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Chapitre 21
… la réalité ….
Bella
Séchant mes larmes je marche vers celle qui avait été comme ma deuxième maison la semaine dernière. Je ne peux pas partir sans dire au revoir. Ça ferait du mal à la petite fille et je ne veux pas lui faire ça…pas après tout ce qu'elle vient de vivre.
Je prends une profonde inspiration et sonne essayant de trouver un sourire pour Riley quand il ouvrira la porte.
"Hey!" Ses sourcils se froncent immédiatement. "Tu vas bien?"
"Pas vraiment." Je tourne mon visage vers la chaude bise du soir qui sèche les larmes sur mes joues. "Puis-je entrer pour quelques minutes?"
Il se déplace sur le côté pour me laisser passer. "Je t'en prie."
Je fais quelques pas hésitants, tournant la tête pour essayant de trouver Kalia. "Est-ce qu'elle est dans sa chambre?"
"Oui elle se repose. Je lui ai apporté le repas il y a un petit moment." Il frotte sa barbe naissante qui a poussé depuis l'enterrement. "Elle… euh… elle a eu une journée vraiment difficile."
Je soupire enroulant mes bras autour de moi sachant que je suis sur le point d'en rajouter un peu plus.
"Alors, euh… je passais vous voir parce que je suis en route pour l'aéroport."
Riley inspire profondément, ferme les yeux et secoue la tête. "Il t'a jetée dehors?"
Horrifiée par son hypothèse, je halète et bégaie pour lui donner la bonne raison.
"Dieu non – pas du tout." Je m'éclaircis la voix. "Je… je suis partie. J'ai réservé un vol qui décolle à dix heures et demie." Je me sens aussi faible que ma voix.
Il se passe la main sur le visage et s'assied sur l'accoudoir du canapé.
"Je ne pouvais pas partir sans vous dire au revoir à toi et à Kalia. Ce ne serait pas très juste après tout..."
Il soupire. "Bien merci pour ça." Le silence s'étire entre nous. "J'aurai souhaité que tu ne partes pas malgré tout."
Je déglutis difficilement, mes yeux sur les siens et je hoche la tête. Que pourrai-je dire d'autre? J'aurai souhaité ne pas partir non plus…
"Je ne pense pas avoir à demander ça parce que je suis presque sûr que je te connais assez mais… est-ce que tu lui as dit au revoir… à lui?"
"Oui je l'ai fait."
Il serre ses lèvres et baisse le menton. "D'accord. Bon je ne peux pas dire que ça va être facile puisque tu pars. Je veux dire je sais que vous aviez projeté d'aller ensemble en Californie la semaine prochaine mais…"
"Je sais. Et je suis désolée de ne pas rester pour toi. C'est simplement… mieux pour tout le monde que je m'en aille. Je pense que tu le verras un peu plus. Et tu as besoin de lui. Et je sais que Kalia a aussi besoin de lui."
Je recommence à avoir les larmes aux yeux. "Et je suis sûre qu'il va avoir besoin de toi, aussi…"
Je pose mes mains sur mes yeux essayant de maîtriser mes émotions alors que mon corps se secoue de sanglots.
"Hé, hé hé." Je sens les bras de Riley s'enrouler autour de moi. "Je suis désolé que tout cela se produise. Seigneur… ce putain de mois est devenu un enfer plus vite que le temps met une oie pour chier."
Le timing comique inapproprié de Riley me fait renifler contre son épaule.
"Sérieusement… je dis que nous devrions faire une putain de pétition pour que tous les mois de juillet soient enlevés des calendriers. Je ne veux plus voir le nom de ce mois imprimé quelque part."
Je me recule un sourire sur le visage et essuie mes yeux. "Je signerai ta pétition," fait ma voix chancelante.
"Bon nous sommes sur la bonne voie alors," dit-il avec un sourire, malgré sa douleur insupportable.
Il commence à m'accompagner vers la chambre de Kalia mais s'arrête en entrant dans le couloir.
"Est-ce que ça serait égoïste si je te demandais te rester en contact avec Kalia? Je comprendrai que tu ne veuilles plus me parler à l'avenir… coupable par association et tout ça mais je me noie et suis désespéré. Je peux utiliser toute l'aide que je peux."
Je prends sa main. "Tu n'es pas coupable par association Riley. Et je vais rester en contact avec Kalia… et je lui demanderai ce que tu fais aussi." Je lui fais un sourire. "Je veux dire je ne veux pas te mettre dans une position inconfortable. Qui sait ce qu'Edward pensera de moi plus tard?"
C'est le tour de Riley de faire un petit sourire et il hausse les sourcils. "Eh bien une fois qu'Em et moi lui aurons parlé, il lui restera plein de temps devant lui vu qu'il sera en traction avec les deux jambes cassées."
Je souffle en levant les yeux au ciel. "Ne soyez pas trop dur avec lui." Mon haussement d'épaule est résigné. "Il est comme ça c'est tout."
"Bien essayé Bella mais si ça te fait te sentir mieux, je laisserai mes coups de poing à la maison."
"Ça me suffit."
Riley frappe à la porte de Kalia et je le suis à l'intérieur, me raidissant pour faire de mon mieux pour ne pas briser le cœur déjà bien amoché de la petite fille.
Cette fois je ne m'embête pas avec les vols militaires. C'est plus facile - bien que ce soit bien plus cher – d'avancer et de prendre un billet pour un vol commercial pour rentrer. Je veux juste quitter cet enfer aussi vite que possible avant de faire quelque chose de vraiment stupide… comme repartir vers Edward en courant. Ce serait tellement facile, mes larmes sécheraient instantanément avec ses bras puissants et protecteurs enroulés autour de moi mais ça ne résoudrait absolument rien.
Le voyage de Oahu jusqu'à Raleigh semble interminable, ma maison semble être à des années lumières. C'est seulement un voyage de onze heures mais avec deux escales et les changements d'horaire je vais perdre presque toute la journée et ne pas pouvoir dormir pendant les vols. Je perds le sommeil pour tant d'autres raisons et je ne suis vraiment pas à l'aise pour dormir.
Au mois de mai l'anticipation et l'excitation d'aller à Hawaii avaient rendu le voyage plus court, c'était une partie de l'aventure. A présent je vois quel lourd fardeau c'est car tout ce que je veux ce sont deux cachets d'aspirine, mon oreiller et mon lit.
J'arrive dans mon allée à vingt et une heures, jeudi soir. Je rendrai la voiture de location demain quand mes parents arriveront. Je suis sûre qu'Alice m'aiderait si je l'appelais mais je refuse de me confronter à elle et à l'une de ses versions de "je te l'avais dit" qu'elle va me jeter à la figure.
J'amène mes bagages au milieu du séjour, mis à part cela ma maison est en parfait état. Elle est comme si rien du tout n'avait changé dans ma vie… alors qu'en fait mon monde est complètement déchiré et à l'envers.
Vingt minutes plus tard je suis couchée sur le côté sous mes couvertures, serrant mon oreiller et faisant défiler les photos sur mon appareil. Je ne pensais pas avoir de larmes pour pleurer mais ce soir je suis masochiste. Il y a environ une douzaine d'images de paysages avant que j'arrive à la première photo d'Edward et moi. Il me semble qu'une vie entière est passée. Nous sommes au sommet du premier pic de Olomana. Nous avons l'air insouciants et libres, ma tête est penchée vers la sienne et nos sourires en disent des tonnes. C'était le début de quelque chose de merveilleux.
Je fais défiler les deux cent quarante-sept autres photos, riant et pleurant en même temps. Hawaii est une expérience inoubliable pour beaucoup de raisons. Du feuillage tropical de toutes les couleurs imaginables aux vagues de l'océan, des visites et des monuments au temps à danser avec Edward, près de la piscine ou sur la plage, les dîners avec les amis, les fiançailles de Riley et Nalani le 4 juillet et ensuite la cérémonie de promotion et la fête qui s'en est suivie. Plusieurs photos au centre culturel polynésien le soir où j'ai vu Nalani danser. Son ami a pris une photo de nous trois ensemble après le spectacle. C'est la dernière qui est sur mon appareil. Nalani est morte la nuit suivante. Et ensuite… il n'y avait plus de moments ou de souvenirs heureux à capturer.
Je reviens en arrière de huit photos et m'arrête sur cella qui fait rater un battement à mon cœur. Elle a été prise quelques minutes après le karaoké qu'Edward a fait avec ses copains le soir de la fête pour sa promotion. Il est assis sur une chaise de bar et je suis face à lui entre ses jambes. Ses bras bronzés sont enroulés autour de mes cuisses. Je le regarde, mes mains sont posées sur ses épaules et sa tête est inclinée vers mon visage tandis que son menton est posé sur mon ventre. Même si ce n'est qu'une vue de côté je peux voir l'amour dans ses yeux - dans nos yeux - par le langage de nos corps.
Je ferai tout pour y être à nouveau… pour ressentir ça à nouveau. Tomber amoureuse d'Edward a été la chose la plus facile que je n'aie jamais faite. Je ne l'ai pas cherché mais tout en lui m'attirait. Son charme, sa gentillesse, son intelligence et son esprit… il m'a possédée moi et mon cœur sans même essayer. Je pense que quitter Edward a été la chose la plus difficile que j'ai eue à faire comme enterrer Mike et notre fils.
Les larmes coulent sans fin sur mes tempes et mon nez. Je ne trouve pas la paix en tenant cet appareil photo et je pleure sur moi-même pour finalement m'endormir à un moment donné.
Mes parents arrivent en milieu d'après-midi le vendredi, après leur voyage en voiture de Long Island. Je les avais appelés quand j'ai quitté Hawaii le mercredi soir. Ma mère a pu dire juste au ton de ma voix qu'il y avait un problème et elle n'a pas hésité à dire que papa et elle se lèveraient vendredi matin pour conduire jusqu'à chez moi. Je les accueille à la porte les yeux rouges et bouffis et le nez qui ressemble à celui de Rudolph.
Après une rapide étreinte et un baiser, mon père me voyant dans cet état s'excuse pour aller chercher des cartons pour emballer. Son endroit préféré pour en chercher est derrière le magasin de spiritueux qui a toujours beaucoup de cartons solides. Ce sont les mieux car ils ont des compartiments pour que les bouteilles ne se cassent pas et pour mon déménagement ils seront très pratiques pour ranger les bibelots et les verres ou autres objets fragiles.
Après son départ maman s'assied avec moi sur le canapé. Je pose ma tête sur ses genoux et elle peigne mes cheveux avec ses doigts et je lui raconte mon histoire en sanglotant. Je lui donne tous les détails, oubliant seulement les rencontres sexuelles monumentalement graphiques. Je n'ai pas honte de ce que j'ai fait et notre relation mère-fille depuis que je suis adolescente a toujours été honnête et ouverte. Elle écoute et acquiesce de temps à autre, elle n'interrompt jamais… elle est comme ça. Après que j'aie fini de raconter l'ensemble de l'odyssée elle tire sur mes cheveux doucement et je sais qu'il est temps de m'asseoir pour qu'elle puisse me donner son point de vue sur la situation.
Je me mouche et prends un autre mouchoir pour m'essuyer les yeux. Je vois que ma mère a aussi les larmes aux coins des yeux. Elle savait que Nalani avait été tué dans un accident de voiture. Je l'ai appelée le jour où c'est arrivé… mais elle ne connaissait pas les détails de ma relation naissante avec Kalia.
"Et ensuite maman?" J'ai beau avoir vingt-huit ans ici j'ai besoin de la perspicacité de ma mère. Et bien qu'elle soit toujours de mon côté, je sais qu'elle me donnera toujours une réponse honnête, ce dont j'ai exactement besoin en ce moment.
Elle soupire et prend une gorgée de sa limonade. "Bien, je peux comprendre pourquoi tu as cru que c'était mieux de partir. Edward doit pouvoir faire son deuil et il t'a semblé que tu entravais peut-être ses possibilités de le faire."
"Oui."
"Il aurait dû être en mesure de le faire ouvertement avec Riley, Kalia et ses autres amis mais il t'a semblé que tu le chassais de chez lui et que tu l'empêchais de passer du temps avec ceux dont il est proche."
"Exactement."
"D'accord… mais est-ce que tu le lui as dit?" Sa tête se penche et je ressasse ses mots. "Tout ce que j'ai entendu c'est, 'j'ai senti' et 'j'ai pensé' et 'j'ai estimé' mais chérie… est-ce que tu lui as jamais demandé toutes ces choses ou as-tu simplement supposé tout ça?"
Ma bouche reste ouverte pour donner une réponse mais rien ne sort.
Elle serre ses lèvres. "Je sais que tu crois le connaitre très bien et je ne nie pas que tu le fasses probablement. Mais Isabella aucun d'entre nous ne lit dans les pensées. Tu peux penser que tu sais ce qui lui passe par la tête mais si tu ne le lui demandes pas directement, tu te trompes aussi."
"Mais…"
"Non, écoute-moi. On dirait vraiment qu'il a pas mal de problèmes émotionnels non résolus depuis longtemps. Je n'ai aucun doute que consulter quelqu'un lui fasse du bien mais t'a-t-il dit les mots, "Bella tu es sur mon chemin. Bella j'ai besoin de temps pour moi. Bella s'il te peux-tu déménager dans la base pendant que je travaille sur mes problèmes."
Elle hausse les sourcils alors que nos regards se verrouillent.
"Je pense que tu es allée un peu trop vite ma chérie."
C'est comme si tout l'air avait été chassé de moi à cet instant. L'oxygène a quitté la pièce alors que ma mère me crucifie en me disant "tu es aussi à blâmer," entre quatre yeux.
"Souviens-toi de cette discussion que nous avons eue quelques semaines avant que tu partes de Maui? J'ai pu entendre dans les mots que tu as choisis que tu ne semblais pas vouloir donner entièrement ton cœur. J'ai su que tu te tenais en retrait rien qu'au ton de ta voix et je t'ai avertie alors."
Une autre vague de larme monte. Ma faute, ma faute. Ma faute.
"Maintenant je ne dis pas qu'il ne soit pas aussi à blâmer. Son manque de communication et sa peur de l'engagement pour une raison quelconque étaient de bonnes raisons pour toi d'être prudente." Elle se penche en avant frottant une larme sous son œil. "Mais laisse-moi te poser cette question… est-ce que tu as déjà pensé à lui demander de revenir ici avec toi? Ou même à New York pour nous le présenter officiellement - comme ton petit-ami je veux dire? Tu viens de me dire qu'il a fait un énorme pas et qu'il a voulu que tu rencontres sa mère, sa sœur et sa nièce."
Je hoche la tête, essuyant mon nez, la culpabilité commence à me submerger.
"Et tu n'as jamais pensé que ce serait énorme pour lui si tu lui rendais cette invitation? Comment penses-tu que ça l'ait fait se sentir Bella?"
Je saute du canapé. "Bon PUTAIN Maman! Et maintenant que suis-je supposée faire? Il était tellement terrifié par l'engagement, je ne voulais pas qu'il se sente nerveux et qu'il se sente obligé!"
Elle baisse le menton alors que ses sourcils se haussent, se moquant de moi. "Après t'avoir invité chez sa mère? Bella? Allons chérie!"
Mes larmes de tristesse se transforment en larmes de colère contre ma propre stupidité et ma peur. Que doit-il penser de moi?
"Ecoute il faut que je te dise quelque chose et j'espère que cela ne te fera pas de mal ou que tu le ne comprendras pas de la mauvaise façon parce que j'aimais vraiment Michaël. Mais sérieusement… Il était facile, confortable toujours disponible et être avec lui était si naturel." Elle fait une pause, semblant réfléchir profondément. "Mais il n'était pas l'amour de ta vie, pas vrai?"
Je soupire exagérément et retombe dans le canapé. Ma tête repose contre le dossier et je fixe le plafond et de nouveau les larmes. Comment ne suis-je pas déshydratée déjà?
"Non," je renifle, "il ne l'était pas. Mike était un ami merveilleux qui était gentil avec moi et qui je le savais m'aurait toujours aimée et protégée. Avec lui c'était la sécurité… Rien à voir avec Edward."
Je sens la main de maman prendre la mienne et elle enlace nos doigts.
"Je suis tombée follement amoureuse d'Edward. Et je ne sais pas comment j'ai mis un pied devant l'autre pour arriver à le quitter il y a deux jours. Je suis éperdument et désespérément amoureuse de lui," coassé-je séchant mes larmes pour la nième fois. "Je ne pense pas que je serai capable d'aimer quelqu'un d'autre de la façon dont j'aime Edward…" je secoue la tête. "Et la façon dont il m'aime… d'abord avec ses actions incroyablement réfléchies puis avec ses mots."
Comment pourrai-je trouver quelqu'un qui puisse faire mieux ou même tenter de reproduire l'amour qu'il m'a donné?
Je prends quelques inspirations profondes pour essayer de me calmer. Mon estomac est un gros nœud et ma tête bat la chamade. Je devrais probablement acheter des actions chez Kleenex après tous les mouchoirs que j'ai utilisés au cours des derniers jours et ceux que j'utiliserai dans les semaines à venir.
"Que dois-je faire maman?"
Un grand moment passe avant qu'elle me réponde, confiante. "Tu attends. Tu le laisses avancer pendant que tu réfléchis à ce qu'a été ta participation dans toute cette histoire et tu t'assures que c'est vraiment lui que tu veux et ensuite tu essaieras et arriveras à le retrouver. Pour l'instant occupe-toi seulement de toi. Tu es une survivante Bella. Pour la plupart des gens ça aurait été impossible de se remettre de la soudaine et tragique perte de ton mari et du bébé mais tu as traversé cela. Tu es plus forte que tu ne le penses et ton zèle pour la vie après tout ce que tu as vécu est sans précédent. Tu ne peux simplement plus t'enfuir quand les choses deviennent compliquées, piétinant ta théorie selon laquelle "la vie est trop courte pour 'se torturer avec des bêtises'. Elle se racle la gorge. "La vie est aussi trop courte pour s'enfuir loin de quelque chose qui est aussi incroyablement passionné juste parce que tu rencontres quelques eaux agitées…"
Je pose ma tête sur ses genoux pour réfléchir à ses paroles.
"Que faire s'il est trop tard?" demandé-je à voix haute, pas nécessairement à ma mère mais plus encore à l'univers. "Je l'ai tellement blessé. Il était brisé quand j'ai passé cette porte. Et quand je le retrouverai il me détestera sans aucun doute… s'il ne le fait pas déjà."
Elle soupira derrière moi. "Tu ne peux pas savoir avant d'avoir essayé ma chérie. Sois la Bella qui est partie pour une aventure hawaïenne il y a deux mois. Sois cette fille que ses parents n'ont pas pu convaincre de les attendre ou même de prendre un vol normal. Sois cette fille. Sois courageuse."
"Mais je suis terrifiée!" Mon corps tressaute. "J'ai tellement peur de ce qu'il dira après que je l'ai quitté."
"Oh chérie être courageuse ne signifie pas que tu ne doives pas avoir peur. Ça veut dire que tu veux te battre si fort pour quelque chose que ton désir sera plus fort que la peur."
J'attends quelques minutes avant de répondre. "Je vais y réfléchir, maman. Je ne sais pas ce que le l'avenir nous réserve."
"La vie n'est pas une répétition générale."
"Exactement. Si tu trouves ce que tu veux, ce dont tu as besoin, ce qui te rend heureuse… tu y vas et tu le prends et tu ne le laisses plus jamais partir."
Je libère une autre respiration. Maman doit toujours avoir le dernier mot et celui-là est un bijou.
Mes parents restent la semaine suivante et m'aident à trier toutes mes affaires. Je fais trois tas différents : ce qui vient avec moi en Corée, ce qui va rester dans un box de stockage et ce que je vais donner. Le climat en Corée va des hivers froids aux étés chauds mais jamais vraiment chauds. Je mettrai encore mes vêtements d'été. Je serai ravie de pouvoir voyager dès que l'occasion se présentera. Je n'aurai jamais aucune autre chance d'être si près de l'Australie, de la Thaïlande, du Japon ou de la Chine.
Nous avons pensé qu'il était plus efficace de prendre une entreprise de déménagement pour transporter mes meubles et le reste pour le stocker et les expédier près de chez mes parents à New York. Je me sens plus à l'aise si mes biens sont plus accessibles au moins pour maman et papa à Long Island.
Il ne sert à rien de stocker mes affaires en Caroline du Nord. En ce qui me concerne je ne reviendrai pas ici. Après mon aventure à l'étranger peut-être que je trouverai un nouveau poste dans un autre état ou peut-être même… en Europe. Si et quand je serai fatiguée de travailler pour DODDS peut-être que je m'installerai de façon permanente à New York près de mes parents. Mais pour l'instant tout cela n'est que conjecture.
Je passe le reste du week-end ici puis je partirai pour New-York en conduisant pour rester avec mes parents jusqu'à ce qu'il soit temps de partir pour Séoul, le 13. Ça me laisse une semaine entière pour rendre visite à la famille et aux amis dans le nord avant de partir pour ce qui pourrait finir par être toute l'année scolaire, mes parents ont déjà décidé de venir en Corée pour passer Noël avec moi. Les vacances de printemps ne durent qu'une semaine ce qui n'est pas suffisant pour faire le voyage en avion, encaisser le décalage horaire puis repartir de nouveau avant d'avoir à revenir en classe avec vingt petits le lendemain matin.
Préparer le déménagement dans la semaine a été une assez bonne distraction. En fin de compte oui, je pense à Edward la plupart du temps, je me demande où il est, avec qui il passe son temps. J'espère qu'il est souvent avec Riley et Kalia. Ils ont besoin de passer du temps ensemble. Puis la nuit lorsque mes parents dorment, dans ma chambre j'écoute de la musique en pleurant, en regardant ces maudites photos encore et encore. C'est un cycle triste et pitoyable mais je ne suis pas encore prête à dépasser ce stade. J'espère qu'être en Corée et me concentrer sur mon nouveau travail et ma nouvelle vie là-bas m'aidera à oublier… ou du moins à laisser ça dans un recoin de ma tête.
Quand je dis au revoir à mes parents dans mon allée, je réalise qu'Edward doit voyager en ce moment même. Il avait prévu un vol pour nous vers la Californie le trois août. Alors à moins qu'il ait pris d'autres dispositions il doit avoir atterri sur la côte ouest à présent. Rien que le fait de penser que nous aurions pu rentrer ensemble sur le continent fait se tordre mon estomac.
Vingt minutes plus tard je suis sur mon ordinateur portable en train de remplir les informations pour mon changement d'adresse sur le site web de la poste et on sonne à la porte. Je vois sa voiture dans l'allée avant même d'ouvrir la porte. Alice.
Je la regarde fixement, immobile. Elle sourit à peine mais soulève ses sourcils alors que sa tête se penche. "Donc tu es là."
"Oui."
"Jasper qui était sorti faire des courses a dit qu'il avait vu un camion de déménagement dans ton allée. C'est ce qu'il m'a dit en rentrant à la maison mais visiblement il n'y a rien ici." Elle regarde dans l'allée vide. "Peut-être qu'il s'est trompé mais j'ai voulu venir pour me rendre compte par moi-même. Puis-je entrer pour qu'on parle?"
J'opine et fais un pas de côté pour la laisser passer puis ferme la porte derrière elle alors qu'elle entre dans le salon vide.
"Tu pars vraiment? Et où vas-tu - et quand est-ce que tu allais te décider à me le dire?"
Je prends une profonde inspiration et essaie de ralentir ma réaction. Mes nerfs sont tellement à vif en ce moment qu'Alice va sûrement me pousser à bout.
J'essaie de m'inspirer du sage conseil de Seinfeld et de prendre les choses calmement et en toute sérénité alors j'essaie l'humour.
"De quoi tu parles?" Sa réaction me dit que ça tombe à plat. Oh bien on ne peut pas me blâmer d'avoir essayé.
Alice se reprend, pose son sac sur le rebord de ma baie vitrée et croise ses bras. Je suppose qu'elle attend une meilleure explication.
"J'ai postulé pour un transfert par l'intermédiaire du DODEA. On m'a contacté en juin pour me dire qu'il y avait un poste disponible pour moi en Corée du sud…"
"QUOI?"
"Et j'ai accepté. Je dois y être pour le 15."
"Putain est-ce que tu plaisantes? Comment as-tu pu faire ça sans me le dire?"
"J'étais en vacances quand je l'ai appris. Et dans la dernière conversation que nous avons eue… tu m'as raccroché au nez," lui rappelé-je calmement. "J'en ai déduit que tu n'avais plus à connaitre mes plans immédiats."
"Bella… je… sérieusement je ne sais pas quoi te dire. Je ne sais même plus qui tu es."
Je détache ma queue de cheval et passe mes doigts dedans à plusieurs reprises. Je dois me distraire sinon je vais finir par gifler cette idiote.
"Je suis la fille que j'ai toujours été Alice. Mais tu as choisi de l'ignorer pendant ces trois dernières années."
"Pardon?"
"Tu as parfaitement compris. J'ai essayé d'avoir cette conversation avec toi des dizaines de fois mais ça n'a jamais mené nulle part." Je me recule et m'appuie contre le mur essayant de paraitre aussi blasée que possible. "Quand nous avons enterré Mike tu m'as enterrée avec lui. Ou du moins tu as essayé mais je ne suis pas prête pour ça."
"Tu es complètement folle."
"Non je ne pense pas l'être." Je hausse les épaules. "Tu as cru ça quand Mike est mort, j'aurai dû trouver un endroit sombre pour pouvoir me ratatiner et mourir."
Elle essaie de m'interrompre mais je poursuis.
"A maintes reprises, j'ai essayé de reprendre une vie sociale, essayant de me trouver une vie, plusieurs fois j'ai fait allusion à essayer d'avoir des rendez-vous et à chaque fois tu as toujours changé de sujet. Tu as été incroyablement injuste envers moi et Mike et notre bébé, d'ailleurs."
"Quand une personne meurt, cela ne veut pas dire que la vie de son conjoint doit aussi s'arrêter. Je sais que tu étais amie avec Mike bien avant que je le rencontre. Je suis désolée que tu l'aies perdu aussi. Mais t'attendre à ce que je vive une vie tranquille, solitaire pour le reste de mon existence est scandaleusement égoïste. J'ai tous les droits de vivre chaque jours pleinement. Je ne suis pas six pieds sous terre !"
"Mais…"
Je lève la main. "Et jusqu'à ce que ce jour arrive, je vais faire tout ce que je peux pour chérir la vie que j'aie et la vivre comment je le veux! Découvrir des aventures intéressantes, essayer de nouvelles choses, même tomber amoureuse. Parce que c'est exactement ce que j'aurais voulu que Mike fasse si j'étais morte avant lui!"
"Je pense que tu es irréfléchie et ingrate. Après tout ce que mon mari et moi avons fait pour toi au fil des ans."
"Tu vois, c'est là que tu te trompes. J'ai toujours aimé notre amitié et les fois où toi et Jasper étiez là pour moi quand j'avais besoin d'amis. Mais Alice," je me rapproche d'elle, pointant ma poitrine, "je ne suis plus en deuil. Et attendre que j'agisse comme si j'avais enterré mon mari le mois dernier est complètement injuste et irréaliste."
Je lève les mains. "C'est pourquoi je voulais partir et aller à Hawaï cet été. Je ne pouvais plus supporter des vacances vides et des nuits calmes à la maison."
"Et tu t'es amusée?" demande-t-elle, le venin dans chaque mot.
"Bien sûr. Les lieux que j'ai visités, les paysages, les monuments, les gens que j'ai rencontrés ... ce sont des moments inoubliables. Je suis tombé amoureuse d'Hawaii... et je suis tombé amoureuse d'Edward." Là, c'était dit.
"Edward, le même Edward qui est venu t'annoncer que Mike avait été tué?"
Je hoche la tête vers elle incrédule, sachant qu'elle n'est pas stupide parce que j'ai expliqué tout cela pendant cet appel téléphonique quand toute cette merde a commencé.
"Lui-même, nous sommes tombés amoureux l'un de l'autre... Il est la meilleure chose qui me soit jamais arrivée."
Alice lève la tête, glousse comme le méchant dans un vieux film en noir et blanc. J'attends qu'elle sorte une corde et tente de m'attacher à la voie ferrée de l'autre côté de la ville.
"C'est du propre, tu es vraiment un sacré numéro, Bella. Je ne vais même pas discuter de tes accusations ou de cette sotte romance," Elle se penche pour attraper son sac "Appelle-moi pour me faire savoir que tes idées se sont bien remises en place!"
Crack. C'est le bruit du point final. Il a claqué et je suis sur le point de le faire aussi.
"Tu peux t'arrêter là," je crie. "J'en ai MARRE de tes commentaires déplacés sur mes choix. J'ai vécu selon tes règles... ta stupide et maussade règle 'tant que nous ne parlons pas de la mort de Mike, nous pouvons faire semblant que ça n'est jamais arrivé". Bordel de merde j'en ai assez! "
Elle secoue la tête. "Tu verras ce que c'est quand tu seras désespérée et sans amis à l'autre bout de monde. Tu comprendras finalement, qui a toujours été là pour toi et qui compte."
J'explose. "Il y a une différence entre être là pour moi quand j'en ai besoin et être tyranniquement peu disposée à accepter que la vie continue. Et je ne demande pas simplement un transfert, Alice... Je m'échappe! Courant aussi vite que je peux pour m'éloigner de quelqu'un qui ne peut pas trouver le bonheur dans mon désir de trouver le mien."
"J'ai besoin de m'entourer d'amour. D'un amour fou, un qui fait arrêter le cœur de battre, d'un amour 'je ne peux pas vivre sans cet amour'. Et dès que je peux, j'irais à l'autre bout du monde pour le récupérer."
Elle pointe son menton tandis que ses sourcils se haussent. "Le récupérer? Tu l'as déjà quitté? Elle marche vers la porte, hurlant, "Foutaise! Baiser voilà ce que tu veux, tu as perdu ton putain d'esprit!"
"Non, il me semble que j'y voie enfin clairement!" Je marche d'un pas lourd vers elle. "Et fais-moi une faveur, n'attends pas que je t'appelle, parce que ça n'arrivera pas!"
Elle vacille vers moi, sa poitrine se soulève comme la mienne, tandis que l'adrénaline monte.
Je baisse la voix et continue. "Ce n'est pas comme ça que les amis agissent. Je n'ai pas besoin de ça dans ma vie. Il y a des gens qui disent que les amitiés ou les relations les rendent entiers. Tu connais la phrase de Jerry Maguire, 'Tu me complètes'? Eh bien moi, je peux dire avec confiance, Alice, tu m'épuises."
Elle me foudroie du regard une dernière fois avant de passer ma porte et de la claquer derrière elle. Je prends mon portable et envoie un sms à Jasper qui ne mérite pas la merde qui est sur le point de lui être servie.
Alice vient de partir. Notre discussion ne s'est pas bien passée. Je suis désolée pour tout ce que tu vas subir mais s'il te plaît sache que j'ai toujours apprécié ta gentillesse, ton tempérament doux et ton amitié. XO, Bella
Une minute plus tard, mon téléphone sonne avec sa réponse.
Alice doit avancer elle aussi. Tu sais ce qui est le mieux pour toi, Bella. Sois heureuse. Tu mérites tout cela et plus encore. A la prochaine... xo.
J'avale la boule dans ma gorge lorsque mes yeux se mouillent. Je ne veux pas perdre l'amitié de Jasper mais c'est un dommage collatéral après ce qui vient d'arriver avec Alice. Peut-être qu'un jour nous pourrons nous rabibocher mais pour l'instant, je n'ai pas besoin d'elle dans ma vie.
Peu importe ce qu'il se passe avec Edward, ce n'est pas cela qui compte à la fin. Alice me vidait et si je souhaite rester la personne saine que j'ai toujours voulu être, elle ne peut pas faire partie de l'équation en ce moment.
Edward
"Qu'est-ce qui m'attend?"
Ma sœur soupire à l'autre bout du téléphone. "Elle est bouleversée, Edward, que veux-tu que je dise?"
Je secoue la tête, en colère contre moi-même, encore une fois, pour avoir laissé tomber quelqu'un qui signifie le monde pour moi. Tout ce que ma nièce voulait c'était rencontrer Bella, une vraie princesse à ses yeux. Et à cause de mon comportement de merde, le cœur de Bailyn est brisé maintenant, aussi. Je ne fais que cela ces jours-ci, briser des cœurs.
"Je suis désolé."
"Je sais", murmure-t-elle. "Nous sommes désolées aussi, Maman et moi avons pensé que Bella était ..." Elle traîne tristement et je la laisse tranquille.
Quoi qu'elle ait prévu pour remplir le blanc, ça ne fera que me blesser. Je l'ai fait assez moi-même.
"Très bien, je dois partir, je vous verrai bientôt."
"Ouais, à bientôt."
Cette visite ne va pas être facile. Rien n'a été facile depuis que Bella est partie. Je me suis morfondu pendant deux jours puis Riley m'a botté les fesses!
J'ai réussi à avoir quatre séances avec un thérapeute chez Tripler et j'ai le numéro du gars qu'on m'a recommandé à Okinawa. Après avoir quitté le bureau du médecin après ces rendez-vous, j'avais l'impression de sortir d'un trou noir. Pendant que nous parlions, j'étais au milieu de ma merde, les peurs, la colère, les vieilles blessures qui ne guérissent jamais ... Mais chaque fois que je partais, je me sentais juste un peu plus léger. Rien de mon passé n'a été effacé mais en parler, analyser et travailler dessus, me permets d'avoir une perspective différente.
J'aurai pu me donner un coup de pied pour avoir attendu si longtemps d'avoir de l'aide avec ma merde. Je n'ai peut-être jamais perdu Bella. Mon thérapeute a rapidement souligné que peu importe combien de temps il m'a fallu pour arriver à ce stade mais le fait que j'ai accepté de parler de tout cela et comprendre le sens des sentiments est la chose la plus positive que je pouvais faire, pour moi et pour toute autre personne dans ma vie.
Trente-quatre ans et toujours en train de faire des petits pas. Au moins, je pense que je vais de l'avant.
Ma mère me salue à la porte, sourire sympathique en place. "Bonjour chéri."
"Salut maman." J'embrasse sa joue et entre. Mes yeux sont immédiatement attirés vers la télévision où le film Tootsie, passe. En un instant, je suis transporté à mon premier rendez-vous avec Bella quand nous avons dansé sous les étoiles pendant cette chanson d'amour.
La façon dont elle était dans cette robe jaune, la sensation d'elle dans mes bras... merde, elle me manque. Même après le mal qu'elle m'a causé, elle me manque tellement. Ce vide dans mon estomac ne fait qu'empirer à chaque jour qui passe. Je serre ma mâchoire, toujours agacé par la façon dont le dernier mois s'est déroulé.
"Edward?" La voix de ma mère me fait sortir de ma rêverie.
Je racle ma gorge. "Où est-elle?"
"Qui, Bailyn? Elle est dans la salle de jeux en train de regarder un film, Lauren est au téléphone avec son petit-ami."
Le choc me fait reculer et poser mon sac de sport. "Depuis quand?"
"Ummm, un an... plus ou moins."
"Un an? Pourquoi diable ne m'a-t-elle rien dit?"
Elle hausse les épaules et s'assied sur le pouf derrière elle.
"Sûrement parce qu'elle a supposé que tu penserais qu'elle devrait rester célibataire pour l'amour de Bailyn."
Je secoue la tête, ne comprenant pas d'où vient ce raisonnement. "Je ne penserais jamais cela, maman, Seigneur, Lauren n'a que vingt-quatre ans! Elle a tous les droits de sortir et de tomber à nouveau amoureuse si elle veut."
Ma mère me regarde et sourit. "Alors, est-ce seulement la jeunesse de Lauren qui lui donne le droit de vivre une vie heureuse et remplie après avoir perdu Eric? "
"Non, maman..." Je passe mes mains sur mon cuir chevelu de frustration. "Que veux-tu dire?"
"Que dirais-tu si je te disais que je suis sorti avec plusieurs hommes depuis que ton père est mort il y a toutes ces années. Rien n'est arrivé mais je vois quelqu'un de très spécial depuis environ huit mois, maintenant."
Mon esprit s'agite en tous sens avant de se concentrer sur ma mère. Mon visage doit être confus et elle rigole.
"Je n'essaie pas de te faire peur, Edward. Je voulais juste ne plus avoir de secrets et te faire savoir que je suis tombée amoureuse d'un homme merveilleux. Il sera ici pour dîner dans environ une heure. Je pense vraiment que tu l'aimeras."
Je tombe dans le canapé derrière le pouf de maman et hoche la tête sans le savoir. "Okaaaay, je suis sûr que je le ferai mais ..." Je regarde au loin pour réussir à avoir quelque semblant de pensée cohérente. "Pourquoi tout ce secret?"
"Je suppose que nous te voyons avec cette mentalité rigide, chéri. Chaque fois que quelque chose de tragique se produit, tu entres dans ce mode où la tristesse reste et la vie n'avance plus. Cela nous a toujours préoccupées... mais tu étais à l'université, puis tu as bougé avec les Marines depuis, et nous n'avons jamais vraiment parlé de cela…"
"Bon dieu." Je traîne ma main sur mon front, marmonnant, "Appelle-moi Alice."
"Quoi?" Ma mère rit nerveusement. Je peux seulement supposer qu'elle pense que j'aie officiellement perdu la tête.
Je secoue la tête. "Rien, je déteste juste que tu penses que je ne pourrais pas être heureux pour l'une ou l'autre de vous deux. Ai-je jamais dit que vous ne pouviez pas sortir et trouver l'amour de nouveau? Merde, Ma, tu es seule depuis vingt-quatre ans! Tu as le droit d'avoir une vie!"
Elle me fait un petit sourire. "C'est tout ce que je voulais entendre."
Je souffle, souriant tout en essayant de digérer tout cela. "Tu ne sais pas lire les pensées, maman. Tu aurais pu juste demander." Je suis debout et j'arpente la pièce une seconde. "Toutes les femmes dans ma vie agissent comme si elles savaient ce que je pense tout le temps!" Je ne suis pas vraiment en colère, même si j'ai crié la fin de la phrase.
"Eh bien, peut-être que si tu avais dit les mots ou envoyé des ondes différentes, les gens ne feraient pas ces hypothèses." Il y a un tremblement dans sa voix alors qu'elle se tient devant moi. "Peut-être que Bella a fait la même erreur? Nous ne sommes pas tous dans le tort ici, mon chéri. Ton comportement est la cause qui provoque ces effets." Elle avale différemment et tend la main pour me frotter le bras. "Je t'aime et je suis désolée que tu souffres. Mais peut-être que ma révélation, avec celle de Lauren, t'aidera à te projeter dans la direction où tu étais censé aller."
Elle se hisse sur la pointe des pieds pour embrasser ma joue et m'enveloppe dans une étreinte. "Tu vas trouver le chemin, bébé."
Je hoche la tête, réfléchissant à ses paroles. "Je vais aller parler à Bailyn et je suis vraiment désolé que tu ne puisses pas rencontrer Bella." Je sais combien elles étaient excitées à propos de ce moment. Avant que ma vie ne devienne un enfer il y a quelques semaines, c'était tout ce dont elles parlaient.
Son soupir semble résigné. "Je sais." Elle se tourne vers la cuisine. "Gran et Pops seront ici vers seize heures."
Je souris, reconnaissant de pouvoir passer la soirée avec mes grands-parents avant de partir pour le Japon. Il y a trop longtemps que je n'ai été en leur compagnie. Mon grand-père est la seule figure masculine que j'aie eue dans ma vie après la mort de mon père. Peut-être qu'il peut écouter mes malheurs d'une oreille impartiale.
Ou peut-être qu'il va juste me frapper à la tête, comme tout le monde l'a fait, après avoir entendu comment j'ai tout foiré.
Je me débarrasse de ces pensées en préparation de ce que je dois faire pour qu'un enfant de quatre ans me parle à un moment donné pendant ma visite.
"Hé, fripouille," murmuré-je, m'approchant comme s'il s'agissait d'un animal en cage qui risquerait de me cracher dessus et de me griffer les yeux.
Elle s'arrête de coiffer sa poupée, me regarde un instant puis retourne à la coiffure. Je regarde la télévision et réalise qu'elle a choisi de regarder Raiponce, évidemment aujourd'hui. Bien sûr qu'elle l'a fait.
L'univers de putain de merde joue de nouveau avec ma tête.
"Hé, oncle Edward." Sa voix est à peine audible et un peu grinçante.
Je m'accroupis sur le sol à côté d'elle et lui chatouille les orteils. "Tu vas bien?" Je tends la main et serre ses épaules et pose doucement un baiser sur sa tempe.
Elle acquiesce. Aucune autre réponse. Je suis dans la merde.
"Es-tu fâchée contre moi?" Je crois que je vais aller droit au but.
Elle hausse les épaules, pas de contact visuel, toujours peignant les cheveux blonds de soie de sa poupée et en train de regarder Flynn Rider combattre les gardes du palais.
"Bailyn," murmuré-je, mettant ma main sur la sienne pour arrêter son mouvement, espérant qu'elle me regarde. "Bébé, je suis vraiment désolé de n'avoir pas pu amener Bella ici pour qu'elle te rencontre. "
Je reçois un autre hochement de tête, tandis que sa lèvre inférieure tique un peu, et elle fronce tristement ses sourcils, ce qui conduit à des larmes dans les coins de ses yeux. Dans la seconde suivante, elle me regarde avec les yeux bleus embués qui ressemblent parfaitement à ceux d'Eric. Ça me tue qu'il ne puisse pas être ici pour voir sa petite fille grandir. Putain de cancer.
"Pourquoi n'a-t-elle pas voulu me rencontrer?" Son gémissement me tue.
Je la tire sur mes genoux instantanément, essayant de la calmer, quelle est la raison pour laquelle Bella n'est pas venue en Californie?
"Oh Bay, ce n'est pas du tout ça. Elle ... Elle voulait être ici." Je secoue la tête en souhaitant avoir répété ce discours. Je dois délivrer les nouvelles les plus merdiques à des étrangers chaque fois que le devoir m'appelle mais briser le cœur de ma nièce en ce moment est au-delà de mes forces et je ne peux pas trouver les bons mots.
Ses reniflements s'apaisent après une minute et elle pique son petit doigt sur le tissu de mon t-shirt là où mes plaques le déforment. Ses yeux trouvent les miens et elle bouge son petit corps pour chevaucher mes jambes.
"La Bête l'a renfermée dans le château?"
Ma confusion dure seulement une fraction de seconde, me rendant compte qu'elle fait référence à pourquoi Belle ne pouvait pas s'enfuir dans le film original.
J'y pense quelques instants avant de répondre aussi honnêtement que possible.
"Non, chérie, la Bête ne l'a pas enfermée dans son château." Je racle ma gorge. "Il, uhhh- la Bête l'a enfermée… mais dehors, réellement. Elle n'a plus pu entrer à l'intérieur, peu importe combien elle a essayé." Je prends une profonde respiration et confesse." Et finalement, elle est partie."
Son visage se plisse. "Eh bien, il devrait aller la chercher et s'excuser, ce n'est pas juste, elle vit dans ce château aussi. Pourquoi lui a-t-il demandé de venir vivre là-bas s'il voulait la laisser dehors?"
Je ferme les yeux en écoutant la version très logique, disney-esque de ma relation et de la débâcle actuelle avec Bella. Certes, je n'aurai pas pensé moi-même à cette théorie au cours des deux dernières semaines, mais quand un enfant de quatre ans les expose au jour, cela ouvre les yeux comme rien autre.
"Tu as raison, Bay. La Bête a besoin de réparer ça."
"Comment vas-tu, mon pote?"
Je me retire de l'étreinte et du rire de mon grand-père. "Je ne sais pas, Pops, j'ai pas mal de trucs auxquels je dois réfléchir."
Il me donne une claque sur le dos. "Pourquoi ne pas nous prendre quelques bières et nous réfléchirons ensemble, d'accord?
"Ça m'a l'air bien."
Quelques minutes plus tard, je retrouve mon grand-père sur une chaise longue sous le porche. Bailyn joue avec l'arrosage automatique à l'extérieur tandis que ma mère s'occupe de la grillade.
"Alors, les dernières nouvelles?" demande-t-il en prenant la bouteille de ma main. Je trinque avec lui et avale une longue gorgée avant de m'asseoir sur la chaise à côté de la sienne.
"Ma tête a été merdique pendant longtemps... pour plusieurs raison mais tu les connais…" Il hoche la tête et je continue. "J'ai besoin de tout mettre en ordre, parce que sinon je vais finir misérable comme un veux bouc. "
Pops apprécie et rit généreusement à mon auto-évaluation et me demande de tout lui raconter. Je lui explique mon histoire avec Bella et comment nous nous sommes rencontrés à l'origine avec les tragédies qui l'ont entourée il y a trois ans. Puis j'avance rapidement vers ce qu'il s'est passé au cours des deux derniers mois... le bon et le mauvais. Je ne lui épargne rien, je suis honnête sur mes actions, sur ce que j'ai dit et n'ai pas dit. Il m'écoute raconter mon histoire. Une fois que j'aie fini, je termine ma bière et je regarde Bailyn hurler parce que les gouttes d'eau fraîche lui tombent dessus.
"Est-ce que je t'ai jamais parlé de la première fois que je suis tombé amoureux?"
Je secoue la tête. "Nan."
"J'avais seulement dix-sept ans, mais cette fille tenait férocement mon cœur. J'avais déjà prévu de partir à Parris Island après mon diplôme mais j'ai passé chaque instant que je pouvais avec elle. Elle ne voulait pas que je parte, je ne voulais pas m'en aller non plus mais je savais que l'université n'était pas pour moi et je devais faire quelque chose de ma vie."
"Nous avons gardé le contact autant que nous pouvions pendant que j'étais au camp d'entraînement. Puis j'ai été envoyé en Corée. Ce n'était pas facile mais je n'avais pas le choix. Elle a dit qu'elle m'attendrait mais les filles comme elle ne restent pas longtemps célibataires."
Un coup de tristesse me frappe en écoutant l'histoire de mon grand-père. "Qu'est-il arrivé?"
"Elle m'a envoyé une lettre pendant que j'étais outre-mer qui m'a vidé." Il fait une pause pour prendre un verre. "Disant qu'un gars qu'elle avait toujours trouvé attirant voulait la sortir et elle ne voulait pas me mentir."
"C'était la dernière fois que tu as entendu parler d'elle?"
"Non, j'étais fou d'elle, j'ai fait la seule chose à laquelle je pouvais penser à l'époque."
Cela pique mon intérêt et je ricane. "Et qu'est-ce que c'était?"
"Je me suis jeté dans l'escalier de la caserne, me suis cassé la jambe et ai fini par avoir besoin d'une opération."
A présent, je suis complètement englouti dans le rire. "Seigneur, vieil homme", grogné-je, "as-tu eu des ennuis?"
Il me regarde comme si j'étais fou. "Je savais ce que je faisais. Personne n'était là. J'ai hurlé comme un fou une fois en bas de l'escalier. Un de mes camarades m'a trouvé en pleurs et j'ai fini dans un avion pour la maison. "
"Tu es un clown, je ne peux pas croire que tu aies fait tout ça pour une fille." Je prends une profonde inspiration après mon rire. "Tu aurais pu avoir beaucoup d'ennuis si ton officier supérieur l'avait découvert. "
Il rit avec moi. "Je sais mais j'ai réussi à rentrer et tout s'est bien passé comme je le voulais."
"Alors, qu'est-ce qui est arrivé avec la fille?"
"Une fois que j'ai pu me mettre dans une voiture je suis allé chez elle, je lui ai confessé mon amour et lui ai dit que nous étions destinés à être ensemble."
Imbécile sentimental, pensé-je mais je me rends compte qu'il a plus de tripes dans son petit doigt que je semble en avoir dans mon corps entier.
"Elle t'a écouté?"
"Bien sûr qu'elle l'a fait. Elle est dans la cuisine avec ta sœur, pas vrai?"
"C'EST GRAN?!"
Il me fait un sourire sournois et un clin d'œil. "Elle est la seule qui ait jamais compté, fils. Et quand on trouve la seule qui compte…. On fait tout ce qu'il faut faire pour la garder. Tu m'entends?"
Je souffle, absorbant tout ce qu'il vient de dire. "Oui, monsieur, c'est clair."
"Bien. Y at-il autre chose dont tu as besoin?"
Je souris et réfléchis à tout ce qu'il s'est passé dans cette maison aujourd'hui. Entre les entretiens avec ma mère et Bailyn, et maintenant l'histoire de mon grand-père - pour ne pas mentionner la musique intelligente de l'univers et des conseils de film - tout cela me montre une seule direction. Je pense que je le savais depuis le début mais la peur me paralysait.
Je ne peux plus avoir peur. Ouais, Bella m'a fait du mal et je suis sûr comme de la merde que je lui en ai fait aussi mais nous pouvons faire que cela fonctionne. Elle a changé ma vie de la meilleure des façons et je ne peux pas imaginer ne pas l'avoir à mes côtés pour toujours.
"T'as encore des contacts en Corée? Il faut que j'aille retrouver ma copine et lui dire qu'elle est à moi."
