Bonjour, bonjour !

Je suis ravie de vous retrouver pour le chapitre 7 de Que Justice soit faite :) Je remercie Jess-Lili pour ses corrections et son soutien, ainsi qu'aux personnes qui ont laissé une review sur le dernier chapitre. J'espère que celui-ci vous plaira, bonne lecture à vous !


Chapitre 7

Une sonnerie stridente fit sursauter Drago et Hermione. Dans l'appartement de cette dernière résonnait un téléphone. Sans pour autant se précipiter pour répondre, les deux jeunes adultes émergèrent doucement. Des maux de tête lancinants traversaient leurs crânes. D'un même geste, ils portèrent une main vers leur front, pensant que cela calmerait un peu la douleur. Cependant, rien n'y faisait. Une gueule de bois, comme ils en avaient peu connu, leur donnait l'impression qu'ils avaient une série de marteaux-piqueurs dans leur boîte crânienne. À intervalles réguliers, le téléphone responsable de leur réveil continuait d'émettre un son trop fort pour leurs oreilles. Soudain, alors que le silence était enfin revenu dans la pièce à vivre, deux appareils se mirent à sonner. Des jurons fleuris se firent entendre également depuis le canapé.

- Drago, pousse-toi. Il faut que j'aille répondre.

- Non. Trop mal pour bouger.

- Je te mets par terre, si tu ne te redresses pas.

Devant la menace, le blond ne put que s'exécuter. Tant bien que mal, il se releva des genoux de la juriste. Puis, quand elle fut debout, il se rallongea de tout son long sur la banquette. La luminosité de la pièce avait grandement décru depuis qu'ils s'étaient retrouvés à boire pour oublier leurs chagrins. Les rayons de la lune éclairaient tout juste le salon. La jeune femme alluma une lampe pour éviter de tomber sur un quelconque cadavre de bouteille. Chancelante, Hermione avança jusqu'à son téléphone. Elle n'avait qu'une seule envie, l'éteindre et aller se coucher. Elle récupéra l'appareil, et la lumière de l'écran l'éblouit quelques secondes. Puis, ses yeux s'écarquillèrent. Elle n'avait pas moins d'une dizaine d'appels manqués de la part de Ginny, Harry et Ron. Il devait s'être produit une urgence pour qu'ils l'aient harcelée comme cela. Tandis qu'elle s'apprêtait à composer un des numéros de ses amis, son portable sonna à nouveau. Le prénom de la Procureure apparut sur l'écran. La brune prit une inspiration pour essayer de mettre de l'ordre dans ses pensées, puis à l'expiration décrocha.

- Hermione ! Enfin, tu réponds ! Cela fait au moins dix fois que je t'appelle.

- Excuse-moi, Ginny. J'étais… euh… occupée.

Un ricanement se fit entendre depuis le canapé. Apparemment, la gueule de bois du blond n'était pas assez forte pour l'empêcher d'écouter les conversations des autres. La juriste se déplaça jusqu'à sa chambre pour avoir la paix. Ses maux de tête s'étaient amplifiés, et elle ne manquerait pas d'avoir une migraine après cette conversation avec sa meilleure amie. Elle ferma la porte derrière elle, et se laissa glisser le long du battant. D'une voix lasse, elle reprit le fil de la discussion.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Et bien…

- Ginevra, je te défends de tourner autour du pot. Je suis épuisée, je voudrais retrouver mon lit. Alors, par pitié, dis-moi ce qu'il y a.

- Tu as encore bu ?

- Ne détourne pas le sujet.

- Au départ, j'appelais pour prendre de tes nouvelles après ta soirée avec tes collègues. Mais voyant que tu ne répondais pas, j'ai commencé à paniquer. En plus vendredi, c'était les dix ans…

- Je vais bien. Tu entends ma voix, non ? Je suis vivante. Arrête d'imaginer le pire. Ce n'est pas parce que je ne réponds pas pendant quelques heures…

- Un jour et demi.

- Que j'ai fait une connerie ! C'est derrière moi tout ça.

Soudain, des coups toniques se firent entendre à la porte d'entrée de l'appartement. Le cœur d'Hermione rata quelques battements. La voix pâteuse de Drago s'éleva assez fortement pour que la brune puisse comprendre ce qu'il disait depuis sa chambre. Brusquement, elle pâlit et se releva. Sa tête lui tourna et elle se rattrapa au battant de bois.

- Ginny ? Tu es toujours là ?

- Oui…

- Ne me dis pas que tu as envoyé Harry et Ron à mon appartement.

- Alors, je ne dirais rien.

- Merde !

Furieuse, la jeune femme raccrocha au nez de sa meilleure amie. Cela acheva de la dégriser. Elle se précipita dans la pièce à vivre. Elle y vit Drago se relever du canapé pour aller ouvrir à ceux qui tapaient frénétiquement sur la porte d'entrée.

- Ne bouge pas. J'y vais.

- Putain, mais c'est qui ? Il est quelle heure d'ailleurs ?

- Va te recoucher. Je gère.

Dans un soupir agacé, le blond retourna sur la banquette. Toutefois, et malgré ses maux de tête toujours plus intenses, il n'allait pas perdre une miette de ce qu'il allait se passer. Déjà qu'il n'avait pas pu écouter la suite de la conversation téléphonique de la brune, il n'allait pas se priver de mettre son grain de sel si la situation s'avérait intéressante. De plus, cela lui permettrait de ne pas s'attarder sur les raisons de sa gueule de bois. Il jeta tout de même un coup d'œil à son propre téléphone, qui avait finalement cessé de sonner. Il lui apprit qu'il était une heure du matin, et qu'il avait des appels manqués de la part de Blaise et de Jack. Le temps était passé plus vite qu'il ne l'aurait cru. Cependant, son attention fut attirée par le bruit de la porte qui s'ouvrait enfin. Hermione lui bouchait la vue, mais il pourrait entendre les discussions. Comme prévu, Harry et Ron se trouvaient sur le seuil du logement de la juriste. Cette dernière sentit leurs regards intrigués. Sa tenue devait être froissée, ses cheveux en bataille, et son visage devait avoir les traits tirés. Pourtant, ils s'abstinrent de faire le moindre commentaire, quand ils croisèrent le regard flamboyant de la brune.

- Bonsoir Harry, bonsoir Ronald. Je vais bien. Vous pouvez partir.

- Hermione, comprends-nous, tu ne répondais pas…

- Je peux avoir une vie privée, non ?

- Hermione, quand est-ce que tu reviens ?

La susnommée pâlit en entendant la voix suave de son collègue. Elle avait envie de lui enfoncer la tête dans les coussins. Sa main serra plus fort la porte. Elle voulait que ses deux amis partent le plus vite possible. Toutefois, après l'intervention du blond, cela resterait un vœu pieux. D'ailleurs, les visages des policiers avaient également changé de couleur. Ron était passé au rouge tomate. Quant à Harry, il tentait de garder un masque d'impassibilité, mais une légère rougeur s'était installée sur ses joues. Ce fut lui qui reprit la conversation.

- Tu n'es pas seule ?

- J'ai appris à parler à Pattenrond. Pas mal, hein ?

Drago éclata de rire. Il se releva de la banquette. Il avait très envie de voir la tête des deux copains de la brune. Doucement, il approcha de l'entrée de l'appartement. Ses épaules se secouaient encore d'hilarité. Il se plaça juste derrière Hermione et noua ses bras autour de sa taille. Il eut droit au regard furieux d'un roux aux yeux bleus, et à celui d'incompréhension d'un brun aux yeux verts. La jeune femme s'était tendue entre ses bras.

- Et tu l'as changé en homme aussi ?

- Oui, c'est cela. La Magie fait des merveilles, n'est-ce pas ?

- Arrête de te moquer de nous, Hermione. On s'inquiétait juste pour toi.

- Je suis une grande fille. Je me débrouille seule depuis mes seize ans. Aux dernières nouvelles, vous n'êtes pas mes parents. Alors, maintenant que vous avez vu que j'étais vivante, vous allez me faire le plaisir de rentrer chez vous.

- On en reparlera, sois-en sûre.

Vexés, les deux policiers tournèrent les talons après avoir lancé un regard désapprobateur aux deux autres. Hermione avait conscience qu'elle avait peut-être poussé le bouchon un peu loin avec eux. Toutefois, sa colère était justifiée selon elle. D'ailleurs, elle reporta celle-ci sur le jeune homme qui était encore dans son dos. Elle se dégagea brusquement de ses bras et se tourna vers lui, après avoir refermé la porte d'entrée. Il avait un sourire narquois collé aux lèvres. Malgré les restes de sa gueule de bois, ses yeux cernés, sa tenue froissée, il semblait montrer une arrogance à toute épreuve. Cela énerva plus que de raison la brune. Elle planta son index sur son torse et le fusilla du regard.

- Tu n'aurais pas pu attendre sagement sur le canapé ? Et d'où tu t'es permis de me prendre par la taille comme ça ?

- Granger, il est une heure du matin. J'ai une gueule de bois d'enfer, et toi aussi, je crois. Excuse-moi de ne pas avoir toute ma tête.

- Ce ne sont pas des raisons pour me mettre mal à l'aise devant mes amis, Malefoy.

- Et si je te dis que j'adore te mettre mal à l'aise ? Que te voir démarrer au quart de tour m'intéresse de plus en plus ? Que je préfère te voir comme cela, qu'au fond du trou comme hier ? Que te voir agir comme une lionne est largement mieux ?

La brune fut soufflée par tout ce qu'il venait de dire. Ainsi, il avouait qu'il s'intéressait vraiment à elle. Ne sachant pas comment traiter l'information, elle fit simplement redescendre son bras le long de son corps. Toute trace de colère s'était estompée. Il ne restait plus que des interrogations, et une affreuse migraine. Leurs regards se croisèrent. Leur échange ne dura pas longtemps. Hermione ne pouvait pas affronter ses yeux gris. Alors, elle fit un mouvement pour s'esquiver. Drago la laissa s'enfuir dans sa chambre. Lui non plus n'avait pas prévu cela. Toutefois, il fut surpris de la voir ressortir de sa pièce. Dans ses bras fins, elle tenait un oreiller et une couverture. Elle les déposa sur le canapé.

- Tu seras mieux avec ça. On devrait retourner dormir.

Elle n'avait pas tort. Quelques heures de sommeil en plus ne pouvaient pas leur faire de mal. Ils échangèrent encore un regard, et la jeune femme retourna dans sa chambre. Chacun installé de son côté, ils cherchèrent à retrouver le sentiment de détente qu'ils avaient éprouvé peu de temps auparavant. Toutefois, entre les maux de tête et les mots qu'ils avaient partagés, ils ne trouvèrent pas tout de suite le repos. Finalement, ce fut quand l'aube arriva que le sommeil vînt à eux. Hermione s'agita dans ses draps, qui finirent par s'entortiller autour de ses jambes. Dans ses songes, elle revoyait le moment où elle avait dû identifier sa mère à la morgue. Les médecins et les policiers n'avaient plus de visages. Leurs voix étaient désarticulées. La petite fille avait peur. Elle voulait appeler son père à l'aide. Cependant, celui-ci ne lui répondait pas, ne la regardait même pas. La brunette criait de toutes ses forces, mais il ne tournait jamais la tête vers elle.

- Papa ! Papa ! Pourquoi tu ne m'entends pas ? Pourquoi Maman est étendue là ? Réponds-moi ! Papa !

- Hermione ! Merde, réveille-toi !

Ayant toujours eu le sommeil léger, Drago s'était réveillé en sursaut au premier cri de la jeune femme. Sa voix était partie dans les aigus, et avec précipitation, il l'avait rejointe dans sa chambre. Ce qu'il avait devant ses yeux réveillait la peur en lui. La brune était enroulée dans ses draps et bougeait sporadiquement ses membres. Des rayons de soleil entraient dans la pièce, accentuant la pâleur qui s'était installée sur le visage d'Hermione. Elle était en plein cauchemar. À part l'appeler pour tenter de la réveiller, le blond ne savait pas trop quoi faire. Il n'osait pas la toucher de peur de se prendre un coup. Il se demanda même si ses cris n'allaient pas réveiller les voisins. Il fallait absolument qu'il la ramène dans le présent. Alors, il décida de s'approcher du lit tout en répétant son prénom. Toutefois, la juriste ne semblait pas l'entendre, trop plongée dans son mauvais rêve. Une fois près d'elle, il se pencha et posa doucement sa main sur son épaule.

- Hermione, tu fais un cauchemar. Réveille-toi !

- Quoi ?

La jeune femme ouvrit brutalement les yeux et se redressa violemment. Les fronts des deux jeunes gens se cognèrent. Drago recula précipitamment, une main posée à l'endroit où la douleur le lançait. Hermione avait du mal à retrouver ses esprits. Les brides de son cauchemar dansaient encore devant ses yeux, en plus des étoiles dues au coup qu'elle venait de mettre à son collègue. D'ailleurs, elle tourna la tête vers lui, quand il prit la parole.

- Tu es vraiment violente quand tu t'y mets…

- Mon Dieu ! Je suis désolée. Je t'ai réveillé ?

- Ouais, et tout l'immeuble aussi.

Hermione piqua un fard. Elle, qui comptait s'excuser, se ravisa. Elle savait, pourtant, que c'était le moyen de défense de Drago. Cependant, il aurait pu être un peu plus compréhensif. Si elle avait vraiment crié, elle avait dû raconter des choses qu'elle aurait voulu garder pour elle. En se mordant la lèvre d'un geste nerveux, elle se rendit compte qu'elle était curieuse de savoir quels mots avaient bien pu passer sa bouche. Toutefois, elle n'osait pas lui poser la question, de peur qu'il ne lui lance une énième vacherie. La brune tourna la tête vers la fenêtre, ne sachant pas quoi faire. Son mutisme fit réagir le blond. Il arrêta de se focaliser sur la douleur qu'il avait au front et releva son regard vers la silhouette assise sur le lit. Cette dernière avait le dos légèrement courbé, et elle se tenait les genoux avec ses bras. La juriste forte s'était à nouveau envolée. Il ne restait plus que la frêle Hermione, ses démons férocement accrochés à elle. Il comprit qu'il avait mal réagi. Il avait tenté d'alléger l'atmosphère, mais cela avait échoué. Il ne tenta pas de s'approcher, conscient qu'elle devait être encore bouleversée par son mauvais rêve. Encore une fois, il fit preuve d'une spontanéité qu'il n'avait que lorsqu'il était en sa présence.

- Viens, on va manger quelque chose.

La jeune femme sursauta en entendant la voix douce de son collègue. Son regard brun quitta la fenêtre pour se tourner vers lui. Il put y lire de la surprise. Visiblement, elle ne s'attendait pas à un acte cordial, voire gentil, de sa part. Elle acquiesça, son ventre se rappelant à elle. Ils avaient déjà sauté quelques repas la veille, et l'alcool était loin de caler l'estomac. Drago la regarda se lever, tendit un bras quand elle chancela, mais elle retrouva son équilibre d'elle-même. Il ouvrit donc la marche, et se rendit dans la cuisine. La journée du dimanche était déjà bien avancée. Un coup d'œil sur leurs montres, qui ne quittaient jamais leurs poignets, leur indiqua que l'après-midi était même entamé. Hermione soupira. Reprendre le travail le lendemain n'allait pas être facile. Elle aida, ensuite, l'avocat en lui donnant les ustensiles dont il avait besoin. Une fois leur repas prêt, ils allèrent le prendre sur le petit balcon de l'appartement.

La chaleur des rayons du soleil réchauffa la propriétaire des lieux. Drago put voir des couleurs revenir sur son visage. Ils mangèrent en silence, seul le bruit des couverts claquant contre les assiettes perturbait la quiétude du moment. Pattenrond vint même les rejoindre. Cela rappela la scène de la nuit au jeune homme, qui faillit s'étouffer de rire avec sa nourriture. Hermione tourna la tête vers lui, le regard interrogateur. Il lui fit signe que tout allait bien. Suspicieuse, la juriste ouvrit la bouche pour parler.

- Qu'est-ce qui te fait rire comme ça ?

- Voir ton chat m'a rappelé comment tu avais réussi à faire taire tes potes.

Hermione leva les yeux au ciel, mais ne put s'empêcher de sourire. Il était vrai qu'elle avait fait fort cette fois-ci. Harry et Ron allaient lui en vouloir pendant un bon moment. Cependant, ils ne pouvaient plus débarquer chez elle à une heure indue, juste parce qu'elle ne répondait plus au téléphone. Leur geste avait blessé la juriste. Ses propres amis ne lui faisaient pas confiance à ce point-là ? Drago vit tout de suite le changement d'humeur chez la brune. Son visage se referma et son sourire devint une grimace douloureuse. Toutefois, avant qu'il n'ait pu esquisser un geste ou commencer une parole, il la vit remettre son masque de tous les jours. Elle s'était reprise, et elle était prête à ne pas laisser passer d'émotions, pour le moment. L'avocat hésita entre lui dire ce qu'il avait entendu lors de son cauchemar, et ne rien lui dévoiler. Elle voudrait sûrement savoir, mais elle luttait déjà avec beaucoup de choses. Comme si elle avait lu dans ses pensées, elle lui posa la question.

- Qu'est-ce que j'ai dit pendant mon cauchemar ?

- Tu appelais ton père. Tu lui demandais pourquoi ta mère était étendue devant toi.

- D'accord…

La jeune femme se renferma dans ses pensées, délaissant son assiette presque terminée. Comme pour le jeune homme, le goût de la nourriture était devenu cendreux. Décidément, son passé n'avait pas fini de se rappeler à elle. Elle serra le garde-fou du balcon de toutes ses forces. Hermione en avait assez. Assez de subir ces réminiscences. Assez de se réveiller en hurlant. Assez de souffrir. Elle voulait tirer un trait sur tout cela. Cependant, c'était plus facile à penser qu'à faire. Elle était loin de pouvoir faire incriminer la ou les personnes qui avaient assassiné sa mère. Dire qu'en une décennie, elle ne savait même pas l'identité du ou des commanditaires. Elle ne connaissait pas la vérité sur ce qu'il s'était réellement passé ce soir-là. Son père n'avait jamais voulu lui raconter. Ce n'avait pas été faute d'insister auprès de lui. Parfois, lors de soirs très alcoolisés et où la tristesse s'était faite plus forte, il avait lâché quelques bribes de souvenirs à sa fille. Toutefois, il n'y avait jamais rien eu de vraiment concret. Quatorze années s'étaient écoulées depuis que Marie Granger était décédée. La brune arriverait-elle, un jour, à connaître la vérité ?

- Il me suffirait d'abandonner. De tout laisser filer, de tout oublier…

Hermione avait murmuré ces mots. Drago tourna vivement la tête vers elle, peu sûr d'avoir bien entendu. Cette idée de tout laisser tomber faisait son chemin dans le cerveau de la juriste. Cela ne manquerait pas de la libérer. Elle pourrait repartir de zéro, mettre derrière elle tout ce qui avait un rapport, de près ou de loin, avec son père, ou les Serpenti. Elle se concentrerait sur son travail pour Jack. Elle réapprendrait à vivre. Toutefois, un sentiment de culpabilité l'envahit. Sa conscience lui rappelait ses croyances. Son père était innocent. Elle en était persuadée. Alors, pourquoi arrêter de combattre pour sa libération ? Certes, elle aimait son domaine de travail, mais sans ces événements aurait-elle suivi cette voie ? Et puis, se pardonnerait-elle de laisser son père moisir dans cet institut psychiatrique ? L'avocat ne pouvait pas connaître les réflexions auxquelles s'adonnait la brune, mais il voyait bien que quelque chose n'allait pas. Tout son corps était tendu. Son front était plissé. S'il avait vraiment bien entendu les mots qu'elle avait prononcés, il se devait d'intervenir. Elle ne pouvait pas tout laisser tomber comme cela. Il était certain qu'elle aurait des regrets si elle prenait cette décision.

- Tu veux vraiment tout lâcher ? Tu t'es battue pendant des années et des années, pour tout abandonner maintenant ?

- Tu ne comprends pas, Drago. Ça me bouffe. Je n'ai plus de vie depuis mes douze ans. Jusque-là, je n'ai vécu que pour faire libérer mon père. Mais, si c'était impossible ? J'ai essayé, tellement essayé…

- S'il y a bien quelque chose que j'ai retenu de l'atroce éducation de mon père, c'est qu'il ne faut jamais abandonner. Quand tu entreprends quelque chose, tu vas jusqu'au bout. Peu importe le temps que ça prendra. Peu importe les obstacles que tu rencontreras. Si tu veux vraiment la vérité sur ce qu'il s'est passé il y a quatorze ans, tu dois continuer à te battre.

- C'est gentil à toi d'essayer de me remotiver, mais je crois qu'il serait mieux que…

- Mais putain, Hermione ! Tu vas t'en vouloir toute ta vie si tu ne continues pas. Et puis tu n'es plus seule. D'accord, tes amis préféreraient que tu lâches l'affaire. Mais je suis là. Si tu en parles à Jack, il t'aidera aussi.

- Non. Je ne vais certainement pas vous impliquer dans ce bourbier. Cela ne vous concerne pas.

- Alors, pourquoi tu as tenu à m'en parler ? Tu aurais pu inventer une histoire, ne rien me dire. Et pourtant tu l'as fait.

- C'était parce que tu insistais ! Je n'ai jamais connu quelqu'un de plus obsessionnel que toi, excepté mon père bien évidemment. Tu ne m'aurais jamais laissée tranquille. Tu aurais flairé le mensonge à des kilomètres.

- Dans le genre obsessionnel, tu n'es pas mieux que moi. Pourquoi tu ne veux pas me laisser t'aider ? J'ai des ressources dont tu n'as même pas conscience.

- Je n'ai pas besoin de ton argent, Malefoy. Je ne suis pas une cause perdue que tu pourrais défendre pour satisfaire ton envie de philanthropie.

- Cette fois, c'est toi qui ne comprends pas ! Tu es têtue, ma parole… J'ai bien remarqué que tu n'avais pas besoin d'être sauvée, que tu te débrouillais bien toute seule. Mais parfois, avoir quelqu'un d'extérieur pour aider, pour donner un autre point de vue sur les événements, n'est pas forcément une mauvaise chose.

Hermione ne renchérit pas. Elle avait besoin de réfléchir et d'y voir plus clair. La conversation qu'elle venait d'avoir avec Drago l'avait retournée. Ils ne s'étaient pas quittés des yeux pendant tout le temps où ils avaient échangé des paroles. Il avait été sincère dans ses mots, elle l'avait lu dans ses prunelles argent. Pourtant, elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi il tenait tant à l'aider. Les deux jeunes adultes n'étaient même pas amis. Ils avaient débarqué dans la vie de l'un et de l'autre comme des tornades. Ils venaient même de passer toute la fin de semaine ensemble, par la force des choses. Il lui fallait du temps.

- Écoute, on pourrait en reparler plus tard ? Je… je ne sais plus quoi penser.

- OK… D'ailleurs, il serait temps que je retourne chez moi. On se retrouve demain matin au bureau ?

- Pas de soucis. Je te raccompagne.

- Laisse tomber. Je connais la sortie.

La jeune femme regarda Drago prendre ses affaires et s'en aller sans rien ajouter d'autre. La porte se referma et Hermione se sentit vide. Outre le fait qu'elle soit épuisée physiquement et émotionnellement, l'absence du blond se révéla brutale. Elle entendit le bruit, désormais familier, du moteur de sa voiture. Elle ne put s'empêcher de la suivre du regard. Quand le véhicule disparut, elle prit les restes de leur repas et rangea tout l'appartement. Faire le ménage lui permettrait de faire le tri dans ses pensées. Quant au blond, il s'était fait violence pour quitter le logement de la brune. Machinalement, il bougea les doigts sur le volant. Il aurait voulu rester avec elle, pour réfléchir à la suite, pour continuer à passer du temps avec elle. Il jeta un coup d'œil au siège passager, comme s'il espérait voir sa silhouette assise près de lui. Toutefois, il était bel et bien seul dans cet habitacle. Elle avait besoin de temps, elle le lui avait dit. Peut-être devrait-il, lui aussi, en profiter pour remettre à plat ses pensées ? Et pour se reposer, par la même occasion.

Pour les deux collègues, le lendemain matin arriva rapidement. Finalement, ils avaient choisi de repousser le moment de faire le point avec eux-mêmes. Ils avaient trouvé de quoi s'occuper dans leur logement respectif, ne laissant pas une minute de vagabondage à leurs pensées. Puis, quand le réveil sonna pour commencer une nouvelle journée de travail, ils avaient commencé leur routine machinalement. Comme tous les autres jours, Hermione prit le métro pour se rendre dans le quartier de la Défense. Elle salua les personnes de l'accueil de l'immeuble qui abritait le cabinet de conseil, et monta directement au septième étage. Elle fit un signe, qui se voulait enthousiaste, à tous ceux qu'elle croisait sur son chemin vers son bureau. Dans ce dernier, Marianne était déjà présente. La secrétaire détailla la juriste, qui se plia avec lassitude à l'exercice. La blonde sentait que quelque chose avait changé chez sa collègue. Elle semblait plus sombre, plus mélancolique encore que les semaines précédentes. Drago, quant à lui, se rendit en voiture sur son lieu de travail, ne dérogeant pas à ses habitudes. Il se plaqua un masque impassible sur le visage, et avançait dans les couloirs les mains enfoncées dans ses poches de pantalon. Il entendit beaucoup de personnes lui adresser un mot de salutation, auquel il ne répondit pas toujours.

Quand il poussa la porte vitrée qui donnait sur l'open-space où son équipe évoluait, son regard tomba automatiquement sur Hermione. Celle-ci leva la tête de son ordinateur et le fixa. Ce ne fut qu'en le voyant à présent qu'elle sentit que sa décision était prise. Elle n'avait pas eu besoin de réfléchir pendant des heures. Son choix avait déjà été arrêté depuis la veille, même si elle ne s'en était pas rendue compte au premier abord. Marianne assista à l'échange, surprise. Depuis leur soirée au bar, il s'était passé quelque chose, elle en était certaine. Elle aperçut la brune vers un mouvement de tête vers le blond. Elle l'interpréta comme un salut. Cependant, ce geste n'eut pas la même signification pour les deux autres. La juriste venait de donner son assentiment à l'avocat. Ce dernier esquissa un sourire narquois pour donner le change. Toutefois, elle comprit le sous-entendu. Il était ravi d'avoir pu la toucher autant, d'avoir pu la convaincre d'accepter son aide. Puis, nonchalamment, il retrouva son poste de travail. Jack arriva peu de temps après. Il sentit directement le changement de dynamique dans le bureau. Il échangea un regard avec sa secrétaire, qui haussa les épaules. Tous les deux avaient de mauvais pressentiments.

Je me demande encore pourquoi tu m'as proposé ton aide. Ou peut-être que je ne veux pas en voir la raison.

Je t'aiderai, je t'en fais la promesse. On démêlera le vrai du faux, ensemble.

Je ne sais pas dans quelle direction vous allez, jeunes gens. Mais faites attention à vous.


Ce sera tout pour aujourd'hui ! Alors ça vous a plu ? N'hésitez pas à me laisser un petit mot juste en-dessous pour me raconter vos impressions.

Prenez soin de vous, et à jeudi prochain :)

MrsBrunette