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Chapitre 31
Séparés
Edward
"Ok d'accord, à toi alors."
Bella est en train de rire hystériquement dans le lit après avoir entendu mon dernier choix de prénom pour une fille. Je ne pensais pas qu'Estelle soit si moche.
"Je ne vois pas ce qu'il y a de si drôle, tu sais. Ce serait mimi de l'appeler Stella, non? Même si ça rime avec Bella!"
Quand enfin elle arrive à se reprendre, elle tend sa main et je l'aide à s'asseoir. Son ventre entrave vraiment ses mouvements depuis quelques jours, au point que je pourrais rebondir dessus. Ma merveilleuse petite femme à l'air d'un ballon de basket enflé.
Et elle marche en se dandinant, ça me tue.
"Edward est-ce que ce bébé qui va naître aura quatre-vingts ans? Elle va sortir et porter des lunettes attachées par une chaîne autour de son cou. Et je ne veux rien qui rime avec Bella. Parce qu'après ça deviendra Stella Smella. Ça ne passe pas le test, chéri."
Je secoue la tête. "Toi et ce satané test de bac à sable."
"Hey je suis très sérieuse. Tu ne peux pas choisir un prénom étrange et ne pas t'attendre à ce qu'on s'en moque! Les enfants sont très cruels. J'ai été Bella Smella pendant plusieurs années jusqu'au jour où j'ai frappé cette stupide fille," dit-elle. "Ça été la dernière fois que Victoria Smythe s'est moquée de moi! Bien sûr j'ai également fini dans le bureau du directeur… quelle politique stupéfiante pour des bacs à sable."
"Oh chérie." Je me penche pour embrasser sa tempe. "Très bien, ça marche. Qu'est-ce que tu suggères alors?"
"Je n'ai pas réfléchi à un prénom de fille autant qu'à celui d'un garçon."
"D'accord passons aux garçons. Quelles idées as-tu?"
"J'aime Christopher."
Je regarde au plafond, en réfléchissant. Christopher Masen. Pas mal… en fait. "Ça me plait. J'adore en fait."
Son visage s'illumine. "Vraiment? Juste comme ça?"
"Oui, juste comme ça." Et je confirme par un baiser. "Que dirais-tu d'un deuxième prénom?"
"Je n'avais pas été aussi loin," rit-elle avant de hausser les sourcils. "Euh… quel était le deuxième prénom de ton père?"
"Edward."
Elle renifle.
"Et oui il était Anthony Edward et moi c'est Edward Anthony. Mes parents n'étaient pas très imaginatifs." Mes pensées tourbillonnent. "Mais j'aime cette idée de donner le prénom de quelqu'un que nous connaissons et aimons au bébé. Et ton père? Quel est son autre prénom?"
"Mortimer et c'est sûr que ça ne sera pas ça!"
J'éclate de rie. "Charles Mortimer Swan. Laisse-moi deviner… un prénom de la famille…"
"Oui. Oui mon arrière-grand-père."
Nous restons silencieux une autre minute pendant que Bella tourne les pages des 50001 meilleurs prénoms pour un bébé.
"Et Flynn il n'en est absolument pas question?"
Je regarde ma femme désillusionnée mais adorable. "Chérie ce n'est pas dans le même fuseau horaire."
Elle me tire la langue en faisant un bruit dédaigneux et continue à tourner les pages. Une idée me frappe… et je me demande si elle va accepter.
"Et Michaël alors?"
Un demi-sourire pensif se forme au coin de sa bouche mais elle ne dit rien.
"Il t'aimait. Tu l'aimais." J'enlace nos doigts et je regarde nos mains. "Et nous n'aurions pas…"
Ses lèvres douces se déplacent vers les miennes pour me faire taire nous savons tous les deux ce que je vais dire. Quand j'ouvre les yeux les siens brillent de larmes qui en disent des tonnes.
"Michaël, c'est merveilleux," confirme-t-elle doucement. "Christopher Michaël Masen."
"Tu es sûr que ça te convient?"
Riley me tend une bière pendant que je retourne le steak et les brochettes de poulet sur le grill. Bella les a laissées au frigo pour que je m'en occupe pour le diner avec nos amis. Je lui ai promis que ce serait prêt quand elle rentrerait à la maison.
"Marché conclu, E. quand l'école sera finie, elle viendra avec Kalia et moi tout le temps. Emmett et moi nous assurerons que les filles soient en sécurité et en pleine forme. J'ai entendu dire que Rose partait pour la Caroline du Nord pour les trois premières semaines de juin."
"Oh c'est définitif alors?"
Il hausse les épaules. "Je suppose. Sa mère adoptive veut qu'elle rentre à la maison comme ça elle pourra organiser la fête pour le bébé. Et ça sera le moment où Emmett sera avec toi à l'UFG, ce sera parfait. Il rentrera exactement en même temps qu'elle."
"J'ai parlé au Colonel à nouveau et même s'il a eu du mal à l'accepter il a dit qu'au premier signe de travail – et je veux dire au moindre petit signe, Riley – il me laissera rentrer." Je range les pinces dans la poignée du gril. "Seigneur, je jure que si ma femme hausse un sourcil je rentre, tu dois me promettre de m'appeler."
"C'est promis."
"Parce qu'elle va jouer au héros avec ça. Je l'ai tout simplement étranglée l'autre jour quand elle m'a dit qu'elle s'était tordue la cheville et était tombée à genoux en allant dans sa classe."
"Comment diable a-t-elle fait ça?"
"Je ne sais pas une quelconque racine d'arbre à laquelle elle n'a pas fait attention."
"Et laisse-moi deviner, tu …"
"Je l'ai immédiatement amenée pour un monitoring fœtal dans les trente minutes qui ont suivi."
Riley est complètement perdu. "Alors pourquoi l'étrangler?"
"Parce qu'elle ne me l'a pas dit de suite, elle a attendu la fin de sa journée et ça s'est passé à onze heures du matin!" En m'agitant je renverse la moitié de ma bouteille. "Je suis sérieux, Ri. Si quoi que ce soit arrive tu m'appelles, bien compris?"
"Oui monsieur."
Je roule mon cou et fais des grimaces pour évacuer la tension. Oui ça allait, oui le bébé et elle allaient bien. C'est simple… je déteste devoir partir. Voilà à quoi cela se résume.
"Tu vas bien?"
"Oui," Je m'éclaircis la voix. "Je souhaiterai que les choses soient différentes."
Riley halète et lance sa bouteille dans la poubelle de recyclage. "Je vois ça."
Putain de merde! Je suis tellement maladroit parfois.
"Je suis désolé," dis-je en lui tapant sur l'épaule. "Je réussis toujours à dire des choses bêtes."
"T'inquiète. Arrête de t'en vouloir. Tu es autorisé à être contrarié. Ce n'est pas parce que Nalani est morte que je vais rester amer pour le restant de nos vies. La vie de tous les jours craint assez," ricane-t-il.
Je hoche la tête mais me sens toujours comme un abruti.
"Humm, je sens cette odeur de barbecue depuis la route," dit Bella alors qu'elle passe la porte avant de jeter ses bras autour de mon cou. "Tu gères, mec!"
Après quelques baisers, elle recule avec un sourire. Je tripote le bout de ses cheveux. "C'est mignon je ne les avais jamais vus si courts."
"Oui j'ai pensé qu'avec l'augmentation des températures ça serait plus frais et plus léger." Elle les passe derrière son oreille. "J'ai dit à Milo que tant que je pouvais les attraper pour faire une queue de cheval ça irait. A la hauteur des épaules ça me convient très bien," ajoute-t-elle avec un sourire.
"A moi aussi." Je lui fais un clin d'œil avant qu'elle ne se tourne vers Riley .
"Hey coloc!" Elle se penche et l'embrasse sur la joue. "Où est ma fille?"
"Elle va arriver dans un moment avec Em et Rosalie. Ils l'ont prise pour une matinée à Kadena."
"Oh super!" Elle s'installe dans sa chaise longue, enlève ses sandales et lève ses jambes. "Regarde-moi, je fais de la rétention d'eau aujourd'hui."
Riley fronce les sourcils et se penche, probablement ne sachant pas où regarder mais Bella l'aide en agitant ses orteils.
"Mes pieds et mes chevilles sont hideusement enflés."
Je roule des yeux détestant qu'elle se rabaisse. "Tu n'es pas enflée. Tu as été debout toute la journée et tu es presque enceinte de sept mois."
"Surement que ça n'aide pas non plus que j'ai mangé une mozza-tomates pour déjeuner." Elle soupire en croisant les chevilles. "Oh bien tu n'as jamais pensé t'être marié avec un Hobbit pas vrai?"
J'éclate de rire pendant que Riley secoue la tête.
"Tu es le plus joli Hobbit du coin." Je tapote son nez et l'embrasse rapidement. "Ma Bella Baggins à moi."
"Alors de quoi parliez-vous?" demande-t-elle en attrapant une bouteille d'eau dans son sac.
"Je mettais les choses au point avec Ri pendant que je serai absent." Je la regarde attentivement. "Il sait qu'au premier signe d'entrée en travail il doit m'appeler et que je prends un vol pour rentrer."
"Monsieur, oui monsieur!" dit Bella sans oublier de me tirer la langue. Agitatrice. "Ne te moque pas de moi, madame Masen!"
"Je ne me moque pas du tout, chéri. Tu penses que je veux avoir ce bébé sans toi? Je promets d'être honnête avec Riley si ça ne va pas."
Je retourne à mes brochettes et remarque que Bella essaie de se relever pour revenir vers moi et enrouler ses bras autour de mon torse, notre bébé planté fermement au bas de mon dos.
"Ce n'est pas ainsi que ça se passe dans un couple, Major," murmure-t-elle dans mon épaule. " Nous sommes un trio à présent, équipe Masen!"
Bella
Quatre jours plus tard, à trois heures du matin précises nous sommes garés à l'extérieur de l'arsenal à Kinser. Edward doit être l'une des premières personnes ici car il dirige la première vague de Marines vers la Corée pour l'exercice. Ils vont récupérer les armes dont ils ont besoin pour les embarquer à la base de l'air Force de Kadena.
Je suis derrière le volant bien que mon ventre essaie de m'en empêcher, je peux encore conduire. Edward fait craquer ses doigts, sa mâchoire se crispe et se relâche à chaque fois qu'il soupire.
"Je déteste ça."
"Je sais".
"Je n'arrive pas à croire qu'il faut que je te laisse."
"Tu ne me laisses pas, tu vas travailler."
"Bella…"
"Edward…" Je l'imite en essayant vraiment de garder de la légèreté parce que si je me laisse ramollir il aura un AVC. Il va me manquer terriblement. Je déteste qu'il parte pour les sept prochaines semaines de notre vie mais c'est ainsi. Il n'y a pas grand-chose que nous puissions faire à ce sujet à moins que mon travail se déclenche maintenant. Et ça ne résoudrait rien parce que non seulement le bébé serait né trop tôt mais Edward devrait toujours partir pour la Corée après ses dix jours de congés de paternité.
Il s'appuie contre le repose-tête.
"Un baiser et puis vas y. Plut tôt tu partiras plus vite tu me reviendras."
"C'est un tas de merde."
J'acquiesce. "Ça l'est, mais j'essaie de te faire sourire." Ensuite je me rends compte que je peux lui faire un meilleur cadeau.
Je prends sa main. "Ici. Ta petite cacahuète envoie du morse."
Du coup je gagne un sourire alors qu'il pose sa paume sur des mouvements indistincts du coude ou du genou, de la main ou du pied qui s'agite au niveau de mon nombril.
"Je t'aime tellement mon petit combattant," murmure-t-il avec un baiser. "Sois sage avec maman."
Je prends une profonde inspiration et ravale la boule qui remonte dans ma gorge. Il trouve mon regard et essaie de me faire un sourire.
"Je dois y aller."
"Oui tu dois. Nous attendrons jusqu'à ce que tu reviennes, papa."
Il appuie son front contre le mien. "Je t'aime Clémentine."
"Je t'aime." Je caresse ses lèvres avec les miennes en savourant son goût. "Allez!"
Les jours continuent à passer. Il m'appelle tous les soirs, au moins nous sommes dans le même fuseau horaire. Visiblement tout se passe bien pendant leur exercice mais il ne peut pas m'en dire plus… secrets et tout ça, je suppose.
Je ne sais pas qui a inventé Skype mais je suis très reconnaissante que ça existe. Au moins de cette façon Edward peut 'garder ses yeux sur moi' comme il le dit lui-même.
Ce soir je suis étendue sur le canapé avec l'ordi sur les genoux. Ma chemise est remontée jusqu'à mon soutien-gorge ainsi il peut voir mon ventre. Le bébé est assez gros et quand il se déplace pour être plus à l'aise dans son petit espace tout mon ventre ondule au ralenti, c'est hilarant.
"Qu'est-ce que tu me manques."
"Tu me manques aussi chéri. Trois semaines sont déjà passées plus que quatre…"
Il opine mais plisse le visage, paraissant inquiet. "Comment ça s'est passé aujourd'hui?"
Je fais un petit mouvement d'épaule en repensant aux moments doux amers qui remontent.
"Maman et papa ont appelé plus tôt pour voir si tout allait bien. Et j'ai été un peu émotive."
"C'est compréhensible. Je souhaiterai être avec toi."
"Je sais. J'ai eu un entretien avec le petit après le déjeuner." Je souris, en me souvenant combien le bébé a été actif pendant que je lui parlais plus tôt dans l'après-midi. Je raconte à Edward.
"Je n'ai pas trop le moral aujourd'hui, cacahuète. Il y a quatre ans ton grand frère est devenu un ange." Je frotte l'endroit où je sens qu'il y a du mouvement alors que les larmes me montent aux yeux pour la troisième fois aujourd'hui. "Et même si je ne l'ai jamais entendu ni rire ni pleurer, je l'aime tous les jours. Je suis sûre qu'il surveille que tu grandisses bien pour devenir fort, et pour que tu puisses rire et pleurer pour papa et moi bientôt, très bientôt."
Je ne réalise pas que je pleure avant d'essuyer une larme salée de mes lèvres.
"Bella…" la voix de mon mari est en souffrance, en accord avec ma tristesse.
"Désolée." Je secoue la tête, en essayant de sourire. "Je ne pensais pas que ça allait arriver de nouveau."
"S'il te plait ne t'excuse pas." Il se frotte le visage. "C'est l'une des raisons pour lesquelles je déteste être loin. La semaine dernière avec l'anniversaire de Mike et ça aujourd'hui."
"Je vais bien, vraiment." Je chasse les larmes restantes.
" Quoi qu'il en soit ce que tu as dit au bébé était parfait."
Je hoche la tête en prenant une respiration tremblante prête à partir vers des pensées plus joyeuses. "Je suis sortie diner avec Emmett et Rosalie ce soir pour célébrer la fin de l'année scolaire. Elle s'envole dans quelques jours pour la baby shower."
"J'aurai souhaité que tu lui laisses prévoir quelque chose pour toi aussi."
"Non ce n'est pas nécessaire. Nous avons déjà l'essentiel plus le lit de voyage et le linge pour le lit. Je préfère attendre pour voir ce que nous aurons avant que les gens dépensent de l'argent pour des vêtements et des affaires neutres. Et la faculté de Kinser m'a donné une carte cadeau aujourd'hui! C'est suffisant pour acheter le fauteuil à bascule que je voulais pour la chambre du bébé. C'est super non?"
"C'est vraiment très gentil de leur part." Il plie son bras pour regarder sa montre. "Bon écoute, il se fait tard, chérie, il faut que tu te reposes et il faut que je me lève dans quelques heures."
"D'accord. Tu me manques Major."
"Tu me manques aussi." Il fait une moue avec ses lèvres et embrasse l'air. "Appelle-moi après que tu te sois installée chez Riley."
"Je le ferai. Je t'aime."
"Je t'aime aussi. Bonne nuit."
Je mets fin à l'appel et enroule mes bras autour de mon ventre alors que le bébé gigote à nouveau.
Quatre ans.
Ma tête tombe sur l'accoudoir du canapé. La vie n'aurait pu être plus différente si mon fils était arrivé à terme. Et si Mike n'était pas allé régler ce conflit domestique.
C'est douloureux de se dire que tout arrive pour une bonne raison. Au milieu de toute cette peine on ne cherche pas la lumière. En fin de compte Mike ne méritait pas de mourir. Et si les médecins et moi avions eu connaissance de mon état, le bébé aurait pu survivre.
Mais en fin de compte nous ne pouvons pas continuer à nous poser des questions puisque Dieu a décidé.
C'est arrivé. C'était tragique. Mais ici et maintenant j'ai un mari précieux et compatissant, généreux et aimant, un bébé sain et beau qui arrivera dans moins de deux mois et qui continue à grandir à l'intérieur de moi.
Je suis vraiment bénie.
L'amour qu'on ressent pour une personne n'est jamais remplacé par l'amour qu'on ressent pour une autre, le cœur dans sa force infinie continue à s'agrandir pour faire plus de place.
Et c'est ainsi que je continue d'avancer. La vie - remplie de joies et de peines - continue.
Le jour suivant je prépare deux sacs de vêtements et vais vers les tours Foster pour m'installer avec Riley et Kalia. Après le dîner Riley veut discuter des règles de base.
"A vrai dire je n'y connais pas grand-chose à tout ça, le travail, tout ça, juste ce que j'ai vu dans les films alors à moins que tu veuilles que je me présente avec une pile de journaux et de l'eau bouillante, je vais avoir besoin de ton aide."
Je pince mes lèvres pour ne pas lui rire au visage. Un autre puissant agent d'approvisionnement et de logistique ici. Ça continue.
"Voilà Bella c'est pour toi." Il me tend une cloche. Une cloche d'école comme celle de La petite maison dans la prairie. Oh seigneur!
"Riley… où diable as-tu déniché ça?"
"Le BS de Kadena. Il y a tout dans ce putain d'endroit."
"Rileeeeey!" hurle Kalia.
"Punaise… DESOLE, désolé. Merde," marmonne-t-il en écarquillant les yeux. "PUT…."
Il fouille dans son pantalon et en sort deux dollars puis se dirige vers la table de la salle à manger et les met dans un panier qui est au centre de la table. On dirait le panier d'offrande qui passe parmi les fidèles à l'église. Il ne manque que les enveloppes paroissiales hebdomadaires.
"J'ai mis plus au cas où j'en lâche davantage pendant cette conversation," admet-il pour Kalia qui hoche la tête. "Je suis un peu fatigué, il va falloir que tu me donnes un peu de marge de manœuvre…"
"C'est bon pour moi. Plus tu jures, plus souvent on sort pour dîner," rit-elle en roulant des yeux, en rougissant.
"Hey je fais beaucoup mieux que lorsque nous avons commencé à Hawaii. Au début on a pu y aller tous les soirs pendant une semaine."
"C'est vrai. Nous sommes allés à Boots et à Kimo presqu'à chaque repas l'été dernier."
Alors que je commençai juste à apprécier cette discussion entre eux, l'attention de Riley revient à moi.
"D'accord alors tu dois être sincère Bella. Si tu ne te sens pas bien, bizarre ou que tu aies n'importe quelle douleur tu dois me le dire immédiatement. Vous avez tous mes numéros de téléphone. Si je ne suis pas au bureau, l'appel sera transmis et je l'aurai quand même."
Il nous regarde directement jusqu'à ce que nous hochions la tête. Le Major Biers en action.
"D'accord. Alors Bella si tu as besoin de quelque chose mais si tu es trop fatiguée ou quoi que ce soit d'autre, il te suffit d'agiter cette cloche et j'accourrai."
"Comme M. Belvédère?"
"Ah qui connait M. Belvédère?" Il penche la tête, un petit sourire en place.
"Les rediffusions à la télé. Et quoi qu'il en soit je vais te demander de prendre l'accent anglais si tu m'obliges à agiter cette cloche."
Il répond du tac au tac. "Allez Kalia. Allume la télé. Vieil épisode!"
"Ok détends-toi Mary Poppins."
Nous commençons tous à rire au tour ridicule qu'a pris cette conversation.
"Mais sérieusement, toi et ce bébé êtes sous ma garde, madame Masen. Je n'ai échoué qu'à une mission avant, et ça m'a coûté tout. Je ne vais pas laisser ça se reproduire."
Je suis surprise par l'horrible et soudaine déclaration de Riley mais avant que je puisse dire quelque chose, la sonnette retentit et c'est Senna, la prof qui aide Kalia.
Même si l'école a fini cette semaine, l'enseignante de Kalia a conseillé à Riley de continuer ses cours particuliers afin qu'elle ne perde pas tout pendant l'été. Senna l'a aidée considérablement à s'améliorer au cours des cinq derniers mois, alors elle a accepté de travailler avec Kalia pendant l'été.
La posture de Riley se raidit dès que Senna ente. Il s'excuse, se dirigeant vers le balcon avec une bière. Je discute avec Senna pendant quelques minutes alors que Kalia rassemble ses livres, avant de prendre une bouteille d'eau et de rejoindre Riley à l'extérieur.
"Ça te dérange, si je m'assois avec toi?"
Il étend sa main. "Vas y."
Leur appartement est au neuvième étage de la tour, ils ont une vue fantastique sur la mer quand vous regardez au-delà de Okinawan life off Route 58. Je constate que la vue depuis le balcon de mon ancien appartement me manque. Cet endroit était super pendant les quatre mois où j'ai habité là-bas mais il n'y a rien de comparable au fait de vivre avec Edward.
"Je dois te dire quelque chose."
Il prend une longue gorgée de sa bière et hoche la tête. "D'accord."
"Cela m'a vraiment dérangé que tu dises avoir échoué lors d'une mission antérieure." Silence, il gratte l'étiquette de la bouteille de sa bière. "Riley ... tu n'as pas failli vis-à-vis de Nalani."
"Non?"
Je ferme les yeux en secouant la tête. "Comment peux-tu dire cela? Tu élèves sa petite sœur tout seul en ce moment. Ne penses-tu pas que tu fais tout ce que Nalani t'avait demandé?"
"Je n'aurais pas dû prendre aussi longtemps pour rendre les choses officielles avec elle. Nous aurions pu commencer une vie ensemble depuis des mois, même une année, mais ma peur de l'engagement m'en a empêché. Si nous avions déjà été mariés, peut-être qu'elle ne serait pas sortie cette nuit-là. Si j'avais été un homme meilleur, elle serait toujours en vie." Il crache ces derniers mots et c'est un coup de poing dans mon ventre.
"D'où vient tout cela? Il n'y avait pas moyen de prédire ce qui aurait pu arriver cette nuit-là. Tu ne peux pas te torturer en pensant que les choses auraient été différentes si vous étiez mariés."
Il ne répond pas alors je ne pousse pas davantage. Quelques minutes plus tard, la porte coulissante s'ouvre.
"Riley, puis-je aller avec Senna sur les bancs de pique-nique dans la cour et faire mon travail là-bas? Il fait trop beau pour rester à l'intérieur."
"Oui c'est bien."
"Merci!"
"Mais prends de la crème anti-moustiques et du dessert pour elle et toi. Et de l'eau!" Il continue longtemps après qu'elle ait fermé la porte derrière elle.
Normalement, je ne souhaite pas intervenir mais je décide de me lancer ayant été témoin du comportement étrange de Riley à plusieurs occasions.
"Puis-je dire autre chose?"
"Vas y."
"Est-ce que ce dégoût de toi-même à quelque chose à voir avec Senna?"
Il me regarde dans les yeux. "Pourquoi penses-tu cela?"
Je hausse les épaules. "Tu es différent quand elle vient. Tu te transformes en cet anti-Riley qu'aucun d'entre nous ..."
"Aucun de nous? Qui c'est 'nous'?"
"Moi, Kalia ... Je pense que Em et Rose l'ont remarqué à un moment donné."
"Qu'est-ce que Kalia a dit?"
J'ouvre ma bouche pour parler mais il dit.
"Et quand?"
"Elle l'a mentionnée pour la première fois en mars. Elle a dit que tu deviens tout silencieux quand Senna arrive. Et tu le fais." Je penche mon visage pour essayer de saisir son regard.
"Tu agis différemment quand elle arrive. Je pensais juste peut-être il y avait ... quelque chose là."
Il secoue la tête. "Nahh, je suis juste en train de lutter avec de la merde dans ma tête. Si j'agis différemment près d'elle, c'est juste une coïncidence."
Je hoche la tête, en prenant une gorgée d'eau pendant que passe une autre minute de silence. "Très bien. Eh bien, écoute... Je suis ici si jamais, tu sais... tu as besoin de discuter…"
Il mord sa lèvre inférieure et penche la tête.
Je décide de retourner à l'intérieur pour allumer mon ordinateur portable mais il tend le bras pour me retenir.
"Pensez-vous qu'elle l'ait remarqué?"
"Qui? Senna?"
Il hoche la tête.
"Ummm, probablement pas. Elle pourrait juste penser que c'est ta personnalité si c'est le seul côté que tu lui aies montré, Ri."
Il enveloppe sa paume autour de son cou et presse à maintes reprises.
"Je ne veux pas être un con."
"Alors ne le sois pas," murmuré-je. "Nous savons combien tu es génial, chéri. Et nous savons combien tu aimes Kalia. Il n'y a pas de raison de ne pas montrer aux autres combien tu est étonnant."
Il est calme... en réfléchissant à mes paroles, j'espère.
"Merci, Bella." Il lâche mon bras, mais pas avant que je tapote sa main de façon rassurante en revenant à l'intérieur.
Je souris à moi-même.
Petits pas. Itty, Bitty … petits pas.
Il n'y a que dix mois. Il sera prêt quand il sera prêt.
Edward
Alors que je vérifie la main d'oeuvre et les fournitures pour l'exercice de demain, mon portable sonne.
"Major Masen".
"Mon chéri?"
"Hé, ma jolie. Qu'est-ce qu'il y avec ta voix?"
"Uhh, je suis un peu à l'hôpital."
Je me redresse de ma chaise "Tu es en travail? Seigneur! Je viens tout de suite!"
"Attends, attends. Non, ce n'est pas du travail mais je vais bien et le bébé aussi!"
"Eh bien, que s'est-il passé? Es-tu malade? Est-ce que Riley est avec toi?" Je lâc he mes questions sans respirer.
"Ouais, Riley est là et je ne suis pas malade, juste un danger pour moi-même. Tu vas vraiment rire…"
"J'en doute vraiment." Seigneur tout-puissant, mon putain de cœur claque comme un fou dans ma cage thoracique. "Dis-moi juste ce qui est arrivé."
"Il y a un carnaval au Camp Foster aujourd'hui et demain. Riley et moi avons pris Kalia et quelques-unes de ses amies cette après-midi. Alors que les filles étaient en ligne pour un tour, j'ai dit à Riley que je devais tester mon taux de glycémie vu que j'avais mangé un peu plus tôt. Nous étions garés juste à côté, donc cela ne m'a pris qu'une minute pour revenir à la voiture. J'ai ouvert la portière pour prendre ma trousse de test qui était sur le siège du passager." Je l'entends respirer profondément." Nous étions garés un peu en pente et je suppose que je n'ai pas poussé la portière suffisamment, alors elle est revenue sur moi, me poussant en avant et je me suis cogné le nez sur le montant de la porte."
"QUOI?!"
"Je pense que je me suis cassé le nez. Au moins, il me semble que je l'ai fait".
"Tu te moques de moi, Bella!?"
Elle gémit. "Ne sois pas en colère contre moi. Ça fait vraiment mal!"
Je passe l'appel sur haut-parleur et tiens ma tête entre mes mains. Cette fille essaie de me tuer.
"Je ne suis pas en colère contre toi."
"C'était comme dans Les Trois Corniauds*, je le jure. La portière m'envoie valser contre le montant."
"Alors, que s'est-il passé ensuite?"
"Riley est venu me chercher quelques minutes plus tard quand je ne suis pas réapparue. Il m'a trouvé en pleurs avec le nez qui saignait."
Je secoue la tête en me mordant la langue.
"Allô?"
"Alors, tu es aux urgences?"
"Oui."
"Mets Riley sur haut parleur."
"Oui, mon gars." Riley a l'air aussi drainé que moi.
"A quel point est-ce mauvais?"
"Eh bien, le saignement de son nez s'est arrêté. Elle a un coupure sur la crête où elle a touché le montant."
"Et c'est vraiment cassé?"
"Un peu gonflé en ce moment. Ils vont probablement faire une radio pour nous en dire plus. Désolé, je n'étais pas là."
"Pas de ta faute. Est-ce que tout ira bien? Kalia va bien? "
"Ouais, nous allons bien. J'essaie juste de garder ta femme en un seul morceau…" se moque-t-il en ajoutant : "Ce n'est pas facile."
"Ne m'en parle pas", dis-je. "Merci de la surveiller. Peux-tu me la repasser?"
"Bien sûr. Reste calme là-bas. Le bébé est toujours au chaud."
"Merci, Ri."
"Salut chéri."
"Si je te demandais de t'envelopper dans du papier bulle et de t'asseoir dans une chaise pendant les trois prochaines semaines, voudrais-tu m'écouter?"
"Est-ce que tu me mets hors jeu?"
"J'essaie."
Elle ne répond pas immédiatement.
"Je suis vraiment désolée."
Je déglutis et secoue la tête avant de répondre. "Je sais que tu l'es. Et je sais que tu ne voulais certainement pas faire cela. Juste s'il te plaît, sois prudente. Je meurs d'inquiétude ici, Bella."
"Je sais." Elle s'arrête avant de continuer. "Puis-je t'appeler plus tard ce soir?"
"Bien sûr. Tu me donneras les résultats de la radio, d'accord?"
"Oui. Je t'aime".
"Je t'aime aussi."
Je termine l'appel et me penche dans ma chaise, enfonçant mes doigts dans mes yeux.
Quinze jours de plus. Nous pouvons le faire.
Peut-être qu'on va y arriver.
De façon étonnante les deux prochaines semaines filent assez rapidement. Avec le général Kessler aux commandes, les marines semblaient plus nets, occupés - l'enfer, même au-delà de leurs fonctions - et nous avons terminé la mission avec des résultats stellaires.
Après avoir détesté chaque minute de séparation avec Bella, au moins mon rapport aura des remarques brillantes.
Nous avons un vol en douceur vers Oki. C'est le trajet en bus de Kadena à Kinser qui traîne.
Seigneur, allons-nous prendre chaque feu rouge sur la 58?
"Un peu anxieux, monsieur?" Les marines autour de nous rient à la pique du caporal Malcom quand ils voient ma jambe rebondir de manière incontrôlable.
"Fais gaffe, Malcom. Ou bien, je demanderai une formation pour cinq heures demain matin".
Le bus entier gémit et quelqu'un jette une serviette à la tête de Malcom.
"Il est sur le point de devenir papa, Mal. Le Major est autorisé à être anxieux."
J'acquiesce. "Merci, Jensen. Aucun devoir pour vous pour le reste de cette année."
Des sifflements et des cris éclatent alors que nous entrons sur le même parking que nous avons laissé il y a sept semaines. Je cherche notre voiture mais ne peux pas trouver Bella dans la foule.
Mes marines sortent du bus, beaucoup tombent dans les bras en attente de leurs conjoints et de leurs enfants. Certains dans la foule ont des décorations, quelques-uns ont des drapeaux. Ce n'est certainement pas autant d'enthousiasme que quand les marines reviennent de la guerre mais c'est un accueil chaleureux.
Je suis le dernier à sortir du bus, un sourire en place pour la fanfare familiale, mes yeux toujours en train de chercher. Je me retourne pour laisser savoir au caporal du Moteur T qu'il est libre de ramener le bus au dépôt quand je ressens une pression sur mon bras.
"Bienvenue, Edward!"
Kalia.
"Eh bien, ma belle, tu m'as manqué." Je lui fais un câlin et la regarde à nouveau. "Je suppose que tu es le messager."
Elle hoche la tête avec un grand sourire. "Nous sommes arrivés un peu en retard et Riley a dû se garer loin. Il ne voulait pas que Bella marche avec cette chaleur."
Je jette mon sac sur mon épaule. "Ton frère est un homme intelligent. Montre le chemin."
Après avoir manœuvré dans la foule, je vois Riley debout à côté de la voiture, la main en l'air. A mesure que nous approchons, Riley fait le tour de la voiture pour ouvrir la portière de Bella et l'aider à sortir.
Son sourire est rayonnant. Skype ne rend pas justice à ma femme. Seigneur, elle est magnifique.
"Regarde-toi." J'enveloppe mes bras autour d'elle alors qu'elle enfouit son visage dans mon cou autant qu'elle le peut et ça me fait rire.
"Tu es un peu plus loin que la dernière fois que nous avons fait cela."
Elle ricane et me serre plus fort. "Je suis gigantesque. 14 kilos et des poussières. Ce bébé va sortir en ayant l'air d'avoir sept mois…"
Nous rions tous deux avant que j'embrasse ses douces lèvres. Nous ne le faisons pas trop à cause de Riley et Kalia mais une fois à la maison, tous les paris seront ouverts.
"Arrête. Tu es en bonne santé et magnifique et le bébé le sera aussi!"
Je recule pour bien regarder son visage, son nez, précisément. Elle le couvre immédiatement.
"Ne regarde pas! Tu m'embarrasses," gémit-elle. "Est-ce vraiment moche?"
"Je peux voir une petite marque rouge où était la plaie mais ça a l'air très bien. Je ne vois aucun changement."
"On dirait qu'il n'est plus aussi droit." Elle se moque avec son doigt mais je suis perplexe et secoue la tête.
"Je vais devoir te croire. Pour moi, tu es parfaite." Je me penche et je l'embrasse une fois de plus avant de me tourner vers Riley.
"Merci pour tout, mon frère." Je serre la main de Ri et nous nous prenons dans nos bras, sachant que c'était un défi pour tout le monde.
Riley sourit, dirigeant sa réponse vers Bella. "A l'exception de quelques petites crises cardiaques, nous avons bien réussi".
"Hé, nous savons tous que le nez brisé n'était pas de ma faute. Et le pneu crevé qui nous coincées, Kalia et moi, sur Kadena n'était certainement pas ma faute!"
Riley et moi nous serrons la en nous rappelant cette folie.
"Les gars de Makimanato ont trouvé deux ongles dans ce pneu, et vous le saviez toute les deux!"
"Et le yakisoba?" Riley ajoute.
"Oh, l'étouffement avec le yakisoba était à peine un incident," se défend Bella alors que nous nous installons dans la voiture climatisée. "J'ai recraché le pois, n'est-ce pas?"
Riley regarde dans le rétroviseur vers ma femme. "Pas avant que quatorze autres cheveux repoussent ici même sur ma tempe…" Il pointe vers son oreille droite. "Si tu regardes très étroitement, le motif qu'ils font est le mot B-E-L-L-A."
Bella fait claquer sa langue en secouant la tête. "Peu importe mec!"
Nous arrivons à notre maison de ville en nous disant au revoir. Bella embrasse Kalia alors que Riley et moi nous sortons ses sacs du coffre.
"Vraiment, je te remercie encore. Je sais qu'elle t'a fait devenir fou mais cela m'a fait du bien de savoir qu'elle était entre tes mains."
"Nahh, elle a été géniale. Elle nous a aidés un peu Kalia et moi, en fait. Nous avons beaucoup ri." Il regarde les filles avec nostalgie. "Cela ne nous est pas arrivé suffisamment au cours des onze derniers mois…"
Il me tape dans le dos et gagne un dernier câlin de Bella avant de partir.
Home, sweet home... enfin. Il est temps de rattraper les sept semaines perdues avec ma femme.
...
*Les Trois Corniauds ou Les Trois Stooges au Québec (The Three Stooges) est un film américain de Peter et Bobby Farrelly, sorti en 2012. « Déposés » à un orphelinat tenu par des religieuses, les trois Stooges Moe, Curly et Larry sont abandonnés. Élevés par les sœurs, ils entament alors une série de bêtises qu'ils poursuivront une fois adulte. Se rendant compte de la difficulté de l'orphelinat à éviter la faillite provoquée par leurs bêtises, les Stooges, ayant atteint la trentaine, décident de venir au secours de l'établissement. Ils entament alors une aventure pleine de rebondissements et de scènes comiques, tels qu'on pouvait les voir dans les séries du xxe siècle.
