Bonjour, bonjour !
J'espère que vous allez tous bien :) Vous trouverez le chapitre 10 juste en-dessous. Merci à Jess-Lili pour ses corrections et ses conseils avisés. Bonne lecture à vous !
Chapitre 10
Le lendemain matin, ce fut d'une humeur déterminée qu'Hermione entra dans l'open-space. Comme toujours, Marianne était arrivée la première, et les deux femmes de l'équipe se saluèrent chaleureusement. Elles commencèrent à discuter de choses et d'autres, quand Drago et Jack firent leur apparition. Ils semblaient en grande conversation, ce qui alerta la secrétaire et la juriste. Elles se turent, laissant les deux hommes les saluer et leur expliquer leur sujet de discussion. Le chef d'équipe invita ses collaborateurs à s'installer à leurs postes de travail, et alla se placer près du tableau blanc. Tous se concentrèrent sur ce qui allait être dit dans ce point matinal.
- J'espère que vous avez bien dormi, malgré tous les événements d'hier. Puisque nous ne pouvons pas échanger de messages sur l'affaire, Drago ou Hermione, est-ce que l'un de vous deux pourrait nous résumer votre visite dans l'hôpital psychiatrique ?
- Il n'y a pas grand-chose à raconter malheureusement. Le concierge, un certain Rusard, nous a mis à la porte en menaçant d'appeler la sécurité. Selon lui, il nous faut un rendez-vous avec un des médecins pour accéder à la moindre information. Il nous a dit que les médecins n'avaient pas de trous dans leur emploi du temps avant une quinzaine de jours.
- J'ai également demandé à voir mon père. Interroger un patient ne serait pas du luxe, même si le témoignage ne sera pas recevable s'il y a procès, puisque selon les registres, il est mentalement instable. D'ailleurs, en parlant de ces derniers, étant donné que je n'y suis pas inscrite, cela risque de prendre un certain temps avant que je puisse avoir une autorisation exceptionnelle de visite.
- Nous avons prévu d'appeler l'institution ce matin, pour voir si Rusard est toujours en poste, ou s'il y a quelqu'un d'autre à l'accueil. On réussira peut-être à avoir un rendez-vous plus tôt que prévu.
- Très bien, continuez sur cette voie. Quant à Marianne et moi, nous allons aller au siège de l'entreprise de Jedusor. Nous devons voir le directeur des opérations, ainsi que des ouvriers qui ont travaillé dans l'hôpital. On espère avoir quelques informations qui ne seraient pas remontées aux oreilles des grands patrons. Je propose qu'on refasse un point dans l'après-midi pour voir si nous avons des avancées.
Les trois collaborateurs donnèrent leur assentiment, et chacun se mit au travail. Marianne et Jack s'éclipsèrent, tandis que Drago et Hermione se penchaient sur le téléphone fixe de leur bureau. La juriste s'apprêta à composer le numéro de l'hôpital psychiatrique, quand l'avocat mit une main sur son bras pour la stopper. Elle tourna la tête vers lui, les sourcils haussés pour montrer son étonnement et ses interrogations. Il ne lui adressa pas tout de suite la parole, semblant chercher ses mots. Cependant, il eut l'air de se raviser, et ses doigts relâchèrent leur prise. La jeune femme se contenta de hausser les épaules, sans poser plus de questions. Sa détermination à passer ce coup de téléphone menaçait de s'envoler, et son estomac lui jouait des tours. Elle composa le numéro, qu'elle connaissait par cœur, et mit le haut-parleur. Les sonneries s'égrenèrent, tandis qu'elle cherchait son souffle. Le blond croisa les doigts pour qu'ils ne retombent pas sur Rusard. Alors qu'ils pensèrent que quelqu'un allait décrocher, une musique d'attente s'éleva dans l'open-space.
Hermione soupira, et retourna s'asseoir à son bureau. Elle fit signe à son collègue de faire de même. Il était le plus près du téléphone, et il pourrait commencer la conversation dès qu'une personne daignerait prendre leur appel. Pour patienter, la juriste tria les papiers qui traînaient sur sa table. La veille, elle avait tout laissé en plan, et son esprit perfectionniste n'aimait pas voir autant de désordre. Elle entendit un léger ricanement, provenant de son voisin d'en face. D'un geste totalement puéril, elle lui tira la langue et se concentra sur sa tâche. Quant à Drago, il fit quelques recherches sur l'hôpital où était interné le père de la jeune femme. S'ils arrivaient à avoir un rendez-vous avec un des médecins responsables, ils se devaient d'avoir toutes les informations possibles pour ne pas se laisser déstabiliser. D'après le site internet de l'institution, cette dernière aurait été créée dans les années 1950, et avait toujours joui d'une bonne réputation. L'avocat ne trouva aucune mauvaise presse à son sujet. Aucun scandale de maltraitance de patients, ou d'utilisation de techniques controversées pour soigner le psychisme de ces derniers. C'était comme si cet asile était blanc comme neige, un paradis pour les personnes envoyées là-bas. Le jeune homme aurait aimé avoir un témoignage d'une famille, ou même d'un résident. Cette image lui semblait bien trop nette pour qu'elle soit véritable.
Soudain, les deux jeunes gens furent sortis de leurs pensées par un bruit inhabituel venant du téléphone. Ils se levèrent avec précipitation, tandis qu'une voix féminine haut perchée se faisait entendre. L'espoir renaissait chez les deux collègues. La juriste arriva la première vers l'appareil, prit une inspiration et se prépara à parler. Drago griffonna rapidement un nom et un prénom sur un papier qu'il fit glisser vers Hermione. Au fil de ses recherches, il avait trouvé l'identité de la personne responsable de l'institution. Cela serait un bon point de départ. La jeune femme prit connaissance de la note, puis se concentra.
- Hôpitaux psychiatriques de Paris, que puis-je faire pour vous ?
- Bonjour Madame. Nous souhaiterions prendre rendez-vous avec la docteure Dolores Ombrage, si cela est possible ?
- À quel sujet ?
- Mon mari et moi-même aimerions avoir des renseignements concernant vos offres d'internement. Voyez-vous, nous avons une tante qui aurait besoin de vos services…
- Très bien. Quelles sont vos disponibilités ?
- Demain matin, cela irait ?
- Je vous place à neuf heures. Pourriez-vous me donner votre nom ?
- Hermione Malefoy.
- Tout est bon pour moi. En vous souhaitant une bonne journée.
- Merci beaucoup, au revoir Madame.
Hermione raccrocha, et fit face au regard outré de Drago. Elle avait dû inventer une excuse à la va-vite, et cela avait été la seule chose qui lui était venue à l'esprit. Elle le contempla d'un air penaud, légèrement mal à l'aise. Puis, elle vit son collègue se détendre, et éclater d'un rire franc. La jeune femme piqua un fard, mais fut tout de même ravie qu'il ne s'emporte pas. Quand il fut remis de ses émotions, il ouvrit la bouche pour parler, un sourire narquois au coin des lèvres. Elle aurait aimé voir un peu plus longtemps ce Malefoy aussi détendu et insouciant. Toutefois, elle s'attendait le pire en termes de répartie.
- Seigneur, tu as vraiment un don pour inventer des excuses quand tu es sous pression.
- Merci… Il va falloir qu'on joue les maris et femmes, j'espère que ça ne te dérange pas ?
- Je vais m'en remettre. C'est pour le bien de l'affaire de toute façon. En plus, j'ai une tante du côté de ma mère qui pourrait complètement correspondre à notre situation.
À cette affirmation, Hermione lança une œillade interrogatrice à laquelle il ne répondit pas. Décidément, il y avait encore à creuser dans l'histoire de son collègue. Elle se ferait une joie de lui poser toutes les questions possibles avant leur rendez-vous avec la docteure Ombrage. Il venait de lui donner une occasion en or pour qu'elle en apprenne plus sur sa personne. Il en savait déjà beaucoup sur elle, et c'était le moment pour lui de lui rendre l'ascenseur. Drago vit des éclairs de malice passer dans les iris chocolat de la juriste. Sur le moment, il fut heureux de revoir cette étincelle chez elle. Puis, il se demanda ce qu'elle prévoyait. Ce fut à son tour d'esquisser un regard interrogatif, et de ne pas recevoir de réponse. Leur complicité augmentait de jour en jour, et leur futur rôle d'époux, même s'il était totalement fictif, était loin de les déranger. De plus, cela apporterait plus de poids à leur venue. Le patronyme d'Hermione ne serait pas dévoilé, ce qui éviterait que la directrice ne se referme, si jamais elle était affiliée aux Serpenti. Avec ce plan, ils devraient réussir à récolter des informations. Les deux jeunes gens avaient presque hâte d'y être. Cependant, la brune eut une pensée pour son père. Le croiserait-elle pendant sa visite à l'institution ? Ne voulant pas se faire des films, elle reprit ses tâches, tandis que son collègue faisait de même. Tous deux espéraient que leur patron et sa secrétaire arriveraient à quelque chose en se rendant chez Jedusor Télésurveillance.
Jack et Marianne se rendirent, grâce à la voiture de cette dernière, au siège de l'entreprise de Jedusor. Heureusement pour eux, la firme n'avait pratiquement pas d'agences en province, ce qui éviterait les longs trajets. Située en banlieue parisienne, il leur fallut près d'une heure et demie pour y arriver. Leur parking dédié aux employés et aux visiteurs était pratiquement plein. La secrétaire eut un mal fou à trouver une place de libre. Malgré tout, elle réussit à trouver le Saint-Graal, et les deux collaborateurs purent se rendre à l'accueil pour s'annoncer. Le bâtiment, qui abritait les bureaux de la société de surveillance, était assez ancien, mais il ne semblait pas austère. Toutes les personnes qu'ils croisèrent les saluèrent d'un mot ou d'un signe de la main. Tous donnaient l'impression d'être heureux dans leur emploi, et sur leur lieu de travail. Derrière le comptoir qui trônait dans le hall d'entrée, une jeune femme s'attelait à ranger une pile de papiers. Elle leva la tête vers les nouveaux arrivants, dès qu'ils eurent passé la porte. Elle leur sourit, et attendit qu'ils arrivent à sa hauteur. Jack lui rendit son sourire, et prit la parole.
- Bonjour Mademoiselle. Nous avons rendez-vous avec Monsieur Corban Yaxley.
- Vous devez être Jack Sloper et Marianne Jubard, si je ne me trompe pas.
- C'est exact.
- Je vous laisse vous installer sur les chaises derrière vous. Je vais prévenir Monsieur Yaxley de votre arrivée.
- Merci bien.
Le tremblement des mains de la jeune femme n'échappa pas au regard acéré du chef d'entreprise. Il attira le regard de Marianne sur cela, ce qui la fit froncer les sourcils. Sans s'attarder plus longtemps, pour éviter les soupçons de la personne, ils allèrent s'asseoir sur les sièges qu'elle leur avait indiqués. Comme il n'y avait personne d'autre qu'eux, ils évitèrent d'échanger le moindre mot, de peur que l'acoustique de la pièce ne joue pas en leur faveur. Ils durent attendre une bonne dizaine de minutes avant que l'homme qu'ils devaient rencontrer n'arrive dans le hall. Corban Yaxley était grand, engoncé dans un costume de bonne facture légèrement trop petit pour lui. Son sourire était mauvais, et le regard qu'il posa sur la secrétaire de Jack fit frissonner cette dernière de dégoût. Arrivé à leur hauteur, il tendit une main fine, et serra fermement les mains de ses interlocuteurs.
- Bienvenue chez Jedusor Télésurveillance, Monsieur Sloper, Madame Jubard. J'ai beaucoup entendu parler de vous. Si vous voulez bien me suivre dans mon bureau, nous y serons plus au calme.
Les deux susnommés n'ajoutèrent rien, se contentant de hocher la tête pour donner leur assentiment. Tandis qu'ils repassaient devant la jeune femme de l'accueil, celle-ci fit bien attention à ne pas croiser leur regard, semblant disparaître dans son siège. Une alerte sonna dans la tête de Jack. Il y avait quelque chose qui n'était pas très clair dans cette entreprise. Il se demandait pourquoi toutes les personnes croisées précédemment affichaient un sourire et une joie de vivre, alors que cette personne n'était visiblement pas heureuse, voire angoissée par la présence de certains cadres. Le trio traversa un dédale de couloirs froids, où toutes les portes des bureaux étaient fermées. C'était totalement une autre ambiance que dans leur immeuble de la Défense où tout était ouvert et chaleureux. Marianne se sentit oppressée, comme quand elle entrait dans un hôpital. Les lumières blanches des néons agressaient ses yeux, et elle avait plutôt envie de s'enfuir, que de rester dans ces locaux. Détaillant son environnement, elle remarqua que de nombreuses caméras avaient été installées à chaque tournant, ou aux entrées et sorties. Instantanément, elle eut l'impression d'être observée sous toutes les coutures. Leur guide s'arrêta enfin devant une porte, qu'il déverrouilla. Il les invita à entrer, et referma le battant derrière les deux collègues. Ces derniers se demandèrent s'ils ressortiraient un jour de ce bureau. À la demande de Yaxley, ils s'installèrent dans les deux sièges face au plateau, composé de bois de bonne facture. Tout était très impersonnel. Il n'y avait ni plantes vertes, ni décorations, ni photographies de la famille du directeur des opérations. D'ailleurs, celui-ci reprit la parole, une fois assis sur sa chaise.
- J'ai cru comprendre que c'était Tom qui avait engagé votre équipe ?
- C'est exact. Certains de ses contrats nécessitent notre expertise et nos conseils.
- Je vois. Je suppose que vous avez des questions à me poser. Je vous répondrai autant que possible, compte tenu de mon devoir de confidentialité.
- Merci beaucoup. Tout d'abord, nous aimerions savoir si vous avez dirigé des chantiers dans les hôpitaux psychiatriques de Paris.
- Je ne m'y suis pas rendu personnellement, mais certains de mes collaborateurs ont supervisé les projets d'aménagement de la surveillance des bâtiments, en effet. Je peux vous donner quelques noms.
Étonnamment, Corban Yaxley fut plutôt coopératif. Marianne prit en note les patronymes et les prénoms des chefs de chantiers, ainsi que quelques autres détails qui lui semblèrent importants. Les questions de Jack s'enchaînaient à un rythme régulier. Leur interlocuteur ne sembla pas leur mentir sur les informations qu'il communiquait. Très vite, ils durent terminer leur rendez-vous, car les deux collègues avaient d'autres personnes à rencontrer. Pour finir l'entretien, Jack essaya d'orienter la discussion sur les activités communes de Jedusor Télésurveillance et des Serpenti, mais le directeur des opérations n'eut pas l'air de comprendre les allusions. Le chef du cabinet de conseil en déduisit qu'il n'était pas de mèches avec les actions de Tom, d'Amycus Carrow, ou de Serverus Rogue. Après une heure de discussion, il fut temps pour Marianne et Jack de prendre congé. Yaxley les ramena dans le hall d'entrée, où ils purent constater le même manège venant de l'hôtesse d'accueil. Elle se ratatina dans son siège, et elle ne les salua pas, faisant semblant de ne pas les remarquer. La mère de famille passa la porte la première, et se retourna pour observer la scène qui se déroulait au comptoir, tandis que son patron tenait le battant ouvert. Elle ne pouvait pas entendre ce qu'il se disait à une si grande distance, mais il était flagrant que le directeur des opérations tentait quelque chose avec la jeune employée. Le visage de cette dernière avait perdu toute couleur. La colère gronda dans le corps de Marianne.
- Si cet homme est coupable de quelque chose, ce sera de harcèlement. Il n'est pas de mèche avec la mafia sarde, mais ses actions consistent en des délits.
- Vous avez raison, Marianne. Malheureusement, nous ne sommes pas venus pour faire tomber des persécuteurs.
- N'y a-t-il pas un moyen d'aider cette petite ?
- Ce n'est pas de notre ressort, j'en suis désolé.
Marianne jeta un dernier coup d'œil à la jeune femme derrière le comptoir. Yaxley s'en était retourné dans son bureau, et elle semblait au bord de l'apoplexie. La blonde vit une larme briller sur la joue de celle qu'elle regardait. Ce n'était pas son combat, mais elle aurait tout donné pour l'aider. Toutefois, elle n'était pas certaine que son cas s'arrangerait si elle osait parler de ce qu'elle subissait. Ayant eu un léger aperçu des hommes hauts placés dans la hiérarchie, il était fort à parier qu'à la direction des ressources humaines, il y aurait aussi une personne de sexe masculin. S'il était de la même trempe que les autres, il serait fort probable qu'il ne ferait rien pour améliorer sa situation. Peut-être la pousserait-il à démissionner pour ne pas avoir à gérer ce problème ? Envisager tous ces scénarios n'aida pas Marianne à se calmer. Ce ne fut que quand son patron la mena vers des ouvriers qui profitaient de leur pause, quelques mètres plus loin, qu'elle reprit ses esprits. En tenue de travail et cigarette à la bouche, le groupe de salariés les regarda avancer vers eux. Jack leur sourit et entama la conversation.
- Bonjour à vous. Avez-vous quelques minutes à nous consacrer ?
- Vous êtes qui ?
- Je suis Jack Sloper, et voici Marianne Jubard. Nous avons été engagés par le grand patron pour réviser certains contrats. Ne vous inquiétez pas, il n'y aura pas de licenciement. Nous contrôlons simplement des accords sur des chantiers.
- Et vous cherchez quoi au juste ?
- Des détails qui pourraient nous aider à rompre des liens avec quelques entreprises. Des défauts de paiements, des qualités de produits qui laissent à désirer, des salariés dont on ne peut pas avoir la confiance, ce genre de choses.
- Vous trouverez pas grand-chose. On est obligé de faire très attention, vu le matériel qu'on installe. Les gens qui vont sur les chantiers sont triés sur le volet.
- Est-ce que vous êtes allés dans un hôpital psychiatrique récemment ?
Les ouvriers du groupe s'entre-regardèrent, comme s'ils se demandaient quoi répondre. Le silence se poursuivit encore sur quelques secondes. Jack et Marianne comprirent qu'ils avaient touché une corde sensible. Malgré ce que l'un d'eux avait pu dire sur les conditions d'accès aux chantiers, il restait des parts d'ombres. Il suffisait de les mettre en confiance.
- Écoutez, nous ne sommes pas là pour aller raconter toutes les informations que l'on récolte aux patrons. Au final, c'est nous qui choisissons les données qui aideront le plus pour les affaires. Le reste, on l'oubliera aussi sec. On sera payé pareil de toute façon.
Les paroles de Jack eurent l'air de faire mouche parmi les ouvriers. Ils échangèrent encore des regards, mais cette fois-ci, ils semblaient être plus déterminés. Marianne ne pouvait pas sortir son carnet pour prendre des notes, cela nuirait à la confiance qui était en train de se tisser. Il faudrait donc retenir le maximum de choses, le temps de revenir à la voiture. Le salarié qui avait pris la parole précédemment ouvrit la bouche et se mit à parler.
- On y était tous dans cet hôpital. On forme une équipe, vous savez. Franchement, j'étais pas trop partant. Les lieux avec des fous, ça me donne la chair de poule. La directrice était bizarre, mais elle ne détonnait pas dans le paysage. Elle avait demandé qu'on révise toutes les caméras déjà en place, et qu'on en ajoute encore. On lui a dit que ça allait faire beaucoup, mais elle a insisté. Puis bon, on peut pas aller contre la volonté du client, alors c'est ce qu'on a fait.
- Ouais, mais les patients et leurs familles nous regardaient d'un sale œil. Faut les comprendre, ils sont déjà surveillés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Même dans les toilettes, on les observe ! Vous vous imaginez, vous ?
- Tais-toi donc, on s'en fiche de ça. Mais il y avait pas que des familles qui venaient voir les patients. Il y avait des hommes étranges. Certains avaient des tatouages de serpents de tatoués sur l'avant-bras. On avait l'impression qu'ils nous surveillaient. Mais pas tous ! Certains venaient nous parler quand on prenait des pauses. Ils nous posaient des questions sur notre patron, Monsieur Jedusor. Ils semblaient tous le connaître.
- Vous connaissez les noms des hommes qui sont venus vous parler ?
- Non. On a pas pensé à demander… et je suis pas sûr qu'ils nous l'auraient dit.
- Qu'est-ce qui vous fait penser ça ?
- Je pense qu'ils font partie d'un gang ou quelque chose du même genre. Une fois, j'ai cru voir un couteau accroché à la ceinture d'un gars.
Jack ne posa pas d'autres questions, et la conversation s'essouffla d'elle-même. Toutes les informations concordaient à la perfection. Les Serpenti étaient bien à l'œuvre entre les murs de l'hôpital psychiatrique. Cependant, le chef d'entreprise se demanda quelle stratégie mettre en œuvre pour faire rompre les liens entre Jedusor Télésurveillance et la mafia. Peut-être que Drago et Hermione arriveront à trouver le bon angle d'attaque. S'ils réussissaient à entrer dans les profondeurs de l'institution, à parler à des résidents ou à leurs familles, ils pourraient dire devant le tribunal que la direction de l'hôpital fait de l'excès de zèle en installant autant de dispositifs de surveillance, que cela nuise à la liberté individuelle des patients, même si ces derniers étaient des dangers pour eux-mêmes ou autrui. Ainsi, des dommages et intérêts pourraient être demandés aux installateurs de caméras, et la rupture de tous les contrats de maintenance, entre l'hôpital et eux. Ce plan était plutôt simple, mais ce serait sans compter l'influence des Sardes, qui allaient leur mettre des bâtons dans les roues à coups sûrs.
Marianne remercia le groupe d'ouvriers de leur coopération, tout en leur assurant leur discrétion par rapport à tout ce qu'ils avaient pu leur confier. Jack et elle sauraient faire bon usage des informations qu'ils avaient obtenues. Sur le chemin les menant au parking, ils gardèrent le silence. Tous deux réfléchissaient à un plan d'action. La secrétaire laissa ses clés de voiture à son patron, pour pouvoir mettre par écrit toutes ses pensées, tandis qu'il conduirait pour les ramener au quartier de la Défense. Elle lui faisait assez confiance pour cela, et puis cela lui permettrait à lui aussi de réfléchir à tout ce qu'ils avaient entendu. Ils mirent autant de temps qu'à l'aller pour revenir sur leur lieu de travail. Ils s'arrêtèrent dans le hall pour acheter quelque chose à manger, car l'après-midi commençait déjà, et leurs ventres se rappelaient bruyamment à eux. Au septième étage, dans leur open-space, ils trouvèrent Hermione et Drago, plongés avec concentration dans des piles de papiers, qui concernaient sûrement l'affaire. Les deux jeunes gens levèrent tout de même la tête en entendant la porte s'ouvrir. Ils mourraient d'envie de poser des questions aux nouveaux arrivants, mais ils se retinrent. Alors, ils retournèrent à leur épluchage de documents, laissant le temps aux deux autres de s'installer à leur bureau respectif.
Au bout d'une heure de silence, Hermione ne tint plus. Sa concentration s'était envolée. Elle dévisagea Marianne, en se demandant comment aborder le sujet. Toutefois, la secrétaire surprit son regard et comprit ses intentions, avant même qu'elle n'ait eu le temps de formuler sa première question.
- Les Serpenti sont bien à l'œuvre dans l'hôpital où est interné votre père. Des ouvriers ont vu des hommes se baladant avec des tatouages de serpent sur les bras. Les patients et les familles ont vu d'un mauvais œil l'augmentation de la surveillance. J'espère que vous pourrez les interroger là-dessus. Je pense que c'est le bon filon à creuser.
- Je suis d'accord avec Marianne. Certes, Jedusor Télésurveillance aura des dommages et intérêts à verser, mais ce ne sera pas cher payé.
- Nous avons rendez-vous avec la directrice, Madame Dolores Ombrage, demain matin.
- Monsieur et Madame Malefoy veulent faire interner leur tante qui devient mentalement détraquée.
La nonchalance dans la voix de Drago fit rire les trois autres personnes installées dans l'open-space. Puis, Jack et Marianne se rendirent compte de ce qu'il venait de leur annoncer. Leurs rires s'accentuèrent au fur et à mesure que des images des faux époux leur venaient à l'esprit. Ils regrettaient déjà de ne pas pouvoir assister à la rencontre. Ce fut dans cette ambiance bonne enfant que la journée se termina pour les quatre collègues. Ils quittèrent en même temps leur lieu de travail. L'avocat et la juriste s'accordèrent sur le fait qu'ils devaient se retrouver directement à l'hôpital le lendemain matin, au lieu de passer par le bureau d'abord. Tous se souhaitèrent une bonne soirée, et ils partirent chacun de leur côté pour rejoindre leurs domiciles.
Le jour suivant, le réveil fut compliqué pour les deux jeunes gens. Hermione se sentait très nerveuse, et elle avait changé plusieurs fois de tenue, de coiffure, et même de maquillage. Elle n'était jamais contente du résultat. Elle prenait à cœur, peut-être trop, cette mission. Elle se mettait une grande pression. Elle n'avait pas résisté longtemps à se faire des films, une fois rentrée chez elle. Elle n'avait cessé d'imaginer sa réaction si jamais elle croisait son père dans les couloirs de l'hôpital. Elle avait très peu dormi à cause de cela, se créant tous les scénarios possibles. Elle avait aussi peur de faire un impair. La veille, Drago lui avait raconté des histoires sur sa tante Bellatrix, celle qu'ils devraient interner selon l'excuse qu'elle avait inventée au téléphone. La sœur de Narcissa Black, devenue Malefoy par mariage, avait toujours été une détraquée. Quand elle eut sa majorité, elle avait fait ajouter le « trix » à la fin de son prénom, car elle venait de regarder un film sur d'irréductibles Gaulois et que ce dernier lui avait beaucoup plu. Photographies à l'appui, le jeune homme blond avait montré à sa collègue les diverses étapes de la quête vestimentaire de sa parente. Ses cheveux noirs partaient souvent dans les sens, et ressemblaient à un nid d'oiseau. Il lui arrivait aussi de se prendre pour une sorcière, et de s'inventer une vie où un Seigneur des Ténèbres voulait prendre le contrôle de la Grande-Bretagne. Toutes ces anecdotes avaient fait rire jaune la juriste. Rien qu'en y repensant, elle en avait encore des frissons le long de sa colonne vertébrale. Quand elle avait demandé à Drago ce qu'était advenue de cette tante, il lui avait répondu qu'il n'en avait aucune idée. Si cette femme était toujours dans la nature… Hermione n'osa même pas compléter sa pensée.
Son téléphone la rappela à l'ordre, quand il se mit à sonner. La jeune femme avait programmé une alarme pour être certaine de partir à l'heure de son appartement, et ainsi éviter le moindre retard. Elle donna une dernière caresse à Pattenrond, et elle prit son courage à deux mains pour sortir de son logement. Sur sa route, elle ne croisa que peu de personnes. Le métro était loin d'être plein, et finalement elle arriva avec quelques minutes d'avance devant la bâtisse qui abritait son père. Elle attendit devant le portail en fer forgé que son collègue ne daigne se montrer. Toutes les cinq secondes, elle regardait l'écran de son portable, comme si elle attendait un message de Drago comme quoi il ne viendrait pas au rendez-vous. Ses mains tremblaient, et elle n'arrivait pas à se calmer. L'avocat eut du mal à reconnaître sa collègue, tandis qu'il s'avançait vers l'hôpital psychiatrique. Il la détailla avec inquiétude. Son visage était tellement pâle, qu'il se demandait si elle n'allait pas s'évanouir. Il pouvait distinguer le tremblement de ses mains et de ses jambes. Dans sa robe noire surmontée d'une veste légère, il avait l'impression qu'au moindre coup de vent, elle s'envolerait. Il accéléra le pas pour la rejoindre. Pour ne pas l'affoler plus qu'elle ne l'était déjà, il toucha doucement son épaule et tenta un trait d'humour.
- Madame Malefoy est-elle prête à convaincre la directrice Ombrage ?
Les yeux bruns de la jeune femme se tournèrent vers lui. Il y lut tant de sentiments contradictoires qu'il sentit son propre cœur se serrer. Il fallait absolument qu'elle se reprenne, s'ils voulaient passer pour un couple sûr de lui.
- Hermione, calme-toi s'il te plaît. Tout va bien se passer. On va juste tirer des informations de cette femme. Il n'y aura aucun souci.
- Drago, je…
Elle ne termina jamais sa phrase. Elle prit la main de son collègue, qui passa de l'inquiétude à l'étonnement. Il attendit le prochain geste de la juriste. Cette dernière hésita. Quand elle avait entendu sa voix familière, elle avait tout fait pour s'y accrocher et reprendre pied dans la réalité. Toutefois, elle eut besoin de plus qu'une main dans la sienne. Alors, elle enlaça la taille du jeune homme, posant sa tête sur son torse. Elle écouta les battements réguliers de son cœur, ce qui la calma presque instantanément. Drago ne la serra pas tout de suite en retour, trop abasourdi. Puis, il se reprit et participa à l'étreinte. Il posa son menton sur le crâne d'Hermione, et laissa ses pensées dériver.
Comment cela se fait-il que je ne puisse plus me passer de toi ? En l'espace de quelque temps, tu t'es imposé dans ma vie. Je ne veux pas que tu en sortes.
Chaque jour, tu trouves le moyen de me déstabiliser. Je crois que j'aime ça, en fin de compte. Je ne veux pas te lâcher. Je ne veux pas que tu sortes de ma vie.
Voilà, voilà ! Les choses vont s'accélérer à tous les points de vue dans le prochain chapitre. N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de celui-ci juste en-dessous :)
Prenez soin de vous, et à jeudi prochain !
MrsBrunette
