Cinquième défi de cette épopée, je vous présente le nouveau chapitre intitulé "Citron". Oui, de but en blanc, ça peut paraître étrange, je suis d'accord. Cette fois, apparition d'un personnage phare (des Animaux Fantastiques et d'HP), un message étrange, une révélation sur l'étrange femme stalkant Newton (n'ayons pas peur des mots aha !) et l'apparition de deux nouvelles espèces ! N'hésitez pas à me donner vos avis ! C'est avec ça que les auteurs progressent ! Merci à ma bêta pour les corrections et la relecture ! Bonne lecture à vous ! Bisous ~
Consignes : « A message from beyond the grave »
Thèmes : "Requiem", "Citron", "Snapshot"
Défi 9 : Citron (Newton Scamander)
Le vent commençait tout juste à se lever en même temps que le jour lorsque Newton atteignit le portail de Poudlard, école de sorciers perdue dans les landes écossaises. Rien n'avait réellement changé depuis tout ce temps et l'anglais se permit un petit sourire. Les souvenirs en ces lieux étaient nombreux, bons comme mauvais pour certains, et il s'autorisa ainsi quelques secondes de remémoration qui furent bien vite interrompues par une nouvelle vague de fraîcheur. D'un geste habituel, le sorcier remonta le col de son manteau bleu dans le vain espoir de se protéger des bourrasques qui s'engouffraient à travers les barreaux métalliques du portail. Prendre le train avait également été source de réminiscences. Ah ! Qu'il avait aimé cette sensation, à chaque nouvelle rentrée ! Le Poudlard Express avait toujours eu cette capacité à faire enfler en lui l'excitation des nouvelles découvertes.
En ce jour, un étrange brouillard emplissait les lieux, signe d'un hiver froid et humide. Discrètement, le magizoologiste coula un regard en biais à Ella, postée à ses côtés. Des années plus tôt, Leta se tenait à cette même place, ses yeux noisette tout aussi brillants que les siens. Mais cette fois, il était accompagné d'une jeune femme dont le caractère et l'apparence même différaient foncièrement de son amie d'enfance. Vêtue d'une chemise blanche étrangement similaire à sa peau diaphane et d'un pantalon tailleur noir que peu voyaient d'un bon œil, la jeune femme ne semblait pas dérangée par le froid malgré l'absence de manteau. Ses cheveux avaient cette fois blondi, d'une couleur si pâle qu'ils auraient pu être confondus avec l'argent. Cette pâleur mettait plus en avant encore le regard oscillant entre le bleu et le vert de sa propriétaire. Ses narines palpitaient à chaque respiration en laissant échapper un nuage blanchâtre bien vite chassé par le soupir qui franchissait des lèvres finement dessinées de la blonde. S'arrachant difficilement à sa contemplation, chose qui devenait petit à petit fort embarrassant et très étrange, Newton inspira profondément. Premièrement pour se détacher de l'étrange attraction qu'Ella semblait exercer sur tout homme dans un périmètre relativement proche - il faudrait qu'il lui demande quel élixir pouvait faire cet effet, ce n'était en rien naturel ! - mais également pour se donner un peu de courage. Il put entendre Ella soupirer à nouveau bruyamment de son côté, l'un de ses pieds tapant sur la terre battue du chemin tandis qu'ils attendaient Finnigan, le troisième membre de leur équipe.
Les voir ainsi côte à côté avait, pour le mage, quelque chose d'étrange d'autant plus en sachant qu'il s'agissait d'une situation désirée. Habituellement, les deux jeunes gens avaient tendance à attirer indépendamment les problèmes sur eux et, bon gré mal gré, à se retrouver tous deux plongés dans les ennuis jusqu'au cou. Du moins, c'est ce que le magizoologiste en avait déduit après toutes ces situations, disons, fortuites. Pourtant, aujourd'hui, le Ministère les avait faits se retrouver sciemment, lui pour une histoire de créature, Ella et un auror pour une affaire classée confidentielle. Il n'était cependant pas difficile de deviner que les deux compères étaient là pour le terrible sorcier, Gellert Grindelwald, qui avait été un ami proche de son professeur de métamorphoses, Albus Dumbledore. L'agitation de Theseus le matin même avait été une preuve suffisante pour le britannique. Le lien actuel qu'avait Poudlard avec le mage noir était cependant flou. Tout comme le lien entre le travail du Bureau des Aurors, ici donc de Finnigan, et d'Ella, employée au Département des Mystères...
Plantés ainsi, l'un et l'autre ne pipait mot, comme si personne ne souhaitait mettre le doigt sur l'étrangeté de la situation. Ils reprirent vie et cessèrent leur contemplation du portail fermé à double tour lorsque l'auror les rejoignit enfin. Newton fut le premier à lui adresser un regard. L'homme, brun et normalement constitué, quasiment aussi grand que l'anglais, portait entre ses bras un large manteau noir à fourrure que le rouquin reconnut comme étant celui d'Ella. Le visage fermé de Finnigan était empreint d'une exaspération qu'il était peu commune de lui assimiler tant son caractère enjoué lui collait à la peau. Probablement était-il agacé d'être allé, semble-t-il, chercher le vêtement qu'Ella avait oublié dans le train. Lorsqu'il ne fut plus qu'à deux pas de la demoiselle et qu'il eut lissé son costume foncé, le mage ouvrit la bouche, probablement pour prévenir sèchement la blonde qu'il avait récupéré son bien. Pourtant, lorsqu'Ella pivota en direction de Finnigan et que leurs regards se croisèrent, ce fut comme si un ange passait car ce dernier ne put que rester la bouche ouverte sans prononcer le moindre de son. D'un geste élégant, la jeune femme vint replacer une mèche de cheveux derrière l'une de ses oreilles, son visage faussement embarrassé de s'être ainsi servi du chasseur de sorciers.
- Merci Finnigan, vous êtes un amour, roucoula-t-elle de sa voix rauque.
L'homme déglutit et se confondit en murmures incompréhensibles, ses joues teintées d'un léger rouge qui étonna Newton. L'auror n'avait pas pour habitude d'être embarrassé en présence des femmes, aussi le voir se comporter ainsi face à Ella était assez étrange. Le mage dut pour sa part lutter pour ne pas poser également à son tour son regard sur la jeune femme aux courbes harmonieuses. Fronçant des sourcils, le magizoologiste claqua l'une de ses joues sans douceur, comme pour se remettre les idées en place. Du coin de l'œil, il nota le sourire en coin d'Ella.
- Nous y allons ? les encouragea-t-elle en indiquant d'un petit coup de menton l'entrée du site.
Les deux hommes acquiescèrent et se présentèrent au devant du portail où l'on contrôla leurs identités et leurs laissez-passer avant de leur permettre de pénétrer dans l'enceinte de l'école. Quelques mètres plus loin, une calèche les attendait pour les mener jusqu'au château. Si Finnigan s'y engouffra sans plus de cérémonie, Newton resta là un instant à fixer le devant de la diligence. Ce ne fut que lorsque l'auror passa la tête par la petite fenêtre de la porte qu'il comprit qu'Ella n'était pas montée à l'intérieur de leur moyen de transport et fixait, comme lui, les créatures à l'avant de la carriole.
- Vous venez ?
Comme il ne reçut aucune réponse, que cela soit du mage ou de la langue-de-plomb, l'agent haussa des épaules d'un geste désinvolte avant de disparaître à nouveau de leur vue. Ella fit un pas en avant, de sorte à être postée aux côtés du magizoologiste.
- Vous les voyez n'est-ce pas ? lui demanda-t-elle dans un murmure une fois seulement que Finnigan eut disparu à nouveau à l'intérieur de l'habitacle.
Newton ne répondit pas tout de suite, ses yeux s'habituant encore à la vue des deux sombrals tirant leur moyen de transport. Voyant qu'il ne lui donnait pas réponse, Ella posa à nouveau une question.
- Qui avez-vous vu mourir ? finit-elle par lui demander, son regard pour une fois compatissant.
Le magizoologiste lui adressa un pauvre sourire.
- Trop de gens. Avec la guerre, difficile de ne pas voir des personnes mourir... expliqua-t-il, son regard détaillant le corps squelettique des créatures. Et vous ?
Une fois encore, Ella éluda la question et se contenta d'hausser des épaules.
- Laissez-moi deviner, classé secret défense ? lui renvoya-t-il gentiment sans la regarder.
Malgré l'humeur rendue maussade par la vision de ces chevaux, que seuls ceux ayant côtoyé la mort visuellement et sur le plan émotionnel pouvaient percevoir, Newton se permit une boutade. Pour distinguer les équidés, il fallait avoir fait le deuil des défunts, sans quoi il était impossible de les voir. Tout comme certains enfants qui, sans réelle compréhension de la conception de la mort, ne pouvaient voir les sombrals malgré leur rencontre proche avec la mort. Aucune trace de muscles, seule la peau recouvrait le squelette de ces chevaux ailés à tête de dragon. D'une noirceur totale, leur apparence ne mettait pas à l'aise. Renâclant bruyamment comme pour inciter les deux jeunes gens à monter à bord, les deux sombrals dressés firent claquer leurs ailes de chauve-souris contre leurs flans squelettiques. Si beaucoup assimilaient ces créatures à la mort, elles n'en restaient pas moins inoffensives pour l'être humain tant qu'elles n'étaient pas provoquées. Comme bon nombre d'espèces, à dire vrai.
Au lieu de grimper dans la diligence, Newton s'approcha, Ella initia également un mouvement mais à distance plus raisonnable. Le magizoologiste évita de justesse le fouettement de l'air des queues fourchues des deux animaux pour se rapprocher d'eux. Deux paires d'yeux blancs se fixèrent aussitôt sur lui lorsqu'il fut à portée de vue.
- Sahir ? lui souffla Ella d'une voix mesurée et clairement incertaine en se demandant certainement ce qu'il pouvait bien fabriquer.
Newt glissa sa main dans l'une de ses poches avant de la ressortir pour la tendre, à plat, à l'un des deux équidés. Dans le creux de sa paume se tenait un petit bout de viande que l'animal dévora de ses dents pointues en quelques brèves secondes.
- Ils sont carnivores, expliqua-t-il sans jeter de regard à la demoiselle, forcément il faut faire attention à ses doigts mais ils raffolent de viande.
Il adressa un léger sourire à l'anglaise, concentré sur ses actions.
- On les utilise ainsi car ils ont un très bon sens de l'orientation. Poudlard en a une colonie entière dans le coin le plus obscur de la forêt interdite, compléta-t-il en donnant un encas au second cheval. Ces deux-là sont dressés. Vous saviez qu'ils sont craints par la communauté magique à cause de rumeurs selon lesquelles ils représentent un mauvais présage ? Les craintes ne sont pas fondées, bien au contraire, ils sont plutôt bienveillants.
- Cela explique le fait qu'ils aient été chassés et maltraités pendant des siècles ?
- C'est exact, acquiesça le britannique, surpris qu'Ella ait connaissance de ce fait. Comment le savez-vous ?
- J'ai quelques notions en matière de créatures et d'êtres chassés, expliqua-t-elle sans plus de détails, son regard soudainement porté au loin tandis que le sorcier acquiesçait doucement.
- Le Ministère a même décidé de les considérer comme dangereux, ce qui est à mon sens ridicule. Je me bats pour faire changer ce classement, mais pour le moment, rien de concret n'est fait... Je vous avoue trouver cela agaçant, concéda-t-il en secouant la tête d'un air désabusé. Les sombrals sont des créatures vraiment fascinantes... Je sais que je dois dire cela pour à peu près toutes les créatures que je croise, mais c'est vrai !
Loin de s'offusquer de sa fascination pour les créatures, Ella garda le silence, son regard et son sourire en coin pesant sur lui. Mal à l'aise, il finit par se taire et s'éloigner des sombrals. Sans un regard, il dépassa Ella d'un bon pas afin de rejoindre la calèche où il lui tint la porte. Elle s'y engouffra sans un mot. Finnigan, assis, relisait un dossier, probablement un rapport écrit par l'un des aurors en charge du Bureau. La diligence s'ébranla alors pour contourner le lac et se dirigea vers le château.
Tout était comme dans ses souvenirs. Grandiose. La vieille pierre avait gardé son charme d'antan, le soleil levant la baignant de ses rayons. Château de sept étages supportés grâce à la magie des lieux, Poudlard ressemblait d'extérieur plus à une forteresse, avec ses tours et ses donjons, qu'à une école. Mais quiconque y avait passé ne serait-ce qu'une petite journée savait que Poudlard était plus qu'un lieu emprunt d'Histoire. Située dans une zone montagneuse, au Nord du Royaume-Uni, l'école écossaise se situait non loin de Pré-au-Lard, village peuplé de sorciers où Newton se souvenait avoir passé quelques soirées. Le fait que le château soit incartable lui permettait de ne jamais apparaître sur une carte géographique et sa protection assurée par le sortilège anti-moldu en faisait une forteresse imprenable. En théorie. Impossible pour les Forces du Mal de pénétrer dans l'enceinte et encore moins en transplanant.
Lorsque les trois invités arrivèrent enfin à bon port, ils quittèrent la diligence qui s'éloigna lentement sur le chemin. Avec un empressement dû à un léger retard, les trois compères s'engouffrèrent dans l'entrée du château. Aucun élève ne s'y trouvait, les cours ayant commencé depuis déjà quelques heures.
- Personne ne devait nous accueillir ? questionna Finnigan en avisant le hall complètement désert et l'absence assez dérangeante de bruit.
- Je présume que le directeur est toujours en réunion, lui répondit Ella, son regard furetant ici et là sans se poser plus de quelques secondes.
Newton n'avait, pour sa part, pas rendez-vous avec le directeur actuel de Poudlard. Le mage sursauta lorsqu'une silhouette apparut soudainement dans son champ de vision. Les contours fantomatiques se précisèrent et Newton put reconnaître l'esprit représentant la maison des Poufsouffles : le Moine Gras. Ce dernier, posté à quelques centimètres seulement du rouquin, regardait par-delà le sorcier comme s'il ne le voyait pas. Sa voix désincarnée emplit le hall après quelques secondes de silence où le cadet Scamander sentit les regards d'Ella et Finnigan figés sur lui.
- Il va venir pour toi mon garçon, prends bien garde, l'avertit-il de sa voix d'outre-tombe. S'il faut garder ses ennemis plus près encore que ses amis, tâche de bien les différencier.
Et sans plus de cérémonie, il s'enfonça dans le sol, disparaissant à la vue de tous pour gagner les cachots présents sous leurs pieds. Newton, interloqué, coula un regard vers la langue-de-plomb et l'auror qui le fixaient, incertains quant à la façon dont interpréter ce présage.
Newton choisit de ne pas pousser plus loin la réflexion. Il ne savait pas comment l'analyser et enfin, quelqu'un se présenta à eux, coupant court. La personne avec qui il avait lui-même rendez-vous n'était nul autre que son ancien et estimé professeur de métamorphoses, Albus Dumbledore. Ce dernier apparut en haut des escaliers menant au cœur du château. L'attention des trois entrants fut donc immédiatement attirée par la prestance naturelle du professeur, leur faisant presque oublier l'étrange mise en garde. Ce dernier descendit les escaliers sans se presser, un sourire énigmatique sur les lèvres tandis que son regard bleu passait successivement sur lui et Ella. Sa longue robe de sorcier flottait derrière lui, donnant à sa descente un côté aérien. Newton esquissa un petit sourire timide et un signe de tête poli. La seule femme de leur trio arborait une attitude désinvolte que Newton commençait à assimiler comme la sienne. Une main sur la hanche, elle fit voler sa longue chevelure dorée dans son dos, ses pupilles dardées sur le nouveau venu. Pourtant, contrairement à tous les hommes que Newton voyait graviter autour d'Ella comme des abeilles autour d'une ruche, l'enseignant détourna vite son attention d'elle pour la porter sur son ancien élève. Du coin de l'oeil, le sorcier observa Ella qui ne pipa mot. Si elle s'étonna de l'attitude du plus vieux, elle n'en montra rien, se contentant de reprendre son examen des lieux. Le quadragénaire arriva au bas des escaliers et vint aussitôt serrer la main du magizoologiste.
- Merci d'avoir fait vite, sourit l'expert en métamorphoses.
- Je vous en prie, professeur, c'est un plaisir, s'empressa-t-il de répondre en agitant ses mains.
- Voyons, appelez-moi Albus ! s'exclama vivement le sorcier d'une quarantaine d'années.
Ses cheveux couleur auburn commençaient tout juste à se parsemer de gris, signe que l'homme prenait de l'âge. Pourtant son regard vif prouvait au Scamander que le sorcier était toujours aussi actif, prompt à réagir à toute situation. Voyant que Dumbledore pivotait vers les deux autres employés du Ministère, l'anglais s'empressa de les introduire dans la conversation.
- Je vous présente Finnigan, du Bureau des Aurors, et Ella, du Département des Mystères.
Les yeux d'Albus Dumbledore pétillèrent en rencontrant ceux luminescents d'Ella. Il lui adressa un sourire entendu, et sans que Newt n'en comprenne la raison, Ella tourna vivement la tête à l'opposé en émettant un petit claquement de langue agacé. Avant que le britannique n'ait pu questionner quiconque sur la raison de ce comportement, le concierge pénétra dans le hall en interpelant les deux collègues de l'écrivain.
- Je vous propose de gagner mon bureau tandis que vos deux amis rencontrent le directeur pour régler leurs petites affaires. Nous y serons plus à l'aise, l'invita son ancien maître des métamorphoses tandis que Newton regardait Ella s'éloigner d'un pas vif, suivie de près par un Finnigan pressé et n'y comprenant plus rien lui non plus.
L'enseignant et l'ancien élève gravirent sans se presser les marches et les étages menant au bureau du professeur Dumbledore.
- Je vous ai fait venir à cause de Fumseck. Il a l'air bien mal en point et c'est bien la première fois que je le vois ainsi. J'ai donc préféré faire appel à un expert pour me confirmer la raison de son état.
- Un expert, vous exagérez professeur...
- Ne vous sous-estimez pas, vous serez amené à faire de grandes choses ! Je n'ai aucun doute là-dessus, affirma l'enseignant en invitant le magizoologiste à pénétrer dans son bureau.
En entrant dans la pièce, le regard de Newton tomba aussitôt sur ce qui avait dû être un magnifique phénix. N'en restait présentement qu'une forme volatile rabougrie, dépourvue de plumes et recroquevillée. Aussitôt, son verdict tomba, sans appel.
- Rassurez-vous professeur, ce n'est rien de grave. Il arrive à la fin de sa vie actuelle et il devrait se régénérer sous peu, d'où son état quelque peu... Grabataire et dégarni.
L'oiseau poussa un cri plaintif mais mécontent avant de subitement s'enflammer. Newton esquissa un mouvement en arrière. Heureusement pour les deux sorciers, ni l'un ni l'autre n'étaient assez proches pour subir la chaleur de ses flammes.
- Et bien, quel sens du timing ! s'amusa Albus en venant observer le tas de cendre formé par Fumseck. Je crains de vous avoir fait déplacer pour rien...
- Vous avez eu raison, il valait mieux être sûr. Sous peu nous devrions voir... Ah ! Regardez ! Fumseck est revenu au stade de poussin, le prévint le mage en avisant la petite tête couverte de plumes qui s'ébroua dans les cendres avant de commencer à piailler.
Aussitôt, avec un soin particulier, Dumbledore se saisit de son petit compagnon pour le poser sur le nichoir qu'il possédait dans son bureau.
- Au moins ceci n'était pas dû à la maladie ! Je n'avais pas encore eu l'occasion d'assister à une telle combustion, il s'était toujours arrangé pour l'effectuer en dehors de ma présence.
Newton sourit, son regard s'attardant sur le plumage déjà carmin du petit volatile. Un bref silence s'installa avant que le sorcier ne vienne poser une question qui lui était venue précédemment.
- Connaissez-vous Ella, professeur ?
- Votre amie du Ministère ? Aucunement, affirma-t-il. Mais je pense l'avoir quelque peu vexée… souffla Albus d'un air rieur alors qu'ils s'avançaient tous deux vers le bureau envahi de paperasse.
- Pour quelle raison dites-vous cela, vous n'avez même pas parlé ensemble… ? demanda curieusement le rouquin.
L'illustre professeur laissa échapper un petit rire mystérieux. Contournant son bureau, il vint s'asseoir sur un vieux fauteuil en cuir qui sembla aussitôt au cadet Scamander bien confortable.
- Le regard parle souvent à la place des mots cher ami… éluda-t-il, ses pupilles bleues pétillant de malice ancrées dans celles de son interlocuteur.
Newton fronça légèrement des sourcils.
- Voyons, vous n'allez pas me dire que vous n'avez rien remarqué ? le taquina Albus tandis que le cerveau du magizoologiste travaillait à plein régime. Vous n'avez donc rien noté d'étrange à propos des habiletés de cette charmante créature ?
Au fond de lui, les mots utilisés par son ancien professeur firent mouche bien que le mage ne soit pas encore capable de mettre des mots sur son ressenti.
- J'ai bien noté quelques…Disons… Quelques situations assez étranges à son propos, avoua le sorcier.
L'attention de Dumbledore lui était toute acquise à présent puisque ce dernier vint poser son menton sur ses mains croisées.
- Poursuivez, qu'avez-vous remarqué ?
- Disons qu'elle a tendance à... Surgir au moment où je m'y attends le moins, débuta le magizoologiste et s'asseyant en face du bureau de son ancien précepteurs. Elle est d'une fierté sans bornes. Sans gêne aussi. Elle a aussi tendance à attirer le regard. Pas qu'elle soit exubérante, plutôt originale, mais j'ai l'impression qu'elle exerce une sorte de fascination assez étrange sur les hommes... Oh, je ne dis pas qu'elle ne peut pas séduire, se reprit-il aussitôt, c'est... C'est certes une jolie femme, mais l'attitude qu'elle engendre chez autrui est assez complexe à analyser.
Et pourtant, Merlin seul savait à quel point il avait retourné la situation dans sa tête.
- Vous n'êtes cependant pas sensible à son charme, nota à nouveau le sorcier.
- En effet, sourit Albus.
Newton se tut, attendant que son vis-à-vis poursuive.
- Tous ces détails ne vous ont pas mis la puce à l'oreille concernant sa nature ?
- Pourquoi je me serais posé des questions sur une sorcière du Ministère, une langue-de-plomb qui plus est ? se questionna l'anglais. Ils sont entourés de mystères pour une bonne raison...
- Une sorcière ? Vraiment ? rit doucement l'enseignant. L'avez-vous vu utiliser une baguette ? demanda-t-il à nouveau de façon énigmatique.
Newton ouvrit puis ferma la bouche plusieurs fois de suite en se rendant compte que jamais il n'avait vu Ella user de sa baguette, et ce malgré la situation précaire, par exemple, dans laquelle ils s'étaient retrouvés au Caire. Son regard curieux se leva sur l'homme qui ne se départissait pas de son sourire.
- Non. Jamais.
- C'est ce qu'il me semblait. Ajoutez à cela le fait qu'elle exerce une attraction accrue sur la majorité du genre masculin, ses yeux étrangement éclairés et sa chevelure d'un blond presque irréel en plus de son charme certain... Qu'obtenez-vous ? continua son interlocuteur d'un ton mutin.
Un mot, et un seul, s'imposa dans l'esprit de Newton. Vélane.
- Je vois que vous venez de comprendre, sourit Albus.
- Une vélane, confirma Newt tandis que Dumbledore hochait doucement de la tête. Mais alors, vous... ?
- Disons que j'ai une immunité contre ses charmes féminins, déclara le plus vieux des deux en lui adressant un clin d'oeil. Et je pense qu'il serait bon que vous vous en prémunissiez. Certaines vélanes aiment s'amuser et il serait bien dommage qu'elle vous détourne de vos buts, quels qu'ils soient ! le taquina-t-il tandis que Newton fuyait son regard perçant. Tenez.
L'homme lui tendit une montre entièrement composée de fer forgé. Le sorcier s'en saisit et la retourna avec précaution pour la contempler.
- En quoi une montre pourrait-elle...?
- J'ai découvert cela pendant des recherches - aussi gardez-le pour vous, je ne voudrais pas voir arriver une horde de vélanes mécontentes - mais les plumes de phénix possèdent quelques propriétés assez intéressantes. Portez cette montre et vous devriez pouvoir garder l'esprit clair.
Fumseck émit un petit pépiement pour attirer l'attention, aussi Albus ajouta-t-il un petit détail.
- Fumseck vous fait savoir qu'il a lui-même fourni l'une de ses plus belles plumes.
Newton adressa un regard et un petit sourire de remerciement au poussin qui effectuait une toilette minutieuse de son plumage.
- Mais dites-moi professeur... Comment saviez-vous que j'aurais affaire à une vélane ? s'enquit le cadet Scamander en plissant légèrement des yeux.
Son ancien enseignant avait toujours aimé faire des mystères et cette fois-ci n'échappait guère non plus à la règle.
- Qui sait, la vie fait parfois bien les choses... Toujours est-il qu'il serait judicieux de ne pas montrer à votre amie ce petit talisman, changea-t-il aussitôt de sujet. Ce n'est pas toujours le cas mais certaines vélanes ont tendance à laisser libre court à leur colère, sans prendre acte de ce que cela pourrait engendrer comme dégâts. Et peut-être que son absence d'emprise sur vous pourrait lui déplaire...
- J'en doute, haussa-t-il des épaules.
Il voyait mal Ella se mettre en colère. Quoi que, à bien y réfléchir... Depuis quand se comportait-il comme s'il la connaissait depuis toujours ? Newton secoua la tête doucement, comme pour chasser cette drôle d'idée.
- Ce sont des êtres somme toute assez fascinants n'est-ce pas ?
Et Newt ne put qu'acquiescer. Dire qu'il lui avait fallu l'aide de son ancien maître pour comprendre... Pour sa défense, la jeune femme ne l'avait pas aidé en usant de ses charmes, le détournant ainsi de ses réflexions à son propos.
- Ceci dit, poursuivit Albus, même si elle vous a laissé penser le contraire au vu des situations passées, elle est digne de confiance.
Le magizoologiste ne s'embêta même pas à demander comment Dumbledore pouvait savoir une telle chose. Ni pourquoi cette affirmation semblait se coupler si facilement avec la mise en garde du Moine Gras. Albus se leva d'ailleurs pour s'approcher d'une petite desserte où trônait un magnifique service à thé en porcelaine. Sans utiliser la magie, le quadragénaire entreprit de préparer deux tasses de Earl Grey.
- Un peu de citron dans votre thé ?
Newton acquiesça.
- Volontiers.
Albus Dumbledore s'approcha avec les tasses. Il posa l'une d'elles devant son ancien élève et l'autre devant lui.
- Et si vous me racontiez un peu vos derniers voyages ?
Newton se cala confortablement dans son fauteuil, sa tasse au creux de ses mains. La vapeur monta jusqu'à ses narines et il huma l'air avant de commencer son récit, une expression partagée se formant sur son visage.
Ce fut la première fois que le sentiment de l'absence d'Ella le déstabilisait, comme si être libéré de son emprise créait une étrange sensation de manque.
MiuStein : Ah, je suis ravie de savoir que pour l'instant cela te plaît ! J'espère réussir à te surprendre et à te faire aimer cette histoire avec tout ce qui arrivera avec la suite ! N'hésite pas à me dire ce que tu aimes ou non ! Merci encore.
Rose-Eliade : L'importance, c'est que tu aies commencé à lire cette histoire ! ;) Et surtout à l'apprécier ! C'est un écrit qu'il me plaît de rédiger au fur et à mesure des défis, car je ne sais jamais (ou presque pas, j'ai déjà un simulacre de trame :P) de quoi va être faite la suite !
n. Swan .n : Je reconnais que j'essaie de décrire un peu les lieux, ça aide à se repérer et c'est plus agréable d'avoir un écrit complet (au possible !). J'essaie de faire apparaître Ella de façon plus ou moins présente car à la base, c'est l'histoire de Newton ! J'ai hâte de voir ce qu'ils vont faire de Theseus dans les films ! C'est ça, Newton c'est un peu une tornade à mon sens...
