Bonjour, bonjour !

Bienvenue dans le chapitre 5 de Que Justice soit faite :) J'espère que vous allez tous bien, et que tout va bien chez vous. Pour ce chapitre, je vais remercier (comme d'habitude) Jess-Lili pour son soutien et ses corrections. Merci également à celles et ceux qui m'ont laissé des reviews sur le précédent chapitre.

Sur ce, je vous laisse à votre lecture !


Chapitre 5

Hermione se laissa guider par l'habitué des lieux. Ils empruntèrent un ascenseur, qui les mena jusqu'au second étage de la bâtisse. Les effets de l'alcool avaient fini par redescendre dans leurs deux organismes, et la fatigue menaçait de prendre le dessus à tout moment. D'ailleurs, Drago eut du mal à trouver la bonne clé pour ouvrir la porte d'entrée, ses paupières se fermant toutes seules, par intermittence. Quand il y arriva enfin, il laissa la brune passer en première. Elle put découvrir un grand appartement à la décoration sobre. Visiblement, le blond gagnait très bien sa vie. Il allumait petit à petit toutes les lumières. La juriste visita rapidement les pièces, se contentant de retenir où se trouvait la cuisine, les toilettes et la chambre d'amis. Sans faire attention aux mouvements de la jeune femme, l'avocat se débarrassa de sa veste, qu'il lâcha sur le canapé. Il rejoignit la cuisine d'un pas lent, se frottant les yeux. Il se fit la remarque qu'il ne devait plus se laisser entraîner dans les voyages alcoolisés de Jack.

Dans la cuisine se trouvait Hermione, qui retournait tous les placards. Elle pestait contre son incapacité à trouver un verre. Drago sentit un rire monter dans sa gorge en le regardant faire. Puisqu'elle n'avait pas senti sa présence, il allait encore prendre quelques secondes pour savourer ce moment, aux dépens de la juriste. Elle semblait moins atteinte que lui par l'alcool. Il n'avait pas fait attention aux boissons qu'elle avait pu boire tout au long de la soirée. Toutefois, si elle avait été capable de les reconduire jusqu'à son appartement, elle devait être moins ivre que lui. Décidant de lui sauver la mise, le blond ouvrit la bouche, ne reconnaissant pas la voix rauque qui en émergea.

- Deuxième placard à gauche, dernière étagère.

La brune sursauta, mais ne se retourna pas, ni le remercia. Elle tendit la main pour ouvrir le meuble en question, leva la tête vers les objets qu'elle cherchait depuis cinq bonnes minutes, et soupira. Même sur la pointe des pieds, elle n'arriverait pas à en attraper un. Elle râla intérieurement contre sa petite taille. Puis, passablement agacée, elle se décida à demander de l'aide. Effectuant un demi-tour, elle fit face au propriétaire des lieux. Ce dernier avait une risette narquoise collée à la bouche. Il n'allait pas manquer de se moquer d'elle, c'était certain. Ne pouvant s'empêcher de lever les yeux au ciel face au rictus de son collègue, Hermione prit la parole.

- Pourrais-tu récupérer deux verres ?

- Je ne te savais pas si impolie, Granger.

Forcément, en débitant cette question, la jeune femme n'avait pas pensé à ajouter un mot de politesse. Le visage et les yeux du blond avaient beau montrer sa fatigue, il n'en restait pas moins une langue de vipère. Voulant aller se coucher le plus rapidement possible, la brune se contenta de lever les yeux au ciel.

- S'il te plaît ?

- S'il te plaît, qui ?

- Pourrais-tu récupérer deux verres, s'il te plaît, Malefoy ?

- Mes parents m'ont doté d'un prénom, il me semble.

Il la poussait à bout, il en avait bien conscience. Il avait remarqué ses mains qui serraient avec force le plan de travail qui les séparait, tandis qu'elle essayait de juguler sa colère. Elle avait envie de lui coller une gifle, il pouvait le lire dans ses yeux. Toutefois, il savait aussi qu'elle n'en ferait rien. Elle se contenterait de fuir, comme l'après-midi même. Mais, Il voulait la voir exploser. Au fil des semaines, il avait compris que cela allait être l'unique moyen pour qu'elle s'ouvre à lui. Ils n'avaient pas eu beaucoup d'occasions de se retrouver seuls, et l'alcool aidant, Drago se sentait prêt à la faire flancher. Pendant ce court instant où il s'était perdu dans ses pensées, Hermione s'était rapprochée de lui. Elle avait prononcé sa question, mais elle avait remarqué qu'il n'avait pas renchéri. Son regard argent était dans le vague. D'un geste doux, pour ne pas le ramener au moment présent trop brutalement, elle posa une de ses mains sur un de ses bras.

- Malefoy ? Malefoy, tu m'entends ? Drago ?

Le susnommé recula brusquement, se dégageant de la poigne de la jeune femme, à l'entente de son prénom. Il reporta son regard sur elle, visiblement surpris de la trouver si près de lui. Il put lire la lueur d'inquiétude dans les yeux chocolat de la brune. Le blond secoua la tête pour se remettre les idées en place. Dans le silence, il alla récupérer deux verres dans le placard, qui était resté ouvert. Il les remplit tour à tour d'eau du robinet, et retourna vers Hermione, lui présentant son verre. Ne comprenant pas trop ce qui avait pris son collègue, elle chuchota un remerciement du bout des lèvres, et se concentra sur le liquide transparent. Elle le fit tourner dans son gobelet, comme s'il contenait un bon vin et non de l'eau. Drago l'observa faire. Cela allait-il être une habitude entre eux ? Se regarder sans se regarder, ne sachant que dire pour meubler les blancs ?

Soudain, Hermione changea d'attitude. Elle avala d'un coup le contenu de son verre et alla le poser dans l'évier. Elle porta son regard sur Malefoy. À la grande surprise de ce dernier, elle lui fit un sourire. Sans qu'il puisse réagir, la brune lui souhaita une bonne nuit, et tourna les talons vers la chambre d'amis. Avec un goût amer de déjà-vu, le blond contempla sa silhouette s'éloigner, puis disparaître. Il avait raté son moment. Elle était de nouveau partie. Il s'appuya contre le plan de travail, et expulsa de l'air de ses poumons. Il fallait qu'il la coince. Son envie d'en savoir plus sur sa personne s'était révélée devenir une obsession. Cependant, pour le moment, il ne pouvait rien faire de plus. Il posa donc son verre à côté de celui de la jeune femme dans l'évier, et rejoignit sa chambre. La nuit portait conseil, paraît-il.

Quelques heures plus tard, Hermione fut réveillée par une odeur alléchante de nourriture. Elle ouvrit les yeux, et se demanda, l'espace d'un instant, où elle se trouvait. Puis, elle se rappela qu'elle avait élu domicile chez Malefoy pour la nuit. La brune s'étira, et profita encore quelques minutes du moelleux des oreillers et du matelas. Elle récupéra son téléphone, toutefois, elle s'aperçut qu'il n'avait plus de batterie. Elle allait être obligée de se lever pour demander à son hébergeur s'il voulait bien lui prêter son chargeur. En râlant, elle repoussa les draps, et bascula son corps à l'extérieur du lit. Elle ne portait qu'un large et long t-shirt, qu'elle avait trouvé dans la commode qui meublait la pièce. Il sentait bon la lessive, et appartenait vraisemblablement au blond. Avant de se présenter dans la cuisine, elle fit un tour par les toilettes et la salle de bain, rectifiant ainsi ses envies pressantes et son besoin d'haleine fraîche. Même si elle allait manger deux minutes plus tard, elle voulait se débarrasser des relents d'alcool, qui peuplaient encore sa bouche.

Finalement, quand elle entra dans la cuisine, Hermione fut surprise de voir son collègue aux fourneaux. Elle aurait pensé qu'il resterait couché, jusqu'à la mi-journée ou qu'il avait une personne à son service pour la cuisine, mais il n'en était rien. En tenue décontractée, il était penché au-dessus d'une poêle où crépitaient des œufs brouillés. Jetant un coup d'œil à sa montre, la brune s'aperçut qu'il était déjà dix heures passées. Heureusement pour elle, c'était la fin de semaine, et elle n'avait donc pas à se rendre au travail. Légèrement mal à l'aise, et ne sachant pas où se mettre, la juriste se racla la gorge pour attirer l'attention de l'avocat. Ce dernier tourna la tête vers elle. Toute fatigue avait disparu de son visage fin. Leurs regards se rencontrèrent et les deux jeunes adultes se sourirent.

- Installe-toi. J'ai presque terminé.

- Tu n'aurais pas dû préparer tout ça. Je comptais partir…

- Dans cette tenue ? Cela m'étonnerait fortement.

La jeune femme piqua un fard. Bien évidemment, il avait remarqué qu'elle portait un de ses t-shirts. Drago n'avait pas pu s'empêcher de laisser glisser son regard sur la silhouette d'Hermione, quand il l'avait aperçue entrer dans la pièce. Il n'avait rien dit pour éviter le moindre soupçon sur sa personne. Toutefois, la pique avait passé ses lèvres sans qu'il puisse la retenir. C'était presque instinctif chez lui. Il entendit le soupir agacé de sa collègue.

- Tu aurais un chargeur ? Mon portable est mort.

- Dans le salon, sur la commode à droite.

Hermione s'exécuta, se rendant dans la pièce indiquée par le blond. Sur le meuble, elle trouva le chargeur, visiblement déjà branché, et le connecta à son téléphone. En attendant que ce dernier ait assez de batteries pour qu'elle puisse l'allumer, elle regarda les divers bibelots posés sur la commode. Un sourire se dessina sur ses lèvres en voyant un cadre composé d'une photographie de Jack et Drago, à la remise des diplômes de celui-ci. À côté de cette première image, il y en avait une autre avec l'avocat, et celui que la jeune femme pensait être Blaise. Ce dernier était grand, métis, et un immense sourire trônait sur ses lèvres. La brune se dit qu'elle aurait bien aimé rencontrer l'ami de son collègue. Soudain, la voix de Drago se fit entendre depuis la cuisine.

- Le brunch est prêt, tu viens ?

- Tout de suite !

Oubliant son téléphone sur la commode, la juriste regagna la pièce, et s'installa sur une des chaises hautes. Elle ne les avait pas remarquées la veille au soir. Le soleil faisait darder ses rayons sur le plan de travail. Le jeune homme la rejoignit et ils commencèrent à manger en silence. Hermione avait envie de poser des questions à son voisin. Elle n'avait pas vu de photographies de ses parents sur le meuble, où elle avait trouvé le chargeur. Toutefois, elle dut interrompre ses réflexions, car Drago fit un mouvement dans sa direction. Abandonnant sa fourchette sur le coin de son assiette, la jeune femme leva ses yeux bruns pour croiser ceux argentés du blond. Ce dernier tentait de trouver ses mots. Sa nuit avait été reposante, pourtant, l'idée de la questionner sur son passé l'avait taraudé pendant de nombreuses minutes. Il avait même rêvé de ce moment. Dans son songe, il n'avait réussi qu'à la braquer, et elle était partie sans demander son reste. Ne voulant pas que son rêve devienne réalité, il cherchait donc comment aborder la jeune femme. Sans le savoir, elle lui tendit une perche, en lui posant une question, rompant ainsi le silence qu'il s'était installé entre eux.

- Tu voulais me demander quelque chose ?

- Je voulais m'excuser pour hier.

- De quoi parles-tu ?

- De t'avoir asticotée au bureau à propos de tes amis.

- Ce n'est rien. C'est oublié, Malefoy.

Drago grimaça en entendant son nom de famille. S'il voulait se rapprocher d'elle, il faudrait qu'ils laissent tomber cette histoire de patronymes. Depuis leur première rencontre, ils avaient pris l'habitude de s'appeler par leurs noms, sûrement pour montrer l'inimité qu'ils avaient développé depuis l'entretien de la brune. Pourtant, ils n'étaient plus agressifs l'un envers l'autre. Ils aimaient juste créer des joutes verbales entre eux, et prononcer leurs noms de famille au lieu de leurs prénoms en était une partie prenante. Hermione regarda plus intensément son voisin. Il semblait que quelque chose avait changé chez lui. Elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, mais dans ses mimiques, il cachait comme un embarras. Pour essayer de percer sa carapace, la jeune femme enchaîna.

- J'ai vu une photo de Blaise sur ta commode. Vous avez l'air très proches.

- C'est le cas. Nous nous connaissons depuis que nous avons appris à marcher. Nos familles respectives étaient très proches.

- Étaient ?

Hermione n'avait pas pu s'empêcher de relever l'emploi du passé. Sa curiosité avait pris le dessus. Elle remarqua qu'une tension s'était installée chez son voisin. Elle s'apprêta à lui demander pardon pour avoir été indiscrète, mais il l'empêcha de dire quoique ce soit d'un signe de la main. Quant à Drago, si évoquer son passé ne lui plaisait pas tellement, il avait conscience que s'il se livrait, elle serait plus encline à se livrer également. Un mal pour un bien. Alors, il sauta sur l'occasion.

- Une question sur moi contre une question sur toi, d'accord ?

Pour parfaire le tout, il tendit sa main droite vers Hermione. Cette dernière était un peu abasourdie, et ne savait que répondre. Elle se mordit la lèvre inférieure, hésitant quant à la décision qu'elle devait prendre. Drago pouvait presque voir les rouages de son esprit tourner à toute vitesse. La confiance se gagnait, se méritait. Or, il n'avait pas forcément fait preuve de gentillesse depuis qu'elle était entrée dans sa vie. La raison de la brune lui disait de refuser et de partir. Elle n'avait pas besoin d'une personne en plus dans son entourage. Même si elle n'était pas obligée de répondre à toutes ses interrogations, elle avait l'impression que si elle s'engageait sur cette voie, il n'y aurait pas retour en arrière possible. Cependant, son cœur lui disait que faire entrer quelqu'un d'extérieur à son cercle habituel, n'était peut-être pas plus mal. Finalement, sa raison et son cœur se mirent d'accord sur un même point. Drago Malefoy pourrait potentiellement l'aider à trouver des renseignements sur les Serpenti. Ce n'était qu'une intuition, mais son père lui avait appris dès son enfance à suivre son instinct. Alors, sous le regard surpris du blond, qui pensait déjà son entreprise vouée à l'échec, la juriste glissa sa main dans celle qui était tendue devant elle, et la serra fermement.

- C'est d'accord.

Drago eut envie de faire une danse de la joie, toutefois il sut faire preuve de retenue. Il avançait enfin ! Leur contrat ainsi passé, il pourrait poser toutes les interrogations qu'il avait en tête depuis des semaines. Pourtant, il devait procéder avec prudence. Malgré leur accord, la jeune femme pouvait toujours fuir la discussion. Il prit une inspiration et se lança.

- Je n'ai plus de contact avec ma famille depuis des années. Depuis que j'ai choisi la voie du droit, au lieu de celle tracée par mon père, j'ai été plus ou moins chassé de la demeure familiale. Heureusement, la mère de Blaise a été là pour moi. Elle s'est attiré les foudres de son paternel, en passant, mais elle s'en fichait. J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour Malaïka. Elle a su faire ce que je n'avais pas pu me résoudre à faire toutes ces années : tenir tête à mon père.

Drago n'ajouta rien de plus à sa déclaration. Il n'avait pas besoin d'en dire plus. Il en avait dévoilé bien assez. Toutefois, en croisant le regard brun d'Hermione, il sut qu'elle n'en resterait pas là. Pourtant, elle s'en tenait au contrat, et ne posa pas de questions supplémentaires. La jeune femme reprit un peu d'œufs brouillés et de café, en attendant que la prochaine interrogation de son voisin survienne. Elle aurait besoin de forces, suivant ce qu'elle aurait à répondre.

- Tu m'as dit être née à Paris, mais tu n'y as pas toujours vécu, n'est-ce pas ?

La jeune femme s'était attendue à ce genre de questions. Les nombreuses personnes qui avaient voulu la connaître, avant son collègue, lui avaient posé la même interrogation. Quand elle était allée à la faculté de droit, elle s'était contentée de dire qu'elle avait été ici et là, sur le territoire de la métropole française. Souvent, les gens s'en contentaient. En revanche, connaissant le blond, il sentirait la semi-vérité à plein nez. Ne sachant pas quoi dire, Hermione fuyait le regard de Drago. Elle regardait partout ailleurs, sauf dans sa direction. Étrangement, il ne dégageait aucune émotion venant de côté de l'avocat. La juriste ne se sentait pas agressée par de l'impatience pouvant émaner de lui. C'était peut-être cela qui l'avait mise en confiance jusque-là. Il semblait vraiment s'intéresser à sa personne. Elle ne sembla pas s'apercevoir qu'il esquissait un mouvement vers elle. Alors qu'il allait poser une main réconfortante sur son bras, elle se mit à parler.

- Je suis née dans une belle maison, pas si loin d'ici, d'ailleurs. Nous étions heureux avec mes parents. Mon père était flic, ma mère donnait des cours particuliers dans des familles aisées. Nous ne manquions de rien.

Hermione fit une pause dans son récit. Elle ne savait pas comment continuer, quels mots poser sur ses souvenirs. Une boule s'était formée dans sa gorge et les larmes avaient fait leur chemin dans ses yeux. Machinalement, elle serra sa serviette dans ses poings. Drago était désemparé. Il la voyait, combattant ses souvenirs, luttant contre ses sentiments. Il connaissait cet état d'esprit, pour en être la proie également. Peut-être moins fortement que sa voisine de table, mais cette bataille intérieure lui était familière depuis des années.

- Tu n'es pas obligée de continuer, si cela…

- Je n'ai pas besoin de ta pitié, Malefoy.

Malheureusement, la tentative de sauvetage du blond n'avait pas fonctionné. La brune avait pris cela comme un déversement de compassion. Par conséquent, elle s'était refermée comme une huître. Hermione, uniquement guidée par ses émotions, abandonna les restes de son petit-déjeuner, et retourna dans la chambre d'amis pour s'y préparer. Elle n'avait qu'une seule envie, rester dans son appartement et ne plus en ressortir du week-end. Avec des gestes brusques, elle enleva le t-shirt appartenant à Drago, et passa sa tenue de la veille. Elle récupéra son sac à main, et retraversa la cuisine. L'avocat savait que cela ne servait à rien de la retenir. Toutefois, elle eut un mot de remerciement à lui dire.

- Merci de m'avoir accueillie pour la nuit. Passe un bon week-end. À lundi.

Le cœur de Drago se serra à l'entente de ces mots froids, débités sur le même ton que celui qu'adopterait un robot. Il n'eut même pas le temps d'ajouter quoi que ce soit, que la porte d'entrée avait déjà claqué. En soupirant, il se mit à ranger la cuisine. Cette activité lui permettrait de mettre au clair ses pensées. Les mains dans l'eau de vaisselle, il se demanda s'il n'allait pas se mettre à faire quelques recherches sur Hermione. Il avait tout intérêt à rester discret dans son enquête. Tout d'abord, parce que si cela venait à se savoir, cela allait continuer de creuser un fossé entre la brune et lui. Puis, il allait toucher à l'intimité de la jeune femme. Finalement, il y avait tout de même plus de contre que de pour dans sa liste d'arguments. Une fois la vaisselle essuyée et rangée, Drago s'en alla vers le salon. Son regard fut automatiquement attiré par un objet qui ne se trouvait pas habituellement dans la pièce. Il se rapprocha de la commode où des cadres avec des photos trônaient sur son sommet.

Sagement branché au chargeur, le téléphone d'Hermione attendait le retour de sa propriétaire. Mu par une curiosité, presque malsaine, Drago se saisit de l'appareil, et appuya longuement sur le bouton d'allumage. Quand l'écran s'illumina, le blond commença à prendre conscience de ses gestes. Allait-il vraiment fouiller dans le portable de sa collègue ? Brusquement, il le reposa sur le meuble. Non, ce n'était pas comme cela qu'il voulait procéder. Pourtant, ses yeux gris accrochèrent la vitre colorée. Il lui fallait le code PIN de la juriste pour pouvoir espérer aller plus loin. Ne voulant pas prendre le risque de bloquer le téléphone, il renonça à essayer plusieurs combinaisons. Il l'éteignit et le laissa terminer de charger. Le jeune homme alla s'affaler sur son canapé. La matinée était à présent bien avancée. Il devait prendre contact avec Jack. Lui aurait bien l'adresse de sa subordonnée. Ainsi l'avocat pourrait lui rendre ce qui lui appartient. Oui, il allait faire cela.

Drago récupéra son propre téléphone et composa de mémoire le numéro de son mentor. Il croisa les doigts pour que celui-ci soit réveillé et disposé à lui répondre. Les sonneries s'égrenèrent, et alors qu'il pensait tomber sur la messagerie, une voix pâteuse se fit entendre dans l'appareil.

- Drago, pourquoi me réveilles-tu aussi tôt ?

- Il est onze heures passées, Jack.

- Ah. Et tu n'appelles pas pour prendre ses nouvelles, je suppose ?

- J'aurai besoin de l'adresse d'Hermione.

- Tiens, tu connais son prénom ? Je croyais que tu n'avais retenu que son patronyme.

- Arrête ton char. Tu la connais ou pas ?

- C'est pour faire quoi ? Je ne donne pas les coordonnées de mes employés pour n'importe quelle raison.

- Elle a oublié son téléphone chez moi, et j'aimerais le lui rendre avant lundi.

Un silence se fit entendre à l'autre bout du fil. Drago crut que son patron s'était rendormi. Toutefois, le bruit de respiration qu'il entendit lui disait le contraire. Finalement, Jack reprit la conversation comme si de rien n'était. Il lui donna l'adresse de la brune, sans en demander plus. Une alerte résonna dans la tête du blond. Le caractère de commère de son mentor ne lui était pas inconnu, et il s'était attendu à devoir répondre à un véritable interrogatoire. Toutefois, il ne s'en préoccupa plus longtemps. Il remercia Jack et raccrocha. De l'autre côté de la liaison, dans une autre maison, dans un autre salon, le chef d'entreprise grimaça. Et ce n'était pas à cause des maux de tête qui le torturaient depuis son réveil. La veille, Marianne lui avait fait part de ses inquiétudes concernant son protégé. Lui-même voyait qu'Hermione était devenue l'objet d'une véritable quête pour l'avocat. Le problème était que s'il demandait à Drago de s'arrêter, il ne le ferait jamais. Cela lui donnerait même plus de motivation pour percer la carapace de la jeune femme. D'ailleurs, Jack était plutôt étonné de la réserve dont il avait fait preuve jusque-là. Aucune recherche sur internet, ou autres bases de données. Aucune question à personne. Rien que le nom de famille de la jeune femme aurait dû le pousser à faire des investigations. Cela ne lui plaisait pas le moins du monde. Cependant, il devait préserver ses activités. Il avait à la fois besoin de l'avocat et de la juriste dans son équipe. Se prenant la tête dans les bras, il s'interrogeait sur la manière dont allait se terminer cette histoire.

Après s'être apprêté, Drago était descendu dans le parking souterrain pour récupérer sa voiture. Une fois dans l'habitacle, il entra l'adresse d'Hermione dans son GPS. Il connaissait le quartier où elle résidait, mais ne s'y rendait pas assez souvent pour être sûr de la direction à prendre. En ce samedi matin, la circulation était difficile dans les rues parisiennes. Le blond mit plus d'une heure à se rendre à sa destination. En plus de cela, Il avait tourné encore un bon quart d'heure dans le voisinage pour se trouver une place pour se garer. Quand, enfin, il put sortir de son véhicule, il était passablement énervé. Toutefois, il dut calmer ses nerfs, s'il ne voulait pas les passer sur la jeune femme dès son arrivée. L'avocat se présenta devant l'immeuble où la juriste habitait. Il chercha son nom sur l'interphone et sonna deux fois. Dans le petit appartement, une sonnerie stridente retentit, faisant sursauter la locataire. La jeune femme regarda sa montre. Elle n'avait pourtant pas rendez-vous avec ses meilleurs amis. Elle n'avait pas de famille qui pourrait lui rendre visite. Les sourcils froncés, elle se leva de son canapé, délogeant son chat de ses genoux, et répondit à la personne qui demandait l'ouverture de la porte de la bâtisse.

- Qui est-ce ?

- C'est Dra… Malefoy. Tu as oublié ton téléphone chez moi. Je peux monter ?

Hermione, dans la tornade d'émotions où elle avait été prise en partant de chez le blond, avait totalement oublié qu'elle avait mis en charge son portable dans son salon. Ce n'était que quand elle avait cherché ses clés pour ouvrir son logement, qu'elle s'était rendu compte de son oubli. Elle ne pensait pas qu'elle le récupérerait aussi rapidement. Sans répondre à la question de son collègue, elle appuya sur le bouton de déverrouillage. Au rez-de-chaussée, la porte s'ouvrit. Drago la poussa et chercha les escaliers. Jack lui avait dit qu'elle résidait au troisième étage, et lui avait donné le numéro de l'appartement. Il monta directement, quatre à quatre, les marches et se présenta devant l'habitation. Il n'eut pas besoin de toquer, que le battant de bois s'ouvrait déjà sur la silhouette de la jeune femme. Elle tendit le bras, restant plongée dans son mutisme, attendant qu'il lui rende son bien. Déterminé à entrer et à discuter avec elle, il posa sa main sur la porte, et força l'ouverture. Il vit sa collègue lever les yeux au ciel, peu décidé à se battre avec lui, et le laissa passer sans rien dire.

L'avocat resta perplexe face à ce comportement. Il connaissait la Hermione en colère, la Hermione concentrée, mais cette Hermione complètement silencieuse ne lui plaisait pas. Tout ce qui faisait d'elle une lionne semblait l'avoir désertée. Il fallait qu'il la fasse réagir.

- Tu comptes rester muette pendant encore longtemps ?

- Ne commence pas, Malefoy, je ne suis pas d'humeur.

- Tu n'es pas souvent « d'humeur » en ce moment…

- Tout le monde a ses hauts et ses bas, écoute. On n'est pas tous parfaits comme toi.

- Parce que tu crois que la vie est toute rose pour moi ? Ce que je t'ai raconté, il n'y a pas une heure, te fait penser ça ?

Hermione soupira. Elle n'avait pas envie de se lancer dans une joute verbale contre lui. Mais c'était peine perdue. Il ne renoncerait pas. De plus, il n'avait pas l'air de vouloir lui rendre son téléphone. La jeune femme rejoignit son canapé, plantant Malefoy dans l'entrée. Ce dernier la suivit, oubliant presque la raison de sa venue. Il sentit quelque chose lui frôler les jambes, et il baissa brusquement la tête, faisant craquer ses cervicales. Un chat roux s'enroula autour de ses chevilles.

- Étonnant qu'il vienne te voir. Habituellement, il n'aime pas les inconnus. Et encore moins les blonds peroxydés.

- Il est de meilleure humeur que sa maîtresse en tout cas.

- Mon état d'esprit s'améliorerait grandement, si tu me donnais mon téléphone, et que tu t'en allais.

- Alors là, tu peux te fourrer le doigt dans l'œil. Il va falloir que tu m'expliques pourquoi, en l'espace de quelques minutes, tu passes d'un sourire, à des larmes, puis à la colère, et enfin à l'abattement. Ça ne colle pas, Granger.

- Les femmes sont des êtres complexes, Malefoy. Désolée de te l'annoncer.

- Les hommes aussi, figure-toi. Je t'ai confié que je n'avais plus de contacts avec mon père depuis des années. Ma vie est loin d'être aussi belle que tu l'imagines.

- Au moins, ton père n'est pas dans un hôpital psychiatrique, coupable d'un crime qu'il n'a pas commis.

J'ai vraiment dit ça ? Putain, qu'est-ce qu'il m'a pris ?

Elle a vraiment dit ça ? Putain, qu'est-ce que c'est que cette histoire ?


Et voilà, c'est tout pour ce jeudi ! J'espère que cela vous aura plu. Je peux d'ores et déjà vous dire que le prochain chapitre va être assez mouvementé :) N'hésitez pas à me laisser des petits mots juste en-dessous pour me donner vos avis et remarques.

Prenez soin de vous, à jeudi prochain,

MrsBrunette