Bonjour, bonjour !

J'espère que vous allez tous bien, malgré la chaleur qu'il fait en ce moment. Etant plutôt une fille de l'hiver, les grandes chaleurs ne sont pas mes moments favoris de l'année, mais bon c'est l'été paraît-il !

Ce chapitre 9 m'a posé des problèmes, je ne vous le cache pas. Il a fini une fois à la poubelle, car il ne me plaisait pas. Au final, j'ai réussi à débloquer tout ça, et heureusement. Sur ces explications, je vous laisse à la lecture :)

P.S. : Merci à Jess-Lili pour sa relecture et ses conseils !


Chapitre 9

Jack se leva pour accueillir les deux jeunes adultes. Drago et Hermione se firent la réflexion qu'il semblait tendu. Ce n'était pas habituel chez lui. Leur patron était, en toutes circonstances, guilleret et sûr de lui. À présent, son sourire n'était qu'une façade, et ses mains tremblaient quelque peu. L'avocat et la juriste, déjà passablement inquiets, sentirent leur angoisse monter encore. Toutefois, ils se gardèrent bien de le montrer aux trois inconnus. D'ailleurs, deux de ces derniers ne l'étaient pas tant que cela. À leur tour, ils se levèrent et avancèrent vers les derniers arrivés. Le chef d'équipe s'écarta pour leur laisser la place. Un premier homme se présenta devant le blond et la brune. Son costume était de haute couture, sûrement fait sur mesure, ses yeux étaient sombres, il n'avait guère de cheveux sur son crâne, et son teint était d'une pâleur presque cadavérique. Un sourire froid sur ses lèvres, il regarda d'abord celui qu'il avait déjà rencontré une fois.

- Monsieur Malefoy, je suis ravi de vous revoir.

- Moi de même, Monsieur Jedusor. Il me semble que vous n'avez pas encore eu l'occasion de rencontrer notre nouvelle recrue. Voici Hermione Granger.

- Enchantée de faire votre connaissance, Monsieur Jedusor.

Hermione tendit sa main vers le chef d'entreprise. Ce dernier la regarda avec une insistance qui l'a mis tout de suite mal à l'aise. Puis, le deuxième inconnu s'avança. Il se présenta comme étant l'avocat de Jedusor, Amycus Carrow. Il exsudait de cet homme un certain danger. Le doute n'était pas permis quant à la possible illégalité de ses actions s'il devait impérativement gagner une action en justice. Cela se lisait dans ses yeux de fouine qu'il était prêt à tout. Enfin, le troisième homme vint à leur rencontre. Celui-ci, les deux jeunes adultes ne l'avaient jamais vu avant. Que ce soit lors de leur dernière affaire qui concernait Jedusor, ou dans la presse, son visage ne leur était pas familier. Cette personne avait un rictus mauvais collé aux lèvres. Drago eut l'impression qu'il les connaissait, alors que lui non. Ce pressentiment s'avéra exact, quand l'autre ouvrit finalement la bouche pour se présenter.

- Severus Rogue, directeur des affaires financières. Ravis de vous rencontrer en chair et en os, Monsieur Malefoy, et Mademoiselle Granger. J'ai beaucoup entendu parler de vous.

Hermione se sentit blanchir. Cette voix, elle la reconnaissait. C'était celle qu'elle avait entendue à travers son téléphone peu de temps auparavant. D'un geste machinal, elle prit la main de l'homme qui l'avait menacée, et la serra. Incapable de lui adresser le moindre mot, elle laissa cette tâche à Drago, qui assura à Rogue que le plaisir était, tout du moins en façade, partagé. La tension était à son comble dans la salle de réunion. Jusque-là, Marianne n'avait pas ouvert la bouche. Elle était toujours assise sur son siège, dos à ses collègues. Jack reprit la parole.

- Bien, maintenant que les présentations sont faites, je vous propose de vous installer et d'entrer dans le vif du sujet.

Tous acquiescèrent, et chacun rejoignit sa place. D'un côté de la table de verre, il y avait Jack, Marianne, Hermione et Drago. De l'autre étaient assis Rogue, Jedusor et Carrow. La juriste jeta un regard vers la secrétaire, qui semblait plus pâle qu'habituellement. Elle serra si fort son stylo que les jointures de ses doigts étaient devenues blanches. La brune aurait voulu faire un geste pour tente de rassurer sa voisine, mais cela se serait vu, et aurait donné une image de faiblesse. Le danger était palpable. Faisant taire l'alarme qui sonnait dans sa tête, Drago regarda attentivement les trois personnes en face de lui. Il remarqua immédiatement la pochette noire, estampillée du logo de l'entreprise de télésurveillance de Jedusor. Il se demanda quelles sortes de documents pouvaient se trouver à l'intérieur. Sa curiosité fut rapidement assouvie, car l'avocat aux yeux de fouine l'ouvrit.

- Avant que nous commencions à parler de l'affaire qui nous préoccupe, je voudrais vous faire signer un accord de confidentialité. Nous ne voulons aucune fuite dans la presse ni chez nos concurrents.

La demande de l'avocat fit tiquer Hermione. Pourquoi leur faire signer un contrat de confidentialité, alors qu'ils avaient reçu le matin même des documents, qui pouvaient compromettre toute l'entreprise de Jedusor ? S'ils avaient voulu, ils auraient pu parler des montants versés pour les institutions psychiatriques dès leur pause déjeuner.

- Vous auriez dû nous le faire signer avant de nous envoyer vos relevés de comptes de la dernière décennie. À présent, votre document ne va plus valoir grand-chose.

- Ce dont nous voulons vous parler ne se trouve pas dans les relevés. Certes, cela a un lien avec les comptes de l'entreprise, mais rien de ce que vous avez pu déduire de votre lecture ne sera possible à prouver.

- Parce que les virements mensuels vers les hôpitaux psychiatriques de Paris sont simplement des dépenses exceptionnelles ? C'est ainsi que vous les cachez aux commissaires aux comptes et à vos actionnaires quand vous leur montrez votre bilan ?

- Ce sont des dons, Mademoiselle Granger. Nous avons aussi une philosophie philanthropique, et pas seulement celle de rendre les maisons et les entreprises plus sûres avec notre système de surveillance.

- Des dons ? Vous vous fichez de nous… Ces montants sont astronomiques. C'est par ce biais que vous payez les Serpenti, n'est-ce pas ?

Amycus Carrow ne répondit pas à l'accusation. Il se contenta de pousser vers chacun des membres de l'équipe de Jack un formulaire. Toutefois, son silence était une preuve qu'Hermione avait touché la corde sensible. Elle prit d'ailleurs conscience que si elle signait, elle ne pourrait plus mener sa quête à bien. Elle ne pourrait pas exposer au grand jour les malversations qui avaient mené son père à être accusé d'un meurtre qu'il n'avait pas commis. Mais, si, au contraire, elle ne signait pas, elle perdrait une importante source d'informations. Elle serait complètement écartée de l'affaire, et elle était certaine que si Drago signait, il ne prendrait pas le risque de lui raconter ce qu'il pouvait apprendre. Elle avait appris à le connaître, mais elle n'avait pas totalement confiance en lui. De plus, elle ne lui en voudrait jamais s'il préférait assurer sa propre sécurité, et celle de ses proches, que de poursuivre avec elle cette histoire.

Voulant montrer l'exemple, Jack récupéra le stylo qu'il avait tout le temps dans sa poche intérieure de veste, et apposa sa signature sur le papier, sans même prendre le temps de le lire. Il regarda ensuite ses collaborateurs, les invitant du regard à faire de même. Marianne s'exécuta quelques secondes après. Elle ne voulait prendre aucun risque concernant son mari et ses fils. Une angoisse sourde se logea dans son cœur, et malgré l'habitude d'avoir fait face à des affaires plus louches les unes que les autres depuis son changement de poste, elle eut l'impression que sa signature signait son arrêt de mort. En son for intérieur, elle se mit à prier l'entité qui pouvait exister au-dessus d'eux. Autant mettre toutes les chances de leur côté pour éviter que cette affaire se finisse mal. Il ne restait donc plus qu'Hermione et Drago, qui n'avaient encore pas pris de stylo pour dessiner les traits qui constituaient leur signature. La juriste était prise dans son dilemme, et ne savait pas quoi faire. Quant à l'avocat, il hésitait également. Il repensait à l'accord qu'il avait établi avec la brune. Il avait promis de l'aider. Il ne pouvait pas revenir sur cette promesse. Il arriverait bien à trouver un moyen de détourner cet accord de confidentialité, pour que la vérité soit révélée au grand jour.

Alors, à son tour, il posa les yeux sur la feuille qui attendait patiemment devant lui. Il commença à lire les différentes clauses du contrat. S'il signait, il devait s'engager à ne rien révéler de l'affaire à sa famille, à ses amis, à la presse, aux autres collaborateurs de l'entreprise où il travaillait, aux concurrents de la firme de Jedusor. Il était interdit d'échanger, entre les quatre personnes concernées par l'accord, des messages textes, des courriels, et les appels sur le sujet devaient être réduits au strict minimum. S'il lui venait l'idée d'assigner en justice Jedusor, Rogue ou encore Carrow, pour quelque motif que ce soit ayant un lien avec l'affaire qu'ils avaient en commun, il n'aurait aucun moyen de se défendre et serait accusé de parjure, ainsi que de rupture abusive de l'accord. Et cela continuait pendant de nombreuses lignes. En clair, une fois ce papier signé, Drago et les autres auraient les pieds et les poings liés. Ils devraient aller au bout de l'histoire, sans aucune possibilité de retourner en arrière. Cependant, c'était déjà presque trop tard. Le blond était déjà enfoncé jusqu'au cou dans cette affaire. Il récupéra donc un stylo dans un de ses poches, et traça les lettres qui formaient son nom de famille.

Puis, il fit glisser l'accord jusqu'à l'avocat de Jedusor. Tous les regards se tournèrent vers Hermione, qui n'avait pas encore pris sa décision. Son regard brun accrocha celui argenté de son collègue. Elle chercha dans ses yeux la réponse dont elle avait besoin. Et comme elle avait pu le faire le matin même, il bougea la tête d'un mouvement affirmatif. Ainsi, il lui faisait part de sa volonté. Il resterait auprès d'elle pendant toute cette galère. Il l'aiderait à avancer, à démêler le vrai du faux, et à en ressortir indemne et plus forte qu'auparavant. Finalement, la jeune femme prit sa décision. Tant pis si cet accord la prenait en porte-à-faux. Elle ferait en sorte de révéler la vérité au monde entier, et elle pourrait accomplir sa promesse. Elle emprunta son stylo à Drago, et apposa le patronyme des Granger sur la feuille blanche. Elle croisa ensuite les iris hostiles de Rogue. Ce dernier la dévisageait, lui rappelant ainsi la menace qu'il avait proférée par téléphone. La guerre était donc déclarée dans les deux camps. Deux camps qui étaient, à des yeux extérieurs, associés et non ennemis.

Avec un sourire satisfait, Amycus Carrow récupéra les quatre formulaires, et les rangea dans la pochette qu'il avait apportée. Il fit ensuite signe à Rogue de prendre la parole. Ce dernier s'exécuta, après s'être éclairci la gorge.

- Comme Mademoiselle Granger l'a souligné, notre entreprise verse tous les mois une somme considérable aux hôpitaux psychiatriques de Paris, et ce depuis dix ans. Effectivement, cette institution sert de couverture aux activités de la mafia sarde dans la capitale. Toutefois, il est temps pour nous de nous séparer de leurs services. Chose qu'ils n'ont pas prise avec le sourire, vous vous en doutez. Nous avons fait appel à vous pour l'affaire des salariés mal payés, et cela correspondait à leur première action vengeresse contre nous. À présent, nous sommes dos au mur.

Plus Rogue avançait dans son récit, plus Drago se posait des questions. Le directeur des affaires financières n'avait pas à cœur les intérêts de l'entreprise de Jedusor, l'avocat en mettrait sa main au feu. Derrière ces paroles, il y avait un but caché. Il fallait savoir entendre entre les phrases. S'il faisait partie des Serpenti et qu'il avait infiltré cette organisation, cela devait servir à un objectif précis. Si ce dernier était accompli, il était évident que les mafieux voulaient se débarrasser de leurs liens avec la compagnie de télésurveillance. Manipuler Jedusor, au point de lui faire croire que c'était sa propre idée que de quitter le navire, était un coup de maître. La menace faite par Rogue à Hermione prenait tout son sens. Si elle creusait un peu trop profondément dans cette histoire, la supercherie serait dévoilée, ce qui mettrait à mal les plans de la mafia, quels qu'ils soient. Il allait donc falloir que la juriste et lui jouent également sur les deux tableaux. Ne pas trop en dire à Jack ni à Marianne pour éviter leurs soupçons, mais faire tout de même leur travail en réussissant à faire rompre les multiples contrats passés ces dix dernières années. En plus de cela, le blond gardait à l'esprit la quête de sa collègue. Une migraine commençait à frapper son cerveau.

- Nous avons donc besoin de vous pour faire face à toutes les menaces que les Serpenti pourraient mettre à exécution. Chaque procès où nous allons devoir nous rendre, vous allez nous aider à les gagner. Chaque victoire sera un pas de plus vers l'indépendance. Cependant, je tiens à vous prévenir que cela pourrait durer pendant des années si nous ne faisons pas les bons choix.

- Je suppose que vous avez un premier litige dont nous devons nous occuper ?

- En effet, Jack. Cela a un rapport avec les hôpitaux psychiatriques de Paris. Selon les récentes nouvelles, certains proches de patients internés ont remarqué que le nombre de caméras dans l'établissement a augmenté. Ces dispositifs de surveillance auraient été mis en fonction par des techniciens de notre entreprise. On nous accuse de violer la vie privée des patients et de leurs proches.

La tête d'Hermione menaçait d'exploser. Tout avait un rapport avec le lieu où était retenu son père. À la fois, cela la réjouissait, car elle allait pouvoir trouver les preuves qui lui manquaient toutes ces années, mais cela la rendait aussi nerveuse. Elle ne voulait pas mettre Peter en danger. Elle se souvenait parfaitement que Rogue lui avait dit que son géniteur était plutôt mal en point. Elle ne savait pas comment elle allait devoir agir. Elle reporta son regard sur celui qui monopolisait la parole jusque-là, et osa poser une question.

- Que devrons-nous faire précisément pour faire tomber cette accusation ? Vous devez avoir un plan, non ?

- Tout à fait. Vous allez devoir vous rendre là-bas, et trouver des preuves qui vont nous disculper. Ils ne vous faciliteront pas la tâche, sachez-le. Mais nous comptons sur vous pour mener cette première affaire à bien.

Les yeux de Rogue transmirent à Hermione d'autres impressions. Il semblait les prévenir du danger, mais sans trop en dire. Ce n'était à plus rien y comprendre. La jeune femme avait le sentiment qu'il jouait sur plusieurs tableaux. Cependant, elle dut arrêter ses réflexions, car le trio en face d'elle se levait pour prendre congé. L'équipe de Jack se redressa également, et tous échangèrent une poignée de main ferme. Le quatuor raccompagna les trois hommes à l'ascenseur, puis il regagna son open-space. Après avoir fermé la porte vitrée, tous poussèrent un soupir de fatigue. Cela déclencha chez Hermione une crise de fou rire. Elle fut rapidement rejointe par Marianne, puis par son patron, et enfin par Drago. Leur stress redescendait enfin. Ils se fichaient qu'on les prenne pour des fous. Ils avaient simplement besoin de relâcher la pression. Petit à petit, leurs rires s'atténuèrent, et ils durent essuyer les larmes qui avaient coulé sur leurs joues. Chacun s'assit à son bureau et ils retrouvèrent leur sérieux. Il était temps de créer leur plan d'attaque.

- Alors, que fait-on ?

- Hermione, vous êtes sûre de vouloir vous lancer là-dedans ? Vous pouvez toujours vous écarter de l'affaire…

- Non, Jack. Je veux travailler dessus. Nous sommes dans le monde professionnel, le personnel n'a rien à voir avec tout ceci. Je saurai faire la part des choses.

- J'aimerais bien que l'on m'explique de quoi il retourne.

Les regards se tournèrent vers Marianne. Elle ne s'était pas encore assise à son bureau, et se tenait debout, les mains sur les hanches. Cela ne manqua pas de faire sourire Hermione, qui eut l'impression de se retrouver face à la mère de son amie Ginny. Molly Weasley était une femme de caractère, qui avait élevé sept enfants d'une main de maître. Ainsi, voir la secrétaire dans cette position qui lui était familière lui remontait le moral. La juriste sentit que la blonde ne lâcherait pas l'affaire, et décida donc de lui raconter certaines parties de son histoire.

- Marianne, asseyez-vous. Je dois vous expliquer quelques petites choses.

- Hermione, vous me faites peur.

- Mon père est interné dans un hôpital psychiatrique, précisément celui dont Jedusor et sa clique nous ont parlé. Cela fait dix ans qu'il est là-bas, et je pense qu'il y a un lien entre les Serpenti, l'internement de mon père, et les affaires de l'entreprise de Jedusor. Toutefois, vous avez tous ma parole que je ne chercherais pas à immiscer mes affaires personnelles avec celles qui vont nous préoccuper dans les semaines et mois à venir.

À l'abri des regards, Hermione croisa les doigts. Elle ne tiendrait pas cette promesse, mais Jack et Marianne n'avaient pas à le savoir. Elle savait qu'elle mentait effrontément à son patron et à sa collègue. Cependant, il était hors de question de les mêler à cela. La juriste échangea ensuite un regard avec l'avocat. Il était devenu son complice. Cet échange n'échappa pas aux autres personnes dans la pièce. Même si elle accusait le coup de la nouvelle, la secrétaire n'en perdait pas le Nord. Elle posa ensuite l'interrogation qui la taraudait depuis un bon moment.

- Qu'y a-t-il entre vous deux ?

- De quoi parlez-vous ?

- Ne faites pas l'innocent, Drago. Depuis la soirée au bar, quelque chose à changer entre Hermione et vous. Il y a toujours cet esprit de compétition, vos prises de bec, mais il y a quelque chose en plus, je me trompe ?

- Nous avons appris à nous connaître, c'est tout. C'est normal qu'entre collègues, on finisse par en savoir un peu plus sur les uns et les autres au fil des semaines.

- Je vais être franche avec vous. Cela fait un moment que j'ai un mauvais pressentiment, et les circonstances font que cela empire d'heure en heure.

- Tout ira bien, Marianne. Ne vous faites pas de soucis pour nous. D'ailleurs, nous devrions partir pour l'hôpital avant que les heures de visite ne soient passées, n'est-ce pas Drago ?

- Oui… oui, autant nous y mettre tout de suite. On en reparlera demain matin.

Ni Jack ni Marianne ne purent dire le moindre mot ou faire le moindre geste. Les deux jeunes adultes prirent leurs affaires, et sortirent du bureau en deux temps trois mouvements. Les deux personnes restantes échangèrent un regard inquiet qui en disait long sur leurs pensées. L'angoisse ne les quitterait pas avant que leur contrat avec Jedusor ne soit terminé. Malheureusement, il n'y avait pas de limite de temps à celui-ci. Alors, il faudrait avancer le plus rapidement possible pour retrouver une vie normale, sans peur ni stress. Toutefois, c'était toujours plus facile à penser qu'à faire.

Une fois à l'intérieur de la voiture de Drago, le blond et la brune tentèrent de recouvrer leur souffle. Tous les événements récents les avaient épuisés, aussi bien mentalement que physiquement. Ils allaient devoir en parler, c'était certain, mais pour l'instant ils se contentèrent de garder le silence. Ils avaient besoin de mettre de l'ordre dans leurs pensées. Ces dernières tournaient à plein régime dans le cerveau d'Hermione. Elle avait annoncé à Marianne et Jack qu'ils allaient se rendre à l'hôpital. Cependant, était-elle réellement prête à passer ce portail ? Elle n'avait pas pu s'y résoudre pendant ces dix dernières années, alors pourquoi en serait-elle capable à présent ? Même pour le bien de l'affaire, elle n'était pas certaine de franchir ce cap. Tant d'interrogations s'imposaient à elle. Toutefois, aucune d'entre elles n'avait de réponse pour l'instant, et elles n'en auraient pas tant que la visite dans cette institution ne sera pas faite.

- Tu pourrais me donner l'adresse ?

La juriste sursauta en entendant la voix familière de son collègue. Prise dans ses réflexions, elle avait totalement occulté sa présence, ainsi que l'endroit où elle se trouvait. Elle se tourna vers lui, cherchant son regard. C'était une chose qu'elle faisait de plus en plus souvent, ne s'en rendant pas toujours compte. C'était comme si elle cherchait à se rassurer à travers lui, à travers sa présence à ses côtés. Ayant réalisé cela, Hermione comprit qu'elle avait fini par s'attacher un tant soit peu à Drago. D'ailleurs, elle apprécia le contact de sa main sur les siennes, tandis qu'elle pensait à tout cela. Il l'ancrait dans le moment présent. D'une voix à peine audible, elle lui récita le numéro et le nom de la rue où ils devaient se rendre. Il l'inscrivit dans son GPS, et ils prirent enfin la route. Ils mirent près d'une heure à traverser Paris, en raison des embouteillages nombreux en fin d'après-midi. Il fallut ensuite trouver une place de stationnement, ce qui ne fut pas une chose aisée. Finalement, le blond et la brune arrivèrent justes à l'heure pour les dernières visites de la journée. Cependant, face au grand portail en fer forgé, Hermione eut un moment d'hésitation. L'avocat se tourna vers elle.

- Tu es prête ?

- Je ne le serais jamais, mais je te remercie d'être là avec moi, pour cette première fois.

Un pâle sourire éclaira le visage de la jeune femme. Puis, Drago fit jouer la poignée et la grille s'ouvrit sans le moindre bruit. Ils avancèrent sur l'allée en gravier, observant les jardins entretenus qui entouraient la bâtisse. Ils croisèrent quelques personnes qui se dirigeaient vers la sortie. Le blond nota dans un coin de son esprit qu'il faudrait interroger les familles des patients pour vérifier les accusations dont faisait l'objet l'entreprise de Jedusor. Il leur fallait d'autres versions des faits pour être certains de leur défense. Enfin, ils entrèrent dans l'institution. Une odeur âcre, comme dans les hôpitaux médicaux, régnait dans le hall d'entrée. Ils se dirigèrent vers l'accueil, où se trouvait un homme d'âge mûr, ainsi qu'un vieux chat. Tous deux semblaient très acariâtre et teigneux. Ils se présentèrent au comptoir. L'avocat mémorisa le nom de l'homme, qui était inscrit sur un badge accroché à sa blouse.

- Bonjour Monsieur Rusard. Nous sommes venus de la part de Monsieur Jedusor, dans le cadre de l'enquête qui concerne son entreprise.

- Pourquoi êtes-vous ici ? Personne ne m'a prévenu de votre venue. Je vous prierai donc de revenir avec un rendez-vous.

- Je suis Drago Malefoy, et voici ma collègue Hermione Granger. Nous voudrions voir un des médecins responsables de cet établissement.

- Et je vous ai dit de revenir avec un rendez-vous. Nos médecins sont des hommes très occupés. Ils ne peuvent pas vous recevoir comme cela, au pied levé. Les jeunes de nos jours…

- Vous êtes certain que personne ne peut nous parler, ne serait-ce que cinq minutes ?

- C'est l'heure des dernières thérapies de groupe, personne n'a de temps à vous consacrer. Maintenant, sortez d'ici.

La patience d'Hermione était mise à rude épreuve par ce Rusard. Pour l'instant, c'était Drago qui se chargeait de lui parler, mais la juriste commençait à avoir envie de secouer les puces au concierge. Elle sortit de l'ombre de l'avocat, et s'appuya contre le comptoir, sous le regard désapprobateur du maître des lieux. Elle décida d'abattre la seule carte qu'elle avait en main pour le moment, à défaut d'avoir un rendez-vous.

- Je crois savoir que les heures de visite ne sont pas encore terminées. J'aimerais donc voir Peter Granger, s'il vous plaît.

- Ce patient ne peut pas recevoir de visite.

- Et pourquoi cela ?

- Cela relève du secret médical, je ne peux donc pas vous en donner la raison.

- Je suis sa fille, je suis en droit de savoir.

- Mademoiselle Granger, vous n'êtes pas inscrite sur son registre de visite. Il me faudrait une preuve que vous êtes bien celle que vous prétendez être pour ne serait-ce que demander une autorisation de visite exceptionnelle, ou pour vous dire quoi que ce soit sur son dossier. Malgré cela, ce n'est pas dit qu'elle vous soit accordée.

Comme elle s'en était doutée, on allait lui mettre des bâtons dans les roues chaque fois qu'elle avançait un argument. Les procédures administratives pouvaient être longues dans ces cas de figure, elle en était certaine. De plus, si les Serpenti ne voulaient pas la voir ici, ils feraient des pieds et des mains pour faire ralentir encore plus le système. Laissant filtrer un soupir d'exaspération, Hermione regardait partout autour d'elle pour essayer de trouver un moyen qui arrangerait leur situation. Cependant, sa recherche fut vaine. Sentant monter la colère de sa collègue, Drago reprit le fil de la discussion avec le concierge.

- Est-il donc possible de prendre rendez-vous avec un de vos médecins, disons pour demain ou après-demain ?

- Leurs emplois du temps sont complets jusqu'à dans quinze jours.

- Vous n'avez même pas vérifié.

- Je n'ai pas besoin de vérifier, Monsieur Malefoy. Je connais mon travail. Vous avez assez abusé de mon temps. Sortez d'ici, ou je fais venir la sécurité.

- C'est une blague…

Rusard décrocha le combiné du téléphone qui trônait près de lui, en signe de menace. Drago leva les mains en signe de paix, et lança un salut froid au concierge. Il agrippa ensuite le bras d'Hermione pour la forcer à quitter les lieux à sa suite. La jeune femme n'eut aucun mot de politesse pour l'homme en blouse derrière le comptoir. Sa colère ne la quitta pas. Elle martelait les graviers de l'allée de ses talons, échappant à la poigne de son collègue.

- Hermione, attends-moi enfin !

- Cette affaire est perdue d'avance. Nous n'arriverons jamais à atteindre nos objectifs.

- Depuis quand es-tu aussi défaitiste ? Nous avons pris un revers ce soir, mais c'était parce que nous avons foncé tête baissée vers cet hôpital.

- Tu ne vois pas que ce sera toujours comme ça ? Soit ce seront les employés de cette institution qui nous empêcheront d'avancer, soit ce seront les Serpenti. Qui sait si toutes les infirmières et tous les médecins ne sont pas de mèche avec eux ?

- Cela reste encore à prouver. Écoute, avec un peu de chance, ce ne sera pas toujours ce Rusard qui sera à l'accueil. On téléphonera demain pour voir si on peut avoir quelqu'un d'autre. Il nous a sûrement menti concernant les emplois du temps.

Hermione dut reconnaître que son collègue avait raison. Elle s'était emportée, et elle n'avait pas réfléchi.

- Comment réussis-tu à être aussi calme ?

- Ce n'est pas parce que je suis habitué à la victoire que je ne sais pas gérer une défaite. Allez, viens, retournons à la voiture. Je vais te ramener chez toi.

- Merci…

Les deux jeunes adultes marchèrent jusqu'au véhicule, s'y installèrent, puis Drago conduisit jusqu'à l'immeuble d'Hermione. Cette dernière resta silencieuse pendant tout le trajet, et n'ouvrit la bouche que pour souhaiter une bonne soirée au conducteur. Ensuite, elle referma doucement la portière de la voiture, et elle entra dans la bâtisse qui abritait son logement, sans un regard en arrière. Le blond, à présent seul, laissa évacuer sa frustration en un bruyant soupir. Lui aussi avait ressenti la même colère et la même déception que la juriste. Cependant, il ne s'était pas permis de lui montrer. Cela lui tenait à cœur de devenir un roc sur lequel elle pourrait s'appuyer quand elle menaçait de péter les plombs.

Nous y arriverons, Hermione. Si le destin, ou Merlin, ou Dieu, ou n'importe qui d'autre, nous a mis sur cette voie, c'est qu'il y a quelque chose à poursuivre.

Je ne sais pas si tout ceci nous mènera quelque part. Papa, j'étais à quelques mètres de toi ce soir. Et toi, où étais-tu ?


Ce sera tout pour aujourd'hui ... Les choses s'entremêlent, et ce ne sera pas une partie de plaisir pour Hermione, et ses collègues, vous vous en doutez sûrement. N'hésitez pas à me raconter ça juste en-dessous.

Prenez soin de vous, et à jeudi prochain !

MrsBrunette