château en Albanie.
Le lieu, sanglant et froid, n'avait pas changé. Simplement, depuis la découverte de la disparition de Harry, les hurlements avaient fait place aux soupirs... et au silence.
Des corps gisaient dans la salle du trône. Etaient-ce les mêmes que la semaine passée, ou bien avaient-ils été remplacés par d'autres victimes ? Leurs grimaces figées ne le disaient pas. Le dallage du vaste hall d'entrée avait été nettoyé, mais de lugubres traces marrons s'étaient incrustées dans les jointures pour toujours.
Sur son trône, gigantesque, terrifiant et impassible, le Seigneur des Ténèbres fixait le décor d'un œil vide. Il n'avait pas adressé un mot à quiconque depuis douze jours. Ses hommes se terraient chez eux. Lorsqu'il parlait, on l'aurait cru dément. Cette impression était d'ailleurs exacerbée par les étranges dégradations physiques survenues chez lui depuis la fuite de son Héritier. Il semblait perdre ses cheveux d'un noir de jais, très rapidement. Sa peau déjà pâle avait perdu toute nuance de rose et était à présent aussi blanche que le ciel sait l'être. Seuls ses yeux paraissaient connaître un regain de vie : ses iris d'un rouge flamboyant s'étaient élargis, sa pupille s'était rétrécie comme celle d'un chat ; son nouveau regard était animé d'une folie indéterminée.
Sa folie restait indéterminée car Lord Voldemort n'avait pas encore atteint le stade de sa colère où il reprend habituellement les rênes pour mener sa terrible croisade vengeresse.
Car c'est ainsi que Lord Voldemort agit.
Il cessa soudainement de fixer le vide. Leva la manche de son bras gauche, et y appuya fermement son long doigt squelettique. La marque grisâtre imprimée sur sa peau devint d'un noir d'encre et sembla reprendre vie. Le serpent ondula imperceptiblement.
Chaque mangemort en cet instant sentit l'appel prégnant de son maître, et craignit pour sa vie. Car depuis peu – depuis la disparition de l'Héritier – l'appel du maître ne signifiait rien d'autre qu'une mort quasi certaine. Mais aucun ne manqua à l'appel, aussi impossible que cela puisse paraître. Rodolphus baissa les yeux devant le regard menaçant de son épouse Bellatrix qui revêtit aussitôt sa longue robe noire à capuchon. Lucius serra doucement la main de Narcissa, rassurant. Les plus jeunes adressèrent une rapide prièrent à il ne savaient qui : « Faîtes que je vive ! ». Gilbert Gibbon et Augustus Rookwood, ainsi que plusieurs autres, sans se concerter, avalèrent une lampée d'alcool fort. Avery transplana sans rien penser.
Ils furent tous plus ou moins tranquillisés lorsqu'ils constatèrent que l'assemblée des mangemorts au complet était convoquée. A moins d'avoir définitivement décidé d'en finir avec eux tous, un tel rassemblement était de bon augure.
Le Seigneur des Ténèbres ne se leva pas. Un infime sourire joua sur ses lèvres transparentes, lorsque tous ses fidèles apparurent et entreprirent de former les rangs. Mais il fana aussitôt.
-Mangemorts. Vous avez dû vous ennuyer ces derniers temps, murmura-t-il dans le silence total de la salle.
Seuls les frémissements timides des mangemorts incertains lui répondirent.
-Lord Voldemort a préparé pour vous les modalités de sa prochaine sortie mondaine, laissa glisser le Seigneur des Ténèbres de sa voix aiguë et sifflante. Mes amis ! lança-t-il en se levant et en ouvrant les bras – son appel résonna contre la voûte de la salle du trône. Nous allons passer chercher nos invités à Azkaban. Après quoi nous irons à la fête.
Il leva un doigt comme s'il s'interrompait lui-même :
-Quelle fête ? demanda-t-il d'un ton innocent. Notre fête ! siffla-t-il alors en réponse. Chaque ville, chaque foyer, chaque enfant recevra notre visite ! Tous les sorciers du Royaume-Uni seront mis devant un choix définitif : s'allier à Lord Voldemort, ou bien l'affronter et périr. Soyez prêts pour le plus beau coup d'état de l'Histoire !... car vous en serez les acteurs.
Pendant la seconde de silence qui suivit avant qu'il ne reprit la parole, on eût pu entendre une mouche voler. Tous les hommes en noir tremblaient d'incertitude, d'excitation et de fascination. Alors, enfin, on y était ? La guerre ouverte que le Seigneur des Ténèbres leur promettait depuis des décennies allait-elle soudain se déclencher ? Les mangemorts la souhaitaient. La pusillanimité latente de nombre d'entre eux s'effaça devant la perspective de passer brutalement à l'action. Chacun d'entre eux combattit l'envie de crier des hourras, de peur d'être le premier, de peur de contrarier Lord Voldemort, le plus grand mage noir de tous les temps, qui les invitaient à entrer dans l'Histoire.
Mais peu importait leurs tremblements et leurs hésitations, car Lord Voldemort se moquait bien des dispositions internes de ses hommes, et il enchaîna, se mettant à marcher parmi les rangs, qui s'écartèrent sur son passage pour former des cercles concentriques autour de lui :
-Selwyn et Rookwood, vous êtes chargés d'enter dans Azkaban, le jour de votre choix, mais mieux vaut pour vous qu'il soit proche. Vous préparerez le terrain.
Il entendait par là supprimer toutes les résistances.
Selwyn et Rookwood hochèrent la tête parmi la foule, mais il ne les regarda pas.
-Personne ne recrute d'ici à notre sortie, siffla-t-il soudain en s'arrêtant. Lord Voldemort se méfie des infiltrés.
Puis il reprit son pas tranquille.
-Avery, Dolohov, Mulciber, McNair, les Carrow, Jugson, Travers, Wilkes... vous serez en charge d'unités de cinq ou six hommes.
Il s'arrêta à nouveau, sous le coup de l'inspiration :
-Désormais, mes amis, susurra-t-il, vous serez une armée. L'armée du Seigneur des Ténèbres...
Il leva sa baguette et la fit glisser menace caressante, devant les visage de plusieurs mangemorts. Leurs masques blancs et noirs apparurent.
-Il y a eu trop de laisser-aller ces dernières années, trop de bonhomie. Cela va changer. Et soyez sûr que je vais bientôt faire le ménage dans mes rangs. Et ce à quoi vous avez assisté ces derniers jours n'était qu'une gentille plaisanterie en comparaison de ce qui attend ceux d'entre vous qui m'auront trompé. A ceux-là je ne peux donner qu'un seul conseil : mettez vos affaires en ordre.
Un silence de mort accueillit cette mise en garde.
-Où que vous fuyiez, Lord Voldemort vous retrouvera, murmura le vent glacé qui prêtait sa voix au Seigneur des Tanèbres.
Il fit demi-tour dans un tournoiement de cape, et les rangs se refermaient derrière lui lorsqu'il fit à nouveau face à son armée, sur l'estrade du trône.
-A tous les autres : soyez prêts. Lorsque le Seigneur des Ténèbres vous appellera, il ne tolérera pas d'excuses à votre absence. Soyez prêts.
Il s'assit.
-Lucius et Bellatrix, restez. Les autres...
Il congédia l'assemblée d'un signe de la main, comme on chasse un enfant. Les centaines d'hommes disparurent aussitôt, et Voldemort leva négligemment sa baguette vers le plafond pour rétablir l'enchantement anti-transplanage. Bellatrix et Lucius s'approchèrent de lui, s'inclinèrent profondément et vinrent baiser ses chaussures tachées de sang.
-Allez me chercher Bartemius, ordonna-t-il en guise d'autorisation à se relever.
Les deux mangemorts se reculèrent en restant inclinés, puis se mirent à marcher à grandes enjambées lorsqu'ils eurent quitté la salle du trône. En moins d'une minute, ils descendirent dans l'obscurité des sous-sols jusqu'au cachot de Bartemius Croupton junior. Tous deux fébriles, ils ne prononcèrent mot. Bellatrix s'approcha du mangemort prisonnier avec un regard mauvais, et s'accroupit à son niveau.
-T'es vivant, Croupton ?
Lucius ouvrit la porte à barreaux dans un grincement assourdissant.
Au sol, le prisonnier se mit aussitôt sur ses pieds.
-J'ai soif, souffla sa voix devenue sèche et rauque.
Lucius fronça les sourcils. Ah, songea-t-il en se remémorant les derniers évènements. Le repaire déserté cette dernière semaine avait contraint le prisonnier à vivre sur ses réserves d'eau et de nourriture, abandonné dans son cachot. Sachant cela, Croupton paraissait étonnamment vigoureux. Lucius se remémora ce qu'on disait des mauvaises herbes et tendant sa baguette il dit :
-Ouvre la bouche. Aguamanti.
-Le maître veut te voir, annonça alors la perverse Bellatrix, histoire de ne pas laisser un moment de repos au jeune garçon.
Mais celui-ci, loin de tomber à genoux de désespoir en appelant le ciel à l'aide, cessa aussitôt de s'hydrater et et fixant son aînée :
-Conduisez-moi tout de suite auprès de lui.
Sa voix faible ne trahissait pas le moindre tremblement : Bartemius parlait résolu et sans peur. Lucius passa devant lui et Bellatrix, méfiante, marcha sur ses talons. Sur le trajet, le jeune mangemort – après tout, Bartemius, s'il n'était plus vraiment adolescent, n'avait pas encore atteint l'âge d'homme – respira de manière nerveuse et syncopée, comme en proie à la plus grande impatiente – impatiente qu'il savait au fond de lui mêlée d'angoisse, mais il repoussait se sentiment par honneur et conviction, prêt à périr de la main de son maître s'il le devait.
Sitôt dans la salle du trône, ébloui par la lumière du jour qu'il n'avait plus vue depuis deux semaines, Bartemius, les yeux plein de larmes, se jeta aux pieds du trône et rampa jusqu'aux pieds de Voldemort, qu'il baisa en assurant ce dernier de son amour, son admiration et sa fidélité, trois choses que mis à part Harry, Petit Lord, Héritier, il ressentait plus fort que personne à l'endroit du Seigneur des Ténèbres.
-Mon Maître, punissez-moi si je dois être puni, mais interrogez-moi si vous souhaitez savoir ce que je sais.
Ses larmes avaient séché ; ses yeux s'habituaient progressivement à la lumière.
-J'ai en effet à t'interroger, gronda froidement Lord Voldemort, détachant ses mots. Je t'ai trouvé stupéfié devant la chambre de Harry la veille de sa disparition. Exxxxxplique moi çççççça. Harry t'avait-il attaqué ?
Il cria presque ces derniers mots, et Bellatrix nota la sueur qui brillait à son front.
-Non, Maître, répondit le jeune homme, toujours agenouillé.
Il n'avait aucune intention de mentir. D'une part, la vérité se suffisait à elle-même, d'autre part, malgré son caractère de fanatique illuminé, Bartemius n'avait rien d'un suicidaire.
-Je veillais la porte de votre Héritier, expliqua-t-il, car j'avais découvert en l'espionnant sur vos ordres qu'il rendait des visites amicales à la prisonnière de l'Ordre du Phénix, et lui apportait à manger.
Voldemort expira comme un buffle prêt à charger, et ses mains se crispèrent sur les accoudoirs de marbre.
-Je veillais sa porte, poursuivit le mangemort, quand au milieu de la nuit des intrus ont pénétré le château par une fenêtre du premier étage. Je n'ai pas su me défendre.
A ces mots, il baissa la tête pour indiquer qu'il estimait mériter une punition. Lord Voldemort, aveuglé par sa peur et sa colère, lui cria de continuer.
-Les intrus étaient deux hommes et deux femmes, et je suis certains qu'ils faisaient partie de l'Ordre du Phénix.
-C'était la veille ? s'exlamma le Lord.
-La veille de qu... commença Bertemius, un instant égaré.
-Oui, intervint Lucius.
-La veille de sa fuite, trembla le Seigneur des Ténèbres, ce lâche, ce... a reçu la visite des amis de Dumbledore dans mon château ?
-J'ignore si cette visite était programmée, Maître, reprit Bartemius. Dès que j'ai été immobilisé, ils sont entrés dans la chambre de votre Héritier, et quelques secondes plus tard, je l'ai entendu crier. Il... il vous appelait à l'aide.
« PAPA ! » avait hurlé l'enfant. Bartemius et Lord Voldemort s'en souvinrent en cet instant.
Mais lorsque ce dernier était arrivé, il avait été incapable de tirer le moindre mot au garçon.
-Pourquoi n'a-t-il rien dit ? cria le Seigneur des Ténèbres. Pourquoi n'a-t-il rien dit, réponds !
-Je ne sais pas Maître, balbutia le mangemort, cherchant quelque chose à ajouter pour satisfaire le mage noir en colère.
-Et toi ? hurla Voldemort, de plus en plus furieux. Pourquoi n'as-tu rien dit !
-L'un des intrus m'avait jeté un sortilège bâillonnant que je ne connaissais même pas, et il m'a gardé muet pendant plusieurs heures avant de se détériorer !
Soudain, Voldemort se souvint d'un détail. Retrouvant un semblant de calme, il se redressa sur son trône puis se pencha, menaçant, sur Bartemius :
-Pourquoi Harry avait-il peur de toi ? gronda-t-il.
-Mais... parce que je pouvais le dénoncer auprès de vous, mon Maître, et qu'il le savait. Je l'avais vu avec la prisonnière...
-La prisonnière ! s'exclama le Lord Noir, qui ne suivait plus aucune logique dans ses colères. Cela aurait été pardonnable ! C'était sans intérêt ! S'IL NE S'ETAIT PAS ENFUI AVEC ELLE !
Lucius et Bellatrix, médusés, observaient la scène sans mot dire, chacun s'inquiétant à part soi de l'humeur de folie qui habitait le Seigneur des Ténèbres.
-Je... reprit Bartemius en se demandant si on voulait l'entendre. Alors que vous m'aviez fait enfermer dans les cachots, j'ai vu, le lendemain, votre héritier passer devant moi, allant vers la prisonnière de l'Ordre. Il était suivi des quatre intrus de la veille et... nul ne portait de baguette... il ne semblait pas agir sous la contrainte.
Voldemort se remit à serrer ses poings. Son visage se tordit dans une grimace de rage, et sa poitrine se souleva à un rythme plus rapide que la normale tandis qu'il attendait la suite.
-Je n'ai pas vu ce qui se passait ensuite, acheva Bartemius. Mais je les ai entendus repasser devant mon cachot dans le noir.
Sa déclaration laissa place à un silence blanc. Les trois mangemorts s'alignèrent face au trône et se tinrent statiques, attendant les ordres de leur éternel seigneur ou plus vraisemblablement, le déchaînement de sa force. Les poings de Voldemort, serrés et blancs, s'écrasaient contre le marbre de son trône, ses ongles mal taillés enfoncés dans sa peau diaphane.
Tom Marvolo Riddle avait toujours vécu de haine. Le ressentiment et la vengeance avaient toujours nourri son insatiable ambition. Le meurtre de Harry Potter – son seul acte de faiblesse depuis le jour où il avait avalé sa première goulée d'air et avec elle sa soif de grandeur – le meurtre de Harry Potter, celui qui aurait dû servir à créer son deuxième et sans doute son plus puissant horcruxe, ce meurtre manqué, annulé –Voldemort trembla d'une froide haine d'y resonger ainsi – avait manifestement été l'unique erreur de trop qui devrait le poursuivre tout le reste de sa longue existence.
Soudain, le Seigneur des Ténèbres porta les mains à sa tête, et hurla comme s'il voulait se l'arracher.
HARRY !
S'il n'avait pas pris ce ridicule et maudit petit bout de sorcier avec lui, s'il l'avait tué, s'il s'en était débarrassé, il ne serait pas trahi aujourd'hui, et il n'endurerait pas cette souffrance, souffrance, souffrance... Il s'était lui-même infligé l'horrible situation qu'il vivait. Mais...
-AHH ! cria-t-il en se griffant le crâne de désespoir.
...Il ne pouvait pas ne serait-ce que penser... ne serait-ce qu'imaginer avoir tué Harry – il ne pouvait concevoir la réalité sans cet horrible, ce détestable, cet adorable être humain – sans lui les onze dernières années auraient été bien trop différentes, impossibles – il ne pouvait simplement visualiser son château sans Harry assis sur son petit trône, sans le son improbable d'un piano, sans ce trot léger résonnant régulièrement dans les glaciaux couloirs du repaire de l'héritier de Salazar Serpentard, sans ce minuscule mais si précieux sourire...
Voldemort ferma les yeux.
C'était fini.
-FINI ! C'est FINI ! hurla-t-il à l'adresse de Lucius qui se trouvait en face de lui et qui recula d'un pas devant le visage de la terreur personnifié – l'Héritier – ce trône – cette folie – FINI ! expira-t-il dans un discours décousu. Je SAIS – ce que vous pensez – avez pensé – UN CAPRICE – une folie – UN ENFANT ! AH AH AH AH AH AH AH AH !
Riant à gorge déployée, il fixa son regard sur Bellatrix qu'il fit magiquement venir à lui. Il la prit par la taille, lui sourit d'un air magnifiquement dément, les yeux vides.
-Ce regard – l'affection – c'est joli, c'est tentant...
Il la prit par le menton et éclata de rire.
-FAIBLESSE ! lui cracha-t-il alors aux oreilles, avant de la repousser brutalement.
Bartemius observait son Maître avec un air d'adoration indescriptible.
-FINI ! cria Voldemort en dirigeant sa baguette vers le trône de son fils.
Le siège de marbre fut projeté contre le sol dallé, et se fendit au niveau d'un accoudoir.
-Lucius, dit soudain le Seigneur des Ténèbres d'un ton effroyablement raisonnable, toi mon plus fidèle, veux-tu bien détruire la chambre de HHHarry.
Il prononça le nom du garçon en fourchelangue, mais le mangemort hocha la tête : « Oui Maître ».
-Je te charge...
Le souffle de Voldemort redevint haché.
-...de – prévenir – tous les mangemorts. Plus – jamais... le nom de – Harry – ne sera prononcé ici – sauf ! pour me dire... « Potter est mort, Maître ».
Dans un instant de silence, son regard carmin sembla se voiler. Puis il éclata à nouveau de rire.
-Quelle ironie !
Se tournant toujours vers Lucius, le visage recomposé, il posa ses deux mains sur les épaules de l'homme :
-Harry parti, Severus bientôt mort, te voilà promu, Lucius ! Vous voilà promus, tous les trois ! s'exclama-t-il en élargissant les bras. Vous serez... les cavaliers de la mort, mangemorts. Ai-je déjà demandé à ce qu'on me rapporte la tête de Severus ? Je ne sais plus. Bella, charge-t-en, ma chérie, s'il te plaît.
Bellatrix trembla des pieds à la tête.
-Tout de suite ! lui cria Voldemort, et elle s'en fut en courant, après l'avoir salué avec une profonde déférence. Barty, mon petit, reprit le Lord. Jeune, mais prometteur. Je te charge de faire le ménage chez les sorciers. Ce serait un plaisir de t'accompagner, mais commence sans moi. L'Angleterre t'attend, va.
Le jeune homme s'en alla presque en bondissant comme une biche tant le programme lui donnait des ailes.
-Lucius...
Ce n'était qu'un murmure.
-Lucius, je ne veux pas penser ; occupe-moi.
HP-LV-HP-LV
Quatre jours plus tard, Harry commença à songer que son père avait certainement reçu sa lettre à cette heure, et pour ne pas s'inquiéter inutilement en attendant la réponse, il résolut de se changer les idées en allant explorer la Forêt Interdite avec Greggy. Draco étant presque redevenu sympathique, il lui proposa de les accompagner. Le Petit Lord reçut pour toute réponse un « Tseuh ! » mal aimable qui lui mit les nerfs en pelotte, parce que les sautes d'humeur de Draco Malfoy, ça commençait à bien faire. Histoire de le mettre en garde, il lui jeta le sortilège Paulus Zeus, une perle inédite découverte dans un vieux manuel, qui avait pour effet d'électrocuter la victime de la tête au pied comme si un minuscule Zeus se tenait au-dessus d'elle et l'attaquait de ses divins éclairs. Il observa, content, le petit prince blond tressauter sous l'effet de brusques sursauts électriques. Il se lassa au bout d'une minute et laissa Draco tressauter tout seul.
La Forêt Interdite étant interdite, c'était l'endroit le plus digne d'intérêt aux yeux de tous les enfants étudiant à Poudlard. Mais tant de légendes effrayantes circulaient à son égard que peu s'aventuraient au-delà des deux cents premiers mètres dans les bois. Et ceux-là, le plus souvent, ne recommençaient pas. Les retenues avec Rusard ou Snape avait quelque chose d'encore plus décourageant que l'effroi suscité par les créatures dangereuses peuplant la forêt.
Ce même jour où Harry et Greggy s'y aventurèrent, Draco reçut une nouvelle lettre de son père, qui lui disait exactement le contraire de la précédente. « Le Fils des Ténèbres n'est plus, et tout sympathisant à la cause de Potter risquera le courroux du Seigneur des Ténèbres ». Le pauvre Draco, irrité, ne comprit qu'une chose à ce charabia, c'est qu'il ne devait pas être ami avec Harry. Il adressa une grimace énervée à la lettre, puis la lâcha précipitamment au moment où, selon la procédure habituelle – dès qu'il était fait mention du Seigneur des Ténèbres – les mots de Lucius prirent feu.
A cet instant, Harry Potter, le susnommé, sauta sur son lit :
-Alors, Draco ? Avec Greggy, on va dans la Forêt Interdite, tu viens avec nous ?
Le garçon blond bondit sur ses pieds d'un air outragé et répondit par l'onomatopée que l'on sait, c'est à dire « Tseuh ! » avant d'ajouter, comme s'il était Louis XIV lui-même :
-Et descends de mon couchage Potter ! Ou je te bannis du dortoir !
On comprend que Harry, qui appréciait très moyennement qu'on se permette de le bannir ainsi, l'ait illico ensorcelé, pour le plus grand bonheur de Greggy, qui n'avait rien vu d'aussi drôle depuis que le pantalon de Malfoy avait rétréci un matin au petit déjeuner.
HP-LV-HP-LV
Une semaine passa.
Sans qu'il ait à faire trop d'effort, Harry se retrouva naturellement entouré de Greggy, Perry et Sally-Anne Perks, une fille de Serpentard qui était tombée amoureuse de lui – se souvenant de Cléo, Harry avait préféré prévenir que guérir, et l'avait soumise au Doloris dès qu'elle avait commencé à le suivre : le résultat fut que Greggy pleura, Perry mouilla son pantalon, et Sally hurla. Harry consola Greggy en lui dessinant un poisson multicolore enchanté, et fit les gros yeux aux deux autres ; au final tous les trois ne l'en aimèrent et admirèrent que davantage.
Une semaine passa... sans réponse de Lord Voldemort. L'âme légèrement nuageuse, Harry, pour se rassurer, se dit que son père était déjà plutôt avare de lettres lorsqu'il était pensionnaire à l'école d'Insan Greek, déjà. Il répondait quand ça lui chantait, en fonction de l'importance du message.
Mais le message était important, songea le Petit Lord en marmonnant machinalement la liste des fautes au Quidditch – il se promenait Greggy sous un bras, le Quidditch à travers les âges sous l'autre, et il commençait à plutôt bien connaître les deux.
Il commençait à plutôt bien connaître Poudlard, de façon générale. On connaît réellement un lieu ou une personne le jour où l'on sait plusieurs de ses secrets, et Harry, les uns après les autres, les apprenait, plus rapidement que tous les élèves de première année.
En cherchant les cuisines au sous-sol, entre deux cachots, le Petit Lord découvrit un passage secret. Tirant sur la jupette de la statue d'un soldat romain, il bascula dans une baignoire dorée, sur laquelle se referma aussitôt la statue, d'un « plonc » froid. On y voyait aussi bien dans cette baignoire que dans un tunnel de nifleur : le garçon, après s'être massé le coude, qui avait cogné contre le bord de la baignoire, leva sa baguette et dit « Lumos ».
Il remarqua alors l'étonnant robinet de la baignoire. A la place de l'habituel indicateur chaud-froid, une aiguille dorée semblait devoir être tournée sur l'une des positions suivantes : « Voies acoustiques », « Lac », « Salle du Demande », « Gymnase », « Salle Noire » et « Toilettes des filles ». Harry hésita, amusé. Il était assez intrigué par la position « Lac » : la baignoire allait-elle le plonger dans le lac ? Se remplir d'eau du lac ? Où encore, voguer sur le lac ? Chacune de ces idées semblait improbable et pourtant, tout ce qui était improbable avait des chances de se produire. C'était la magie de Poudlard. Emoustillé, Harry délaissa le mystère du lac pour cette fois et tourna le robinet pour placer l'aiguille sur la position « Gymnase », salle dont il n'avait jamais entendu parler.
L'aiguille émit un « Tac tac tac » sonore. La baignoire trembla un instant, puis se mit en branle, et glissa dans le passage creusé à cet effet, entre les murs du château. Harry compris qu'il se déplaçait assez vite lorsqu'il entendit des voix d'enfants à travers la pierre, qui disparurent aussitôt, pour être bientôt remplacer par d'autre, et encore d'autres. Cela, additionné à l'harmonieuse lumière qui se dégageait de la baignoire en or éclairée par le Lumos, rendait ce voyage tout à fait particulier.
L'étrange véhicule s'arrêta avec un « crrr » râpeux et l'aiguille annonça l'arrivée à destination en émettant un « zzzion » vibrant, qui illumina le mot « Gymnase ». Harry sauta sur ses pieds, manquant de se cogner le crâne contre une pierre, et tâta le mur de ses doigts pour découvrir le passage secret. Il agrippa un crochet et tira dessus. Un pan de mur tourna sur lui-même, l'entraînant dans le gymnase.
La salle résonnait d'un brouhaha dense, et dès qu'il posa les pieds sur le dallage, Harry respira une puissante odeur de sueur. Il avança de quelques pas, ouvrant grand les yeux. Une soixantaine d'élèves à moitié débraillés, juchés sur des gradins disposés en arcs de cercle, criaient des encouragements aux élèves se battants sur les différents rings placés au centre.
Harry jeta un oeil derrière son épaule, pour repérer d'où il venait. Le crochet rouillé demeurait bien visible – et sans intérêt pour quiconque ne connaissait pas son secret. Il attrapa la rampe de sécurité et se hissa au premier rang des gradins.
Il ne comprenait pas ce qu'il se passait ici : jamais il n'avait entendu parler de tels exercices de duel à Poudlard. Un sourire émerveillé lui dévorant les joues, il s'appuya conte la rambarde et observa. Les élèves étaient essentiellement des garçons, mais quelques filles criaient elles aussi dans les gradins, et d'après la longue estafilade que l'une d'entre elle affichait sur la joue, Harry déduisit qu'elles se battaient aussi. Il remarqua très vite que tous les élèves présents sur les rings avaient plus de quatorze ans.
Puis, après avoir cherché en vain pendant plusieurs minutes, le Petit Lord comprit ce qu'il manquait : des professeurs. Un sentiment de liberté et d'aventure envahit aussitôt dans sa poitrine. Ce gymnase était clandestin.
Trois rings d'une quarantaine de mètres de diamètre se dressaient entre les deux arcs de cercle, le ring central étant surélevé de deux mètres par rapport aux autres, et trois duels avaient lieu simultanément. Accroché à la corde encerclant magiquement chaque ring, une tenture affichait des scores incompréhensibles, faits d'autant de symboles que de chiffres. Harry, ne pouvant se départir du large sourire heureux que faisait naître en lui cette ambiance de gaie bastonnade, qui lui rappelait à la fois l'école d'Insan Greek avec ses abominables cours d'Education Physique, et les duels d'apprentissage qu'il avait pu pratiquer avec son père à la maison, observa les affrontements les yeux plein d'étoiles pendant un moment.
Il se rendit vite compte que le niveau était assez risible, mais, en toute honnêteté, le duel se déroulant sur le ring central lui aurait à lui même donné du fil à retordre, ainsi qu'à Claude et même à Pétroushka. Peut-être pas à Angelo – une fois en colère, personne ne pouvait tenir tête à Angelo. Il y avait de beaux mouvements, de beaux sorts, et de sauvages coups étaient lancés. C'était extra. Harry se mordit les lèvres pour contenir sa banane grandissante, et donna un petit coup de coude à son voisin :
-Excuse-moi, comment fait-on pour participer au prochain ? demanda-t-il en désignant les rings.
-Bah, tu t'inscris, sourit l'autre sans le regarder. VAS-Y BOUFFE-LE ! hurla-t-il en direction du ring de droite.
-Je m'inscris où ? persista Harry.
L'autre détourna son attention du duel et lui jeta un coup d'œil.
-Hé, mais t'es le petit nouveau. C'est toi qui es arrivé en retard cette année.
-Oui. Harry Potter. Et toi tu es à Gryffondor, il me semble.
-Exact. Lee Jordan.
-Tu as déjà participé ?
-Hmm, non, je ne suis qu'en deuxième année, et vu le niveau, c'est déconseillé. Je vais attendre Noël. Je m'entraîne avec des amis. Tu devrais faire pareil, si tu veux participer.
-Non, j'ai déjà un bon niveau. C'est où pour s'inscrire ?
-Là-bas.
Lee Jordan tendit son bras brun vers une petite table branlante derrière laquelle se tenaient Blaise Zabini et Theodore Nott, affairés à classer des tas de petits papiers. Harry sourit, toujours plus intrigués, et se laissa glisser sous la rambarde pour trottiner jusqu'à la petite table.
-Hey. Je voudrais m'inscrire pour le prochain tour, dit-il à Zabini.
-As-tu perdu la tête ? lâcha le prince d'orient en ouvrant grand les yeux et la bouche.
Harry lui adressa un sourire indulgent :
-Tu verras bien quand je serai sur le ring. Inscris-moi.
-C'est complet pour aujourd'hui, Potter, intervint doucement Nott, en baissant vers lui ses délicates paupières aux longs cils bruns.
-Pardon ? demanda poliment Harry en se redressant imperceptiblement.
Nott sembla l'évaluer du regard.
-C'est complet, répéta-t-il très sérieusement. Mais je peux noter ton nom, tu seras inscrit en priorité pour le premier duel sur le ring n°3, demain, si tu te présente à dix-huit heures.
Le Petit Lord haussa les sourcils et fit un sourire de travers. Il avait du mal à saisir le concept de ce club clandestin. Ça paraissait être le foutoir complet, et voilà qu'il se trouvait face à un étrange spécimen de rigueur administrative.
-C'est quoi, exactement, cet endroit ? demanda-t-il finalement en ouvrant les bras.
-Le Club de Duel, répondit Zabini. Pour nous préparer à la guerre.
-La guerre ?
-La guerre contre les forces du mal, répondit son camarade de dortoir avec un sourire en coin.
-...Ou contre celles du bien, chuchota Theodore Nott de façon quasi inaudible.
-Mais... commença Harry d'un ton qui laissait percevoir qu'il avait l'impression de s'adresser à des touristes. Mais... y a pas de guerre... non ?
La seule guerre qu'il connaissait était celle que menait son père... contre le monde entier. Enfin, contre les moldus, les sorciers sympathisants à leur cause, les nés-moldus, l'Ordre, le ministère, etc – ce qu'il résumait en disant : « le monde entier ». Mais il n'était pas informé qu'une vraie guerre se déroulât. A moins que les gens aient pris l'habitude d'appeler « guerre » les diverses et rares attaques de mangemorts organisées par le Seigneur des Ténèbres... Ou à moins qu'une autre guerre à laquelle Harry était complètement étranger n'ait lieu sur le territoire britannique.
Theodore Nott et Blaise Zabini lui jetèrent un regard halluciné. Presque peiné.
-Mais... tu as vécu dans une grotte, avant d'arriver ici ? lâcha le noir.
Harry lui jeta un regard glacial qui figea les traits des deux administrateurs junior.
-Oui, il y a une guerre, finit par murmurer Theodore Nott. La guerre contre Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.
-Ah bon, dit doucement, très doucement Harry, un infime sourire se dessinant sur ses lèvres. Il y a une guerre.
-Oui, approuvèrent les deux garçons d'un hochement de tête un peu hésitant.
-Et qui gagne ? sourit-il.
Nott et Zabini se regardèrent.
-Pour l'instant, personne, répondirent-il d'une même voix.
Harry eut une drôle de grimace maléfique qui les fit froncer les sourcils, puis, chassant une mouche imaginaire, il se pencha sur le long parchemin et ordonna :
-Peu importe, inscrivez-moi.
-D'accord... Il te faut un nom de duelliste.
La joie qui s'épanouit sur le visage de Harry à cette instruction donna des frissons à Theodore Nott, qui trouvait cela carrément spécial de changer si rapidement d'expression.
-Le Petit Lord, susurra Harry Potter. C'est mon nom de combattant.
La plume en l'air, Zabini ouvrit à nouveau la bouche bêtement.
-Euh... c'est le nom du... de... du Petit Lord, quoi. tu peux pas prendre ce nom là. C'est le nom de celui qui... avec le... c'est le Petit Lord, quoi, dans les journaux.
-Pardon ? De qui parles-tu ? sourit Harry.
-Le garçon qui accompagnait le Seigneur des Ténèbres, tu sais bien, répondit précipitamment Zabini en prenant Nott à témoin, tu te souviens, le Petit Lord.
-Oui, répondit celui-ci, troublé. Tu ne peux pas prendre ce nom-là.
-Et pourquoi ça ? grinça le Petit Lord.
-Parce que... parce que, tu peux pas, trancha Nott en perdant sa belle élocution. C'est comme si tu prenais le nom de Lord V... de... du... balbutia-t-il en rougissant.
-De Lord Voldemort ? suggéra Harry.
Les deux garçons tremblèrent, et restèrent estomaqués.
Harry saisit tranquillement la plume des doigts immobiles de Zabini, tourna le parchemin vers lui, trempa la plume dans l'encrier et la posa sur le papier.
-Mais, le Petit Lord, c'est moi, expliqua-t-il sereinement. Alors je ne vois pas où est le problème.
Et lentement, en s'appliquant, il écrivit : « Harry Potter – Le Petit Lord ».
-A demain.
Fin du chapitre 21
Ca vous plaît toujours ? :)
Lupiot
