Bonjour. Je vous aime.

(Gardez bien cela en mémoire lorsque vous lirez les mots suivants : cela fait un an que je n'ai pas publié.)
Je n'ai rien à dire à ce sujet. Ou plutôt si, vous savez, quand votre gentille maman vous dit des choses comme "Tu as pensé à faire ta demande de bourse ?" et que vous êtes exaspéré parce qu'elle fait chier, mais que, lorsque 6 mois plus tard vous réalisez que vous n'allez pas recevoir les 400€ qui vous permettent de payer votre loyer, vous êtes en mode " T.T si seulement je faisais les choses dans les temps" ? Bon. Ben c'est moi et Petit.

Cela étant dit.
Ce chapitre fait un pas de géant. Il y a du sang, des morts, des larmes, des trucs et des bidules, et dans le prochain chapitre c'est TADAAM, le climax. Genre celui que j'attends depuis le chapitre 2. Mais j'en dis déjà trop. Bonne lecture :)

Résumé des épisodes précédents (rapport au fait que ça fait un an) :
-Voldemort appelle Harry son fils. Sauf que Bartemius Croupton Jr. a vu Harry aider à l'évasion de la prisonnière Tonks, et a cru voir Harry partir avec l'Ordre pendant ce qui était en fait un enlèvement, et donc Voldemort est ...relativement mécontent.
-Harry a donc été catapulté à Poudlard. Chez Serpentard. Où il a fait une dépression avant de se trouver un ami dans la personne de Gregory "Greggy" Goyle, un garçon niais mais fondamentalement bon.
-Harry a décidé de profiter de Poudlard pendant quelques temps avant de rentrer chez lui pour Noël, ainsi que Dumbledore le lui a promis.
-Harry a découvert le Club de Duel clandestin et y a semé la pagaille, comme il sait faire.
-Harry a découvert dans les entrailles du château une baignoire magique qui se déplace entre les murs et l'emporte à droite à gauche (entre autre, elle peut servir à espionner les gens à travers les murs, et à aller dans le lac).
-Grâce à cet artefact génial, Harry a, à la fin du chapitre précédent, découvert les termes de la Prophétie qui le concerne lui et Voldemort. Du coup il est un peu en vrac à ce sujet. Et sceptique.
-Accessoirement ça fait un bail que Severus a trahi Voldemort et s'est rallié à l'Ordre, pour des raisons personnelles plus que politiques, attendu qu'il voulait sauver la peau de Harry.

Chapitre 24

Arlington Arnelli, moldu de son état et pianiste de profession, appréhendait les visites du Maître comme la visite du père fouettard. Lord Voldemort pénétrait dans la salle Monse, s'asseyait et, le plus souvent, restait silencieux pendant plusieurs heures, se contentant d'un vague geste du doigt pour enjoindre le prisonnier à jouer. Mais parfois, il entrait dans des rages folles, incompréhensibles. Autant de Je n'aurais pas dû, Comment a-t-il pu, Je vais tuer Dumbledore ressortaient de ses hurlements désarticulés, souvent conclus au bout de quelques minutes par un Ô Salazar épuisé. Une fois sur deux, Arnelli passait au Doloris dans le processus. Mais Arnelli était bon et patient, sa longue vie heureuse lui avait donné une nature humaine pleine d'empathie et de douceur. Il se relevait de la torture, s'asseyait en silence, et lorsqu'il avait récupéré, se remettait au piano. Lorsque les notes avaient empli l'âme du Maître et qu'il se laissait voguer vers des terres de quiétude inconnues, yeux clos, Arnelli relevait doucement ses doigts des touches, se tournait vers Voldemort, et lui parlait.

Il savait que cet homme avait un problème. Un problème psychologique, s'entendait.

Mais, par sa présence paisible et avec l'aide du piano, Arnelli avait noué une relation avec ce grand malade, sa seule relation dans ce repaire de sectaires satanistes. Le Maître déblatérait des choses qui n'avaient aucun sens sur son âme morcelée qui l'avait rendu immortel, mais qui en se divisant se défaisait de tout ce qui n'était pas lié à Harry, le laissant avec un morceau d'âme tout rempli de Harry. Arnelli avait tout d'abord regardé tout ce blabla comme des métaphores, puis avait reconsidéré sa vision des choses. Après tout, tout ce dont il était témoin depuis son enlèvement l'invitait à accepter la Magie l'environnant désormais. Et à regarder celui qu'on appelait Maître, on n'avait aucun mal à l'imaginer morceler son âme, à vrai dire, cela expliquerait même le décharnement physique et émotionnel de sa personne.

Parler avec son effrayant geôlier semblait leur faire à tout deux du bien, et si l'accord tacite qui courait entre eux de ne pas évoquer cette faiblesse mutuelle venait à être brisé, Arnelli y laisserait sa vie et Voldemort un autre petit bout de son âme.

-Vous aimez faire du mal aux gens ?
Arnelli n'était pas comme Dumbledore. Il n'essayait pas de vous rendre meilleur. Il voulait apprendre. Et si son seul objet d'étude n'était plus, désormais, que ce sorcier fou, alors ainsi soit-il.
-Je fais du mal, répondit simplement Voldemort, dans un lent sifflement. C'est ce que je fais. L'Homme est si faible, les moldus si indignes. Les sorciers si ridicules. Il faut épurer, éduquer. Cela passe par la violence. …C'est ainsi que j'ai gagné mon aura. Le respect.
-Par la peur, en fait.
-Par la peur, murmura le sorcier en écho, un fin sourire animant ses lèvres transparentes.
-Le peu de respect que j'ai gagné, songea Arnelli, je crois le devoir à mon talent. Mais mon aura ne fonctionne que dans le milieu de la musique.
-C'est votre aura qui vous a amené ici, nota Voldemort, une lueur cruelle apparaissant dans son regard.
-Bénie soit mon aura.
-Vous ne réalisez pas, moldu, l'exceptionnelle chance que vous avez de me rencontrer. L'aiguille de votre pauvre destinée vous a permis de croiser la mienne, grandiose…
Il murmure dans le vague, les yeux plissés. Puis son doigt se lève, et le pianiste repose ses mains sur les touches blanches et noires de l'instrument, mettant à l'œuvre une autre magie.

HP-LV

-Comment vous appelez-vous ?
Arnelli avait senti dès le départ que c'était une question qu'il ne poserait jamais – Voldemort se livrait lorsqu'il le souhaitait mais jamais sur demande aussi précise-t-il :
-Non pas vous personnellement, mais votre organisation, les hommes sous votre commande… votre …groupe de …magiciens. Comment vous appelez-vous ?
Il ferma les yeux brusquement car son geôlier s'était tendu et le sortilège de la douleur allait tomber, le foudroyer de haut en bas et le faire hurler, hurler à en regretter de n'être pas déjà mort, hurler si fort qu'il aurait mal à la gorge pendant longtemps après que toute autre douleur physique et mentale ait disparu.
Mais Voldemort, d'humeur indulgente, se servit un thé, silencieusement. Il ne le buvait jamais, mais continuait de le verser, par habitude. Arnelli se retrouvait systématiquement avec une tasse pleine et froide qu'il n'osait toucher.
-Les mangemorts. Ils s'appellent les mangemorts.

Arnelli resta figé devant ses touches. Il regardait rarement le « Maître » en face.
Les mangemorts. Un nom approprié pour ces fous qui se nourrissaient de la mort d'autrui.

HP-LV

Puis un jour, Voldemort resta debout, et s'approcha du piano.
Il posa sa main droite sur les touches, les effleurant à peine.

Il demeura immobile et silencieux, le pianiste fixant ses doigts sans mot dire.
Puis le Seigneur des Ténèbres appuya sur une touche. Deux trois. Libéra quelques notes.

Arnelli reconnut l'un des morceaux inventés par « le garçon ». L'un des plus mauvais, à vrai dire. L'un des plus brouillons, des plus mal écrits, le plus ancien, sûrement.
Voldemort leva ses doigts.

-Apprends-moi.

HP-LV

A la période paisible de piano et de discussions, qui dura trois semaines, succéda une série de crises de démence rageuses pendant lesquelles le nom de Dumbledore, de Harry, et le mot Endoloris volèrent souvent entre les murs de la Salle Monse.

Ce jour-là Arnelli était en sang, à terre, à respirer difficilement, et Voldemort cracha sa haine alentours dans une atmosphère étouffante de magie noire, les narines palpitantes.
-Je vais le tuer – il me l'a pris – je vais lui prendre ce qu'il a de plus cher –AH AH AH – POUDLARD !
Il se jeta à genoux auprès du pianiste à terre, attrapa son visage entre ses mains.
-Vous m'entendez Arnelli ? Le garçsson du piano – il me l'a pris. Il y a pire que la mort, me disait-il, ah, je le sssssaais ! Je vais le tuer de la façsson la plus abominable – je vais tuer ssses enfffants, promit-il dans un murmure chuintant, son sourire carnassier à quelques millimètres du visage du moldu, qui, dans les vappes, ne put que lâcher faiblement :
-Ne faîtes pas ça.

Voldemort le lâcha sans le quitter des yeux, et ses fines narines s'ouvrirent grand comme s'il ressentait un élan d'excitation ou de peur, ou se laissait envahir par l'adrénaline de l'instinct du chasseur que connaissait Harry lors de son Symptôme Un. Mais les yeux toujours rouges du Seigneur des Ténèbres ne permettaient pas de lire dans son regard plus de folie qu'auparavant. Il se leva cependant en se brisant la voix sur ses mots de haine :
-Je vais les détruire ! Le briser ! Les faire souffrir !...
Il partit de la pièce dans un tourbillon noir, désirant voir à la place de Poudlard se former un trou béant similaire à celui de sa poitrine.

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L'effervescence habitant Poudlard à l'annonce du tout premier match de la saison, opposant Serdaigle à Serpentard, se voyait multipliée de façon exponentielle par tous les petits chambardements qui avaient déjà modifié le quotidien des jeunes sorciers anglais depuis quelques semaines. Le Club de Duel, désormais itinérant depuis l'intrusion pétaradante d'Agamemnon et Snape dans le gymnase, créait autant d'amusement que de tensions, et les élèves se provoquaient en combat plus ou moins singuliers dans les intercours, dans le parc, dans les Salles Communes, et parfois même dans les couloirs.
Il n'y avait plus que les professeurs pour appeler Harry Potter par son nom.
Le Petit Lord, tel une étincelle dans un champ de paille, propageait l'indiscipline comme un feu de prairie.

Ce jour-là, Harry, porté par l'excitation et le stress de son premier jeu de Quidditch devant un public, s'était levé à l'aube après avoir dormi presque une nuit complète – chose rarissime depuis son habitude des promenades nocturnes – avait aussitôt enfourché son balai, et avait fondu dans les couloirs, ébouriffant les élèves à peine réveillés au passage.
-Perkins ! le réprimanda mollement le professeurs Binns lorsque Harry lui passa au travers, se rendant à la Grande Salle.
-Potter ! s'exclama McGonagall, l'apercevant – le petit brun s'empressa de disparaître de sa vue, craignant qu'elle ne le suspende du match.
Il tourna au coin du couloir en éclatant de rire et zigzagua entre les jeunes sorciers, dispensant des « whoo, whoo » à chaque virage, causant quelques arrêts cardiaques. Contre sa poitrine, accrochée à la chaîne dorée chippée à Draco, cognait le métal tiède de la plaque de Quidditch de James Potter, dérobée dans la salle des trophées – tradition qu'il avait instaurée pour chaque entraînement de Quidditch et, a fortiori, pour chaque match.
Harry déjeuna en compagnie de Perry, l'un des batteurs de l'équipe de Serpentard, et le seul levé si tôt. Le visage mince mangé de taches de rousseur de Perry se tordait de temps à autre sur un sourire de gremlin.
-C'est un temps exécrable pour un match, lâcha son aîné de trois ans.
-Pourquoi ? s'étonna Harry, la bouche pleine. Il fait chuper beau.
-Tu n'as pas vu les nuages ? Ca va finir en averse.
Perry, qui n'était pas un mauvais bougre, faisait systématiquement montre d'un solide pessimisme.
-Pluie ou pas pluie, philosopha Harry, tout sourire, on va rétamer les Serdaigle.
-C'est pas sûr, ils se sont bien battus, l'an dernier, ils sont arrivés deuxièmes. C'était assez serré.
Harry finit son bacon en silence. Perry allait réussir à lui miner le moral, s'ils continuaient de discuter.

Lorsqu'il avala sa dernière bouchée de bacon, une lourde poigne s'abattit sur son épaule droite, la lui faisant recracher. Marky se pencha à son oreille, tout sourire.
-Prêt-prêt ?
-Prêt-prêt, répondit Harry après une quinte de toux.
-Tu nous fais un ou deux petits tours de ton cru, 'ti Lord ?
Le première année se tourna vers son capitaine et, avec un clin d'œil, lui offrit un bel étalement de dents blanches.

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-…oudlard en ce mémorable mardi 12 novembre 1992 pour le premier match d'une saison forcément magnifique, premier match qui opposera SERPENTARD…. (« Hourraaa ! »)…contre SERDAIGLE ! (« Ouaaaiis ! ») On s'attend à ce que les vicieux serpents jouent des coudes pour conserver une année encore leur titre de champions malhonnê – Hum pardon Professeur – leur titre durement acquis et dûment mérité bien sûr malgré la polémique du Tranchefoule et la série de Hochequeues pendant la finale de l'an dernier contre Gryff – OUI DONC J'ENCHAÎNE Professeur laissez-moi le micro -

La voix de Lee Jordan tintait aux oreilles de tout un stade enthousiaste, et résonnait assourdie à celles des joueurs, dans les vestiaires.
Marky, tout coruscant dans ses protections de Quidditch, son masque relevé sur son front dans un ébouriffement recherché, pointa Corbin Warrington du doigt :
-Corby. Toi, tu t'arranges pour être aussi effrayant que possible – ça devrait pas être trop dur. Il faut qu'au moment de buter, ils aient peur que tu leur casses la gueule. Adrian, Craig, on optimise les situations : si un poursuiveur adverse a la balle et vole vers nos buts ?
-Pince de Parkin, répliqua Adrian Pucey en plissant les yeux d'un air malicieux.
-Correct. Adrian tu essaies de rester en défense, en tout cas tu t'y colles dès que les Serdaigle ont la balle. Si un poursuiveur adverse nous pique la balle dans notre camp ?
-Attaque en Faucon, lâcha Craig Montague de sa mâchoire carrée de beau gosse.
-Et un faucon hargneux, les gars, confirma Marky en hochant la tête. Perry, enchaîna-t-il. Tu me dégommes tout le monde chez les bleus.
-Oui, Cap'taine.
-Lucien. Tu gardes un œil sur notre attrapeur chéri et renvoie tout ce qui arrive sur lui à l'autre bout du terrain. C'est facile. T'as qu'à imaginer que si tu te plantes, il te remettra les dents en place comme il l'a déjà fait au Club de Duel.

Lucien Bole alias Massive Bole au Club de Duel, n'était plus remonté sur un ring depuis la fameuse fois où il s'était fait décrocher la mâchoire dans l'indifférence générale du boxon occasionné par Harry.

-Et, Petit Lord, acheva Marky en posant l'index sur la poitrine de sa dernière recrue. Fais ta star et éblouis-nous.
Il rabattit son masque sur son nez.
-Tout le monde sur son balai !

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-Serrez-vous la main, intima Madame Bibine aux deux capitaines.

Marky s'employa à broyer les phalanges de son opposant. Harry atterrit derrière lui, finissant son petit tour de stade le dernier, shooté au bonheur du vol comme saoulé au champagne. Les quatorze joueurs se placèrent les uns en face des autres Harry se retrouva en face d'une asiatique plus petite que lui, dont le regard noir comme le marc de café sembla porter sur lui un jugement définitif indicible, quelque chose comme Je sais qui tu es et franchement peu m'importe – je vais t'écraser parce que c'est moi la meilleure – et rien de ce que tu pourras faire ne changera ça.
Ah oui ? pensa Harry sous ce regard insolent, le réverbérant parfaitement. Ah oui ? Tu vas voir.

Le Professeur Bibine souffla dans son sifflet, et les quatorze joueurs s'éparpillèrent sur le terrain en quelques secondes, Harry filant au plus haut du terrain pour avoir une vue d'ensemble, ne prêtant aucune attention au souaffle. Il entendit cependant clairement Lee Jordan commenter gaiement que l'un des poursuiveurs de Serdaigle s'était emparé de la balle. Suivant les indications de Marky, Harry se mit à tournoyer au-dessus des joueurs pour lancer, de temps à autre, un discret sortilège de déséquilibre, filer un invisible coup de pied au cul d'un batteur, mettant en œuvre une petite collection de tricheries qui le firent se bidonner sous cape.

Le ciel grisâtre recouvrait tout comme une chape de plomb, faisant peser sur les épaules des joueurs un air lourd et saturé d'humidité. Mais il n'y avait pas que ça, et le Petit Lord sentit grandir en lui une sensation d'anxiété, une subtile tension, comme avant l'orage. Les nuages ne laissaient pourtant pas présager davantage qu'une petite pluie passagère.
C'était autre chose.
Il se demanda si les autres avaient la même sensation de fièvre qui leur dégoulinait de la peau. Ils se demanda s'ils palpaient dans l'air ce truc poisseux et électrique, ce…

Harry claqua sa langue, agacé, et changea la direction de son vol, se reconcentrant sur la chasse au vif. Les commentaires enjoués de Lee Jordan qui semblait vivre le match comme s'il était sur un balai au milieu des joueurs, très impliqué, vrillaient à ses oreilles avec régularité, de sorte qu'au bout de quelques minutes, il ne les entendit pour ainsi dire plus. A plusieurs reprises, il dut plisser les yeux sur le jeu pour comprendre pourquoi la voix du jeune métisse s'excitait jusque dans des aigus révoltés. A d'autres moments, il croisait les doigts pour que Lee et Bibine ne remarquent pas ses arnaques magiques – mais il était bien trop habile pour se faire attraper.

Il jetait de temps à autres un coup d'œil à la loge des professeurs, en direction d'Albus Dumbledore. Mais l'expression du directeur restait indéchiffrable de si loin, et si le grand mage prenait la peine d'assister au match pour participer à l'événement festif qui tenait tant au cœur de ses élèves, il ne semblait pas pour autant en suivre les épopées avec attention, au contraire de Minerva McGonagall, Pomona Chourave et Severus Snape qui manquaient de s'écharper à chaque but et faute sifflés.

Lee Jordan venait d'annoncer 70 à 50 pour Serpentard lorsque Harry le vit.
Un sourire ravi illumina soudain son visage et il plongea à l'autre bout du stade, ne se préoccupant guère de savoir si Cho Chang – c'était le nom de l'attrapeuse adverse – se trouvait plus loin ou plus près de la cible que lui. Il se retrouva à fuser devant elle, l'ébouriffant d'un coup de vent – notant au passage qu'elle se trouvait soixante mètres plus près du vif que lui – et serra le manche de son balai vers le bas, visant le gazon avec une excitation mortelle.
La petite boule dorée voletait à deux mètres du sol, devant les gradins, sous le nez de quelques élèves de Gryffondor de deuxième ou troisième année, qui riaient d'être chatouillés par la balle magique si difficile à saisir. Leurs visages prirent cependant une teinte verdâtre lorsqu'ils aperçurent, au loin, les deux attrapeurs fondre sur eux.
Harry sentit Cho Chang se glisser dans le sillage de son vol, profitant de l'appel d'air, et le rattraper rapidement – trop rapidement, elle était douée. Il fixa son regard vert sur le discret miroitement du Vif d'Or, sur ses battements d'ailes invisibles. La balle restait dans la même zone depuis plus de dix secondes maintenant : elle allait disparaître d'un moment à un autre. Harry savait qu'il n'était pas toujours aisé de la garder à l'œil – même avec une vision parfaite, et sa lourde myopie ne l'avantageait pas. Saleté, maugréa-t-il lorsqu'il vit indistinctement le Vif s'enfuir dans un bond aléatoire dans les cheveux du public, puis voler de plus en plus haut, à gauche, à droite, et s'envoler à toute bringue vers le centre du stade, où il disparut dans le bleu du ciel. Le Petit Lord, suivant sa cible, redressa son balais au moment d'arriver dans les gradins, effleura quelques mèches de cheveux de la pointe des pieds, puis fit demi-tour, dépité – et manquant de s'emplafonner l'attrapeuse de Serdaigle, qui octroya malencontreusement un coup de pied à une jeune fille de Gryffondor.

Harry regagna les auteurs, Cho lui collant au train.
Stratégie facile, songea-t-il, agacé, en jetant un œil à la chinoise, qui feignit de l'ignorer.
Facile, mais pas bête.

Mais si elle comptait sur lui pour la mener au Vif, la demoiselle Cho Chang allait être amèrement déçue, songea le Petit Lord en se mordant les joues. Il allait s'impliquer dans le jeu ! sourit-il en se laissant tomber à pic sur le joueur à la robe bleue possédant le souaffle.
Le brave type, surpris et effrayé, fit un écart, puis un autre quand Harry fit mine de le suivre, puis un autre encore, puis perdit la balle au profit de Marky, qui fondit vers les but avec un franc éclat de rire. Mme Bibine hésita à siffler, mais si le Filoutage, autrement dit la gêne excessive des déplacements par un joueur ne tenant pas le poste de poursuiveur, comptait parmi les 700 fautes recensées par la Ligue de Quidditch, tourner autour des joueurs pendant six secondes ne pouvait être qualifié d'excessif, quoi que pût pinailler Lee dans son micro à grand renforts d'adjectifs colorés.

-80 à 50 pour Serpentard ! s'exclama Lee Jordan. Pas que ces points soient mérités – mais d'un autre côté lâcher le souaffle comme ça n'était pas très malin de la part de Davies…

Harry sentit le vent s'éteindre.
La brise frottant ses joues tomba, tout simplement, en une seconde. Il leva les yeux vers le ciel pâle, ouvrit ses narines sur l'odeur de plomb de l'air, ferma les paupières. Contre sa peau, une luisante sensation de… magie noire. Il rouvrit subitement les yeux, ses grandes orbes émeraude noyées par ses pupilles.
Il regarda autour de lui. Rien ne se passait, rien de particulier. Et personne ne semblait remarquer quoi que ce fût. Il se tourna vers Albus Dumbledore, instinctivement.
Son siège était vide.

Albus Dumbledore, sa longue barbe argentée caressant les genoux des élèves sur son passage, descendait les marches des gradins d'un pas élastique.
Les sens en alerte, Harry grimpa en vrille jusqu'au sommet du dôme invisible couvrant le stade, la tête littéralement dans les nuages. Cho le suivit, croyant qu'il avait repéré quelque chose – et le dépassa. Se figeant en chemin, il lui jeta un coup d'œil, l'ayant presque oubliée. Il voulait seulement une vue d'ensemble.

Au-delà du stade, la Forêt Interdite se ressemblait, éternelle, noire et touffue. Le lac, immobile dans l'absence totale de vent, semblait se reposer avant le surgissement de son monstrueux hôte. Le château, doucement illuminé, ne semblait receler rien de plus menaçant que les farces de Peeves. D'où venait cette… ?
Harry ferma à nouveau les yeux, inspirant profondément.
Cette… potion de mort au parfum de mandarine, cette peau de serpent dont le contact fout la fièvre, cette odeur d'alcool vrillant les neurones et brûlant le bout des doigts, cette damnée douceur aigre au goût métallique qui fait chaud dans la nuque et froid dans l'estomac ?
Cette magie noire.

Lee hurla « faute », un coup de sifflet retentit, un penalty fut tiré par Roger Davies et la foule ovationna le marqueur tandis que le commentateur chantonnait « 80 à 60, l'écart se resserre ! ». Harry sentit et vit la cape bleu royal de Cho battre à son visage, observa la jeune fille filer vers l'Est et lança son balai à sa poursuite, par réflexe. Il ne se sentait plus vraiment dans le match, mais il était néanmoins hors de question qu'elle attrape le Vif la première.
Harry pressa son balais entre ses doigts et ses cuisses, l'enjoignant à accélérer, par Salazar. Cho tendait les doigts en avant, à un mètre de la petite balle dorée, qui voletait devant elle, mutine, les narguant tous deux. Dents serrées, Harry se retrouva bientôt au coude-à-coude avec la jeune fille, tendant lui aussi les doigts vers les ailes occupées à battre l'air à une vitesse impressionnante.
Puis le Vif effectua un virage à cent soixante-dix degrés. Toutes les têtes du stade s'étaient levées vers la jolie chasse qui se jouait dans les nuages. Le Petit Lord négocia son virage mieux que son adversaire, se retrouvant en tête sur une ligne droite, le Vif semblant aller de plus en plus vite, et Cho Chang furieuse derrière lui.

-Allez, alleeeez…murmura Harry en sentant les petites ailes effleurer le bout de ses ongles, tout son corps tendu en avant.

Et puis après tout, songea-t-il soudain, je n'ai qu'à me jeter dessus ! Au diable le balai.
Il hissa ses talons sur le balai, se préparant à bondir en avant sur la petite balle merveilleuse, l'attraper et chuter jusque cent mètres plus bas avant d'appeler son balai glorieusement et faire ainsi frôler la crise cardiaque à quatre cent personnes.

Un….
Deux…

Ce fut que quelque chose craqua dans l'atmosphère.
Un craquement de la teneur d'un transplanage, mais de l'ampleur d'un coup de tonnerre.
Un craquement plein de…
Harry frissonna, coupé dans son élan, accroupi sur son balai.

Il ignorait ce qui venait de craquer, mais tout à coup déferla sur le domaine de Poudlard l'enveloppante terreur noire d'une attaque de mangemorts.
Il s'arrêta en plein vol.
Une autre présence, une autre essence, reconnaissable entre mille, épouvantable et magnifique, fiévreuse, venait d'apparaître dans la forêt, intoxiquant les nuages de cette sueur froide et collante, morbide.
Avant même que la Marque soit jetée, gigantesque et grimaçante sur la toile grise du ciel, Harry fusait hors du stade, vers la forêt. Il savait qu'Il viendrait le chercher.

HP-LV-HP-LV

Harry se redressa, gadouilleux et étourdi, se tenant la tête. Par Salazar, maudit-il Dumbledore en regardant autour de lui à la recherche de son balai. Si cette vieille bique pensait qu'il allait l'arrêter comme ça, il se plantait lourdement.
Dans le début de folie du stade, sur la pelouse duquel se déversait une marée d'élèves pressée de se mettre à l'abris derrière les murs du château, le Petit Lord jeta sa cape verte dans la boue, se défit rapidement de ses protections de Quidditch pour être moins repérable et plus libre de ses mouvements, puis se fondit dans le mouvement, et sortit du stade en quelques minutes.
Son nez était en sang, le verre gauche de ses lunettes fendu, son poignet gauche douloureux, et sa tenue salie de terre, mais il s'en contrecarrait. Baguette en main, il se mit à courir vers la forêt, où il sentait pulser un truc indéfini qui murmurait « maison ».

Il se mit à pleuvoir doucement, puis dru.
Sauf qu'il pleuvait rouge.
Il pleuvait du sang.

Harry s'arrêta, tendit la main, et regarda le liquide pourpre former une petite flaque au creux de sa paume, fasciné. A quelques dizaines de mètres, il entendit les élèves se mettre à crier de panique et se précipiter dans le château.
Il crut entendre son père lancer un grand rire sardonique. Il porta machinalement la main à son oreille, mais la boucle lui avait été confisquée depuis longtemps. Il se remit à courir, sous le sang de toutes les victimes de son père, qui pleuraient depuis leurs tombes – quelque chose comme ça. Le liquide sombre s'écrasant à flots sur sa tête l'assourdissait et l'aveuglait, et il se dit en goûtant la saveur métallique dégueulasse coulant sur ses lèvres, que c'était complètement taré mais plutôt génial, et définitivement effrayant. Même lui se sentait mal à l'aise, noyé dans le sang d'inconnus alors qu'il courait se mettre à l'abris sous les feuilles rougies des grands arbres de l'orée de la forêt.

Il s'arrêta à l'ombre du premier arbre, s'appuya sur le tronc pour reprendre son souffle et se retourna vers le château. Ses immenses murs de pierre blanche et grise adoptaient peu à peu une teinte rose, battus de cette pluie macabre.
Un éclat lumineux s'éleva de la forêt, dans la périphérie du regard de Harry. Au-dessus des cimes brillaient les couleurs vives et violentes d'un duel de sorcier. Le cœur battant, le garçon se mit à courir entre les troncs dans cette direction, sautant par-dessus les racines fourchues et écartant les branches griffues sur son passage. Il savait qui se battait. Voldemort et Dumbledore. Qui d'autre pour faire tant de lumière ?
A quelques dizaines de mètres derrière lui, il entendit une voix grave crier « Nom de Dieu de Nom de Dieu, PETIT LORD ! ». Harry s'arrêta une seconde pour regarder derrière lui, saisi d'inquiétude. Agamemnon le cherchait – le poursuivait. Or, Agamemnon n'était pas qu'un prof Agamemnon était un malade. Mais, plissant les yeux, Harry ne put discerner la haute silhouette rectangulaire du lieutenant barbu, se tranquillisa, et reprit sa course.
Il arriva en vue d'une forêt de capuchons noirs éparpillés entre les troncs et feuillages denses, avançant à grands pas vers Poudlard, baguette levée.
De toutes les baguettes ainsi levées coulait un mince filet rouge qui montait vers le ciel. Les différents sortilèges semblaient se rejoindre, dans un but inconnu. Entre deux branches chenues, Harry offrit son visage à la pluie sanguine. Il cherchait du regard l'espèce d'enchantement des Mangemorts. Il n'allait pas se perdre dans les nuages, il n'était donc pas à l'origine des gouttes de sang venues s'écraser sur les habitants de Poudlard. L'enchantement commun stagnait au-dessus des cimes sous forme d'un lac sombre s'étendant progressivement. Harry se mordit les lèvres, se demandant ce que préparait son père.

Puis il reconnut Lucius. A environ trente mètres de lui, avançant dans les bois sombres à grandes enjambées sous sa cape noire. Son masque et son capuchon dissimulaient sa peau diaphane et ses longs cheveux blonds, mais Harry l'avait suffisamment fréquenté pour le reconnaître à des petits détails cruciaux, comme la boucle argentée ouvragée de ses bottes. Les jouées dévorées par un éclat de rire silencieux, le Petit Lord se précipita à sa rencontre.
-Lucius ! appela-t-il.
Il ne criait pas, par précaution – la forêt pouvait abriter autant d'ennemis que d'amis – mais le mangemort se rendit compte de sa présence dès que le garçon se mit à courir vers lui – et brisa le lien qui l'unissait à l'enchantement commun pour pointer sa baguette vers Harry, solidement campé sur ses deux pieds.

Lucius, figé face à cette apparition épouvantable qu'était Harry Potter, se sentit transpirer. Comment réagir ? Le Maître les avait clairement enjoint à le faire trépasser. Mais le Maître était revenu sur ses mots, les invitant s'ils trouvaient « Potter » à le lui amener par la peau des fesses – puis avait à nouveau révisé son opinion en leur ordonnant d'assassiner son ancien héritier la conscience tranquille s'ils le croisaient – puis avait à nouveau modifié ses consignes une douzaine de fois, de sorte que ni Lucius, ni les autres mangemorts, ni même le Seigneur des Ténèbres a priori, ne savaient plus vraiment quel sort réserver à Harry s'ils le croisaient. Lucius regarda le jeune garçon courir vers lui d'un air réjoui, absolument pas ralenti par son lever de baguette, et ne le menaçant pas davantage de la sienne. Salazar, soupira-t-il mentalement. Ce petit crétin est inconscient des ficelles de la guerre.

Il laissa Harry s'approcher, s'arrêter devant la baguette. Le gamin ne se jeta pas dans ses bras – sans doute qu'il grandissait – mais lui tapa amicalement l'avant-bras avec un grand sourire, et leva vers lui un regard plein d'espoir :
-Où est Voldemort ?
Lucius pointa sa baguette dans la joue de Harry.
-Ne prononce pas son nom, susurra-t-il, sèchement. Le nom du Seigneur des Ténèbres doit être craint et respecté.
-Je n'ai rien à craindre de lui, protesta Harry en poussant la baguette d'une pichenette, sourcils froncés. C'est comme ça que tu m'accueilles ? Tu as de la chance que je t'aime bien.
-Stupé…, se décida Lucius.
-Incendio ! répliqua Harry dans un réflexe de défense, se jetant en arrière en même temps qu'il tendait sa baguette.

Il tomba sur le cul et vit l'épaule du mangemort prendre feu, ainsi qu'une branche du sapin voisin. Il ne laissa pas le temps à Lucius de répliquer esquivant son Endoloris, il lui jeta un sort de confusion et s'enfuit dans les profondeurs de la forêt, le sang lui battant aux tempes, se sentant égaré.
Il courait il ne savait trop vers où. Vers son père – mais un bataillon de mangemorts l'entourait – Harry n'avait jamais eu aucune raison d'avoir peur des mangemorts auparavant, mais la réaction de Lucius faisait courir le long de sa colonne vertébrale un drôle de frisson, et s'approcher d'une autre silhouette encapuchonnée le laissait hésitant.
Il se retrouva bientôt dans une portion silencieuse et sauvage de la forêt, éloigné de toute la lumière des combats. Même la pluie semblait plus fine par ici. Harry cessa de courir et maudit un certain nombre de noms, en vrac Lucius Malfoy, Albus Dumbledore, Lee Jordan, Agamemnon, son père, Merlin et Salazar. Il donna un coup de pied dans un tronc, furieux et déboussolé.

Après quelques minutes à tourner en rond et à ronchonner, Harry soupira profondément et décida de se hisser au sommet d'un arbre pour observer les alentours. Il choisit un arbre dénudé de toutes feuilles, haut et large, et se hissa sur sa première branche d'un bond à l'aide de la magie, avant de grimper de branche en branche jusqu'au point le plus haut possible.
Le spectacle était époustouflant.
Le sortilège commun s'écoulait le long des cimes comme un torrent sanguin et percutait de plein fouet les murs de Poudlard – sans que la moindre conséquence apparaisse aux yeux de Harry jusque là, mais c'était magnifique. Il s'appuya sur le tronc, sa main écorchée agrippée à une branche pour garder son équilibre, et se laissa envahir par la vision étonnante qu'offrait le domaine : la Forêt Interdite, grouillante d'intrus, tentait d'étouffer les explosions des sortilèges, qui jaillissait en éruptions de couleurs et de sons ici et là le no man's land séparant l'orée des bois et les marches du château était parcouru au pas de course par des hommes et femmes criant des sortilèges en direction des arbres et du ciel la millénaire demeure des étudiants sorciers, frappée par le torrent rouge venu s'écraser contre ses pierres blanches, semblait parcourue d'infimes secousses.
-Ça a de la gueule… murmura Harry.
-Harry Potter ! retentit une voix d'homme au sol.

Le Petit Lord manqua d'être précipité dix mètres plus bas sous l'effet de la surprise. S'asseyant à califourchon sur sa branche, il pencha la tête vers le bas pour voir qui l'appelait. Ce n'était pas la voix de Lucius. Ni celle d'Agamemnon.
C'était un homme nu. Avec un cul de cheval.
Salazar le Grand, Harry avait sous les yeux un centaure.

-Vous n'êtes pas en sécurité ici, l'informa le… la… créature fantastique, sa tête humaine levée vers l'enfant.

Silencieux, fasciné, Harry garda les yeux écarquillés. Le torse fin et musclé, pâle et imberbe de l'homme, portait de nombreuses cicatrices et écorchures. Son visage irrégulièrement barbu et ses cheveux blonds peignés en arrière lui donnaient presque un air d'homme civilisé, quand ses quatre pattes d'équidé à la robe noisette le faisaient rentrer dans le bestiaire magique.

-Harry Potter, se rappela le centaure à son attention. Vous ne pouvez pas rester ici.
-Que me voulez-vous ? finit par chuchoter Harry, accroché à sa branche.
-Je ne vous veux aucun mal. Je veux vous emmener loin des combats.
Ce type ongulé ne l'emmènerait nulle part.
-Je suis bien ici, sourit le Petit Lord derrière les feuilles. Ne vous dérangez pas.
-Tu n'as rien à craindre de moi, répéta la voix de l'homme. Je m'appelle Firenze. Je ne suis pas censé t'apporter mon aide mon clan me bannirait s'il savait que je te parle en ce moment. Laisse-moi te ramener à l'aube de la forêt. Tu ne devrais pas tourner autour de Tu-Sais-Qui comme tu le fais.
-Vous êtes un ami de Dumbledore.
-Je suis un ami de la paix. Je n'ai jamais personnellement discuté avec Dumbledore. Mais je sais lire ton destin dans les étoiles.
-Ben voyons, murmura Harry, inaudible. Un canasson me commande de m'éloigner de mon père parce qu'une étoile lui a dit.
Firenze tapa de ses sabots sur la terre humide, et émit un soupir proche du renâclement.
-Je peux te ramener à l'aube de la forêt, près de tes amis, proposa-t-il une dernière fois. Ou te laisser ici à ta mort.

A ma mort, répéta mentalement Harry, les mots résonnant dans son crâne. A ma mort ! Il se demanda si Firenze était fou, un excentrique de son espèce, ou si le talent traditionnel de divination des centaures lui permettait de connaître avec une sorte de presque certitude les évènements humains. Le Petit Lord se frotta les yeux, confus. La lecture du temps dans le ciel, s'il se souvenait bien de ses leçons, n'apprenait rien d'autre que les grands mouvements de l'humanité. Sa destinée personnelle ne pouvait pas être écrite dans la voie lactée.

Harry se laissa tomber sur la branche du dessous, puis celle du dessous, puis regarda le centaure de haut. De toute façon, se rapprocher du château l'arrangeait, c'était à l'évidence là que Voldemort se rendait, guidé par sa terrible colère contre Dumbledore.

-Emmène-moi.

Le centaure renâcla, puis se tourna, lui offrant son dos. Harry s'autorisa un petit sourire en coin – parce qu'il avait douze ans, et qu'à douze ans, quand bien même on dédaignerait la race des hommes-chevaux, cavaler à dos d'une créature magique quelle qu'elle fût constituait une intéressante aventure.

HP-LV-HP-LV

-C'est ici que je t'abandonne, résonna la voix de Firenze dans tous le corps de Harry, serré contre son dos, les bras serrés autour de son torse puissant.

Il se détendit progressivement de la folle course au-travers de la forêt lorsqu'il fut certain que les sabots du centaure n'allaient pas se remettre à galoper à toute bringue. Le visage et les bras griffés de toutes parts par les branches, le Petit Lord se laissa glisser au sol, se réceptionnant souplement.
Devant le château, c'était un tel bordel que le jeune garçon cligna trois ou quatre fois des yeux, cherchant à coller du sens aux gens courant à droite, à gauche, sous les torrents de sang, baguette en l'air déversant dans le ciel des filaments de givre, aux élèves vêtus de leurs écharpes de supporters de Quidditch venus prêter main-forte à l'équipe enseignante, quoi qu'elle pût être en train de faire, et…
-Adieu, Harry Potter.
Son cœur battait toujours la chamade de l'adrénaline libérée par le trajet lorsqu'Harry hocha la tête pour saluer le centaure, et le regarda disparaître entre les arbres en quelques secondes.
Il se retourna vers le château, leva les yeux.

Sous la pluie sanguine, l'enchantement commun des mangemorts frappait les murs du château de grands coups de maillets, et Harry eut l'impression d'observer au ralenti le plus terrible des béliers frapper la plus infranchissable des portes. Un long frisson d'excitation courut le long de son échine. Voldemort voulait briser Poudlard. Poudlard ne voulait pas se laisser briser. Le combat des titans pourrait se poursuivre des heures ou des jours avant que l'un des deux se soumette. Mais il y avait quelque chose d'effrayant devant tant de violence. Le sang, la destruction.

Harry appela son balai par un Accio, et lorsqu'il vola dans sa direction, l'enjamba et vola par-dessus les sorciers jusqu'au lac pour une meilleure vue.
-PETIT LORD ! tonna une voix au loin, assourdie par la pluie et le bruit des sortilèges, mais non moins menaçante.
Harry manqua de se casser la figure à douze mètres de hauteur, et fila se planquer entre les tours de Poudlard.

Quelques trente-deux secondes plus tard, il aperçut Agamemnon fuser devant lui à sa recherche, la mâchoire plus carrée que jamais sous sa barbiche noire et pointue.

Harry, flottant à hauteur d'une cinquantaine de mètres derrière la tour Ouest, se sentit abattu par sa propre couardise.

Il faut que je rejoigne mon père, songea-t-il.

Les yeux sur la forêt, il évalua la distance à parcourir à… trop longue. Cette foutue forêt s'étalait sur des miles et des cents, et il ne voulait pas risquer qu'Agamemnon ou même Dumbledore l'attrape par son fond de culotte dès qu'il quitterait sa cachette.
Il descendit de quelques dizaines de mètres, et avisa l'espèce de cabanon rustique de Hagrid, en contrebas de la colline, non loin du lac. A l'orée de la forêt. Parfait : il lui suffisait de s'y faufiler sans être vu, et il attendrait l'arrivée de son père.
Agamemnon repassa devant sa planque en volant – Harry se plaqua un peu plus contre le mur, mais le lieutenant dut repérer une forme sombre sur le gris pâle des murailles, malgré le vent et la pluie, et plissa les yeux dans sa direction. Le petit Lord eut tout juste le temps de battre en retraite fusant entre les tours en toute panique, avant que le Professeur de Forces du Mal ne s'engage à sa poursuite, baguette en main.
-Stupéfix ! Stupéfix ! Stupéfix ! VIENS LA ! Endoloris !
Harry, zigzaguant pour éviter les sorts, agrippa un peu plus fort le manche de son balais, et se pencha en avant les dents serrées, la sueur coulant dans son cou – il se mit à rire nerveusement, la situation lui rappelant les courses poursuites à l'Ecole d'Insan Greek.
-Morris ! hurla une McGonagall en furie, trente mètres plus bas. Ça va pas la tête ?
Sa voix fut emportée par le vent et la pluie tandis qu'Harry filait à toute vitesse, ne se demandant même pas qui était Morris – du moins pas tant qu'il ne fut pas à l'abris des sorts d'Agamemnon, pied à terre et rencogné dans un coin d'alcôve. Il avait dû semer le lieutenant dans le labyrinthe des tours et arches de Poudlard, songea-t-il en soupirant de soulagement. Ce fut là qu'il se souvint que le professeur de Forces du Mal portait Morris comme nom de baptême – McGonagall aboyait sur son collègue pour l'avoir vu jeter un Doloris sur un élève, et il croisa les doigts pour que la directrice adjointe retienne l'attention d'Agamemenon le temps d'un savon suffisamment long pour que Harry coure jusqu'à la cabane de Hagrid. Parcourant les alentours du regard, le Petit Lord avisa un groupe d'élèves de deux têtes plus grands que lui.

-Hey ! cria-t-il en courant dans leur direction.

Il tenait sa baguette à la main, et pour une raison ou pour une autre, les élèves le voyant se diriger vers eux sous la pluie de sang prirent peur et battirent en retraite vers le département de Métamorphoses.
-Foutu Merlin, grogna Harry en les coursant. Toi, viens là !

Il utilisa un sortilège d'attraction pour faire venir à lui l'une des quatre silhouettes sombres. C'était une jeune fille de quatorze ans, drapée dans une banderole de Serpentard, les lèvres bleues et le teint pâle, qui baissa un regard surpris vers son nombril, par lequel Harry l'avait magiquement attrapée.
Le Petit Lord la fixa bêtement, pace qu'elle n'était pas seulement jolie, elle était superbe.
-Qu'est-ce que tu veux ? lui demanda-t-elle, posément.
Harry se racla la gorge.
-Ta robe.
-Je savais pas que le Petit Lord était un pervers, fit la jeune fille en haussant les sourcils.
-Je suis pas un pervers, et je suis pressé : donne-moi ta robe, siffla Harry en se sentant rougir et en se maudissant pour cela. Ta robe noire. Tu peux garder ce qu'il y a en-dessous, je m'en fous. Dépêche-toi ! s'énerva-t-il.
La jeune fille jet un œil aux étincelles blanches brillant sous la pluie noire au bout de la baguette du Petit Lord. Elle jeta sa grande banderole argentée ornée d'un serpent vert à la tête de Harry, puis passa rapidement sa robe d'étudiante par-dessus ses épaules. Elle portait dessous un chemisier blanc et un pantalon de velours vert bouteille. Harry lui rendit sa banderole et enfila la robe noire par-dessus son uniforme de Quidditch repérable à des kilomètres. Le tissu noir traînait sur le sol rougi, et les manches pendaient au-delà des mains du garçon, seule sa baguette dépassant. Abritée sous sa banderole, la jeune fille lui adressa un sourire indéchiffrable et, sans préavis, dégrafa devant lui son chemisier, révélant la première paire de seins que Harry eut jamais vu, sauf sur un cadavre, mais ça ne comptait pas. Puis elle éclata de rire et s'enfuit en courant enveloppée dans sa banderole.

Le Petit Lord resta figé sur un sourire cramoisi pendant quelques secondes, avant de tourner les talons en secouant la tête, incapable de décider s'il était choqué, heureux ou furieux. Il se mit à trotter jusqu'à l'étendue de gazon boueux séparant le château de la forêt, capuche rabattue sur la tête. Appuyé à une paroi du château, il put alors sentir vibrer les murs millénaires. Vibrer.
Papa va casser Poudlard.

Dans la forêt, les mangemorts progressaient lentement, si l'on en croyait l'origine du grand sortilège commun, la source du fleuve rouge qui venait s'écraser contre les murailles claires. Harry se mordit les joues pour dissimuler le large sourire naissant à l'idée brillante qu'il venait d'avoir. Il se rendit jusqu'à la porte principale du château et, finalement, entra.

Là, il souffla une minute et s'essuya le visage de la boue et du sang dont il était barbouillé. Puis, le cœur battant d'une délicieuse culpabilité, il s'en alla attaquer de magie noire la portion de Poudlard déjà fragilisée par son Symptôme Un vieux de quelques semaines.

Retrouver en lui la capacité de jeter un tel sort de magie noire lui prit un certain temps mais, à force de concentration, il put poser ses mains sur le mur parcouru d'une infime vibration et murmurer, insidieux :
-Absumo una edo.
Et recommencer, encore et encore.
Et les pierres de doucement gémir sous son contact, et les joints de céder, les murs de se craqueler. Et Poudlard de se fendre d'une mince fissure de haut en bas, telle un long sanglot. Harry se détacha du mur, secoué de frissons, et s'enfuit loin du château.

HP-LV

Assis sur le toit de la chaumière de Hagrid, derrière la cheminée, Harry fut sans doute le premier à remarquer l'effondrement d'un pan de Poudlard. Cela commença par une sorte d'infime effritement. Les fissures se répandirent sur toute la hauteur de la muraille, dévorant l'essence magique du château, proliférant comme un champignon dans une cave humide. Et soudain, le grand mur s'écroula, à la façon d'une vitre brisée, explosant en une cascade de poussière. Il y eut alors dans l'air comme un immense cri silencieux. Poudlard hurlait à la mort par sa plaie béante. Blessé, transpercé, amputé, le château dispensa alentour une onde d'intense et noir désespoir. Harry en fut ébouriffé et même renversé sur le dos.

-Wow ! murmura-t-il.

La pluie de sang fut balayée hors du domaine, jetée au-delà des frontières de Poudlard, et s'éteignit. Mais l'Enchantement Commun parut redoubler de force devant l'écroulement d'une partie de Poudlard, et vint frapper de plus belle les pierres rosies, causant l'effritement d'une partie de la tour d'astronomie. Une nouvelle onde de magie surgit du cœur du château, épaisse, toxique, et des silhouettes opalescentes se détachèrent des murs.
Il s'agissait des fantômes, venus défendre leur maison, des chevaliers des vitraux projetés hors de leur cadre de verre, des sorciers des peintures gagnant deux dimensions, des gargouilles se détachant des corniches tous vinrent prêter main-forte au personnel de Poudlard contre la vile attaque du mage Noir. Harry, allongé sur le ventre sur les ardoises glissantes de la maisonnette, bouche-bée, regarda même les armures décoratives du château sortir en rang militaire de la porte d'entrée du château, et venir former une ligne de défense à l'orée de la forêt. Elles passèrent devant lui sans le voir.

C'est alors qu'apparurent les mangemorts, surgissant des bois tels des démons, brisant d'un geste l'Enchantement Commun, et s'élançant au-devant des combattants de fer.
Le Seigneur des Ténèbres ne quitta pas les bois.
Le Petit Lord serra les poings, contrarié.
Cela suffisait il n'y tenait plus : Harry sauta au bas de la cabane, sur le casque d'une armure poudlarienne, l'étalant à terre provisoirement avant de bondir hors de sa portée. Parmi les robes noires de mangemorts, il fut arrêté par une baguette qui se planta dans son œil.

-Aïe ! hurla-t-il, inaudible dans le capharnaüm ambiant. Avery ! maudit-il, la mains sur son œil.

La poigne puissante d'un homme l'attrapa par les épaules, et il écarta les bras pour se trouver face au visage rouge du vieil Avery. Celui-ci le regarda et, sous les traces sanguines de la pluie magique, perdit toute couleur. Ses yeux bleu pâle parurent peinés.
-Petit ? fit-il d'une voix rauque.
Harry, un œil fermé car douloureux, grimaçait affreusement.
-Fais attention avec ta baguette, lâcha-t-il. Où est Voldemort ?
La poigne d'Avery se resserra sur ses épaules.
-Par là, dit-il d'un ton grave.
Il emporta Harry dans la pénombre de la forêt en le tenant par un bras.

-Tu peux me lâcher, sauvage, protesta le garçon au bout de trois mètres, suivant difficilement le rythme du mangemort, et son biceps commençant à le faire souffrir.
Avery ne réagit pas.
Un goût bizarre remonta dans la bouche de Harry. Un doute s'insinua dans ses tripes.
-Lâche-moi, ordonna-t-il.
Avery ne réagit pas davantage.
-Lâche-moi ! cria Harry. Je suis ton maître ! Voldemort t'a confié à moi !
-Ferme-la, petit.
-Je veux voir Voldemort, gronda Harry, soulevant sa baguette.
Avery lui montra son propre poing, avec deux baguettes dedans.
-Tu vas le voir, bien assez tôt.
Halluciné, le Petit Lord se laissa traîner sur plusieurs mètres, les yeux écarquillés sur sa main vide.
-Tu vas voir ce que tu vas prendre, lâcha finalement le garçon.
Il tentait de garder un ton léger, mais une sourde inquiétude lui chatouillait l'estomac.

Vingt mètres plus loin, Avery et Harry se retrouvèrent face à Dumbledore et Agamemnon. Le mangemort lança un sort, et Harry voulut se cacher derrière lui, mais la façon dont Avery l'agrippait l'en empêcha, et il reçut en pleine face le sortilège d'Agamemnon.

HP-LV-HP-LV

Harry reprit conscience en sentant la lumière du soleil percer à travers ses paupières. Il les ouvrit, pour se trouver dans un lit froid aux draps blancs, l'esprit confus, et un terrible martellement dans la poitrine, l'adrénaline ne l'ayant pas quitté. Au-dessus de lui, le ciel blanc, pâle, et son soleil automnal. Autour de lui, d'autres lits, et des gens s'affairant pour soigner les blessés.
Harry bondit de son lit, faillit se flanquer par terre pour cause de déséquilibre notoire, se releva, se cogna dans un autre lit et s'écroula sur un sceau d'urine.
-Mr. Potter ! cria une voix de femme.
Proférant les jurons les plus affreux, Harry se redressa avec une grimace écœurée et laissa l'infirmière lui jeter un sort de nettoyage.
-Retournez dans votre lit ! l'engueula-t-elle en lui administrant une fessée. Interdiction de quitter l'infirmerie tant que l'effet du sortilège de déséquilibre ne se sera pas dissipé. Et tant que vous aurez une commotion !
-Une quoi ? protesta mollement Harry, se sentant nauséeux et indigné. Qu'est-ce qu'on m'a fait ?

Il avait la tête comme un chaudron et un problème affectant son oreille interne l'empêchait de mettre un pied devant l'autre sans embrasser le sol. Il voulut s'esquiver mais s'étala face contre terre avant même d'avoir atteint le paravent blanc suivant. Mme Pomfresh le souleva avec une force remarquable et le porta jusqu'à son lit.
-Pourquoi on est dehors ?
Elle le borda de façon à ce qu'il puisse à peine respirer.
-Où est Voldemort ?
La panique de l'avoir manqué lui souleva brusquement la poitrine. Il hurla.
-Je veux sortir d'ici !
Il tira sur son drap et réussit presque à tomber la tête la première hors du lit. La tête lui tournait de la façon la plus détestable possible.
Et s'Il était reparti sans lui ? Et s'Il était reparti blessé ?
-Vous. Ne. Bougez pas, Potter, cracha Mme Pomfresh, peu ou prou terrifiante.
Elle le re-plaqua sur le matelas, et lui tendit un gobelet oranger.
-Avalez ça.
Crevant de soif, il en siffla le contenu sans se poser de questions.
-Vous allez dormir, je vous ai donné un tranquillisant l'informa-t-elle sèchement. Je ne peux pas m'occuper des excités quand j'ai autant de blessés sur les bras.
Harry essaya aussitôt de se faire vomir.

Mme Pomfresh parut un instant au bord de l'homicide et lui attrapa les doigts qu'il s'enfonçait dans la gorge.
-Ne m'obligez pas à vous jeter un sort en plus de ça !
-Répondez, supplia Harry lorsqu'elle l'eut relâché et qu'il commença à se sentir partir.
-Nous sommes dehors car Vous-Savez-Qui a détruit mon infirmerie.
-Où est Papa ?
L'expression de l'infirmière sembla s'adoucir.
-Votre Papa n'est plus là depuis longtemps, Mr. Potter. Mais je suis sûre qu'il veille sur vous.
-Il est… parti… sans moi ?

HP-LV-HP-LV

Lorsqu'il ouvrit les yeux pour la seconde fois, Harry avait les idées beaucoup plus claires, et une envie de meurtre lui tenaillait l'estomac. Il resta longtemps étendu dans la fraîche obscurité à réfréner sa pulsion première, qui était de marcher d'un pas décidé jusqu'aux appartements d'Agamemnon, de lui percer le bide d'un coup de couteau, de tirer dans tous les sens sur ses boyaux, de lui vomir dedans, de le refermer, puis de l'enterrer vivant et le laisser crever parmi les vers. Et Dumbledore. Dumbledore fils de menteur qui lui avait promis de rentrer pour les vacances, mais bien sûr. Si cela avait été inspiré par une once d'honnêteté, on n'aurait pas dépensé tant d'énergie à l'empêcher de gagner la forêt, de rejoindre Voldemort. Les vacances n'étaient plus que dans deux semaines. Qu'est-ce que ça aurait changé ?
L'amertume se mêla à sa colère.
Et son angoisse.

Et Voldemort, Voldemort était parti.

Il ferma les yeux et serra les mâchoires et enfonça ses ongles dans les paumes de ses mains. Il se sentait piteux et horrible et tellement possédé.
Il savait ce qu'il allait faire. Il allait partir. Oui.
Mais avant il allait tuer Agamemnon.

Hary en était là de ses considérations meurtrières lorsqu'il entendit des bruits de pas dans le couloir – et réalisa alors que son lit avait été rapatrié à l'intérieur du Château, qui n'avait donc pas été intégralement détruit. Les bruit de pas résonnaient tout près, sans doute de l'autre côté du rideau. Il se redressa sur les coudes, plissant les yeux dans la pénombre. Sans doute un autre élève, comme lui cloué au lit par la tyrannie médicale de l'infirmière scolaire, se levant pour se dégourdir les jambes ou soulager sa vessie. Quoique. Harry fronça les sourcils comme il distinguait à travers le paravent blanc la haute silhouette d'un adulte.

Son cœur se mit à battre à lui en faire péter les vaisseaux sanguins à l'idée qu'Agamemnon venait l'achever dans son sommeil, lui écraser le crane d'un coup d'enclume, parachevant ses rêves les plus fous depuis les presque quatre ans qu'il connaissait le Petit Lord. Perdant tout sens de la raison, Harry se dégagea rapidement des draps tièdes et courut à pas de loups se glisser derrière une autre tenture, gardant une moitié d'œil ouverte sur son agresseur présumé.

La silhouette sombre pénétra dans les quatre mètres carrés d'espace de couloirs réservés au Petit Lord, et se figea devant le lit vide, avant de laisser échapper un petit rire ironique.

Harry ouvrit la bouche, bêtement.
-...Severus ?

Et Severus le Traitre.
Qui d'autre pour lui miner davantage le moral en cet instant ?

L'homme s'immobilisa, les yeux relevés vers la silhouette enfantine cachée derrière le rideau. Harry leva le menton.
-Qu'est-ce que tu veux ?
Severus le regarda, impassible. Puis enfonça ses mains dans le tissu noir de sa robe.
-Rien.
Il le jaugea du regard, totalement inexpressif, puis se détourna.

Harry fronça les sourcils. Peut-être qu'il venait veiller sur lui. Severus faisait ça, dans le temps. Mais Severus ne répondait plus aux ordres de Voldemort.
-Severus ! le rappela-t-il sans pouvoir se retenir.
L'homme s'immobilisa et se retourna.
Il ne lui dit pas « C'est Pr. Snape, Mr. Potter ». Non il n'avait pas trop joué à cela avec lui depuis son arrivée à Poudlard. Il sauvegardait les apparences mais semblait se moquer éperdument que Harry l'appelle ou non par le nom qu'il lui donnait depuis ses trois ans. Depuis qu'il apprenait la magie auprès de lui, loin d'ici dans un repaire de tueurs en Albanie.

-Dis-moi juste. Ce qu'il s'est passé.

Pourquoi Voldemort était-il parti sans lui ? Jamais il n'aurait fait ça à moins d'en être empêché.

-…Ce qu'il s'est passé, répéta l'homme.

Il soupira.
-Ce qu'il s'est passé. Voyons. Un mage noir a brisé les enchantements de protection les plus puissants du monde pour venir saccager une école. Les profs, parce que bien sûr c'est leur métier, se sont battus protéger les élèves. La moitié de l'école s'est écroulée sur eux, une cinquantaine de personnes sont mortes ou blessées, Dumbledore a suffisamment effrayé le Seigneur des Ténèbres pour qu'il s'estime satisfait pour cette fois et s'en retourne préparer ses prochains projets. Voilà ce qui s'est passé.
Le sarcasme de Severus. C'était bizarre de le retrouver dans ce contexte. Harry resta derrière sa tenture. Ils se tenaient à un mètre cinquante l'un de l'autre, gauches, défiants.

-Dumbledore L'a effrayé, murmura Harry. C'est pour ça qu'Il est parti.
Ça ne tenait pas debout – enfin si, parfaitement, sauf que Harry était toujours là, et Voldemort ne pouvait pas l'abandonner, il reviendrait. Il aurait déjà dû revenir.

Harry se souvint alors d'Avery. Qui ne l'avait pas protégé contre Agamemnon. Qui lui avait subtilisé sa baguette, l'avait tenu fort par le bras – il sentait encore l'empreinte de ses doigts sur son biceps. Il songea aussi à Lucius. Lucius, dans les bois.
Voldemort était fâché. Harry n'avait rien d'un esprit épais, et quelque part il s'en doutait. Mais fâché au point de le laisser là ?
Son estomac se remplit de plomb.

Fâché au point de le laisser là ?...

HP-LV-HP-LV

Ce n'était qu'une mise à l'épreuve. S'il était fâché au point de ne plus vouloir le voir, Voldemort l'aurait simplement tué, et puis de toute façon c'était délirant, c'était Voldemort, il ne pouvait pas être fâché contre lui à ce point là. Ce n'était qu'une mise à l'épreuve.

HP-LV

-Petit, petit, petit… Approche…

Harry courut vers le vieil Avery comme un oisillon vers la main qui contient le grain.

Lorsqu'il arriva auprès d'Avery, celui-ci disparut derrière un grand rideau de velours noir. Le rideau glissa comme une cascade s'écoule dans un lac, et le Miroir du Risèd apparut derrière.

Les yeux rouges, immenses, jaillirent de la paroi de verre et vinrent avaler Harry dans un crissant hurlement de violons.

La voix d'Avery résonna.
Il est très, très fâché.

Harry s'éveilla avec violence et terreur.

HP-LV

Le visage noyé dans le lavabo d'eau glacée, Harry soupira profondément. Des bulles envahirent le bac et lui chatouillèrent les tempes. Harry souffla plus fort, jusqu'à ce qu'il n'ait plus d'air dans ses poumons, puis il déboucha le lavabo, ferma le robinet, et laissa l'eau s'écouler.

Bien sûr que Voldemort était fâché.

Fâché, peut-être très fâché. Mais pas fâché comme ça, Severus avait tort, il se trompait, il exagérait.

-Il te tuera. Demain, dans cinq ans. Il te tuera car tu ne seras plus ce mage noir miniature complètement sous son joug que tu étais il n'y a pas longtemps. Que tu es encore, peut-être, un peu, mais ne resteras pas.
-Tais-toi, tu redeviens ce que… Tes paroles ne sont que venin. Traître, traître, traître, va-t'en ! Ta seule présence me…
-La ferme, Harry. Pour cinq minutes, cesse de jouer.

Severus ne s'était pas approché, Harry non plus. L'ex-mangemort avait croisé les bras sur sa robe noire, Harry avait croisé les bras sur son pyjama rayé.
-Vous ne comprenez rien.
Face à Severus, Harry avait toujours sauté du vouvoiement au tutoiement et inversement sans s'en rendre compte. Certaines choses ne changeaient pas.
Severus eut l'air navré. Fatigué. Agacé.
-Harry, si tu y retournes… Sa colère, tu la connais. Tu sais ce qui arrive à ceux contre qui elle est dirigée. Tu le sais.
Il soupira.
Il s'en alla.

Il était fou. Cela faisait trop longtemps qu'il ne côtoyait plus les mangemorts et leur Maître Il s'imaginait le quotidien plus horrible qu'il n'avait été, et il oubliait combien Harry était préservé. Il était le Petit Lord, le petit prince du repaire du Seigneur des Ténèbres il ne risquait rien. Rien de grave. Le spectacle de l'horreur, oui, il y avait droit. Parfois il y participait jamais il ne la subissait.

Harry avait épuisé son quota de sommeil. Il chaparda des baskets moldues au pied d'un lit d'infirmière et partit vadrouiller dans Poudlard.

L'évaluation des dégâts prit du temps. Il escalada longuement les décombres caressées de rayons de lune, sans en voir la fin. Il marcha dans la gadoue rougeâtre mais ne vit pas le moindre corps. Il finit par s'enfoncer dans les entrailles du château pour aller se percher sur les toits comme il le faisait souvent avec Greggy. Sur le chemin, il traversa les immenses rouages dorés de l'horloge géante de Poudlard, qui lui apprit qu'il était cinq heures du matin. En ce matin d'hiver, l'aube était encore loin. Il fit un détour par la volière où il réveilla le petit hibou noir revêche qu'il avait chargé de sa première missive pour Voldemort.

-Alors, toi, murmura-t-il en enfermant doucement ses pattes dans son poing. Qu'est-ce que tu as foutu ? Pourquoi n'a-t-Il jamais répondu ?
Le hibou émit un hululement aigu de protestation, prisonnier de la poigne du jeune garçon. Il se mit à battre des ailes, inquiet, et attaqua le poignet de Harry à coups de becs.
-Petrificus totalus, susurra Harry. Tu 'es qu'un hibou. Mais j'en ai franchement marre. Alors écoute, je sais que tu comprends. Tu vas porter une lettre. Tu vas t'assurer qu'elle parvienne à son destinataire. Et tu vas rester jusqu'à ce qu'il te confie une réponse. Sinon, tu sais ce qui va t'arriver ?
Immobile, le hibou roula des yeux paniqués.
-Je vais t'arracher une aile. Lentement. De mes mains. Je te le promets.
Il désensorcela le hibou qui lui octroya un sauvage coup de griffe avant de voleter bruyamment jusqu'à la poutre la plus éloignée de la volière pour disparaître dans l'obscurité en un petit tas de plumes terrorisé.

Harry fit venir de son dortoir un parchemin, une plume et un encrier.

« Cher Papa,

« J'ai compris. Je me rachèterai. Je m'enfuirai par mes propres moyens.
« Nous tuerons Dumbledore ensemble si tu le permets.

« Je t'aime,
« Harry. »

Harry plia soigneusement le parchemin en quatre et le glissa dans une enveloppe. Il leva sa baguette et fit venir à lui le pauvre hibou sur lequel le sort de messager entre le Petit Lord et le Seigneur des Ténèbres s'était abattu. L'animal émit un « couak » plaintif et se débattit comme un beau diable lorsque la lettre fut attachée à sa patte. Après quoi il fit face à son destin avec une résignation apathique. Harry inscrivit un « V » sur l'enveloppe et regarda sévèrement le hibou. Celui-ci émit un faible hululement appelant en vain à la miséricorde, puis s'envola mollement par l'une des ouvertures de la volière.
Harry le surveilla jusqu'à le perdre de vue.

Arrivé aux frontières du domaine, le volatile se trouva en proie à une lutte terrible contre le sortilège d'Albus Dumbledore le poussant à faire demi-tour vers le bureau du directeur.

Toutes les missives de Harry Potter adressées vers l'extérieur me reviennent.

Je vais t'arracher une aile. Lentement. De mes mains. Je te le promets.

Toutes les missives de Harry Potter…
Je vais t'arracher une aile.
Le petit hibou hulula, combattant l'air moite qui le retenait dans le domaine par de furieux coups d'ailes.
adressées vers l'extérieur…
Le hibou recula de trois mètres en tourneboulé comme sous l'effet d'une bourrasque.
Lentement. De mes mains.
Le hibou reprit son vol avec hargne.
me reviennent.
Je te le promets.
La petite boule noire ébouriffée franchit la limite du domaine. Le sortilège le laissa s'en aller avec un « wizz » déçu. L'oiseau entama son voyage à longs battements d'ailes.

Lorsqu'il ne vit plus de l'oiseau qu'un petit reflet de lune sur ses plumes sombres, Harry s'arracha à la contemplation des étoiles et escalada la fenêtre de la volière pour grimper sur son toit.

De là, il vit. Il vit les amoncellements de pierre, hauts comme des collines. Presque un quart du château avait été éventré par le sortilège commun des mangemorts, la vague rouge venue s'écraser contre les murs ancestraux.
Jusqu'à ce que Poudlard cède, dans un grand cri rocailleux, et se brise dans un sanglot de vitraux explosés, s'abattant malgré lui sur les têtes blondes de ses chers occupants.

Combien de morts ? Harry ne put compter, au loin, les silhouettes allongées près du lac, couvertes de linges blancs.

Le plus beau, le plus remarquable, c'était la Grande Salle. Intacte, mais ouverte sur l'extérieur, à la frontière d'un écroulement de pierre, invitant les étoiles à ses tables. Le parc apparaissait dans la prolongation des dalles. Les Gryffondors auraient le ciel au-dessus de leurs têtes au petit déjeuner, le vrai ciel et pas l'imitation magique du plafond. Harry avait hâte d'y être. Contempler son œuvre de l'intérieur.
Car s'il n'était pas à l'origine de l'écroulement de l'école, son sortilège avait contribué à l'effritement des murs, il en avait l'absolue certitude.

Harry sauta d'un toit à l'autre. Puis il fit venir son balai, et se laissa glisser sur le vent, descendant au niveau des pierres rosies par le sang. Une plainte muette s'élevait des caillasses fendues.
Ses pieds caressaient les arrêtes rosies par la pluie, puis les brins d'herbe humides lorsqu'il s'éloigna du château. Il vola jusqu'aux corps allongés près du lac, et remarqua la couleur rouge de celui-ci. Fasciné, il s'approcha pour y plonger la main. Celle-ci ne ressortit pas carmine contrairement à ce qu'il attendait, seule une fine ligne rosâtre demeura au milieu de sa paume, à la délimitation de l'eau. Il avait plu des hectolitres de sang, mais ils n'avaient pu que teinter la surface du lac, pas davantage.

Harry reprit son balai et passa entre les deux rangées de linges blancs découpant des silhouettes humaines, lentement, comptant les corps. Vingt-huit. Il repassa, pour être sûr. Vingt-sept, en fait. Peut-être un ou deux blessés graves viendraient-ils rejoindre ce mausolée provisoire.
Harry se demanda s'il les connaissait. Il espéra que non.
Il y avait beaucoup d'enfants. Des corps aussi grands que le sien. Au moins dix. Les autres pouvaient être des corps d'adultes ou d'adolescents ayant déjà eu leur poussée de croissance.

Un à un il découvrit le visage de chaque victime.
Un prof qu'il ne connaissait pas. Un autre. Des élèves dont la plupart avaient quinze ou seize ans. Certains, il les connaissait du Club de Duels, d'autres, il n'avait fait que les apercevoir dans la Grande Salle.
Parmi les petits corps, il découvrit celui de Justin Finch-Fletchey, et renifla dédaigneusement. Un Sang-Mêlé parti rejoindre sa moldue de mère. Comme les choses se faisaient bien, parfois.

Puis au milieu d'une rangée, il leva le drap sur le visage de Greggy.

Il resta ainsi, le drap dans les mains, à demi penché sur son balai.
Il reposa le tissu blanc sur le visage blafard de Gregory Goyle. Ses joues rondes étaient crispées sur une expression de douleur ou d'anxiété.
Le drap se posa sur lui comme un voile.
Une petite pointe formait une colline au niveau du nez.

Harry redressa le manche de son balai et s'envola dans la nuit.

HP-LV

-Et merde.

Pour quelqu'un qui avait à peine vécu douze ans, Harry Potter aurait fait proféré une quantité étonnante de jurons à Albus Dumbledore.
Le grand barbu ne dormait pas lorsque le coucou magique suspendu à gauche de son bureau se mit à lui voleter autour de la tête dans un cliquetis métallique.
-Alerte ! Alerte ! Alerte !
Ce ne pouvait être à nouveau des mangemorts –
-J'ai compris, cher petit, remercia le directeur d'un ton acide avant de donner une gifle au coucou pour qu'il aille cliqueter ailleurs.
Ce ne pouvait être à nouveau des mangemorts, car le coucou n'avait que sonné l'alerte : les enchantements de protection subissaient une attaque, mais tenaient bon. S'ils avaient été déchirés dans leur profondeur, le coucou aurait déjà commencé à chier des boulons dans toute la pièce.

L'alerte pouvait avoir été déclenchée par un tas de choses sauf qu'en vérité, à ce moment précis, rien ni personne n'avait d'aussi bonnes probabilités de s'attaquer aux frontières du domaine que Harry Potter.

Albus envoya son Patronus réveiller Minerva, et descendit les escaliers en colimaçon au pas de course tout en remuant sèchement sa baguette. Dès qu'il fut en bas, son balai apparut. Il l'enfourcha, et s'enfonça dans l'obscurité du couloir.

Harry avait cessé d'essayer de les franchir. Les enchantements de protections, insensibles à ses sorts, lui bloquaient le passage comme un mur invisible et infranchissable. Il transpirait des pieds à la tête, ses tennis blanches et le bas de son pyjama étaient maculés de boue, et peut-être ses joues luisaient-elles de quelques larmes.
Flottant à quelques dix mètres de hauteur, il regarda Dumbledore s'approcher et s'arrêter en face de lui. Le garçon avait l'air éprouvé. Albus aussi, d'une certaine façon. Les cernes sous ses lunettes en demi-lune semblaient plus creusées que d'habitude, et ses mèches argentées se rassemblaient en petit paquets plaqués sur le haut de son crâne. Il darda en outre un regard morne sur le Petit Lord.

-Bonsoir, Harry. Pourquoi veux-tu soudain partir, après avoir passé tout ce temps à Poudlard ?
Le sous-entendu flotta entre eux : …sans avoir essayé de t'enfuir.

Harry reprenait son souffle, hagard. Il n'avait pas la force de jeter sa vindicte à la tête du vieux mage. Mais il ne supporterait pas pour autant de se tenir si près de lui. Il vira le manche de son balai et s'éloigna lentement, se laissant dériver sur l'air du vent.

Peut-être, sans doute, certainement que quatre ans plus tôt, Albus lui aurait laissé le temps d'accepter la discussion, aurait pris en compte sa psychologie, son âge, son histoire. Mais Albus vivait depuis soixante-douze heures sa plus épouvantable journée du dernier demi-siècle. Poudlard partiellement détruit, des corps d'enfants sous les décombres, tout cela sous sa Direction, tout cela par la faute de Petit Lord et de Lord Voldemort. Il se sentait attaqué dans sa chair. Il avait assez sacrifié pour ce gosse de moins en moins innocent, et sur le moment, il en eut assez de ses caprices.

Il vola jusqu'au garçon et l'attrapa par l'oreille, douloureusement, et le ramena au château. Il le lâcha sur une pile de gravats, là où s'était trouvé le Grand Hall, et fit disparaître les deux balais d'un claquement de doigts.

-Je crois qu'il est temps que nous discutions.
Il referma devant lui les pans de sa robe déboutonnée pour se protéger du vent. Harry le fixait d'un air mauvais dans ses baskets gadouilleuses et son pyjama d'infirmerie.
-Essayons d'être honnêtes, tant l'un envers l'autre qu'envers nous-même, veux-tu ? Je ne souhaite pas que Voldemort t'ait auprès de lui – beaucoup de personnes partagent mes craintes à ce sujet. Nous avons peur qu'il te tue.
-A cause de la prophétie.
Albus se figea. Le sourire halluciné qu'il adressa à Harry témoignait de son émoi.
Comment le gamin pouvait-il savoir cela ?
Severus ?
Il se retint de peu d'utiliser la légilimencie – et pas par éthique mais parce que quelqu'un ayant passé toute sa vie auprès de Voldemort reconnaîtrait nécessairement la sensation d'une intrusion mentale. La situation lui échappait totalement.
Que Harry connaisse ne serait-ce que l'existence de la prophétie garantissait d'autant plus sa réalisation qu'il en connaisse les termes et la Guerre deviendrait rapidement cauchemardesque pour lui.

Qu'est-ce que…
Albus ouvrit la bouche. Son visage devint blafard dans la nuit. Un mince sourire sans joie se dessina sur les lèvres de Harry.
Albus cligna des yeux et chassa le gamin de son esprit. Depuis quand, songea Albus en serrant les dents, yeux écarquillés, depuis quand les enfants de douze ans savaient-ils mettre en œuvre l'art infiniment complexe de la légilimencie ?

-Ce n'est pas Severus, lâcha Harry.
Quelque part derrière l'amertume de la trahison, Harry conservait une certaine fidélité à son vieil ami.
-Je vous ai entendu. Comme quoi je suis le seul à pouvoir tuer Voldemort. Ce qui signifie que vous êtes très, très mal barré. Parce que ça n'arrivera jamais. Et pour commencer, je vais m'en aller. J'en ai assez. D'être ici.

Albus Dumbledore parvint à digérer ce flot d'informations sans rien laisser paraître de son effroi, auquel il laissa précisément cinq secondes pour s'épanouir intérieurement avant de se reprendre. Quand, comment Harry avait-il pu… « l'entendre » ? Jamais, nulle part ailleurs que dans son bureau, dans lequel Albus était absolument certain que le petit n'avait pu s'introduire. S'était-il dissimulé derrière la porte ? A ce moment précis ? Cela ne tenait pas debout.
Il y réfléchirait.

-Très bien, Harry, dit-il calmement.

Excessivement calmement. Son cerveau turbinait à puissance maximale.

-Si tu as entendu la Prophétie qui te concerne, a cru l'entendre, ou en a seulement entendu parler, il me semble opportun de te la montrer.

Ce n'était pas dans ses plans, mais mieux valait cela à une image déformée de la réalité. Les dégâts pouvaient être grands.

-Non, répliqua le garçon. Ça ne m'intéresse pas. Je l'ai très clairement entendue, je n'ai pas besoin d'une redite. Et je l'ai très bien comprise aussi.

Harry semblait nerveux, sur la défensive, comme s'il craignait que Dumbledore l'emporte de force dans son bureau.
Dumbledore força sa colère, son inquiétude et son agacement à reculer. Harry était l'un de ces enfants à l'histoire compliquée, qui accordait difficilement sa confiance, et avait vécu un trop grand quota d'horreurs pour son nombre de centimètres. Et il n'était pas non plus le plus détestable des élèves qui lui ait été donné d'accueillir à Poudlard. Bien qu'il apparaisse désormais dans certains de ses plus épouvantables souvenirs.

-Je ne vais pas te forcer.
Il ne parvenait pas à feindre la douceur, mais conservait son inénarrable politesse. Cette sensation lui rappelait Tom Riddle.
-Si un jour tu souhaites l'écouter à nouveau, frappe à ma porte.
Harry le fixait d'un regard dur.
-J'ai une question, reprit Albus, si tu veux bien m'éclairer.
Le garçon releva le menton fièrement, sourcils froncés.
Des jeunes rebelles de cet acabit, combien Albus en avait-il vu passer ? Des centaines.
Des capables de mettre Poudlard par terre ? Zéro.
-Je n'ai pas mis Poudlard par Terre, murmura Harry.
Albus le flanqua à nouveau à la porte de son esprit, avec violence cette fois. Harry vacilla et se rattrapa en s'éraflant les mains sur les gravats.
-A d'autres, répliqua froidement le vieux sorcier. Tu avais déjà fissuré les murs, et je sais que tu as recommencé samedi. Tu n'as pas mis Poudlard par terre, mais c'est tout comme.

Il prit une profonde inspiration.
-Ma question est autre.
Harry avait reprit sa posture défiante.
-Tu es ici depuis trois mois. Tu n'as jamais cherché à partir. Aujourd'hui, tu es allé titiller les frontières du domaine. Pourquoi ?
-Vous me demandez pourquoi ? gronda Harry.
-Oui. Je suis curieux. Mais à vrai dire je me moque pas mal de la réponse. Je suis curieux de la justification que tu te donnes. Tu ne m'aimes pas, mais ce n'est pas pour ça que tu veux t'en aller: tu ne m'aimais déjà pas il y a trois mois. La vérité, Harry, du moins je pense – et je peux me tromper – c'est que, ce soir, tu es malheureux. Tu n'étais pas malheureux il y a quelques jours, lorsque tu jouais ton premier match.

Harry ferma les yeux et serra les poings.
-Je n'ai pas envie de vous parler, dit-il entre ses dents.
Il desserra les poings, rouvrit les yeux et fit mine de se détourner, dardant un regard méfiant sur Dumbledore.
-Je vais m'en aller. Avec ou sans votre bénédiction. Alors laissez-moi partir.
-Je n'ai pas pour habitude de lâcher mes élèves dans la nature.
-Vous m'aviez promis de me laisser partir pour les vacances de Noël, grinça Harry en lui tournant le dos.
-Ce ne sont pas encore les vacances.
Le garçon laissa échapper un rire amer. Comme si leur accord tenait toujours.
Il commença à marcher sur le sol inégal jusqu'à l'escalier du grand Hall, à demi écroulé. Le Directeur le suivit sans rien dire, sa présence étouffante enveloppant Harry. C'était insupportable.
-Laissez-moi tranquille.
-Je te demande pardon, mais c'est aussi le chemin de mon bureau. Et vraiment, la politesse élémentaire fait des merveilles en terme de relations sociales, Harry, tu devrais l'essayer. Tu parles mal à tout le monde.
-Non, juste à vous.
-Non, à tout le monde. Tu n'es pas au-dessus des autres, murmura Albus Dumbledore en le dépassant. Pas en terme d'humanité.
Harry le regarda grimper les marches plus vite que lui jusqu'à l'étage suivant d'un œil torve la caresse de sa robe bleu nuit sur les marches fêlées. Il était trop épuisé pour manifester tant d'énergie. Emotionnellement trop épuisé.
-Bonne nuit, retentit la voix du vieil homme depuis le palier supérieur.

Harry ne répondit pas.
Les manières et le civisme, pour ce que ça pesait dans la balance.
« Je suis au-dessus des autres » pensa-t-il hargneusement, en écho à son éducation.

HP-LV-HP-LV

Il n'avait pas besoin de se demander ce qui le rendait malheureux.
Il y avait l'angoisse de la colère de son père.
Sa perplexité face à la prophétie et les stratégies autour d'elle. Sa visqueuse sensation de ne pas tout comprendre.

Il y avait Greggy.

Pourquoi Greggy ? chuchota-t-il ce soir-là assis sur le bord de la fenêtre de son dortoir. Il pouvait y avoir tant de victimes sans importance, pourquoi lui parmi ces petites gens, ces inconnus, ces visages sans nom et sans dimension ?

Il ne supporterait plus de rester à Poudlard un jour de plus. Trop de menaces de punitions et de déceptions en Albanie, trop de douleur et de culpabilité ici.

Dans sa tête, ce n'était pas sa faute. Ni même celle de Voldemort et de son attaque. Encore moins celle de Greggy. Tout était la faute de Dumbledore, car rien de tout cela ne serait arrivé s'il ne l'avait pas fait venir au château.

Comme il était malheureux.
Pas un jour de plus, il ne resterait pas un jour de plus.

HP-LV

Le lendemain, il retourna examiner les défenses magiques du domaine. Décida qu'il s'attaquerait aux enchantements de protection dès la nuit tombée. Ce qu'il fit, pendant quatre minutes, avant de sentir les grandes mains rugueuses d'Agamemnon se refermer sur son cou. Il faillit s'évanouir de frayeur. Au lieu de cela, il défaillit suite au manque d'oxygène.

Il s'éveilla dans un couloir entre deux tentures blanches, littéralement enchaîné à son lit.
Quelques heures plus tard, Minerva McGonagall vint le détacher, échevellée et les joues roses, après avoir hurlé comme une harpie après Agamemnon à quelques dizaines de mètres de là.

Le lendemain, Harry disparut.

Pendant que toute l'équipe enseignante se faisait taper sur les doigts dans le bureau directoral, Harry, assis dans la baignoire dorée cachée derrière les murs, guettait la moindre mention de la prophétie.
Rien d'intéressant ne fut dit.
Il fit glisser la baignoire jusqu'au lac, dans lequel il fouilla à droite et à gauche à la recherche d'une sortie souterraine du domaine, sans succès. Le calmar géant l'observait deloin, ses grands yeux brillants le suivant d'un regard intrigué. Il y avait beaucoup de grosses pierres rectangulaires aux arrêtes tranchantes au fond du lac, pas encore recouvertes d'algues. Harry trouva même une sirène sous l'une d'elle, sans doute tuée sur le coup par la chute des murs. Elle n'était vraiment pas belle. Sa peau verdâtre et écailleuse n'égalait en laideur que ses dents jaunes en aiguilles. Au moins, Greggy n'avait rien raté.
Les petits poissons colorés mirent un certain temps à s'approcher du nouveau venu. Sans doute avaient-ils été perturbés par les bouleversements récents. Lorsqu'ils vinrent tournoyer autour du garçon, minuscules, inconscients, sans un arc-en-ciel scintillant, ce fut comme l'amère caresse du fantôme de Greggy.

Harry les tua.

La brume verte de son sortilège de mort flotta longtemps dans le lac, et le calmar commença à s'agiter, à s'approcher. Harry s'en alla.

A l'aube, il avait découvert un nouveau passage secret partant du troisième étage, et y progressait à quatre pattes, espérant déboucher quelque part, n'importe où, mais loin. Le passage s'avéra impraticable au-delà des cinquantes premiers mètres, les murs se rejoignant. Harry s'en retourna à la baignoire, y fit apparaître un édredon, s'enveloppa dedans, et s'endormit.

HP-LV-HP-LV

Il n'allait plus en cours, ne sortait que la nuit. Cela lui donnait l'impression de ne plus être ici, tandis qu'il cherchait constamment un moyen de ne vraiment plus être ici.

HP-LV-HP-LV

Cela dura au moins une dizaine de jours, peut-être plus. Un mois au maximum, il ne savait pas bien.

Puis un soir, la baignoire se mit en branle d'elle-même. Sa lueur dorée se répandit sur les murs à mesure qu'elle glissait vers le bas, vers le donjon, là où Harry l'avait découverte la première fois. Elle s'arrêta dans un crissement, ses bords s'abîmant comme toujours sur les pierres épaisses des murs.
Docile, Harry se redressa et attrapa l'anneau rouillé qui permettait l'ouverture du passage secret.

Le mur le fit basculer dans le couloir sombre, pile sous le nez aquilin de Dumbledore. Le grand barbu avait une main posée sur l'anneau de l'autre côté, et le lâcha avant que le mur ne tourne complètement.
-Bonsoir !
Harry trébucha, pris par surprise, et se cogna contre le mur. Dumbledore le souleva presque en voulant l'empêcher de tomber.
-Depuis combien de temps n'as-tu pas mangé ?
-Ce midi. J'ai fait un festin de rats.
-Ben voyons.
Albus le lâcha doucement et examina le mur avec curiosité. Il tira à nouveau sur l'anneau, juste le temps de plonger la tête dans le trou obscur.
-Oh oh ! Le bac magique d'Hermesita ! ça alors...
Il sembla résister difficilement à son envie de sauter dans la baignoire pour aller explorer le château de l'intérieur. Contre son gré, il referma le passage, et dirigea son regard pétillant vers le garçon.
-C'est Noël, aujourd'hui, Harry. Je me disais que tu aimerais peut-être rendre visite à Nymphadora Tonks avant de rentrer chez toi.
-Rentrer chez moi ?
-Oui. Ce n'est pas ce qui était convenu ? Qu'aux vacances de Noël, tu rentrerais chez toi ?
Harry sembla à nouveau perdre l'équilibre, mais s'adossa au mur et demeura debout face au Professeur.
-Vous êtes sérieux ?
Puis coupant Dumbledore avant qu'il ne puisse répondre :
-Quel est l'intérêt pour vous ?
-Outre que je tiens ma promesse ?
-Ouais.
-...attitude, Harry...

-...
-...Oui. Outre que vous tiendriez votre promesse, Monsieur.
-Hé bien, je suis conscient que tu finiras par t'en aller d'une façon ou d'une autre, comme tu me l'as fait remarqué de façon très pertinent, et je préfère éviter que tu sois seul et en danger à ce moment-là. Nous transplanerons donc avec toi jusqu'en Albanie, où nous t'accompagnerons jusqu'aux portes du repaire de Voldemort.

Harry ouvrit la bouche. Puis son expression incrédule se figea sur une expression de choc. La tête lui tourna. Il aurait voulu dire quelque chose mais aucune réponse n'était assez appropriée à ce... à ça.

-Je te proposais seulement de passer faire tes salutations à ton amie Nymphadora, puis nous te déposerons pour l'heure du dîner.

Harry cligna des yeux. Il sembla effrayé. Il se passa une langue nerveuse sur les lèvres.

-Oui, oui d'accord. ça me ferait plaisir de voir Tonks, dit-il à mi-voix.
Parfait. Il est quatre heures et demi, lut-il en tirant de sa robe une lourde monter à gousset. je te laisse rassembler tes affaires et me retrouver dans mon bureau dans une demi-heure.
-D'accord.
-A tout à l'heure.
-A tout à l'heure.

HP-LV

Harry n'avait pas grand-chose à rassembler : il se fichait pas mal de son uniforme, de ses livres et de tout ce qui aurait pu rappeler Poudlard à Voldemort. Pour autant il jeta pêle-mêle un certain nombre de vêtements dans sa malle et quelques parchemins. Il récupéra la pile de dessins colorés qui prenait la poussière sur la commode. Toutes les autres affaires de Greggy avaient été emportées. Il fit le tout avec des mouvements secs, saccadés, et sans se départir de son expression tendue. Apeurée.

Il avait l'impression que son cerveau bouillait.

Oh oui, Dumbledore était bon.
Parce que Dumbledore lui proposait de le ramener chez lui.
Comme il l'avait toujours promis ; comme Harry l'avait toujours réclamé.
Mais cela ne devait surtout pas se passer ainsi.
C'était du suicide.
Non, c'était du meurtre.
Le ramener chez lui, encadré de membres de l'Ordre, le raccompagner jusqu'à la porte du manoir, toquer, même, attendre qu'un mangemort ouvre et livrer Harry en lui disant « Hé bien, c'est ici qu'on te laisse, au-revoir Harry, c'était chouette, reviens nous voir quand tu veux. », oh comme Dumbledore était bon et comme Harry était terrorisé. Le ramener chez lui ainsi, c'était écrire sur son front en lettre de feu : « Traître ».
D'une façon telle que même Voldemort ne pourrait le pardonner.
D'une façon telle qui le condamnait.

HP-LV-HP-LV

Harry et Dumbledore, main dans la main, atterrirent devant un endroit qui n'était Godric's Hollow. Ils se tenaient sur le trottoir entourant un parc public, des moldus passaient devant eux, et de hautes maisons londoniennes traditionnelles s'élevaient de l'autre côté de la rue. C'était briqué, c'était carré, c'était londonien.

Le garçon, sans avoir tout cela en tête, reconnut instinctivement la capitale britannique peut-être ses brefs souvenirs de son séjour quatre ans plus tôt l'avaient-ils suffisamment marqué pour qu'il se souvienne de l'esprit et l'ambiance de la ville. Albus Dumbledore tira de sa poche un minuscule rouleau de parchemin, qu'il étira entre deux doigts.

Harry lut, d'une écriture italique élégante :

12, Square Grimmaurd

Il leva les yeux vers le vieux sorcier, l'interrogeant du regard. Celui-ci afficha l'air grave et l'enjoignit d'un mouvement du menton à regarder de l'autre côté de la rue.
Une grande et vieille baraque grise traditionnelle, centimètre par centimètre, apparut entre le numéro 10 et le numéro 14. Lorsqu'elle se fut taillé une place respectable entre ses voisines, porte, jardin et barrière semblables en tout point aux autres excepté l'aspect délabré de l'ensemble, Dumbledore, tira sur la main de Harry et traversa sans regarder.
Harry aurait bien lâché sa main, sauf que la ville comme la vie moldue, de manière générale, restaient des étrangères angoissantes. Remus Lupin leur ouvrit la porte grinçante.

L'endroit n'avait rien de Godric's Hollow. Il le sut instantanément, avant même d'avoir vu autre chose que le petit vestibule d'entrée et le long couloir vers lequel il menait. Les murs recouverts d'une tapisserie stricte élimée et d'une importante couche de poussière, trempés d'un mauvais esprit palpable, imprégnaient les lieux d'une triste froideur.
Harry songea à sa chambre, chez lui, très loin, à celle de Voldemort aussi, et se sentit un peu mieux.

-Tu es venu, sourit gentiment Remus. Je ne pensais pas que tu viendrais.
-Bonsoir, le salua Harry en toute neutralité, après s'être défait de la main de Dumbledore. Comment allez-vous ?
Il avait un peu envie de faire mentir le vieux mage blanc sur son impolitesse généralisée.
-Ça va, lâcha Remus d'un ton signifiant « ça pourrait être pire, ça pourrait être mieux aussi ». Je vais chercher Tonks, ajouta-t-il aussitôt en s'en allant vers le bout du couloir.

Harry et Albus retirèrent leurs capes et les accrochèrent aux patères, en silence. Harry leva le visage vers le vieil homme et le regarda.
Dans ses tripes, une sensation nouvelle. Etait-ce du respect pour Dumbledore et sa stratégie simple et géniale ? Etait-ce de la frayeur, un nouveau genre de frayeur ? Il déglutit.
Il comprenait pour la première fois ce que son père ressentait et ne disait pas. Voldemort avait toujours nié avoir peur de Dumbledore.
Il mentait.
Voldemort connaissait l'homme derrière les yeux pétillants et le sourire bienveillant. Beaucoup pensaient le connaître – le sorcier puissant, la force d'opposition – mais seuls ceux ayant un jour été pris dans les filets d'un Dumbledore utilisant ses ressources à leur encontre pouvaient comprendre combien oui – Dumbledore faisait peur.

Albus lut dans le regard du garçon cette même considération prudente, manipulatrice, haineuse et effrayée qu'il avait vue dans les yeux de Tom Riddle à partir de ses quatorze-quinze ans. Sur un visage si ressemblant à celui de James Potter, c'était perturbant.
Il sourit pour se dérober à l'examen.
-Tu me fais penser à ton père, murmura-t-il.
Harry se crispa.
-Lequel ?
Dumbledore soupira.
-Les deux.

HP-LV

L'ambiance glaciale de l'entrée fut bientôt étouffée sous une envahissante décoration de Noël et Harry perdit le peu d'aise qu'il avait en cet endroit. Mais Tonks, lorsqu'elle l'aperçut, se jeta sur lui en renversant le panier de chocolats posé sur la table basse du salon et le serra si fort dans ses bras qu'il en éclata de rire et d'émotions.
-Tonks, tu as bonne mine !
-Pas toi ! On ne nourrit plus les élèves, à Poudlard ? Professeur Dumbledore ! reprocha-t-elle d'un ton gai.
-Si, demandez-donc à Harry, nous avons de délicieux rats.
Harry et Dumbledore se forcèrent à rire en gros hypocrites qu'ils étaient, et bien que personne d'autre dans la pièce ne comprît la plaisanterie, tout le monde se joignit à eux.
Kinglsey Shacklebolt, Alice et Frank Londubat, Molly Weasley et quelques grands échalas roux qui devaient être ses fils aînés, Alastor Maugrey qui, un verre d'alcool ambré à la main, semblait se demander ce qu'il foutait là, et trois autres adultes que Harry ne connaissait pas, tous rirent dans un esprit bon enfant.
Harry regarda la silhouette empâtée de Molly Weasley et se rappela pourquoi Arthur n'était pas là. Il croisa son regard éteint elle lui sourit. Il se dit que c'était le bon moment.

-Professeur Dumbledore, appela-t-il en se défaisant de l'étreinte de Tonks, pourrais-je rester ici pour les vacances de Noël ?

Tonks retint son « Oh » ravi et ému en plaquant ses mains devant sa bouche. La plupart des personnes présentes retinrent leur respiration. Le Petit Lord demandait à rester auprès de l'Ordre. A leurs yeux, la guerre connaissait l'un de ses moments pivots l'enfant se soustrayait enfin à l'influence de Voldemort. Albus échangea un regard intense avec le garçon.

-Bien sûr, Harry. Reste aussi longtemps que tu veux.

Le « Merci. » de Harry fut inaudible dans les exclamations de joie qui envahirent la pièce.
-Evidemment, que tu peux rester !
-Tu as toujours été le bienvenu, Harry !
-Nous sommes ravis de t'avoir parmi nous !-Tu vas voir, ce sera le plus beau Noël de ta vie !
Et tout le monde de le prendre dans ses bras et de lui ébouriffer les cheveux affectueusement. Harry ne dit rien mais sourit gentiment et se laissa caresser comme le nouveau chiot de la famille. Le seul câlin vraiment sincère qu'il octroya fut pour Tonks. Il n'avait rien de personnel contre ces gens. Certains, bien que peu nombreux, avaient même l'air agréables à fréquenter, comme Rémus.

Bill le détestait. Ou plutôt, il le jugeait du regard exactement comme Albus Dumbledore le faisait.
-Je t'ai vu au Club de Duel, lui murmura-t-il à l'oreille. Je t'ai à l'œil.
-Ça marche, rit Harry.

Molly le prit dans ses bras mous et doux et déposa un tendre baiser sur sa tempe.
-Je sais que ta vie n'a pas été facile. Elle ne le sera pas forcément à l'avenir, mais sache que tu peux venir me voir lorsque tu en as besoin.
Elle semblait émue.

Il semblaient tous émus, en fait.
Même Maugrey, qui autrefois fichait la trouille à Harry, lui mit une main sur l'épaule en lui déclarant que s'il se tenait à carreau, les choses se passeraient bien entre eux.

Harry traversa l'apéritif, le dîner et l'après-dîner avec un sourire factice rivé à ses lèvres. Il se coucha dans une chambre couverte de posters inamovibles de motos vrombissantes.
Albus frappa à la porte à minuit et deux minutes, au moment où tout le monde se couchait ou rentrait chez soi.

-Joyeux Noël, lui dit Harry.
-Joyeux Noël.

Il vint s'asseoir sur une chaise à côté du lit.
Ils se regardèrent longuement sans rien dire. Finalement, Dumbledore se résolut à briser el silence :
-Tu ne me prends pas pour un imbécile ? voulut-il s'assurer.
-Vraiment pas. Bien joué. Je ne peux qu'admirer la façon dont vous avez réussi à me faire dire que je ne voulais pas rentrer.
-Et moi la façon dont tu l'as dit.
Le garçon avait réussi à convaincre tout l'Ordre qu'il abandonnait de son plein gré « Vous-Savez-Qui » par affection pour eux et leur mode de vie et/ou par préférence pour Poudlard.

-Le petit show auquel nous avons assisté en bas était autant mon œuvre que la vôtre, souligna Harry.
-Que vas-tu faire, maintenant ?

Albus avait posé son menton ridé sur le bout de ses longs doigts entrecroisés, dans une posture pensive. Harry roula des yeux.

-La même chose que ce que j'ai toujours fait. M'échapper, retrouver Voldemort, vous détester avec ardeur.
La seule différence…
-Mais j'ai compris ce que vous faisiez.
« Et vous me faîtes peur », faillit-il révéler.
Dumbledore connaissait Voldemort et connaissait Harry suffisamment pour avoir compris la nature des liens qui les unissaient. Il avait donc compris que toute entreprise visant à convaincre Harry de fuir Voldemort et rejoindre l'Ordre échouerait. Il avait alors entrepris de les séparer de force, non pas par la distance et la rétention comme Harry l'avait d'abord cru. Par la manipulation. En convainquant Voldemort que Harry l'abandonnait.
Harry pensait, espérait que ce plan échouerait.
Mais Dumbledore lui faisait peur, dorénavant.
Bien plus qu'avant en tout cas.

Albus ne sourit pas.
-Je ne suis pas sûr que tu comprennes pourquoi j'agis ainsi. Je ne suis pas sûr que cela ait de l'importance, cela dit.
-Dîtes toujours.
-Pour le bien de tous ?
Harry laissa échapper un ricanement écœuré.
-Je savais que cela te plairait.
-Qu'est-ce que vous me connaissez bien.
-…Harry…
-Non.

Ce « Harry » allait être suivi de tentatives de nouer une relation affective, de justifier tout cela, ce genre de conneries. Harry n'en voulait pas.
Albus soupira, et se leva.

-Sache simplement que tu n'iras nulle part. Je serai ici pendant toutes les vacances. Et Poudlard est peu ou prou une prison si l'on si prend comme je compte m'y prendre avec toi. Tu n'es plus un enfant.
-J'ai douze ans.
-Disons que tu n'es plus un petit enfant.
Albus sourit avant de sortir de la pièce.
-Je voulais dire, pardon si je m'y suis mal pris, que tu es à peu près assez grand pour savoir ce qui est bien pour toi. Je ne te parle pas de Voldemort, mais de Poudlard. Ce n'est une prison que si tu essaies d'en sortir. Sinon, c'est un endroit merveilleux.
-Je n'y suis pas heureux.
-La faute à qui ? Qui est responsable de la mort de Greggy ?

Harry eut l'impression de recevoir un coup de pied en pleine poitrine. Il avala une grande goulée d'air. « Vous n'avez pas le droit de l'appeler comme ça ! » hurla-t-il. Il jeta sur Dumbledore une boule de feu qui explosa sitôt que Dumbledore leva un doigt, à quelques millimètres de son grand nez, cramant une partie de ses cheveux argentés. Il claqua la porte derrière lui sans rien n'ajouter.

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Se mettre les membres de l'Ordre dans la poche pouvait être utile à un moment ou à un autre. C'était la raison de son petit show du soir de Noël, et la raison pour laquelle il embrassa tout le monde avec effusion le lendemain matin, après avoir déballé le balai dernier cri qu'on lui avait offert – qui avait dû être acheté en catastrophe sur le chemin de Traverse en retour de faveur auprès d'un marchant grognon tiré du lit à l'aube. Du reste, il lui plut. C'était un Nimbus 2001.

Il passa toutes les vacances à lire, à aider Molly à nettoyer le saladier de préparation du gâteau au chocolat, à perdre puis gagner puis perdre puis gagner aux échecs contre Ron Weasley, à se bagarrer avec Tonks, à discuter magie noire à mots couverts avec un Rémus intéressé, et à sculpter des runes d'équilibre dans le bois de la jambe de Maugrey, tout cela sous le regard attentif d'Albus Dumbledore, avec qui chaque jour, à seize heures trente, il buvait une tasse de thé silencieuse. Il ne pouvait échapper à sa surveillance plus longtemps que quelques minutes pour aller aux toilettes. Même la nuit. Dumbledore logeait dans la chambre face à la sienne, où il ne dormait apparemment jamais, toujours assis à lire des trucs et bidouiller des machins, porte grande ouverte.
Harry ne s'échapperait pas du 12, Square Grimmaurd.

Il n'y eut jamais plus de quatre ou cinq personnes en même temps au Quartier Général de l'Ordre du Phénix pendant les quinze jours de vacances, Harry Potter et Albus Dumbledore compris. Harry fut contraint par les circonstances à sympathiser avec tous ceux qui passaient, plus par volonté d'oublier le regard de Dumbledore sur sa nuque que pour réellement manipuler son auditoire. Il mit de côté le caractère insupportable de certains en se concentrant sur une activité supportable en leur compagnie – raison pour laquelle il passa deux après-midi à apprendre des tours de prestidigitation avec Mundingus Fletcher – et au final, toute proportion gardée, hé bien, il passa de bonnes vacances. Cela lui rappela la période bizarre pendant laquelle, à son retour de l'Ordre justement, lorsqu'il avait huit ans, il avait retrouvé le château d'Albanie, les mangemorts, ses jeux et ses cachettes et ses dîners avec Voldemort, mais pendant laquelle ce-dernier s'était tenu à distance. Tout allait bien sauf que quelque chose de fondamental clochait.

Le premier janvier, c'est avec une détermination solide qu'il saisit la théière-portoloin que lui tendit Dumbledore. De Poudlard, il pourrait tailler la route. Quoiqu'il en dise, Dumbledore ne pourrait pas l'avoir à l'œil vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

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Retrouver le dortoir fut déplaisant à tellement de degrés qu'il n'aurait pas su par quoi commencer. Par comparaison, les cours lui avaient manqué. La baignoire magique aussi, mais il ne put jamais la retrouver. Il détesta Dumbledore un peu plus intensément pendant quelques minutes à ce constat.

Sur son lit, une pile de courrier l'attendait. Harry sentit son cœur battre violemment à l'idée que Voldemort lui avait répondu. Il ouvrit la première enveloppe adressée « Harry Potter », curieux de ce que pouvait bien dissimuler cet épais renflement de papier.

C'était une petite aile noire, arrachée salement, sans doute à la main.
Dans l'enveloppe suivante, une patte griffue ratatinée, puante.
Le hibou chargé de son message lui était revenu.
En six morceaux.
Harry, blanc comme un linge, cacha son visage dans ses mains.

Il tenta de s'enfuir le 7 Janvier, après avoir travaillé cinq jours un sortilège de magie noire censé percer les enchantements de protection. Il avait à peine commencé – caché dans un bosquet enneigé au fond de la forêt interdite, une lourde cape d'hiver jetée sur ses épaules, il avait tout juste esquissé un mouvement de baguette dans la direction de la haute clôture de fer ceignant le domaine – que Rusard accourut vers lui en soufflant comme un bœuf dans un petit sifflet blanc comme l'ivoire. Dix-huit secondes plus tard, Minerva McGonagall apparaissait entre lui et le portail, bras croisés. Harry resta bouche bée de longues secondes.
Puis il haussa les épaules d'un air indifférent, et rentra avec eux au château.

Il tenta de s'enfuir le 11 Janvier, par un passage secret découvert sous le Saule Cogneur. L'arbre furibond lui fêla une côte en voulant l'empêcher de passer, et Agamemnon la lui fractura d'un coup de pied de karateka chevronné. Avant de l'agonir d'insultes et de se jeter sur ses pieds pour le mordre – par vice – Harry eut le temps de remarquer le petit sifflet blanc qui pendait au cou de l'ex-lieutenant.

Il tenta de s'enfuir le 12 Janvier, encore couvert de pansements, en perçant les enchantements de protection comme il l'avait essayé quelques jours plus tôt, et le même scénario se déroula. A peine avait-il amorcé un geste en direction de la barrière métallique qu'il entendit le son strident du sifflet. Il se tourna pour voir qui arrivait, et ce coup-ci, c'était le mastodonte qui servait de garde-chasse à Dumbledore. Il avançait de son grand pas pesant, accompagné de son molosse baveux. Quelques secondes plus tard, Dumbledore lui-même apparut devant lui.

-Tiens, bonsoir, que fais-tu dehors à cette heure, Harry ?
-Oh, je passais.
-Au milieu de la Forêt Interdite ?
-Nous sommes dans la Forêt ? Ciel, je n'avais pas remarqué. J'ai dû pousser ma promenade un peu trop loin.
-Je n'en doute pas. Tu sais cependant qu'il est interdit de sortir de sa Salle Commune après dix heures du soir, je me vois donc contraint de te donner une retenue. Vendredi, dans les cachots, avec Agamemnon.

Il le raccompagna jusqu'au château en fredonnant.

-Dors bien, lui dit-il devant le passage secret de la Salle Commune de Serpentard.

Harry ne dormit pas bien.

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Dumbledore ne le suivait pas partout, non, mais quelqu'un le suivait à tout moment, armé de son sifflet d'ivoire pour prévenir un autre membre de l'équipe enseignante. Il fallait donc soit neutraliser le porteur du sifflet, soit neutraliser le porteur du sifflet et son acolyte apparut de nulle part.

Le schéma suivant apparut rapidement dans le quotidien de Harry :

1) Il s'attaquait au porteur de sifflet (Rusard, McGo ou Agamemnon)

2) a) Il parvenait à le mettre K.-O. avant usage dudit sifflet (Rusard)
b) Il n'y parvenait pas et finissait en retenue avec Agamemnon (McGo)
c) Il n'y parvenait pas et finissait à l'infirmerie (Agamemnon)

3) a) (Suite du 2 a) Il tentait de s'enfuir et se heurtait à des enchantements trop puissants pour lui, lesquels en réponse à son attaque convoquaient magiquement Albus Dumbledore, qu'il n'essayait même pas d'égratigner, à moins d'être sur le moment très furieux, mais le résultat restait le même.
b) (Suite du 2 b) Il ruminait son prochain plan en retenue, qui consistait généralement à récurer des trucs immondes avec une brosse sans savon.
c) Il ruminait son prochain plan à l'infirmerie, où Mrs. Pomfrey n'en finissait pas de s'étonner sur sa propension à tomber dans les escaliers.

4) Retour à l'étape 1.

Les passages secrets semblaient désormais surveillés par les personnages des tableaux, qui disparaissaient mystérieusement de leurs cadres sitôt que Harry s'approchait d'un peu trop près de l'un d'entre eux. Jamais il n'avait pu atteindre l'autre extrémité, et lorsque tous les protagonistes de cette petite danse eurent calqué leurs pas dans les siens, il lui devint impossible de progresser de plus de quinze mètres avant de se faire attraper par le fond de culotte.

Au tout début, Harry trouva cela assez drôle. Un petit peu, quoi.

En Mars, il réalisa qu'il avait épuisé toutes ses ressources, et ne savait pas comment partir.

En Avril, il démissionna de l'équipe de Quidditch – assassina silencieusement Marky du regard lorsqu'il commença à l'enguirlander en invoquant la finale et la coupe – et cessa de survolter le Club de Duel, qui, bientôt, sans lui, retrouva son esprit rebelle consensualiste d'origine et se réinstalla dans le Gymnase sans plus mener à de grands débordements.

En Mai, un jour, il éclata en sanglots au milieu du cours de Potions, parce que Severus avait prononcé le nom de « trompettes de la mort », un bête ingrédient, et Harry avait pensé à Voldemort.

En Juin, un jour où il se sentait particulièrement désespéré, il vint s'asseoir tout en haut des gradins du stade et regarda la forêt au loin, cherchant à retrouver cette sensation d'exaltation qui l'avait étreint lors de l'attaque de Novembre, lorsqu'il avait senti Sa présence, noire, froide, piquante, fendre l'air et faire s'abattre sur leurs tête une pluie de sang.
Les larmes remplissaient ses yeux sans qu'il pût rien n'y faire.

En bas des gradins, Rusard apparut sur la pelouse, feignant la promenade avec Miss Teigne, son abominable chatte. Harry ferma les yeux, une main serrée sur sa baguette, l'autre sur le lobe de son oreille, là où jadis il portait la boucle d'oreille argentée en forme de Marque, celle qui l'appelait à revenir auprès du Seigneur des Ténèbres.

Il se sentait si triste qu'il aurait aussi bien pu ne pas exister.
Il voulait tant rentrer.
Ce devait bien être possible de briser ces barrières puisque Voldemort l'avait fait – il baissa ses yeux embués vers Rusard en bas, et renifla – mais on ne lui en laissait pas la possibilité.
Il ferma les paupières.
Pensa au château d'Albanie à cette époque de l'année. Ensoleillé. Dressé dans une étendue d'herbe sèche, jaune, cassante.
Il pensa à la cour intérieure, au muret par-dessus lequel il sautait. Il pensa à l'air glacé du hall et de la salle du trône. Il pensa aux dîners avec lui à un bout de la table, Voldemort à l'autre, et quelques mangemorts triés sur le volet entre eux deux, et comme il s'amusait intérieurement pendant ces dîners. Il pensa aux parties d'échecs dans la chambre de Voldemort, loin de tout. Il pensa à la Salle Monse, sa salle, et comme il jouait sans penser à rien et comme Voldemort restait l'écouter s'il passait par là, et souriait sans pouvoir s'en empêcher. Harry remua les doigts en l'air.

Si, Sol-Mi, Si, Sol-Ré, Si-Mi…

Quarante-cinq rangées de gradins plus bas, le concierge leva un regard méfiant vers le garçon qu'il était chargé de surveiller, tout en maintenant son innocente activité de balayage.

Potter ne lui avait plus sauté à la gorge depuis quelques semaines, mais il demeurait craintif et soupçonneux. Le garçon semblait diriger un orchestre invisible là-haut, yeux fermés, perdu dans ses pensées.
Puis il se volatilisa.

Rusard porta le sifflet à ses lèvres, incertain. Le gamin était là l'instant d'avant. Il n'avait même pas cligné des yeux. Les gradins étaient vides.
Harry Potter était parti.

Fin du chapitre

Nous nous approchons dangereusement de la fin, les choses s'accélèrent. Je ne saurais dire combien de chapitre me prendront la suite des événements, sans doute encore au moins 4, mais ça devient fun. (Enfin, selon ma conception du fun.)

Le chapitre vous a-t-il plu ? :)