.
Chapitre 23
Nouvelle vie
Bella
Tu peux le faire Bella. Fais au moins semblant jusqu'à ce que tu y arrives.
Ma voix intérieure faisait du bon boulot mais quand je me retrouve à l'extérieur à suivre la foule je sais que je suis une âme perdue. J'étais plus prête pour aller en Corée. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que je plantais mon drapeau dans un nouvel endroit, quelque part où aucune autre de mes connaissances n'était jamais allée. Mais maintenant je suis ici, arrivée par All Nippon Airways, à l'aéroport Naha d'Okinawa.
Edward vit à Okinawa… ou va vivre, une fois qu'il sera arrivé. Emmett et Rosalie sont là. Riley et Kalia vont venir aussi. Il y avait un mois j'aurai hurlé de joie de savoir que j'avais été réaffectée ici, j'aurai probablement eu des relations sexuelles débridées avec mon petit- ami. Tout ce que j'avais espéré se trouvait maintenant à ma portée. Une nouvelle mission d'enseignement, entourée par les nouveaux amis qui avaient envahi mon cœur et dont j'avais bien vite fait mon trésor. Mais Nalani était morte, Edward m'avait enfermée dehors et tout avait changé. Si j'avais pu tirer Edward de cet abime je l'aurais fait. Mais il était parti trop loin et j'étais trop amoureuse pour rester là et le voir piétiner mon cœur inéluctablement.
Je chasse les larmes qui s'amassent aux coins de mes yeux. Pleurer ne m'a mené nulle part ces dernières semaines. Et surtout il ne faut pas que je me mette dans l'embarras alors que je suis entourée d'étrangers.
Je passe la sécurité et je trouve une petite femme avec des cheveux blonds dorés qui porte un panonceau avec mon nom. Mme Driscoll, ma chef en Corée pour quinze minutes, m'a dit qu'une collègue m'avait été assignée pour m'aider à m'installer et que nous nous retrouverions à l'aéroport.
"Bonjour, je suis Bella." Je lui fais un signe en m'approchant.
"Bonjour! Ravie de vous rencontrer! Je suis Siobhan Callahan," dit-elle en me serrant la main. "Ça y es tu es en panique?"
Je souffle en réajustant mon sac d'ordinateur portable sur mon épaule. "On peut dire ça. Je suis passée de 'je ne comprends rien à cette écriture coréenne' à 'je ne comprends rien à cette écriture japonaise'."
"Oui, tu vas t'y habituer. C'est une sacrée expérience d'humilité de ne connaitre que l'anglais et ensuite d'atterrir dans un pays étranger sans avoir la moindre idée de ce que ces symboles ou autres signes signifient. Un peu comme dans le Survivant." Elle porte son poing à sa bouche faisant comme si c'était un micro. "Lâchés au milieu de nulle part… à présent il faut qu'ils se débrouillent pour rester en vie!" Elle rit à sa plaisanterie pendant que nous nous dirigeons vers les bagages.
"Je parle très vite alors si tu es perdue ou dépassée dis-moi juste de me taire. Je vais quasiment aller partout avec toi pendant au moins la semaine prochaine jusqu'à ce que tu obtiennes ton permis de conduire, ton logement, la nourriture, etc."
"Tu vis aussi sur le camp Kinser?"
Elle secoue la tête alors que nous récupérons les bagages. "Non, mon mari et moi vivons sur Foster, ce qui est génial parce que c'est là que se trouve ton hôtel. De plus les cours pour la conduite sont là aussi ainsi que les bureaux pour la carte grise pour la voiture qu'il te faudra éventuellement acheter. Elle s'arrête brusquement et se tourne vers moi, les yeux écarquillés. "Tu as de l'argent pour une voiture pas vrai?"
"Oui, oui j'ai des économies."
Elle sourit de soulagement. "Merveilleux parce qu'ici on peut faire de bonnes affaires sur les voitures qui sont revendues sur la base et une vraiment bonne affaire si tu arrives à avoir une voiture ou la IJO est prête à expirer."
"IJO?"
"Inspection Japonaise Obligatoire," gémit-elle. "Tu vas découvrir que la conduite au Japon est ridiculement plus chère qu'aux Etats Unis." Elle compte sur ses doigts. "Tu auras besoin d'un permis, d'une assurance responsabilité civile, l'assurance japonaise obligatoire pour conduire, l'IJO en cours et tu devras payer une taxe sur les poids et sur les routes avant qu'ils ne t'autorisent à conduire."
"Seigneur!"
"Oui tu en auras besoin aussi!" Nous rigolons ensemble, je la suis par la porte et je dois vérifier deux fois en voyant la lumière des voitures du mauvais côté de la route.
Je veux dire de l'autre côté de la route.
Je soupire en roulant des yeux à ma stupidité et espérant que je ne me ferai pas tuer un jour en regardant dans la mauvaise direction.
C'est une expérience très intimidante d'être complètement hors de sa zone de confort. Oui j'ai une personne qui s'occupe de moi entièrement pour la semaine jusqu'à ce que je m'acclimate un peu à ce nouveau pays. Et une fois qu'elle sera passée, je me débrouillerai par moi-même pour cette vie étrange.
Parce que je suis arrivée par un vol en fin de journée je n'ai pas pu voir à quoi ressemble Okinawa de jour. Je me souviens d'un matin où Edward et moi étions couchés au pied de son lit, cherchant sur G°°gle des photos de l'ile et comment il avait essayé de me convaincre que je devrais abandonner mon travail et venir avec lui au Japon. Ce qui commença à me faire aller dans son sens c'était les belles plages baignées d'eau cristalline et des photos sensationnelles de pagodes et de temple empreints de majesté mais nous avions fini nus et en sueur, nous tordant l'un contre l'autre, l'ordinateur portable et G°°gle abandonnés depuis longtemps.
Il n'en fallait pas beaucoup pour nous distraire. Un regard de sa part et cette satanée chambre couleur sable causait ma perte. Nous vivions dans notre bulle, complètement imperturbables semblait-il. Tout était tellement parfait… jusqu'à ce que ça ne le soit plus.
C'est drôle comment le destin intervenait quand on s'y attendait le moins. Et quand je dis 'drôle' je veux dire 'putain tu dois être en train de plaisanter'.
J'avais exactement deux semaines avant qu'il arrive et commence à travailler. Deux semaines pour trouver quoi dire, comment agir et déterminer s'il y avait une façon de récupérer une partie de ce que nous avions encore il y a quelques semaines.
Pendant que j'étais à New York chez mes parents j'avais pensé à l'appeler. Mais j'avais pensé qu'il passait du bon temps avec sa famille et je n'avais pas voulu le déranger. Il avait mon numéro. Et je lui aurai répondu.
Pourquoi le ferait-il cependant? C'était moi qui étais partie. J'avais laissé l'homme que je prétendais aimer à genou sur le sol, tenant un film Disney dans les mains et me suppliant de rester. Les larmes striaient mon visage quand je lui fis au revoir de la porte.
Il y a un endroit spécial en enfer pour les gens comme moi.
"Donc ça c'est la route principale pour les bases, la route 58." C'est la voix de Siobhan qui me tire de mon auto flagellation. "Tu vas travailler à Kinser qui est la base la plus au sud mais ton école donne directement sur la mer. Je suis complètement jalouse, ça c'est sûr. Tu pourras même avoir une vue directe par l'une des fenêtres de ta classe!"
"Tu as dit que vous viviez au Camp Foster. Tu enseignes là-bas aussi?"
Elle hoche la tête et fait une bulle avec son chewing-gum en attendant que le feu passe au vert. Au moins ils utilisent les mêmes couleurs ici. Dieu merci pour les petites faveurs.
"Oui j'ai les élèves qui ont 10 ans en élémentaire à Zukeran. J'aime ça. Ça fait presque six ans que nous sommes ici maintenant."
"Je pensais que les vacations ne duraient que trois ans?"
"Oh oui c'est vrai! Mais Will, mon mari, a prolongé deux fois et ensuite a changé de travail de façon permanente après ses trois ans."
Je hoche la tête pour lui montrer que j'ai compris et ensuite regarde par la vitre pour m'imprégner du paysage. Mes yeux sont bombardés par les enseignes, certaines clignotent même dans des couleurs qui rivalisent avec l'éclat du soleil. Ça ressemble beaucoup aux sites touristiques du centre-ville de Las Vegas sauf qu'il y a des bâtiments partout, des gratte-ciels et des magasins et chaque panneau d'affichage, panneau de rue, marques sont indéchiffrables. Je ne vois pas le moindre brin d'herbe, c'est littéralement une jungle de béton.
"Tu vas rester au Lodge WestPac pendant que nous te chercherons un appartement. Ça ne devrait pas prendre plus d'une semaine pour que tu puisses t'installer en supposant que tu trouves le bon endroit dans quelques jours."
Nous quittons la route principale et nous arrêtons devant une grille où la police japonaise contrôle les cartes d'identité et les autocollants de voiture. Je lui passe la mienne et l'officier me regarde pour s'assurer que c'est bien moi sur la photo. Quelques instants plus tard il nous rend nos cartes avec un signe de tête, "Arigato gozaimasu*."
"Le camp Foster est énorme par rapport au Kinser où tu travailleras. Là c'est l'entrée principale," elle fait un signe avec son pouce par-dessus son épaule, "mais il y en a plusieurs autres. Je te promets que nous ferons une visite plus détaillée en plein jour ce week-end."
Après plusieurs changements de directions et de collines nous nous arrêtons sur le parking du pavillon. Je fais le tour et découvre que Siobhan a bien approvisionné la petite cuisine ainsi que le réfrigérateur de ma chambre.
"C'est merveilleux. Mais il ne fallait pas le faire," m'écrié-je en regardant les barres et paquets de céréales, les trucs à grignoter, les bouteilles d'eau et de jus de fruit. Elle est extrêmement généreuse.
"Oh c'est avec plaisir! C'est ce que doit faire un parrain! Et peut-être qu'un jour tu pourras rendre la pareille à un nouvel arrivant!"
Je ricane. "Ouais je ne pense pas arriver à connaitre suffisamment bien cette île pour aider quelqu'un à s'y retrouver. Parlons d'un aveugle qui devrait aider un autre aveugle…"
Elle me fait un clin d'œil. "Je sais que c'est assez effrayant mais tu verras, tu vas vite t'habituer, c'est promis." Et elle se dirige vers la porte en continuant à bavarder. "Je reviens demain à dix heures, ça ira? Nous avons pas mal de choses à faire sur la base, trouver une voiture et ensuite un rendez-vous avec un agent immobilier vers quatre heures."
J'inspire profondément et je hoche la tête. "Merci et oui je serai prête. On fait comme ça."
Comme elle l'a dit, seulement trois jours plus tard je suis la propriétaire d'une nouvelle voiture, enfin nouvelle pour moi. C'est une Mitsubishi RVR Open Gear qui a moins de 100 000 kilomètres. L'île est grande et les militaires se les refilent quand leurs trois ans se finissent. Elle est jolie et sportive et fonctionne parfaitement bien. Et en plus elle se découvre et il me semble que je conduis une jeep. L'IJO arrive à expiration alors la famille de l'Air Force à laquelle je l'ai achetée voulait la vendre meilleur marché que les autres voitures qui me plaisaient.
Après plusieurs heures à faire des formalités administratives pour devenir propriétaire de ma voiture plus les rendez-vous pour l'assurance et le fameux papier IJO, j'étais arrivée à tout avoir. L'étape suivante est d'obtenir mon permis de conduire. Mon mini cours commence demain. Mais pour l'instant nous sommes en route pour visiter un troisième appartement.
"Regarde un peu ça Bella! Tu devrais vraiment prendre celui-là!" siffle Siobhan alors que je m'approche de la porte coulissante.
Dans le district de Nakagami l'agent immobilier a trouvé un appartement meublé qui vient d'être libéré, deux chambres avec une cuisine ouverte, un coin salon et des fenêtres sur trois des quatre murs. Il y a une salle de bain et une salle d'eau avec lave et sèche linges dans un placard dans le couloir. C'est très drôle de voir que les appareils électroménagers sont beaucoup plus petits que ceux des Etats-Unis.
Mais ce qui est fantastique c'est la vue. Nous sommes au troisième étage et l'appartement donne sur un joli parc et la mer de Chine orientale. La mer a une couleur vert menthe spectaculaire et les petites vagues frappent la plage qui est au bout du parc.
Ça me rappelle le spectacle des îles hawaïennes, les bras puissants d'Edward enveloppés avec amour autour de ma taille. Cette pensée me serre le cœur encore une fois. Cela m'arrive souvent cet an-ci.
Le parc a beaucoup de sentiers, de jolis buissons et des arbres avec des fleurs colorées. Il y a aussi un petit amphithéâtre au milieu. Je me demande si j'entendrais des concerts gratuits de temps en temps.
Le balcon est agréable et spacieux avec assez d'espace pour un petit barbecue, deux chaises et une table d'appoint entre les deux. Compte tenu la circulation ça sera à environ vingt minutes de l'école. C'est parfait et ça regonfle ma confiance que les choses se passent rapidement et avec succès. Cette décision est une évidence.
"Je le prends."
Heureusement mes affaires ont rapidement été redirigées de la Corée ou alors je serai probablement complètement effondrée. Ça ne fait que dix jours que je suis sur cette ile mais pour l'instant j'ai déjà acheté une voiture et obtenu mon permis de conduire, j'ai loué et emménagé dans un appartement fantastique, pas loin du camp Foster et j'ai passé tout le reste de mon temps dans ma salle de classe à préparer la rentrée qui a lieu demain. Je jette un coup d'œil à l'horloge murale pour voir qu'il est bientôt sept heures. Le portier m'a dit qu'il devrait me mettre dehors à huit heures. Il me semble que je suis prête. Mes deux premières semaines de leçons sont déjà écrites. Ma boite aux trésors est remplie avec des babioles que j'ai trouvées au magasin tout pour cent yens. Toutes les boites sont étiquetées. J'ai deux ou trois tableaux d'affichage de base, décorés et prêts à être admirés par les enfants. Les parents adorent toujours mes 'Lois de Newton de la maternelle' et les badges nominatifs d'atome que j'ai pour chacun des enfants que j'appelle les "boules d'énergie Newton." Quelle meilleure façon de faire aimer apprendre à des enfants de cinq ans. Je pense que Sir Isaac serait d'accord de tout cœur.
Il est temps que je rentre à la maison pour me reposer pour demain. Je vis grâce à l'adrénaline et aux tasses de café. Malheureusement cet après-midi j'ai fini le dernier paquet que j'avais acheté à Kona. Et ça m'a rendu vraiment très triste. C'était comme si un autre chapitre avec Edward se terminait. Putain pourquoi suis-je aussi stupide? Je suis triste parce que j'ai fini un maudit paquet de café que j'avais acheté quand nous étions ensemble…
Je suis folle ou complètement délirante d'épuisement. Probablement un peu des deux.
Je sais qu'il va arriver sur l'ile d'ici à la fin de cette semaine. Et cette seule pensée fait accélérer mon cœur et rend mes mains moites, je suis tellement occupée que je n'ai pas pu réfléchir à la meilleure façon de l'approcher pour lui présenter mes excuses, lui expliquer comment je voyais les choses… ou même savoir où il est.
Ma mère m'a dit qu'il fallait que je sois courageuse. Et tout ce sur quoi je peux me concentrer c'est la peur de le perdre à nouveau et surtout j'essaie de ne pas m'autoriser à penser à ce qu'il va arriver s'il me dit qu'il me veut de nouveau.
Je sais qu'on dit toujours que ça ne sert à rien de s'inquiéter. Mais ceux qui disent ça ne sont pas humains. Et s'ils le sont en fait ils n'ont jamais fait le choix égoïste et brutal de rejeter la meilleure chose qui leur soit arrivée. Et ils ne se sont jamais préoccupés de la possibilité d'espérer récupérer cette personne.
Quand je suis chez moi et dans mon pyjama je n'ai de l'énergie que pour me faire un paquet de nouilles ramen à la crème de poulet. Car bien que mon corps soit épuisé, je ne vis que sur les nerfs car c'est déjà ainsi que ça se passe pour le démarrage d'une nouvelle année.
Le sommeil ne m'apaise pas donc je finis sur le canapé avec la télécommande, faisant défiler les chaines, peu nombreuses, fournies par Mediatti Cable Cie.
J'ai découvert que les émissions que nous voyons ici à Okinawa sont en retard d'une semaine par rapport aux Etats-Unis. A l'approche de la saison de football je me rends compte que mon seul espoir sera de suivre mes Giants via le Web de la NFL cette saison. La plupart des sports diffusées en direct et en temps réel sont décalés car nous sommes treize heures en avance avec le décalage horaire et les matchs qui ont lieu le dimanche après-midi n'apparaissent que le lundi très tôt le matin.
Siobhan m'a également dit que les reality show tel que Le Bachelor – qui est vraiment mon plaisir coupable - arrivent le jour suivant et que je dois me tenir éloignée des réseaux sociaux et de la mise à jour des nouvelles sinon ça perdra tout son intérêt…
Finalement je me décide pour Nuits Blanches à Seattle* sur une chaine de cinéma et je ris beaucoup aux conseils que Rob Riener donne à Tom Hanks concernant sa vie amoureuse. C'est utile de voir comment les autres la foirent… même si c'est fictif.
La première semaine d'école se passe bien, considérant que je suis arrivée à la dernière minute. Mes collègues semblent amicaux et plus spécialement ceux qui ont les mêmes niveaux que moi. Le troisième jour on m'assigne une aide, Mallory qui sera avec moi deux heures et demie tous les jours pour m'aider avec les dix-neuf gamins qui sont dans ma classe. Après avoir passé ce premier jour avec elle je rentre à la maison et pleure parce qu'elle me rappelle tellement Nalani bien qu'elle soit deux ans plus jeune. Elle est petite et à une jolie peau bronzée avec de longs cheveux noirs. Elle vient de Tahiti et a rencontré son mari sur une croisière pour célibataires qui partait de San Diego, l'été dernier. C'est un caporal suppléant qui travaille pour Motor T* sur la base ici à Kinser. Ils sont sur l'ile depuis le mois de janvier.
Je suis toute ouïe quand elle mentionne qu'ils vivent sur la base. Aucun de ceux que j'aie rencontrés jusqu'à présent n'a son mari ou sa femme qui travaille sur la base. Je ne sais pas vraiment comment tout cela fonctionne mais comme Edward est gradé, peut-être que son nom sera connu de tous sur la base.
Je décide qu'après le premier septembre, une fois que je serai sûre qu'Edward sera sur l'ile et qu'il travaillera, je lâcherai son nom devant Mallory et verrai si elle peut faire quelques recherches pour moi. Je lui ai déjà raconté les feux d'artifices de ma vie et ce qu'il s'est passé avec Edward. Je lui ai même demandé ce qu'elle en pensait. Elle a été gentille en me répondant mais m'a fait comprendre à demi-mot que j'aurai probablement dû essayer de l'écouter un peu plus aussi.
Le vendredi matin mon supérieur, M. Kubrough, vient me voir avant le début des cours pour me demander si je souhaite aider pour la fête d'automne de Kinser. C'est un évènement annuel coordonné par un collectif d'épouses des Marines, connu sous le nom des Key Volunteers en coopération avec notre école et les Marines de la base. Il dit que les autres classes préparent déjà des panneaux et des expositions, des œuvres d'art la plupart et peut- être une expérience scientifique ou deux mais c'est un événement amusant qui rassemble toutes les facettes de la vie militaire ici, sur la base.
Je suis ravie d'avoir cette occasion non seulement parce que ça va me permettre de rencontrer de nouvelles personnes mais cela va aussi m'aider à me mettre en réseau afin de retrouver Edward. Je sais que Mallory est prête à tanner son mari mais toute information que je vais pouvoir recueillir me sera utile.
Edward et moi avons tellement de choses à régler je n'ai pas besoin d'avoir plus de stress à gérer qu'un face à face froid et imprévu. J'essaie de me calmer et pas d'ajouter de l'huile sur un feu qui risque de devenir incontrôlable à chaque jour qui passe sans contact entre nous.
19 : 05
"Merde, merde et merde. Quelle façon de faire bonne impression, Bella!" Je continue à me réprimander en regardant l'horloge alors que je tourne en rond autour des bâtiments qui se ressemblent tous. Mallory m'a avertie que ce tronçon de route est affectueusement appelé "la ligne d'entrepôts". Et avec raison parce qu'il n'y a rien qui démarque ces structures l'une de l'autre, à l'exception de petits signes métalliques rouges et jaunes qui sont posés sur l'herbe à côté de l'entrée. Monstrueuses façades de couleur crème, ce sont les Ingénieurs de l'armée qui les ont conçus, j'en suis sûre. Considérant qu'ils doivent résister aux typhons je suppose qu'ils n'ont pas besoin d'être colorés mais allez je ne suis qu'une enseignante dans un pays étranger pour la première fois de sa vie. Aidez donc cette fille avec un signe qui lui montrerait où il faut aller ou autre chose!
"Quartier général! Merci mon dieu!" Je trouve une place et tourne à gauche et ouvre la porte. Bien sûr, quelle plaisanterie, au bout de deux semaines je ne suis toujours pas habituée que tout fonctionne dans l'autre sens. Il n'y a pas de porte à ma gauche mais à ma droite. Je jure c'est vraiment étonnant que j'aie eu mon permis de conduire. Je suis titulaire d'une maitrise et sais comment étudier. Je peux redonner l'information en cas de besoin. Les épreuves écrites sont du gâteau. Mais me faire conduire c'est comme déchainer un aveugle sur de pauvres conducteurs japonais sans méfiance.
J'ai déjà mémorisé le mot gomenasai. C'est le "je suis désolée de vous avoir embouti," que les américains finissent par dire aux japonais à chaque fois qu'il y a un accident sur l'ile. L'instructeur, un Marine, pendant le cours de conduite nous a fait peur avec ça, à moi et au reste de la classe.
"Si vous êtes impliqués dans un accident de voiture, ce sera votre faute, même si ça ne l'est pas en réalité. Je vous promets ceci. Vous êtes à blâmer." Mes yeux s'écarquillent en l'entendant donner sa leçon avec son accent du sud. "Vous êtes américain vivant sur un sol étranger. C'est votre faute, peu importe comment l'accident s'est produit. Si un japonais vous rentre dedans, vous n'avez pas freiné. S'ils vous accrochent sur un parking vous n'auriez pas dû conduire là et s'ils accrochent votre voiture à l'arrêt ça craint mais c'est vous. Vous n'auriez pas du vous garer là! C'est toujours votre faute, ce sont des balivernes mais sachez qu'il en est toujours ainsi. Donc si vous ne voulez pas donner votre paie à une gentille petite famille japonaise pendant des mois, mon sage conseil sera de ne pas être impliqué dans un accident." J'ai regardé mes compagnons d'apprentissage. Nous étions tous en train de rire nerveusement et de grogner. Bon conseil Sergent qui aboie beaucoup! Bien joué et merci.
L'officier de service attire mon attention quand je rentre dans le bâtiment avec près de dix minutes de retard.
"La réunion Key Volunteers?"
Il hoche la tête. "Oui madame. Prenez à droite à la fin du hall, Salle 17."
"Merci!"
Salle 17, salle 17. Je suis les numéros et les noms des plaques jusqu'à ce que j'arrive à une 'salle de conférence'. Je frappe rapidement et je les entends parler.
Plusieurs personnes lèvent la tête et sourient alors que je commence à m'excuser rapidement, posant mes clés et mon sac.
"Excusez-moi, je suis désolée d'être en retard." J'essaie de faire le contact visuel avec tout le monde. "Je ne suis pas encore familiarisée avec les bâtiments sur..."
Ma respiration s'arrête quand ses yeux écarquillés rencontrent les miens.
"… la base… encore."
"Oh, ce n'est pas un problème! Heureuse que tu aies réussi à venir!" fait la voix d'une femme mais je ne peux pas quitter Edward des yeux. Sa bouche s'ouvre légèrement tandis que son stylo claque sur la table et il se redresse dans sa chaise.
Quelles sont les chances qu'il soit ici? De toutes les journées, de toutes les réunions ... bien sûr qu'il est à celle-là!
Je pense que je vais être malade.
"Nous étions juste en train de faire le tour de la table et nous présenter. Et tu es?"
Mes yeux se dirigent vers les siens. "Is-Isabella Newton, je suis la nouvelle enseignante de maternelle à Kinser."
"Oh, bon, bienvenue, prends une chaise." Elle regarde autour de la table. "D'accord, qui est le suivant?"
Tandis que d'autres continuent de parler, je trouve le seul endroit disponible, qui est bien évidemment directement en face d'Edward. Je garde mes yeux sur lui tout le temps que je me glisse sur la chaise. Il regarde maintenant sa pile de papiers. Je peux voir sa mâchoire se serrer, probablement grincer ses dents, ce qu'il faisait souvent quand il réfléchissait à une situation.
Il prend sa plume, s'éclaircit la gorge et me perce avec son regard.
Merde. Il a l'air énervé.
Tu es drôle, très drôle, mon gars. Dieu j'aime que tout ce que j'avais espéré et attendu de cette réunion vienne juste m'exploser en figure.
Non, vraiment, c'est génial.
Un peu plus de gens se présentent tandis que je m'installe avec mon carnet et mon stylo. Quand je lève les yeux, c'est à Edward de se présenter.
"Major Edward Masen, je suis l'adjoint du G4 pour la MLG. Mon équipe et moi-même allons nous occuper de tout ce dont vous aurez besoin. Le capitaine Simmons et moi-même nous sommes déjà procurés les camions pour le transport de tout ce dont vous aurez besoin. Nous avons deux fumoirs et quatre barbecues prêts et en attente. Les tentes et toutes les tables et les chaises seront mises en place par le magasin d'approvisionnement du CLR-35. Je veillerai à ce que tout soit prêt pour vous au début de l'après-midi, le jour du festival."
Mes yeux se glacent tandis que je le regarde et l'écoute, hypnotisée. Mis à part le jour de sa promotion, c'est la première fois que je le voie en action en tant qu'officier des Marines. Sa voix est autoritaire et ferme, il ne trébuche pas sur des mots.
Il est précis, net et totalement organisé.
Cela me donne un sentiment de fierté de l'entendre parler avec une telle autorité. Cela me fait aussi sourire à moi-même sachant qu'il peut passer rapidement au petit-ami incroyablement taquin, romantique, charmant et sexy qui m'a fait fondre si souvent avec le timbre de sa voix et ses yeux exquis.
Il continue à parler avec la femme qui semble présider la réunion, Amanda. Je me force à respirer calmement et commence à griffonner sur le coin inférieur de ma page. Si je ne fais pas attention, je vais devoir me trouver une culotte après m'être pâmée sur Edward et toutes ses qualités irrésistibles…
La réunion se poursuit pendant quarante-cinq minutes. Je le regarde de temps en temps, et je le surprends deux fois en train de me fixer. Son visage de poker est en place cependant et je ne peux pas dire s'il est ravi de me voir ou s'il complote pour m'éliminer.
Le comité examine d'autres événements futurs parrainés par les principaux bénévoles, les calendriers et les personnes nécessaires pour coordonner ces fonctions. Pour l'instant, mon travail sera de mettre en place toutes les tables de l'école, demander à tout le monde de confectionner des gâteaux et aider le personnel de KES à organiser des ateliers pour des jeux, du maquillage, la décoration des cupcakes et autres activités.
La réunion s'ajourne et les gens grignotent des biscuits et des brownies fournis, tout en bavardant autour de petites tasses à café en styromousse ou bouteilles d'eau. Ces gens n'ont aucune idée qu'il serait beaucoup plus facile pour Edward et moi qu'ils disparaissent, ferment la porte derrière eux et éteignent les lumières afin que nous puissions nous dire bonjour comme il faut.
Il ferme son dossier, murmure quelque chose au capitaine à sa gauche et se lève avec un sourire forcé. Sans un autre regard dans ma direction, je l'entends remercier tranquillement les dames qui ont tenu la réunion avant de sortir.
Et je reste là, figée comme une statue. La seule imbécile encore assise, comme si mon cul était collé, tandis que tout le monde avance avec sa vie. Est-ce que l'amour de leur vie est simplement sorti par la porte sans un regard en arrière?
Non, c'est le mien.
J'avale la boule qui se forme dans ma gorge pendant que je fronce le nez pour essayer de calmer la brûlure qui vient avec les larmes. Je ne peux pas, je ne vais pas faire ça ici. Peut-être que si je fais vite, je peux essayer de le rattraper sur le parking.
Je dis au revoir précipitamment et pars vers l'entrée principale. Toutes les portes des bureaux sont fermées et probablement verrouillées et quand je courais dans le bâtiment plus tôt, je suis certaine de n'avoir vu son nom nulle part. Il y a un autre couloir qui se dirige dans la direction opposée, cependant. Je me demande s'il est allé par là.
Je ne perds plus de temps dans le couloir. Je fais demi-tour vers la porte d'entrée et parcours le parking. Mes yeux aperçoivent une Sedan claire qui tourne sur la route principale et je me demande brièvement si je devrais le poursuivre. Je suppose que je pourrais le rattraper si je sautais dans ma voiture à cet instant. Après tout, la limite de vitesse sur la base est seulement quinze kilomètres…
Je marche vers la rangée où je me suis garée et une larme s'échappe et roule sur ma joue. Un mouvement dans ma périphérie me fait jeter un coup d'œil vers le bâtiment du quartier général. Je suis choquée de voir la silhouette d'Edward, ajustant sa casquette sur sa tête. Je m'adosse sur ma voiture, soulagée, en réalisant qu'il vient vers moi.
Il n'était pas parti. Il faisait ça. Nous faisons cela. Pas de répétition. Aucune préparation.
Mon soulagement est de courte durée quand je me rends compte à quel point cela peut devenir moche. Je n'ai pas initialement imaginé quelque chose qui se passe mal, j'espérais des cœurs et des arcs-en-ciel mais cela pourrait bien être une tâche difficile compte tenu des circonstances.
Il s'arrête à environ un mètre de moi, le visage éclairé par les lumières du parking. Nous ne nous disons rien pendant les dix secondes les plus longues de ma vie.
"Tu es ici."
"Oui," réponds-je calmement, tranquillement.
"Combien de temps?"
"Je suis désolée?"
"Depuis combien de temps es-tu ici? Depuis combien de temps sais-tu que tu vas travailler ici?"
Il y a une accusation mordante dans le ton qu'il utilise. Ça fait mal mais je suppose que c'est compréhensible. Je secoue la tête, rassemblant mes pensées le plus rapidement possible.
"Euh, je suis ici depuis un peu moins de trois semaines et ça fait trois semaines que je sais que j'ai été réaffectée."
Il inspire profondément, regardant par-dessus mon épaule avant que ses yeux s'installent sur les miens.
"Je t'ai appelée le mois dernier, je suis allé te chercher, je suis allé en Corée. C'était une chasse à l'oie sauvage. J'ai harcelé les gens à gauche et à droite pour essayer de te trouver. Et tout ce temps ... " il secoue la tête avec un soupir.
"Je ... je suis désolée, je ne le savais pas."
Il se détourne de moi. Et ça fait encore plus mal que son ton. "Ouais, comment aurais-tu pu savoir? Tu es sorti par ma porte et tout était fini pour toi, non?"
Ma voix est un chuchotement. "Non, Edward."
Il incline la tête sur le côté. "Non, bien sûr, comme si c'était comme ça, Bella. Et de savoir que tu es ici presque depuis autant de temps que moi…!"
"Que veux-tu dire, ce n'est que le 5 septembre, tu ne devais pas rempiler avant le premier."
"Ouais mais je n'étais plus qu'à deux heures de vol quand je courais dans la ville d'Osan en long et en large, pour te retrouver. Je n'allais pas revenir à la maison et briser de nouveau le cœur de Bailyn, tu comprends? "
Maintenant, ce coup fait mal.
"Peu importe, au lieu de repartir, je suis venu ici et je suis resté chez Emmett jusqu'à ce que je reprenne mon travail la semaine dernière. Es-tu au WestPac?"
Je hoche la tête, j'ai peur d'ouvrir la bouche par crainte d'une autre pique.
Il roule des yeux et sourit. "Nous étions à trois pâtés de maisons, probablement depuis quelques semaines. Je suis arrivé le vingt."
Ce qu'il a dit, il y a une minute, finit par faire réagir mon cerveau. "Tu es allé en Corée me chercher?" Ma voix est soudain aiguë.
"Ouais, après que j'ai finalement sorti ma tête de mon cul, j'ai appelé et envoyé des textos comme un dingue. Ensuite, je me suis dit, 'et merde', et j'ai pris l'avion pour Osan pour aller te chercher à l'hôtel ou ton école." Il secoue la tête, se rappelant. "Je suppose que tu n'as jamais eu mes messages."
"Non. J'ai quitté JFK le douze. J'ai décidé de prendre un vol plus tôt parce que je voulais y aller et m'acclimater avant mon premier jour." Je ricane." Bien sûr, cela s'est avéré être mon dernier jour, aussi. De toute façon, j'avais éteint mon portable et je l'ai mis en veilleuse avant de quitter New York. Les appels internationaux sont scandaleusement chers." Je haussai les épaules. "Je me suis dit que j'utiliserai des cartes prépayées pour le moment jusqu'à ce que j'aie une carte sim d'ici."
Il écoute attentivement et semble accepter mon explication.
Mon esprit défile instantanément à travers toutes mes activités et les endroits où j'ai été dans les dernières semaines. Penser que nous aurions pu nous rencontrer une douzaine de fois avant ce soir me laisse pantoise.
"Où habites-tu maintenant?"
Je racle ma gorge. "Umm, j'ai un appartement à Chatan, dans le district de Nakagami."
Il hoche la tête.
"C'est juste après la porte principale de Foster." Je pointe ma main à gauche. "Il suffit de prendre à gauche à la station Eneos sur 58. Numéro 21- 10 Kitamae. "
Il ne peut retenir le soupçon de son sourire tordu.
"On dirait que tu fais ça depuis des années. Tu connais ton chemin comme un vieux pro."
Je ricane. Si seulement il savait combien effrayant cela a été pour moi et pour de nombreuses autres raisons dont la principale est juste en face de moi, mon cœur bat plus fort.
"Tu aimerais l'endroit où je suis," lui dis-je, espérant aller dans une direction plus heureuse. "C'est juste sur la plage. Je me réveille avec une vue paisible sur la mer de Chine orientale chaque matin. On dirait exactement les images avec lesquelles tu as essayé de me charmer".
Il a le regard lointain pendant quelques secondes puis il cligne et il est de nouveau dans le moment présent. "Super."
Le silence pèse lourdement entre nous. C'est comme si nous ne savions pas où aller à partir de là. Avec tout ce que nous avons traversé, ici nous avançons doucement. Je me sens impuissante et cela me fait peur.
"Bella, écoute," dit-il, Dieu merci. "Je sais qu'il est tard et nous devons tous deux être au travail tôt le matin, mais... des choses doivent être dites. Quelque part ailleurs que dans un parking, le soir, après que nous ayons été pas mal secouées tous les deux."
Je hoche la tête, déglutissant difficilement. Mon estomac tourne sans savoir ce qui lui passe par la tête. Il est redevenu l'officier stoïque des Marines maintenant. Le bout de mon Edward que j'aie vu il y a une minute est parti.
"Veux-tu venir diner chez moi?" dis-je en espérant qu'il ne se dérobe pas. "Ou juste chez moi pour que cela soit privé, je veux dire. Je n'avais pas l'intention que cela a l'air d'un rendez-vous. Je sais que tu ne ressens pas ..."
"Oh, je ressens," interrompt-il. "Je ressens beaucoup de choses. J'ai attendu ce moment depuis un mois et demi mais mon esprit est un désordre chaotique en ce moment. J'ai besoin d'avoir la tête claire. J'ai perdu toute pensée cohérente mais je ne veux pas t'aboyer dessus comme je l'ai fait il y a quelques minutes. Ce n'était pas juste et je m'excuse."
"Je comprends, je l'ai mérité."
Je regarde sa pomme d'Adam monter et descendre dans l'ombre de son visage. "Jamais." Sa réponse chuchotée fait que mon cœur s'emballe. "Tu ne l'as jamais mérité."
Qu'est-ce que ça veut dire?
Je n'ai jamais mérité son amour? Je n'ai jamais mérité son silence? Mon regard vide est interrompu lorsque je sens ses doigts saisir les miens. Il tire ma main gauche en avant et passe ses doigts sur l'anneau qui est à mon doigt.
"Tu le portes encore."
Ma main fléchit dans la sienne alors que nous regardons tous les deux l'anneau de coquillage d'ormeau qu'il m'a donné cette nuit-là à Maui quand nous avons officiellement commencé à sortir ensemble. Le soir, il m'avait surprise avec une fleur de tiaré à porter derrière mon oreille gauche montrant que j'étais prise. Avant que le luau soit fini, nous nous étions baladés et j'étais tombée amoureuse de ce simple coquillage et il avait eu vite fait de m'acheter cette bague.
Ne réalise-t-il pas que je ne l'ai jamais retiré? En dehors de certaines photos, c'était la seule preuve physique que j'avais qu'il avait existé dans mon monde.
"Même si je le retire, je le porte depuis si longtemps, que sa marque reste sur mon doigt". Je regarde dans ses yeux en essayant de lui transmettre tout ce que je viens de dire, ainsi que tout ça implique.
Il fait un petit sourire et laisse tomber ma main. Je pense qu'il n'est pas prêt à avancer plus loin pour le moment.
"Où séjournes-tu?"
Il se racle la gorge. "Le BOQ ici sur la base. C'est décent, calme. Le quartier animé à Kaneohe me manque beaucoup cependant. "
Son téléphone sonne, interrompant la conversation guindée que nous avons. Je ne peux pas dire que je ne suis pas soulagée.
"Major Masen". Il écoute et lève un doigt en s'éloignant de ma voiture. Je saisis cette occasion pour ouvrir la portière et poser mes sacs à l'intérieur. Je lèche mes index et je les passe sous mes yeux pour m'assurer que je n'ai pas de mascara qui coule sur mes joues. Au moment où je me relève, il se dirige vers moi, son téléphone sur sa hanche.
"Je dois retourner au bureau. Mon colonel a besoin de quelques documents que j'ai laissés sur mon bureau."
Je hoche la tête, en inhalant, reconnaissante que nous terminions cette discussion impromptue. Ce n'était pas horrible mais mes rendez-vous chez le dentiste ont parfois été plus agréables.
"D'accord, je comprends. Umm ..."
"Alors, je viendrai vendredi? Puis-je apporter quelque chose?"
Mes oreilles sifflent quand il accepte mon invitation. "Oh, non, j'ai tout."
"Je suis désolé, il faut que j'y aille," s'excuse-t-il. "Je sais que j'ai dit que nous ne devrions pas faire cela dans un parking ... mais je trouve qu'il m'est vraiment difficile de m'éloigner de toi maintenant. Je m'étais dit que si je te revoyais je te dirais tout ce qu'il fallait avant que tu ne t'éloignes de moi." Il ricane. "Je brise mes règles à nouveau. Tu es la seule personne qui me fait briser mes propres règles. "
Je mets mes cheveux derrière mon oreille, en écoutant ses aveux. Je ne sais pas quoi faire avec ses mots. Ils semblent encore ambigus pour moi. Je sais ce que je veux qu'ils signifient mais je ne suis pas sûre de ses intentions.
Nous nous tournons tous les deux lorsqu'un groupe de personnes de notre réunion sort du bâtiment. Toute intimité disparait. Je ne suis que partiellement soulagée.
Il s'approche de moi et ses bottes touchent la peau sur mes chevilles. Mon souffle se coince dans ma gorge maintenant qu'il a fait disparaitre la distance entre nous. Nous sommes assez proches pour que je puisse sentir son après-rasage et j'essaie de rester stoïque. Ce n'est pas facile.
"Tu m'as manqué."
Ses aveux m'excitent mais il a l'air tellement triste, tellement brisé. Il était peut-être endommagé d'une certaine façon avant que je chamboule sa vie et lui casse le nez avec mon sac à dos mais maintenant, son ton dénote une profonde perte qui me fait mal pour lui.
Il avait déjà tellement de démons à combattre, je n'ai peut-être fait que juste l'endommager encore plus.
"Je ne sais pas si tu comprends combien tu m'as manqué, Bella".
Je ne lui mentirai pas. Je ne sais pas si c'est le début d'un nouveau départ pour nous ou si c'est le début de la fin… mais je ne lui mentirai pas.
"Cela ne peut pas être la moitié de ce que tu m'as manqué," dis-je rapidement, et pour la première fois ce soir, je détecte un éclair d'espoir dans ses yeux. Je refuse de croire que je me trompe. C'est moi qui suis courageuse.
Les palettes d'un défibrillateur ont été utilisées plusieurs fois ce soir avec des résultats médiocres. Mais pour la première fois depuis longtemps je pense que je vois que le tracé n'est plus plat sur l'électrocardiogramme. Le sien et le mien.
Peut-être y a-t-il des signes de vie.
"Alors, à vendredi?"
Il m'accorde son demi-sourire, recule et chuchote, "Vendredi."
…
*Merci beaucoup
*1993 Tom Hawks et Meg Ryan
*Sponsor / parrain - affecté à chaque famille de marines, ainsi que des employés du DODDS qui sont affectés à un service outre-mer. Comme pour tout dans la vie, il y a de bons sponsors et des mauvais, et les bons vont tout faire pour vous aider à vous installer facilement après votre arrivée sur la base.
*Arigato gozaimasu - Japonais pour "Merci beaucoup".
*Gomenasai - Japonais pour "Je suis vraiment désolé".
Motor T - Marines Motor T sont chargés d'exploiter et de maintenir des véhicules tactiques militaires et commerciaux. Ils sont responsables du transport des ressources, des personnes, du matériel et des fournitures.
KES - Kinser Elementary School
