Bonjour, bonjour !

Bienvenue dans le huitième chapitre de Que Justice soit faite. J'espère que vous allez tous bien en ce jeudi :) Comme toujours, je tiens à remercier Jess-Lili pour son soutien et ses corrections. Un grand merci aux personnes qui prennent le temps de m'écrire quelques mots après leur lecture, cela me fait toujours chaud au cœur ! A présent, je vous laisse avec le chapitre.


Chapitre 8

Les jours, ainsi que les semaines, passèrent et se ressemblèrent. Hermione et Drago durent prendre leur mal en patience. Ils avaient toujours fort à faire avec leur travail, les affaires s'enchaînant à un rythme soutenu. Jack ne leur laissait pas le temps de souffler. Ils n'avaient donc pas pu reparler de leur accord sur l'aide que pouvait fournir le blond à la jeune femme. Toutefois, avec l'esprit occupé par autre chose que le sort de son père, la brune avait repris des couleurs et de l'énergie. Elle s'était concentrée uniquement sur ses tâches, voyant quelques fois ses amis, sortant de temps à autre avec ses collègues. Sous cette apparente normalité, elle faisait de son mieux pour ne pas sombrer, quand elle se retrouvait seule dans son appartement. Cependant, il n'y avait que l'avocat qui était au courant de son comportement. Même ses trois meilleurs amis ne lui posaient aucune question, trop heureux de la voir vivre une vie soi-disant tranquille. Elle était passée maître dans l'art de cacher ses sentiments. Il n'y avait qu'une seule personne qu'elle n'arrivait pas à berner – peut-être parce qu'elle ne voulait pas lui mentir, ou parce que lui aussi était maître dans cette discipline –, c'était le jeune homme qui était assis en face d'elle tous les jours de la semaine dans cet open-space.

Cette sincérité dont elle faisait preuve envers lui le réjouissait. Il avait réussi à percer sa carapace et à lui inspirer un soupçon de confiance. C'était une bataille de gagnée, mais pas la guerre dans son entièreté. Tant qu'ils n'auraient pas réussi à mettre la main sur les assassins de Marie Granger, et à les faire tomber sous le marteau de la justice, le combat n'arriverait pas à son terme. Cependant, aucune des affaires qu'ils avaient traitées, jusqu'à présent, pour leur patron n'avait eu de lien avec la mafia sarde. Hermione avait bien tenté de poser quelques questions à Harry et Ronald, mais ces derniers n'avaient rien voulu lui révéler, toujours vexés du comportement qu'avait eu leur amie à leur égard. Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir essayé de se faire pardonner. C'était pour cela qu'elle avait passé plus de temps avec eux. Et même s'ils soutenaient que l'histoire était oubliée, la juriste avait bien vu les regards désapprobateurs sur sa personne, quand elle était sortie de son travail, accompagnée du blond, ou quand elle avait répondu à des textos venant de lui.

Quant à Drago, il avait passé le peu de temps libre qu'il avait en compagnie de son meilleur ami et de la mère de ce dernier. Il avait également assisté à la cérémonie funéraire de son père, organisée par sa génitrice. Il avait voulu qu'Hermione l'accompagne, mais elle n'avait pas pu se libérer pour l'occasion. Il s'était donc montré aux funérailles accompagné de Blaise et de Malaïka. Il avait subi les regards condescendants des soi-disant amis de feu Lucius Malefoy, les sourires hypocrites de leurs femmes et de leurs filles, et les poignées de mains avides de leurs fils. Ils auraient tous pu faire part de leurs condoléances à Narcissa. Cependant, l'avocat était l'héritier de la famille. Selon les convenances de cette strate de la société, c'était à lui qu'il fallait s'adresser en premier. Le jeune homme avait tout enduré, faisant preuve d'un calme absolu. Grâce à la présence des deux personnes qui comptaient le plus pour lui à ce jour, il avait gardé la tête froide. Pourtant, dès qu'il avait pu partir, il l'avait fait. Il s'était éclipsé du vin d'honneur en passant par la porte de service de la maison où il avait passé son enfance, seulement empruntée par les domestiques de ses parents habituellement. Après cet événement, il s'était plongé dans le travail, et n'en ressortait que pour aller prendre un verre avec ses collègues, voir un match de sport collectif avec son meilleur ami, dîner avec celle qu'il considérait comme sa mère d'adoption.

Il faisait aussi de son mieux pour veiller sur Hermione. Cette dernière ne laissait plus filtrer beaucoup d'émotions depuis quelque temps. Toutefois, il arrivait toujours à voir la faille qui lui permettait de savoir si elle allait vraiment bien ou si elle était dans un moment où son humeur flirtait avec le sol. Ce matin-là, tandis que Jack entrait dans le bureau, l'air particulièrement jovial, Drago avait remarqué qu'Hermione n'avait pas caché ses marques de fatigue comme elle le faisait tous les jours. Elle avait les yeux bouffis, et semblait avoir pleuré une bonne partie de sa nuit. Ses yeux argent croisèrent les bruns de sa collègue. Ils avaient l'air éteints. Cependant, il ne put pas la prendre à part et la questionner ni lui envoyer de message pour essayer de lui tirer les vers du nez. Leur patron venait de leur déposer à chacun un dossier plus épais qu'un dictionnaire de la langue française. La secrétaire, l'avocat et la juriste écarquillèrent les yeux et dévisagèrent le chef d'équipe. La brune fut la première à reprendre ses esprits.

- Qu'est-ce que c'est que tout ceci ?

- Notre nouvelle affaire, pardi ! Et vous avez toute la matinée pour en prendre connaissance, car notre client arrive à quatorze heures.

- Tu te moques de nous, n'est-ce pas Jack ?

- Mais pas du tout, Drago, pas du tout.

Trois soupirs dépités se firent entendre dans l'open-space. Leur patron ne faisait jamais dans la demi-mesure. Sous son regard amusé, les trois collaborateurs se mirent au travail. On entendit bientôt plus que les stylos glissant sur les feuilles, ces dernières se tournant à un rythme régulier. Comme ils étaient tous concentrés, Jack s'éclipsa du bureau pour vaquer à ses propres occupations. Du coin de l'œil, Marianne le vit faire. C'était un comportement typique du presque quarantenaire. Il leur refilait la lourde tâche de décortiquer les informations sur une affaire, et s'en allait sans un mot d'encouragement. Toutefois, l'intelligence dont il faisait preuve au quotidien permettait de le pardonner facilement. Il avait assuré l'avenir de Drago et de Marianne. Il assurait la pérennité de l'entreprise. Il faisait en sorte de toujours protéger ses salariés, malgré les affaires délicates qu'il acceptait. On pouvait dire beaucoup de choses de Jack Sloper, mais il était un patron attentif.

Hermione parcourait en diagonale les documents fournis par son chef. Elle en ferait une lecture plus attentive par la suite. Elle voulait d'abord trouver les informations essentielles sur ce cas. Dans son carnet, elle nota tout ce qui pourrait servir. Elle ne releva la tête que deux heures plus tard, quand elle vit Drago se lever de sa chaise. Il s'étira, et se dirigea jusqu'au grand tableau blanc qui trônait au fond de la pièce. Prenant un stylo effaçable, il commença à écrire quelques mots sur la surface. La juriste le regarda faire, lui donnant de temps à autre des indications qu'elle pensait importantes. À deux, ils avancèrent plus rapidement. Parfois, Marianne ajoutait son grain de sel. Bientôt, le tableau fut rempli, et ils manquèrent de place. Reposant le feutre dans son logement, l'avocat entreprit de résumer un peu tout ce qui était ressorti de leurs lectures respectives.

- Donc, Tom Jedusor et son avocat, Amycus Carrow, ont de nouveau besoin de nos services. Apparemment, ils étaient plus empêtrés dans les affaires des Serpenti qu'ils le laissaient croire. On a la liste de toutes les transactions qui se sont passées entre la société de Jedusor et l'intermédiaire de la mafia depuis une dizaine d'années. D'où la tonne de papier que Jack nous a donné.

La brune lâcha le récit du blond, au moment où il mentionna la date des premières transactions. À toute vitesse, elle tourna les feuilles qu'elle avait étalées devant elle. Drago s'interrompit en remarquant son manège. Il fronça les sourcils, se demandant ce qu'il avait bien pu dire pour la faire réagir ainsi. La secrétaire et l'avocat dévisagèrent la juriste, attendant qu'elle trouve ce qu'elle cherchait. Puis, tandis qu'elle ralentissait le rythme, ils la virent blanchir petit à petit. Le jeune homme eut un mauvais pressentiment. Il s'approcha de sa collègue, qui ne sembla pas s'en rendre compte. Il posa une main délicate sur son épaule, la faisant sursauter. Observant tout ceci d'un œil inquiet, Marianne composa un rapide message texte à Jack.

- Hermione, que se passe-t-il ?

Drago regarda par-dessus l'épaule de la susnommée. Il parcourra rapidement du regard le papier qu'elle tenait fermement dans ses mains. Ses yeux argent se focalisèrent sur la date. Il calcula de tête que dix ans séparaient cette transaction du jour actuel. Son esprit commença à assembler les pièces du puzzle. Il se rappela tout ce que la jeune femme avait pu lui confier jusque-là. Puis, son regard se porta sur le destinataire du montant, et les quelques détails du contrat.

« En date du xx/xx/xxxx, transférer le montant suivant à chaque fin de mois sur le relevé d'identité bancaire mise en annexe. Destinataire : Hôpitaux psychiatriques de Paris. »

Hermione lâcha brusquement la feuille qu'elle tenait entre ses doigts, comme si cette dernière l'avait brûlée. Elle tourna ensuite la tête vers son collègue, qui avait aussi blanchi après sa lecture. Leurs regards se croisèrent et ne se séparèrent qu'au bout de longues secondes. Marianne avait l'impression d'assister à un échange télépathique entre eux. Ses sourcils se froncèrent. Certes, l'avocat et la juriste s'étaient rapprochés au fil de leur collaboration, mais elle sentait qu'elle était encore loin du compte. Toutefois, le moment ne dura pas plus longtemps. Jack entra en trombe dans l'open-space. Il observa les deux jeunes adultes, leur proximité, et leurs attitudes. Son regard se posa ensuite sur sa secrétaire, qu'il devinait soucieuse.

- Marianne, un problème ?

- Je crois qu'Hermione a trouvé quelque chose.

Cette dernière dut reprendre ses esprits à vitesse grand V. Même si tout le monde avait pu voir son état de détresse, elle se composa un masque impassible. Du regard, elle demanda à Drago de se décaler, ce qu'il fit sans hésiter, et elle se leva de sa chaise. Le blond s'attendait à ce qu'elle chancelle, mais il n'en fut rien. Solide sur ses jambes, la brune reprit le papier qu'elle avait lâché sur son bureau auparavant, et alla le donner à son chef. Ce dernier étudia attentivement le visage de sa subordonnée. Tout dans son comportement lui indiquait qu'elle avait des choses à cacher. Il avait fait son enquête sur elle, quand elle avait candidaté pour le poste. Il connaissait une partie des déboires qu'avait eu sa famille, notamment son père. Cependant, il était certain qu'il restait de grandes zones d'ombres dans les informations qu'il avait en sa possession. Il avait déjà quelques suppositions, mais il les gardait pour lui pour l'instant. D'un geste souple, il prit la feuille que lui tendait Hermione, et en inspecta le contenu, tout en attendant un commentaire de sa part.

- Jack, pouvez-vous me rappeler dans quel domaine évolue l'entreprise de Jedusor ?

- Ils créent et vendent des dispositifs de télésurveillance pour les entreprises et les particuliers. Pourquoi cette question ?

- Alors pourquoi ils demanderaient à verser chaque mois depuis dix ans une somme astronomique pour un hôpital psychiatrique ? Il me semble que cela devrait être à l'institut de payer la possible maintenance des appareils.

- Peut-être que Jedusor à un parent qui nécessite des soins dans une telle structure ?

- Ou alors, c'est la couverture des Serpenti.

Hermione se garda bien d'ajouter que l'hôpital en question était celui qui abritait son père depuis une décennie. Elle avait reconnu l'adresse du lieu. Après l'échange silencieux qu'elle avait eu avec Drago, elle supposait qu'il avait aussi compris cela. Ils allaient donc devoir jouer sur deux tableaux. Ils devaient concilier l'affaire et la quête de la jeune femme. Le tout sans faire descendre leurs performances au travail ni attirer trop l'attention sur leurs activités personnelles. La juriste reprit la parole, coupant court aux réflexions dans lesquelles étaient partis ses collègues.

- Pourquoi l'entreprise de Jedusor a-t-elle besoin de nous ?

- Moi-même, je ne le sais pas. Amycus Carrow n'a pas voulu m'en parler au téléphone ni par courriel. Il a seulement insisté pour qu'une réunion ait lieu ici cet après-midi.

- Excusez-moi de le dire, mais cette histoire est louche. Je ne suis pas certaine que c'est une bonne idée de continuer…

- Je suis d'accord avec Hermione sur ce point. Même si on a déjà travaillé sur des affaires à la limite de la légalité, mais là c'est un tout autre niveau. On parle d'une mafia qui peut avoir plus de pouvoirs que l'on ne le croit.

- Je comprends vos inquiétudes, Marianne. Toutefois, on ne peut pas faire machine arrière…

- Mais…

La secrétaire et le patron continuèrent d'exposer l'un après l'autre des arguments en faveur ou contre cette affaire. Pendant ce temps, Hermione rejoignit Drago de l'autre côté du bureau. Eux aussi devaient parler. Ils se postèrent face à la baie vitrée, et observèrent Paris. Il dégageait une certaine sérénité de cette vue. Sérénité que les deux jeunes adultes étaient très loin de ressentir.

- Tu as vraiment voulu convaincre Jack de lâcher cette affaire ?

- J'ai peur que cela devienne vraiment dangereux. J'ai déjà difficilement accepté que tu te mêles de ce merdier, ce n'est pas pour entraîner notre patron et Marianne dedans. Elle a un mari, des enfants ! Les Serpenti peuvent être redoutables.

- Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi Jedusor finance cet hôpital en particulier.

- C'est celui où mon père est enfermé…

Drago tourna subitement sa tête vers Hermione. Elle pinçait ses lèvres, et ses sourcils étaient froncés. Il avait donc vu juste. Cependant, plus ils avançaient dans cette histoire, plus cette dernière semblait devenir plus inextricable encore. Tout se mélangeait, sans que le blond et la brune arrivent à démêler toutes les informations. Malgré tout, il restait une unique constante à l'intérieur de cet imbroglio : Peter Granger. Même si, à première vue, il n'avait pas de lien direct avec l'affaire qui occupait l'équipe, la juriste ne pouvait s'empêcher de penser à son père. Une intuition lui disait qu'il y avait un rapport entre son histoire personnelle et ce cas. Les esprits s'échauffèrent dans l'open-space. Marianne essayait par tous les moyens de convaincre son patron qu'il fallait laisser à d'autres les magouilles de Jedusor. Jack lui expliquait en quoi cela n'était pas possible. Le ton montait entre eux, ce qui était très rare, et cela alerta les deux jeunes adultes. Ces derniers se tournèrent vers les belligérants. D'un pas déterminé, l'avocat rejoignit la secrétaire et son mentor, et se plaça entre eux.

- Cela suffit. Nous sommes en train de faire des hypothèses, alors que nous ne savons même pas ce que veut notre client. On nous a juste fait parvenir ces documents. Nous les avons lus, Hermione a soulevé un point louche, mais sans informations supplémentaires, on ne peut rien faire. Il ne faut pas prendre des conclusions hâtives. Je vous propose d'attendre la réunion de cet après-midi avant de décider si oui ou non, on garde cette affaire.

- On ne pourra pas se défausser sur ce coup-là, Drago…

- La faute à qui ? Si tu nous demandais notre avis avant d'accepter tête baissée, Jack, on n'en serait pas à nous disputer comme maintenant.

- C'est plus compliqué que cela.

- Alors, expliquez-vous !

La voix d'Hermione surpassa celles des autres. Elle en avait assez de cette image d'homme désinvolte que se donnait son patron. C'était bien beau de leur laisser des tonnes d'affaires, et d'attendre les résultats. Elle était bien au courant du fait qu'il avait amélioré la vie de Drago et de Marianne. Cependant, il n'était pas le seul à prendre des risques. Jack grimaça. En s'accrochant ainsi avec sa secrétaire, il avait mis en péril certains secrets qu'il aurait voulu garder pour lui. Sentant les trois paires d'yeux de ses collaborateurs sur lui, il recula de quelques pas. Il ne savait plus quoi faire. Alors, il inventa un semi-mensonge.

- J'ai des dettes envers Tom Jedusor. C'est pour cela qu'il fait appel à moi, et à mon équipe.

- Quel genre de dettes ?

- De jeux.

- Bordel, Jack… Tu aurais pu m'en faire part. Je t'aurais aidé. Après tout ce que tu as fait pour moi…

- Non, Drago. Je n'allais pas t'embarquer là-dedans. Cela ne concerne que moi.

La bouche du blond se mua en un rictus narquois. Il avait l'impression de revivre le moment où Hermione menaçait de refuser son aide. Décidément, il devait être un piètre ami, si personne ne voulait de son aide. Il soutint le regard de son mentor, sans rien ajouter de plus. Étonnamment, ce fut Jack qui baissa les yeux en premier. L'ambiance était devenue plus que pesante entre les quatre membres de l'équipe. Toutefois, Marianne s'étant calmée, elle put reprendre la parole, sans risquer de lever encore la voix.

- Écoutez, il est onze heures et demie. Nous n'avons pas pris l'air depuis que nous sommes entrés dans cet open-space ce matin. Et si chacun allait prendre une pause, manger un morceau, et on se retrouve un peu avant la réunion de cet après-midi. D'accord ?

Tous se rangèrent de l'avis de la secrétaire. Alors, ils abandonnèrent tous les papiers qui jonchaient les bureaux, le tableau blanc noirci de l'écriture de l'avocat, ainsi que toutes les tensions qui s'étaient dévoilées dans la pièce. Chacun prit ses effets personnels, et ils sortirent un par un. Jack ferma la porte à clé derrière eux. Le groupe se dirigea vers les ascenseurs, sous le regard des autres salariés travaillant au septième étage. Il était rare de les voir sortir tous ensemble, surtout une demi-heure avant l'heure implicite de la pause déjeuner. Toutefois, vu l'énervement qui régnait entre eux, personne ne les arrêta pour discuter avec l'un ou l'autre des membres de l'équipe. Une fois devant les portes de l'ascenseur, Marianne appuya sur le bouton pour appeler la cabine. Ils s'engouffrèrent dans cette dernière dès qu'elle fut arrivée au palier. Ce fut en silence que le court trajet se passa. Ils descendirent tous au sous-sol, sauf Hermione, qui prenait toujours le métro pour aller au travail. Sans un signe de salut, ils se séparèrent.

Plongée dans ses pensées, la jeune femme brune ne se rendit pas compte tout de suite que son téléphone sonnait dans son sac. Elle n'entendit que la dernière sonnerie, tandis qu'elle entrait dans la rame de métro. Elle attendit donc d'être remontée des profondeurs de la capitale française, pour rappeler la personne qui avait cherché à la joindre. Jetant un coup d'œil à l'identité de l'expéditeur de l'appel, elle fronça les sourcils en voyant que le numéro lui était inconnu. Une fois à l'air libre, elle hésita à le composer. Cela pouvait être un démarcheur téléphonique, auquel cas elle perdrait son temps, ou bien cela pouvait être important. Il n'y avait pas de message vocal sur son répondeur, elle avait vérifié. Alors qu'elle penchait pour la première possibilité, son portable sonna. Le même numéro s'afficha sur l'écran. Cela eut raison de son hésitation, et elle décrocha.

- Allo ?

- Hermione Granger ?

- Elle-même. Qui est à l'appareil ?

- Severus Rogue.

Le nom de son interlocuteur semblait familier à la jeune femme. Toutefois, elle ne réussit pas à replacer le moment où elle avait déjà entendu ce prénom et ce patronyme. Incapable de rester inactive quand elle était au téléphone, la juriste commença à marcher vers son domicile. À son oreille, le dénommé Rogue reprit la conversation.

- Vous travaillez bien pour Jack Sloper ?

- Vous devez faire erreur, je ne connais pas de personne portant ce nom.

Hermione avait décidé de mentir. Elle avait un mauvais pressentiment. Elle entendit un soupir colérique, venant de Rogue.

- Ne vous avisez pas de me mentir. Vous savez pourtant de quoi nous sommes capables. Dois-je vous rappeler le malheureux accident de votre mère ?

La brune se sentit pâlir pour la seconde fois de la matinée. Soudainement, elle regrettait de ne pas être accompagnée de ses amis ou de Drago. D'ailleurs, comme si elle avait entendu son appel par la pensée, elle vit le blond sortir de sa voiture, qu'elle n'avait pas remarquée jusque-là.

- Vous faites partie des Serpenti

- Bonne réponse, Mademoiselle Granger. Dix points pour vous !

L'avocat remarqua la démarche mal assurée de sa collègue. Il alla sans attendre à sa rencontre. Il vit qu'elle était en conversation téléphonique. Il fronça les sourcils et se demanda ce qui pouvait bien la bouleverser autant. Ils avancèrent jusqu'à l'entrée de l'immeuble où elle résidait. Elle lui lança ses clés, et ils entrèrent.

- Que me voulez-vous ?

- Je voulais vous avertir de ne pas aller trop loin dans votre défense de Jedusor.

- Nous ne savons pas si nous allons accepter l'affaire. Nous n'en connaissons pas encore la teneur.

- Cela m'étonnerait fortement que votre patron ne consente pas aux demandes de Tom. Il lui doit bien trop…

Hermione serra les mâchoires sous la colère qui l'envahissait petit à petit, remplaçant l'effroi qu'elle avait ressenti auparavant. Une fois à l'intérieur de son logement, ouvert par Drago. Elle mit son téléphone sur haut-parleur pour que son collègue puisse aussi écouter la suite de la discussion. À son attention, elle mima le nom de la mafia avec ses lèvres. Le blond sentit une vague d'angoisse parcourir ses membres. Une voix masculine se fit entendre.

- Gardez bien à l'esprit mon avertissement, Mademoiselle Granger. Si jamais vous allez trop loin, nous n'hésiterons pas. Il serait dommage que votre famille disparaisse si vite … Déjà que votre père est mal en point...

- Comment cela « mal en point » ? Ne vous en prenez pas à lui, je vous l'interdis !

- Vous ne pouvez pas m'interdire grand-chose dans votre situation. Mais j'oubliais, c'est vrai que vous n'êtes jamais allée le voir… Pour votre bien, vous devriez peut-être continuer comme cela.

- Comment ?…

- Comment suis-je au courant ? Nous vous surveillons, Hermione. Nous savons que tous les ans, à la date où il a été arrêté, vous vous rendez devant l'hôpital psychiatrique où il est interné. Mais vous n'y rentrez jamais, n'est-ce pas ?

Un sanglot étreignit la gorge de la jeune femme. L'angoisse lui serra l'estomac. Ses mains, qui tenaient encore le téléphone, se mirent à trembler. Ils savaient tout de ses déplacements, de ce qu'elle pouvait faire tout au long de la journée. Elle commença à regarder l'intérieur de son appartement, cherchant des caméras et des micros. La peur prit son cerveau en otage. Elle n'arrivait plus à réfléchir calmement. La voix entêtante de Rogue tournait sans cesse dans son esprit. Elle ne sentit pas Drago s'approcher d'elle, poser une main calmante dans son dos. L'héritier Malefoy ne savait pas quoi faire pour la faire revenir au présent, lui-même ressentant un certain affolement. N'entendant pas de réponse de la part de la brune, le mafieux reprit la parole.

- Je pense que vous avez compris de quoi il en retournait à présent. Faites bien attention à vous, Mademoiselle Granger. Le serpent rôde toujours.

Sur ces mots menaçants, il raccrocha. Comme si le téléphone allait l'attaquer, Hermione le lâcha, et il tomba au sol dans un bruit mat. Ses yeux bruns étaient exorbités par la peur. Pour s'ancrer dans la réalité, elle agrippa les bras de Drago, les serrant avec une force dont elle n'avait pas conscience. Le blond ne dit rien, se contentant d'être un rocher pour elle. Il resta silencieux, il ne savait pas quoi lui dire pour la rassurer. Un moment passa, puis il entendit sa voix enrouée murmurer.

- Drago ?

- Oui, Hermione, je suis là.

- Je… Je ne sais pas quoi faire. Ils ne s'en sont jamais pris à moi avant. Pas comme ça…

L'avocat sentit ses muscles se contracter. Il éprouvait l'envie de la protéger au fur et à mesure qu'elle se livrait. Il n'osa même pas imaginer ce qu'elle avait pu vivre au décès de sa mère, puis à l'arrestation de son père. Qu'avait-elle vécu pendant les deux ans qui l'avaient séparée de sa majorité ? Il n'espérait qu'une seule chose : que les parents de ses meilleurs amis l'avaient mise en sécurité jusqu'à ce qu'elle ait pu se débrouiller seule. Soudain, il ressentit le changement d'humeur de la jeune femme. Elle s'était reprise, et elle retira ses mains de ses bras. Il eut froid aux endroits où son toucher s'était envolé. Il observa attentivement le visage de la brune. Cette dernière croisa son regard argent. Sa détermination avait surpassé son angoisse, même si sa lueur dansait encore dans ses pupilles.

- Que veux-tu faire ?

- On va aller à cette réunion. Ce Rogue m'a mis une trouille d'enfer, mais je ne vais pas me laisser abattre. Il n'est pas question que lui, ou ses acolytes me fassent le moindre mal. Je veux tirer mon père de leur emprise. Et si cela doit se faire en passant par cette affaire, alors c'est ce qu'il faudra.

Drago eut l'impression d'avoir une lionne devant lui. Malgré la peur qui la tenaillait, elle faisait preuve d'un courage sans bornes. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour elle. Il avait bien conscience qu'elle ne se laisserait pas protéger facilement. Elle avait pris énormément d'indépendance, régissant sa vie d'une main de fer. Toutefois, il avait réussi à grappiller quelques miettes de sa confiance, voire un peu plus. Ce fut pourquoi il se permet de lui demander quelque chose qu'elle n'aimerait probablement pas.

- Tu ne voudrais pas prévenir tes amis qui sont dans la police ? Ils pourraient t'aider.

Les yeux d'Hermione flamboyèrent. Comme il l'avait prévu, elle allait s'emporter, lui dire qu'elle ne voulait pas qu'ils soient impliqués.

- Certainement pas. En plus, Rogue a sûrement appelé d'un téléphone prépayé. Harry et Ron ne pourront pas tracer l'appel. Ce n'est pas la peine de les inquiéter.

- Tu sais, on ne devrait pas être les seuls à savoir. S'il nous arrive quelque chose…

- Tu peux partir, si tu as trop peur, Malefoy. Je ne vais pas t'en empêcher, je te l'ai déjà dit.

- Granger, tu ne penses pas sérieusement à te lancer là-dedans sans renfort ?

- Je m'en suis débrouillée toute seule jusque-là. Ça continuera dans ce sens-là, point à la ligne.

Drago secoua la tête, dépité. Sa collègue était têtue comme une mule. Jetant un coup d'œil à sa montre, il vit qu'il était presque temps de repartir pour le quartier de la Défense. Le temps était passé plus vite qu'il ne l'aurait cru. Renonçant à batailler avec Hermione, il lui fit remarquer qu'il était l'heure de partir. Il lui proposa de l'emmener en voiture, et elle accepta sans rechigner. Elle récupéra son téléphone, qui traînait toujours sur le sol, et ils partirent de l'appartement de la juriste. Ils ne prirent pas le temps de récupérer quelque chose à grignoter. De toute manière, leurs estomacs étaient encore trop noués pour avaler quoi que ce soit. Leur trajet se passa en silence. Le jeune homme se gara dans sa place habituelle, et ils rejoignirent le septième étage grâce aux ascenseurs. L'étage était silencieux, tous les collaborateurs n'étaient pas encore revenus de leur pause déjeuner. Les deux collègues voulurent continuer leur chemin jusqu'à leur open-space, mais ils virent que Marianne et Jack étaient déjà attablés, en compagnie de trois inconnus, dans la salle de réunion. Le blond et la brune s'entre-regardèrent, et ils entrèrent dans la pièce, sous les regards insistants des autres participants.

J'ai peur, Papa. Mais, pour toi, je vaincrais ces démons. Je te le promets.

J'ai peur pour toi, Hermione. Mais, je ne te le dirais pas. Je me contenterais d'être ton roc.


Un peu de suspens, ça vous va ? Dites-moi tout cela juste en-dessous, j'aimerais beaucoup avoir vos avis !

Prenez soin de vous, et à jeudi prochain :)

MrsBrunette