Auteur : kitsu34
Origine : Saint Seiya
Couple : Une touche d'Aiolos x Saga
Disclaimers : Rien à moi dans l'univers de Saint Seiya...
Note : Voici l'épilogue de cette fic. Je le voulais plus positif que ces derniers chapitres afin d'ouvrir sur autre chose, un futur possible, et d'offrir un peu d'espoir et de joie aux personnages. Aux lecteurs aussi… Il répond au prologue qui a vu le jour il y a plus de dix ans à présent. La « boucle vers le bas » est bouclée : dois-je poursuivre avec la « boucle vers le haut » ? Je me tâte... Merci à tous de votre soutien et de vos commentaires, ils m'ont été précieux tout au long de cette histoire.
Bonne lecture !
Note 2 : Le poème en ouverture et fermeture du chapitre s'intitule « L'Ennemi » et est extrait de la section Spleen et Idéal des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire.
I Kato Volta / La descente sans fin
Epilogue – Renouveau
Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils
.
Au commencement de tout, il n' y a rien. L'apaisement règne en maître et s'étend, se dilate paresseusement. Tout est silence ouaté. Tout est ténèbres profondes et protectrices. Rien ne s'entend et rien ne bouge. Rien ne respire. C'est le sommeil sans fin.
.
Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.
.
Et soudain le déchirement retentit et la souffrance s'abat. La paix disparaît comme un voile que l'on arrache. Le cri fuse dans l'espace noir et retentit longuement. C'est un cri de mélancolie noire et poignante, de désespoir absolu. Le cri d'une énergie violente qui s'allume dans l'obscurité en grands rayons de flammes. C'est le hurlement de négation et de refus d'un être devant le recommencement.
L'énergie déchirée se débat de toutes ses forces pour ne pas être à nouveau enfermée dans un corps. Son feu brûlant se déploie en éclairs tranchants qui illuminent le noir opaque et sourd l'environnant. Mais rien n'y fait. Inexorablement, la vie s'est mise en marche. Et malgré ses efforts et ses cris, l'énergie violente se sent absorbée dans un nouveau corps qui la brûle et la déchire, par cette vie nouvelle qu'elle rejette frénétiquement.
La souffrance irradie et la pénètre, la tord dans tous les sens et la jette à terre, haletante, à bout de souffle, perdue. Plus elle lutte et plus elle souffre. Les liens qui la relient à sa nouvelle enveloppe se tendent comme autant de chaînes.
A mesure qu'elle se fond avec elle, sa nouvelle enveloppe lui transmet la peine et la douleur qu'elle provoque en se rebellant. Les muscles se contractent à l'extrême, à se rompre, et le corps s'arque, se tend, convulse et s'agite. Le sang circulant sous la peau bouillonne et se charge de chaleur la transperçant comme un million d'aiguilles acérées. Les poumons se gonflent et se vident par à-coups brutaux, brûlant et dévastant la gorge. L'estomac se soulève et se noue sur le vide douloureux. Les yeux se remplissent de larmes qui débordent sans retenue.
Pantelante, éperdue, vaincue, l'énergie pleure sa détresse et son désespoir. Elle ne veut pas recommencer… Elle veut oublier la souffrance, la détresse de cette autre vie, où elle a touché le fond du désespoir et de la folie. Elle veut juste dormir de ce sommeil de mort paisible et apaisant.
Sous la morsure des liens, de plus en plus courts, qui l'enserrent sans pitié, l'énergie ligotée se débat de plus en plus faiblement. Son embrasement s'atténue et s'affadit. La résignation la gagne. Encore une fois, elle n'aura pas le choix. A vrai dire, elle ne l'a jamais eu. Alors dans les larmes, dans les cris de refus, elle se soumet, éperdue, à nouveau.
A contre-cœur, forcée par l'inéluctable, elle déploie enfin sa puissance rayonnante et harmonise sa fréquence avec celle de son corps. Elle irradie, pulse et se loge dans le cerveau d'où elle s'étend, de plus en plus lumineuse, de plus en plus forte, à toutes les particules de son enveloppe. Elle anime soudain les poumons d'une respiration qui ne se brise plus dans la gorge et se glisse dans le cœur qui se met à battre régulièrement au fond de la large poitrine.
A l'instant où, malgré ses efforts et ses larmes, elle va disparaître et se fondre entièrement, une voix douce et bienveillante l'effleure. Une voix apaisante et protectrice, qu'elle connaît bien, qu'elle a déjà entendue et suivie dans sa vie d'autrefois.
« Reviens chevalier. Ne crains rien. Le pire est derrière toi, je te le promets. Nous avons vaincu. Il ne te reste plus que le meilleur. Il ne te reste plus qu'à vivre. »
Et soudain le doute l'étreint à nouveau, l'énergie hésite. Vivre ? Mais elle ne sait pas... Elle n'a jamais appris… La voix reprend, empreinte de tristesse, cette fois.
« Je le sais, chevalier, et j'en suis tellement triste. Pour vous tous. Pour toi. Mais tu apprendras, tu verras. Nous apprendrons tous. Reviens. Cesse de te débattre. »
Vivre… Comme autrefois ?… Reprendre cette descente sans fin vers le désespoir ?… Un flux d'images s'impose brutalement. Des images du passé, nombreuses, rapides, tranchées. Des images d'un visage aux yeux de mer sans fond, parcourus de courants profonds, à l'épaisse chevelure d'or pâle. Un visage identique au sien, contracté de chagrin et de peur au fond d'une cellule de pierre battue par les vagues déchaînées de la mer. Et l'énergie se crispe et suspend son action.
Les images se modifient et un nouveau visage apparaît. Un visage aux boucles brunes et aux yeux de jade qui posent un regard intense et profond sur lui. Un visage contracté de surprise et d'incrédulité douloureuse en découvrant le monstre qu'il a été, bras levé sur l'enfant divin dans les appartements d'Athéna. Un visage serein aux yeux fermés à jamais qu'on lui a ramené au matin de ce jour noir où tout a basculé et où sa jeunesse, sa vie d'avant, se sont achevées. La souffrance pulse à nouveau, aussi blanche, aussi terrible que celle qui l'a saisi ce matin indicible où son cœur s'est brisé devant ce visage apaisé éteint… Par sa faute… Et l'énergie se rétracte, retirant son rayonnement puissant de ce corps qui revient à la vie.
Le souffle se bloque et le corps entre en convulsions. Le cœur se ralentit inexorablement. Les muscles crient leur tension et leur douleur. Les mains battent l'air et s'accrochent désespérément à ce qu'elles trouvent à portée. Un bras. Une main.
« Je t'en prie, chevalier. Je t'en prie. Reviens. Cesse de refuser. Tu as eu ton lot de souffrances, tu as le droit au bonheur, à présent. »
L'énergie se recroqueville. Non, justement, elle n'en a pas le droit. Les ténèbres et l'apaisement sont déjà plus que ce qu'elle osait espérer. Elle n'a pas le droit d'être heureuse. Elle a failli. Elle n'a pas été assez forte. Pas assez forte pour résister...
Une voix terrible et un rire grinçant horrible jaillissent des limbes de sa mémoire. Ce souvenir affreux d'un être amputé, scarifié, souillé. Et avec la présence indicible, reviennent des images terribles qui la hantent et la terrifient. Une main plongée dans un cœur, qui se retire dégoulinante de sang… Le visage atone d'un maître dont l'esprit s'est rompu… Des visages figés d'innocents, serviteurs qui ont vu ce qu'ils ne devaient pas voir, pauvres diables qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment… Des cris s'élèvent et tourbillonnent, accompagnant ces bribes violentes de réminiscences indescriptibles. Des supplications, des imprécations, des pleurs… Tous ces vestiges d'humains brisés par sa faute, qui lui hachent le cœur et l'âme. Par sa faute. L'énergie fuit vers le néant et plonge dans le gouffre sans fin. Elle descend toujours plus vite, elle veut disparaître. A jamais. Elle n'aurait pas dû exister.
« Tu te trompes, chevalier. Tu ne pouvais pas faire plus que ce que tu as fait. Et tu n'as pas cédé, tu as lutté jusqu'au bout de tes forces. Ce n'est pas ta faute. C'est la mienne. Je n'ai pas été à tes côtés pour te secourir. Mais cette fois, je suis là pour te venir en aide. »
Une radiance violente illumine brusquement les ténèbres. Des ombres orangées douloureuses apparaissent sous les paupières et l'énergie est brutalement aspirée vers le haut par une force impérieuse et douce. La luminosité s'accroît et devient pénible. L'œil s'ouvre sous la puissance qui s'impose et la rétine brûle soudain. L'énergie ne voit rien, tout d'abord. Puis une forme se dessine, se précise, floue comme au sortir de l'eau. Un regard la heurte violemment. Un regard d'océan démonté aux puissantes déferlantes se précipitant les unes contre les autres. Son regard à lui, mâché d'inquiétude et de peine. Le regard de son frère, son miroir.
Sous le regard intense, hanté de questions et de reproches, d'émotions tremblantes et de peines contenues, l'énergie se rend. Elle irradie enfin de toute sa puissance et disparaît dans la conscience neuve qui s'éveille. Le corps s'apaise, le souffle reprend. Le cœur s'anime puissamment et le sang circule à nouveau.
Saga ouvre péniblement les yeux, les referme sous l'agression lumineuse d'une surface de pierre blanche, et les rouvre à nouveau sur le visage de son frère. Il a froid, profondément. Son corps lui fait mal. Atrocement mal, comme au sortir d'un combat intense, à mort. Il sent chaque muscle, chaque fibre de lui, douloureusement. Sa tête semble enserrée dans un étau chauffé à blanc et il ressent le battement atroce du sang marteler sans pitié ses tempes. Son estomac fait un nœud et il referme les yeux écœuré. Il va vomir, sans doute. Une voix lointaine lui parvient, comme à travers un voile de coton.
« Comment va-t-il, Kanon ? »
La voix grave bien connue éclate brusquement, très proche. Trop proche. Elle roule comme un tonnerre dans sa tête, se heurtant avec fracas contre sa boîte crânienne, le meurtrissant. Il gémit.
« Je pense que maintenant cela va aller, déesse Athéna. »
Un spasme le secoue et Saga bascule la tête sur le côté. Il a vomi. Le goût âcre de la bile lui brûle la gorge et soulève à nouveau son estomac. Il tremble.
« Je suis soulagée dans ce cas. Je vais vous laisser à présent, chevaliers. N'hésite pas à demander de l'aide à Mû pour Saga, Kanon. N'est-ce pas, Mû ?
- Oui, déesse. Je vais m'assurer que tout aille bien ici.
- Merci, Mû.
- Déesse Athéna, il ne voulait pas revenir, n'est-ce pas ? »
Le silence répond à son frère. La déesse s'éloigne doucement. Saga entend ses pas légers. Son estomac se tord à nouveau et la bile remonte dans sa gorge. Il tente de résister à cette invasion amère, mais n'a que la force de tourner à nouveau la tête sur le côté. Ses tremblements s'accentuent, ses maigres force l'abandonnent. Il se sent plonger en lui-même et la terreur aveugle l'étreint de sa main métallique. Il le savait ! Il ne veut pas recommencer ! Il ne veut pas ! Il se débat.
« Saga ! Saga ! Calme-toi ! Tout va bien, je suis là. Je suis là… Frangin... »
Saga s'apaise. Les ténèbres qui l'engloutissent ne sont pas hostiles. Ce ne sont pas les mêmes qu'avant... Et puis Kanon est là. A eux deux, ils sont invincibles, n'est-ce pas ? La main de son frère n'a pas quitté la sienne. Il peut s'endormir.
« Non, Kanon, il ne voulait pas revenir, en effet.
- Je le savais… Il voulait m'abandonner… Encore...
- Il faudra que vous parliez, Kanon. Vous avez beaucoup souffert, l'un comme l'autre. Ça prendra du temps pour que vous vous retrouviez.
- Nous retrouver ? Vous êtes optimiste, déesse.
- N'est-ce pas ce que tu désires, Kanon ? Au fond de toi ?
- Je... Je ne sais pas… »
Peut-être, oui, au fond, que j'aimerais te retrouver, frangin. Et toi ? Le veux-tu ?
La voix de son frère qui retentit doucement dans son esprit est triste. Mais elle contient aussi une note indéfinissable qui lui serre le cœur et le fait chanter soudain. Une note émue, tremblante... Pudique. Son cœur s'affole encore plus et palpite comme un petit animal chaud qui se love. Et si le renouveau était possible ? S'il était déjà en marche ?
Un mur immense, à la verticalité oppressante se dresse soudain dans son esprit. Un mur sans fondement ni fin, sculpté de deux têtes qui se contemplent et de deux ailes réunies par un cercle de métal comme un ultime aboutissement. Les douze chevaliers d'or d'Athéna se dressent en cercle face à ce mur, réunis autour du chevalier du Sagittaire qui bande son arc et projette sa flèche chargée des cosmos de ses pairs, poussés au paroxysme.
Une fraction de seconde, un esprit envahit le sien. La vibration d'Aiolos plonge en lui et l'interroge. Pris au piège de lui-même, acculé, la vérité est sur ses lèvres.
- Saga, je dois savoir. Qui a tué Chrysos ? Etait-ce toi ou Kanon ?
- Ce n'était ni lui, ni moi. C'était Bias.
- Et cette nuit-là… Est-ce que c'était toi que j'ai vu face à moi ?
- Non, ce n'était pas moi.
- A aucun moment ?
- Je… Si, cette nuit-là, j'ai été là… Quand… Quand je vous ai fait basculer, Athéna et toi dans Another Dimension.
- Et que voulais-tu me dire que tu n'as pas eu le temps d'achever ?
- Je… je… ne peux pas...
- Saga… Je suis mort cette nuit-là. Sur tes ordres. Tu ne crois pas que tu me dois au moins la vérité, enfin ?
- ...
- Nous allons mourir à nouveau de toute façon, dans si peu de temps. Que crains-tu ?
- Je… Je voulais te dire... Que je t'aimais...
La flèche se précipite contre le mur immense et délivre sa formidable énergie. La déflagration qui suit est ineffable.
L'espace s'ouvre. La lumière avale les ténèbres.
Les deux esprits liés se délient.
Au moment où l'anéantissement blanc le touche, Saga accueille la lumière avec sérénité.
Il part sans regret, cette fois.
La brève connexion a suffit.
Il lui a dit.
Enfin.
Il a le temps d'exprimer une dernière pensée, avant que le souffle puissant ne le balaie et ne le renvoie dans le néant d'où il vient d'émerger.
C'était si simple, finalement.
S'il avait su…
Il lui aurait dit plus tôt…
Peut-être que tout aurait pu être différent…
S'il lui avait dit...
Le mur s'efface doucement en lui. Ses souvenirs s'éteignent. Sa respiration s'apaise. Son corps s'engourdit. Les pas légers de la déesse s'éloignent et disparaissent. Avec la main de son frère dans la sienne, il se sent bien. A l'abri. Il va s'endormir. Il est épuisé.
Demain, il ira mieux.
Demain, il recommencera.
Peut-être avec eux.
.
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?
.
- Ô douleur ! Ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie.
.
