Chapitre traduit par MissLovey

CHAPITRE 3

En route pour Hawaii

Edward

"Merci Maman, c'était une super visite."

"Ouais, je fais la queue pour mettre mon nom sur le vol maintenant."

"Ça ne devrait pas être trop dur, ils ont des avions qui partent tous les jours de Travis pour Hawaii."

"D'accord, je dois y aller. Je suis le suivant. Je t'appelle quand j'atterris."

"Je t'aime aussi."

Je marche jusqu'au comptoir et je m'inscris sur le prochain vol disponible pour la base aérienne d'Oahu. L'aviateur de première classe enregistre mes informations. Il est efficace et rapide avec toute la paperasserie nécessaire. J'adore ça quand le système fonctionne sans accro. Je volerais n'importe quel jour de la semaine dans ces lignes militaires (Space-A) pour éviter la foule des aéroports commerciaux.

" Voilà, Capitaine Masen. Nous allons appeler les catégories rapidement. Vous n'aurez pas de problème à avoir une place aujourd'hui. C'est un C-5 avec quarante-cinq places disponibles et il y a seulement sept autres personnes qui sont sur la liste pour voler aujourd'hui, Monsieur."

Je souris et j'acquiesce. "Excellent. Merci. "Je saisis mes papiers sur le comptoir et marche jusqu'à la zone d'attente pour attendre que mon nom soit appelé.

Je regarde stupidement l'écran bleu où les noms inscrits dans le système défilent, je suis le premier et le seul passager listé comme deuxième catégorie. J'observe le moniteur pour voir si quelqu'un de mon contingent est sur la liste. Une famille de quatre est en catégorie trois mais je ne reconnais pas le nom. Ensuite il y a trois personnes seules en catégorie quatre. Mes yeux sont attirés par l'un de ces noms cependant.

Isabella Newton.

Je me rappelle d'elle. Est-ce que cela pourrait être la même ? Ça serait une coïncidence ridicule. Qu'est-ce qu'elle ferait à la base aérienne de Travis en Californie pour prendre un Space-A. Je suppose que c'est possible. Je regarde autour du terminal pour voir si le visage d'il y a quelques années correspond au nom sur l'écran.

Je ne vois personne qui ressemble de près ou de loin à la jeune veuve dont je me rappelle et mon nom vient d'être appelé, alors je laisse tomber.

Après avoir passé la sécurité, nous sommes immédiatement conduits sur le tarmac et je suis les étapes sans fin qui m'amènent à la porte passager de l'avion.

"Vous pouvez vous asseoir où vous voulez, Monsieur," me dit l'aviateur en m'indiquant les rangées vides. "Prenez ces bouchons d'oreilles. Cela devient assez bruyant." Il me tend un sac scellé contenant des bouchons en mousse bleu. Il ne ment pas. J'ai souvent volé dans ces engins. Il n'y a pas de chauffage et il n'y a rien qui fait tampon contre le bruit des moteurs. C'est brutal. Heureusement, j'ai mon IPod avec moi. "Nous reviendrons distribuer des couvertures après que tout le monde ait embarqué, Monsieur."

J'acquiesce et me déplace jusqu'à la dernière rangée et prends un siège côté couloir. C'est une habitude. En tant que Marine, nous avons appris à toujours être prêt. C'est impératif. Je ne sais pas comment je faisais avant de faire l'école des officiers, mais maintenant? Je ne peux pas imaginer aller quelque part et m'assoir à un endroit où je ne peux pas voir tout le monde en permanence. Certes il y a toujours des scénarios où je ne peux pas tout observer mais je choisis toujours une place où je suis capable d'avoir les yeux sur la porte et où je peux voir tous ceux qui sont dans ma périphérie. Dans un restaurant mon dos est toujours contre le mur. C'est une seconde nature. Je n'arrive pas à me rappeler d'une fois où je n'ai pas été paranoïaque envers les gens qui m'entouraient. Peut-être que paranoïaque est un mot trop fort mais hey, vous devez toujours garder la tête sur les épaules. Douze ans de service et trois tours au combat font ça à un gars.

L'homme et les trois enfants qui l'accompagnent, prennent leurs places à l'avant, Dieu merci. J'espère que leurs DVD portables et leurs consoles de jeux sont chargés. Cinq heures dans un Galaxy peut être douloureux… pour eux et pour les passagers qui les entourent.

J'adore ma nièce mais c'est là que mon amour pour les enfants s'arrête. Je n'ai juste pas été fait pour être père. J'ai vu trop de familles déchirées par la guerre. J'ai été l'un de ces enfants qui ont reçu la nouvelle que leur papa ne rentrerait pas à la maison. Je ne veux jamais que cela arrive à l'un de mes enfants. Et quand vous êtes dans ma ligne de travail, c'est une possibilité qui est toujours sur la table.

En général, un officier d'approvisionnement est un rond de cuir dans un bureau plus qu'autre chose mais une zone de guerre est une zone de guerre. Chaque fois que vous sortez, vous portez un casque et un gilet en Kevlar. Il y a un 9 millimètres accroché à votre cuisse et un M4 en bandoulière autour de votre corps. Et ceux-ci n'aident que si vous êtes amené à vous en servir dans un moment de combat. J'ai frappé à trop de portes dans ma carrière où les Marines n'avaient eu aucune chance, les bombes sur le bord des routes et les explosions dans les zones civiles n'attendent pas que vous soyez en sécurité.

Je fouille mon sac à la recherche de mon iPod et mes écouteurs, laissant de côté les papiers que je dois revoir avant de les retourner à mon commandement. Ça peut attendre. J'ai passé la semaine dernière sur les chapeaux de roues à Pendleton, je mérite une pause. C'était génial de passer du temps avec ma mère, ma sœur Lauren et ma nièce, Bailyn mais je considère qu'être séparé d'elles fait partie du travail. Quand je suis en déplacement en Californie, j'essaie de passer un peu de temps avec ma famille. Mais je ne considère pas ça comme des vacances… c'est juste un peu de bon temps en famille. Enfin cela dépend de l'humeur des femmes de ma vie. La quantité d'œstrogène irradiant dans la maison pourrait venir à bout d'un peloton de Chiens du diable*. Quand je suis avec elles, je hoche juste la tête et suis le mouvement du mieux que je peux.

Maintenant je suis prêt à officiellement commencer mes congés. Trente jours à profiter et je suis définitivement impatient. Techniquement, c'est un peu comme un séjour à la maison, parce que je ne prévois pas de quitter l'état d'Hawaii mais je suis plus que prêt à explorer Oahu au-delà de la base et à aller dans les autres îles. Même si je suis stationné ici depuis plus de deux ans, je n'ai pas vraiment eu la chance de profiter des merveilles naturelles de l'état. De plus, comme je suis parti depuis les sept derniers mois, je n'ai pas réellement de demoiselle dans ma liste de contacts mais cela ne m'embête pas vraiment. Je veux juste me détendre et sans avoir la pression de devoir rappeler des filles pour quelques rendez-vous. Il pourrait y avoir quelques femmes qui attendent que je les appelle pour leur dire que je suis de retour mais… je ne suis pas pressé de passer ces appels. Je ne suis certainement pas un coureur mais je n'ai pas envie de me caser non plus. Pour la même raison que je ne veux pas devenir père, je ne pense pas vouloir une femme non plus. Trop de pression… trop de choses peuvent mal se passer pendant un déploiement. J'ai détruit plus de vies que je ne peux les compter en délivrant la pire des nouvelles possible. Je ne veux pas que quelqu'un à qui je tiens assez pour m'engager à vie avec, ouvre une porte sur un autre Marine qui va lui dire que je suis porté disparu ou mort au combat.

Je regarde le reste des passagers entrer dans l'avion et prendre leur place. Le dernier est une femme menue. Elle semble familière.

La vache. Quelle sont les chances ? C'est Isabella Newton.

Je m'accorde seulement un moment d'hésitation. Cela pourrait être un peu maladroit… en fait, très maladroit… mais je suis un officier et un gentleman. Je ne vais pas prétendre que je ne la connais pas. Je l'ai vu dans ses pires moments. Je l'ai aidé à préparer les funérailles de son mari. Je l'ai soutenu quand nous l'avons enterré. Je l'ai assisté avec les papiers de l'assurance vie et ensuite je l'ai conduite à l'hôpital quand elle est soudainement rentrée en travail presque cinq mois trop tôt et qu'elle a accouché d'un bébé mort-né.

De tous les jours où j'ai exercé le travail de CACO, celui-là a été le pire. J'ai vu des familles pleurer la perte de leurs fils, filles, maris, femmes mais ils avaient généralement des enfants à la maison pour les garder saint d'esprit à travers toute cette tristesse. Mais le jour où Mme Newton – Bella – a perdu son bébé moins d'une semaine après avoir enterré son mari, mon cœur m'a fait mal comme jamais avant.

Tandis que j'essaie de trouver un moyen de l'approcher qui ne soit pas trop bizarre, le destin intervient. Marchant dans l'allée dans ma direction, Bella perd son équilibre et son sac à dos, qui doit peser approximativement deux cent kilos, tombe de son épaule et me claque le bas de la tête.

Aïe.

"Oh mon – Merde, je suis désolée!" panique-t-elle.

Mon visage est caché dans mes mains, je sens le liquide chaud couler de mon nez. Merveilleux.

"C'est bon," je murmure dans mes mains, ne voulant pas qu'elle se sente plus mal qu'elle ne l'est déjà à cause de son attaque de sac à dos.

"Bon sang, vous saignez?" glapit-elle.

Eh bien le secret est révélé maintenant. Je secoue la tête, en pinçant mes yeux humides. "Ouais."

"Attendez, j'ai des serviettes!" Elle s'agenouille à côté de moi et commence à fouiller dans son énorme sac et elle en extirpe des serviettes de différents fast food. "Tenez, prenez ça."

Je marmonne un remerciement et je prends une poignée de serviettes et j'essaie de calmer le flot. Mes yeux sont toujours fermés quand je penche ma tête en arrière et me pince le haut de nez.

"Capitaine Masen ?"

J'ouvre un œil pour trouver le visage de Bella juste au-dessus de ma tête, littéralement à trente centimètres de moi. J'acquiesce rapidement et referme les yeux.

Beurk, le gout métallique du sang à l'arrière de ma gorge est affreux.

"Mon dieu, je me sens mal. Est-ce que je peux faire quelque chose?" demande-t-elle, semblant sincèrement peinée.

"Ma bouteille d'eau… elle est dans la poche latérale de mon sac."

Je l'entends bouger. "Voilà." Elle pose la bouteille sur ma jambe et je l'attrape avec la main qui me pinçait le haut du nez. Je m'arrange pour l'ouvrir et prendre quelques gorgées. Ça permet de faire partir le gout, Dieu merci.

Je ne sens plus les gouttes couler alors je commence à me redresser et à retirer les serviettes sales de mon visage. Bella est debout et elle parle à l'aviateur qui lui donne une petite poubelle, qu'elle me rapporte en posant un genou au sol à côté de moi.

"Voilà. Vous pouvez jeter ce que vous voulez." Ses joues sont rouges je pense qu'elle est embarrassée.

Je m'essuie le nez et je vois que plus rien ne coule mais mes mains sont sales et je suis sûr qu'il me reste du sang sur ma lèvre supérieure. Je prends quelques serviettes et verse de l'eau dessus, laissant l'excédent se vider dans la poubelle et je me nettoie le visage du mieux que je peux sans miroir. Ensuite je fais la même chose avec mes mains.

"J'ai du désinfectant pour les mains si vous voulez… quand vous aurez terminé, je veux dire."

Je souris en lui faisant un signe de tête. "Merci. Ça serait bien." Je lui tends ma main et elle verse une généreuse quantité d'alcool dans ma paume. Je frotte mes mains ensemble et les passe sur mon visage plusieurs fois, m'assurant que je suis de nouveau présentable. Après un vol de plus de cinq heures tout le monde à l'air négligé. Je ne voudrais pas partir avec de l'avance.

Je prends une profonde inspiration et ricane. "Eh bien, c'était une sacrée réintroduction. Comment allez-vous, Bella?" Je tends ma main maintenant propre pour serrer la sienne. Elle glisse sa petite main dans la mienne et la secoue.

Son visage s'illumine d'un sourire que je n'ai jamais eu la chance de voir sur elle avant. Comment aurais-je pu? J'étais en sa compagnie pendant ce qui a été probablement les pires deux semaines de sa vie. Personne ne sourit dans ces cas-là.

"Vous vous rappelez," elle sourit et baisse les yeux. "Cela fait trois ans."

J'acquiesce faiblement mais murmure, "Je me souviens." Je fais une pause de quelques secondes et continue, "Comment ça va?"

"Bien," dit-elle, en secouant la tête. "J'ai décidé que je voulais voir Hawaii. Je voulais y aller depuis plusieurs années. Mike et moi avions prévu d'y aller cet été-là, l'année de sa mort, et je n'ai jamais pu me débarrasser de l'envie de voir ça. Alors j'imagine que j'ai décidé de partir à l'aventure…" Elle hausse les épaules. "J'ai quitté Cherry Point hier matin et je suis arrivée ici. J'ai passé la nuit à l'auberge de Westwind sur la base et j'ai été capable d'attraper ce vol pour Hickam. Je suis vraiment impatiente."

Il y a une lumière dans ses yeux qui n'était certainement pas là il y a trois ans. Cela me rend heureux pour elle. Le temps aide à cicatriser et amoindrir la peine mais vous n'oubliez jamais, je ne le sais trop bien.

"C'est formidable. Je suis heureux que vous puissiez profiter des avantages de ces vols. Les gens stationnés sur CONUS le font rarement."

"CONUS?" questionne-t-elle. Je souris, je suppose toujours que les gens connaissent les abréviations et les acronymes militaires. C'est comme du Grecs pour les étrangers, cependant.

"Zone continentale des USA, contrairement à ceux qui sont stationnés à l'étranger, dans ce cas vous diriez que vous êtes HCONUS… Hors zone continentale, etc, etc…" J'ajoute ça avec un sourire en coin.

"Mon Dieu, " dit-elle en acquiesçant. "Alors que faites-vous ici ? Vous n'êtes pas stationné sur la base?"

"Oh, non. J'étais à Camp Pendleton pendant une semaine pour faire mon débriefing après une autre tournée dans le bac à sable."

Ses sourcils se lèvent. "Oh waouh, vous revenez d'Afghanistan?"

"Ouais, j'étais avec la CLR-17 parce qu'ils avaient besoin d'un officier d'approvisionnement. Cela faisait des années que je n'avais pas été déployé alors j'ai demandé une mutation individuelle."

"Vous êtes toujours stationné à Cherry Point?"

"Non, non. Je suis à Kaneohe Bay depuis presque trois ans, en fait. Une fois de retour je dois parler à mon moniteur. Je suis supposé être transféré fin Août," j'ajoute, mais ensuite mon attention est attirée par l'aviateur qui marche dans l'allée.

"Mesdames et Messieurs, nous sommes sur le point de rouler vers la piste. Merci de vous assurer que vos ceintures sont bouclées et que vos sacs sont arrimés sous vos sièges. "

Bella semble s'agiter pendant une minute et ensuite tend son pouce par-dessus son épaule et dit, "Oh, je devrais aller prendre ma place." Elle se lève mais je l'interromps avant qu'elle ne puisse s'éloigner de ma rangée.

"Vous pouvez vous asseoir ici si vous voulez. La compagnie ne me dérange pas. Je veux dire, aussi longtemps que vous promettez de ne pas me frapper à nouveau avec votre enclume… je veux dire sac à dos." J'ajoute ça avec un clin d'œil en espérant qu'elle ne prenne pas mal les moqueries.

Elle souffle en souriant. "Je promets de garder mon sac sous contrôle. C'était une heureuse surprise de trouver un visage connu sur ce voyage." Elle regarde les sièges vides à côté de moi. "Ça vous dérange si je me mets là?"

"Non, pas du tout," dis-je, en me levant pour la laisser passer et prendre un siège deux places plus loin. Bella pose son sac sur le siège à côté de moi et fourre son sac à dos sous le siège et boucle sa ceinture.

"Voici des couvertures si vous avez froid." L'aviateur me tend deux couvertures pour Bella et moi.

Je la regarde pour voir qu'elle est en train de fouiller dans son sac à main et elle en sort son iPod et ce qui ressemble à un Kindle.

"Tenez." Je lui passe la couverture et elle écarquille les yeux, me regardant comme si je venais de lui passer un pot rempli d'or.

"Ah ! Merci beaucoup. Je ne savais pas qu'il faisait aussi froid sur ces vols militaires! Je n'en avais jamais pris avant hier et mes dents ont claqué pendant tout le temps du vol!" Elle rit alors qu'elle commence à mettre ses bras sous la couverture et à la tirer jusqu'à son menton. "Qui aurait pensé que je devais prendre une veste en plein milieu du mois de mai pour un voyage de la Caroline du Nord jusqu'à Hawaii via la Californie?"

"C'est vrai." Je glousse.

"Quoi qu'il-en-soit, merci de m'avoir invitée à m'assoir à côté de vous. Comme je le disais, cela a été un voyage très tranquille jusque maintenant. Et je sais que je vais avoir beaucoup de temps toute seule une fois à Hawaii."

"Est-ce que vous allez voir quelqu'un ou juste visiter?"

"Juste visiter. J'ai l'été entier de libre. J'enseigne toujours, alors c'était le bon moment pour partir en vacances." J'acquiesce, me rappelant qu'elle travaillait dans l'école locale quand son mari a été tué. "Alors mon projet est de simplement louer une voiture et vivre l'instant présent." Elle sourit. "J'ai déjà appelé les auberges à Hickam et Pearl Harbour. Ils ont chacun des disponibilités, alors j'espère être capable de rester sur les bases pour pas cher, plutôt que de gâcher mon argent dans des hôtels touristiques en ville."

Waouh. Il en faut du courage pour partir à l'aventure sans réelle destination ou plan solide.

Le Marine organisé à l'intérieur de moi à envie de se cacher et de trembler de terreur.

J'ai la pensée fugace de me proposer comme guide touristique mais peut-être que je ne devrais pas. Je veux dire, j'ai du temps à tuer. Enfin, j'avais prévu de visiter les autres îles pendant les trente prochains jours. Elle pourrait penser que je suis présomptueux. Cela fait seulement dix minutes que nous nous sommes revus.

"Alors, quels sont vos projets maintenant que vous êtes de retour de déploiement?" demande-t-elle, emmitouflée dans la couverture de laine verte.

"En fait j'ai beaucoup de congés à prendre, alors j'ai prévu de me détendre un peu."

Ses yeux brillent encore un peu plus, si c'est possible. "Vraiment ? C'est bien pour vous ! Je suis sûre que c'est difficile de profiter du côté touristique d'Hawaii quand vous êtes stationné ici et de ne pas voir ça juste comme du travail."

L'avion bouge maintenant. Il n'accélère pas encore mais c'est pour bientôt.

"C'est vrai. J'appelle ça des vacances à la maison."

"C'est merveilleux. Je suis sûre que vous le méritez," ajoute-t-elle avec un sourire. Au moment où je suis prêt à… je ne sais pas… proposer de lui montrer les alentours d'Honolulu, ou au moins ce que j'en connais, elle reprend la parole à cause du mouvement, "Oh, c'est parti!"

Nous commençons à accélérer sur la piste et environ dix secondes plus tard, mon estomac se creuse et nous décollons. Nos corps sont poussés dans nos sièges, le son des moteurs de l'engin rugissant dans nos oreilles. C'est pourquoi nous avons des boules Quilès. Malheureusement toute conversation plaisante avec Bella va devoir s'arrêter.

Je regarde sur le côté et la vois se battre avec ses bouchons d'oreilles pendant que j'attrape les écouteurs de mon IPod. Il n'y aura pas moyen d'avoir une conversation décente pendant le vol. Le niveau de bruit rend ça impossible. Une fois que j'ai trouvé ma Play List faite pour me relaxer, je jette un œil sur le côté et je vois qu'elle me regarde.

Je lui retourne son regard et lui souris pendant que je commence à déplier ma couverture. Elle repose sa tête sur le dossier, fermant les yeux en remuant sur son siège, tentant de trouver une position confortable dans le fauteuil militaire qui est tout sauf luxueux.

Je soupire et m'installe, sachant que j'ai devant moi plus de cinq heures de silence. Si l'opportunité se présente de lui proposer de lui montrer les environs quand nous atterrirons, je le ferais.

Elle est jolie. Je ne pense pas que je l'avais remarqué il y a trois ans quand je l'ai aidée à travers la mort de son mari. Mais la voir ici, aujourd'hui, me permet de la regarder comme une personne… pas juste comme un travail. Elle est douce. Un peu d'humour, un peu de timidité, même si elle est assez courageuse pour discuter avec moi alors qu'en réalité nous ne sommes que des étrangers.

Les heures passent en vol et comme je l'avais suspecté, Bella et moi n'avons que des interactions minimales. De temps en temps nous échangeons un regard et un sourire. Je lui passe le panier repas qu'ils nous offrent : un sandwich dinde et fromage, une pomme, une canette de soda, une bouteille d'eau, un sac de chips et un paquet de biscuits.

La température a dû descendre aux alentours de cinq degrés pendant une bonne partie du voyage, alors nous faisons rarement surface de sous les couvertures que l'on nous a données. Je la vois s'agiter avec ses écouteurs, grimaçant de temps en temps. Je veux lui demander si elle va bien mais il est impossible d'entendre quoi que ce soit. C'est comme essayer de parler dans une petite pièce avec une centaine de sèche-cheveux qui soufflent juste à côté de vos oreilles. Pas que je passe beaucoup de temps à me sécher les cheveux mais j'ai aidé ma nièce à l'heure du bain, et c'est toujours une expérience éprouvante parce qu'elle est incapable de rester en place. À chaque fois elle essaie de me parler et je finis toujours par hurler "Quoi ?" et inévitablement je finis toujours par éteindre l'engin pour entendre sa petite voix. Alors ouais… une centaine de ces choses et c'est le volume des moteurs à réaction à l'intérieur d'un Galaxy.

Je sens un bras sur mon épaule et j'ouvre les yeux pour voir l'aviateur, qui crie : "Nous allons atterrir dans environ vingt minutes, Monsieur!" Je hoche la tête pour le remercier et commence à rassembler mes affaires.

Je regarde sur le côté pour voir que Bella aussi s'est endormie alors je me penche et lui tape sur l'épaule. Ses yeux papillonnent et ensuite se concentrent sur moi, le plus adorable des sourires sur son visage. Cela remue quelque chose en moi que je dois réprimer. Humm, pas le moment pour ça.

Hololulu

Je lui crie que nous sommes prêts à atterrir et elle me mine avec la bouche un 'd'accord' et se rassoit, en rassemblant ses affaires. Je remarque qu'elle appuie sur son oreille droite, la prenant en coupe, ouvrant et fermant sa mâchoire. Je me demande si elle a des difficultés avec la pression dans son oreille alors que nous descendons pour faire notre approche finale.

Les pilotes posent la monstruosité en toute sécurité. Je me lève avec mes sacs et suis un dame qui était assise deux rangée devant la mienne. Une fois à l'intérieur du terminal d'Hickam, Bella arrive à côté de moi pour attendre nos bagages sur le tapis roulant et je vois qu'elle touche encore son oreille.

"Ça va?" je demande, ne voulant pas avoir l'air curieux mais cela peut être difficile de rétablir la pression des oreilles une fois que vous êtes sur la terre ferme. "Vous avez besoin d'un chewing-gum ou quelque chose?"

Elle sourit et secoue la tête. "Oh non, ce n'est pas ça. J'ai quelques problèmes avec mon oreille depuis hier soir. Je m'inquiète d'avoir attrapé une infection. Ça faisait vraiment mal d'avoir les boules quies et même mes écouteurs pendant que nous volions. Je pense que je vais avoir besoin d'aller aux urgences pour vérifier. Dieu sait que je ne veux pas passer mes vacances avec une double infection. La seule chose qui pourrait être pire ce serait un mal de dents," elle rit mais en grimaçant.

"Ouille. Ça craint. Désolé d'entendre ça." Je réfléchis rapidement. "Vous pourriez aller à Tripler. Ils pourront vous rafistoler j'en suis sûr."

"L'hôpital de l'armée?"

"Ouais. Je veux dire je suis certain que vous finirez avec… quoi ? Quelques gouttes dans les oreilles et bien sûr…"

"Huit cents milligramme d'ibuprofène," ajoute-t-elle avec un mouvement de sourcil.

Je ne peux pas m'empêcher de rire. "Leur réputation les précède, c'est ça? Infection à l'oreille? Huit cents milligrammes d'ibuprofène," je ris.

"Bras cassé? Huit cents milligrammes d'ibuprofène," ajoute-t-elle en riant et en se tenant l'oreille. La pauvre.

"Blessure par balle? Huit cent… " et je m'arrête. Je ferme les yeux, mortifié. Je suis un crétin. "Bella, je suis… "

Elle sourit et secoue la tête. "S'il vous plait, non. Je sais que vous ne vouliez pas faire de mal." Elle touche mon bras légèrement. "C'est bon. C'est venu comme ça. Nous plaisantions. Est-ce que cela vous ferez rire si je vous disais qu'ils m'ont donné huit cent milligramme d'Ibuprofène quand ils m'ont laissé sortir de l'hôpital il y a trois ans." Elle rit. Je sais qu'elle essaie de détendre l'atmosphère.

Jésus, ce par quoi elle est passée.

Je pince les lèvres et inspire. "Je pourrais le croire. Mais je suis vraiment désolé. J'aurai dû faire plus attention."

Les bagages commencent à dévaler la goulotte et je vois mes deux sacs marins qui sont les premiers à arriver.

Je les attrape par la lanière et lève les yeux pour voir Bella courir après l'un de ses sacs.

"Lequel est-ce?" Je crie, en accélérant derrière elle.

"Le rouge, là." Elle me le montre et je la dépasse pour l'attraper avant qu'il ne disparaisse derrière les volets en caoutchouc. "Merci!" Elle sourit et déverrouille la poignée pour pouvoir le tirer.

"Eh bien, merci encore," commence-t-elle, me tendant sa main pour serrer la mienne. "C'est bon de vous revoir." Elle sourit encore et se touche l'oreille.

Je ne m'arrête pas pour y réfléchir, je le dis simplement. Pour je ne sais quelle raison, je veux un peu plus de temps avec elle. Peut-être que c'est comme ça que je peux le faire. Est-ce étrange ? Je ne sais pas. Mais je sais que je peux l'aider maintenant.

"Est-ce que je peux vous conduire aux urgences? Pour m'assurer que vous ayez les miraculeux huit cent grammes d'ibuprofène. "

"Vous avez une voiture ici?" demande-t-elle, curieuse.

"Ouais, j'ai passé un coup de fil hier et un ami devait la déposer sur le parking. Elle devrait m'y m'attendre en ce moment."

Ses sourcils se lèvent, impressionnée. "Super!" Ses yeux regardent un peu partout, alors qu'elle ressasse ma proposition. "Je euh… j'ai besoin de louer un voiture pour pouvoir faire le tour de l'île," dit-elle, en me montrant le comptoir Hertz.

"Ce n'est pas un problème. Je vous ramène dès que vous êtes soignée. Je peux vous donner les conseils de base pour démarrer votre aventure ici. Vous conduire à Perl aussi, au cas où vous préféreriez rester là-bas plutôt qu'à Hickam."

Cela ne prend pas plus de quelques seconde pour qu'un autre sourire brillant arrive sur son visage, faisant une nouvelle fois se serrer mon estomac.

"C'est vraiment très gentil à vous. Merci."

"Super." Je désigne de la tête la porte principale. "Allons-y!"

OOO

Quelques termes militaires :

Base aérienne de Travis : C'est une base localisée au sud-ouest de Sacramento en Californie.

Hickam : c'est la base aérienne située à Hawaii.

Space-A : Espace disponible les militaires, leur famille et les fonctionnaires du gouvernement ont la possibilité de voyager à bord d'avion de l'armée de base en base tout autour du monde, s'il y a des places disponibles sur ces vols. Si vous n'avez pas de programme avec un horaire précis, c'est un moyen très économique de voyager.

C-5 Galaxy – L'un des plus gros avions militaire du monde. Il est utilisé en situation de combat pour le transport de matériel et de personnel ou encore pour l'acheminement d'aide humanitaire.

Catégories de un à six : C'est l'ordre d'ancienneté qui détermine la catégorie (un étant la catégorie plus élevée). Plus la catégorie est élevée plus les chances d'avoir une place sur les vols sont nombreuses.

Chien du diable : surnom des Marines.

Kaneohe Bay – endroit où est localisé le corps des Marines à Hawaii.