Bonjour bonjour !

Comme quoi il ne faut jamais désespérer, chers lecteurs :) Je vous laisse tout de suite à la lecture du chapitre 22, avec pour seul préliminaire ce résumé succinct des épisodes précédents :

"A la fin du chapitre précédent, Harry se trouvait dans le gymnase secret de Poudlard et venait de s'inscrire au club de duel auprès de Nott et Zabini, en vue d'un duel le lendemain, à dix-huit heures. Ah et il a aussi subrepticement laissé échappé que le « Petit Lord » de la gazette, c'était lui."

Petit, chapitre 22

S'assurant que personne ne le suivait du regard – précaution superflue étant donné que tous les élèves présents n'avaient d'yeux que pour le spectacle des duels – Harry fila à l'anglaise vers sa sortie personnelle du gymnase. Il s'accrocha à l'anneau du mur de tout son poids, et comme il s'y attendait, la pierre pivota brusquement, et il tomba à nouveau dans sa baignoire dorée.

Là, Harry s'assit, et songea, le menton dans les mains.

Il n'avait pas réalisé, jusqu'à présent, que personne vraiment personne, à Poudlard, ne savait qu'il était le Petit Lord, l'unique – et l'inimitable – Fils des Ténèbres. Il n'avait pourtant jamais caché sa filiation avec Lord Voldemort, songea-t-il distraitement... avant de réaliser que, s'il ne l'avait jamais cachée, il ne l'avait pas non plus criée sur les toits. En fait, personne ne lui avait posé la question, et il n'avait pas vu l'utilité de se présenter.
A l'Ecole d'Insan Greek, la rumeur s'était propagée dès son arrivée, tout simplement parce que plusieurs élèves avaient entendu, lors de l'appel, que le nom de son tuteur était Lord Voldemort. Et aussi que plusieurs autres, dont Pétroushka, avaient vu de leurs propres yeux Celui-Dont-On-Ne-Devait-Pas-Prononcer-Le-Nom l'accompagner jusqu'au point de rassemblement.
Harry s'allongea dans la baignoire et croisa les bras, réfléchissant.
La crainte et la déférence qu'inspiraient le nom de son père lui avaient toujours été utiles, et d'après la réaction nerveuse de Theodore Nott et Blaise Zabini un peu plus tôt, le seul nom du Petit Lord suffisait à créer un léger vent de panique. Harry se laissa aller à imaginer ce qu'il adviendrait de Poudlard lorsque tous les élèves sauraient qui il était réellement.
Il sourit, d'un incoercible sourire de chenapan.

Il se redressa et étudia les diverses promenades que lui proposait l'aiguille dorée de la baignoire magique.
« Voies acoustiques » lui semblait une destination impénétrable, et pour le moment sans intérêt. Le « Lac » le tentait terriblement, mais préférant garder le meilleur pour la fin, il laissa cette option de côté. La « Salle sur Demande » l'intriguait assez, de même que la « Salle Noire », qui l'attirait pernicieusement. Les « Toilettes des Filles » atteignant le degré zéro de son intérêt, Harry, après une grimace d'hésitation impatiente, fit tourner l'aiguille sur « Salle Noire ». L'improbable véhicule magique se mit en branle en râpant les murs, puis glissa à nouveau entre les murailles dans un imperceptible rayon doré, à grande vitesse, comme en témoignaient les voix enfantines qui parvenaient l'espace d'une seconde aux oreilles de Harry avant de faner loin derrière.
Le voyage fut un peu plus long que la première fois, et le garçon eut tout le temps de se tortiller les mains en imaginant, la figure épanouie, toutes les choses que pourrait renfermer cette « salle noire ». Peut-être des étagères de livres de Magie Noire montant jusqu'au plafond. Peut-être des outils de torture... Peut-être des cachots et des prisonniers ? Peut-être d'atroces créatures des ténèbres ! Harry frissonna d'excitation et sortit sa baguette, par précaution.

Lorsque la baignoire s'immobilisa finalement en grinçant, Harry se redressa précautionneusement, préférant éviter de se cogner à nouveau la tête, et inspecta le mur à l'aide d'un « Lumos » pour trouver le passage secret. Un faible courant d'air lui parvenait d'une fente dans la pierre, il y glissa les doigts, poussa, tira, sans succès. Puis il déchiffra, gravé dans la pierre, les mots suivants :
« Ab imo pectore »

-Du fond du cœur, traduisit machinalement le garçon, conditionné par cent quatre samedis matins passés à étudier le latin dans une école de fous.

Sous ces mots, un coeur était gravé. Curieux et se sentant tout drôle, le garçon posa sa paume dessus et, dans un murmure, prononça la formule.
-Ab imo pectore.
Le cœur s'enfonça dans la pierre, et sans plus de tour de passe-passe, le mur disparut, tout simplement. Harry sauta hors de la baignoire, sa baguette levée dispensant une douce et chaude lumière.

La salle noire, plongée dans l'obscurité, était traversée de légers courants d'air, venus de droite et de gauche, et Harry vit que des deux côtés, une porte était grande ouverte. Il se dirigea vers l'une d'elle pour tenter de se repérer dans le château : sans succès. Il n'y a rien qui ressemble davantage à un couloir vide qu'un autre couloir vide.
Il revint dans la pièce, et tourna sur lui-même, baguette en avant. Il se sentit un peu déçu.
Peut-être cette pièce avait-elle abrité des trésors autrefois, mais avait été vidée récemment.
Cependant, alors qu'il s'apprêtait à remonter dans la baignoire, un éclat lumineux attira son regard. Tendant devant lui sa baguette, il s'enfonça dans la pièce obscure pour se retrouver finalement face à une immense tenture grise et poussiéreuse. L'éclat qui avait attiré son attention provenait du miroir dissimulé dessous, dont le garçon pouvait apercevoir un coin. Sentant son intérêt renaître quelque peu, Harry agrippa la tenture et tira dessus d'un geste sec, la faisant s'écrouler à terre.

-AAAAAHHHH ! hurla-t-il de terreur en s'écroulant au sol.

Dans sa panique, il s'enfuit à quatre pattes, à mouvements précipités, la respiration syncopée.
Il se retrouva assis dans le noir contre un mur, le cœur battant à tout rompre, le cerveau en ébullition. Il avait laissé tomber sa baguette en criant.
Ses grands yeux verts tentèrent de percer les ténèbres. Il tendit la main en pensant « accio », et leva à nouveau sa baguette magique pour éclairer la pièce. Mais il ne vit rien.
Il resta ainsi de longues secondes, respirant fort. Le sang battait à ses tempes.

-...Papa ? appela-t-il d'une petite voix.

Seul le silence lui répondit. Sa panique se calma et Harry sentit un sentiment de sérénité emplir doucement sa poitrine.

-Papa ? demanda-t-il d'une voix plus assurée. Papa, tu es là ?

Après une hésitation, il prononça : « Lumos Maxima ».

La pièce était vide.
Il éteignit sa baguette magique.

-Papa, tu es là ? Tu... tu m'as surpris...

Il savait qu'il n'était pas là.
Il ne le voyait pas, ne sentait pas sa présence...
Il avait dû prendre un rai de lumière pour un... il avait dû avoir une hallucination... il ne savait pas ce qui lui était arrivé, vraiment pas, mais soudain, Lord Voldemort s'était tenu derrière lui, l'air terriblement, terriblement furieux.

Harry appuya sa tête contre la paroi dure et froide, et ferma les paupières. Il lui fallut attendre plusieurs minutes pour calmer complètement le foisonnement d'émotions qui l'avait envahi. Alors il poussa un profond soupir pour toutes les évacuer, et sauta sur ses pieds. En utilisant son Lumos Maxima, il avait remarqué deux coffres contre le mur du fond, derrière le miroir. Il se dirigea vers l'un d'eux. Le Petit Lord balança un coup de talon dans le fermoir du premier, méthode traditionnelle et imparable pour ouvrir les vieilles malles, mais qui fut sans effet cette fois-ci. Il s'agenouilla alors devant et prononça un léger « Alohomora ».
Le coffre s'ouvrit, doucement, en grinçant, et Harry sentit confusément un bizarre relent de vieux souvenir lui hérisser les poils du dos. Précipitamment, il se jeta sur le couvercle pour refermer le coffre, puis se mit à rire nerveusement. Des épouvantards. Le Petit Lord avait la plus profonde terreur des ces créatures. Elles lui rappelaient sa première, son horrible première punition. Son père l'avait enfermé dans un coffre du même genre pendant plusieurs heures pour le punir de... de quoi, déjà ? Harry avait oublié... en revanche, il se souvenait de la punition, et de la leçon qu'il en avait tiré : on ne désobéit pas à Lord Voldemort.

-Ah oui, c'était une histoire de soupe immangeable, se rappela-t-il soudain. La soupe méphitique...

Il rit nerveusement.
Il n'essaya pas d'ouvrir le deuxième coffre.

-Voyons ce miroir...

Il savait que les miroirs avait souvent, dans l'histoire de la magie, servi de réceptacles à de très puissants enchantements. Ce miroir devait-être là pour une raison. Cette fois, le Petit Lord s'en approcha avec méfiance, s'attendant, après avoir découvert la nature des coffres, à un enchantement plutôt maléfique.

Il se figea tout tremblant dès qu'il fut en face du miroir.

Son père était debout derrière lui. Le visage déformé par la colère. Sa baguette vibrant dans sa longue main blanche.

Les jambes en coton, Harry se retourna lentement, prêt à lancer à son père le plus pur regard innocent pour l'attendrir, pour s'excuser, pour comprendre ce qui n'allait pas, ce qu'il avait fait de mal.

Il n'y avait personne.
Il était seul.

Il se tourna à nouveau vers le miroir. Son père était toujours là. Toujours furieux.

-Pourquoi es-tu en colère ?

La minuscule voix de Harry résonna dans la pièce vide, et rencontra même un discret écho.
Dans le miroir, son père ne répondit rien. Son regard rouge lançait des éclairs, et son expression affichait une si cruelle horreur mêlée de fureur que l'estomac de Harry flétrit de crainte face à pareille image. Et pourtant, il ne bougea pas, comme si ses jambes étaient vissées dans le sol.

-...Tu es en colère parce que je suis à Poudlard, n'est-ce pas ?

Les traits de son père, si c'était possible, semblèrent se durcirent davantage.

-Mais tu sais que c'est pour de rire, hein, sourit Harry en sentant les larmes lui monter aux yeux.

Imperceptiblement, le Seigneur des Ténèbres fit « non » de la tête.

-Tu es fâché que je prenne ça pour un jeu, murmura Harry.

Dans le miroir, il vit la main de Lord Voldemort venir se poser sur son épaule, et l'enserrer avec force. Il crut même sentir la douleur de cette étreinte.

-Tu es là... tu es là pour me rappeler qui je suis...

Lord Voldemort resta impassible, identique à lui-même dans sa fureur composée. Dans sa poitrine, Harry sentit les battements frénétiques de son cœur se calmer.

Il resta longuement.

HP-LV-HP-LV

Le Petit Lord se lova dans la baignoire dorée et ferma les yeux, dans le noir.
Malgré la frayeur, cela lui avait fait du bien de voir son père. Même en colère. Surtout en colère, en fait. Cela prouvait que c'était bien lui, le vrai Lord Voldemort, tel qu'Harry le connaissait, et Harry le connaissait mieux que quiconque. Il en était persuadé.
Il se demanda ce que montrait ce miroir exactement. Il savait qu'il ne pouvait pas vraiment montrer la réalité... mais sans doute une sorte de réalité. Le regard carmin du Seigneur des Ténèbres lançait peut-être des éclairs en pensant à son Héritier, à des centaines de kilomètres de là, mais il ne pouvait pas avoir posé, ou fait mine de poser la main sur l'épaule de Harry. Or Harry avait vu – presque senti, même, ce mouvement. Ce n'était pas la réalité.
Mais c'était une sorte de réalité. Le garçon le savait, parce que cela avait touché son cœur d'une façon vibrante, crissante, poignante, oppressante. Le miroir montrait quelque chose que l'on avait besoin de voir. Quelque chose que l'on devait voir.
Harry se retourna dans la baignoire, expirant faiblement. Au bout de son index, il fit apparaître un petit Lumos, une lumière douce, qu'il fit glisser le long de la paroi dorée, juste pour les jolis reflets que cela faisait naître.

Puis il soupira et se donna une petite claque. Il n'avait pas envie de s'endormir en pensant à son père, sinon il allait déprimer, ou pire, faire des cauchemars à propos de Dumbledore, comme lorsqu'il était petit. Et plus important, il n'avait aucune envie de s'endormir ici. D'abord parce qu'il faisait froid, ensuite parce que c'était une baignoire, et que le Petit Lord, s'il pouvait dormir sur un rebord de fenêtre ou sur le parquet par caprice, ne dormait pas dans une baignoire, question de principes.
Et pour éviter, d'une part de s'endormir en pensant au miroir et à son père, d'autre part de s'endormir tout court, il tourna l'aiguille magique sur la position « Lac », et s'assit sagement dans le véhicule enchanté, un demi sourire aux lèvres, impatient de découvrir le prochain secret de Poudlard, et sa prochaine aventure, qui lui promettrait de beaux rêves, il en était certain. Le lac ne pouvait rien dissimuler de bien terrible.

Par un hasard étonnant, Harry n'avait jamais entendu parler du calmar géant.

La baignoire se mit en branle, lentement, émettant son habituel « crrr » en râpant les murs. Elle prit de la vitesse et plongea, sans doute possible, vers les profondeurs de Poudlard. Excité, Harry coinça rapidement sa baguette entre ses genoux, éclairant le chemin, et s'agrippa aux bords du véhicule. Ses phalanges furent écorchées par les pierres irrégulières qui poussaient ça et là des murailles.
Et sans qu'il ait compris comment ni pourquoi, Harry Potter se retrouva soudain dans une eau noire et glaciale.

Surpris, il voulu crier et le liquide froid s'engouffra dans sa gorge, l'étouffant à moitié. Une panique élémentaire s'emparant de lui, il pensa « LUMOS MAXIMA » de toute l'énergie de son esprit. Sa baguette diffusa alors une immense sphère lumineuse qui éclaira une circonférence de cinquante mètres.
A trois mètres du garçon, un énorme œil noir et globuleux s'ouvrit subitement.
Il fallut deux terrifiantes secondes à l'enfant pour réaliser que l'œil appartenait à une immense créature aquatique à la peau grisâtre et dégoûtante, un mollusque d'une vingtaine, d'une trentaine de mètres au moins. Harry ouvrit la bouche encore plus grand, de même que les yeux, les bras, les jambes, tout. La baignoire, qui continuait d'avancer, continua d'avancer, et emporté par la force immuable de l'eau, Harry en fut expulsé.

Non seulement sa panique l'empêcha de réfléchir, mais l'air qui commençait à lui manquer n'approvisionnait plus ni ses poumons ni son cerveau, et ce fut sans doute un acte d'une magie instinctive la plus pure qui le fit éternuer violemment deux grosses bulles d'air rosées. Sans réfléchir, le garçon les attrapa délicatement et en porta une à son visage.

Il prit la profonde et salvatrice inspiration de l'enfant paniqué qui a cru se noyer.
Il battit des pieds, remuant ses orteils glacés.

L'énorme mollusque remuait à sa droite, mais heureusement, son gros œil effrayant n'était plus en vue, puisque la baignoire magique avait eu le temps de trimballer son passager sur quelques mètres avant de le larguer dans les profondeurs.
Le Petit Lord tourna sur lui-même en pensant mille choses, à moitié inquiet, à moitié fasciné. Le sortilège d'éclairage dispensait toujours sa lumière au lac, et de loin, Harry aperçut la baignoire dorée faire un virage ou deux entre de longues et répugnantes algues vertes. Tout autour de lui, des herbes aquatiques se balançaient langoureusement dans une danse tentatrice, et de poissons gris, rouges, bleus, marrons, oranges et jaunes fusaient comme des essaims d'abeilles et disparaissaient en un clin d'œil pour réapparaître trente mètres plus loin la seconde suivante. Respirant doucement, Harry pensa à Greggy et sa fascination pour les poissons, et combien il lui incombait de l'amener ici.
Mais alors qu'il planifiait tranquillement ses petites affaires, le calmar géant se rappela à lui : il avait tourné sur lui même, faisant tourbillonner le frêle visiteur, et le garçon sentit à nouveau l'adrénaline prendre le pas sur sa raison : il s'agita en tous sens, n'espérant plus que s'agripper à la baignoire magique et sortir de là.

C'est alors qu'il sentit une énorme chose visqueuse l'enserrer par la taille et comprimer sa cage thoracique. Il s'agita de plus belle et hurla « PAPAAAA ! » ou du moins voulut le faire, et s'y essaya avec tant d'énergie qu'il brisa la bulle d'air qui lui permettait de respirer. L'eau s'infiltra à nouveau par ses narines et par sa bouche, le faisant hoqueter. Le truc visqueux le secoua sans ménagement, de haut en bas, et Harry crut qu'il allait lui briser la colonne vertébrale. Etourdi et ayant avalé deux litres d'eau en quelques instants, il profita d'un instant de calme pour se coller la deuxième bulle sur la tête. Aussitôt, il se mit à tousser et recracher la moitié de l'eau qu'il avait avalée – et cela lui prit un certain temps.
Il y avait une grosse ventouse sur son ventre. Clignant des yeux et tremblant d'un mélange de froid, d'angoisse et d'excitation, le garçon avisa la figure inhumaine et très laide qui se tenait devant lui. Cette tête oblongue avait quelque chose de définitivement effrayant, mais pas autant que ces affreux yeux globuleux, luisants et noirs comme de l'encre, ni autant que ces nombreux et gigantesques tentacules qui flottaient alentour. Comme celui qui s'était enroulé autour de son torse. Harry, craintif, posa les mains dessus, les retira prestement parce que la sensation de cette matière contre sa peau lui donna des sueurs froides, puis les remit et entreprit de dérouler l'appendice avec force et détermination.
Le calmar se remit alors à le secouer avec violence. Harry se força à garder son calme pour ne pas faire éclater sa dernière bulle de survie. L'énorme monstre finit par immobiliser sa proie et la rapprocha de lui. En lui, Harry vit défiler à la vitesse supersonique d'un avion moldu, tous les sorts de tous les types de magie qu'il connaissait, sans qu'un seul lui semble approprié pour se dépêtrer d'une espèce de pieuvre mythologique furibarde.
L'animal ouvrit alors soudain grand sa gueule circulaire pleine de crocs tranchants et démesurés. Harry hurla à nouveau sans pouvoir se contrôler, et sa bulle d'air éclata, laissant se déverser dans sa bouche des décilitres d'eau glaciale et boueuse – mais c'était le cadet de ses soucis.

Le calmar fut alors secoué d'une vibration amusée, attrapa la baignoire qui se baladait toute seule dans les tréfonds et colla l'enfant dedans sans autre au revoir qu'une aspiration visqueuse de l'une de ses ventouses. D'une pichenette, la bête rendit au Petit Lord sa baguette magique qui traînait dans l'eau, et à l'aide de ses tentacules, propulsa le véhicule doré.

Celui-ci reprit sa promenade dans les eaux du lac, s'y enfonçant d'avantage. Etourdi, épuisé et manquant d'air, Harry s'agrippa à l'aiguille et la remit sur sa position horizontale d'origine, qui ne portait aucune indication. La baignoire pivota aussitôt. Le Petit Lord, l'espace d'une nano-seconde, se retrouva face à face avec un... un être de l'eau. Son visage était humain mais bleu, et le véhicule remonta en flèche sans qu'Harry ait vu la couleur de ses yeux. La baignoire magique se dirigea vers une excavation de pierre qui menait à un souterrain du château.

En arrivant à la surface, le garçon inspira une grande bouffée d'air. La baignoire ne s'arrêta pas, mais au milieu de sa toux et de ses rots, pleins d'eau du lac, Harry eut le temps d'apercevoir des barques, comme celle qui l'avait amené à Poudlard le jour de son arrivée, ainsi qu'un petit terre-plein. Il s'infiltra à nouveau dans les murailles du château. Le garçon entendit un sonore bruit de pluie – soûl, il supplia vaguement « pas de l'eau » – avant de réaliser que le contenu de la baignoire s'écoulait par le siphon entre les murs de Poudlard, laissant l'eau dégringoler en rigoles le long des parois.

Le véhicule doré arrêta sa course, vide, à l'endroit précis où Harry était tombé dedans quelques heures plus tôt. L'enfant, trempé, lessivé, soutenait à peine sa tête, yeux et bouche grands ouverts.

Il resta inanimé une seconde ou deux, le souffle encore court.

-Waow, lâcha-t-il.

Puis, prenant garde à ne pas glisser, il se releva, tira sur un bout de jupette en pierre qui dépassait de ce côté aussi, sauta dans le couloir la baguette à la main, salua la statue romaine d'un mouvement de main, et s'en fut tout dégoulinant.

Il pénétra dans la salle commune de Serpentard tout dégoulinant également, et prit un malin plaisir à laisser de grosses traces sur les riches tapis moelleux, sous les regards ahuris de ses camarades de maison.

-Mais ! T'es trempé ! s'exclama Greggy dès qu'il l'aperçut dans le dortoir.

Harry sourit.

-Mais ! Tu es trempé ! répéta Draco Malfoy d'un ton nettement moins enchanté. Tu es tombé dans le lac, Potter ?

Harry soupira, fatigué d'avance par une réponse. Il s'approcha de Draco qui lisait sur son lit.

-Ne t'avise pas de me mouiller, prévint celui-ci en reculant le buste d'un air inquiet.

Harry pencha la tête comme pour lui faire la révérence, puis secoua ses cheveux comme un chien fou, l'arrosant généreusement.

Sans tenir compte des imprécations bigottes de monseigneur Malfoy qui le maudissait pour les huit siècles à venir, Harry se dirigea vers Greggy qui pouffait comme un bienheureux.

-T'étais où ? lui demanda celui-ci en s'asseyant sur le bord de son lit, prêt pour écouter une chouette histoire.
-J'étais... commença Harry. Attends, je me sèche, s'interrompit-il dans un frisson.

Il se lança un sortilège de séchage, et pensa de façon fugace à Bellatrix, qui le séchait toujours ainsi les rares fois où elle s'occupait de lui faire prendre son bain quand il était petit. Puis il pensa à Severus, qui lui séchait les mains, lentement, avec une serviette râpeuse à la fin de chaque manipulation de potions.

-T'étais où ? redemanda Greggy. Je me suis ennuyé, fit-il savoir d'un ton désolé, avec une moue malheureuse.
-J'étais... commença à nouveau Harry. Qu'est-ce que c'est que ça ?

Il venait de remarquer le bleu que portait Greggy sur la joue, et qui s'étalait jusqu'au coin de l'œil dans un violacé prometteur.

-C'est Vincent qui t'a fait ça ? gronda Le Petit Lord.
-Oui, répondit Greggy avec un inhabituel large sourire. Mais tu devrais voir sa tête.
-Je vais la voir, t'inquiète, grinça Harry entre ses dents. Crabbe ! appela-t-il.

Le susnommé émergea de sous son lit à baldaquin, où il s'était caché à l'arrivée de Harry, la mine craintive, et le regard sournois.
La moitié de son visage était bleue. Le Petit Lord, qui s'apprêtait à le malmener, fut arrêté dans son élan.

-Quoi ? grogna Vincent Crabbe, sur la défensive.
-...Rien, répondit Harry en souriant, avant de se détourner de lui. C'est toi qui as fait ça ? chuchota-t-il avec enthousiasme à Greggy.
-Oui, répondit fièrement celui-ci.

Il leva son petit poing de chérubin.

-Avec ça.
-C'est bien !
-Oui. Tu m'as appris qu'il fallait se défendre, et que la meilleure défense c'était l'attaque. Alors je m'ai défendu. ME SUIS ! s'exclama Greggy en catastrophe. Me suis défendu ! Oh la la j'ai fait une grosse faute d'orthographe !

Harry éclata de rire.

-Ça c'est pas une faute d'orthographe, corrigea-t-il malgré tout. C'est une faute de parlage.
-De parlage, répéta Greggy, hilare. De parlage !
-Parfaitement.
-Allez, dis-moi où tu étais, s'il te plaît, réclama son ami.
-J'étais... au fond du lac, murmura Harry avec un regard brillant. Et il faut absolument que je t'emmène. J'ai vu des milliers de poissons, et un poulpe d'au moins cent mètres avec des dents grosses comme ça. Et j'ai vu... une sirène.
-Une sirène ? souffla Greggy, ébahi. Elle était belle ?
-Très belle, confirma Harry qui avait à peine eu le temps de la voir.
-Génial ! s'enhardit le garçon au visage lunaire en sautant à bas du lit dans une pose d'aventurier. Quand est-ce qu'on y va ?
-Pas ce soir, rit Harry en s'écroulant sur le lit de Greggy. Je suis nase. Et, signifia-t-il en levant un doigt, il faut que je mette au point un truc qui permette de respirer sous l'eau.

Greggy ne l'écoutait déjà plus et criait « Wingardium Leviosa ! » à tout va sur ses dessins de poissons multicolores.

Draco quant à lui, qui en bon Serpentard laissait traîner ses oreilles un peu partout, surtout dans les conversations de ses ennemis – et puisqu'il paraissait que Potter était l'ennemi de Celui-Dont-On-Ne-Devait-Surtout-Pas-Prononcer-Le-Nom, qui était une sorte de commandant de son père, et que lui-même était le fils de son père, et pour finir que son père lui avait explicitement signifié que Potter devait être classé parmi la racaille infréquentable, tout ceci faisait de Harry son ennemi – Draco donc, entendit parler du fond du lac, de son poulpe, de ses poissons et de sa sirène et, assis sur son lit et entendant son nouveau camarade de dortoir projeter d'emmener Gregory Goyle découvrir toutes ces merveilles, il fit une moue contrariée et ouvrit sèchement son manuel de métamorphose, soupirant de jalousie. Il aurait adoré les accompagner.

HP-LV-HP-LV

Le lendemain, deux évènements de taille vinrent chambouler la petite vie de l'école de sorcellerie Poudlard.
Le premier eut lieu au petit déjeuner, et, histoire de laisser tout le monde s'en remettre, le deuxième eut lieu le soir. Les deux concernaient les forces des Ténèbres. A Poudlard, personne ne connaissait cet adage :
Les Ténèbres sont pleines de surprises.
Mais Harry, lui, en était très familier. Et en ce jour plein de surprises, il en vit une illustration parfaite.

La grande salle, habitée de ce brouhaha matinal, composé de bâillement, de discussions, de tintements de couverts et de mastication, sous le grand ciel blanc de l'automne britannique, brassait comme toujours une bonne humeur enfantine.
Le courrier descendit en piaillant des « hou hou ». Lettres, journaux et petits paquets tombèrent habilement entre les mains des élèves ou plus dangereusement entre les plats de porridge, les pichets de lait et les pots de confiture.
C'est en l'espace de cinq minutes que se produisit ce premier événement, inhabituel et de mauvais augure. Doucement, le brouhaha diminua, s'éteignit, puis fut remplacé par des cris inquiets, des exclamations affolées, et la soupe de chuchotis effrénés qui se substitua au continuum de légèreté scolaire avait changé sa nature : une chape de plomb s'était posée sur la bonne humeur paisible de Poudlard, la tension des voix, les rires nerveux, les coups d'oeil furtifs annonçaient une mauvaise nouvelle. Une très mauvaise nouvelle.
Harry, comme tous les autres, bien qu'avec un temps de retard car on n'interrompt pas le sacro-saint petit déjeuner de sa majesté, avait plongé son nez dans la gazette du sorcier. Ou plutôt, avait réquisitionné celle de Theodore Nott, exaspéré par ses coups d'oeil insistants, et intrigué par la mine pâlotte des trois garçons penchés sur le quotidien – Blaise, catatonique, Theodore, livide, Draco, blanc avec des plaques roses.

« NUIT MEUTRIERE SOUS LA MARQUE VERTE »

Peu impressionné, Harry lut l'article de la Une en diagonale.
Et changea d'avis, devenant lui aussi un peu vert.
A force d'user de superlatifs terrorisants dans ses gros titres, habituant tout le monde à lire « ACTION RADICALE DU LORD NOIR » à propos d'un petit Avada Kedavra sur un moldu, la presse sorcière se trouvait à court de vocabulaire pour définir l'épouvantable croisade qui avait eu lieu la nuit passée. On dénombrait plus de vingt foyers de sorciers attaqués. Des foyers comptant des nés-moldus, des sorciers notoirement pro-moldus, ou encore des opposants actifs au Seigneur des Ténèbres. Plusieurs photographies sinistres de toits surplombés par la Marque des Ténèbres s'étalaient sur la page suivante.
Dans un grand cadre blanc, la liste des morts.

Harry ne sut trop ce qu'il pensa sur le moment. Se remémorant la lecture occasionnelle de la gazette en compagnie de son père lorsqu'il était petit, où il applaudissait à la mention d'une attaque, il se demanda pourquoi il ne se réjouissait pas d'un tel succès.
Ce grand cadre blanc avait quelque chose d'hypnotisant, fascinant, morbide. Harry y reconnut dix noms.

Il y avait : George Brocklehurst et Patricia Brocklehurst, qui portaient le même nom qu'une fille de la même année qu'Harry qui s'appelait Mandy. Ils étaient suivis des noms d'Amos Diggory et Abbigael Diggory, qu'Harry rattachait sans en être certain à un élève de Poufsouffle de troisième année. Juste après, Joanna Flinch-Fletchey – Harry songea que pour celui-ci ce n'était pas bien grave : Justin Flinch-Fletchey allait déclamant avec emphase que sa mère était moldue et qu'il en était fier, il devait s'y attendre. Plus bas dans la liste, qui comptait vingt-huit noms – Harry les dénombra en faisant lentement glisser son doigt – il y avait celui de Darragh McDougal, et là non plus Harry n'en était pas tout à fait certain, mais il lui semblait qu'un élève de Poudlard s'appelait McDougal. Le nom suivant, Dorcas Meadowes, méritait d'y être, puisqu'il s'agissait d'un membre de l'Ordre du Phénix – la lèvre inférieure de Harry s'étira en une fugace grimace mesquine. Enfin Judy Lang-Thomas pouvait être la mère de Dean Thomas, et Emmeline Vance et Arthur Weasley faisaient partie des petits soldats de Dumbledore.

Pris un par un, à part peut-être pour le cas d'Arthur Weasley, ces noms ne faisaient aucun effet au Petit Lord. C'était la liste qui était moche.
Se sentant bizarre, Harry se dit qu'après tout, c'était un succès, puisqu'une telle bombe à la Une de la Gazette des Sorciers faisait grandir la frayeur de la population, et donc la gloire de son père.
Mais il se sentait bizarre, car malgré la gloire de son père, il ne put faire taire cette voix en lui qui murmurait sans s'arrêter « Regarde Ron, regarde comme il pleure, regarde, regarde, regarde, est-ce que tu aimerais que ça t'arrive, est-ce que tu trouves ça juste, regarde-le, regarde Ron qui a perdu son Papa, regarde, regarde, regarde... »

Le Petit Lord refusa de se mêler aux conversations apeurées, excitées, interrogatrices, et baissa les yeux sur le journal. Un encart précisait que le mangemort Gyrth Wilkes avait été tué par Arthur Weasley avant sa mort. Mary Gemma Weasley dite « Molly », l'épouse du défunt, certifiait par ailleurs avoir reconnu Thorfin Rowle parmi les cinq hommes qui avaient attaqué leur foyer. Ce dernier était recherché depuis pour meurtre, mais introuvable. Sa famille était actuellement interrogée au Ministère de la Magie par le chef des Aurors Alastor Mawgrey.

-Gyrth Wilkes, murmura Harry. Mouais.

Ce qui voulait dire « pas une grosse perte, mais une perte tout de même ».

Ce jour-là, Albus Dumbledore était absent – ce qui priva sans doute d'un grand réconfort les élèves touchés par l'attaque. Le professeur McGonagall, en sa qualité de Directrice adjointe, se leva et exprima d'un ton sympathique mais sec – elle seule réussissait ce tour de force – sa plus profonde compassion à toutes les victimes des actes de ces tueurs qu'on appelait les mangemorts, à la solde d'un sorcier dégénéré qui se donnait le titre de Lord. Elle ne mâcha pas ses mots, et demanda une minute de silence. Celle-ci s'écoula avec lenteur, entrecoupée des sanglots de plusieurs enfants. Harry, sourcils froncés, moue boudeuse, n'aimait pas du tout, mais alors pas du tout que l'on qualifie son père de dégénéré, et serra les poings sous la table. Il regarda autour de lui, à la recherche de soutien. Tout le monde ici ne pouvait pas être résolument contre Lord Voldemort et ses agissements ! C'était statistiquement improbable.
Mais même à la table des Serpentards, il croisa des regards embués. Uniquement parmi les élèves les plus vieux, comme Marky Flint, dont il aperçut le sourire mauvais, trouva-t-il des visages réconfortants. Peut-être des futurs mangemorts. En tout cas, de futurs amis.

-Zabini, chuchota Harry. Je peux savoir pourquoi tu pleures ?

Blaise se racla la gorge. Il pleurait parce que perdre ses parents, c'est triste. Même si c'est les parents des autres.

-Ben, je pleure pas, protesta-t-il calmement.
-J'aime mieux ça. Greggy ?

Son acolyte leva vers lui ses grands yeux clairs noyés de larmes. Greggy était très émotif. Le seul moyen de le calmer était de le remettre de bonne humeur.

-Hé, tu sais pourquoi les gorilles ont de grosses narines ?

Greggy parut réfléchir et secoua la tête en signe de dénégation.

-Parce qu'ils ont de gros doigts, chuchota Harry.

Greggy écarquilla les yeux puis pouffa de rire. Harry entoura ses épaules de son bras et, chuchotant un peu plus fort, s'adressa à une partie de sa table :
-Je ne veux voir personne pleurer sur la mort de ces traîtres à leur sang, c'est clair ? Au contraire, nous devrions célébrer ce succès du Seigneur des Ténèbres. Le premier que je vois chialer aura affaire à moi et à Marky Flint. Capisce ?

Cette déclaration amena un drôle de silence choqué à la table des Serpentards.
A ce moment, le professeur McGonagall appela les élèves Mandy Brocklehurst, Cedric Diggory, Justin Flinch-Fletchey, Orla et Morag McDougal, Dean Thomas, Perceval, Frederic, George et Ronald Weasley à venir dans son bureau. Agamemnon se pencha alors à l'oreille de la directrice adjointe, et après un bref échange entre les deux professeurs, elle appela également Harry Potter. Mais lui devait se rendre dans le bureau du professeur de « Forces du Mal ».

Harry embrassa Greggy sur le front.

-Reste éloigné de Crabbe, lui dit-il en se levant.
-Je m'en fiche de Crabbe, je lui détruis la face si je veux.
-C'est bien ! sourit Harry en faisant claquer sa paume contre celle de Gregory.

HP-LV-HP-LV

-Petit Lord, aboya Agamemnon lorsqu'Harry ouvrit la porte de son bureau.

Harry, qui avait toujours eu une trouille noire d'Agamemnon, avait un peu moins peur de lui depuis qu'il était à Poudlard, mais ne se sentait pas comme un poisson dans l'eau non plus. Il avança la mine innocente, tout sage, et s'assit en face du bureau.
La barbe noire taillée en pointe d'Agamemnon, son menton volontaire, son gros nez écrasé, ses pommettes hautes et ses sourcils broussailleux lui flanquaient tout de même légèrement les pétoches. Il avait un de ces visages de mangeurs d'enfants. Harry déglutit, transpercé par le regard noir.

-Oui, professeur ?
-Je sais que tu es le rejeton de Lord Voldemort, grogna Agamemnon. Enfin, rejeton ou quoi que ce soit, on sait tous les deux d'où tu viens. Personnellement, je pense que c'est un sale milieu pour un gamin, et je pense que ça a fait de toi un sale gamin.

Harry tirait une tête de sale gamin, en effet.

-Je suis pas un sale gamin, rétorqua-t-il.
-La ferme.

Il se la ferma.

-Tu viens de t'inscrire au Club de Duel. Et tu y retournes ce soir.

Harry fit mine de ne pas être surpris. Il se mit à revivre mentalement toute la journée de la veille, cherchant à quel moment il avait pu être suivi. Il ne voyait pas. Peut-être y avait-il des djinns à Poudlard aussi ? Ou quelque chose d'autre ? Comment Agamemnon pouvait-il être au courant de son inscription au Club de Duel ?

-Petit Lord, je te connais, je sais que tu comptes créer un scandale dans ce club de duel, et je devine très bien la façon dont tu vas t'y prendre. Mon conseil est le suivant : renonce, gronda-t-il. Je t'ai à l'œil, articula-t-il en broyant de l'air avec sa mâchoire carrée.
-Et qu'est-ce que vous comptez me faire ? demanda Harry avec un sourire innocent.

Après tout...
Même si on l'envoyait dans le bureau de Dumbledore... ce n'était pas comme s'il risquait d'y endurer le Doloris... Quelle punition suffisamment effrayante pouvait-on lui promettre ?
Un sourire amusé commençait à grandir sur les lèvres du garçon.

-Hé bien, murmura Agamemnon en plongeant sur lui son regard charbon, pour commencer, je pourrais te bouffer les orteils, histoire d'équilibrer le score.

Harry perdit son sourire en même temps qu'un frisson lui descendait de la nuque jusqu'aux chevilles. Lui bouffer les orteils ? Qu'est-ce que c'était que ce délire ? Et Agamemnon disait cela avec une telle intensité qu'on ne pouvait pas douter de ses intentions. Harry lâcha une sorte de « Eh » muet, choqué.

-Tu crois que je ne le ferais pas ? gronda le professeur. Détrompe-toi, j'en ai très envie, et ce n'est pas Dumbledore qui me renverrait pour un si petit écart. Sa morale est largement plus souple qu'on ne le croit.

Harry réitéra son « Eh » muet, ne sachant rien dire d'autre.

-Bien maintenant, dégage, Petit Lord, et fais attention où tu mets les pieds.

Harry bondit de sa chaise et quitta le bureau en deux enjambées. S'il avait pu il serait passé au travers de la porte. Il n'avait jamais aimé Agamemnon – qui ne l'avait jamais aimé non plus – et il en avait peur de façon irrégulière, mais là, là, il n'avait qu'un désir, mettre la plus grande distance possible entre son corps et les dents de l'abominable lieutenant.

HP-LV-HP-LV

Le premier événement de cette journée à Poudlard était donc passé. Harry n'avait pas une conscience aiguë de la situation, mais l'air était à l'électricité depuis le matin. Ce n'était pas une journée normale à l'Ecole de Magie du Royaume-Uni.
En comparaison, la vie sous l'empire d'Insan Greek, c'était la folie furieuse du matin au soir. A Poudlard, les choses se passaient différemment : au lieu de vivre à mille à l'heure, le feu aux trousses, l'école, tranquillement et inexorablement, se traînait vers un point de tension, et arrivée au bout de l'élastique, l'équilibre rompu, tout pétait et Poudlard explosait dans une dégringolade hystérique.
En conclusion de cette impression globale de soupape sous pression, Harry se projeta vers le Club de Duel avec des ailes aux pieds.

HP-LV-HP-LV

Chez les mangemorts aussi on s'amusait. Réellement. La nouvelle dynamique destructrice de leur maléfique organisation réjouissait les serviteurs des Ténèbres au plus au point. Jusque là effrayeurs du dimanche, ils étaient, depuis la disparition de l'Héritier, redevenus de monstrueux terroristes du quotidien.
Ils craignaient certes toujours autant la proximité de leur maître – davantage qu'en période de calme – car oui, il existait des périodes de calme chez les mangemorts – mais malgré cette crainte révérencieuse et la sueur qui leur coulait dans le dos dès que le Seigneur Noir ouvrait la bouche, ils s'aplatissaient devant les robes du Seigneur des Ténèbres avec plus d'enthousiasme que jamais, et de délicieux tremblements leur couraient le long de l'échine tandis qu'ils obéissaient à ses ordres les plus abominables. Lord Voldemort connaissait un renouveau. Dans sa volonté de tirer un trait net sur Harry, il bâtissait d'horribles projets et comptait ses horcruxes avec délectation. Il s'impliquait énormément lui-même dans les actes normalement délégués à ses subalternes. Il se rappelait soudain à quel point il aimait les châtiments publics.

Depuis quelques semaines, l'assemblée des mangemorts au complet était souvent convoquée – il y avait tant à faire que le repaire du Lord fourmillait – et le Seigneur des Ténèbres mettait à profit la moindre occasion pour rappeler à ses « amis » leurs devoirs. Déjà naturellement méfiant et susceptible, il se montrait atrocement irascible et paranoïaque, et surtout, d'un somptueux sadisme.

-Maître, Selwyn a envoyé son Patronus nous dire que lui et Rookwood ont pénétré Azkaban et que bientôt...
-Bientôt c'est trop lent ! siffla Lord Voldemort en levant sa baguette.
-Ils...Ils sont en train d'essayer de rallier les détraqueurs à notre cause, ou au moins de les égayer...
-En train d'essayer, mais t'entends-tu ! vociféra le mage noir, jubilant d'avance. ENDOLORIS ! cria-t-il sur le dos d'Amycus Carrow, simple messager qui n'y était absolument pour rien.

Autre remaniement ; en principe, les nouveaux mangemorts étaient recrutés par des fidèles infiltrés chargés d'étudier le terrain, puis intronisés officiellement par le Seigneur des Ténèbres lorsque la décision était prise. Désormais, les nouvelles recrues – rares, pour cause de défiance aiguë du mage noir – étaient conduites aussitôt devant le trône de leur futur Maître.

-Bernie et Clarick Prewett, susurra Lord Voldemort, royalement affalé sur son trône.
Le couple de prétendants, venu du sud de l'Angleterre, s'aplatit au sol sur un signe discret de Bartemius Croupton qui assistait à la scène.
-Je vous écoute, s'agaça le Seigneur des Ténèbres après quelques secondes de silence. En quoi croyez-vous pouvoir m'être utiles ?
-Je suis prêt à sacrifier ma vie pour votre cause, dit calmement l'homme sans lever les yeux.

Lord Voldemort haussa un sourcil et jeta un coup d'oeil à Barty, qui confirma d'un hochement de tête. Puis il sourit d'un sourire carnassier :

-Vous seriez prêt à mourir sur le champ si je vous le demandais ?
-Oui mon Lord.
-Alors, soyez exaucé ! s'exclama le mage noir en levant théâtralement sa baguette.
Un infime tremblement d'épaules trahit la peur de Bernie et Clarick Prewett, mais ni l'un ni l'autre ne bougèrent.

Lord Voldemort plissa les yeux à la façon d'un chat, satisfait.
-Bernie, approche.
L'homme se leva.
-Lord Voldemort te dit d'approcher, siffla celui qui n'aimait pas se répéter.
L'homme vint se poster juste devant le trône. A ce moment, Bartemius fit une discrète grimace, mi-inquiète mi-réjouie, ne pouvant plus faire signe au prétendant de s'agenouiller, et prévoyant déjà la réaction du Maître.
Le mage noir leva sa baguette, et dans un cri de surprise Bernie Prewett sentit une main de fer, glacée, courber son échine et appuyer sur son dos jusqu'à ce qu'il tombe sur les rotules.
-Tends ton bras, sourit le mage noir comme s'il ne s'était rien passé.

Les longs doigts blancs et fins de Lord Voldemort enserrèrent délicatement le poignet de l'homme. De sa baguette, il releva doucement la manche, découvrant l'avant-bras pâle. Tous les poils de Bernie étaient hérissés, et sa peau semblait parcourue de frissons. Le Seigneur des Ténèbres posa sa baguette à la verticale sur la peau.

-Cela sera d'être très, très douloureux, prévint-il. Bienvenue parmi les amis de Lord Voldemort.

HP-LV-HP-LV

Le jour où le Seigneur des Ténèbres avait ordonné à Lucius de brûler toute trace du passage de Harry dans sa vie – certes pas en des termes aussi éclairés – le mangemort avait compris que les choses allaient changer.
Sans se presser, il avait gravi les marches du large escalier de marbre. Arrivé en haut, il avait commencé par récupérer le foulard noir noué à la rampe d'escalier. Draco faisait de même à la maison. Un foulard sous les fesses pour ne pas abîmer son pantalon lorsqu'il descendait en glissade à califourchon sur la longue rampe. Cela rendait soit-disant indécelable ladite glissade, le velours du pantalon s'usant moins. Mais il suffisait de voir le foulard noué en bas de l'escalier pour savoir ce qui venait de se produire. Narcissa n'était pas née de la dernière pluie. Cela dit, le Seigneur des Ténèbres n'étant pas spécialement attentif à la décoration, un foulard en bas ou en haut d'un escalier avait pu lui échapper. Lucius fit une boule avec le tissu et, d'un sort, le brûla.
Puis il se dirigea vers la chambre d'enfant.
Passée la porte, il leva sa baguette. Tout brûler. Tels étaient les ordres.

Lucius se fâchait parfois très fort contre Draco, au point d'avoir envie de l'étrangler. Il comprenait la colère de son Maître face à pareille trahison.
Mais tout brûler...
Lucius aurait regretté, un jour ou l'autre. A la place du Seigneur des Ténèbres, le lendemain, ou peut-être dix ans plus tard, il aurait regretté d'avoir tout brûlé. Le temps érodait la violence des sentiments immédiats.
Le Lord regretterait. S'il était au moins moitié moins humain que Lucius, il regretterait, se mordrait les doigts de douleur, s'en voudrait d'avoir effacé ainsi la dernière trace de l'enfant qu'il aimait, s'en voudrait à devenir fou. Il ne fallait pas brûler.

Mais désobéir...
Lucius inspira profondément pour dissimuler son frisson compulsif.
Puis il avança d'un pas, se pencha, jeta un oeil sous le lit. Un carnet glissé entre les lattes et le matelas. Il le ramassa, le glissa dans sa poche, puis alla ouvrir le coffre à jouets. Devant le monceau d'objets inutiles, il renonça à tout conserver par devers lui. Mais... il pouvait tout de même sauver ça. Il referma le coffre et l'imperméabilisa contre les sortilèges Incendio et Inflammare. Il ouvrit l'armoire. Des vêtements. A brûler. Et sur la table de nuit, un verre d'eau poussiéreuse, Oliver Twist en édition reliée et élimée, un manuel de magie noire. Lucius récupéra les livres, il les rangerait dans la bibliothèque, ni vu ni connu.
Le mangemort tourna sur lui-même, puis après réflexion, lança un sortilège de détection de passages secrets. Comme il s'y attendait, rien. Il lança un autre sortilège destiné à découvrir des caches invisibles.
Il y en avait une dans le mur, à côté du coffre à jouet. Le mangemort fronça les sourcils, s'agenouilla et colla son oreille contre la tapisserie. Il cogna deux fois avec son index recourbé : cela sonnait creux. Ainsi agenouillé, il avait la taille d'un enfant de six ou sept ans. Mais la cachette était plus basse encore : un coin de tapisserie recourbé en montrait l'entrée. L'homme blond tira doucement dessus. Derrière, la couche de plâtre avait été grattée et encore derrière, l'épais mur de pierre offrait une petite cavité, dans laquelle étaient entreposés quelques trésors.
Des partitions, des partitions, et encore des partitions. Un lézard détala à toutes jambes lorsque Lucius glissa sa main dans l'anfractuosité. Il y avait aussi une chaîne et un médaillon sur lequel était gravé, d'un côté un soleil, de l'autre le nom de « Claude ». Et il y avait un petit coffre solidement ensorcelé car le mangemort fut incapable de l'ouvrir.
Lucius récupéra le trésor. Il entreposerait tout cela, ainsi que le petit carnet trouvé sous le lit, dans le coffre-fort des Malfoy, à la banque Gringotts. Ainsi, rien ne serait perdu si jamais Harry revenait.

Il se posta à l'entrée de la chambre, un bras chargé d'objets hétéroclites, l'autre brandissant sa baguette, l'instrument de la destruction.

-Incendio.

Il regarda la chambre commencer à se consumer, jusqu'à ce que la chaleur devienne insoutenable, après quoi il ferma la porte, la rendit imperméable aux flammes et s'en fut accomplir le même office dans la salle Monse, repaire de l'Héritier, petit pianiste des lieux.

HP-LV-HP-LV

Harry avait le sens du spectacle. Aucun intérêt de jouer à la bagarre s'il n'y avait personne pour regarder. Exception faite du cas où l'on voulait vraiment massacrer son adversaire – et dans ce cas on se passait de spectateurs sans trop de regrets – mais bon, mis à part Albus Dumbledore parce qu'il était le grand ennemi de son père, et Vincent Crabbe parce qu'il maltraitait Greggy, Harry n'était fâché contre personne en ce moment. Il s'était donc inscrit au Club de Duel par pur sens du spectacle.

-Allez, Greggy, viens, supplia-t-il en tirant par la manche son petit camarade de dortoir, très occupé à colorier un aquarium de papier. Ça va être super fun !
-Mais je veux pas te regarder te battre, ça m'intéresse pas !
-S'il te plaîîîîît...
-T'es très fort ?
-Super fort. Je pense que je peux battre des gens de septième année.
-Tu vas pas leur faire mal, au moins ?
-Ben, ce sont des duels, donc y a un petit risque...
-Pff, t'es chiant, moi je veux bien te faire plaisir, mais j'ai pas envie de regarder des gens se battre, c'est nul et ça va me rendre triste.
-On ira se balader sur les toits après, et je te montrerai un truc super cool.
-C'est quoi ?
-Surprise, sourit Harry, sentant qu'il tenait sa proie.
-Dis-moi ce que c'est, et après je te dirai si je viens.
-Si je te dis ce que c'est, ce n'est plus une surprise.

Greggy coloria ses poissons avec application pendant presque une minute, puis lâcha, à regrets :
-T'es sûr qu'elle va me plaire, ta surprise ?
-Absolument sûr.
-Bon. Mais tu promets que tu ne feras pas de truc trop dangereux comme quand tu as cassé les murs de l'école ? Et que tu ne blesseras personne trop gravement ?
-Promis.
-Alors d'accord.
-Génial ! s'exclama Harry.

Il tira Greggy de sa chaise et descendit dans la salle commune en courant. Il atterrit au milieu de la conversation entre Sally-Anne Perks et deux autres filles qu'il bouscula en s'interposant.

-Sally, il faut que tu viennes, je vais me battre contre des élèves et je vais les massacrer ! s'exclama-t-il, rayonnant.

Sally-Anne Perks, qui était complètement folle de Harry Potter, le suivit avec joie sans poser de questions.

-Où est Perry ? demanda Harry.
-Je l'ai vu partir tout à l'heure avec d'autres troisième année, répondit la jeune fille.
-Il est peut-être déjà au club, songea Harry... Heyyy ! Draco !

Le blondinet leva les yeux de son livre de métamorphoses d'un air très suspicieux et lança un regard d'acier à son garde du corps personnel, stationné à côté de son fauteuil. Crabbe se plaça entre le jeune prince blond et le jeune sauvage brun, roulant des mécaniques – et affichant une expression d'angoisse intense.

-Laisse Draco tranquille, Potter, grogna-t-il.

Harry s'approcha du gorille, tandis que derrière lui Greggy jetait des regards mauvais à Crabbe.

-Vincent, commença le Petit Lord en le regardant dans les yeux, menaçant.

Crabbe eut l'air si pitoyable que Draco intervint :
-C'est bon, Crabbe. Que veux-tu, Potter ? fit-il d'un ton léger, ses yeux traînant sur une page de son livre.

Harry voulait en mettre plein la vue à Draco au Club de Duel. Seulement, pour cela, il lui fallait entraîner Draco au Club de Duel. Or, Draco le snobait et ne le suivrait certainement pas. Il devait donc provoquer Draco en duel. Le raisonnement était d'une logique imparable.
-Je suis venu te proposer de régler nos différends une fois pour toutes, déclama-t-il en bombant le torse.
Le petit blond tenta de masquer son égarement par du mépris mais n'y parvint que moyennement. A vrai dire, aucun d'eux ne comprenait vraiment quels étaient leurs différends.
-C'est-à-dire ?
-...Un duel. A dix-huit heures trente. Devant témoins. Greggy est mon second.
-Euh...
Draco fronça les sourcils de façon aristocratique, en regardant son interlocuteur par en-dessus. Il devait se sentir coincé par cette soudaine provocation.
-A dix-huit heures trente, on va nous voir, Potter, éluda-t-il. Réfléchis. Disons plutôt minuit. La salle des trophées. Crabbe sera mon second.

Harry éclata de rire.

-A minuit, je dormirai, et toi aussi ! Non non, dix-huit heures trente, et je connais un endroit où nous pourrons nous battre sans inquiétude. Tu n'as qu'à venir avec moi, j'y allais justement...

Draco jeta un oeil à Goyle et Perks, puis à Crabbe, revint à Potter et finalement, ferma délicatement son livre :
-Très bien.
Intérieurement, il se dit qu'il avait encore trente-cinq minutes pour trouver une échappatoire. Il n'avait nullement l'intention d'affronter cet excité d'Harry Potter en duel, sérieusement. Il tenait à ses fesses.

HP-LV-HP-LV

Harry entassa Greggy, Sally, Crabbe, Draco et lui-même dans la baignoire magique. Il devait bien y avoir une autre façon de se rendre au Club de Duel, mais il ne la connaissait pas. Cela l'embêtait d'offrir sur un plateau à quatre personnes son passage secret privilégié, aussi projetait-il d'oublietter proprement tout le monde à l'arrivée, sans penser un seul instant que le sortilège d'Oubliettes méritait qu'on s'y arrête cinq minutes, et qu'il ne s'y était jamais entraîné.
Le grand événement du soir approchait.
Il ne s'agissait pas du duel. Il ne s'agissait d'aucun duel que le Petit Lord pourrait être amené à jouer sur les rings secrets du club estudiantin, non, les duels, Harry connaissait bien, ils faisaient pour ainsi dire partie de lui, rien d'événementiel à cela. Le deuxième événement de la journée était d'une autre teneur, évidemment.

-Tire sur l'anneau accroché au mur, Greggy ! souffla Harry dans le noir dans entrailles de Poudlard lorsqu'ils furent arrivés à destination.

Le petit Gregory se suspendit à un large anneau rouillé, et ses camarades le virent pivoter avec le mur et disparaître de l'autre côté des pierres.

-A toi, Sally !

La petite fille fit de même, grimaçante en s'écorchant les coudes sur la paroi.

-A moi, s'avança Draco en s'époussetant.
-Non, attends, fit Harry en le renversant dans la baignoire.
-Hé ! protesta le jeune blond d'un ton irrité.
-Regardez-moi, tous les deux.

Harry pointa sa baguette magique sur ses deux camarades de dortoir et s'exclama :
-Oubliettes ! C'est bon, on peut y aller.
-C'était quoi, ça ? s'énerva Draco.
-Quoi donc ? s'enquit le Petit Lord. Tu es désorienté, Draco ? Ne t'inquiè...
-Tu te crois tout permis, Potter ! rugit le petit prince blond, salement scandalisé. On ne jette pas des Oubliettes aux gens, c'est impoli ! postillonna-t-il dans le noir.

Crabbe grogna.

-Visiblement, cela n'a pas fonctionné, constata Harry en fronçant les sourcils en direction de sa baguette, se sentant trahi.
-Evidemment que non, tu n'es qu'une brute ! répliqua Draco en se redressant. Ce sort est trop complexe pour toi, Potter !
Il s'accrocha à l'anneau rouillé suspendu au mur, rageux, et pivota en s'excitant tout seul, sa voix montant dans les aigus à mesure qu'il disparaissait. Sitôt son seigneur éloigné, Crabbe sembla nerveux et s'empressa de s'écarter de Harry, se recroquevillant avec maladresse dans la baignoire.
Le Petit Lord haussa les sourcils, toujours à s'interroger sur son échec, peu enclin à s'intéresser aux états d'âmes de Vincent Crabbe, et sortit lui aussi du passage secret.

Il fut accueilli par un brouhaha dense et une piquante odeur de sueur. Le sourire revint vite sur ses lèvres, tandis que contournant les gradins par derrière, il rejoignait Theodore Nott et Blaise Zabini, ses deux petits administrateurs ad hoc. Ses amis le suivirent, et Draco fut le premier à laisser libre cours à sa curiosité :
-Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? lâcha-t-il en tournant sur lui-même.
-C'est le Gymnase, fit Harry, tout sourire.
-J'ignorais que Poudlard abritait un Gymnase, articula-t-il soigneusement, comme si l'aveu de son ignorance était une grande preuve de noblesse.
-Et tu ignorais que le Gymnase abritait un Club de Duel, répartit Harry par-dessus son épaule, avant de se poster devant Nott et Zabini, le regard interrogatif.

-Ton duel commence dans huit minutes, signala Nott en jetant un oeil au large cadran de la montre paternelle qu'il portait à son frêle poignet.
-Hé, murmura Harry, la reconnaissant. Mais c'est la montre de ton père !
Zabini, perplexe, adressa une moue interrogatrice à son acolyte, tandis que Nott, suspicieux, transperçait Harry Potter du regard.
-Comment sais-tu cela ? Tu as déjà rencontré mon père ?
-Si j'ai déjà rencontré Nott ? J'ai passé ma vie à l'entendre chanter avec Avery... murmura Harry. Evidemment que je le connais, se reprit-il. Je ne t'ai pas déjà dit que j'étais le Petit Lord ?
Harry lui fit un clin d'oeil.
Theodore Nott Junior devint pâle comme la mort, et son voisin ouvrit la bouche comme un strangulot à l'air libre.
-Tu... Tu... commença Nott.

Mais Harry ne se fatigua pas à répondre, souriant pour lui-même. Il tourna le registre des combats de son côté de la table et suivit la ligne de son propre nom pour savoir à qui il devrait faire mordre la poussière. Il s'agissait d'un membre de sa propre maison qu'il connaissait assez bien puis qu'il jouait comme batteur à l'entraînement de Quidditch : Lucien Bole, un tas de graisse et de muscle agrémenté d'une vilaine expression faciale, un garçon en troisième année d'étude, tout comme Perry. Ils s'affronteraient sous les pseudonymes du Petit Lord et de Massive Bole. Harry prévoyait déjà une massive pantalonnade pour son adversaire.
Greggy prit le coude de Harry et dans le capharnaüm ambiant on n'entendit pas son « C'est vrai que t'es le vrai Petit Lord ? ». Son ami lui sourit d'un air rassurant. Puis :
-Perry ! s'exclama-t-il en apercevant la bouille tachetée de Peregrin Derrick.
-Salut. Je ne t'avais jamais vu ici, s'étonna l'élève de troisième année, qui le dépassait tout juste d'un cheveu et demi.
-Je vais me battre !

Perry fit une moue mi-figue mi-raisin, qui signifiait « Je le sens pas trop », puis son regard se porta sur le reste de la bande, à savoir Greggy et Sally, puis sur Malfoy et Crabbe venus en qualité d'invités renfrognés et inquiets. Draco s'appliquait beaucoup sur son air renfrogné pour dissimuler son excitation, quant à son inquiétude elle ne cessait de grandir à mesure que l'heure de son duel contre Le Petit Lord – LE Petit Lord – approchait. Il commençait à prends conscience de qui était Harry Potter, et l'image qu'il avait de son voisin de dortoir s'emmêlait avec le nom de « Voldemort », les Unes de la presse et toutes les instructions épistolaires de son père.

Perry aurait voulu dire « Tu n'aurais pas dû les amener », parce qu'une colonie de première année au Club de Duel n'était pas la bienvenue, mais il se tut, parce qu'il connaissait Harry et parce que c'était Harry le chef. On ne disait pas au chef ce qu'il devait faire. Au lieu de ça, il demanda :
-Je vais chercher Marky ?
-Oh oui ! s'exclama le Petit Lord, qu'un spectateur de plus rendait très heureux.

L'heure du duel magique sonna, ou plutôt, Nott, les yeux rivés sur la trotteuse de sa grosse montre, fit signe à un élève qui se tenait près du ring de faire tinter la clochette. Les deux combattants précédents se saluèrent, descendirent du ring en passant sous les cordes et discutèrent les scores. Harry remarqua alors le panneau rectangulaire accroché au-devant du ring : il affichait 28 points d'un côté, 19 de l'autre. Intrigué, Harry hésita entre « C'est quoi ce système pourri ? » et « Oh, trop cool ! » et finit par demander, alors, que Nott lui faisait signe de grimper, « Hé, dis, attend, comment on compte les points ? »
-Sur la puissance de tes sorts, mais seulement quand ils touchent l'adversaire. C'est automatique.

Harry y réfléchit une seconde.
-Ok, c'est cool ! sourit-il avant de rouler sous la corde pour atterrir dans la surface de duel.
En face de lui, Lucien Bole souleva la corde pour y passer ses épaules carrées. Harry observa le nombre de ses spectateurs : une petite dizaine de ses amis, en comptant Marky Flint, Corbin Warrington et Adrian Pucey de l'équipe de Quidditch, quelques élèves venus supporter Lucien, et une vingtaine de gamins plus ou moins inconnus qui applaudissaient et encourageaient les duélistes. Harry savait qu'il se battait sur le moins prestigieux des trois rings, et ne put s'empêcher de noter que le duel se déroulant sur la grande estrade centrale attirait bien plus de spectateurs.

« Bon », pensa-t-il en souriant d'un air maléfique. « Montrons-leur qui je suis ».
Et, dans un mouvement plein de délicatesse, il adressa une révérence au batteur de l'équipe de Serpentard.
« Ding ding » fit la cloche.

-Acogo, lança Harry, alors que Lucien Bole n'avait pas même brandit sa baguette.

C'était un sort tout ce qu'il y avait de plus personnalisé : deux parpaings invisibles vinrent assommer l'adversaire de chaque côté du crâne, ce qui allait drôlement bien à la physionomie écrasée de Massive Bole, qui s'écroula aussitôt avec un bruit d'enclume.
Le Petit Lord tourna la tête vers son public, tout sourire. Il y eut un silence étrange, qui dura trop peu de temps pour que quiconque s'en souvienne. Puis Marcus Flint cria « Woohoo ! » et dans les applaudissements polis qui suivirent, Harry distingua un « Il déchire » venant de Marky et un « Maman » venant de Draco. Il sauta du ring, se laissa féliciter sobrement, jeta un oeil au score (5 points à zéro) et s'approcha de Draco.

-Reconnais que t'as la trouille.
-J'ai pas la trouille ! répartit le petit blond avec un tic nerveux du bras. Je n'ai absolument pas peur de toi, je te prends quand tu veux, Potter, répliqua-t-il sèchement, tout en se demandant pourquoi diantre il se comportait de la sorte et s'il allait mourir d'un excès d'esprit de contradiction.
-Ok, alors maintenant, rit Harry.
-On peut pas, répondit précipitamment Draco. Les rings sont occupés.
-C'est bien vrai, fit doucement Harry.

Il se rendit compte en cet instant que la peur que Draco avait de lui satisfaisait sa vanité au moins aussi bien qu'une victoire formelle.
Dans la pagaille de ses amis – ou vagues connaissances – qui se bousculaient pour l'approcher, Sally en profita pour l'embrasser sur la joue, et Harry la laissa faire. C'était bizarre, mais point trop déplaisant. Il songea à Tonks et se dit qu'elle lui manquait.
Zabini lui fit signe et Harry se fraya un chemin jusqu'aux deux petits première année qui tenaient le registre d'inscription :
-Il y a quelqu'un qui voudrait se battre contre toi, l'informa le noir d'une voix blanche en pointant du doigt le nom de l'inscrit.
Theodore Nott junior quant à lui était si pâle qu'on y voyait presque au travers ; ne pipant mot, il fixait Harry Potter d'un regard inquiet, caressant le bracelet de la montre de son père d'un geste machinal. Quant Harry eut joliment calligraphié « Le Petit Lord » en face du pseudonyme de son nouvel adversaire et se fut éloigné, Nott lâcha, d'une voix tremblante :
-Comment il pourrait savoir pour la montre de mon père, s'il était pas le Petit Lord ?
-...Ton père est vraiment un mangemort ? murmura Zabini.
Blaise tira les conclusions qui s'imposaient du silence évocateur de son ami.
-Si oui... et si Potter a vu cette montre au poignet de ton père... ça veut dire que Potter a traîné là où a traîné ton père.
-Tu ne sais pas ce que tu dis.
-Je dis qu'ils se sont trouvés au même endroit à un moment donné. C'est tout ce que je dis.
-C'est déjà trop.

Harry, porté par l'élan collectif de ses supporters de plus en plus nombreux, impressionnés par son avance en sortilèges et excités par cette histoire démente de « Petit Lord », enchaîna les duels avec succès. Il pensait savoir ce qu'il faisait et ne réalisait pas que la maîtrise de tout cela pouvait lui échapper en l'espace de quelques secondes – mais jusque là bien sûr, il était le roi.
Les élèves les plus âgés du Club de Duel, consistant la majeure partie de la population du Gymnase, observaient le phénomène avec un amusement distant, intrigués et embarrassés par ce gamin de onze ans qui utilisait avec un naturel désarmant des sorts qu'eux même ne connaissaient pas, et laissait entendre avec une si jolie lumière dans les yeux qu'il était le gosse vêtu de noir de pied en cape que l'on voyait sur les sinistres photos de certaines attaques de Celui-Dont-On-Ne-Devait-Pas-Prononcer-Le-Nom.

-Je crois que c'est vrai, chuchota pour lui-même un jeune homme nommé Bill Weasley, accoudé à la rambarde des gradins.
-Hein ? fit son voisin et ami.
-Je pense, reprit Bill très sérieusement en désignant Harry Potter du menton, qu'il ne ment pas.
-...Il serait vraiment le gamin... le gamin... le Petit Lord du journal ?
Après un silence, l'ami, dubitatif, signifia que « Ce serait un peu énorme, quand même », puis ne défronça plus les sourcils du quart d'heure qui suivit.
-Il pourrait créer un beau bordel, poursuivit Bill. Regarde-le. Il a déjà Flint dans sa poche.
-Flint est un demeuré...
-Non non, c'est un connard mais il est loin d'être idiot... Ce que je veux dire, insista Bill en se redressant pour montrer du bras l'attroupement frénétique qui se formait autour du ring du « Petit Lord », c'est que ça pourrait dégénérer.
-J'aime les bagarres générales, répondit l'autre.
Bill secoua lentement la tête sans rien ajouter. Il pensait à une dégénérescence malsaine plutôt que violente, sans toutefois pouvoir prédire exactement ce que le spectacle qui se donnait devant lui lui faisait redouter. Peut-être tout simplement son éducation l'avait trop imprégner de prudence lorsqu'il s'agissait de V...Vous-Savez-Qui. Un groupuscule fanatique du Petit Lord devenait vite, par extension, un groupuscule fanatique de Vous-Savez-Qui.
Bill n'était pas un authentique rebelle je m'en-foutiste comme tendaient à le faire croire ses vêtements déchiquetés, ses cheveux longs et ses multiples piercings. Les valeurs familiales ont la peau dure. S'il écoutait sa tête, le plus intelligent était de filer une raclée humiliante à Potter pour calmer ses ardeurs, ou de prévenir Dumbledore, ou Snape, ou même cette espèce de général d'armée réformé qui se faisait appeler Lieutenant Agamemnon, pour que l'un des trois se charge de la raclée à sa place. Mais, d'un autre côté, sans être un rebelle fondamental, Bill restait fondamentalement un ado curieux de voir ce qui allait se passer. Alors il ne fit rien, et regarda.

Harry avait gagné tous ses duels jusqu'à celui où un septième année lui arracha sa baguette d'un habile Expelliarmus. En sueur, Harry prit appui sur ses genoux pour rattraper son souffle, puis, le plus naturellement du monde, se jeta sur son adversaire pour continuer le combat, au moment-même où retentissait le délicat « Ding ding » de la cloche signifiant la fin de la rencontre. Ce mouvement créa une certaine confusion. L'adversaire, la mâchoire décrochée, étalé par terre, hurla des sons vocaliques à l'adresse des juges, mais point de juges dans ce Club clandestin, aussi le public fut-il pris à parti et commença-t-il à crier contre Harry, qui, pur tel l'enfant qui vient de naître, écarta les bras en signe d'impuissance « Mais, enfin, le combat n'est pas terminé tant qu'il n'y a ni K.O. ni sortie du ring ni abandon », ce à quoi on lui répliqua qu'il était taré, ce à quoi d'autres répliquèrent qu'il avait pourtant raison et que c'était parfaitement logique, ce qui mena, comme de juste, quoiqu'avec davantage de pourparlers que si la scène avait eu lieu à l'Ecole d'Insan Greek, à une énorme, une gigantesque, une monstrueuse bagarre générale.

Le Petit Lord s'amusait comme un fou, et globalement, les autres élèves aussi. Cependant, c'était Poudlard d'Angleterre et non l'indéfinissable chaos d'Insan Greek, aussi la bataille s'arrangea-t-elle en deux clans opposés qui se retranchèrent de chaque côté des gradins pour s'asperger de sortilèges pas tout à fait inoffensifs. Le clan des supporters de Harry Potter en imposait plus qu'on aurait pu le penser, et sous le commandement du Fils des Ténèbres, se mit à jeter ses paires de chaussures à l'aide de sortilèges d'expulsion. Des dizaines de mocassins en cuir, godillots défoncés ou encore baskets moldues fusèrent dans les airs avec des « wooosh » ravissants pour venir s'écraser en claquant contre les joues des anti-Potter.

L'adversaire de Harry et sa mâchoire brisée gisaient sur le ring dans l'indifférence la plus totale. Preuve que les enfants les mieux éduqués du monde n'en sont pas moins irresponsables et cruels.

Harry s'acharnait contre un grand type roux qui lui donnait du fil à retordre ; Draco et son gorille Vincent, sous couvert d'un Protego, jetaient des sorts de brûlure ; Marky et Perry jetaient des sorts inventifs et innommables ; Sally s'essayait à copier tous les sortilèges de Harry, Blaise et Theodore faisaient vomir à leurs baguettes des colonies d'insectes affreux principalement composées d'araignées noires et velues qui faisaient pousser des cris d'orfraie au clan d'en face, et Greggy, assis dos aux gradins tout à côté de Harry, faisait des origami en lui demandant de le prévenir quand ce serait fini.

Forcément, il fallut qu'un adulte vienne sonner la fin de la récré. Soudain Severus Snape et Agamemnon furent en bas des gradins, sans que Harry ait pu dire par où ils étaient arrivés.
-Retraite ! cria-t-il en bondissant, claquant des dents sous son large sourire, car malgré ses fanfaronnades il ne tenait pas à se faire attraper par Agamemnon – ni par Severus, d'ailleurs.
Le silence de stupeur qui avait accueilli les deux professeurs avait aussitôt explosé en un capharnaüm abominable, tandis que tous les élèves se précipitaient vers les passages secrets du Gymnases pour ne pas se faire punir. Si le seul fait d'avoir participé à un Club de Duel clandestin pouvait, croyaient-ils, leur apporter des ennuis sévères, ils couraient avaient d'autant plus d'entrain pour échapper à la double-sentence qui ne manquerait pas de tomber pour leur comportement de sauvages.
-Je le savais ! gronda Agamemnon en attrapant à grande brassées les élèves polissons par les cheveux. Je savais qu'il foutrait la merde !
-Stupéfix. Stupéfix. Stupéfix, récitait Severus Snape sans bouger un orteil, visant tous les élèves à portée de tir, son regard d'aigle mémorisant chaque angélique frimousse et ses angéliques méfaits à jamais.
Un élève de quatrième année jeté sur le ring par Agamemnon tenta de se carapater à quatre pattes et reçut simultanément un coup de pied dans le derrière de la part d'Agamemnon et un Stupéfix de Severus. Il resta à quatre pattes le nez sur le parquet pendant une heure.

-Petit Lord ! tonna Agamemnon en apercevant sa bête noire se faufiler. VIENS ICI OU TU LE REGRETTERAS !
-Je ne crois pas, frissonna Harry en se fondant dans les fuyards. Lâche pas ma main, Greggy !
-Je te lâche pas, mais je peux lâcher Malfoy ? Il a l'air coincé j'arrive pas à le tirer.
-Lâche pas Malfoy non plus. Accroche-toi bien et fais passer le message, je vais essayer un truc.
-Ok. Accrochez-vous bien derrière !
-Quoi ? fit la fluette voix de Draco, bousculé, rougissant et décoiffé, fermant les yeux, Draco qui haïssait la foule presque autant qu'il haïssait les pulls qui grattaient.
-Accroche-toi ! cria Greggy.

Et Harry se jeta à lui même un sortilège d'expulsion. Ce qui lui fit fendre l'attroupement compact des élèves échevelés, bousculant tout le monde sur son passage, et entraînant à sa suite la petite farandole de sa bande, composée de Greggy, Draco, Vincent, Sally, Blaise, Theodore et deux ou trois autres chanceux qui attrapèrent une manche en voyant passer le train. Le Petit Lord et sa suite s'écrasèrent contre le mur de pierre, puis basculèrent un par un dans la baignoire dorée qui les attendait. Une dizaine d'enfants était plus que celle-ci n'était conçue pour transporter et ses passagers eurent toutes les difficultés du monde à s'y entasser.

-Tout le monde est dedans ? demanda Harry, étouffé sous le poids de Greggy et Draco. Quelqu'un tourne l'aiguille sur la position horizontale ?

La baignoire se mit en branle doucement, ses bords râpant la muraille interne du château, puis atteignit rapidement sa vitesse de croisière, fuselage doré glissant dans le noir alors que passaient dans un murmure aussitôt évanoui les discussions étouffées des pièces adjacentes.

-C'est trop cool !... murmura la voix d'une élève que Harry ne connaissait pas.

HP-LV-HP-LV

-Harry ! s'exclama Greggy en pleine nuit.
-Quoi ? marmonna celui-ci.
-Le garçon à qui tu as cassé la bouche ! Il faut le soigner !
-Hmm, t'inquiètes, ils ont dû le soigner déjà...
-T'es sûr ?
-Mais oui ! rétorqua la voix acide de Draco. Laisse-nous dormir !

HP-LV-HP-LV

Au coeur de la nuit, alors que Greggy et sa conscience dormaient profondément, et que tous les camarades de dortoir du Petit Lord respiraient paisiblement, se remettant de leurs émotions et rêvant de mille péripéties, le Fils des Ténèbres eut soudain les yeux grands ouverts et l'esprit parfaitement clair. Il resta immobile dans ses draps tièdes, longuement, se demandant ce qui l'avait éveillé.
Il frotta sans y penser le creux de ses mains, où la peau encore fine de la période où l'avait frotté jusqu'à la porter à vif, était toute douce au toucher. Il faillit gratter jusqu'à se faire saigner mais arrêta son geste subitement, comprenant pourquoi le sommeil l'avait repoussé. Il posa les bras sur sa couverture, s'assit, et sortit de son lit.

HP-LV-HP-LV

Le miroir était toujours là.
Lord Voldemort, terrifiant et furieux, se tenait derrière lui, inamovible, confondant. Harry savait que ce n'était qu'une image, que ce n'était pas le vrai. Mais il ne put empêcher son coeur de se serrer devant cette incarnation de la colère. Il aurait tant voulu Lui parler.
Il s'assit sans un bruit à ses pieds, sans quitter le miroir des yeux.
Il serra ses genoux dans ses bras, dans une faible imitation de l'étreinte qu'il aurait voulu recevoir. Noël, et le retour promis par Dumbledore, lui semblait à une éternité de distance. Deux mois et demi encore.
Ce n'était qu'au coeur de la nuit, lorsque le silence et l'obscurité se faisaient maître des lieux, que Poudlard lui rappelait son chez lui, et que l'enfant souffrait du mal du pays. Il n'arrêtait pas de penser qu'il ne se serait pas senti aussi mal de s'amuser autant le jour si son départ n'avait pas été si précipité. Il avait été enlevé et malgré tous ce que pouvait lui assurer Dumbledore, son père devait être inquiet et terriblement en colère. Le mieux aurait été que Voldemort soit d'accord pour envoyer Harry à Poudlard.
Mais s'ils en avaient parlé – et en fait, ils en avaient parlé – le Seigneur des Ténèbres n'aurait jamais donné son accord.
Harry se disait que c'était aussi pour cette raison qu'il profitait de cette expérience tant qu'il le pouvait, car après Noël, il ne reviendrait probablement pas – et c'était tout aussi bien, il était parfaitement heureux auprès de Voldemort. Son manque de copains sur place saurait être négocié, et avec un peu d'habileté, il reverrait Claude, ou Draco, ou même Theodore junior.

Pour la première fois cette nuit-là, Harry songea qu'il se trouvait dans une situation difficile. Entre son père, qu'il aimait, et le reste du monde, qui tout naturellement l'attirait.

Il s'endormit sur la pierre glacée, gardant imprimée sur sa rétine l'image en noir et rouge de Voldemort qui le transperçait de son regard incandescent.

Fin du chapitre

Note : selon des sites de référence très sérieux, Sally-Anne Perks serait en fait chez Serdaigle. Mais je la croyais chez les serpents, et ça m'arrange qu'elle y reste, donc elle y reste. (Parce qu'ici, c'est une dictature.) ...Et comme c'est capital pour la compréhension de l'histoire, je suis sûre que vous êtes bien contents d'avoir appris ça XP

J'espère que l'histoire continue de vous faire rire et rêver un peu. Paraît-il que tout le monde n'a qu'une hâte, que Voldemort et Harry se retrouvent (encore/enfin). C'est aussi ce que j'attends avec impatience alors pas rognures d'ongles névrosées s'il vous plaît : oui, ils vont se revoir, mais j'ai quelques petites choses à raconter avant cela...
Tout vient à point à qui sait attendre ;)
(Mais, ahem, j'essaierai de vous faire attendre moins longtemps d'ici au prochain chapitre - dont 8 pages sont déjà écrites, hé oui - et qui contient une grande part d'aventures de personnages secondaires. (Il nous manque un peu Insan, hein ?))

Biz

Lupiot