Bonjour, bonjour !

J'espère que vous allez bien en ce jeudi 14 mai :) On se retrouve pour le chapitre 3 de Que Justice soit faite. Je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui m'ont laissé des commentaires sur les deux premiers chapitres, cela m'a fait très chaud au cœur. Petit remerciement aussi à Jess-Lili, qui m'a supportée dans mon manque d'inspiration pour l'élaboration du chapitre 8 cette semaine xD.

Bonne lecture !


Chapitre 3

La secrétaire de la Procureure de la République, Ginevra Potter, frappa à la porte de sa supérieure. Une voix claire lui indiqua d'entrer. Derrière son bureau en chêne, la jeune femme rousse leva le nez de la montagne de papiers qui était devant elle, une interrogation dans le regard. Elle avait pourtant demandé à n'être dérangée sous aucun prétexte. N'étant pas d'un naturel très patient, la rousse commença presque immédiatement à faire rebondir son stylo sur la table. Cela devrait aider sa secrétaire à se décider à ouvrir la bouche. Elle observa cette dernière prendre une goulée d'air et déglutir. La petite brune ne savait pas trop où se mettre. Elle connaissait bien les colères qui pouvaient prendre d'assaut sa patronne. Toutefois, elle se décida à prendre la parole.

- Excusez-moi de vous déranger, Madame Potter, mais Madame Granger…

- Pourquoi ne m'avez-vous pas dit dès le début qu'Hermione attendait ? Faites-la entrer sur le champ.

- C'est que vous aviez demandé à ne pas être dérangée …

- Faites-la entrer, vous dis-je.

D'un hochement de tête rapide, la secrétaire ouvrit plus grand le battant de bois, laissant ainsi passer la juriste. La Procureure se leva de son siège, le sourire aux lèvres, ravie d'accueillir sa meilleure amie. La secrétaire referma la porte derrière elle, avec un certain soulagement, et laissa les deux jeunes femmes profiter de leur instant. Ces dernières se firent la bise, et Ginevra invita Hermione à s'asseoir, allant jusqu'à lui proposer un rafraîchissement, que déclina la juriste.

- Alors Hermione, que viens-tu faire dans mon bureau ?

- Tu n'as pas eu de nouvelles d'Harry cet après-midi ?

- Non, pas encore. Pourquoi cette question ?

- Pour rien, ne t'en fais pas.

La juriste ne devait pas éveiller les soupçons la Procureure. Cependant, celle-ci était passée maître pour sortir les vers du nez à son interlocuteur. Elle n'était pas arrivée au niveau où elle était à présent sans ces capacités. Hermione devait donc faire attention à ce qu'elle allait dire par la suite. Plongeant ses yeux dans ceux de Ginevra, la brune choisit avec précautions ses mots. Elle décida donc de ne pas tourner la discussion directement vers la mafia sarde.

- C'est pour ma première affaire au travail. J'aurai besoin de renseignements sur Tom Jedusor. Que peux-tu me raconter sur lui ?

- Oui, je vois le personnage. Surtout, ne dis pas que c'est moi qui te l'aie dit, mais on a envoyé une assignation à comparaître à un certain Amycus Carrow, pour son client qui n'est autre que ton Jedusor.

- A propos de quoi ?

- Apparemment, Jedusor aurait omis de payer en intégralité des salariés. Normalement, ce sont les Prud'hommes qui s'occupent de ce genre d'affaires, tu t'en doutes. Cependant, les demandeurs ont réussi à faire remonter leur plainte jusqu'à moi.

- Je suppose que tu ne peux pas me dire qui sont les demandeurs ?

- Tu supposes bien, Hermione. Déjà là, je n'aurais jamais dû te parler de l'affaire en cours.

La juriste regarda sa meilleure amie, tout en réfléchissant à si elle allait oser lui poser d'autres questions. Elle sentait bien que la rousse ne lui disait pas tout. Mais comment aborder les Serpenti sans éveiller ses soupçons ? De plus, si la Procureure connaissait vraiment l'identité des demandeurs, elle ne voudrait jamais lui en parler. Avec Harry et Ronald, elle faisait partie des rares personnes qui connaissaient son passif avec la mafia sarde.

- Hermione, est-ce que tout va bien ?

- Oui, oui, parfaitement. Je vais te laisser travailler maintenant. Vu la montagne de papiers qui jonche ton bureau, tu as mieux à faire que de discuter avec moi.

- Tu es toujours la bienvenue ici, tu le sais.

La brune se leva et alla embrasser sa meilleure amie pour lui souhaiter une bonne fin de journée. Puis, elle ressortit du bureau de la Procureure, salua sa secrétaire et sortit du bâtiment. Il était temps pour elle de revenir au cabinet. Avec tout cela, l'après-midi touchait déjà à sa fin. Cependant, Hermione était habituée à travailler jusque tard dans la soirée, voire une partie de sa nuit. Cela ne lui faisait pas peur. Elle reprit donc le métro pour rejoindre le quartier de la Défense. Quand elle émergea des souterrains, elle prit le temps de jeter un coup d'œil à son téléphone. Sur l'écran de verrouillage, elle pouvait constater qu'Harry lui avait envoyé une dizaine de messages, et lui en avait laissé une dizaine d'autres sur sa boîte vocale. Elle les effaça un par un, ne voulant pas se prendre la tête avec les exclamations indignées de son meilleur ami. Puis, elle remarqua quelques messages de Marianne et Jack. Apparemment, ils avaient créé un groupe sur un réseau social pour que l'équipe au complet puisse échanger des informations plus facilement.

« 15h00, à Hermione : N'hésitez pas à nous dire vos dernières découvertes ici. Cela ira bien plus vite. Jack »

« 16h00, à Jack : Où êtes-vous, Monsieur ? On a besoin de vous au bureau ! Marianne »

« 16h30, à Hermione : Est-ce que vous comptez repasser au bureau ? Marianne »

Puisqu'elle était quasiment arrivée devant l'immeuble, Hermione décida de ne pas répondre aux divers messages. En regardant sa montre avant d'entrer dans la bâtisse, elle vit qu'il était à présent dix-sept heures. Elle supposa que tout le monde devait encore être au bureau à cette heure-ci, même si elle hésitait pour Marianne. Peut-être devait-elle s'occuper de ses enfants, les récupérer à l'école, les aider dans leurs devoirs, et s'occuper d'autres tâches qui faisaient partie du travail d'une mère. À moins que son mari puisse prendre le relai le soir ? Arrêtant ses hypothèses sur la vie familiale de la secrétaire, qui ne la regardait pas, la juriste s'engouffra dans les portes-tambours et marcha d'un pas décidé jusqu'aux élévateurs. Au septième étage, il ne restait plus grand monde, ce qui étonna la brune. Il n'était pourtant pas si tard, et ce n'était pas le dernier jour de la semaine. Elle salua tout de même les personnes présentes, échangeant avec elles quelques mots avec elles, pour se présenter la plupart du temps.

Quand Hermione entra dans l'open-space, elle fut surprise de n'y voir personne. Tous les ordinateurs étaient éteints, ainsi que les lumières. Elle allait d'étonnement en étonnement au fil de cette journée. Elle se contenta de hausser les épaules, et de rejoindre son bureau. Elle pouvait déjà mettre par écrit ce qu'elle pensait de l'affaire. Ce serait du temps de gagné pour le lendemain. Ce fut donc ce qu'elle fit pendant l'heure qui suivit. Malgré sa visite auprès d'Harry et de Ginny, elle n'avait pas appris grand-chose d'autre que ce qu'elle connaissait déjà. De toute manière, le couple ne lui aurait rien dit de plus, d'une part à cause du secret professionnel et d'autre part parce que les deux époux voudraient absolument protéger Hermione. Il n'y avait qu'une seule mafia sarde présente à Paris, les Serpenti, Harry l'avait confirmé. Dans un fichier, elle nota donc toutes les informations à propos de ce groupe. Toutefois, elle fit le tri dans ce qu'elle savait. Elle ne pouvait décemment pas raconter qu'elle avait été proche d'eux quelques années auparavant. Déjà, qu'elle trouvait que Jack en savait un peu trop, il ne fallait pas que les deux autres la relient à certains événements.

S'affalant contre le dossier de sa chaise de bureau, Hermione soupira. La luminosité dans la pièce baissait dangereusement, la contraignant à allumer la lampe qui trônait à droite de son ordinateur. Puis, elle releva les yeux vers le grand tableau. Elle n'avait pas remarqué qu'il semblait plus rempli que quand elle avait quitté l'open-space en début d'après-midi. Abandonnant son fichier de traitement de texte ouvert sur une page quasiment vide, la juriste se leva, contourna les bureaux et fit les quelques pas qui la séparaient du support blanc. Elle ne reconnaissait pas l'écriture de la personne qui avait tracé les mots qui ornaient la surface. Toutefois, elle penchait pour Jack. Ce dernier avait noté les grandes lignes de l'affaire, quelques noms, et avait aussi collé deux photographies. Une de Tom Jedusor, et une de son avocat, Amycus Carrow.

Ces deux hommes n'inspiraient pas confiance, cela se voyait tout de suite. Ils avaient l'air hautains et sévères des gens qui se savaient en situation de pouvoir grâce à leur argent. Hermione esquissa une grimace. Ils avaient exactement le profil des personnes qui acceptaient et donnaient des pots-de-vin, et qui trempaient dans des affaires louches. Cependant, elle ne pouvait pas se permettre de les critiquer. Pour le bien de son travail, elle devait rester objective. Mue par une intuition, elle prit un feutre effaçable noir et écrivit le nom de la mafia à laquelle appartenaient les hommes de main sous-payés. D'une main sûre, elle traça les quelques lettres en italien. Puis, reculant pour prendre de la hauteur par rapport à ses réflexions, elle s'assit sur le premier bureau derrière elle, en prenant garde à ne rien déranger. Suivant le fil de ses pensées, elle revint dix années en arrière.

A l'époque, Hermione n'avait que seize ans. Elle avait vu son père se détruire petit à petit, alors qu'il cherchait absolument à coincer le chef des Serpenti. Elle l'avait vu s'enfoncer dans l'alcool et la colère, puis dans le désespoir. Elle avait fait son possible pour lui apporter son aide, du réconfort, du soulagement. Toutefois, cela n'avait pas suffi. L'enquête que menait Peter Granger le bouffait, corps et esprit. Il avait été beaucoup trop impliqué émotionnellement. La jeune brune en connaissait les raisons. Cette mafia lui avait pris sa mère. Elle avait pris l'amour de son père. Elle était passée à peu de choses, de réduire en cendre les deux dernières personnes pouvant perpétuer le nom des Granger. Résultat des courses, la brune avait dû se débrouiller seule durant les dix dernières années. Et elle devrait encore le faire pendant un long moment, elle n'en doutait pas. Son père était enfermé dans un asile psychiatrique. Elle ne l'avait pas revu depuis ce jour funeste qu'elle garderait toute sa vie en mémoire.

- Encore au bureau, Granger ?

- Putain !

Hermione redescendit sur terre, et du bureau, en deux temps trois mouvements, le cœur battant à cent à l'heure. Elle se retourna vers la voix qui l'avait surprise. Malefoy se tenait sur le seuil de l'open-space, de l'étonnement traversant ses yeux gris. Il referma la porte vitrée derrière lui, et alla poser ses affaires sur sa chaise. La juriste était toujours tétanisée. Son cerveau avait cessé de fonctionner. Elle ne put que suivre son collègue du regard. Elle n'en revenait pas d'être tombée si profondément dans ses souvenirs, au point de ne plus faire attention au monde qui l'entourait. Cependant, une fois qu'elle avait ouvert cette maudite porte, elle ne pouvait plus s'empêcher de tout retraverser. Combien de fois cela faisait-il ? Elle avait perdu le fil de son comptage depuis longtemps. Finalement, le blond l'avait peut-être sauvée d'une énième crise de larmes, qui aurait, sans aucun doute possible, surgi à un moment ou à un autre.

- Tout va bien ?

La voix grave de Malefoy la ramena au moment présent. Elle hocha la tête et retourna s'asseoir à son bureau. Il la regarda faire, sans poser aucune autre question. Tous deux étaient surpris de se retrouver seuls dans le bureau. Mais après tout, il était maintenant dix-neuf heures trente. Un coup d'œil sur leurs montres avait pu leur assurer cela. Le silence s'abattit sur l'open-space. Il n'était pas inconfortable comme chacun aurait pu le penser. Les deux jeunes adultes étaient plus matures que leurs précédentes conversations ne le montraient. Finalement, la cohabitation n'allait pas être aussi difficile qu'ils le pensaient. Les seuls bruits que l'on pouvait encore entendre étaient ceux de leurs respirations et des touches des claviers qu'ils actionnaient à toute vitesse.

Un bruyant soupir, provenant de son voisin de bureau, vint troubler la concentration d'Hermione. Cette dernière releva la tête vers lui, curieuse de savoir ce qui pouvait l'agacer. Leurs regards se croisèrent, mais Malefoy ne semblait pas décidé à répondre à ses interrogations silencieuses. Au contraire, il eut l'air de se refermer sur lui-même. Elle le vit éteindre son outil de travail, récupérer ses affaires, et se diriger vers la sortie. Toutefois, il s'arrêta net, la main sur la poignée de la porte, prêt à l'actionner. La juriste attendit un autre geste de sa part. Geste qui se fit attendre pendant de longues secondes. Dans la tête de Drago, c'était un bazar sans nom. La politesse inculquée par son éducation lui disait d'au moins lui dire au revoir. Sa raison lui murmurait qu'il devrait s'en aller sur le champ. Son cœur, quant à lui, avait envie de s'épancher auprès de cette nouvelle collègue, sans qu'il en comprenne la raison. Peut-être avait-il senti qu'elle était aussi brisée que lui ?

Quand il l'avait surprise, assise sur le bureau de Marianne, et face au tableau blanc, les yeux dans le vague, son pressentiment sur le fait qu'elle avait des secrets s'était révélé exact. Il avait directement remarqué son écriture sur le support. Elle avait un lien avec la mafia, le blond en était pratiquement certain. On ne pouvait pas se perdre aussi loin dans son esprit en rêvassant. Quelque chose avait meurtri la jeune femme. Il en était sûr, et il avait surtout envie de tout savoir. Pourquoi s'intéressait-il autant à elle ? Il ne la connaissait que depuis quelques heures à peine. Pourtant, il voulait percer à tout prix sa carapace.

- Tu veux aller dîner ?

Finalement, c'était avec une spontanéité, dont il ne pensait pas avoir conscience, qu'il lui avait posé cette question en la tutoyant. Toutefois, il ne s'était pas retourné pour croiser son regard. Il n'aurait pas réussi sinon. Ses yeux bruns, pour une raison qui lui était encore inconnue, reflétaient des choses sur lesquelles il ne voulait pas s'attarder outre mesure. Il attendit une trentaine de secondes que la juriste lui réponde. Celle-ci se fit attendre, ce qui engendra chez Drago un sentiment de malaise. Il s'apprêta à abaisser la poignée de la porte, quand il fut surpris d'entendre un murmure venant de son dos.

- Ok.

Cette fois-ci, il ne put s'empêcher de se retourner. Il n'était pas sûr d'avoir bien entendu. Toutefois, en voyant Hermione remballer ses affaires, éteindre son ordinateur, mettre son manteau et le rejoindre près de la porte, il put vérifier que son audition ne lui avait pas joué des tours. Dans le silence, il ouvrit la porte et laissa passer la juriste, par galanterie. Plus personne ne se trouvait dans les bureaux à une heure aussi tardive. Drago regarda la jeune femme éteindre toutes les lumières encore allumées, que des collaborateurs avaient probablement oubliées. Un sourire en coin naquit sur ses lèvres. Elle avait des petites manies qui à la fois l'agaçaient, mais qui lui donnaient aussi envie de rire. Ils rejoignirent l'ascenseur. Quand ils furent la cabine, leurs mains se frôlèrent alors qu'ils allaient appuyer sur des boutons différents. La brune voulait cliquer sur celui du rez-de-chaussée, et le blond sur celui du sous-sol. Ils échangèrent un regard et, la gorge sèche, l'avocat lui indiqua qu'il l'emmènerait en voiture.

Hermione ne savait pas trop quoi en penser, mais elle hocha tout de même la tête. Après une journée étrange, la soirée allait tourner sous le même sens. Après tout, cela la changerait du métro. Une indication sonore les fit revenir au présent, et la brune se laissa guider jusqu'au véhicule de son collègue. D'ailleurs, il n'était pas très difficile à trouver, puisqu'il ne restait qu'une seule et unique voiture dans le parking. Ce fut le tour de la jeune femme d'esquisser un sourire en coin. Le moyen de transport reflétait vraiment la personnalité de son propriétaire. Il était relativement bas, et avait une allure sportive. Le jaguar du logo donnait une impression de puissance. Drago l'ouvrit et invita la brune à monter du côté passager. Cette dernière ne se fit pas prier, et savoura le confort du cuir de son siège. Elle tenta de ne pas s'y affaler. Tandis que le conducteur manœuvrait pour sortir du sous-sol, elle décida de prendre la parole.

- Alors, on va où ?

- J'ai plusieurs adresses en tête. Tu préfères la cuisine italienne, mexicaine, ou asiatique ?

- Mexicaine. Cela fait bien longtemps que je n'en ai pas mangé.

Sur cette remarque mystérieuse, Drago entra le nom du restaurant auquel il pensait dans le GPS, et se laissa guider par les indications. Hermione retrouva son mutisme et regardait par la fenêtre les lumières de Paris. Depuis qu'elle était revenue dans la ville de son enfance, elle n'avait pas pris le temps de la savourer ainsi. Elle avait préféré éviter de se replonger dans ses souvenirs heureux qui ne reviendraient plus. Cependant, son amie la nostalgie revenait à la charge depuis le début de l'après-midi, et la brune ne pouvait plus faire l'autruche. Pourtant, elle ne se laissa pas totalement aller. Elle était accompagnée après tout. Ils mirent un petit quart d'heure à atteindre le restaurant. L'avocat trouva une place plutôt facilement pour se garer et ils se dirigèrent jusqu'à l'entrée éclairée du lieu.

On les accueillit chaleureusement dans la pièce de réception. Cette dernière était plutôt petite. En faisant un rapide calcul mental, Hermione compta qu'une vingtaine de convives pouvaient y être reçus. Étonnement, la salle n'était pas pleine. La décoration était faite avec goût et reflétait bien la thématique du restaurant, sans tomber dans les clichés du Mexique. Décidément, Malefoy avait du goût. Le serveur les mena vers une table près de la vitrine principale. Cela rassura quelque peu la juriste, qui pourrait regarder à l'extérieur si jamais le silence entre eux devenait trop pesant. Ils s'installèrent et commandèrent leurs apéritifs. Puis, ils consultèrent la carte que le serveur leur avait laissée. La brune avait toujours été indécise quand il s'agissait de choisir un seul et unique plat. Quelques-uns lui faisaient envie sur ce menu. Alors, elle décida de s'inspirer du choix que ferait son voisin. Cela permettrait également de briser la glace.

- Tu vas prendre quoi ?

- Je ne sais pas encore, j'hésite entre un chili con carne ou des quesadillas.

- J'oscille entre les deux aussi. Tu n'as qu'à prendre le chili et moi les quesadillas ou vice versa. Et ensuite, on pourra goûter dans l'assiette de l'autre.

Hermione se surprenait elle-même. Les mots sortaient tous seuls, sans qu'elle réfléchisse au courant de ses pensées. D'ailleurs, la tête que faisait Malefoy en disait long. Toutefois, cette soirée était rythmée par des gestes spontanés. Alors, d'un commun accord, ils décidèrent de mettre en œuvre le plan de la jeune femme. Quand le serveur revint les voir avec leurs apéritifs, il prit leurs commandes. Il leur assura qu'ils n'auraient pas à attendre très longtemps. Les deux collègues le remercièrent. La brune prit son verre et regarda le blond.

- On trinque ?

- À quoi ?

- À mon nouveau travail et à la nouvelle affaire ?

- D'accord. Santé !

- Santé !

Leurs verres tintèrent quand ils entrèrent en contact. Leurs porteurs échangèrent un sourire, qui aurait étonné Jack et Marianne. Chacun but une gorgée de son breuvage, puis reposa son gobelet sur la table. Hermione tourna la tête vers la vitre. Elle vit quelques passants, qui flânaient, un air heureux sur le visage. Un raclement de gorge la fit sortir de sa contemplation. La jeune femme reporta ses yeux bruns sur son voisin de table. Ce dernier la regardait avec curiosité. Apparemment, il avait envie de commencer la conversation, mais il ne savait pas par quoi commencer. Lui coupant l'herbe sous le pied, et aussi pour avoir un semblant de maîtrise sur les sujets abordés, la brune ouvrit la bouche pour parler.

- Comment connais-tu ce restaurant ?

S'il fut surpris par la question, il ne le montra pas. Au contraire, il afficha un léger sourire et continua de bon cœur la discussion.

- C'est Jack qui me l'a fait découvrir il y a quelque temps.

- Vous êtes proches tous les deux, non ?

- Il est comme un mentor pour moi.

Hermione hocha la tête. Sa supposition s'était avérée exacte. La brune ne posa pas d'autres questions, alors qu'elle aurait pu approfondir la conversation. Implicitement, c'était au tour de Drago de poser une des siennes. Cependant, il fut interrompu par le serveur qui revenait avec leurs plats. L'odeur alléchante des épices et la présentation de la nourriture eurent raison de sa curiosité. La juriste faillit glousser face au regard gourmand qu'arborait son collègue. Sous ses airs froids et distants, il y avait bien un jeune adulte appréciant les bons repas. Cela lui faisait penser à son ami Ronald, qui était un ventre sur pattes.

- Avant que tu ne manges tout, je peux prendre une fourchette de ton chili ?

- Une petite alors.

Ils écartèrent les verres et le blond mit son plat au milieu de la table. La brune saisit sa fourchette et la plongea dans la viande épicée, récupérant d'un même temps quelques haricots rouges. Elle la porta ensuite à sa bouche et savoura les différents goûts qui se présentèrent à ses papilles.

- Je crois que c'est un des meilleurs chilis que je n'ai jamais mangés ! Je peux en reprendre un peu ?

- Ne compte pas là-dessus. J'ai déjà pris sur moi pour te laisser piocher dans mon assiette, tu n'en auras pas plus. En revanche, laisse-moi goûter tes quesadillas.

Hermione grommela juste pour la forme, mais dès que Drago eut récupéré son assiette, elle déposa la sienne au centre de la table. Autant la brune avait fait attention à ne pas trop prendre de nourriture, autant le blond n'en avait rien à faire. Il se servit une grande fourchette, sous le regard ébahi de la juriste. Il la dégusta doucement, narguant la jeune femme.

- Tu te fous de moi ! Tu en as pris bien plus que moi !

- Fallait prévoir, Granger.

La susnommée n'était pas vraiment énervée. Le comportement de gamin de son collègue lui donnait plus envie de laisser tomber son masque sérieux pour rire aux éclats. Le blond lui fit un sourire goguenard, et attaqua son assiette. La brune fit de même, en faisant semblant de bouder. Il avait le don de la faire sortir de ses gonds, et il prenait un malin plaisir à le faire. Toutefois, cela ne la dérangeait pas vraiment. D'ailleurs, malgré leurs dernières prises de bec, elle avait l'impression de le connaître depuis longtemps. C'était étonnant, surtout pour elle qui avait du mal à faire confiance aux autres. Elle donnait une image extravertie, mais ce n'était que sa carapace. Les gens lui faisaient confiance. Elle n'arrivait pas toujours à rendre la pareille.

- Bon alors, qui connais-tu chez les flics et chez le Proc' ? Jack n'a pas voulu m'en dire plus.

- Qu'est-ce que ça peut te faire ?

Hermione avait répondu un peu sèchement. Il l'avait sortie de ses pensées et avait touché à ses proches. Pourtant, en lisant dans ses yeux de la curiosité, elle ne put s'empêcher de s'excuser. Il faisait juste la conversation, il ne cherchait pas à mal faire ni à utiliser ces informations contre elle. Les pressentiments de Drago se vérifiaient. La jeune femme avait des choses à protéger et à cacher. Son ton et sa posture lui montraient tout cela. Elle serrait avec force ses couverts, un pli au coin de ses lèvres s'était formé, ainsi qu'un autre sur son front. Le blond accepta ses excuses, comprenant que c'était son premier moyen de défense. Tout en mangeant, il attendit une potentielle réponse.

- Je connais l'inspecteur Harry Potter, ainsi que le lieutenant Ronald Weasley depuis ma petite enfance. J'ai également quelques contacts avec certains de leurs collègues. Voilà pour la partie police. Pour ce qui est de la Procureure, Ginevra Weasley, elle est devenue ma meilleure amie depuis qu'Harry et elle se fréquentent.

- Tu es donc née à Paris ?

- Exactement.

Drago avait envie d'exploiter le filon qu'il commençait à entrevoir. Toutefois, il s'aperçut que la lueur de tristesse dans ses yeux bruns, qu'il avait remarquée lors de son intrusion dans le bureau un peu plus tôt, était revenue. Alors, il hésitait. Il voyait bien qu'elle n'y avait plus la malice dont elle avait su faire preuve quand il avait un peu trop pioché dans son plat. Il décida donc de ne plus aborder ce sujet, pour l'instant, et de repartir sur quelque chose de plus léger.

- Tu ne comptes pas finir tes quesadillas ?

- Bien sûr que si.

Comme prévu, Hermione était partie au quart de tour, et cessa de jouer avec sa nourriture pour réellement la manger. Cela fit sourire Drago, qui était fier de son coup. Le blond termina de saucer son plat, en attendant qu'elle finisse le sien.

- Tu veux un dessert ?

- Non, franchement, ça m'a rassasiée !

Le blond demanda donc l'addition. S'en suivit ensuite un long débat sur qui devait payer la note. Hermione voulait faire moitié-moitié, alors que Drago voulait tout régler lui-même. Comme cadeau de bienvenue dans l'équipe, lui avait-il donné comme excuse. Le tout devant un serveur bouche bée et mal à l'aise. Ce dernier allait avoir quelque chose à raconter à ses collègues, quand il retournerait en cuisine. Finalement, la décision fut prise au pierre-feuille-ciseaux, sous les rires des derniers clients. La juriste était devenue rouge écarlate, quand elle avait croisé le regard des autres personnes présentes dans le petit restaurant. Abandonnant la partie, alors qu'elle s'apprêtait à gagner, elle laissa le blond payer, et sortit à toute vitesse du lieu. Une fois dans le froid, elle hésita entre partir directement, ou l'attendre. Toutefois, elle était loin d'être lâche, et elle resta.

- Pas trop déçue d'avoir perdu, Granger ?

- Oh ! ça va ! Ne commence pas à faire le coq.

- Mais ce n'était pas mon intention.

Cependant, le sourire qui trônait sur ses lèvres disait tout le contraire. Hermione leva les yeux au ciel, ne pouvant empêcher ses lèvres de se muer en un arc de cercle. Elle avait passé une excellente soirée, elle ne pouvait pas le nier. Toutefois, sur ce trottoir, les deux jeunes gens ne savaient plus quoi faire.

- Je te raccompagne jusqu'à chez toi ?

- Non, ça ira. Je vais prendre le métro.

Pour éviter tout mouvement regrettable, la brune s'éloigna de quelques pas, esquissa un signe timide de la main, et se retourna. Comme un peu plus tôt dans la journée, Drago regarda la silhouette de la jeune femme disparaître petit à petit de son champ de vision. Il aurait voulu invoquer un quelconque argument pour la retenir, mais elle ne lui en avait pas laissé le temps. Alors il retourna seul à sa voiture.

Tu m'intrigues Drago Malefoy. Peut-être devrais-je m'ouvrir à toi ...

Je percerai tes secrets Hermione Granger. Foi de Malefoy.


Ce sera tout pour cette fois ! Alors que pensez-vous de ce chapitre ? N'hésitez pas à me le dire dans l'espace juste en-dessous. En attendant le prochain, prenez bien soin de vous :)

A jeudi,

MrsBrunette