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J'ai ouvert la porte à Edward.
"Jack est là ?"
"Tu es venu ici pour ma fille?" Je l'ai regardé, un peu décontenancée. Il était en noir aujourd'hui, casquette à l'envers, boucles trop sauvages, pantalon trop bas, mignon comme tout. "Comment as-tu su où nous vivons ?"
"Elle me l'a dit. Elle a dit que tu ne la laisserais pas aller au parc toute seule, même si ce n'est qu'à trois pâtés de maison, alors je me suis dit que je viendrais la chercher. Je t'évite la marche."
"La marche ne me dérange pas." C'est de traîner sur des voitures puantes, à m'ennuyer pendant des heures, qui est un peu nul."
"Tu pourrais essayer une planche, tu sais ? Si l'enfant est si bon, sa mère pourrait être encore meilleure."
J'ai ri tout haut. "J'en doute."
"On ne sait jamais tant qu'on n'a pas essayé..."
"Je suppose qu'on ne le saura jamais. Jacy !" J'ai crié dans l'escalier et j'ai entendu ses pieds toucher le sol avec un bruit sourd au-dessus de ma tête. Elle est arrivée en bondissant dans l'escalier, totalement essoufflée avec ses cheveux tout sauvages.
"Edward !" dit-elle en haletant. "Je ne pensais pas que tu viendrais !"
"Tu dois me faire confiance un peu plus que ça, Jack." Il a tendu la main pour un petit 'tope- là', et Jacy a claqué sa paume avec un sourire sur son visage.
"Je peux y aller ?" me demanda-t-elle, les yeux brillants. Elle avait le béguin.
Toi et moi, mon petit.
"Je ne sais pas. C'est un peu loin et si quelque chose arrive..."
"Il faut me faire plus confiance que ça, B." Edward m'a fait un sourire.
J'ai jeté un regard furieux sur Jacy. "Tu lui as dit ?"
"Non, je lui ai dit la première lettre. Il doit deviner le reste."
Edward m'a fait le sourire le plus insolent que j'aie jamais vu. "Et vu que tu as appelé ta fille Jack, je parie que tu t'appelles... Ben."
"Presque... mais pas tout à fait."
Jacy a fait un couinement que seuls les chiens peuvent entendre.
"Ok, très bien !" Je lui ai fait un signe de la main. "Mais écoutez-moi." J'ai pointé vers elle puis vers Edward.
"Tous les deux. Je te veux à la maison pour cinq heures. Je veux que tu sois prudente. Je veux que tu te souviennes de ce que j'ai dit sur les garçons."
"Qu'as-tu dit à propos des garçons ? " demanda Edward.
"De leur donner un coup de pied entre les jambes et leur dire que je suis meilleure qu'eux," répondit Jacy sérieusement.
Edward a étouffé un rire en lui souriant. "Légitime. Tu devrais faire ça."
"Ça va aller, maman."
"Je sais," soupirai-je.
"Je la ramènerai avant cinq heures. Parole de scout." Il a levé trois doigts.
"Ça c'est Star Trek."
"Oups." Il a recollé les doigts. "Je n'ai jamais été scout."
"Je suis allée avec les filles scout pendant environ trente-cinq minutes puis j'ai arrêté," dit Jacy, avec un air fier, en se glissant dans ses chaussures.
"Merci mon Dieu pour ça," lui dis-je. Il n'y a pas de pire jugement maternel que le jugement de la mère de la troupe.
"Allons-y," dit Edward avant de monter sur sa planche et de se lancer dans les six marches du porche, en se posant avec un grognement et en roulant sur le trottoir. J'ai attrapé Jacy par son tee-shirt, au moment où elle s'apprêtait à descendre les marches à sa suite.
"Ne t'avise pas..." sifflai-je. "Pas encore."
Elle m'a embrassé sur la joue et a descendu les marches en claquant la porte, pour le rejoindre sur la route. Avec un "A plus tard, Ben !" et un signe de la main d'eux deux, ils étaient partis.
J'ai fermé la porte, en m'accrochant à son baiser sur mon visage.
