Bonjour, bonjour !
J'espère que vous allez tous bien. Sixième semaine de publication pour Que Justice soit faite, et cette fois-ci le chapitre ne va pas être gai ... Mais je croise les doigts pour qu'il vous plaise :) Merci encore à Jess-Lili pour ses corrections et son aide.
On se retrouve en bas !
Chapitre 6
- Tu es sérieuse ?
Un silence assourdissant répondit à la question de Drago. Bien sûr qu'elle était sérieuse. Elle n'aurait pas balancé une chose pareille, sans que celle-ci soit vraie. Il n'en croyait pas ses oreilles. S'il avait pensé qu'elle cachait un lourd secret, il n'avait pas imaginé cela. Il chercha son regard brun. Il avait besoin d'en savoir plus. Cependant, elle fuyait à nouveau ses yeux gris. Nerveusement, Hermione serra ses poings jusqu'à ressentir la douleur de ses ongles s'enfonçant dans sa peau. Elle torturait également sa lèvre inférieure. Si elle continuait sur cette voie, son sang n'allait pas tarder à couler. Reprenant ses esprits, le blond s'approcha du canapé et s'assit près de la brune. D'un geste, qu'il voulut doux, il posa ses mains sur celles de sa voisine.
- Arrête, tu vas te faire mal.
- Cette douleur là sera toujours plus supportable que…
La voix d'Hermione n'était qu'un chuchotement. Elle laissa en suspens sa phrase, incapable de continuer. Toutefois, Drago put sentir un relâchement dans les mains de la jeune femme. Elle avait arrêté de serrer ses poings de toutes ses forces. Délicatement, il les sépara et elle se laissa faire. Soudain, de l'eau vint s'écraser sur leurs doigts. Le blond releva brusquement la tête vers le visage de sa voisine. La brune pleurait. Ses barrières s'étaient effondrées, sans qu'elle puisse les retenir. Des sanglots puissants se précipitaient dans sa gorge, manquant presque de l'étouffer. Leurs iris se croisèrent. Le brun mouillé rencontra le gris inquiet. Poussé par une intuition, l'avocat enlaça la juriste. Ce n'était pas un geste qu'il était habitué à offrir, n'ayant pas eu une éducation ni des amis très friands de démonstrations d'affection.
Malgré l'étrangeté de l'étreinte, la jeune femme ne se déroba pas. Elle avait l'impression que cela faisait des années que personne ne l'avait prise dans ses bras. Pourtant, ses meilleurs amis lui donnaient souvent des marques affectives. Toutefois, ce n'était pas la même chose que cette fois-ci. Était-ce parce qu'il s'inquiétait simplement pour elle ? Parce qu'il était étranger à toute cette histoire ? Les choses entre eux changeront quand elle finira son récit. Elle n'avait pas de doutes sur le fait qu'elle irait au bout de son histoire. Drago était un jeune homme déterminé. S'il voulait ces informations, ils les auraient. Hermione préférait de loin tout lui dire de vive voix, plutôt qu'il aille chercher des données sur son compte dans la presse ou internet. Il fallait qu'il entende sa version avant toute chose.
D'un léger tapotement sur son épaule, la brune demanda au blond de défaire ses bras. Elle se sentait un peu plus calme que précédemment. Drago l'ayant ressenti aussi, il se rassit dans une position plus confortable. Leurs yeux se rencontrèrent à nouveau. L'inquiétude régnait toujours dans les pupilles argent. Hermione se racla la gorge et avala sa salive pour arriver à faire passer la boule de sanglot qui était encore présente. Elle inspira, expira, et prit enfin la parole.
- Je crois qu'il va nous falloir quelque chose de fort.
Ne s'attendant pas du tout à ce genre de phrase, l'avocat haussa les sourcils. Sa tête étonnée fit sourire la juriste. Elle se releva de son canapé, s'aidant de l'accoudoir pour trouver un semblant d'équilibre. Les séquelles de sa crise de larmes n'étaient pas seulement visibles sur son visage. Sa démarche était quelque peu chancelante. Drago la regarda se diriger vers une commode, d'où elle sortit une bouteille de tequila et deux verres. Elle revint ensuite s'asseoir à côté de lui, et remplit les deux gobelets.
- Tu es sûre que c'est ce qu'il te faut ?
- Tu ne vas quand même pas m'empêcher de me prendre un remontant, Malefoy ? L'heure est décente, en plus.
- Appelle-moi Drago, s'il te plaît.
- Pardon ?
Décidément, cette conversation les surprenait tous les deux. Hermione aurait voulu qu'il entre dans son jeu, lui lance quelques piques salées. Cela aurait pu lui changer les idées pendant d'infimes secondes. Mais non, à la place, il était resté sérieux. La brune hocha la tête, ne sachant pas vraiment quoi lui dire de plus. Il l'avait surprise. Pour reprendre contenance, elle prit les verres, et donna le sien à l'avocat. Quand cela fut fait, elle s'empressa d'avaler une gorgée d'alcool, dont la brûlure lui permit de décompresser un peu.
- Si je dois te raconter certaines choses…
- Je souhaite tout savoir, Hermione.
La susnommée sursauta en entendant à la fois son prénom, et la voix grave de son interlocuteur. Elle laissa entrevoir une grimace et serra plus fort son verre. Elle ne lui dirait que ce qu'elle voulait. Il avait déjà assisté à bien trop de choses à son goût. Il fallait qu'elle satisfasse sa curiosité. Ce petit jeu, d'en savoir plus sur elle, devait cesser rapidement. Elle n'avait pas envie de l'entraîner dans ces histoires, même s'il pouvait se révéler être une source d'informations.
- À l'avenir, évite de m'interrompre pendant que je parle. Sinon tu ne seras pas prêt de « tout » savoir, comme tu le dis.
Drago ne put qu'accepter. Il avait laissé filtrer son obsession, même si elle n'avait pas l'air de l'avoir remarqué. Son envie de tout connaître d'elle s'était faite plus forte que sa retenue. Le blond avala une gorgée du liquide transparent présent dans son verre, laissant une concentration toute nouvelle l'envahir. Hermione, en l'observant, eut l'impression de se retrouver à son propre procès. Ses yeux gris s'étaient faits pénétrants. Elle pouvait tout à fait l'imaginer faire de même pendant qu'il écoutait les divers témoins pendant les audiences. Elle sentit sa nervosité revenir en flèche. De légers tremblements commencèrent à se manifester sur ses mains. Les mouvements attirèrent l'avocat et il comprit qu'il devait lui inspirer la confiance. Il ne voulait pas que ses confidences soient faites sous le joug de la pression. Il lui fit un sourire rassurant, et l'enjoignit à prendre la parole d'un geste nonchalant.
- Cela fait dix ans que mon père est dans un hôpital psychiatrique. Il a été interné à la suite de soi-disant preuves comme quoi il aurait assassiné ma mère.
Un bruit d'étouffement la fit s'interrompre. Drago avait eu la mauvaise idée de reprendre de la tequila pendant qu'elle parlait. Elle avait prononcé tous ces mots sur un ton presque léger qui avait secoué le blond. Juste avant, elle avait été en pleurs, rien qu'à l'idée de parler de cela. Voilà qu'elle arrivait à devenir sarcastique sur le sujet. Cette fille était dérangée, il en était presque certain. Ou alors elle avait glissé un anxiolytique dans son verre, ce qui avait réussi à la calmer à ce point. Il fallait qu'il mette les points sur les i tout de suite. Cela ne pouvait plus durer comme cela. Après avoir repris ses esprits, il commença à parler, coupant toute suite possible à l'histoire d'Hermione. À peine quelques minutes auparavant, il avait accepté de se taire. Cependant, il avait quelque chose à dire avant de faire cesser le mouvement de ses cordes vocales.
- Cela fait peu de temps que nous nous connaissons, j'en ai conscience. Toutefois, je peux déjà dire que nous nous ressemblons. Nous cachons tout ce que nous ressentons derrière un masque fait de sarcasme, d'une prétendue confiance en nous, et de fierté mal placée. Nous avons peu de personnes autour de nous. Nous ne savons pas nous ouvrir aux autres, et faire confiance. Nous avons vécu des années difficiles. Pourtant, nous nous en sommes relevés. Nous avons fait en sorte de rendre fiers nos proches, qui ne nous regardaient même plus, et qui ne nous regarderont jamais plus. Alors, entre nous, je crois qu'on pourrait réussir à s'écouter. Nous ne nous ferons pas confiance. Cela est beaucoup trop dangereux. Mais on sera là. On se rendra fou par nos disputes. Cependant, on saura ce qui se cache derrière nos armures.
- Peut-être que l'on se ressemble, Male… Drago. Tu ne me parles pas de confiance, pourtant c'est tout comme. Tu crois vraiment que tous mes secrets vont t'être dévoilés après ton monologue ? Que je vais être assez bouleversée pour te dire cela fait dix ans que je me bats pour faire sortir mon père de son asile ? Que je me suis lancée dans des études de droit spécialement pour cela ? Que je suis à la recherche de toutes informations sur les Serpenti ? Que j'ai postulé dans l'entreprise où tu bosses, parce que justement vos affaires sont justement en lien avec cette mafia ? Que je suis certaine qu'ils ont tué ma mère, parce qu'elle s'est interposée entre mon père et eux ? Que la dépression me guette à chaque pas ? Que, malgré tous mes efforts pour ne pas lui ressembler, je deviens petit à petit comme mon père ? Que je me morfonds dans l'alcool quand rien ne va comme je le voudrais ? Et merde…
Hermione avait finalement tout lâché. Elle s'était même levée du canapé, pendant qu'elle parlait. Elle avait fait les cent pas dans le salon, devant Drago. Ce dernier l'avait religieusement écoutée. À présent, il était soufflé par tout ce qu'elle avait pu dire. Même dans ses réflexions les plus folles, il n'avait pas pensé à cela. Pourtant, tout faisait sens dans sa tête. Leur première affaire, le nom de la mafia écrit sur le tableau, toutes les informations qu'elle avait pu transmettre à l'équipe pour leur permettre de gagner l'affaire. C'était parce qu'elle savait déjà tout cela. Depuis une décennie, elle tuait son temps libre, et même son temps de travail, pour trouver la preuve qui ferait tomber les Sardes, et libérer son père. C'était une femme brillante qu'il avait en face de lui. Pourtant, malgré toutes ses capacités, les années étaient passées, et rien n'avait bougé.
Pour se redonner contenance, le blond resservit la brune et fit de même pour lui. Il se leva à son tour, et lui apporta son verre. Sans même se concerter, ils avalèrent leur dose de tequila d'un seul trait. Tous les deux avaient besoin de courage pour continuer la conversation. Après un court moment d'introspection, Hermione se rendit compte qu'elle se sentait plus légère. Elle n'était pas habituée à se dévoiler comme cela. Pourtant, cela lui avait fait un bien fou. Drago surprit l'éclat d'un petit rictus sur le visage de la juriste.
- Qu'est-ce qui te fait sourire ?
- Merci…
La jeune femme ne répondait clairement pas à la question, mais le jeune homme avait compris. Le ton de leurs voix s'était adouci. Il ne restait plus rien de la colère et de la tristesse qu'ils avaient pu ressentir. Sans qu'ils s'en rendent compte, cette discussion à cœur ouvert avait changé bien des choses entre eux. Cependant, avant qu'ils ne puissent mettre des mots sur leurs émotions, la sonnerie stridente d'un téléphone se fit entendre dans la pièce. Les deux collègues s'entre-regardèrent, et cherchèrent la source du bruit. Par élimination, cela ne pouvait pas être l'appareil de la brune, puisque Drago ne lui avait pas encore rendu et qu'il était sûrement éteint. Il ne restait plus que le portable du blond. Ce dernier allait le récupérer dans sa poche de veste. Il jeta un coup d'œil à l'écran avant de décrocher. Hermione put voir les muscles de son visage se tendre, et un rictus de colère naquit sur ses lèvres.
- Mère ? Que voulez-vous ?
La juriste ne put en entendre plus. L'avocat était sorti de l'appartement. Cependant, elle n'eut pas à attendre bien longtemps. Il revint dans la pièce à peine deux minutes après en être parti. Un pli soucieux s'était formé sur son front. Ses poings se serraient et se desserraient comme s'il cherchait à se calmer. Hermione s'approcha de lui, et voulut lui poser une main réconfortante sur son bras. Toutefois, il s'écarta d'elle d'un mouvement brusque. Il récupéra sa veste et installa le téléphone de la brune sur la table basse.
- Drago, qu'est-ce qu'il se passe ?
- Rien qui ne te concerne. Je dois y aller.
- Attends !
Mais il avait claqué la porte derrière lui. Le cœur de la jeune femme se serra. Alors, c'était ce genre de sentiments qui parcouraient le blond, quand elle s'enfuyait de leurs discussions ? Elle se précipita vers la fenêtre, tandis qu'un bruit sourd de moteur se faisait entendre dans la rue. Elle ouvrit le battant, et put apercevoir la voiture, désormais familière, de l'avocat. Il partait à toute vitesse vers le cœur de Paris. En quelques secondes, elle le perdit de vue. L'inquiétude pointa le bout de son nez. Ainsi que son amie la mélancolie. Cette scène avait rappelé à Hermione les nombreuses fois où son père avait quitté en trombe la maison pour suivre une piste. Comme à l'époque, elle poussa un soupir d'impuissance. Elle referma la fenêtre, et se resservit une dose d'alcool fort. Pour l'instant, elle ne pouvait pas faire grand-chose d'autre. Toutefois, elle récupéra son téléphone et l'alluma. Elle fixa l'appareil, buvant par moment, en attendant un potentiel appel de son collègue.
Drago faisait fi des limitations de vitesse. Dans un coin de sa tête, il se sentit désolé d'être parti si abruptement de l'appartement de la jeune femme. Elle lui avait livré ses secrets, et il s'était envolé, en lui jetant quelques mots froids. Le pli sur son front s'accentua. Il se ferait pardonner plus tard. Pour le moment, il avait plus urgent à gérer. Sa mère, Narcissa Malefoy, l'avait appelé. Lui. Le fils renié par son père était demandé au chevet de l'homme qu'il détestait le plus au monde. D'après les quelques mots qu'avait pu enchaîner sa génitrice, le blond avait appris que son père était en phase terminale d'un cancer des poumons. Avec un ricanement narquois, l'avocat se disait que le sort faisait bien les choses. En effet, son père avait fumé toute sa vie, comme un pompier. Le jeune homme se souvenait encore de l'odeur âcre des cigarettes préférées de son géniteur. Il fronça d'ailleurs le nez, comme un nuage de cette fumée néfaste venait de lui arriver sur le visage.
Pourtant, que poussait Drago a bravé le Code de la route pour aller rendre visite à celui qu'il traitait de connard tous les jours de sa vie ? Ce n'était pas tant le ton suppliant qu'avait pris sa mère pour lui parler quelques minutes plus tôt, non. C'était pour prouver, encore une fois, à son père que le fils honni avait réussi dans la vie. La phrase qu'il avait dite à Hermione lui revint en tête : « Nous avons fait en sorte de rendre fiers nos proches, qui ne nous regardaient même plus, et qui ne nous regarderont jamais plus. » Qui aurait cru qu'elle allait s'avérer si véritable ? Un autre ricanement s'échappa de la bouche du blond. Putain de karma. Une fois garé sur le parking de l'hôpital, le jeune homme marcha rapidement jusqu'au comptoir de l'accueil. Il déclina son identité et on lui indiqua qu'il devait se rendre au troisième étage, à la chambre trois cent quarante-cinq. Il monta les marches de l'escalier quatre à quatre, et arriva presque essoufflé devant la porte de la pièce où devaient sûrement se trouver son père et sa mère. Sans hésiter, il toqua deux coups, pour annoncer sa présence, et poussa le battant.
- Drago, te voilà enfin !
Narcissa vint prendre son fils dans ses bras, chose qu'elle ne faisait jamais en temps normal. Drago l'esquiva, ne voulant pas répondre à son mouvement d'affection. Il n'avait rien à lui donner. Sa génitrice n'avait jamais rien fait pour empêcher son mari de battre leur unique fils. Alors, ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait lui pardonner sa passivité. Une mère était censée protéger sa progéniture. Elle avait failli, et il lui ferait savoir durant toutes les années qu'il lui restait encore à vivre. Finalement, le blond regarda l'homme qui était étendu sur le lit d'hôpital. Lucius Malefoy avait perdu de sa superbe. Allongé, pâle comme la mort, amaigri, ses cheveux blancs entourant son visage grimaçant de douleur, il n'avait plus rien du père que Drago avait à la fois admiré et haï. Leurs regards d'argent s'affrontèrent pendant quelques instants. Cependant, Malefoy senior n'avait plus la force de tenir tête à son fils. Sadiquement, cela réjouissait l'avocat. Il pouvait enfin faire face à son père. Il était conscient que ce n'était que parce que ce dernier était alité qu'il pouvait y arriver. Au plus profond de son esprit, il était encore le petit garçon qui baissait les yeux devant ce grand homme à la canne. La voix faiblarde de son géniteur le sortit de ses souvenirs.
- Mon fils…
- Parce que je suis enfin votre fils ? Il vous aura fallu un cancer pour vous rendre compte que j'existais toujours ?
- Drago, arrête. Il est déjà très faible…
- Mère, c'est vous qui devez arrêter. Arrêtez de le défendre, alors qu'il me battait toutes les heures du jour et de la nuit. Vous savez quel genre d'homme vous avez épousé. Alors, faites face !
- Cela suffit. C'était pour t'endurcir que ces châtiments étaient faits. Regarde-toi, tu es une ponte dans le monde des avocats. Sans moi, tu ne serais pas arrivé jusque-là.
- Vous avez tout faux, Père. Mon diplôme, mes réussites, je ne les dois qu'à moi-même. Votre éducation à la con n'y était pour rien.
- Penses-en ce que tu veux, mais sans cela tu serais un pauvre petit garçon sans défense et complètement mou. Tes émotions étaient trop présentes dans ton enfance.
- Vous m'avez volé mon innocence. Finalement, c'est un juste retour de bâton ce cancer. J'espère que vous n'en avez plus pour longtemps.
- Drago !
- Je crois que j'en ai fini avec vous. Père, allez brûler en Enfer. Mère, au plaisir de ne jamais vous revoir.
Comme si une force supérieure avait entendu ses paroles, les machines auxquelles était relié Lucius s'emballèrent. Infirmières et médecins entrèrent en trombe dans la pièce. Ils repoussèrent Narcissa et Drago dans le fond de la pièce. Un long son strident indiquait que le cœur du malade ne battait plus. Les procédures de réanimation furent mises en place. Le blond regardait tout cela d'un air torve. Il pouvait entendre sa mère sangloter à ses côtés. Soudain, un médecin releva la tête vers eux et leur annonça le décès de Lucius Malefoy. L'épouse tomba à genoux. Le fils sortit de la pièce, du couloir, de l'hôpital, et rejoignit sa voiture. Il avait finalement réussi à dire ses quatre vérités à son paternel. Sur le coup, il avait ressenti une joie profonde. À présent, seul dans son véhicule, il ne ressentait plus rien. Il se sentait tout simplement vide.
D'un geste machinal, il récupéra son téléphone. Il composa d'abord le numéro de Blaise. Ce dernier répondit après la première sonnerie. D'une voix presque robotique, Drago lui annonça le décès de son géniteur. Un long silence accompagna la nouvelle. Son meilleur ami lui demanda comment il allait. Le blond lui répondit qu'il allait bien, puis raccrocha. Il appela ensuite Jack. Lui aussi devait savoir. Cependant, il ne décrocha pas. L'avocat laissa un court message sur la boîte vocale. Après avoir raccroché, il remonta enfin la liste de ses contacts jusqu'à tomber sur le numéro qu'il cherchait. Soudainement, il avait envie d'entendre sa voix. La connaissant, elle devait s'inquiéter un minimum pour lui. Cette pensée le fit esquisser un sourire narquois. Après avoir appuyé sur la touche d'appel, il entendit les sonneries s'égrener. Étrangement, une boule se forma dans sa gorge. Et si elle n'avait pas rallumé son téléphone ? Son souffle se fit plus court, et il menaçait d'étouffer..
- Drago ? Est-ce que tout va bien ?
Non, ça n'allait pas. Il perdait le rythme tranquille de ses respirations. Ses mains se mirent à trembler. Il en laissa presque tomber son téléphone. De l'autre côté de la transmission, elle l'appelait. Elle essayait de le faire revenir à la surface. Il s'accrocha au son de sa voix inquiète. Ses tremblements se calmèrent quelque peu et il sembla retrouver un semblant de voix.
- Dis-moi ce qu'il y a, je t'en prie…
- Mon père est mort, Hermione.
- Oh mon Dieu…
N'en supportant pas plus, Drago échappa son portable, qui tomba à ses pieds en un bruit sourd. Le calme n'avait pas duré longtemps. Ses yeux gris se remplirent de larmes. Des sanglots se précipitèrent le long de sa gorge. Il perdait le contrôle de ses mains. Il perdait le contrôle tout court. Pourquoi pleurait-il enfin ? L'homme qui avait été la cause de toutes ses souffrances n'était plus de ce monde. Pourtant, l'enthousiasme l'avait vite quitté. Il ne restait plus qu'une tristesse profonde. Alors, le blond pleura. Il pleura pour ces moments de joie qu'il ne connaîtrait jamais avec son géniteur. Pour ces moments de peine, qui revenaient hanter bien trop souvent son esprit. Pour ce père qu'il avait réussi à aimer un petit peu. Pour ce connard qu'il avait tant détesté. Dans sa bulle, l'avocat n'entendait pas les appels de la juriste à travers le téléphone. Cette dernière écoutait ses pleurs, versant des larmes également. Ils restèrent ainsi pendant de nombreuses minutes.
Dans son salon, recroquevillée sur son canapé, Hermione écoutait la respiration désordonnée de son collègue. La sienne n'était pas en meilleur état. Elle avait renoncé à l'appeler, à lui parler. Il était évident qu'il ne l'entendait pas, trop pris dans le tourbillon de ses émotions. Elle aurait voulu lui dire tant de choses pour le réconforter. Toutefois, les phrases qui lui venaient à l'esprit lui paraissaient stupides. Elle aurait désiré lui dire qu'elle comprenait. Qu'elle serait là pour l'écouter quand il serait prêt. Mais rien ne sortait. Parce que son propre chagrin venait se rajouter à celui qu'elle ressentait pour lui. Perdue dans sa tristesse, elle ne se rendit pas immédiatement compte que quelque chose avait changé de l'autre côté de la ligne. Soudain, une voix éraillée par les pleurs se fit entendre par le téléphone.
- Tu as encore de la tequila ?
- Trois bouteilles.
- Parfait. J'arrive.
Drago raccrocha, et essuya les larmes qui brouillaient sa vue d'un geste rageur. Il inscrivit l'adresse de la juriste dans son GPS et se laissa guider. Son esprit était totalement ailleurs. Il arriva à destination, se gara machinalement, et se dirigea directement vers l'immeuble qui abritait le petit appartement d'Hermione. Dans un sursaut de lucidité, le blond se demanda pourquoi il avait préféré aller voir la jeune femme, plutôt que Blaise, qui avait été son roc toutes ces années. Était-ce parce qu'ils se connaissaient depuis peu ? Perdu, il hésita à sonner à l'interphone. Il allait rebrousser chemin, quand la porte du bâtiment s'ouvrit. L'avocat tourna la tête vers la personne qui sortait. Cette dernière n'était autre que l'objet de ses pensées. Depuis combien de temps était-il resté planté là ? Il détailla son visage. Elle avait les yeux bouffis, sûrement comme lui. Elle lui tendit la main. Les yeux argent du jeune homme la regardèrent sans vraiment comprendre. Finalement, la jeune femme fit plus que lui tendre une main secourable. Elle attrapa une des siennes et l'emmena avec elle.
L'avocat se laissa faire. La poigne de la juriste était douce, mais ferme. Elle avait compris qu'il n'avancerait pas seul, qu'il aurait besoin d'aide. Heureusement pour eux, ils ne croisèrent personne dans les escaliers, qui les conduisirent au deuxième étage. Une fois à l'intérieur du logement, Hermione lâcha la main de Drago. Elle alla remplir deux verres d'alcool et lui en donna un. Les deux jeunes adultes se contentèrent de boire sans rien dire. La brune retrouva sa place sur son canapé. Le blond resta debout, les yeux perdus dans le vague. Il accusait le coup. Une douleur sourde dans ses jambes le rappela au présent, et il alla s'asseoir près de sa collègue.
- C'était comment pour ta mère ?
Hermione sursauta en entendant la voix, presque d'outre-tombe, de son voisin. Elle renversa un peu de tequila sur son haut et jura. Puis, elle comprit la question. Drago avait besoin d'un exemple, de quelque chose à laquelle se raccrocher. Alors, elle lui parla.
- Horrible. J'avais douze ans à l'époque. J'étais seule à la maison ce jour-là. J'avais prétexté une fièvre pour ne pas aller à l'école. Ma mère était partie donner des cours dans cette famille riche. Mon père était au commissariat, sur une enquête. Enfin, c'est ce qu'il a toujours prétendu. Vers seize heures, j'ai entendu des personnes toquer à la porte d'entrée. Je suis allée ouvrir. Deux policiers attendaient. Je ne me souviens plus de leurs visages ni de leurs noms. Mais, je me rappelle leurs regards. Ils étaient emplis de pitié. Ils m'ont demandé de les suivre au poste. Docilement, mais inquiète, je les ai suivis. Mais nous ne sommes jamais allés là-bas. Je connaissais la route par cœur, et ce n'était pas la bonne. J'ai bien essayé de leur dire, mais ils ne m'écoutaient pas.
- C'était le chemin pour aller à la morgue ?
- Exactement. Je n'ai plus de souvenirs de l'immeuble. Mais l'odeur qui y régnait… c'était affreux. Pire que celle des hôpitaux. On m'a guidée jusqu'à une salle aseptisée. Mon père était à l'intérieur. Il était effondré. Je l'avais rarement vu pleurer. Cette fois-là, c'était pire que tout. Je me suis approchée de la table en métal, redoutant ce qui allait suivre. Puis, j'ai vu le visage serein de ma mère. Sur le coup, je me rappelle m'être dit qu'elle dormait sûrement. J'ai posé ma main sur sa joue, pensant la trouver chaude. Ce fut tout le contraire. Elle était froide. Il n'y avait plus une once de vie en elle. Mais, je ne le compris pas tout de suite. On m'a ensuite demandé si la personne allongée devant moi était bien ma mère, Marie Granger. J'ai voulu répondre par la négative, mais mentir n'était pas possible. Alors, j'ai simplement hoché la tête, et je suis partie en courant.
Hermione s'arrêta là. Pendant qu'elle parlait, des larmes salées avaient recommencé à couler sur ses joues. Son regard brun croisa celui argenté de Drago. Il était aussi brouillé par les larmes. Les circonstances n'étaient pas les mêmes, mais la perte d'un être que l'on avait aimé n'était pas facile à gérer. Les verres des deux collègues se remplirent et se vidèrent encore un certain nombre de fois après cette confession. Ils finirent par s'endormir, la tête du blond sur les genoux de la brune. Leurs émotions les avaient poussés à bout. Ils eurent une dernière pensée pour ceux qu'ils avaient perdus.
Tu me manques, Maman. Je suis perdue sans toi. Aide-moi. Sauve-moi.
Vous n'avez pas été un bon père. Pourtant, je vous ai aimé, Père. Et je suis certain que vous aussi, d'une certaine manière.
Voilà, voilà ... N'hésitez pas à me laisser un petit mot juste en-dessous pour me dire que ce vous avez pensé de toutes ces émotions qui ont balayé le chapitre.
Prenez soin de vous, et à jeudi prochain :)
MrsBrunette
