Et voilà le nouveau chapitre, sixième défi de ce recueil ! Son écriture aura été fastidieuse. Déjà parce que j'étais en vacances pendant plusieurs semaines mais aussi parce que ça ne tournait pas vers la finalité que j'essayais d'atteindre et le rendu n'était pas optimal... Mais après ces vacances estivales, je peux vous offrir un petit défi sans prétention qui, je l'espère, vous plaira tout de même. N'hésitez pas à me donner vos ressentis ! Par ailleurs, je vais de ce pas demander le nouveau défi à M.M ! See ya !
Consignes : « Un couple »
Thèmes : "Dragon", "Do not disturb", "Smoke", "Never-ending cycle", "Fog"
Défi 10 : Dragon (Newton Scamander)
Newton prit une très large inspiration, aussi discrète que possible. Ses sourcils froncés surplombaient son regard, concentré sur sa tâche. Ses mains faisaient passer devant ses yeux des papiers importants, ceux qu'il avait accumulés sur son bureau du Ministère durant son dernier voyage. Il est vrai que cet aspect de son travail ne lui plaisait guère mais il était plus que nécessaire. Autorisations de transport d'espèces protégées, rapports d'observation d'acclimatation en milieu naturel, demandes diverses et variées, comptes rendus de réunion de service… Il devait sélectionner les tâches les plus importantes, hiérarchiser les actions, préparer les dossiers et surtout, régler le plus d'affaires possibles avant que d'autres ne viennent s'entasser sur le coin de son bureau. Il était déjà difficile de s'y retrouver… Et ce malgré le classement méthodique d'Amelia qui s'assurait qu'il ne s'y perde pas en revenant de ses sauts à l'étranger. Si son efficace collègue n'était pas là… Newton pouvait avouer sans honte qu'il aurait depuis longtemps été dépassé par la charge de travail et la complexité de certaines affaires en cours qui nécessitaient un suivi des plus méthodiques.
Le Bureau était étrangement silencieux et le britannique se risqua à jeter un œil par-dessus ses feuilles. Tous ses collègues semblaient absorbés par leur travail. Pourtant Newt savait qu'il n'en était rien. Chacun des autres sorciers masculins du Bureau était plus occupé à jeter des coups d'œil curieux vers la source de distraction qui s'était invitée, semant la discorde. Et à vrai dire, le sorcier n'avait pas si bien progressé dans son travail depuis qu'il était arrivé ce matin. La cause ? Toujours la même et cela devenait une habitude un peu trop récurrente à son goût. Assise sur le bord de son bureau, Ella battait doucement des jambes, ses joues gonflées comme une enfant capricieuse. Son attitude contrastait étrangement avec cette prestance naturelle qu'elle dégageait, loin de ce sentiment d'attraction qu'elle pouvait exercer de par sa nature.
- Sahir… Ne m'ignorez pas...
Un nouveau soupir s'échappa des lèvres du magizoologiste qui ne portait aucune attention à la jeune femme en se concentrant au possible sur ses papiers. S'il était à présent libéré du joug de la vélane, ce n'était pas le cas de ses autres compatriotes masculins qui lorgnaient avec insistance sur la demoiselle. Et c'était une chose bien difficile puisque celle-ci ne semblait guère encline à obtempérer et le laisser travailler.
- Sahir… réitéra-t-elle en faisant traîner sur sa langue la dernière syllabe du surnom dont elle l'affublait depuis quelques semaines.
- Je suis occupé, finit-il par céder sans la regarder.
- Je le sais pertinemment. Et ai-je l'air de m'en soucier ? lui répondit-elle effrontément avec un naturel désarmant.
Et cela eut au moins le don de lui faire lever le regard sur elle. Ella lui adressa un sourire de vainqueur, comme si elle était certaine qu'il relèverait la tête à ce moment précis.
- Est-ce que…
- Non, déclara-t-il le plus stoïquement possible sans ciller une seule fois tandis que ses yeux se plongeaient dans ceux de sa vis-à-vis.
Les sourcils symétriques de la vélane se froncèrent de mécontentement, ses yeux inquisiteurs détaillant le visage du britannique comme pour chercher une raison quelconque au refus du sorcier car il n'aurait pas dû pouvoir résister, n'est-ce pas ? Puis ce fut un petit sourire à mi-chemin entre la malice et le charme qu'elle lui adressa tandis qu'elle se penchait vers lui, de sorte à ce que sa longue chevelure blonde glisse sur ses épaules en un mouvement aérien.
- Il vous l'a dit… N'est-ce pas ? ronronna-t-elle, ses paupières dissimulant des pupilles étrécies.
Newton déglutit très discrètement.
- Quoi donc ? joua-t-il l'ingénu en comprenant soudainement qu'il était précisément en train de faire ce qu'Ella attendait de lui.
A savoir, rentrer dans son jeu. La lady se pencha un peu plus en avant, de sorte à ce que son visage soit à seulement quelques maigres centimètres de celui du sorcier. Ce dernier, par réflexe, prit une inspiration avant de retenir sa respiration. Mais c'était déjà trop tard, l'odeur fleurie de la jeune femme s'insinua dans ses narines.
- Le vieux sorcier malin… Il vous a dit ce que j'étais ?
Newton se voyait mal lui mentir effrontément alors que la vérité s'étalait sous leurs yeux et que son visage était aussi proche d'elle.
- Oui… concéda-t-il avec une moue légèrement pincée.
Ella lui offrit un large sourire dont ne transparaissait aucune colère.
- Vous en aurez mis du temps tout de même, soupira-t-elle d'un air fataliste en revenant à sa position initiale, alors que les faits étaient juste sous votre nez !
- Vous m'excuserez d'avoir été légèrement distrait… !
- Oh… Je vous troublais donc tant que cela ? le questionna-t-elle d'un air goguenard arrachant un léger rougissement de gêne au rouquin.
- Je n'ai pas dit que…
Il secoua la tête, fatigué de devoir s'expliquer.
- Bref. Je ne me ferai plus avoir.
Il se garda bien de préciser de quelle manière il pouvait à présent échapper à l'emprise de la femme, faite pour séduire. Si auparavant, Ella lui avait semblé être l'une des plus belles créatures qu'il ait jamais vu – et ce malgré son désintérêt total pour le genre humain -, il fallait reconnaître que même sans son attractivité naturelle, la demoiselle restait une belle femme. Physiquement, rien ne différait réellement, si ce n'est que la jeune anglaise lui paraissait briller un peu moins fort. Sans ses capacités de séduction accrues le submergeant, Newton pouvait à présent distinguer des détails qu'il n'avait jamais pu observer. Ce petit air légèrement mesquin qu'elle arborait constamment lorsqu'elle se jouait des sorciers du Ministère, ses gestes parfaitement calculés visant à faire tomber dans les mailles de son filet quiconque s'y risquerait… Ella semblait s'amuser comme une petite folle de ces tours qu'elle jouait à autrui, bien que ces derniers ne soient pas destinés à être néfastes. Pas à long terme tout du moins. Enfin, le croyait-il.
Ella continua de le regarder avec insistance.
- Qu'est-ce que vous voulez ? formula-t-il de façon assez abrupte et maladroite.
- Quel entrain ! se moqua-t-elle en ignorant les regards convergeant vers elle suite à son éclat de rire rauque. J'ai besoin d'écailles de dragons. Vert gallois ou Noir des Hébrides. S'il-vous-plaît, ajouta-t-elle clairement pour la forme.
- Ca ne va pas être possible… Commença-t-il en prenant des pincettes, son regard observant les alentours, comme pour vérifier s'ils étaient écoutés.
- Voyons Sahir, vous allez me faire croire – à moi – que vous n'avez pas ça dans votre valise magique ?
Alors que la jeune femme finissait tout juste sa phrase, Newton se leva d'un bond tout en plaquant sa main sur la bouche de la vélane qui, visiblement, ne s'y attendait pas puisqu'elle manqua de basculer du bureau. Heureusement, réflexes aidant, le sorcier la stabilisa de sa main libre en la saisissant par le bras.
- Ne parlez pas si fort de ma… Valise ! la gronda-t-il comme on le fait avec une enfant turbulente, ses sourcils froncés d'inquiétude. Pas ici…
- Encore des choses à cacher au Ministère ? reprit-elle sur le ton de la confidence lorsqu'il retira sa main de sa bouche.
Par habitude, après avoir retiré sa main de la bouche de la jeune femme, il vint essuyer les marques de rouge à lèvres sur son pantalon.
- Bien sûr que non, soupira-t-il, où allez-vous chercher cela ? N'importe qui n'a pas la nécessité de savoir pour ma valise. Imaginez si l'on me la volait...
Ella hocha de la tête doucement non sans continuer à le fixer d'un air inquisiteur. Mais que cherchait-elle à la fin ? Un nouveau soupir échappa au jeune homme tandis qu'il relâchait le bras de l'anglaise.
- Vous n'allez pas me dire pourquoi vous en avez besoin ?
- Non. Mais sachez que si vous manquez tant de confiance à mon égard, après tout ce que nous avons partagé, je peux toujours demander un mot signé du Ministre...
- Ne le prenez pas personnellement, il est normal que je m'inquiète de l'utilisation de telles ressources, rares de surcroît...
- Elles seront utilisées à bon escient, croyez-moi, je ne me permettrai pas de vous mentir. Là-dessus tout du moins, ne put-elle s'empêcher de rajouter avec un sourire en coin.
Le magizoologiste se retint de lever les yeux au ciel. Etait-elle naturellement désopilante ou était-ce un rôle savamment joué ?
- Allons ailleurs...
- Oh... Voyez-vous cela, Monsieur Scamander, est-ce une proposition... ?
Newton ouvrit sa bouche et la referma aussi sec en regardant la langue-de-plomb avec des yeux ronds. Secouant la tête, il ignora le rire mutin qu'elle lui adressa. Manteau sous le bras, valise à la main, il l'enjoignit à le suivre, ce qu'elle s'empressa de faire sans rechigner. La tension qui régnait dans la pièce à cause des capacités de la vélane sembla s'évanouir lorsqu'ils arrivèrent dans le hall vide de monde. Ne s'attardant par sur le faste s'étalant sous ses pupilles, Newton s'assura qu'Ella le talonnait en jetant un regard par-dessus son épaule.
- Nous ne devrions pas être dérangés dans la réserve.
Un nouveau sourire taquin étira les lèvres d'Ella tandis qu'il lui jetait un nouveau coup d'oeil.
- Vous êtes vraiment obligée de faire ça ? maugréa-t-il en évitant son regard.
- Faire quoi ? retentit alors une voix masculine bien connue.
Newton stoppa sa course lorsque la voix de son frère aîné s'éleva dans leurs dos. Pivotant, il regarda d'un air étonné l'auror. Theseus se dirigeait d'un bon pas vers eux, l'expression indéchiffrable. Dans l'ensemble, Newt pouvait se targuer d'avoir une relation à peu près normale avec son grand frère. Pourtant, parfois, il lui semblait faire face à un inconnu, et Theseus devait sûrement ressentir la même chose parfois à son égard. Et il n'y avait rien de mal à cela, ils étaient si différents ! Pourtant, le visage froid de son aîné fit tiquer le magizoologiste. Allait-il avoir des ennuis ? A son bon souvenir, il n'avait pas créé de grabuge depuis un moment déjà, rien qui ne pourrait pousser son frère - séparant habilement le personnel et le professionnel - à venir se perdre à son étage.
- Theseus, qu'est-ce que tu fais ici ? lui demanda-t-il après avoir stoppé sa course pour permettre au premier fils Scamander de le rejoindre.
- Je peux te retourner la question.
- Je suis à mon étage, j'ai besoin d'accéder à la réserve... C'est plutôt ta présence qui est exceptionnelle, réitéra le sorcier en tendant la perche à l'auror.
Le mage haussa des épaules, sans comprendre pour Theseus semblait aussi tendu. Puis il se souvint alors d'Ella. Flûte. Son regard erra entre les deux. Theseus, guindé dans son costume et Ella, son petit air mauvais débordant de l'ourlet de ses lèvres colorées de pourpre.
- Pardonnez-moi, j'en oublie la politesse... Ella, Theseus... Theseus, Ella, fit-il rapidement les présentations en espérant pouvoir s'éclipser rapidement.
La vélane repoussa l'une de ses longues boucles platine. Elle n'allait quand même pas lui jouer son petit numéro de séduction ?
- On ne s'est pas déjà croisés quelque part Monsieur Scamander... ?
Le ton qu'employa la vélane déplut au jeune homme qui comprit sans difficulté que la suite allait vite devenir compliquée... Il n'y avait qu'à voir les yeux de son frère jeter des éclairs. Mais attendez... Le pouvoir d'Ella ne faisait pas effet sur Theseus ? Ou bien l'amulette protégeait également son aîné de part leur proximité physique ? Pourtant les collègues de son Bureau ne semblaient pas avoir été protégés contre les charmes malins de la jeune femme.
- Miss, cracha presque le plus vieux des deux hommes.
Le ton de son aîné surprit Newt dont le regard oscillait entre les deux adultes. Alors qu'il s'était attendu à la réaction classique du bafouillage et de la présentation rougissante en présence de la demoiselle... Le ton de Theseus s'avéra être des plus glacials. Ses yeux semblaient sur le point de consumer dans les flammes de l'Enfer la langue-de-plomb et s'il avait pu... Il semblait au mage que Theseus l'aurait tuée. Après quelques secondes d'un silence dérangeant, les trois adultes figés dans le couloir, Newton se décida à briser le silence qui s'était installé.
- Vous vous connaissez... ?
Il avait l'impression de passer son temps à poser cette question… Il vit Theseus ouvrir sa bouche pour répondre mais Ella fut plus rapide et le prit de vitesse.
- Finalement... Je ne pense pas. Mais vous savez Sahir, ajouta-t-elle en se tournant vers lui, si je devais me souvenir de tous les hommes que je croise au Ministère...
Elle laissa échapper un petit claquement de langue avant de reprendre à son intention.
- Rassurez-vous, je ne vais pas oublier votre petit nom, Sahir.
Le sous-entendu était on ne peut plus explicite et Newton sourit maladroitement sans savoir quoi répondre, d'autant plus lorsque les yeux de Theseus semblèrent sortir de leurs orbites. Visiblement la remarque avait fait mouche, et bien que le sorcier ne connaisse pas la teneur de ce qu'il avait pu se passer entre eux deux... Il fallait être aveugle pour ne pas voir la colère profonde de l'auror à l'encontre de la vélane. Pourtant, c'est vers le rouquin que Theseus se tourna finalement.
- J'avais un service à te demander, d'où ma présence.
- Je t'en prie… ?
Ella se recula de deux pas, pour laisser les deux frères échanger. Pourtant son regard émeraude ne quittait pas le corps élancé de l'auror, son sourire carnassier de sortie. Cherchait-elle à créer un esclandre ? Faire sortir l'aîné Scamander de ses gonds pour une raison encore inconnue du cadet ?
- J'aurais besoin d'écailles de Noir des Hébrides ou de Vert Gallois, c'est pour une enquête.
Visiblement, Theseus ne s'attendait pas à l'air ahuri que lui offrit Newton, ni au regard qu'il fit passer de lui à la vélane.
- Vous êtes sur la même enquête ? les questionna le plus jeune du groupe.
- Pardon ?
Newton désigna l'homme et la femme de la main en réitérant sa phrase.
- Je vous demande si vous êtes sur la même enquête, puisque vous venez me demander exactement la même chose, en même temps. Avouez que si c'est une coïncidence – et tu sais que je n'en suis pas friand Theseus – elle est drôlement cocasse…
Ses deux vis-à-vis se jetèrent un coup d'œil.
- Je recherche des contrebandiers, expliqua sans plus attendre Theseus. L'un a une baguette avec un ventricule de dragon. Ollivander nous a conseillé, durant l'investigation, de nous procurer des écailles de Vert Gallois ou Noir des Hébrides pour nous permettre de tracer les coupables. Et tu me semblais tout indiqué.
Ils se tournèrent vers Ella qui haussa des épaules et pinça des lèvres.
- Confidentiel.
Newt soupira bruyamment tandis que les paupières de l'auror s'étrécissaient. Voyant que les deux garçons ne cessaient de la fixer, ce fut au tour de la britannique de soupirer.
- Patte blanche hein ? marmonna-t-elle.
La demoiselle bomba le torse, mettant ainsi sa poitrine en avant.
- Pendant que le Bureau des aurors cherche le menu fretin, moi je cherche ce qu'il y a après la bagatelle. Ces contrebandiers ont fait affaire avec des partisans de Grindelwald. Et comme le Bureau des Aurors traîne, je me suis dit que prendre directement les choses en main serait plus rapide.
Puis elle haussa des épaules en esquissant un geste de la main, comme si elle chassait l'aîné de Newton. Le britannique se risqua à jeter un œil à son frère et ne fut guère surpris de constater que son visage s'était fermé un peu plus. Allait-il riposter à la provocation d'Ella ? Newt connaissait suffisamment son frère pour savoir qu'il était un homme posé et possédant un sang-froid assez développé. Pourtant, jamais il n'avait vu encore une telle colère dans les yeux de l'auror. Qu'y avait-il donc entre eux ?
Un énième soupir s'échappa de la bouche du sorcier.
- Il doit m'en rester, suivez-moi…
La langue-de-plomb et l'auror se jaugèrent et vinrent se placer à distance raisonnable l'un de l'autre, chacun d'un côté du magizoologiste, tandis qu'ils gagnaient tous ensemble la réserve.
Ce fut la première fois qu'il comprit que Theseus et Ella avaient un passif, probablement plus explosif qu'une corne d'éruptif.
