Huitième chapitre ON ! Mon rythme d'écriture ralentit, non pas parce que je traînasse, mais parce que je suis une éternelle insatisfaite ! Et ce chapitre n'a pas été des plus faciles ! Néanmoins, j'espère qu'il vous plaira ! N'hésitez pas à me donner vos avis, positifs ou négatifs, ça fait grandir ! See you soon !
Consignes : /
Thèmes : "Loyal", "Ignore", "Air", "Blank pages", "Punch"
Défi 12 : Air (Newton Scamander)
Newton n'arrivait pas à penser clairement. Lui et Ella s'enfuyaient sans se retourner depuis déjà deux heures. Le jeune homme songea fugacement qu'il aurait réellement aimé cesser de courir. A bout de souffle, leurs corps réclamant une pause bien méritée, les deux compères ne s'arrêtèrent même pas pour vérifier si leur poursuivant était toujours sur leurs talons. Préférant les zones boisées aux espaces à découvert, il n'était pas rare que l'un d'eux soit griffé par une branche ou une ronce mal placées. Pourtant leur cadence ne ralentit pas. Grimpant sur un promontoire rocheux placé sur son chemin, le pied de Newton dérapa, le faisant chuter en avant. Sur ses talons, Ella réussit de justesse à le stabiliser juste avant qu'il ne s'étale de tout son long. Du plat de la main, elle exerça une légère pression dans son dos et l'invectiva à poursuivre leur course d'un signe de tête pressé. Les deux collègues se remirent à courir à perdre haleine, les poumons en feu, les yeux secs. L'un comme l'autre n'avaient guère le temps de prendre conscience de leur environnement. Un bruit de cuir que l'on claque dans l'air les renseigna quant à la distance de leur poursuivant. Mais plus précis encore, ce fut le cri guttural de la créature qui confirma au sorcier que l'animal était beaucoup plus près que ce que ses calculs ne le lui avaient suggéré. Une bourrasque souffla au-dessus de leurs têtes, signe que l'animal ailé les surplombait. Aussitôt, en apercevant l'ombre à leurs pieds grossir à une vitesse folle, le magizoologiste plongea en avant et entraîna la jeune femme à sa suite. Ils se retrouvèrent ainsi derrière un rocher concave qui leur permettait de se dissimuler pour quelques minutes de répit. Enfin l'espérait-il… Car deux secondes plus tard, un nouveau grondement grave et fortement mécontent résonna.
- Ne respirez plus… chuchota Newton en venant coller son index devant les lèvres de sa compagne d'infortune.
Accroupie contre lui, Ella hocha la tête positivement pour montrer qu'elle avait bien compris. La course effrénée qu'ils venaient d'effectuer rendit la suspension de leur respiration difficile. Newt était presque sûr qu'en y prêtant attention, avec une ouïe plus développée, il était possible d'entendre les battements de cœur dans leurs cages thoraciques. Et si lui pouvait presque les entendre… Le pansedefer ukrainien aussi. Un craquement sinistre retentit au-dessus de leurs têtes et des graviers accompagnés de terre dévalèrent sur eux. Par réflexe, Newton s'empressa de plaquer son bras libre contre la poitrine de la vélane de sorte à l'aplatir contre le rocher derrière lequel ils étaient dissimulés. Il ne fit guère attention à la bienséance de son geste tant il était obnubilé par leur traqueur. Contre son bras, le cœur de la jeune femme battait à tout rompre, en résonnance avec le sien. Dans un tremblement à peine maîtrisé, le sorcier leva doucement les yeux et tomba nez à nez avec une griffe si grosse qu'elle semblait pouvoir perforer n'importe quelle protection magique et physique. L'animal les cherchait. Un souffle chaud balaya l'espace devant le dragon et manqua de les atteindre. Si près de la créature, la vélane et le mage pouvaient sentir la chaleur émaner des écailles gris métallique et en distinguer toute la rugosité. Les pattes de l'animal bougèrent sur la roche en un crissement désagréable qui força les deux jeunes gens à serrer des dents à défaut de pouvoir se boucher les oreilles. Pendant quelques secondes qui parurent interminables, le dragon resta là à humer l'air, son regard scrutant les alentours avec férocité. Ils avaient si subitement disparu de son champ de vision que cela avait dû l'interpeler. Un nouveau cri grave sortit de sa gueule, faisant grimacer les deux agents du Ministère. Ni l'un ni l'autre ne bougèrent et le reptile finit par s'envoler dans le but certain de parcourir à nouveau les lieux pour les débusquer. Conscient que le pansedefer ne pouvait les voir tant qu'il reprenait son envol, Newton se décolla de la paroi et entraîna aussitôt Ella à sa suite.
- Il faut atteindre le camp de la réserve. Les protections magiques tiendront un temps...
Il reprit sa respiration, l'air lui brûlant les poumons tandis que quelques mèches rousses collaient à son visage, perlant de sueur. Le reste de sa chevelure virevoltait au gré du vent, chaque bourrasque ébouriffant sa tignasse et celle de sa collègue.
- Le temps de trouver une solution, ajouta-t-il.
Un rire sans joie échappa à Ella qui le suivait comme son ombre. Leurs pas semblaient synchronisés, si bien que l'on aurait pu croire que les bruits de leur course effrénée ne venaient que d'une seule et même personne.
- Parce que vous pensez réellement qu'il y a une solution ? pesta-t-elle avant qu'un nuage de poussière ne la force à fermer la bouche et les yeux quelques secondes. Je ne suis peut-être pas aussi calée que vous en matière de créatures, mais les dragons ont une sacré mémoire, et de surcroît un sale caractère. Celui-ci ne nous lâchera pas tant qu'il n'aura pas récupéré ces fichus œufs ! Est-ce que ce sont les siens au moins ? s'insurgea-t-elle, le visage rougi.
La voix grave de la vélane laissait filtrer son agacement et peut-être une note d'anxiété. Newton ne s'y trompa guère, il ne lui était pas destiné. La jeune femme était obnubilée par le contrôle et perdre ainsi pied face à une situation mortelle avait de quoi ébranler les plus stoïques. Il faut dire que le pansedefer ukrainien était connu pour être un dangereux tueur de sorcier impossible à domestiquer ou ne serait-ce que dresser. Alors être poursuivi par l'un de ces dragons ne laissait guère place à l'imagination quant à ce qu'il ferait d'eux s'il les attrapait.
- Vous n'avez jamais de plan d'attaque ?
Cette fois, cela sonnait bien comme une accusation. Légitime de surcroît. Des plans, il en avait. Souvent. Fonctionnels ? Pas tout le temps.
- D'habitude, ça se passe bien, mais là… Ce n'est pas vraiment… Ce qui était prévu…
- Evidemment ! Comme l'Egypte ! maugréa-t-elle entre ses dents serrées. Vous ne vous êtes pas dit que c'était trop facile de récupérer ces œufs aux mains des trafiquants ? Je parie qu'ils savaient pour le dragon à leurs trousses !
Newton ne prit pas la peine de répondre. Si Ella se montrait étonnamment bavarde, il ne faisait aucun doute qu'être prise en chasse par en dragon en était un effet secondaire.
Le duo s'engouffra précipitamment à couvert d'un bosquet lorsque le dragon changea de cap. Ayant atteint une altitude suffisante, il pouvait faire demi-tour et poursuivre sa traque. Avec son odorat développé, Newton se doutait qu'ils devaient représenter des proies faciles pour l'animal. Ella buta sur son talon, manquant de les faire trébucher tous les deux. Puis aussi subitement que cela, la langue-de-plomb cessa sa course.
- J'en ai assez ! s'écria-t-elle en pivotant brusquement vers l'ombre menaçante projetée par le pansedefer ukrainien se précipitant à leur rencontre.
- Ella !
Le magizoologiste eut tout juste le temps de se jeter sur elle pour la plaquer au sol qu'une gerbe de flammes s'échappait de la gueule de la créature, manquant de les carboniser sur place. Il les avait repérés ! Les flammes prirent immédiatement possession des lieux, ravageant herbe et arbres, léchant les troncs avec un appétit dévorant, ne laissant que cendre et désolation sur leur passage. A nouveau le dragon dut prendre de l'altitude pour espérer revenir à leur hauteur. Le cadet Scamander s'empressa donc de se relever et de tirer à sa suite une Ella furibonde.
- Pourquoi avez-vous fait ça ? J'allais… commença-t-elle en essayant de faire demi-tour.
- Êtes-vous folle ? cria-t-il en lui coupant la parole, bien qu'il n'en ait guère l'habitude. Il aurait pu vous tuer si je n'avais pas… Non ! Vous n'allez certainement pas remettre ça ! la gronda-t-il en la forçant à se mettre à couvert, là où le feu ne les atteindrait pas tout de suite.
Les flammes rougeoyaient, progressant à vitesse folle parmi les arbres. Les oiseaux piaillaient en s'enfuyant loin du feu et du responsable de ce carnage. Chaque animal présent sur les lieux essayait de détaler aussi loin que possible, avant d'être rattrapé par la vague de mort frappant la frondaison.
- J'vais lui régler son compte ! maugréa Ella d'une façon si familière qu'elle étonna Newt.
Il l'avait toujours vue si… Calme. Maîtrisée. Enfin, il oubliait parfois de quelle essence étaient nées les vélanes. La colère faisait partie intégrante de leur âme. Et entraîner à sa suite une vélane récalcitrante n'était pas des plus aisés, surtout lorsque celle-ci hésitait entre s'enfuir et se battre contre un dragon. Le mage se fit la réflexion que, pourtant, Ella n'avait rien de ces chevaliers en armure des histoires moldues qui pourfendaient un dragon pour sauver la princesse. Et lui n'avait d'ailleurs absolument rien de commun avec une princesse.
- Vous n'allez rien faire ! Continuons jusqu'au lac, j'essaierai à nouveau de nous transplaner !
- Il me suffirait de me transformer pour le… l'entendit-il marmonner entre deux quintes de toux causées par la fumée.
- Vous… Quoi ?
Le sorcier n'eut pas le temps de s'attarder sur l'étrange formulation de sa collègue que les flammes les rattrapèrent sur la gauche, forçant le couple à bifurquer. Il aurait été aisé de faire cesser l'incendie s'il n'y avait pas eu autant de vent pour l'alimenter et si l'air ambiant n'avait pas été aussi étouffant.
Il leur fallut au final très peu de temps pour atteindre le lac malgré la menace du reptile qui planait constamment au-dessus de leur tête et les obstacles naturels qui s'étaient accumulés sur leur chemin. Newton s'empressa d'utiliser sa baguette dans le vain espoir de les transplaner en sécurité à la réserve ukrainienne où il avait pu officier des années auparavant, durant la guerre. Il voulait mettre le plus de distance entre eux et la créature en furie.
Les trafiquants étaient à présent le cadet de leur souci. Le dragon avait surgi au camp de fortune de ces receleurs et bandits au moment où la langue-de-plomb et le magizoologiste s'emparaient des œufs que les gredins avaient dérobés. La suite semblait assez floue dans l'esprit de Newton. Il se souvenait du chaos qu'avait engendré la bête en attaquant les trafiquants d'espèces. Il se souvenait aussi des cris de ces derniers, dévorés vivants, le sang se répandant sur l'herbe grasse. Son cœur avait commencé à cogner fort à ce moment-là. Il se souvenait à peine d'avoir saisi la main d'Ella dans la sienne pour l'entraîner dans sa fuite. Le pansedefer n'était pas un dragonneau. Au vu de sa taille et de l'épaisseur de ses écailles, il avait au moins quelques siècles. Le promontoire rocheux surplombant le lac sur lequel ils étaient perchés n'était pas la meilleure cachette qui soit. D'ici, ils étaient à la merci du dragon. Aussi Newton réitéra-t-il son essai de transplanage. Raté. Un cri s'éleva au-dessus de leurs têtes et il sembla au sorcier que l'air se chargeait de cendres.
- Par les plumes de mes ancêtres… ! Sautez ! cria de sa voix rauque la vélane.
D'une force que sa silhouette féminine ne laissait pas deviner, Ella le saisit par le bras et, sans plus de cérémonie, les fit basculer dans le vide. Ce sentiment de tomber sans pouvoir se retenir avait quelque chose d'assez désagréable. Comme une situation qui lui échappait, c'était une sensation déstabilisante. A la façon de pantins désarticulés, les deux Britanniques agitèrent les bras, comme s'ils cherchaient à s'envoler. La chute parut interminable au mage. Pourtant, elle prit fin après quelques secondes seulement et le choc de leurs corps dans l'eau fut plus insupportable encore. Ce fut l'effet saisissant du froid qui le troubla le plus. Son cerveau sembla se remettre à fonctionner à plein régime, analysant leur situation et les différentes options s'offrant à eux. L'eau s'infiltra dans chaque maille de leurs tenues, alourdissant leurs corps pour les entraîner vers le fond. Au-dessus de leurs têtes, une myriade de couleurs rougeoyantes se bousculait, les flammes roulant sur la surface du lac. La chaleur était telle que malgré l'eau, Newton la sentait sans peine agresser sa peau. D'un geste, il fit signe à Ella de nager sous l'eau et de s'éloigner du périmètre attaqué par le pansedefer. Il fallait faire vite avant que leurs faibles poumons ne les trahissent et se vident de cet air si vital. En quelques brasses dérangées par le poids de leurs vêtements, ils s'éloignèrent suffisamment pour se permettre de refaire surface. Ils s'assurèrent au préalable qu'aucune ombre funeste ne les surplombait avant de s'autoriser à respirer un air vicié de cendres.
La rencontre entre le feu et l'eau avait laissé place à une vapeur opaque qui les dissimulait aisément. La chaleur encore présente lui donna la vague impression de se trouver en zone tropicale où la saison des pluies et l'humidité ambiante collaient les cheveux au visage et les vêtements à la peau. En se maintenant de façon stationnaire à l'aide de quelques gestes mesurés, Newton chercha du regard sa compagne d'infortune. Alors qu'il commençait tout juste à se calmer, le sorcier sentit son coeur rater un battement en ne voyant pas Ella. Par la barbe de Merlin, est-ce qu'elle... ? Sentant l'affolement le gagner et sa respiration se bloquer dans ses poumons, le magizoologiste commença à appeler Ella. Scrutant l'eau où il n'aurait pu manquer la chevelure platine de la vélane, il s'évertua du mieux qu'il pouvait à rester calme. La langue-de-plomb s'apprêtait à s'attaquer à un dragon. Un dragon. Ce n'était tout de même pas un petit lac de pacotille qui allait en venir à bout ? D'abord doucement il cria son nom, en cherchant autour de lui, puis de plus en plus fort. Oh diantre... Peut-être ne savait-elle pas nager. S'était-elle éloignée ? Ou pire ? Il s'apprêtait à réitérer son appel lorsque quelque chose le cueillit sans douceur sur la tête en même temps qu'il se prenait une gerbe d'eau. Déconcentré, il manqua de couler. En se retournant, une main posée sur l'arrière de son crâne endolori, il effectua quelques mouvements laborieux pour finalement se retrouver face à une vélane dont l'expression semblait à mi-chemin entre la malice et l'agacement. Celle-ci tenait dans l'une de ses mains une chaussure qu'elle venait vraisemblablement de lui flanquer à l'arrière de la tête.
- Vous devriez crier plus fort, je ne suis pas certaine que le dragon nous ait bien localisés, déclara-t-elle goguenarde, ses lèvres remontées en un sourire ironique.
- Vous ne répondiez pas... ! se défendit le britannique dont la main n'avait pas lâché sa baguette.
- Peut-être parce que j'étais encore sous l'eau, le railla-t-elle sans douceur. Je suis une vélane, pas une sirène, difficile de converser avec de l'eau dans les poumons ! marmonna-t-elle tout en essayant maladroitement et inutilement d'essorer sa longue chevelure.
Newton ignora le ton cassant de celle qu'il avait pris pour une sorcière à leur première rencontre. Jamais l'anglaise ne lui avait montré le moindre ressentiment et ce malgré les quelques ennuis qu'ils avaient pu s'attirer. D'habitude, le sorcier parvenait à les éviter. Mais depuis qu'une variable s'était ajoutée à l'équation - Ella - il avait la nette impression d'être poursuivi par une poisse sans nom. Mais en était-il responsable ? Le magizoologiste n'était pourtant pas du genre à croire aux quolibets en rapport avec le destin et le karma. Cependant, il devait reconnaître que depuis qu'il s'était attiré les faveurs aussi incompréhensibles qu'étranges de la jeune femme... Les ennuis ne faisaient que pleuvoir. Coïncidence ou fatalité ?
- Venez là.
L'injonction n'était pas une suggestion et Newton se rapprocha, toujours dissimulé par cette brume causée par le reptile. Lorsqu'il fut assez prêt d'elle dans un état stationnaire, Ella le tira à lui sans ménagement. Il se retrouva donc contraint d'être collé contre le corps aux formes on ne pouvait plus féminines de sa comparse. Alors qu'il ouvrait la bouche dans le vain espoir de protester contre ce geste qu'il ne comprenait pas, elle lui coupa la parole.
- Cessez de vous agiter, je vais nous transplaner. Vous avez bien les oeufs ?
Il hocha de la tête de façon positive, non sans lui lancer un regard interrogateur. Les pieds de la jeune femme effectuaient de larges mouvements dans l'eau de sorte à la maintenir à la surface, malgré le poids de son manteau à fourrure. D'un mouvement ample, elle étira la chaîne de son talisman qu'il avait déjà aperçu. La pierre brilla un bref instant entre les doigts de la lady.
- Vous avez votre propre portoloin ? s'exclama-t-il, incertain quant à la nature de l'objet.
- Bien sûr que non... Ce n'est pas exactement un portoloin… Mais peu importe !
La vélane lui offrit une petite moue en même temps qu'un haussement d'épaules significatif.
- A missions périlleuses, mesures adaptées, conclut-elle en le serrant sa main.
Alors qu'il observait la lumière du joyau pulser, il sentit la jeune femme agripper ses jambes autour de sa taille et avant qu'il ne puisse s'indigner du poids qu'elle lui rajoutait, elle sourit.
- Accrochez-vous.
La suite fut des plus désagréables. Loin de ressembler au transplanage, le médaillon que la vélane portait constamment sur elle les dématérialisa sans plus de cérémonie non sans aspirer leurs consciences. Puis ce fut la chute. A nouveau. Courte, mais déplaisante. Le sorcier laissa échapper un sifflement de douleur lorsque son dos percuta le sol pavé. La douleur fut d'autant plus vive lorsque la vélane s'écrasa sur lui sans aucune douceur. Loin de chercher à commenter le poids de la lady, il avait tout de même des manières, il se permit tout de même de lâcher un râle de souffrance.
- Vous... Me faites mal... souffla-t-il, sa tête l'élançant du fait de sa rencontre avec les pavés.
- Ah. Vous m'en voyez navrée.
Ella haussa un sourcil sans émotion particulière. Ouvrant une paupière, le cadet Scamander avisa les alentours. Les deux collègues se trouvaient dans une ruelle sans aucun doute londonienne dont les maisonnettes sombres se dressaient vers le ciel. Et Ella... La demoiselle ne semblait guère décidée à bouger, assise à califourchon sur son bassin. Etalé de tout son long, le mage chercha à se relever mais, d'une main, elle appuya sur son torse pour l'obliger à rester au sol.
- Laissez-moi deux minutes, que j'essore mes cheveux et que je rajuste un peu ma tenue trempée.
Les yeux du sorcier s'arrondirent. Etait-ce vraiment important, là, tout de suite ? Quelqu'un risquait de les surprendre et il était peu convenable de s'adonner à ce genre de choses en pleine rue, aussi déserte soit-elle. Newton tiqua. Ils ne faisaient en soi rien de mal. Mais il était certain, pour avoir observé ses congénères humains que c'était le genre de situation malaisante où l'honneur de la demoiselle se retrouverait bafoué et sa fierté à lui, mise à mal. Il n'eut guère le temps de faire tourner son cerveau en ébullition que déjà la jeune femme se relevait. Elle lui tendit même une main salvatrice qu'il finit par saisir. La vélane semblait disposée à lui donner un aperçu de sa force physique et Newton s'en sentit honoré. Elle qui avait toujours l'air précieuse, et ce même sans son pouvoir enjôleur, devait donc posséder une force colossale toujours maîtrisée...
- Puisque l'agent de liaison avec l'Ukraine ne pourra pas récupérer les oeufs avant quelques jours... Il faut leur trouver une cachette adéquate.
- Il aurait pu les récupérer à temps si nous nous étions rendu directement à la réserve... marmonna Newton sans la regarder tandis qu'il employait sa baguette pour faire sécher ses vêtements et ceux de la langue-de-plomb.
- Oui et bien, vous m'en devez une sur ce coup-ci, j'ai vidé toute la magie de mon médaillon et il me faudra une décennie pour espérer accumuler à nouveau ce type de puissance.
- Ce n'était donc pas un portoloin ?
Elle secoua la tête.
- Non, plutôt un artefact qui me permet d'accumuler de la magie. Vous n'êtes pas sans savoir Sahir que je n'ai pas de baguette, lui expliqua-t-elle.
Il hocha la tête. Bien sûr qu'il l'avait remarqué. Comme toutes ces petites choses qui faisaient d'elle ce qu'elle était et non pas une sorcière.
- Peut-être pourrions-nous y aller, si vous avez terminé de me dévisager ? sourit-elle à nouveau avec amusement, comme si la tension des heures précédentes s'était totalement évanouie. Je connais quelqu'un qui pourra nous garder en sûreté ces oeufs. Cela vous évitera d'avoir à les dissimuler dans votre valise.
- Je pourrais, haussa-t-il des épaules en la regardant aviser la rue perpendiculaire à celle qu'ils occupaient.
- Oui, mais de cette façon, vous ne seriez pas impartial et le Ministère pourrait vous reprocher de vouloir vous les approprier. Il nous faudra intercepter l'agent de liaison avant qu'il ne fasse un rapport au Ministère selon lequel nous avons volé les oeufs. Puisque ce n'est pas le cas. Et si le Ministère l'apprenait tout de même et croyait l'agent... Après avoir fouillé, ils ne trouveraient rien. Les confier à quelqu'un d'extérieur, à qui nous aurons fait signer une décharge, une personne digne de confiance évidemment, serait donc le plus judicieux. Et je connais une personne toute indiquée, lui assura-t-elle.
D'un signe élégant de sa main manucurée, elle lui fit signe de le suivre. Vérifiant à gauche puis à droite que la voie était libre – Newt n'était pas bien sûr de savoir de quoi – le couple qui n'en était pas un traversa la rue, se mêlant à la foule. Ils gagnèrent sans se presser la rue d'en face, aussi inoccupée que le laissait deviner son air mal famé. Ella y entra comme si elle en était une habituée. Cependant, avant que le magizoologiste ne la suive, elle s'arrêta et, posant sa main sur son torse, l'intima de rester ici pour faire le guet. Elle en profita pour glisser l'une de ses mains dans la poche du manteau à présent sec du sorcier. Pour l'occasion, l'une de ses poches étaient plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur, de sorte à y accueillir les œufs sauvés in extremis. Ella s'en saisit et dans un chuchotement lui promit qu'elle revenait vite. Partagé entre la curiosité et le malaise de laisser quelqu'un s'emparer de ces œufs, même momentanément et pour la bonne cause… Newton se concentra sur la surveillance des lieux. Remontant le col de son manteau pour se protéger du temps, son regard perçant erra ici et là, détaillant les passants. Régulièrement, il portait ses pupilles sur le dos de la blonde qui s'éloignait d'une démarche chaloupée. La vélane s'arrêta à une quinzaine de mètres de lui et, grimpant un petit perron, elle vint taper quelques coups sur une porte sombre. Le battant s'ouvrit pour laisser apparaître un homme, semble-t-il, que le jeune sorcier distingua à peine. Il entendit quelques rires, vit Ella sourire tout en tendant les œufs… Puis deux paires d'yeux luminescents se fixèrent sur lui. Comme pris en faute, le sorcier se sentit soudainement épié et leur tourna subitement le dos, son cou rentré dans ses épaules. Peu importe qui était ce type, au moins, les œufs étaient en sécurité. N'est-ce pas ?
Il ne le savait pas encore mais Newton venait de rencontrer pour la première fois Louis Delacour.
Rose-Eliade : On est d'accord ! Ce qui est bien avec Newton, c'est qu'il est fort... Mais ce n'est pas de la force brute ! Il rivalise d'intelligence et d'ingéniosité pour parvenir à ses fins, et c'est ce qui le rend intéressant à développer !
N. Swann: J'essaie de développer la famille de Newton mais il y a très peu d'informations sur sa maman (si ça se trouve elle est décédée cette pauvre femme !) et je ne sais pas encore comment il interagit avec son frère... Seul le prochain film nous le dira, mais en attendant... THESEUS EST A MOI AHAHA ! Et j'aime beaucoup cette dynamique que j'installe où Newton ne comprend pas que son frère puisse être aussi protecteur alors que ses actions semblent prouver le contraire ! Petit à petit, j'essaie également de développer Ella, de sorte à ce qu'elle s'ouvre à Newton et que cela ait l'air naturel. Avec le précédent chapitre, tu as pu voir que leur relation a évolué encore un peu plus. En vérité, c'est assez étrange mais écrire un Newton désabusé et incompris de la plupart de ses comparses humains n'est pas si difficile à rédiger, étonnamment ! xD Merci encore pour ces compliments !
