Chapitre traduit par MissLovey

CHAPITRE 6

Oahu

Bella

** Nouveau message de Capt'ne Crunch**

14 : 30 Salut.

14 : 32 Salut à toi.

14 : 33 Tu fais quoi?

14 : 33 A l'instant, je rigole.

14 : 34 Qu'est-ce qu'il y a de si drôle?

14 : 34 Je t'ai enregistré dans mon téléphone sous le nom de Capt'ne Crunch… et ça m'éclate!

14 : 35 Le gars des céréales? Je peux demander pourquoi?

14 : 36 LOL, oui! Capt'ne pour ton grade et Crunch parce que je t'ai presque cassé le nez. Et ça a fait un bruit comme 'Crunch'.

14 : 37 Très créatif et visuel. Merci pour le rappel. Maintenant je dois trouver un meilleur surnom pour ton identifiant.

14 : 38 Impatiente de l'entendre.

14 : 40 Alors… à part rire, tu fais quoi aujourd'hui?

14 : 41 Me prélasse à la piscine de la base, profite du soleil Hawaiien.

14 : 42 Te prélasser à la piscine, hein? Il y a du monde?

14 : 43 Nan. Il y avait quelques entrainements en piscine quand je suis arrivée mais ils ont terminé à une heure.

C'est ouvert au public depuis.

14 : 43 Les aviateurs doivent apprendre à nager? Ça ne me rassure pas pour re-voyager dans un Space-A.

14 : 44 Ahahaha. Mieux vaut prévenir que guérir je pense. Ils parlent toujours d'amerrissage au décollage.

14 : 45 Ouais, ça ne m'aide pas beaucoup ça, Bella. Peu importe, comment vont tes jambes aujourd'hui ?

14 : 45 Pardon ?

14 : 46 Tes jambes. Est-ce que tu as des courbatures comme tu avais dit?

14 : 47 Oh ! Ouais, non. Ça va en fait. Le vélo elliptique que je fais à la gym doit aider. Je devais être plus préparée que je ne le pensais !

14 : 48 Ça doit être ça! Je vais bien aussi. Ça doit aider d'avoir passé les 7 derniers mois à crapahuter dans le sable. Toujours un bon entrainement.

14 : 49 Bon point. Alors tu as prévu quoi aujourd'hui / ce soir ?

14 : 49 Sortie avec Riley. Il me doit une soirée de beuverie après avoir autant utilisé ma voiture.

14 : 50 Oh. Ne sois pas trop dur avec lui. Elle était rutilante quand nous sommes arrivés à Cali.

14 : 51 Exact. Et toi ? Prévu quelque chose ce soir ?

14 : 52 Suis d'humeur à danser. On verra.

14: 52 Tu as un peu dansé au zoo hier.

14 : 53 Ce n'était rien! Ça a allumé l'étincelle… maintenant j'ai besoin de plus.

14 : 54 Et tu vas danser toute seule? Je n'aime pas ça.

14 : 55 Heureusement pour toi, tu n'as pas à aimer ça ;) Ça va aller. Je suis une grande fille. J'ai vingt-sept ans. Quand est-ce que tu viens me chercher demain matin ?

14 :57 Eh bien, le mémorial ouvre à 7h. Les visites commencent à 8.

14 : 58 Beaucoup de monde je suis sûre. C'est le week-end du Mémorial Day.

14: 59 Je peux supporter, si tu le peux.

15 : 01 Ok, Monsieur. Viens à 7h. Je serais prête.

15 : 02 Je serais là. Et si tu sors, fait attention, ok? Peu importe l'âge que tu as.

15 : 03 Monsieur, oui Monsieur ! :-

15 : 04 O_O – C'est moi qui fais les gros yeux. Bonne soirée, Marcie.

Je souris, glissant mon téléphone dans mon sac de plage et je m'assois pour m'étirer. Bon sang, qu'est-ce qu'il fait chaud ici. C'est l'heure pour un autre plongeon dans la piscine. Je suis impatiente que cette infection à l'oreille soit passée. Le médecin a dit que je devais éviter de mettre la tête sous l'eau tant que j'utilise des gouttes. Heureusement, je n'en ai que pour quelques jours encore. Je refuse que quelque chose m'empêche de profiter de ce voyage… j'ai trop de chose à voir et à faire!

En parlant de voir et faire, je veux regarder les billets d'avion vers Kauai pour mardi. La réceptionniste de l'hôtel de la base m'a dit que je devais partir en début de semaine parce qu'ensuite ils sont complets pour six semaines. Elle a dit que cela devrait se calmer fin juillet et que je devais profiter de ce moment pour voir les autres îles maintenant. Une fois terminé, je peux revenir ici et il y aura de meilleures chances d'avoir de la place dans les hôtels militaires. J'ai apprécié ses conseils pour pouvoir économiser de l'agent autant que possible.

Je suppose qu'Edward et moi allons nous dire au revoir ce week-end. Cela m'attriste un peu considérant la façon dont nous nous sommes amusés hier mais le but de ce voyage était pour moi d'être courageuse et d'en profiter autant que possible sans les obligations qui me lient aux amis et à la famille qui attendent de moi que je reste assise avec eux et m'apitoie sur mon sort. J'ai besoin de cette liberté et maintenant que je l'aie, je veux tirer avantage de cette incroyable opportunité. Je pense qu'Edward le comprend. C'est un brave gars, ce Capitaine Masen.

Après avoir étendu ma serviette après mon rapide plongeon, j'entends la sonnerie familière de mon portable.

Alice.

"Yellow."

"Eh bien, Hello à toi ! C'est bon d'entendre ta voix, Bells. Tu nous manques!"

"Alice, je suis partie depuis moins d'une semaine. Jasper et toi n'avez probablement pas terminé les restes du repas de la veille de mon départ," je ris et m'installe sur mon transat, avec mes lunettes de soleil pour me protéger de la lumière aveuglante.

"Ah! Nous avons terminé le barbecue il y a deux jours. Et toc!"

"D'accord, d'accord, tu as gagné. Alors quoi de neuf?"

"Pfff rien ici ! J'appelle pour savoir comment vont les choses pour toi. Comment c'était le trajet toute seule? Qu'est-ce que tu as vu, où est-ce que tu es allée depuis que tu es arrivée?"

"Hahaha. D'accord, ralentis, sœurette. Le voyage s'est bien passé. Pas de problème pour avoir les vols. Il n'y avait pas du tout de monde. Oh, et j'ai rencontré… enfin, percuté plutôt, le Capitaine Masen pendant le vol pour Hawaii."

"Le Capitaine Masen ? Pourquoi ce nom a l'air familier?"

"Parce que c'est le gars qui m'a aidé après la mort de Mike, tu te rappelles?"

"Oh mon dieu! Bien sûr, le Capitaine Masen," halète-t-elle. "Attends, tu vas bien? Ca a dû être terrible."

Je ferme les yeux, en écoutant sa réponse théâtrale. "Je vais bien, Al. Pourquoi ça aurait dû être terrible?"

"Eh bien, parce que le voir a dû faire remonter à la surface tous ces horribles souvenirs. Tu as dû être une épave."

Et voilà. C'est de ça dont je parlais. Théâtrale.

Je secoue la tête et continue. "Non, je n'ai pas été une épave jusqu'à ce que je réalise que je lui avais fracassé le nez avec mon sac à dos."

"Oh, waouh. Ca a dû être bizarre."

"Ouais, mais il a été cool à ce sujet. Nous nous sommes assis l'un à côté de l'autre dans l'avion. Et ensuite il m'a emmené à l'hôpital pour faire examiner mes oreilles. J'ai attrapé une infection."

Je l'entends faire un 'tsss' à l'arrière. "En parlant de présage. Tu n'aurais jamais dû faire ce voyage, Bella. Du moins pas toute seule."

"Présage? Mais de quoi tu parles?"

"Je veux parler de tous ces signes qui pointent vers toi et qui disent que tu as besoin d'être entouré de gens qui se soucient de toi… et qui veulent te garder en sécurité."

"Alice. Je suis en sécurité et je suis heureuse. Je sais que tu te fais du souci pour moi mais cela n'a rien à voir avec le fait que j'aille à Hawaii et que j'aie mal à l'oreille. "

"Je ne sais pas, Bells," elle soupire. "J'aurais préféré que tu restes ici cet été."

"En fait, je suis assez contente de ma décision de venir à Hawaii. J'ai passé un bon moment. Après m'être habituée au décalage horaire pendant deux jours, Edward et moi sommes allés faire de la randonnée hier."

"Edward?"

"Edward Masen… Le Capitaine Masen, Al ! Bon sang, suis un peu!" Je ris. "Peu importe, il m'a emmené prendre un petit-déjeuner et nous avons mangé des pancakes incroyables. Oh, mon Dieu… à mourir. Je ne plaisante pas. Et ensuite, nous avons escaladé cette incroyable montagne… "

"Attends une minute."

"… et la vue est fantastique. Nous avons pris des photos. Je ne les ai pas encore mises sur Facebook, mais elles sont splendides. Nous sommes allés au zoo et… "

"Bella, ATTENDS!"

"Oh, désolée, quoi?"

"Tu es sortie avec le Capitaine Masen? Comme dans sortir? Un rendez-vous?"

"Quoi ? Non ! Je veux dire, ouais nous sommes sortis ensemble, mais c'était juste faire un tour. Rien de majeur. " Je clarifie. " Peu importe, le zoo était génial et demain il m'emmène voir l'USS Arizona et tous les mémoriaux à Pearl Harbour. Et ensuite qui sait ce que nous allons faire?"

Et alors tout ce que j'entends pendant environ quinze secondes, c'est le silence. "Alice ? Tu es toujours là?"

"Oui, je suis là. " dit-elle – je ne sais pas- sèchement?

"D'acccooord. " Je fronce les sourcils. " Tout va bien? "

"Je crois, Bella. Je dois dire que je trouve ça bizarre que tu aies l'air sortir avec ce gars."

Je souffle profondément, sentant mes narines s'élargir. "Laisse de côté le fait que je ne sors pas avec Edward… mais honnêtement, est-ce que ça serait mal si c'était le cas?"

"Bella, et Mike?"

Je retire le téléphone de mon oreille et le regarde pendant une seconde. Je sais que je ne l'ai pas entendu correctement. Je prends une autre inspiration et rapproche le téléphone près de ma tête, "Quoi? Et Mike?"

"Est-ce que ce voyage n'était pas supposé être à propos de toi et Mike? Et comment les choses auraient pu être pour vous deux, s'il avait vécu? Je pense que c'est assez inapproprié de sortir avec l'homme qui est venu te dire que ton mari a été tué."

"D'accord, une seconde. D'abord, est-ce que Mike et moi avons toujours voulu voir Hawaii? Oui, évidement. Et si tu veux le savoir, j'ai beaucoup pensé à lui depuis mon arrivée. Mais je fais ce voyage pour moi. J'avais besoin de m'éloigner de la Caroline du Nord et du nuage de tristesse qui m'a enveloppé il y a trois ans et qui n'est JAMAIS parti." Je me lève, en arrachant ma serviette du transat, et la fourre dans mon sac, j'enfile mes tongs et commence à me diriger vers le parking. "Alice. Mon mari est mort… MON mari. Je l'ai pleuré et je fais de mon mieux pour aller de l'avant et une fois encore cette attitude que tu as solidifiée, ce sentiment qui m'entoure depuis toutes ces années. C'est comme si tu ne voulais pas que je passe à autre chose."

"Bella, ce n'est tout simplement pas vrai."

"Eh bien, ça semble vrai. Ça semble vrai depuis les trois dernières années. Je sais que Jasper et toi et mes parents et tous mes autres amis et famille m'aiment, mais vous me faites porter la croix de la mort de Mike chaque jour depuis son décès. Comme si la seule façon de garder son esprit en vie, c'était de le pleurer constamment et d'être malheureux pour le restant de mes jours." Mes yeux piquent maintenant et mon cœur bat la chamade sous l'effet de l'adrénaline.

"Bella…"

"Non, tu as besoin d'entendre ça. Est-ce que tu sais que nous n'avons jamais eu une conversation pour nous rappeler les bons moments que nous avons passés ensemble? Jamais… pas une fois. C'est comme si nous ne pouvions pas mentionner le nom de Mike. C'est comme si, si nous parlions de lui, en nous rappelons les souvenirs amusants… les trucs idiots que nous avons partagé… c'est comme si tu allais devoir admettre qu'il est vraiment parti."

"Je ne peux pas écouter ça maintenant. Je dois y aller, Bella."

J'acquiesce. "Ouais, d'accord, vas-y. Continue de cacher la poussière sous le tapis, comme nous le faisons toujours. Désolée de te dire ça Alice… mais il sera toujours mort demain et le jour suivant et encore le suivant. Il est temps pour toi de me laisser avancer. Il est temps pour TOI d'avancer. Et ce voyage est pour moi. Je le mérite. Je sais que Mike aurait adoré être ici aussi, mais… comme Edward me le disait hier, Mike voit ça avec moi. Il m'encourage. J'aimerais que toi aussi."

J'écoute quelques secondes et je n'entends rien en réponse. " Allo ? "

Toujours rien.

"Alice?" Je regarde mon téléphone et vois l'écran d'accueil. Incroyable. Elle m'a raccroché au nez. Elle n'est probablement pas restée pour entendre la fin de mon discours.

J'ouvre brusquement la portière de ma voiture et m'effondre sur le siège, et la claque avant de crier à plein poumon. Je suis tellement en colère que mes mains tremblent comme des feuilles. Je ne peux pas croire qu'elle ait fait ça. Une femme de trente ans a préféré raccrocher le téléphone plutôt que d'avoir une conversation rationnelle, intelligente et quelque peu inconfortable. Oh, c'est splendide!

Je démarre la voiture, et sors de ma place et j'allume la radio. Presque poétiquement, mes oreilles se remplissent des paroles de Jimmy Eat World :

Hey, you know they're all the same (Hé, tu sais qu'ils sont tous les mêmes)

You know you're doing better on your own, so don't buy in (Tu sais que tu fais mieux par toi-même, alors ne crois pas ça)

Live right now, yeah, just be yourself (Vis maintenant, ouais, sois toi-même)

It doesn't matter if it's good enough for someone else (Cela n'a pas d'importance si ce n'est pas assez bien pour quelqu'un d'autre)

Soudainement, il n'est plus question de 'nous verrons'. J'ai une énorme quantité d'énergie et de frustration à évacuer. C'est le moment de danser.


Edward

"Sérieusement, Ri ? On ne pouvait pas simplement aller au Rock Rose ou chez Mojo? Tout ce que je demandais c'était une soirée où tu paies l'addition, " je dis ça alors que nous arrivons près d'un voiturier prêt à prendre la vielle voiture de Riley.

"Hey ! Arrête de pleurnicher. Je paie toujours l'addition, mais c'est une meilleure ambiance que ces bouges à K-bay. Nous allons passer un bon moment. Tu as besoin de te détendre." Il claque sa main sur mon épaule alors qu'il passe devant sa voiture.

"Je n'ai pas besoin de l'ambiance, juste de l'alcool, merci." Les videurs nous détaillent après avoir vérifié nos cartes d'identité (merci de booster nos egos) et Riley paie nos entrées. Ensuite il trouve une serveuse qui nous emmène tous les deux dans la zone VIP.

"VIP, hein? Très classe, mon ami. Mais encore une fois, nous aurions pu simplement sortir à côté de chez nous, et regarder le match sur grand écran, tu sais?"

"On s'en fout. Ça, c'est vachement mieux," dit-il, en s'installant confortablement dans le fauteuil de la cabine. "En plus, tu as besoin d'une nuit dehors : alcool, femmes et aucune responsabilité. Sept mois dans le bac à sable et

en ressortir vivant avec tous tes membres intacts – y compris ta bite – est définitivement quelque chose à fêter!" Nous trinquons avec nos bouteilles et buvons.

Une heure passe tranquillement, tout comme les bières que nous consommons comme des champions. L'Addiction – le nom du club – est bondé, même s'il est à peine vingt-deux heures. Apparemment, tout le monde

à Honolulu a besoin de se détendre, parce que la piste de danse est pleine et il y a des gens qui attendent partout pour avoir des places assises.

"Tu as entendu parler de la charmante Lieutenant Clearwater depuis que tu es de retour?" demande Riley, en agitant ostensiblement ses sourcils.

Je prends encore une gorgée de ma bière et fais un signe de tête. "Elle m'a appelé hier, en fait. Mais je ne l'ai pas encore rappelé."

Il me regarde, incrédule. "Qu'est-ce que tu attends? C'est une affaire sûre. J'aurais profité de l'occasion après être passé au commandement lundi, mec."

"Oui. Nous savons parfaitement bien que TU aurais passé une bonne dizaine d'appels dix minutes après le début de ton congé. Moi, d'un autre côté, je suis allé faire des courses. Je suis arrivé dans une maison contenant une bouteille de cidre frelaté et une expérience scientifique dans mon réfrigérateur, qui je pense a dû être autrefois un brocoli," je souris, me rappelant le liquide noir-verdâtre, qui heureusement était dans un sac plastique mais dégoutant quand même. "Peu importe, je suis sur le point d'être promu, Ri. Je ne vais pas foncer tête baissée et nous attirer des ennuis. Ça n'en vaut pas la peine."

"Peut-être que tu devrais te trouver une fille du coin. Mes amies ont plein de copines canon, tu sais. Elles demandent tout le temps après toi, aussi. Je pourrais te brancher!" dit-il alors qu'il fait signe à la serveuse pour une autre tournée.

Je ris alors que Riley tend sa bière vers un groupe de filles qui passe. "Aussi tentant que ça semble, je suis bien pour le moment."

"Tu es bien, hein?" Il penche la tête sur le côté et son sourcil gauche se lève doucement. "Tu pourrais développer?"

Je secoue la tête, "Non, merci " Et je souligne le tout par un sourire sadique, sachant que ça va le rendre fou.

"QUOI? Oh allez… pas de secret. Qui a attiré ton attention, si ce n'est pas Leah?"

Je hausse les épaules. "Honnêtement Ri, je ne sais pas ce qu'elle a attiré. C'est quelqu'un que je connais depuis des années. Je suis tombé sur elle dans le vol au retour de Pendleton. Je ne sais pas quoi en penser. Je sais juste que j'y pense… que je pense à elle."

Les yeux de Riley s'agrandissent et sa mâchoire se détend. Quelqu'un a retenu l'attention de Masen?" il rit après avoir avalé la dernière gorgée de sa bière. "C'est une conversation que je ne pensais pas avoir avec toi. Bordel! Si ça ce n'est pas un nouveau développement!"

"Ouais eh bien… tu n'es pas exactement un expert pour donner des conseils dans ce genre-là!"

"Touché."

Une serveuse arrive avec plus de boisson et un autre serveur avec des amuse-gueules pendant ce temps, je regarde à travers la piste de danse. Elle est plongée dans une brume pourpre. Cette machine à fumée va faire des heures supplémentaires ce soir. Les corps se réunissent et s'éloignent dans un rythme qui suinte le sexe. Je suis un observateur cependant et j'essaie de toujours être conscient de ce qui m'entoure. Un trio de femmes s'approche de notre table et Riley glisse vers le milieu de la cabine, qui est en forme de demi-cercle, pour leur faire de la place. Je suis cordial mais pas intéressé, à leur grand désarroi. Mon esprit vagabonde.

Je sors mon téléphone pour écrire un texto à Bella, juste pour dire salut, mais Riley me donne un coup de coude pour me dire qu'il va danser. Deux des filles me font le regard du 's'il-te-plait-viens-danser-avec-nous-tu-ne-le-regretteras-pas' mais je souris et m'excuse pour rejoindre les toilettes et me promener un peu.

Après mon appel manqué, je traverse la foule vers le bar et commande un autre verre de Jack. Si je me distrais suffisamment, je ne serais pas tenté de lui renvoyer un texto. Nous avons passé une bonne demi-heure

à nous écrire plus tôt cet après-midi. J'ai passé la journée entière avec Bella hier. Je vais passer la journée complète demain avec elle. Qu'est-ce que c'est que ça? Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à me sortir cette fille de la tête?

Après un autre verre, ma poitrine brule et je m'éloigne du bar et me dirige vers la piste de danse en contrebas pour chercher Riley. Sans surprise, il est joyeusement prit en sandwich entre deux blondes menues… des filles différentes de celles qui étaient assises à notre table.

Il m'aperçoit près de l'escalier et me fait des signes pour que j'approche. J'acquiesce d'un signe de tête et descend la première marche quand mes yeux sont instantanément attirés par une brunette très familière en train de danser environ à un mètre de Riley.

De tous les bars, de toutes les villes dans le monde, … (ndlt : réplique du film Casablanca)

Bella a un gars qui semble avoir collé sa poitrine contre son dos et ses mains de mammouth sont enroulées autour de sa taille en comparaison, elle est si petite que ses doigts sont obligés de se toucher. Ensuite il y a trois autres mastodontes qui ont leurs yeux sur elle – sur différentes parties d'elle. Ils ont l'air de baver et cela remue quelque chose au fond de ma poitrine.

Un moment après, je me retrouve à glisser à côté d'elle pour attraper sa taille. "Tu es là, bébé. Je pensais que tu étais aux toilettes. Pourquoi tu n'es pas venu me chercher quand tu as eu fini ? "

Bella se tourne vers moi et son visage s'illumine. Oh, ce regard. Paf, en pleine face.

Le géant lève la tête et fronce le front. "Excuse-moi?"

Je la regarde sérieusement, espérant qu'elle joue le jeu.

"Désolée les gars ! Mon fiancé est là." Elle se tourne vers moi avec du miel dans la voix. "Chéri, tu sais combien j'adore cette chanson, je n'ai pas pu résister. Mais maintenant que tu es là," Elle s'approche de moi avec un sourire éclatant et nos corps se touchent, son menton se relève de sorte que son doux souffle se transporte jusqu'à ma bouche, " nous pouvons danser… juste comme tu me l'as promis!"

Sur le côté je vois le paquet de Néandertaliens s'éloigner mais mes yeux sont rivés sur Bella. Je ne peux pas m'empêcher d'imiter le regard heureux qu'elle me lance. Je suis content qu'elle ait été à bord pour l'amerrissage forcé du clan de Bigfoot. Elle n'a certainement pas l'air d'avoir besoin d'un chevalier blanc pour la secourir mais c'était une réaction viscérale que j'aie eu en la voyant entourée d'autres gars.

"Tiens, regardez qui le bon vent nous amène," chantonne-t-elle. "Capt'ne Crunch… comment allez-vous ? " murmure-t-elle aussi près de mon oreille que possible, maintenant qu'elle est sur la pointe des pieds. Je dois fermer les yeux après avoir senti la chaleur de son souffle si proche de mon cou. Je pense qu'elle a bu à ce stade je ne m'en plains pas mais je suis encore plus soulagé de m'être interposé entre elle et le paquet de vautours.

"Content de te voir aussi, Clémentine," je souris en retour, enroulant mon bras autour de sa taille, une bouteille de bière dans ma main, qui est pratiquement nichée dans le creux de ses reins.

"Ohhhh, Clémentine, hein? Mes favorites! J'aime mon nouveau surnom " Elle fait bouger ses sourcils et passe ses mains sur mes bras, pour les appuyer sur le haut de mes épaules. "Ça te dérange d'en partager le sens?"

Je secoue la tête. "Peut-être plus tard… pour l'instant je…" La musique change et soudainement un rythme familier jamaïcain sort des haut-parleurs. Turn Me On (ndlt : Allume-moi) de Kevin Lyttle, déclenche les acclamations de la foule qui se métamorphose en un groupe pour danser la chorégraphie de la chanson.

Tout le monde semble bouger et sauter en même temps. Je n'ai jamais eu peur de danser et maintenant avec tout l'alcool ingurgité, je suis encore moins inhibé.

Bella et moi nous fixons du regard et nous bougeons en même temps. Ma jambe droite est placée entre les siennes, au point qu'à chaque fois qu'elle se rapproche je peux sentir sa chaleur à travers nos vêtements. L'un contre l'autre nous bougeons, ses mains agrippant maintenant mes biceps, les miennes par contre sont très à l'aise posées sur ses fesses. Mon homme des cavernes intérieur redresse son hideuse tête.

J'observe Bella quand elle se mordille la lèvre inférieure et tourne dans mes bras. Son cul est maintenant fermement planté contre mes cuisses et nous continuons de nous balancer d'avant en arrière. Je me presse contre elle et elle s'appuie contre moi en retour. Ma tête se penche, me permettant d'inhaler son parfum intoxicant d'orange et de noix de coco… une combinaison parfaitement tropicale.

"Qu'est-ce que l'on fait là, Bella?"

Elle tourne son visage sur le côté, son nez pressant sur ma joue et murmure, "Nous dansons, Edward. Laisse-toi aller."

Ce qui est exactement ce que je fais. Au lieu de trop réfléchir et d'analyser, ce que je fais constamment dans mon travail, je balance mes hanches en même temps que Bella… et ça me fait me sentir libre.

Mes mains ne bougent pas sur ses hanches mais mes genoux manquent de lâcher quand elle lève ses bras au-dessus de sa tête pour les enrouler autour de mon cou. C'est un mouvement tellement intime, que cela me fait respirer un peu difficilement.

Après une autre minute, Bella se retourne pour me faire face et nous nous concentrons juste sur le rythme de la chanson jusqu'à la fin. Ensuite elle s'écarte et nous nous fixons du regard. Je la regarde avaler sa salive et ensuite ses yeux papillonnent alors qu'elle sort de notre petite transe et elle dit, "je suis prête pour un autre verre… et toi?"

Je la suis sur la piste de danse et tape sur son épaule en lui montrant la direction de notre place. Quand nous arrivons, nous trouvons Riley avec les deux filles avec qui il dansait quand je l'ai repéré sur la piste.

"Ah te voilà!" Il crie et fait un grand mouvement avec ses bras. "Et qui avons-nous là?" Il se lève, toujours gentlemen et tend la main.

"Bella, voici mon bon ami le Major Riley Biers. Riley, voici Bella Newton."

"Mme Newton, c'est un grand plaisir." Il lève sa délicate main jusqu'à ses lèvres et l'embrasse, ce qui lui vaut un grognement et un mauvais regard de ma part. "Aucune chance que vous veniez d'arriver de Californie?"

Putain.

Le sourire de Bella s'illumine alors qu'elle regarde entre Riley et moi. Acquiesçant joyeusement, elle dit, "Ouais! J'ai rencontré Edward sur le vol! Je lui ai presque cassé le nez, aussi!" Elle rit et tapote mon bras. "Heureusement il ne va pas me poursuivre devant les tribunaux. Il sait que je suis seulement une institutrice, alors il n'y a pas de pot d'or au bout de mon arc-en-ciel."

Il n'y a vraiment aucune question, là. Elle est un arc-en-ciel elle est le pot d'or. C'est le jackpot peu importe comment vous regardez ça. Tout ce que je sais à son sujet, en un mot, est magnifique.

Nous rions tous et je regarde Bella avec ce qui doit semblait être un sourire idiot, Riley s'en aperçoit et me sourit. En retour, je lève les yeux au ciel sachant que l'interrogatoire commencera dès que nous aurons dit bonsoir à ma partenaire de danse inattendue.


"Wouah ! C'était une soirée tardive, Capt'ne ! Comment vous sentez-vous ce matin?" me demande Bella en montant dans la voiture et en mettant sa ceinture. Je porte mes Ray Ban pour bloquer l'horrible lumière du soleil. Je souris laconiquement et pose mon index sur mes lèvres. Ses yeux s'agrandissent quand elle comprend. "C'est mauvais, hein?"

"Je suis surtout fatigué. J'avais trop bu au début de notre soirée, mais j'étais définitivement sobre avant que tout se termine." Nous rions tous les deux tandis que je m'éloigne du trottoir, en lui montrant les tasses de café que j'aie achetées pour nous. "Je ne savais pas comment tu prends ton café alors j'ai pris un peu de tout." J'ouvre la boite à gant pour montrer plusieurs petites boites de crème et trois types de sucre. Bella éclate de rire, et intérieurement je lève le poing de la victoire, sachant que j'ai gagné quelques points faciles avec ce café.

"Vous assurez, Monsieur!" Elle commence à préparer son café. "Je me demande comment Riley a terminé hier soir."

"Eh bien, c'était la première fois depuis des lustres qu'il n'est pas rentré à la maison avec une fille. C'est certainement à inscrire dans le livre des records. Il était toujours inconscient sur mon canapé quand je suis parti pour te prendre ce matin."

Elle souffle sur la vapeur qui s'échappe de son café. "Mon Dieu. Alors qu'est-ce qui nous attend à Pearl Harbour?" demande-t-elle avant d'essayer de boire une gorgée.

"C'est un endroit silencieux, peut-être pas autant qu'une bibliothèque mais pas loin. Les touristes sont très respectueux pour la plupart… et ceux qui ne le sont pas, sont immédiatement rappelés à l'ordre. C'est principalement un cimetière. " J'avale difficilement. "Je gère ce genre de chose tout le temps mais voir ce navire juste sous la surface de l'eau, en sachant qu'il y a là plus de neuf cent corps pris au piège pour toujours," j'hausse les épaules et prend une grande inspiration. "Il n'y a pas grand-chose de plus émouvant que ça, tu sais?"

Elle fait un signe de tête, pensive. Elle comprend. La plupart des gens affiliés à l'armée le font. Les touristes civils tentent de comprendre mais à la fin, c'est un concept difficile à saisir.

Mais nous, nous savons. Ce n'est jamais à propos de nous. C'est à propos du gars à coté de nous. Il est votre frère et vous laisseriez votre vie pour votre frère. C'est tout ce qui compte, quand ça arrive.


La file d'attente pour entrer dans le Mémorial de l'USS Arizona est extrêmement longue et fastidieuse. Bella et moi faisons de notre mieux pour rire de notre soirée précédente et de la conversation idiote que nous avons eu avec Riley. Après ça, nous parlons des autres choses qui sont sur la liste de visites de Bella à Oahu et avant que nous le sachions, nous passons l'entrée pour voir cette solennelle leçon d'histoire.

Après avoir vu le film de trente minutes sur l'attaque de Pearl Harbour, nous passons au mémorial extérieur et nous lisons les inscriptions sur les tablettes qui listent les faits et gestes des gens qui étaient stationnés là quand les avions japonais ont pilonné l'île d'Oahu le 7 décembre 1941. C'est ma troisième visite des mémoriaux, ici à Pearl Harbour, et entendre les actes d'héroïsme des civils et des militaires me donne toujours des frissons à ce jour.

Nous montons finalement à bord du bateau qui nous amène à travers le port jusqu'au navire submergé. Bella et moi allons de diagramme en diagramme, étudiant les affichages à l'intérieur du mémorial qui montrent le navire avant l'attaque, comparé à aujourd'hui. Les photos montrent clairement ce qui est toujours visible depuis la rambarde de la plateforme où nous nous tenons et nous nous penchons sur le bord pour voir les tourelles tronquées et sévèrement rouillées.

Bella regarde silencieusement l'eau teintée d'huile alors je saisis l'opportunité de lui transmettre quelque chose que j'ai entendu la première fois où j'ai fait cette sombre visite. "Ils disent que quand il a coulé, l'Arizona devait contenir plus de cinq millions de litres d'huile. Environ neuf litres remontent à la surface quotidiennement. Tu vois les taches d'huile?" Je montre les traces arc-en-ciel et elle acquiesce. "Les survivants et les guides que j'aie rencontrés appelle ça les 'larmes noires'. Ils disent qu'une fois que le dernier survivant de l'Arizona décédera, il arrêtera de perdre de l'huile. Ceux qui ont survécu à l'attaque, ont la possibilité d'avoir des funérailles militaires ici et ensuite leurs cendres peuvent être conservées avec leurs camarades de bord. Dans une des tourelles je crois. A ce que je sais, il y a encore treize survivants de l'Arizona."

Bella fait un signe de tête et saisit ma main. "Merci d'avoir partagé cette histoire. J'aime à croire qu'une fois que tout l'équipage sera décédé, l'huile arrêtera de fuir. Pour moi ça serait beau.

Nous marchons vers l'arrière de la plateforme et observons le mur avec les 1.177 noms des membres de l'équipage qui ont péri à bord de l'Arizona. Il y a près d'une centaine de noms listés avec les lettres USMC (ndlt : Corps des marines des États-Unis) près d'eux sur le mur en marbre. Nous ne bougeons pas pendant quelques minutes, absorbés par l'énormité de ce qui s'est passé environ soixante-dix ans plus tôt. Aucun mot n'est prononcé. Je me tourne juste vers elle quand le temps me semble opportun et nous savons que nous somme prêts à partir.


Malheureusement, le Mighty Missouri est fermé pour l'entretien du mémorial, alors nous décidons d'aller jusqu'à Waikiki pour un déjeuner tardif. Nous choisissons d'aller chez Duke, où je suis déjà allé quelques fois. Une serveuse nous installe à la terrasse et Bella commande un Mai Tai pendant que je demande une Corona avec citron-vert.

"J'ai emmené ma mère et ma sœur ici il y a quelques années de ça quand j'étais stationné à Kaneohe. Je pense qu'elles étaient plus enthousiastes que moi que je sois envoyé à Hawaii." Je ris, me rappelant comme les choses étaient faciles pour Lauren à l'époque. La maladie d'Éric a tout changé.

"Est-ce que ta famille est revenue ici? Avec Bailyn, je veux dire?"

Je secoue la tête. "Non, Bailyn était encore un bébé quand elles sont venues. Eric - c'était le petit-ami de ma sœur - et ses parents se sont occupés d'elle pendant que ma mère et Lauren étaient ici." Nos boissons arrivent et nous trinquons à une autre belle journée ensemble avant de prendre une gorgée.

Bella penche la tête sur le côté. "Alors… j'espère que tu ne penses pas que je suis curieuse mais… ta sœur n'est plus avec Éric? Le père de Bailyn?"

"Non," je secoue la tête. "Eric est décédé après une courte mais horrible bataille contre un cancer du pancréas."

Bella exhale profondément en fermant les yeux. "Je suis… je suis désolée d'entendre ça, Edward."

Je prends mon citron entre mes doigts et le presse pour le faire rentrer dans la bouteille. "Merci. C'était assez horrible. Un jour il était en parfaite santé et le suivant il avait un cancer généralisé et il est mort en un mois."

Bella presse ses mains et ensuite joue avec le collier qu'elle porte. "Mon dieu. Je ne comprends pas comment ce genre de choses arrive de nos jours. Comment peut-on passer de ce qui semble être une santé parfaite à son lit de mort en seulement quelques semaines?" Elle secoue la tête, et presse son articulation au coin de son œil.

J'acquiesce, résigné et prends une autre gorgée de bière. "Je suis d'accord. Cela a été dévastateur pour nous tous. Lauren et Eric sont tombés amoureux au lycée et ils avaient prévu de se marier juste après l'université. Bailyn était une surprise mais ils savaient qu'ils voulaient des enfants. Cela a pris une année supplémentaire à Lauren pour avoir son diplôme mais elle a terminé avec l'aide de ma mère et des parents d'Eric. "

Nous nous arrêtons pour commander nos déjeuners et quand la serveuse s'éloigne, Bella reprend. "Tu parlais de Lauren et Éric."

"Ouais. J'étais coincé ici, alors je n'ai pas été témoin de la spirale infernale mais essentiellement, un jour il avait des douleurs à l'estomac. Les docteurs ont fait une batterie de tests et en quelques jours, on lui a dit qu'il avait quatre cancers, qui avaient pour origine le pancréas. Celui des ganglions lymphatiques étaient vraiment très agressif. Je lui ai parlé plusieurs fois au téléphone dans les premiers jours mais à partir de la troisième semaine, il n'était plus capable de tenir une conversation." Je fais une pause, sentant une piqure dans mon nez, qui mènera aux larmes si je ne me calme pas. "J'ai pu rentrer à la maison pour ses funérailles, ce qui aide pour le deuil mais c'était terrible. C'était comme mon petit frère. Son grand-frère, Emmett, est mon meilleur ami."

Bella essuie une larme sous son œil et prend une longue gorgée de sa boisson.

"Je suis désolé de ruiner cette journée," je m'excuse, prenant une lampée de ma bière.

"Edward nous avons passé la matinée au-dessus de neuf cent corps ensevelis dans un navire ce n'est pas comme si nous fêtions mardi-gras. Ne t'excuse pas. J'ai demandé, et autant l'histoire est horrible autant j'aime en savoir plus sur toi. Ça m'aide à te comprendre."

Ma bouche s'étire vers le haut dans un léger sourire. "Tu essaies de me comprendre, hein?"

Elle sourit, secouant sa tête d'avant en arrière avec un haussement d'épaule stupide. "C'est agréable de savoir d'où tu viens. Je te comprends un peu mieux maintenant."

Notre nourriture arrive et nous nous y plongeons. Mes côtes de porc à la mangue sont fantastiques et Bella gémit de son poulet Katsu.

Encore le gémissement.

Bella est à son deuxième Mai Tai et elle profite de chaque gorgée. J'adore regarder la chaleur toucher ses joues quand le rhum la réchauffe et que le jus de citron vert lui fait plisser les yeux.

"Alors… j'ai décidé que mon prochain arrêt allait être Kauai!" annonce-t-elle joyeusement, me causant une déception soudaine.

J'essaie de la jouer aussi décontracté que possible. Je savais qu'elle n'allait pas être ici pour toujours. Oahu était juste une escale. Mais… mais… mais…

Bella semble confuse. "Pourquoi est-ce que tu me regardes comme si je venais de piétiner ton bébé hamster?"

"Je suis juste surpris. Je pensais que tu avais un tas d'autres endroits que tu voulais voir avant de partir d'Oahu." Ma voix est un peu plus forte à la fin. Calme, Edward.

"Oh ! J'ai oublié de te dire, je dois quitter l'hôtel après le long week-end. Trop de réservations. La réceptionniste m'a suggéré de commencer à visiter les îles maintenant et de revenir à Oahu fin juillet où il y aura probablement des chambres libres."

Mon cœur commence à battre un peu plus vite dans ma poitrine de savoir qu'elle va revenir à Oahu, alors j'aurais toujours une chance de la voir. Mais… neuf semaines ? Il n'y a pas assez de synonymes dans le dictionnaire pour dire à quel point ça craint.

"Edward ? Tu rêvasses depuis une minute," dit-elle, souriant en sirotant sa boisson fruitée.

"Ouais, j'écoute, désolé. En tout cas, ça semble amusant. Je suis sûr que tu vas passer un bon moment. Ton esprit aventureux ne connait pas de limite," j'essaie de paraitre joyeux mais je pense qu'une enseigne en néon flashe au-dessus de ma tête en disant, "JE SUIS UN GROS MENTEUR."

Elle fronce les sourcils pendant une seconde mais se reprend. "Bien. Alors euh, il y a une chance pour que je

puisse demander des leçons de surf et une visite de la vallée des dinosaures?" Ses yeux brillent et elle tire sa

lèvre inférieure entre ses dents en attendant ma réponse. Je dois me reprendre et être heureux pour cette fille.

Cette incroyablement courageuse, enivrante, addictive, envoûtante… euh, soudainement j'ai mal au ventre.

"Définitivement, tu les auras. Dis-moi juste quand tu reviens sur l'île et nous pourrons nous en occuper."


Bella

Le retour a été vraiment très calme. En fait, Edward a été silencieux depuis que nous avons terminé notre déjeuner. Peut-être qu'il est soulagé que je ne sois plus là. Il a travaillé dans une zone de guerre depuis octobre. La dernière chose qu'il veut probablement faire c'est être coincé avec moi à jouer les guides touristique autour de l'île.

Je pense que j'avais juste espéré un peu plus de réaction… un peu de joie au fait que je revienne… ou de la tristesse que je parte… à ce stade je prendrais ça aussi.

Danser avec Edward hier soir a été la meilleure surprise que j'ai eue depuis un moment. Il était drôle et beau et la danse que nous avons partagée avait été électrisante. J'ai eu l'impression de me rapprocher de lui, peut-être un peu trop vite. Il me sauvait juste d'un groupe de gars. Je n'étais pas importunée mais c'était amusant de jouer le jeu pendant un moment avant qu'il ne me demande de le rejoindre sur la piste de danse.

Rire et boire avec son ami Riley a été comme une bouffée d'air frais. Être avec des gens qui ne me traitent pas comme une poupée de porcelaine prête à se briser à tout moment. Je me délecte de ça. Je veux plus de ça, pour être honnête. Plus de temps avec lui et ses amis. Mais nous sommes à environ deux minutes des portes de l'hôtel. Le temps est écoulé, Bella.

Edward gare sa voiture le long du trottoir avant de se tourner vers moi.

Avant qu'il ne dise quelque chose, je joue le tout pour le tout. "Tu vas bien? Tu as été assez silencieux depuis que nous sommes partis de Waikiki."

Il se frotte les yeux. "Ouais, je suis juste fatigué. Je crois que la soirée et la matinée me rattrapent." Je regarde sa pomme d'Adam bouger quand il avale. "J'ai simplement besoin de dormir. Je vais bien."

Ma poitrine se soulève, je prends une grande inspiration et affiche mon plus beau sourire, même si je me sens soudainement mal. "Très bien. Écoute, merci pour tout ce que tu as fait pour moi cette semaine. De la conversation dans l'avion, à l'hôpital et la danse hier soir… et tout le reste. J'ai vraiment passé de super moments. Je voulais que tu le saches. "

Il acquiesce. "Je suis d'accord. C'était amusant de te faire visiter. Et tu dois définitivement me passer un coup de fil si tu reviens à Oahu pour voir les autres endroits que tu as manqués."

"Si? Oh ce n'est pas 'si' mais 'quand'. Je reviens. Je compte sur ces leçons de surf." Je souris essayant d'alléger l'ambiance.

Il rit. "J'ai compris. Je serai là. Fais attention, d'accord?" Il se penche vers le siège et m'enlace de ses bras, ce qui me prend par surprise mais c'est comme si… eh bien, comme si c'était normal. Je ferme les yeux quelques secondes quand il s'éloigne.

"Merci, je te vois bientôt." Je sors de la voiture alors qu'il me fait un signe de main.

"A bientôt, Bella."


A vingt heures, je suis étendue sur mon lit à l'hôtel, trop épuisée pour peler l'orange que je tiens dans ma main depuis vingt minutes. Quel samedi soir ! Je n'y peux rien, cependant. J'ai une peur bleue depuis qu'Edward m'a déposé. Cela sonnait tellement brusque et froid… et faux. Je n'ai pas du tout aimé ça, alors je suis étendue là, irritable et fatiguée.

Le téléphone sur ma table de nuit sonne mais avant que je ne l'atteigne la sonnerie s'arrête. Je hausse les épaules, pensant que celui qui essaie de me joindre laissera un message.

Moins d'une minute plus tard, on toque à ma porte. Je m'assois rapidement et me regarde. A peine présentable, mais ça le fera. C'est probablement la réceptionniste.

Je regarde par le judas et mes yeux me sortent de la tête. Je déverrouille la serrure et la chaîne et je suis accueillie par Edward. Il a l'air encore plus fatigué que je ne le suis et sa barbe naissante donne l'impression qu'il doit être au moins minuit.

"Salut, ça va?" Je demande, en ouvrant la porte plus grande, pour l'inviter à entrer.

"Maintenant oui. J'ai… j'avais besoin de te revoir, Bella." Il passe devant moi et commence à faire le tour de la petite table à café. "Je suis désolé d'avoir été si froid aujourd'hui quand je t'ai déposé. Je ne sais pas quel est mon problème. Mais mon comportement était nul et tu ne mérites pas ça."

J'espère que mon expression lui dit qu'il n'a pas heurté mes sentiments, même si d'un autre coté j'avais espéré un au revoir un peu plus enthousiaste et émotionnel de sa part. "Ça va. Nous sommes tous les deux vraiment fatigués. Ce n'est rien." Je hausse les épaules, jouant l'indifférence.

Et l'Oscar est attribué à… Isabella Newton !

Edward soupire et arrête de marcher, se tournant vers moi, les mains sur ses hanches. "En fait, j'ai une proposition. Je veux savoir si toi et moi… si nous pouvons voyager sur les autres îles… ensemble."

Mes yeux s'écarquillent pour la deuxième fois en quatre-vingt-dix secondes mais je ne peux pas dire que je ne suis pas intriguée… ou sur la lune… vous savez, celui que vous préférez.

Il continue. "J'ai tout le mois de repos et je n'ai pas besoin de me présenter officiellement au travail jusqu'à après le week-end du 4 juillet. Le calendrier est en ma faveur, alors j'ai presque cinq semaines de libres. Je sais que tu voulais probablement plus de temps sur les trois autres îles que ça mais, je…"

Il s'arrête au milieu de sa phrase semblant en plein conflit. Je veux le calmer pendant une seconde mais j'adore vraiment le discours hésitant auquel j'assiste.

"Ecoute. Je sais qu'on ne se connait que depuis une semaine… bon, une semaine et quelques autres réellement intenses il y a quelques années, mais… tu es en sécurité avec moi. Et je voudrais être là pour toi. Comme un ami, un partenaire de voyage… nous pourrions partager les frais d'hébergement, peut-être trouver des endroits avec deux chambres et une cuisine pour cuisiner pour ne pas à avoir à toujours sortir manger. Nous pourrions diviser les frais de location de voiture… nous pourrions profiter de l'aventure ensemble. J'avais prévu de visiter une île ou deux de toute façon… pourquoi ne pas le faire ensemble."

Je sens un aigle géant déployer ses ailes à l'intérieur de mon ventre. Et je sais que je rougis parce que je peux sentir mes joues devenir chaudes. Avant que j'aie une chance de réponse, il se racle la gorge.

" D'accord… tout ça à l'air vraiment bien, et la logistique… mais en fait ce qui en ressort c'est que… je ne suis pas prêt à dire au revoir, Bella. Je… je ne suis pas encore prêt à dire au revoir."

Un énorme sourire se forme sur son visage, probablement en réaction au sourire à mille watts que j'exhibe. Je ne pense pas avoir déjà entendu un discours aussi nerveux et décousu mais également aussi sincère que celui-là. Comment pourrai-je dire non ? La peur bleue qui je ressentais a totalement disparue.

Et c'est grâce de lui.

Je ne sais pas ce qu'il va se passer mais je peux presque entendre Dean Martin chanter, Ain't That a Kick in the Head (N'est-ce pas un coup de pied dans la tête) dans ma tête. Bien sûr dans notre cas ça serait un sac à dos dans la tête.

"Je ne veux pas dire au revoir non plus, " dis-je, me sentant comme une écolière. "Faites vos bagages Capitaine Masen. Nous prenons le large mardi."