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J'essayais d'apprivoiser la chevelure monstrueuse de Jacy, en me tenant derrière elle alors qu'elle vernissait ses ongles de pied, toutes les fenêtres ouvertes pour neutraliser l'odeur. Les roulettes d'Edward avaient roulé à toute allure dans la rue toute la soirée, la distrayant de ses devoirs et moi de tout le reste. Surtout des maths.
Le roulement s'était finalement arrêtée il y a vingt minutes et je m'étais déjà mise à me reprocher d'avoir manqué la chance de courir dehors en pantoufles et de lui parler sous un lampadaire, comme si j'avais quatorze ans, et ceci était un film que je vivais. Le bandage sur l'épaule de Jacy s'est accroché dans la brosse à cheveux.
" Aïe ! Maman !" se plaignit Jacy. "Fais attention."
"C'est une bonne chose que tu n'aies pas eu besoin de points de suture aujourd'hui - ça aurait sérieusement entamé l'argent pour ma glace et tu sais comment je me débrouille quand il n'y a pas de glace...". J'ai passé la brosse dans ses boucles, en essayant de ne pas tirer trop fort.
"Tu essaies de me dire que tu veux aller manger une glace ?" Jacy m'a regardé dans le miroir et j'ai hoché la tête mais ensuite je l'ai secouée.
"Oui. Et non, parce que je le pense vraiment. Pas de points de suture, ok ? Pas de plâtre. Pas d'yeux au beurre noir."
"C'est tout ?" Elle s'est mise à souffler. "Et les éruptions cutanées ? Ou les commotions cérébrales ? Ou une rupture de la rate ?"
"Est-ce une possibilité ?"
"Edward le dit."
"Rien de tout cela. Peut-être qu'on devrait trouver un passe-temps avec moins de chance de rupture de la rate."
"J'aime ça, maman. Et je suis douée pour ça."
"Je sais que tu l'es, c'est ce qui me fait flipper. Un équilibre sur les mains... en seulement trois jours, c'est un peu exagéré."
"Ça va aller. Je promets de ne rien me casser."
"Bien, parce que j'aime vraiment ton visage en un seul morceau, ok ?"
Jacy est restée silencieuse pendant un moment, supportant mon tourment avec une expression pensive sur le visage. Quand elle fronçait ses sourcils, elle ressemblait à Jake quand il avait un problème.
"Il t'aime bien."
"Qui ?"
"Edward, enfin." Elle a roulé des yeux vers moi.
"Pourquoi tu dis ça ?" Je lui ai posé la question avec attention, me demandant ce qu'elle allait dire.
"Il a dit que tu sens bon. Et que ton nom est probablement Bella."
"Tu lui as dit ?"
"Non. Il t'a appelée 'ma belle'."
"Ce n'est pas mon nom."
Elle a haussé les épaules, tout comme Edward. "Je lui ai dit que s'il pensait cela de toi, alors il connaissait déjà ton nom."
"Et il a dit Bella ?"
"Il est intelligent."
"Tu le connais à peine."
"Je le connais mieux que toi."
"Je sais. C'est bizarre."
"Pourquoi c'est bizarre ? Parce que c'est un garçon ?"
"Ce n'est pas un garçon, Jack. C'est un mec. Et tu es une enfant."
"Ne m'appelle pas comme ça. Il a dit qu'il voulait enseigner à sa nièce mais elle déteste se salir."
"Il m'a dit ça aussi. Sauf que c'était du ballet."
"Même chose."
"A-t-il dit autre chose ?"
"Oui, il m'a dit de m'amuser chez grand-père et de danser pendant que j'y suis, puisque je ne peux pas y prendre ma planche."
"Il t'a dit de danser ?"
"Oui, il a dit que ça aiderait. Allons chercher une glace."
