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Chapitre 19
Tout a changé comme ça…
Edward
J'avais eu mal à l'estomac pendant ces trois derniers jours. Frapper à la porte de M. Fitzgerald pour lui apprendre que sa femme avait été tuée pendant un exercice d'entrainement en Californie avait été au-delà d'horrible.
L'homme qui ne pouvait être guère plus âgé que moi, était tombé à genoux et avait sangloté juste là, dans le couloir. Ses enfants étaient arrivés en courant pour voir ce qu'il se passait. Voir leur père sur le sol les avait fait paniquer. Je ne pouvais rien leur dire avant qu'il n'ait dit quelque chose… c'était terrible. Les cris de ces deux enfants appelant leur mère morte restera inscrit définitivement dans ma tête.
Rentrer à la maison et avouer mon amour à Bella était la seule chose que j'avais pu faire cette nuit-là. Si je lui disais la vérité - que j'avais été trop effrayé de l'admettre pendant un moment - je me sentais comme si ça l'aiderait à tenir le coup, peut-être. Tenir le coup pourquoi? Pour moi? La vie? Comment pouvais-je lui demander de rester assise dans un fauteuil entourée par une bulle en caoutchouc et n'être jamais malade, n'être jamais blessée… ne jamais partir?
Ma tête était complètement sens dessus dessous. Mais l'entendre dire qu'elle m'aimait avait été le meilleur moment de ma vie. Mais ça ne me prit mon agonie que pour un moment seulement.
J'étais en contact avec Pendleton pour mettre en place les services pour le sergent-chef Fitzgerald. Sa famille était originaire de la région de Oceanside, donc son corps serait gardé en Californie pour le service funéraire et l'enterrement. M. Fitzgerald avait demandé un service commémoratif ici sur Kaneohe parce qu'ils avaient créé des relations importantes à la fois pour le travail et dans la communauté.
Inutile de dire que mon week-end avec Bella était complètement tombé à l'eau. J'avais souhaité pouvoir l'amener au centre culturel polynésien pour voir le spectacle de Nalani mais ça n'arriva pas. A la place elle était restée à la maison avec Max pendant toute la journée m'attendant les bras ouverts quand j'étais rentré le soir.
Elle me prépare un bain dès que je rentre chez moi. Normalement je ne suis pas un gars qui prend des bains mais elle insiste. Je dois admettre que l'avoir perchée derrière moi en train de me masser les épaules et le cou contribue certainement à soulager la tension inévitable que je ressens. Au-delà de ce qui est juste sa présence qui est un baume sur mes émotions brutes.
Je ne suis pas très bavard et je sais que ça l'inquiète. Je suis trop dans ma tête en ce moment mais je vais essayer. J'essaie désespérément de ne pas laisser ma peur continuer à me dicter chacune de mes pensées et chacune de mes actions. C'est difficile cependant… tellement difficile, putain. Regarder M. Fitzgerald traverser cette torture avec ses deux jeunes enfants avait mis mes nerfs à fleur de peau et j'étais sur une corde raide.
Le mois dernier Bella et moi avions fait l'amour tous les jours et ça avait toujours été incroyable. Mais pendant ces derniers jours c'était comme si j'essayais de l'absorber. Je ne pouvais être ni assez proche ni assez profond. C'est comme si j'avais besoin de la consumer à cause de la peur que j'aie qu'elle ne soit pas à mes côtés pour toujours.
Ma partie rationnelle sait que nous devrons nous dire au revoir dans quelques semaines, quand elle partira pour la Corée. Je le sais et je l'ai accepté mais ça continue à me terrifier. Et s'il lui arrivait quelque chose pendant le voyage? Si elle avait besoin de moi et que je ne puisse pas y aller suffisamment vite?
Putain tout cela est tellement nouveau pour moi et je suis terrifié de tout foutre en l'air. Je veux la tenir et ne plus la laisser partir. Je veux pouvoir garder un œil sur elle à chaque instant de la journée. Est-ce normal? Ce n'est pas possible. Prenez Emmett et Riley par exemple. Ils laissent leur femme vivre tous les jours, leur faisant confiance pour qu'elles rentrent saines et sauves à la maison.
Ce n'est pas que je ne fasse pas confiance à Bella, pas du tout. C'est au monde que je ne fais pas confiance. Je ne fais pas confiance à la vie quand il s'agit de ma précieuse petite-amie. Laisser faire le hasard est pure connerie. Je deviens plus fort parce que je sais que les choses se passent d'une certaine façon… à savoir qu'elle serait toujours hors de danger 'parce que dieu sait que je ne veux pas être celui qui sera à genoux en train de pleurer sa perte'.
Cette guerre à l'intérieur de moi est épuisante.
"Hey," murmure Bella en se trainant dans le lit. Je ferme mon ordinateur me disant que ce travail peut attendre qu'il fasse jour. Mes pensées sont erratiques. J'ai besoin d'elle tout de suite.
"Salut." Je lève ma main et elle s'installe contre moi, sa tête posée sur mon torse, près de mon cœur. "Quoi de neuf ma belle?"
"Je voudrai que tu appelles Bailyn. Tu as besoin d'un remontant. Allons voir un film ou faisons autre chose. Et je voudrai que nous allions au spectacle de Nalani."
Je hoche la tête. "Ok nous allons le faire. Le centre culturel polynésien est grand et tous les jours il s'y passe quelque chose mais nous pouvons au moins aller voir le spectacle du soir. Peut-être que ce week-end nous pourrons aller voir les autres manifestations."
Elle roule sur moi sans effort et s'appuie contre mon torse.
"Merci," elle soupire et effleure mes lèvres avec les siennes. "Tu m'as manqué." Sa voix est si triste… solitaire même.
Je déglutis difficilement sachant que c'est mon comportement qui la rend ainsi.
"Je suis désolé," croassé-je, ma réponse teintée de culpabilité et la peur m'écrasant pour les dommages que j'ai causés. "Il n'y a rien de plus important que toi pour moi."
Elle se penche et m'embrasse doucement. Quand elle s'éloigne elle pose sa tête sur ma poitrine à nouveau et murmure : "Je sais."
"Demain quand je rentrerai pour le déjeuner nous appellerons Baylin, et ensuite nous nous retrouverons ici à 16 h 30 pour aller voir le spectacle de Nalani. Est-ce que ça t'ira?"
"Ça me parait parfait. Et merci."
Elle soupire et je peux sentir le battement des ses cils contre mon torse. Les minutes passent avant que nous parlions à nouveau.
"Je sais que cet appel à été terrible pour toi, Edward mais s'il te plait, sache que tu peux me parler. Je sais écouter… Je ne veux pas que tu te renfermes sur toi-même." Elle s'arrête pour me caresser l'épaule. "Je veux être là pour toi."
Mes bras se serrent autour de sa petite silhouette et j'appuie ma bouche sur sa tête.
"D'accord." Piètre réponse mais je ne sais pas quoi dire d'autre. Il y a des aspects de mon travail que je peux partager et d'autres qui sont classifiés. Mais en définitive qui veut entendre parler de la peine insupportable de quelqu'un d'autre quand rien ne peut être fait pour l'aider? Et encore plus quand c'est quelqu'un qui a dû traverser tout ça lui-même! Et en plus elle a perdu un enfant…
Quelle est la solution ici?
"Je serai content d'être à Okinawa même si ce n'est que pour la seule raison que mes obligations de CACO cesseront."
Elle lève la tête pour me voir, j'opine.
"Oui la compagnie et le bataillon auxquels j'ai été assigné ont déjà plusieurs CACO donc je vais probablement faire enfin une pause. Ma formation restera quand même. Si jamais ils ont besoin je pourrai recommencer mais pour l'instant je ne vais plus être appelé."
Bella roule sur moi et se redresse, croisant ses jambes, ravie que je lui dise plus que les quatre mots que j'ai alignés depuis jeudi dernier.
Je tasse mon oreiller derrière ma tête prêt à lui donner plus de perspicacité dans mon autre travail.
"J'ai été entraîné à Quantico après avoir été missionné. Et à ma première affectation j'ai eu huit appels en trois ans en Caroline du Nord au Camp Lejeune."
Bella halète d'horreur alors que je secoue la tête en me souvenant. Les visages des membres et la famille qui me recevaient à leur porte s'étaient effacés mais les beuglements et les cris stridents sont impossibles à oublier. C'est comme une symphonie nauséeuse qui joue en permanence dans un coin de ma tête. Parfois les sons beuglent à mes oreilles et d'autres fois j'essaie de les couper… surtout maintenant, depuis que je me suis permis de tomber amoureux de cette femme étonnante.
"Je n'étais plus censé faire ça à Cherry Point."
Elle écarquille les yeux de surprise. "Alors comment as-tu fini devant ma porte?"
Je hausse les épaules. "Un coup de chance je suppose. Il y avait deux autres CACO sur la base qui n'avaient jamais été appelés avant mais l'un était sur le point de partir et l'autre venait juste d'être déployé." Je la regarde dans les yeux. "C'est fou, non?"
Elle attrape ma main et la serre. "Ce que tu appelles chance, moi je l'appelle le Destin."
Je reste perdu dans son regard pendant quelques secondes me demandant si peut-être il y a un grand schéma pour cette histoire et les chemins que nous avons suivis pour nous amener au même vol ensemble. C'est certainement une belle histoire mais j'ai toujours des doutes.
"Viens là," dis-je en prenant son corps contre le mien. Lorsque sa tête est à portée de main je pousse mes doigts dans ses cheveux pour encadrer son visage et ravaler ma nervosité.
"Je sais que nous ne l'avons pas dit depuis cette autre nuit… mais je suis vraiment tombé amoureux de toi et j'essaie autant que je peux." Ma voix est rauque à cause des émotions qui remontent à la surface.
Elle hoche la tête et ses yeux brillent de larmes. "Je sais que c'est vrai," souffle-t-elle doucement, "et je t'aime aussi."
Après un doux baiser elle se réinstalle au creux de mon épaule et nous nous endormons en nous tenant.
"Nous avons une surprise pour toi, Bay," dis-je en souriant à Bella qui sourit aussi en se mordillant la lèvre. "Quand je rentrerai dans quelques semaines, Bella viendra avec moi."
Le visage de Baylin se fige de joie ou de choc … et possiblement de confusion.
"Bay? Tu m'as entendu?"
Elle hoche la tête comme une marionnette. "Oui."
"Est-ce que tu as compris ce que j'ai dit?" Ses yeux bleus sont fixés sur l'écran montrant qu'elle réfléchit intensément. Nous n'obtenons pas de réponse mis à part "Hummm"
"Bella vient avec moi en Californie. Elle veut te rencontrer!"
"Quoi?!" Ma nièce passe du 0 au 120 en une demi-seconde. "Belle vient ici!"
Je ne pense pas que ce soit une question, elle crie juste au cas où tous les gens du Nevada n'auraient pas clairement entendu.
Nous observons sa réaction en rigolant. Bella entrelace nos doigts et se tourne vers moi, je lui fais un clin d'œil rassurant pour lui transmettre mes remerciements de m'avoir encouragé à passer cet appel. Bien que nous ne ne connaissions que depuis six semaines, elle sait que parler avec Bay m'aide à me débarrasser de ce cafard.
Et à cet instant je force la symphonie de cris à s'adoucir dans ma tête.
Comme promis je rentre à la maison aussi tôt que possible cet après-midi et nous allons au centre culturel polynésien vers dix-sept heures quinze. Le spectacle est fantastique et définitivement mon préféré. Sauf peut-être celui où Bella a accepté d'être ma petite-amie à Maui. C'est cette nuit particulière qui gagne haut la main seulement parce qu'à la fin de cette soirée j'étais le plus chanceux bâtard de la planète.
Nous retrouvons Nalani avant de partir, pour que Bella puisse lui dire combien nous avons aimé ce spectacle. Elle n'avait aucune idée que nous étions dans le public ce soir. J'ai été vraiment un mauvais ami depuis que cet appel est arrivé – totalement coupé de l'extérieur. Je ne savais même pas qu'Emmett et Rosalie avaient passé un long week-end à Kauai mais qu'ils étaient revenus à présent. Riley avait été très occupé par les formalités administratives et à préparer les documents pour Nalani et Kalia pour que la transition pour Okinawa se passe le mieux possible au mois d'octobre.
La vie continuait et il fallait que je m'en souvienne. Cette famille avait été dévastée mais il fallait que je me souvienne que le monde continuait à tourner. Et juste parce que j'avais de nouveau vu une relation se terminer par une horrible tragédie, ça ne signifiait pas que Bella et moi allions subir le même sort.
Mon discours d'encouragement sonnait bien mais maintenant il me restait juste à sauter par-dessus le mur.
"C'était un bon film."
"C'est vrai," dis-je en prenant la main de Bella en sortant du cinéma. "Merci de m'avoir botté le cul pendant ces deux derniers jours. J'en avais besoin."
Nous rejoignons la voiture et elle passe ses bras autour de mon dos.
"Je m'inquiète un peu pour toi, Cap - je veux dire Major." Elle me fait un clin d'œil et rigole après avoir corrigé son erreur. "J'ai pensé que je te perdais."
Je soupire en hochant la tête sachant que mon silence et la bataille qui fait rage avec mes démons intérieurs ont complètement paniqué Bella.
"Je me bats. C'est difficile mais je jure que j'essaie pour toi… pour nous."
Elle se met sur la pointe des pieds et m'embrasse tendrement. "Je sais que tu le fais. Je suppose que j'ai juste besoin d'entendre des mots rassurants de ta part."
"Bon que dirais-tu que je te ramène à la maison et que je te rassure d'une autre façon?" dis-je en me penchant pour l'embrasser dans le cou.
Elle sourit et pince mes fesses quand je lui ouvre la portière. Pendant qu'elle s'installe je regarde mon téléphone et vois que j'ai manqué deux appels de Riley vers vingt heures trente. Mon téléphone me dit qu'il est deux heures moins le quart. Je ne peux pas rappeler si tard. Ça attendra jusqu'au matin.
Pour l'instant je dois ramener ma petite-amie à la maison et lui montrer ce qu'elle signifie pour moi.
Mon alarme se déclenche à cinq heures et c'est mauvais. Je savais bien qu'un dîner et une soirée tardive seraient mauvais le lendemain matin mais je voulais tenir parole pour Bella et j'allais essayer de dépasser mon mode mauvaise humeur et me permettre un peu de bon temps.
Après la douche je sors de la chambre vide pour trouver Bella s'activer dans la cuisine, me faisant du café, découpant de la brioche et de la saucisse pour le petit-déjeuner.
"Tu n'aurais pas dû faire cela, idiote..." lui dis-je en venant derrière elle et en mordillant son épaule. "Tu sais… je suis en serviette. Et tu pourrais très facilement tirer profit de cette situation, Clémentine."
Elle rit. "Cette offre est très tentante Major mais tu m'as dit que tu avais une réunion très tôt ce matin avec le colonel et je refuse d'être la raison pour laquelle tu seras en retard au travail…"
"Très bien tu gagnes," gloussé-je, en m'éloignant. "Puis j'obtiendrai une compensation pour le déjeuner?"
Je l'entends rire. "Quand ai-je déjà refusé cela?"
Je m'habille rapidement et commence à lacer mes bottes quand la sonnette retentit. Je regarde alentour confus et regarde mon réveil pour vérifier qu'il n'est que cinq heures trente du matin.
Qui diable vient sonner à cette heure-ci?
Bella apparaît à la porte de la chambre un peu inquiète. "Hum!"
"Ouais je sais. Attends."
Je passe devant elle et regarde par le judas et je vois Emmett de l'autre côté. Rosalie et lui ont leur vol pour l'Australie aujourd'hui, peut-être qu'il s'arrête juste en passant pour me dire au revoir.
"C'est Em," dis-je à Bella en ouvrant la porte.
Emmett ne dit rien et son visage est stoïque… vide. Il semble complètement las et si je ne me trompe pas ces yeux sont rouges et gonflés.
"Hey Emmett," dit Bella en rentrant dans le salon ne se préoccupant plus qu'un étranger se présente à ma porte à cette heure matinale.
Il lui sourit à peine et se recentre sur moi. Une sensation de malaise me submerge tout à coup et je me rappelle cet horrible cauchemar que j'ai fait au camping à Kilauea avec Bella.
Emmett portant ses alphas avec des larmes plein les yeux est celui qui se tient à la porte ouverte avec l'aumônier à côté de lui. Que se passe-t-il? Em n'est pas un CACO. Apparemment cet appel n'est pas pour moi, je suis toujours un spectateur confus et extérieur.
"Emmett? Qu'est-ce que tu….?" fait la voix de ma mère.
"J'arrive juste du Centre médical. Riley a essayé de t'appeler mais c'était tard."
Ma mâchoire se serre et mon estomac commence à tanguer quand j'entends que la voix d'Emmett est la même que celle de ma mère dans mon cauchemar. Je me ressaisis pour lui répondre. "J'ai vu que j'avais manqué ces appels. Que…"
"Il y a eu un accident la nuit dernière," m'interrompt-il. "Nalani était sur le chemin du retour pour aller chez Ri. Un fou de l'autre côté de la route envoyait des textos…"
"Oh seigneur!" dit Bella derrière moi et ça me fait reculer loin d'Emmett. Mon cerveau continue à produire des éclairs de ce cauchemar du mois dernier.
Je regarde Emmett et il hoche la tête. Ma mère tombe dans ses bras et les enfants s'en vont, appelant leur mère.
La chose suivante c'est qu'Emmett la rentre à l'intérieur et que l'aumônier le suit en refermant la porte sur moi. Avant que la scène disparaisse je distingue une Bella très enceinte qui s'installe dans un fauteuil en s'attrapant la gorge et en criant…
Je secoue la tête pour revenir à la réalité.
"Alors que s'est-il passé? Comment elle va? Elle est à l'hôpital?" aboyé-je, ennuyé et anxieux.
Il hoche la tête et pâlit. "Les sauveteurs se sont dépêchés. Ri et Kalia ont eu le temps de la voir éveillée… mais…"
"Oh Seigneur!" Bella serre ses bras autour d'elle. "Elle est…?"
Je la coupe. "Em, elle est morte? Tu me dis qu'elle est morte, putain?"
Une expression de douleur apparaît sur son visage et ses yeux se remplissent de larmes et ça me dit tout ce que je dois savoir.
"Il y a trois heures."
Je pose mes mains sur ma tête et j'entends les sanglots de Bella. J'ai rêvé de cela … mais là je ne rêve pas. Emmett à la porte… les larmes aux yeux, Bella pleure. Mes oreilles commencent à battre alors que j'entends le sang bouillonner à mes oreilles.
Les murs se referment sur moi alors qu'un chœur de cris explose dans ma tête. Tout ce à quoi je peux penser est à la jeune Kalia qui vient de perdre ce qui lui restait de sa famille par le sang et mon meilleur ami Riley… qui avait trouvé l'amour de sa vie et qui se retrouve tout seul, sans rien.
Bella
Edward contacte le Colonel Cullen, qui n'avait pas été averti de la tragédie personnelle de Riley. Il comprend Edward et lui permet d'être juste présent pour l'appel et de rester en contact avec son bureau tout au long de la journée.
Je m'habille rapidement et avant six heures, nous sommes dans la voiture suivant Emmett vers la maison de Riley. Le trajet de trois minutes se passe en silence.
Que pourrait-on dire? Une belle âme nous a été enlevée bien trop tôt. Je suis complètement dévastée et je n'ai rencontré Nalani qu'il y a quelques semaines. Mon cœur se brise pour Edward, Riley et bien sûr, Kalia
Nous entrons dans la maison de Ri ne sachant pas à quoi nous attendre. Kalia est allongée sur le canapé, la tête sur les genoux de Rosalie.
On peut entendre Riley parler dans la cuisine et rapidement nous comprenons qu'il parle à sa mère qui semble avoir l'intention de venir dès qu'elle le peut.
Emmett et Edward marchent à l'arrière de la maison pour être avec lui et je m'assois à côté de Rosalie qui repousse les cheveux de Kalia de son visage dévasté. Je pose mon bras autour de l'épaule de Rosalie et elle incline sa tête dans le creux de mon cou.
Mes larmes commencent à couler de nouveau juste en regardant cette douce petite fille dont la vie a complètement été brisée il y a juste quelques heures.
Je ne sais pas combien de temps nous restons comme ça mais finalement Riley vient dans le salon pour voir comment va Kalia. Je me lève pour l'embrasser.
"Riley." J'enroule mes bras autour de ses épaules. "Je... Je ne peux pas le croire... Je suis tellement, tellement désolée." Ma voix se brise à la fin.
Il me regarde simplement, hochant la tête, ravalant ses larmes probablement pour la centième fois aujourd'hui. Je serre ses bras avant de m'éloigner.
Quand je regarde Edward, il me regarde avec une expression vide. Ses épaules s'élèvent et tombent de défaite quand il se tourne vers le canapé pour regarder la forme endormie de Kalia. Ses narines s'évasent tandis qu'il serre la mâchoire et secoue la tête.
Nous sommes tous complètement perdus quant à ce qu'il faut faire ensuite.
Une minute Nalani était là et la minute suivante elle était partie.
Et tout ... tout a changé comme ça.
Edward et Emmett aident Riley à planifier la cérémonie pour Nalani au cours des deux jours suivants. Riley est officiellement en congé et Edward a été en mesure d'aider un peu avec les arrangements mais il va encore au bureau pour quelques heures.
La mère et le frère de Riley sont arrivés il y a deux jours et séjournent dans un hôtel local. Bien que Riley apprécie leur soutien, ils n'ont jamais rencontré Nalani et ne connaissent pas du tout Kalia. Leur bonté est évidente car ils viennent chez Riley dès le matin et restent tard le soir. Ils ont passé beaucoup de temps dans la cuisine pour nous nourrir - quand nous avons envie de manger - et juste essayé de garder la maison en marche alors que nous traversons tous ces jours comme des morts-vivants.
Quant à notre petit groupe, nous sommes restés tour à tour dormir chez Riley pour être là, pour lui et surtout pour Kalia.
Elle est absolument dévastée et ne sait que faire d'elle-même. Elle a été confrontée trop jeune à la mort, même si elle ne se souvient pas de sa mère mais elle a dû enterrer sa grand-mère il y a trois ans à l'âge tendre de sept ans.
Comment un jeune enfant peut-il se relever d'une telle perte? Le mot injuste ne peut même pas commencer à décrire cela.
Le soleil se couche et la maison est assez calme, à l'exception d'une conversation de temps en temps. Je suis couchée par terre sur le côté sans raison particulière, quand Kalia entre. Je la regarde se blottir contre moi sur le plancher. Mon Dieu, mon cœur fait mal pour cette pauvre petite fille. Nous sommes recroquevillées ensemble, mon bras drapé sur sa taille et du coin de l'œil, je vois Edward. Quelques instants plus tard, il s'installe derrière moi et passe son bras au-dessus de nous.
Je suis immédiatement soufflée, parce que c'est la première fois qu'il me touche volontairement en trois jours. Quand nous dormons chez Riley nous dormons sur des divans séparés ou dans des chambres différentes. Et la nuit que nous avons passée chez lui, il est resté assis dans son fauteuil, à regarder la télévision dans le salon, alors que j'étais réveillée et me sentais seule dans son lit.
La conversation entre nous a été pratiquement inexistante mais nous avons rarement été seuls. Quand nous avons un moment libre, j'enroule mes bras autour de lui, enfouissant mon visage dans sa poitrine, j'ai juste besoin de le sentir proche. Ses câlins semblent mécaniques... juste pour me rendre mon geste. J'essaie de ne pas m'attarder sur ses réponses apathiques. Une fois que nous aurons un peu de temps seuls, je sais que nous serons en mesure de nous reconnecter à nouveau.
Nous devons pouvoir nous reconnecter à nouveau.
Les funérailles traditionnelles hawaïennes sont tournées vers la célébration de la vie d'une personne, plutôt que de se lamenter sur sa mort. Bien qu'elle a été prise à Riley et Kalia bien trop tôt, la plupart des amis et des invités passent la journée à rire, raconter des histoires, répandant l'amour qui venait naturellement de Nalani.
Nous faisons tous de notre mieux pour traverser cette journée, tout simplement être là pour Riley et Kalia. Ils ont tous les deux un visage courageux et la plupart du temps Kalia ne s'éloigne pas trop de Riley.
De retour à la maison à la fin de la soirée, Riley murmure qu'il veut être seul avec Kalia ce soir. Il sait que nous sommes tous seulement à un coup de téléphone mais il doit passer du temps avec elle... seuls, ensemble.
"Prêt à partir?" me parvient la voix d'Edward alors que je décharge le lave-vaisselle.
"Ouais, j'ai presque fini ici. Donne-moi cinq minutes."
"Bien sûr, prends ton temps." Il sort sans autre mot.
Je finis dans la cuisine et trouve Kalia couchée sur son lit. Eh bien, dans la chambre où elle dort quand Nalani et elle sont chez Riley. Il a quelques touches de jeune fille dans la chambre. Une affiche de One Direction est fixée derrière sa porte. Sa couverture rose a des boutons de rose partout. Sur la table de chevet en bois standard des Marines il y a une photo de Noël encadrée de satin De Nalani et elle.
Et sur le côté gauche de sa commode il y a un collage de photos de Nalani et elle portant des costumes luau dans toutes les poses possibles. Mais c'est ce qui est sur à droite de la commode qui me serre le cœur. Un simple cadre argenté avec les mots, "Ma famille" en haut. C'était une photo que Rosalie a prise d'eux trois quelques secondes après la demande de Riley le 4 juillet. Ils sont tous assis sur la couverture. Nalani est sur les genoux de Riley son bras l'enveloppant et Kalia est à genoux derrière Riley avec ses bras drapés autour de son cou. Il a l'air de la porter sur le dos. Leurs visages souriants sont tous inclinés les uns vers les autres, des larmes de bonheur dans leurs yeux puisqu'ils ont fait ce premier pas vers leur avenir en tant que famille.
Et seize jours plus tard, plus rien.
Je respire profondément et rassemble mon sang-froid.
"Hey ma puce", murmuré-je timidement et elle se tourne pour avoir un contact visuel avec moi.
"Salut, Bella."
"Chérie, Edward et moi allons partir pour la nuit, mais nous voulons que tu saches que si tu as besoin de l'un de nous, nous reviendrons tout de suite, ok? Riley sait déjà qu'il peut nous appeler... ou tu peux nous appeler. Peu importe l'heure qu'il est. Nous viendrons, d'accord?"
Elle acquiesce, fatiguée. "Okay."
Je me dirige vers elle et passe mes bras autour d'elle. "Essaie de dormir, chérie et je te verrai demain matin."
Son étreinte est faible autour de mon cou. "Au revoir."
Je la lâche, embrassant son front et la remettant sous les couvertures, essuyant une larme de mes yeux.
Dans le salon, je trouve Riley et Edward assis sur le canapé.
"Comment va-t-elle?" demande Riley.
Je serre les dents et hausse les épaules. "Elle est calme et prête à dormir." Je prends mon sac de la table. "Si elle a une mauvaise nuit… " Riley m'interrompt, "Je promets d'appeler. Je veux juste voir si nous pouvons passer cette nuit seuls."
Edward et moi étreignons Riley avant de retourner chez nous... chez Edward.
Nous sommes tous les deux silencieux en nous préparant pour aller au lit et en nous glissant sous les couvertures sans un mot. Il se couche sur le dos, le drap sur sa taille, son bras gauche au-dessus de lui, la main serrée contre son front. Je me déplace près de lui et me blottis sous son épaule droite. Il ne ferme pas son bras autour de moi comme il le faisait avant et cela fait mal comme l'enfer.
Au moins cinq minutes passent avant que j'aie le courage de parler.
"Je t'aime Edward, je t'aime et je suis tellement désolée que Nalani soit partie, je sais combien tu te souciais d'elle."
Il ne me donne aucune réponse et le trou dans mon estomac devient plus lourd.
Je ne sais pas combien de temps j'attends pour entendre sa voix mais le sommeil me réclame finalement. C'est le premier sommeil que j'ai eu depuis cinq nuits parce qu'il est enfin à mes côtés. Je ne peux pas être sûre si j'ai rêvé ou non mais je suis presque optimiste, j'ai entendu Edward murmurer, "Je t'aime", à moment donné dans la nuit.
Edward se déplace dans la pièce le matin aussi doucement que possible mais il me réveille tout de même. Quand il part sans embrasser ma tempe comme d'habitude, je pleure de nouveau dans mon sommeil. Je me réveille deux heures plus tard et je vais chez Riley. Emmett et Rosalie sont déjà là et nous décidons de conduire jusqu'au Laie où se trouve l'appartement de Nalani.
Riley a décidé de débarrasser complètement l'appartement de Nalani. Il ne veut pas - et ne veut pas que Kalia - prendre de décisions hâtives sur le contenu. Chaque meuble, chaque bibelot, chaque assiette, chaque chaussette, peu importe combien insignifiant, il veut juste tout emballer et trier tout plus tard, quand il ne sera plus dans cet état. À l'heure actuelle, il est juste axé sur sa mission : faire ce travail puis trouver comment vivre la vie sans elle.
Faire ce travail en groupe a plus de sens aussi, car après nous devrons tous partir dans quelques semaines, Riley serait laissé seul avec cette tâche monumentale à accomplir. Et à ce stade, Kalia doit être son principal objectif.
Emmett et Rosalie ont moins d'une semaine avant de se présenter à Okinawa. Quand Nalani est morte, ils ont annulé leur voyage en Australie.
Avec quatre adultes travaillant sans arrêt, à la fin de la journée c'est fini. Riley viendra avec ses Marines un jour après le travail pour déménager le mobilier dans un entrepôt de stockage. En échange de leur travail, il leur payera le dîner. Je me souviens que Mike avait l'habitude de participer à des travaux semblables pour les officiers et des amis.
J'appelle Edward pour voir s'il veut prendre une pizza avec nous tous mais il ne répond pas à son téléphone cellulaire. Personne ne dit rien mais pour moi, cela continue d'être un signal d'avertissement qu'il s'éloigne et que je le perds face à ses démons.
Je reste pour aider à mettre Kalia au lit et puis je pars dans la maison d'Edward. Il n'est pas là et il n'y a aucun signe qu'il soit jamais rentré de toute la journée. Je me prépare pour le lit et je reste là dans l'obscurité, fixant le ventilateur de plafond.
Que faire-je? Dois-je aller à son bureau et demander des explications? Le faire se battre pour nous? Dois-je rester ici et attendre? Je suis tellement déchirée maintenant.
D'une part, je pourrais jouer la petite-amie outrée. Oui il a perdu son amie, mais je l'ai enterrée, aussi. Et elle signifiait beaucoup pour moi-même s'il y avait peu de temps que je la connaissais. Je souffre pour Riley et Kalia parce que je sais ce que c'est d'enterrer quelqu'un et se sentir complètement désolée sans eux. Pourquoi Edward arrive-t-il à être le seul qui se sente comme ça? Nous sommes tous en deuil ici.
Mais alors je reviens à la personne que je suis dans mon cœur, mon vrai moi. Celle qui sait que dans sa vie, depuis qu'il avait neuf ans il a connu beaucoup de tragédies. Puis, dans le cadre de sa carrière, il a eu le devoir d'apporter les pires nouvelles à des étrangers et cela l'a beaucoup affecté.
J'ai eu le plaisir de regarder Edward se transformer en quelqu'un qui n'avait jamais rêvé d'entrer dans une relation de long terme, à l'entendre me faire sa demande, bien qu'il ait été ivre, parce qu'il ne pouvait pas supporter la pensée qu'on soit séparés après s'être trouvés. Je le crois quand il dit qu'il m'aime. Je peux le voir dans ses actions et je peux l'entendre dans ses mots.
Aussi étonnante que nos vacances hawaïennes aient été, il semblerait que ce n'était pas assez pour guérir toutes ses blessures passées, qui ont seulement été renforcées par un appel CACO extrêmement difficile dès qu'il est retourné au travail. Alors que je pensais qu'il commençait à se sortir du désespoir, Nalani a été tuée et il est de retour là-dedans, même encore davantage qu'auparavant. Il peut avoir trente-quatre ans mais il est terrifié et malade à la pensée de me laisser s'il meurt subitement, ou pire, penser à ma mort et rester dans une douleur insupportable, ce dont il a été témoin lors de son travail de CACO... Et comme il voit maintenant pour Riley et Kalia.
Encore une fois, que dois-je faire? Quelle route dois-je prendre? Outrée et impitoyable ou compréhensive mais impuissante?
Je sèche les larmes qui ont coulé silencieusement de mes tempes et je roule vers la fenêtre. J'échange nos oreillers pour dormir sur le sien, celui qui sent son eau de Cologne et son gel douche. Au moins de cette façon, je peux le sentir m'entourer.
Je me suis promis une vie sans regrets. Et peu importe ce qui arrive avec Edward, je ne regretterai aucun moment passé avec lui. Il a été la meilleure chose qui me soit jamais arrivée. Et je ne veux pas m'en aller. Dieu sait que je ne le veux pas. Mais je vais partir si cela permet de sauver sa santé mentale et la mienne. Nous méritons tous deux une vie sans une angoisse pareille. Je ne peux pas vivre comme ça et je suis sûr qu'il ne peut pas non plus.
Je lui parlerai demain. Je verrai ce qu'il a à dire. Et puis je prendrai une décision. Je ferai ce qui est bon pour moi ... pour lui ... pour nous.
