Bonjour, bonjour !
J'espère que vous allez tous bien en ce jour férié français (il me semble qu'il n'y a pas que des francophones de France qui me lisent, donc bon courage à toutes celles et tous ceux qui travaillent en France ou ailleurs). On se retrouve pour le chapitre 4 de Que Justice soit faite. Comme toujours, je remercie Jess-Lili de son aide très précieuse, ainsi que les personnes qui ont mis en favoris ou en follow cette fanfiction, ou qui m'ont laissé une review :)
Très de bavardages, place au chapitre !
Chapitre 4
Cette première enquête n'avait pas permis à Hermione d'en savoir plus sur ce qu'elle cherchait pour faire sortir son père de l'hôpital psychiatrique, dans lequel il était interné. Comme Jack l'avait prévu, l'affaire les avait occupés pendant quelques jours seulement. Le procès s'était déroulé sans problèmes majeurs. Toutefois, la brune n'avait pas pu y assister. En effet, son patron n'avait pas requis sa présence, pour son plus grand malheur. Elle aurait tellement aimé voir le visage des hommes de main engagés par Jedusor, ainsi que leur avocat. Peut-être aurait-elle pu les reconnaître ? Pourtant, elle se demandait également : comment aurait-elle réagi ? Comment, eux, auraient-ils réagi s'ils l'avaient reconnue ? Finalement, Jack avait peut-être réussi à lui faire éviter une situation périlleuse.
Après cette première semaine de travail parmi l'équipe de choc du cabinet en conseils juridiques, la juriste avait bien pris ses marques. D'ailleurs, le lendemain de son dîner avec Malefoy, l'ambiance au bureau s'en était trouvée améliorée, attirant ainsi les regards suspicieux de Jack et Marianne. Toutefois, malgré leur bonne entente, les prises de becs n'étaient jamais très loin. On ne changeait pas le naturel des deux jeunes gens comme cela, en une soirée. Les semaines s'enchaînèrent, toutes peuplées d'affaires avec un léger fond douteux, de disputes entre Hermione et Drago, et de joyeux moments de rires. La brune se sentait plus épanouie qu'elle l'aurait pensé au premier abord en commençant ce travail.
Cependant, sa mélancolie lui revenait bien vite. Surtout quand elle pensait à son père, qu'elle n'avait pas vu depuis une dizaine d'années. Elle aurait aimé l'avoir auprès d'elle pour qu'il puisse aussi constater son bonheur et sa réussite. Dans ces moments-là, la jeune femme peinait à se souvenir du visage de Peter Granger. Sur sa rétine ne revenaient que les photographies affreuses prises par les journalistes de l'époque. Dans ses oreilles repassaient en boucle les mots sanglants de Rita Skeeter, qui avait raconté d'immondes fausses vérités sur le compte de la famille Granger. Dans sa gorge, elle sentait encore tous les sanglots qui l'avaient parcourue ces dernières années, et encore à ce jour.
Dans ces moments-là, Drago regardait sa collègue avec plus d'intensité. Il s'inquiétait pour elle, c'était flagrant. Toutefois, il n'avait su réitérer une demande de dîner ou de café. Il s'en était tenu à l'observer de loin, à étudier ses comportements, les émotions qu'elle tentait, souvent vainement, de cacher. Le tremblement de ses mains, ces dernières qui rabattaient ses cheveux bruns vers l'arrière quand elle essayait de reprendre le dessus sur ses sentiments, et ses yeux qui se voilaient constamment tandis qu'elle s'enfonçait un peu trop dans ses pensées. Les journalistes disaient, régulièrement, du blond qu'il n'avait pas de cœur. Cependant, c'était loin d'être vrai. Son travail ne lui permettait pas de montrer ses émotions. Mais cela ne voulait pas dire qu'il n'en était pas doté. Les épreuves de la vie l'avaient marqué, comme celles qui avaient fait de même avec Hermione. Finalement, cette image d'homme froid et calculateur ne le dérangeait pas outre mesure. Il s'y était fait, et ses quelques amis connaissaient son véritable caractère. C'était la seule chose qui lui tenait à cœur.
Au terme d'une troisième affaire qui s'était couronnée par un succès de l'équipe, Jack avait voulu qu'ils se retrouvent tous les quatre dans un bar à quelques encablures de l'immeuble où ils travaillaient. Hermione avait invoqué toutes sortes d'excuses pour ne pas y assister, ayant peu l'envie de faire la fête ce jour-là. Toutefois, son patron avait été implacable. Mais ce qui avait vraiment convaincu la jeune femme avait été les têtes de Malefoy et de Marianne. Cette dernière avait personnellement insisté auprès de la brune. Elle lui avait raconté que l'avocat et le patron étaient des buveurs invétérés et qu'il fallait toujours qu'elle finisse par les ramener chez eux à la fin de la soirée. Alors, une femme de plus, avec un permis de conduire, était la bienvenue, pour essayer de les maintenir dans un état convenable, voire pour en raccompagner un des deux à son domicile au milieu de la nuit.
Quant à la tête de son collègue, la juriste ne savait pas trop ce qui l'avait convaincue. Elle se savait sur une pente glissante depuis quelque temps. Entre sa forte mélancolie, et sa tendance à se renfermer sur elle-même, elle ne parvenait plus à donner le change aussi facilement que quelques semaines auparavant. Elle sentait souvent son regard argent sur elle. Alors, pour éviter que les soupçons du blond ne continuent de grandir, elle avait finalement accepté la sortie. Elle devait lui montrer qu'elle allait bien. En repensant à leur soirée au restaurant, elle ne pouvait empêcher un sourire de naître sur ses lèvres. Malgré le malaise qu'elle ressentait encore, après s'être donnée en spectacle devant les autres clients et les serveurs, elle n'en gardait surtout qu'un bon souvenir. Hermione secoua la tête, et la voix de son patron acheva de la faire revenir au moment présent.
- Drago, tu devrais inviter Blaise à se joindre à nous. Hermione, invitez donc quelques-uns de vos amis également. Marianne, votre mari sera de la partie ?
- Malheureusement, il ne pourra pas se libérer ce soir. C'est sa soirée football avec les garçons.
- Ah quel dommage ! Ce sera pour une prochaine fois. Qui allez-vous convier, Hermione ?
- Oh, je ne suis pas certaine qu'ils aient du temps libre ce soir. Leurs métiers sont très prenants …
- Granger, ne nous sors pas encore une excuse bidon. On veut les voir ces potes qui sont dans la police et chez le Proc'.
Hermione leva les yeux au ciel devant la familiarité dont Malefoy faisait preuve. Toutefois, elle rentra dans son jeu de bon cœur. Elle alla récupérer son téléphone portable et composa le numéro d'Harry. Elle mit ensuite le haut-parleur et attendit que les sonneries s'égrènent.
- Hermione, tout va bien ?
- Bonjour à toi aussi Harry. Je vais bien, merci de t'en soucier.
- Désolé, mais quand tu m'appelles, ce n'est pas toujours de bon augure … surtout aujourd'hui.
La jeune femme grimaça. Ce genre de phrase allait lui coûter bon nombre d'interrogations. D'ailleurs, elle put voir le regard soupçonneux de Drago. Ne laissant pas Harry seul trop longtemps à l'autre bout de la ligne, la brune reprit le fil de la conversation.
- Dis voir, Ron n'est pas très loin ?
- Je vais le chercher, attends deux minutes.
La juriste leva un sourcil vers Malefoy. Ce dernier répondit par un sourire narquois. Malgré la phrase énigmatique de l'inspecteur Potter qui attisait sa curiosité, des idées de mauvais coups lui venaient en tête. Il avait envie de jouer avec sa collègue, rien que pour revoir l'étincelle de malice qu'il avait pu apercevoir durant leur dîner au restaurant. Des bruits de chaises se firent entendre par le téléphone, et deux voix masculines se mêlaient.
- C'est bon, il est avec moi.
- Bonjour 'Mione !
- Tu voulais nous demander quelque chose ?
- En effet. Vous êtes libres pour aller boire un verre ce soir ?
- Je suis navré, mais on est de patrouille cette nuit. Impossible de nous libérer.
- Mince … Ce sera pour une autre fois. Harry, sais-tu si Ginny est disponible ?
- Je crois qu'elle va travailler tard ce soir. Elle a des rendez-vous importants demain matin. Tu la connais, elle veut absolument être prête !
- Oui, c'est tout à fait elle. Bon, tant pis, on se verra à un autre moment.
- Encore désolés, Hermione. On se rattrapera un autre jour !
La jeune femme appuya sur le symbole rouge et attaqua tout de suite son collègue.
- Tu vois que ce n'était pas une excuse bidon, Malefoy.
- Tu n'as même pas l'air déçue. Avoue que tu n'attendais que ça pour te retrouver seule avec moi, 'Mione.
- Hermione ? Qui est avec toi ?
- Merde ! Euh … on se rappelle plus tard les garçons. Bisous !
Cette fois-ci, Hermione fut plus consciencieuse. Elle cliqua sur l'icône « raccrocher » et vérifia bien que la liaison ait été coupée. Elle sentit ses joues chauffer. À côté d'elle, Malefoy était hilare. Marianne et Jack tentaient tant bien que mal de cacher leurs rires. La colère enfla dans le corps de la juriste. Il était un incorrigible gamin !
- Tu n'as pas pu t'empêcher, n'est-ce pas ?
- C'était beaucoup trop tentant.
- Même pas un mot d'excuse ?
- Mais je ne regrette pas, alors, pourquoi, te prier de m'excuser ?
Hermione râla bruyamment, prit sa veste et son téléphone. Elle éteignit ensuite son ordinateur et récupéra encore quelques effets personnels. Elle avait besoin de prendre l'air. Elle commençait à bien connaître l'énergumène qui lui servait de collègue, mais son don pour la faire sortir de ses gonds s'était amélioré avec les semaines, pour son plus grand malheur. Habituellement, elle arrivait à passer au-dessus, voire à entrer dans son jeu. Toutefois, ce n'était pas le bon jour pour elle, et cela il ne pouvait pas le savoir.
- Envoyez l'adresse du bar sur le groupe. Je vous y retrouverai là-bas.
Drago n'eut même pas le temps de la retenir. Comme une tornade, elle sortit du bureau, la porte vitrée claquant derrière elle. Il ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer. Elle avait semblé entrer dans son jeu, mais il s'était complètement trompé cette fois-ci. Il savait bien qu'il ne fallait pas toucher aux amis de la brune, pourtant cela n'avait été qu'une petite blague sans importance. La susceptibilité de la jeune femme ne cessera de l'étonner chaque jour. Le blond sentit une main réconfortante sur son épaule. Il tourna la tête vers Jack, qui le couvait d'un regard presque paternel.
- Hermione est compliquée. Mais ne t'en fais pas, elle ne t'en tiendra pas rigueur.
- Tu sais quelque chose que je ne sais pas, ai-je raison ?
- Tu n'as pas tort. Toutefois, ce n'est pas à moi de t'en parler.
Drago serra les poings. Déterminé, il se promit d'éclaircir quelques points avec sa collègue le soir même. Quelques semaines auparavant après leur dîner au restaurant mexicain, il s'était fait la même promesse. Il avait patienté, attendu dans l'ombre, une ouverture de la part de la jeune femme. Cependant, cela ne s'était jamais présenté. Alors, pourquoi ne pas provoquer l'opportunité ? Son grand ami, l'alcool, lui serait d'une aide précieuse. Marianne croisa le regard argent de l'avocat. Elle cacha, non sans mal, une grimace. Quand le jeune homme arborait cet air téméraire, cela finissait souvent avec une catastrophe. Il faudrait qu'elle soit plus vigilante qu'habituellement pendant cette soirée.
Resserrant les pans de sa veste autour de son buste, Hermione chercha un peu de chaleur. Pourtant, le soleil était haut dans le ciel, et pas un seul nuage ne venait obscurcir ses rayons. Depuis qu'elle était partie du bureau, elle marchait dans les rues de Paris, ses pieds la menant petit à petit vers un endroit qu'elle redoutait. Son téléphone émit une vibration dans sa poche. La jeune femme se mordit l'intérieur de sa lèvre inférieure. Elle n'aurait pas dû partir du travail comme cela. Malefoy ne pensait pas vraiment à mal. En récupérant l'appareil, elle vit que le blond avait mis l'adresse du bar, où ils avaient rendez-vous dans quelques heures, dans leur groupe de discussion. La brune hésita à lui envoyer un message pour s'excuser, pour lui dire que ce n'était pas contre lui. Toutefois, elle pensa que cela serait mieux de le faire un peu plus tard, au bar. Le cadre serait plus informel, et elle pourrait lui montrer sa sincérité.
Forte de cette décision, Hermione remit son téléphone dans sa poche et continua d'avancer. Au bout de la rue se dessinait un bâtiment ancien. Avant, elle aurait admiré son architecture. Elle aurait aimé se balader dans ce quartier aux rues pavées. À présent, et depuis dix années, cela n'était plus possible. C'était un anniversaire ce jour-là. Mais pas un heureux, malheureusement. Il y avait très exactement dix ans, Peter Granger était emmené de force dans cet endroit. Dans cet hôpital. La jeune fille, que la brune était à l'époque, l'avait entendu crier son nom, lui crier que tout irait bien pour elle, qu'il n'était ni fou ni coupable. La brunette avait voulu courir le rejoindre, mais des mains fermes sur ses épaules l'avaient retenue.
- Papa !
Les cris de la Hermione du passé se bousculaient dans la tête de la Hermione du présent. Des larmes se précipitaient à l'extérieur de ses yeux. La juriste était arrivée devant le portail de l'institution. Toutefois, et comme tous les ans depuis dix ans, elle ne pouvait se résoudre à le pousser. De toute manière, cela serait inutile pour elle de se présenter à l'accueil. On lui dirait sûrement qu'elle ne pourrait pas voir son père. Qu'il était toujours en isolement. Que personne n'était écrit sur son registre de visiteurs. Quelques fois, la brune avait eu la force d'appeler l'hôpital. Cependant, cela avait été les deux excuses qu'on lui avait servies. C'était aussi pour cela qu'elle n'avait jamais réussi à entrer. La juriste leva les yeux vers la construction, étudiant chaque mur, chaque fenêtre. Son père était-il derrière l'une d'entre elles ? Si oui, l'avait-il reconnue, malgré l'effet des années ? Se souvenait-il d'elle ? Elle connaissait bien l'effet des médicaments que l'on donnait aux patients dans ces unités, pour en avoir elle-même avalé plus d'un pendant les années suivant cet internement musclé.
Hermione avança une main tremblante vers la poignée du portail. Autour d'elle, les passants ne faisaient pas attention à ce qu'il se passait tout près. Ils ne voyaient pas les larmes qui inondaient les joues de cette brune, à l'apparence fragile. La juriste ne continua pas son geste. Son soupçon de courage s'était envolé. Elle laissa retomber son bras le long de son corps. Ses yeux se perdirent dans la contemplation des herbes folles qui prenaient d'assaut du mur qui trônait à sa gauche. Elle aurait voulu se secouer, retrouver toute la détermination dont elle avait su faire preuve ces dernières années. Toutefois, s'il y avait bien une journée où elle pouvait se permettre de poser un genou à terre, c'était sûrement celui-là. Dans son esprit, l'image de Peter Granger continuait inexorablement à s'effacer. Le son de sa voix n'était plus aussi clair. Ses, trop rares, marques d'affection ne se ressentaient plus sur la peau de la juriste.
Une seule certitude restait accrochée au cœur et à l'esprit d'Hermione. Son père était innocent. Il n'avait pas tué sa propre femme. Les Serpenti l'avaient fait, et avaient fait porter le chapeau au père de famille. Seulement, cela avait été impossible à prouver jusqu'à lors. C'était pourquoi la jeune femme avait donné le meilleur d'elle-même pour se rapprocher de ceux qui pourraient enfin lui donner ce qu'elle cherchait. Elle n'avait qu'à continuer à prendre son mal en patience, qu'à attendre la prochaine affaire qui pourrait être reliée à la mafia sarde. Elle espérait, tout autant qu'elle craignait, ce jour avec fébrilité. Certains appelleraient cela de la vengeance. La brune ne pensait qu'à la justice. Elle ne voulait qu'une seule et unique chose : que justice soit faite.
Hermione releva ses pupilles vers l'institution. Ses yeux étaient désormais secs, ainsi que ses joues qui avaient séché grâce à la brise. Pour l'instant, elle n'avait pas le courage de pousser cette porte. Toutefois, ce jour viendrait, elle en était certaine. Serrant et desserrant ses poings pour évacuer les derniers tremblements, la juriste tourna les talons, après un dernier regard vers l'hôpital. Ce fut d'un calme presque olympien qu'elle prit le métro et qu'elle rentra chez elle. Son appartement n'était pas très grand, mais lui suffisait amplement. Son chat roux, Pattenrond, se précipita dans les jambes de sa maîtresse, aussitôt celle-ci arrivée. Cette dernière le prit dans ses bras, lui déposa un baiser sur le front, puis le reposa sur le sol. Elle mit ses affaires sur le meuble de l'entrée, et sa veste sur le porte-manteau. Ses chaussures rejoignirent toutes les autres paires dans les casiers qui leur étaient dédiées.
La jeune femme jeta un coup d'œil à sa montre. Elle avait encore deux heures devant elle pour se préparer, puis rejoindre les autres au bar. Depuis son téléphone, elle lança une recherche sur l'adresse. Comme promis par Jack, le lieu n'était pas très loin du bureau. Elle n'aurait donc pas besoin de plus de temps qu'habituellement pour s'y rendre. Satisfaite, elle garda le plan dans un coin de son esprit, et rejoignit sa salle de bain. Une fois cette dernière allumée, la juriste put croiser son reflet dans le grand miroir. Ses yeux étaient gonflés d'avoir trop pleuré. Son maquillage, appliqué le matin même, n'était plus très frais. Soupirant, elle prit des cotons et sa solution démaquillante, et entreprit de se nettoyer le visage. Puis, elle quitta ses vêtements pour entrer dans la cabine de douche. L'eau fut d'abord froide, lui faisant pousser une exclamation de surprise, et devint petit à petit plus chaude. Récupérant son savon et son gant de toilette, Hermione se frictionna le corps, jusqu'à le faire rougir. Elle était bien consciente que cela ne ferait pas partir plus vite son chagrin et ses angoisses. Toutefois, elle ne pouvait s'empêcher de le faire.
Elle passa ensuite à ses cheveux, puis elle se rinça et récupéra une grande serviette de bain pour son corps, et un autre plus petite pour sa chevelure. En recroisant son image renvoyée par la glace, elle eut l'impression d'être un peu plus en forme. L'esprit humain pouvait se persuader de beaucoup de choses, il ne fallait pas en douter. Hermione ressortit de la pièce d'eau, et rejoignit sa chambre. Cette dernière était à son modèle. Chaque chose était à sa place, ordonnée avec une droiture frisant l'obsession. La brune ouvrit son armoire et se positionna devant, étudiant chaque vêtement un par un. Cependant, l'inspiration ne venait pas. Que devait-elle mettre pour une sortie informelle dans un bar avec des collègues ? Ne sachant pas vers quel habit se tourner, la juriste alla récupérer son téléphone, qui avait été abandonné dans le salon. Elle avait besoin de sa meilleure amie pour se décider.
Hermione composa le numéro de la Procureure, croisant les doigts pour qu'elle décroche. Elle la savait très occupée, Harry l'avait confirmé à peine quelques heures auparavant. Une tonalité, deux tonalités, trois tonalités. La jeune femme soupira, déjà presque certaine de devoir se débrouiller seule pour se trouver une tenue convenable.
- Mais quelle secrétaire incapable vous faites ! Je devrais vous virer. Oh, Hermione, tout va bien ?
- Euh oui, plus que ton employée en tout cas.
- Ne commence pas à me parler d'elle, ou je vais m'énerver pour de bon. Qu'y a-t-il ? Harry m'a dit que tu nous avais proposé à tous d'aller boire un verre ce soir. Je suis vraiment désolée qu'on ne puisse pas venir. Surtout un jour comme celui-ci …
- Ne t'inquiète pas, on se fera ça à un autre moment.
- D'ailleurs, mon cher frère et mon cher mari m'ont raconté qu'ils avaient entendu une voix d'homme quand tu étais au téléphone avec eux. C'est vrai ?
Ginevra Potter était une fouineuse invétérée, et cela depuis sa plus tendre enfance. Elle n'avait pas son pareil pour faire avouer à ses proches tout ce qui était possible autour de leur vie sentimentale. De plus, si Harry et Ronald lui avaient rapporté les paroles exactes de Malefoy, Hermione allait en avoir pour son grade. Alors, dans ces moments-là, la brune essayait de minimiser les faits, pour que sa meilleure amie se lasse le plus rapidement possible de l'histoire.
- C'était Drago Malefoy, mon collègue.
- La coqueluche des avocats ? Mais tu ne m'avais pas dit que tu travaillais avec lui ! Je veux tout savoir.
La juriste grimaça. Apparemment, elle avait utilisé la mauvaise tactique. La situation était encore pire qu'avant. Elle changea donc son fusil d'épaule, quand elle reprit la conversation.
- Je croyais que tu avais beaucoup de travail ? Ce n'est pas le moment pour parler de ça.
- C'est tout à fait le bon moment !
- On en parlera une autre fois. Là, j'ai besoin de tes conseils en matière de mode.
- Je n'oublierai pas, Hermione. Mais tu m'intéresses. Dis-moi ton problème.
- Il se trouve que mon patron a invité toute l'équipe à boire un verre dans un bar ce soir …
- Et tu ne sais pas quoi mettre ?
- Exactement. Tu peux m'aider s'il te plaît ? Je n'ai pas beaucoup de temps devant moi.
- Malefoy sera là ?
- Qu'est-ce que ça peut faire ?
- Ça change tout ! Bon, mets la jupe en faux cuir noir, la chemise blanche rayée noire, une paire de talons et le tour sera joué. Et ouvre un bouton de plus qu'en temps normal ! Maintenant, je dois te laisser. Mon prochain rendez-vous est arrivé, et cette imbécile de secrétaire me fait des signes pour que je vienne. Tu auras intérêt à tout me raconter, Hermione Jean Granger !
La susnommée n'eut pas le temps de remercier sa meilleure amie, que celle-ci avait déjà raccrochée. Elle laissa tomber son téléphone sur son lit et récupéra les vêtements dont la rousse avait parlé. Elle retourna se préparer dans la salle de bain. En passant la tenue désignée, Hermione se rendit compte que Ginny avait eu raison de l'aiguiller sur ce choix. La brune ne faisait ni vulgaire ni trop décontractée. Elle semblait avoir ses vingt-six ans, tout en étant un minimum apprêtée. Elle prit, ensuite, le temps de refaire son maquillage, en le poussant un peu plus que d'habitude. Elle mit également quelques bijoux discrets, et ressortit de la salle d'eau. L'horloge du salon lui indiqua qu'il était presque temps qu'elle parte. La juriste prit un sac à main, les affaires dont elle allait avoir besoin pour la soirée, enfila ses chaussures. Elle se jeta un dernier coup d'œil, grâce au miroir suspendu dans son entrée. Elle se sentait prête. Toutes les traces de ses pleurs, et de son chagrin, avaient disparu.
Drago, Jack et Marianne quittèrent bras dessus, bras dessous l'immeuble où ils travaillaient pour se rendre au bar. La bonne humeur du chef d'équipe et de la secrétaire avait du mal à atteindre l'avocat. Laissant les deux autres ouvrir la marche, le blond traînait des pieds. Il se demandait si sa collègue viendrait au rendez-vous. Elle leur avait assuré que oui, mais il ne pouvait s'empêcher de douter. Elle avait semblé dans tous ses états, quand elle avait quitté le bureau quelques heures auparavant. D'ailleurs, il avait été incapable de se concentrer plus de cinq minutes durant tout le reste de l'après-midi. Son regard avait dévié sans cesse vers le bureau vide de la brune. Il se posait tellement de questions sur elle, sur son histoire. Ces dernières semaines, il avait lutté pour ne rien chercher sur elle, ne voulant pas violer son intimité. Il n'avait jamais été aussi près de céder à son envie.
- Drago, tu viens ?
- Oui, oui, tout de suite.
Le blond avait tellement ralenti le pas, que ses deux collègues étaient déjà arrivés devant le bar. Il marcha un peu plus vite pour les rejoindre. Tous trois passèrent la porte, Marianne d'abord. Cette dernière poussa une exclamation en apercevant Hermione déjà attablée. La brune se leva pour les accueillir, le sourire aux lèvres. Drago la détailla du regard. Elle semblait différente. Elle n'avait plus rien à voir avec la tornade de l'après-midi. Elle était plus apprêtée aussi. Il nota tout de suite sa jupe un peu plus courte que celles qu'elle portait lors des journées de travail, et sa chemise plus échancrée. Toutefois, il identifia une tension dans ses mouvements. Ainsi, elle cachait encore des choses. Elle avait simplement mis en place une façade, pour donner le change. Son regard gris et le regard brun de sa collègue se rencontrèrent. Elle haussa les sourcils, comme pour lui dire : « voilà, je suis là, comme je l'avais dit. » Puis, Hermione détourna ses yeux du jeune homme, et l''échange s'arrêta là.
Les quatre collègues s'installèrent autour de la table et un serveur arriva vers eux pour prendre leurs commandes. Jack décréta que c'était le moment de sa tournée. Tous commandèrent un verre de leur boisson favorite et on leur apporta sitôt celles-ci prêtes. Ils trinquèrent à leur réussite, et burent une gorgée. Marianne fut la première à prendre la parole.
- Drago, vous ne deviez pas inviter Blaise à nous rejoindre ici ?
- Malheureusement, il avait un dîner de prévu avec sa fiancée.
- Cela me rappelle les sorties au restaurant que nous faisions quand nous étions jeunes avec mon mari. Toujours d'agréables moments.
- J'espère le rencontrer un jour, Marianne.
- Cela arrivera bien, Hermione, je n'en doute pas. Il passe de temps en temps me chercher au bureau. Vous vous entendriez à merveille d'ailleurs !
- Ah bon, pourquoi cela ?
- Il est professeur de français dans un lycée. Il est vraiment cultivé. C'est une des raisons pour lesquelles je l'ai épousé après tout !
Au grand étonnement d'Hermione, Marianne alla jusqu'à lui faire un clin d'œil. La brune pouffa, heureuse que la mère de famille se laisse aller aussi facilement en sa présence. Les deux femmes continuèrent de discuter de leur côté, pendant que les deux hommes faisaient de même. La juriste passa un agréable moment et ne vit pas le temps, ni les verres, passer. Toutefois, quand elle voulut se lever pour aller aux toilettes, elle se sentit peu à l'aise sur ses talons. Il lui fallut s'appuyer contre la table pour retrouver son équilibre. Elle put ensuite aller se rafraîchir et satisfaire son envie pressante. Finalement, grâce à l'alcool, elle avait réussi à mettre de côté son chagrin, pour profiter entièrement du moment présent. Un peu d'eau froide sur son visage lui permit de retrouver des idées claires.
Quelle ne fut pas sa surprise, en ressortant des toilettes, de voir Marianne et Jack danser ensemble. Hermione rejoignit la table et s'assit à côté de Malefoy. Ce dernier regardait le patron et la secrétaire d'un air attendri. Il tourna ensuite la tête vers la brune. Ils échangèrent un sourire et chacun repartit dans sa contemplation du duo, qui enflammait toujours la piste. Le bar battait son plein, et l'ambiance y était au beau fixe. Toutefois, quand Jack manqua de s'affaler sur la mère de famille, il fut temps pour lui de rentrer dans son appartement. Ayant prévu le coup, la blonde annonça aux deux jeunes adultes qu'elle allait le raccompagner chez lui. La juriste proposa son aide, mais Marianne déclina.
- Vous savez, Hermione, c'est toujours comme cela que ces soirées se finissent. Au moins, dans ces moments-là, je suis certaine qu'il dormira dans un lit. Drago et vous restez ?
- Oh non, je pensais rentrer aussi. Il se fait tard.
Le blond ne put cacher sa déception, sûrement parce qu'il était un peu ivre également. Ne voulant pas se retrouver seul, il suivit le mouvement. Le quatuor récupéra ses affaires et sortit du bar surchauffé. L'avocat et la juriste saluèrent de la main leurs deux autres collègues. L'air était frais. Ils eurent une impression de déjà-vu. Comme pour leur soirée au restaurant, aucun des deux ne savait quoi dire, ou quoi faire. Drago avait la bouche pâteuse. Il n'avait pas maîtrisé sa consommation, alors qu'il le faisait habituellement. Il avait rongé son frein pour trouver le bon moment pour aborder la brune. Cependant, elle avait toujours été occupée à parler avec les autres. Il n'avait pas pu discuter avec elle, seul à seule. Il ouvrit la bouche, tandis qu'elle commençait à marcher vers la station de métro la plus proche.
- Je te raccompagne, si tu veux.
- Je ne suis pas certaine que tu sois en état de conduire, Malefoy.
- Alors, il faudra que ce soit toi qui me reconduises chez moi. Je ne veux pas dormir au bureau.
La brune stoppa sa marche et retourna vers lui. Il lut dans ses yeux qu'elle considérait avec attention sa requête. Pour la décider, Drago sortit ses clés de voiture de sa poche et parcourut les quelques mètres qui les séparaient, d'un pas chancelant. Sans un mot, Hermione lui prit le trousseau. Ainsi, ils se dirigèrent jusqu'au parking de l'immeuble abritant leur bureau. Ils rejoignirent la voiture de l'avocat. Ce dernier monta directement du côté passager. La juriste s'installa au volant, réglant le siège et le rétroviseur intérieur. Le jeune homme lui indiqua l'adresse à entrer dans le GPS. Puis, ils prirent enfin la route. Cette dernière était calme. Il était presque minuit, et peu de véhicules roulaient dans les rues parisiennes.
Le trajet se fit silencieusement. Drago s'était même assoupi, grâce à la conduite souple de la jeune femme. Quand Hermione se gara au sous-sol de l'immeuble d'habitation, elle regarda enfin son passager. Des mèches de cheveux blonds avaient recouvert son front. Ainsi endormi, il semblait plus jeune. Elle déposa une main sur son épaule pour le réveiller. Il eut un sursaut, et ses yeux embrumés de sommeil s'ouvrirent. La première chose qu'il vit était le visage de la juriste penché vers lui. Il tourna ensuite la tête pour essayer de se rappeler où il se trouvait.
- On est dans ton garage, Malefoy. Il est temps pour toi de rentrer te coucher.
La voix douce d'Hermione manqua de le rendormir. Il reporta son regard argenté sur elle. Mu par une pensée spontanée, il ouvrit la bouche pour former une proposition.
- Monte. Il est tard, et je te vois mal prendre le métro à cette heure-ci. J'ai une chambre d'amis. Tu pourras dormir tranquille, et repartir demain matin.
La jeune femme fut surprise de l'attention qui lui était portée. Les arguments du blond firent mouche dans son esprit. L'idée de se retrouver dans une rame presque vide, en compagnie de personnes sûrement mal intentionnées lui donna la nausée. Même s'il lui manquait ses affaires habituelles pour dormir, elle arriverait bien à se débrouiller. Elle regarda dans les yeux son voisin de siège. Son état d'ébriété n'était pas aussi élevé que celui de Drago, mais elle arriverait sûrement à mettre sa décision sur le compte de l'alcool, si jamais elle ne l'assumait plus le lendemain matin à son réveil. Hermione prit une inspiration et déclara quelques mots.
- C'est d'accord.
Je ne sais pas ce qu'il m'a pris de lui proposer cela. Pourtant, c'était la meilleure chose à faire.
Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté cela. Pourtant, c'était la meilleure chose à faire.
Ce chapitre était un peu plus long que les autres (c'est même le plus long de tous ceux que j'ai rédigés jusque-là). J'espère qu'il vous aura plu ! Comme je le dis régulièrement, n'hésitez pas à me faire part de vos avis dans le cadre juste en dessous, cela m'aide grandement pour savoir si l'histoire tient la route.
A jeudi prochain, prenez soin de vous :)
MrsBrunette
