Bonjour, bonjour !

J'espère que la chaleur ne vous a pas trop fait de mal. En ce jeudi, je tenais à remercier toutes celles et tous ceux qui ont mis un follow ou un favorite sur mon histoire, cela me fait chaud au cœur :) Je remercie aussi les personnes Guest ou identifiées qui m'ont laissé des reviews, je suis toujours heureuse de lire vos retours ! Et enfin, un merci pour Jess-Lili, mon amie et correctrice, qui fait à chaque fois un très bon travail.

Sur cette avalanche de remerciements, je vous laisse avec le chapitre 13 de Que Justice soit faite.


Chapitre 13

Quand Hermione ouvrit les yeux, elle ne reconnut d'abord pas l'endroit où elle se trouvait. Les draps qu'elle touchait du bout des doigts étaient doux, mais ne semblaient pas être les siens. Les pupilles fixant le plafond blanc, elle voulut garder l'apaisement qu'elle ressentait. Cependant, des souvenirs remontaient à la surface de son cerveau. Elle se rappelait une voix masculine qui lui apprenait une nouvelle dont elle ne voulait pas saisir la portée. La jeune femme essaya de refouler tout ce qu'elle ressentait, mais les larmes coulèrent d'elles-mêmes sur ses joues. Passant de la position allongée à une position recroquevillée, la juriste sentit son souffle lui manquer. Des sanglots nouaient sa gorge, et elle parvenait à peine à respirer. Elle referma ses yeux bruns, voulant vainement retenir l'eau qui s'en déversait. Soudain, une main se posa sur son dos. Elle allait et venait doucement, voulant la réconforter. Elle reconnut ce toucher, et toutes ses vannes intérieures lâchèrent. Bruyamment et sans aucune gêne, la brune déversa son chagrin sur les oreillers.

Drago avait accouru en entendant les premiers pleurs. Il aurait presque préféré qu'elle ne se réveille pas. L'écouter lui serrait le cœur plus qu'il l'aurait voulu. Il aurait aimé lui épargner tout cela. Quand elle s'était évanouie après l'appel de Severus Rogue, il l'avait portée jusqu'à sa voiture, l'avait ramenée chez lui et l'avait installée dans la chambre d'amis où elle avait déjà dormi auparavant. Lui-même avait eu du mal à réaliser que l'homme qu'il avait vu le matin même était mort. Peter Granger lui avait paru détraqué, mais en aucun cas en mauvaise santé. Imaginer que son cœur avait lâché à cause d'une dose de sédatif lui paraissait impossible. Tout le reste de la nuit, il avait passé en revue tous les scénarios possibles. Il avait réfléchi à toutes les réactions que pourrait avoir Hermione. Il avait très peu dormi, veillant sa compagne avec assiduité. Elle avait repris connaissance une fois, avant de retomber dans un sommeil profond. L'avocat se souvenait de ses yeux chocolat perdus dans le vague, qui l'avaient regardé sans le voir. A présent, il attendait que la crise passe, se sentant de plus en plus impuissant, au fil des minutes qui s'écoulaient. Il avait été tenté de prévenir les meilleurs amis de la brune, mais il y avait renoncé, se disant qu'elle ferait elle-même ce choix. Perdu dans ses pensées, il ne faillit pas entendre la voix éraillée, mais presque enfantine, qui s'élevait près de lui.

- Je veux le voir. Il a dit que je pouvais le voir.

- On ira, si c'est vraiment ce que tu veux.

- Quelle heure est-il ?

- Huit heures du matin. C'est encore un peu tôt pour se rendre là-bas. Tu as le temps d'aller prendre une douche. Tu peux prendre des vêtements dans mon tiroir.

L'avocat n'aimait pas trop parler au dos de la juriste, mais il ne la força pas à se tourner. Ils gardèrent le silence pendant quelques instants, puis Hermione changea de position pour faire face à son compagnon. Ce dernier regarda son visage ravagé par les larmes, ses yeux bouffis, et le rictus triste qu'avait sa bouche. Il avait envie de balayer les événements récents pour les remplacer par des moments heureux. Une main se posa sur son bras. Il croisa le regard brun de la jeune femme, et cette dernière esquissa un pâle sourire.

- Merci.

Dans ce simple mot, elle essaya de faire passer tous les sentiments qu'elle ressentait pour le blond. Elle n'était pas capable de prononcer plus, son cœur était en morceaux. Toutefois, elle sentait qu'il pouvait être la colle qui pouvait le ressouder. A son tour, Drago sourit. Il avait l'air de lire dans ses pensées. Tandis qu'elle se redressait sur le lit, il se leva et alla apporter des serviettes propres dans la salle d'eau à quelques portes de là. Hermione posa avec précaution ses pieds sur le sol. Elle bougea doucement, n'étant pas certaine que ses jambes la portent. Une fois assurée qu'elle ne s'écraserait pas sur le parquet, elle se dirigea vers la commode où elle savait que des vêtements se trouvaient. Elle en sortit une chemise blanche, puis hésita pour le reste de sa tenue. Elle portait toujours sa robe noire de la veille, et elle ne savait pas trop quoi mettre. Sa tâche accomplie, le propriétaire des lieux revint sur le seuil de la pièce, et s'appuya contre le chambranle de la porte, en attendant que la jeune femme prenne une décision. Voyant qu'elle n'y arrivait pas, il ouvrit la bouche pour faire une suggestion.

- On peut faire un détour par ton appartement, si tu préfères.

- J'aimerais bien oui. Et puis Pattenrond ne doit plus rien avoir à manger, le connaissant.

Parler de choses du quotidien détourna quelque peu l'attention d'Hermione. Toutefois, la brune ne reposa pas la chemise dans le tiroir. Elle la garda dans ses mains, tandis qu'elle allait se rafraîchir dans la salle de bain. Quant à Drago, il se dirigea vers le salon, où il regroupa la veste et le sac à main de sa compagne. Une fois prête, elle alla le retrouver dans la pièce à vivre. Elle prit ses effets personnels, et ils sortirent du logement. Dans un sursaut de lucidité, la juriste se rappela qu'ils devaient prévenir Jack et Marianne de leur absence. Grâce au kit mains libres intégré dans la voiture du blond, ils composèrent le numéro du bureau. Les sonneries s'égrenèrent, et enfin la voix de la secrétaire se fit entendre.

- Marianne Jubard, bonjour.

- Drago et Hermione, à l'appareil.

- Que se passe-t-il ? Vous allez bien ?

- Ne t'inquiète pas trop pour nous, mais nous n'irons pas au bureau aujourd'hui.

- Bien évidemment que je m'inquiète ! Surtout quand vous me dîtes des choses pareilles.

- Nous ne pouvons pas en parler au téléphone. On te tiendra informée de la suite. Dis à Jack que nous nous excusons.

- Bon… très bien. Faites attention à vous.

Drago raccrocha, et Hermione put respirer à nouveau. Elle ne se sentait pas encore prête à annoncer la nouvelle à ses collègues. Elle eut une pensée pour ses meilleurs amis. Quelques larmes s'écoulèrent à nouveau sur ses joues. Il allait falloir les prévenir eux aussi. Toutefois, elle devait être certaine de ce que lui avait dit Rogue. Elle devait voir le corps de son père étendu devant elle pour vraiment y croire. Dans son esprit résistait un filament d'espoir. Personne ne pouvait lui enlever Peter alors qu'elle venait à peine de le revoir. Immédiatement, elle se sentit coupable de ne pas avoir eu le courage de lui rendre visite ces dix dernières années. Perdue dans ses pensées, elle ne vit pas le temps de trajet passé. Ce ne fut que quand l'avocat arrêta sa voiture devant son immeuble qu'elle reprit ses esprits. Ensemble, ils montèrent les marches qui les séparaient de son appartement. A peine la porte eût-elle été déverrouillée qu'une boule de poils orange vint se loger entre leurs jambes. Rassérénée par la présence de son animal de compagnie, la jeune femme le prit dans ses bras, et se dirigea machinalement vers le placard où étaient entreposées ses croquettes. Une fois la gamelle remplie et Pattenrond posé sur le sol, il fallut que le blond lui rappelle le but de leur venue pour qu'elle se remette en mouvement. Elle avait l'impression d'évoluer dans une bulle.

Avec une démarche peu naturelle, elle se rendit jusqu'à sa chambre, où elle mit en charge son téléphone. Dans la voiture, elle s'était rendu compte qu'une fois encore, elle avait laissé sa batterie se vider dans son entièreté. C'était une mauvaise manie qu'elle se promit d'abandonner rapidement. Elle récupéra ensuite un pantalon noir, et le passa ainsi que la chemise blanche de son compagnon. Peu de temps après, elle rejoignit Drago, qui jouait avec Pattenrond. Le chat s'était pris d'amitié pour l'avocat, et la scène réussit à faire naître un sourire sur le visage d'Hermione. Ne voulant pas briser l'instant, elle veilla à ne pas faire le moindre bruit. Elle constata à quel point son collègue avait pris de la place dans sa vie. Toutefois, elle n'eut pas l'impression qu'il en prenait de trop. Il était parfaitement à sa place. Elle se surprit à penser qu'elle voulait voir plus souvent ce genre de moments. Malgré toutes les épreuves qu'elle traversait, elle se sentait prête à avancer avec lui. Soudain, comme s'il avait senti ses yeux posés sur lui, il releva la tête, et elle dut faire face à son regard argent.

- Que regardes-tu comme ça ?

- Toi, en train de jouer avec mon chat.

- Il m'a griffé d'ailleurs.

- C'est que tu l'avais sûrement mérité.

Drago leva les yeux au ciel. Il se redressa de toute sa hauteur, et vint rejoindre la jeune femme à son poste d'observation. Les deux jeunes gens se firent face, et se regardèrent. L'avocat avait envie d'embrasser la juriste, mais il ne savait pas si elle se sentait prête pour un rapprochement. Il attendait un signe de sa part. Malgré la tristesse qui se dégageait d'elle, il la trouvait belle. Habillée de sa chemise, qui était trop grande pour elle, mais qu'elle avait nouée au niveau de la taille, il eut l'impression qu'il ne méritait pas son attention. Tandis qu'il était plongé dans ses réflexions, il ne se rendit pas compte qu'Hermione s'était avancée. Ce ne fut que lorsqu'elle posa une main sur sa joue, qu'il s'aperçut de la proximité qu'ils partageaient.

- Tu es sûre ?

- J'ai besoin de toi, Malefoy.

Même si la phrase avait été prononcée sur un ton doux, le susnommé sentit un besoin impérieux émanant de la brune. Il rompit le peu de distance restante, et posa ses lèvres sur celles d'Hermione. Cette dernière noua ses bras autour de son cou en approfondissant le baiser. Dans ses bras, elle arrivait à oublier ses pensées malsaines. Elle se perdit dans cette étreinte. Elle en avait besoin. Le blond passa rapidement ses propres mains sous la chemise qu'elle portait, goûtant des doigts sa peau pâle. Leurs souffles s'accélérèrent. Soudain, Drago plaqua la juriste contre le mur, donnant un autre rythme à leurs caresses et baisers. Les barrières tombaient petit à petit, et leurs caractères dominants refirent leur apparition. Ils passèrent de la douceur au combat. Chacun essayait de prendre le dessus sur l'autre, sans qu'aucun y arrive vraiment plus de quelques secondes. Brusquement, une sonnerie stridente les rappela dans le moment présent. Ils se détachèrent l'un de l'autre, essoufflés de leur bataille sensuelle. L'avocat passa une main tremblante dans ses cheveux, les décoiffant plus qu'ils ne l'étaient déjà. Il jeta un regard furieux vers son téléphone qui semblait le narguer depuis la table basse. Le son se réitéra, et il fut obligé de répondre. Il regarda rapidement le nom de la personne qui cherchait à le joindre.

- Que veux-tu, Jack ? Marianne ne t'a pas dit que je ne venais pas au bureau ?

- Elle m'a surtout dit qu'Hermione et toi ne veniez pas. Que se passe-t-il ?

- On vous racontera plus tard. Ce n'est pas le moment.

- C'est parfaitement le moment. Dis-moi ce qu'il y a.

- Peter Granger est mort.

Drago n'avait pas pris de gants pour annoncer la nouvelle, trop en colère et frustré d'avoir été interrompu par son mentor. Il jeta un regard vers sa compagne, qui avait perdu toutes les couleurs que leur étreinte lui avait apportées.

- Merde !

L'exclamation du chef d'entreprise ne passa pas inaperçue aux oreilles du jeune homme. Cependant, il n'eut pas le temps de rajouter quoi que ce soit, Jack ayant déjà raccroché. Il mit le téléphone dans sa poche et revint vers Hermione. Cette dernière tremblait légèrement, et ce n'était pas de désir. La peur était revenue de plus belle.

- On devrait y aller.

Drago donna son assentiment en hochant la tête, et ils prirent leurs effets personnels, avant de descendre jusqu'à la voiture. L'adresse de l'hôpital fut entrée dans le GPS, plus au cas où ils auraient un doute sur la route que pour vraiment se faire diriger. Tandis que le couple se rendait à l'institution, Jack tournait en rond dans l'open-space sous le regard inquisiteur de Marianne. Dès que celle-ci lui avait appris que les deux jeunes gens ne viendraient pas travailler, il avait eu un mauvais pressentiment. Ils ne s'absenteraient pas tous les deux sans une raison plus que valable. Sur le coup, il n'avait pas voulu appeler son protégé, mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Il fallait qu'il sache. Trop de choses touchaient à toutes les facettes de sa vie pour rester dans l'ignorance. Quand la voix dure du blond s'était fait entendre à l'autre bout de la ligne, le chef de la mafia avait compris qu'il devrait insister pour avoir la vérité. Cette dernière avait été dite crûment, sans le moindre détour. Et elle était loin de lui plaire. Le décès de Peter Granger changeait complètement la donne. Même s'il l'avait pensé, il n'avait rien ordonné à ses subordonnés.

En trombe, il quitta le bureau, laissant sa secrétaire dans l'ignorance et complètement désemparée. Il serra frénétiquement son téléphone, pressé de pouvoir passer des appels dans un lieu plus discret. Une fois au sous-sol, il monta dans sa voiture et alluma le contact. Il sortit à toute vitesse du stationnement, et retrouva le macadam des rues parisiennes en peu de temps. Il commença par appeler son bras droit, qui répondit à la seconde tonalité.

- Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

- Quoi donc ?

- Peter Granger est mort, et c'est Drago qui me l'a appris. Pourquoi ne m'as-tu pas prévenu en premier, Severus ?

- J'ai pensé qu'un appel à Mademoiselle Granger était plus approprié.

- Des conneries, oui ! Comment est-ce arrivé ?

- La dose de sédatif injectée par Dolores a eu raison de la résistance de son cœur d'après notre légiste.

- Putain… Même dans la mort, Granger trouve le moyen de me casser les pieds. Qu'as-tu dit à Hermione ?

- Qu'elle pouvait venir le voir aujourd'hui.

Jack raccrocha après cette information délivrée par Rogue. Il savait exactement où se rendre, et il n'hésiterait pas à braver les limites de vitesse pour y parvenir avant Drago et Hermione. Il fallait qu'il parle à Dolores avant toute chose. Puis, il devrait intercepter ses deux collaborateurs avant qu'ils ne voient le corps. Son esprit tournait à plein régime, tout comme le moteur de sa voiture. Il jouait du klaxon, insultant les autres automobilistes. Il avait du mal à se reconnaître lui-même. Il avait rarement été autant sur les nerfs. Pourtant, en tant que chef d'une mafia reconnue, il avait eu affaire à des situations difficiles et délicates. Cependant, ce n'était plus la même chose à présent. Il s'était beaucoup trop impliqué dans cette histoire avec les Granger. Une menace planait sans cesse au-dessus de sa tête depuis qu'il avait été ébloui par Marie. Il revoyait avec netteté son visage angélique, tandis qu'elle s'était présentée pour le poste de préceptrice. S'il avait aimé la solitude, il avait adoré la mère d'Hermione. Du premier regard, elle l'avait ensorcelé. Severus et Dolores l'avaient prévenu de la dangerosité des sentiments amoureux, mais il ne les avait pas écoutés. Cela avait fait longtemps qu'il était seul, qu'il s'était laissé porter. Il avait nourri en secret, comme un adolescent, sa passion pour la mère de famille. Il avait fait son possible pour contribuer à son bonheur à sa façon. Cependant, c'était aussi de sa main qu'elle avait perdu la vie. Les remords lui tordaient le cœur. Il avait déjà brisé bon nombre de foyers auparavant. Mais pour celui-là, il en gardait une marque indélébile.

Quand les grilles en fer forgé de l'hôpital psychiatrique entrèrent dans son champ de vision, Hermione sentit les larmes revenir à la lisière de ses yeux. Comme si on les invitait à entrer, le portail était grand ouvert. Un homme en blanc attendait sur le seuil. Il fit signe à leur voiture de s'approcher. Drago s'exécuta sans rien dire, mais il restait sur ses gardes. L'inconnu avait les manches relevées et son tatouage de serpent était bien visible. Un frisson d'effroi parcourut la juriste. Son compagnon baissa la vitre, et le mafieux leur indiqua d'une voix bourrue qu'ils pouvaient se garer près du corbillard dans la cour. Ils obéirent, et remontèrent l'allée gravillonnée. L'ambiance était lourde. Ils eurent l'impression d'être observés. Pourtant, on ne pouvait distinguer une âme qui vive derrière les fenêtres de l'institution. Comme prévu, une place de stationnement les attendait près de la voiture qui transporterait le corps de Peter Granger. Petit à petit, les choses semblaient devenir plus vraies dans l'esprit de la jeune femme. Ses mains se mirent à trembler, tandis qu'elle en avançait une vers la poignée de sa portière. Elle se força à continuer son mouvement. De toute manière, elle ne serait jamais prête à affronter ce qui allait venir.

Une fois hors du véhicule, elle rejoignit Drago qui l'attendait à l'entrée du bâtiment. Elle lui prit la main, et ils avancèrent, tête haute, vers l'accueil. On ne leur demanda pas leurs identités. Ce fut Rusard qui les pria de le suivre. Ils n'eurent droit à aucun reproche ni aucune remarque désobligeante. Le vieux concierge les mena au travers des multiples couloirs jusqu'à une partie qu'ils n'avaient pas visitée jusque-là. On aurait dit qu'ils étaient entrés dans une aile résidentielle. Les portes s'enchaînaient, et ce fut au bout d'un passage que le trio s'arrêta enfin. Le battant blanc était grand ouvert. La pièce semblait lumineuse pour le peu qu'ils pouvaient en voir.

- Vous pouvez entrer. Ils vous attendent.

Hermione hocha la tête, encore perturbée par tous les virages qu'ils avaient pris pour en arriver là. Suivie de près par Drago, elle avança à l'intérieur de la pièce. Cependant, elle ne put aller bien loin. Pétrifiée parce qu'elle avait devant elle, elle était incapable de faire les derniers pas qui la séparaient de son père. Elle ne remarqua même pas les trois personnes regroupées dans un coin de la chambre. Elle n'avait d'yeux que pour le corps allongé sur le lit. Peter Granger semblait endormi. Il n'y avait plus aucune trace de la folie qu'elle lui connaissait. L'apaisement se lisait sur ses traits. Finalement, elle eut envie de toucher la main de son géniteur, pour s'assurer qu'il dormait. Alors, elle marcha jusqu'à lui, certaine qu'il allait se réveiller d'un instant à l'autre en sentant sa présence. Toutefois, quand elle prit les doigts de son père entre les siens, elle fut obligée d'accepter l'évidence. L'ancien inspecteur de police ne dormait pas. Sa main était beaucoup trop froide. Par réflexe, elle chercha son pouls. Elle ne ressentit aucune pulsation.

- Oh Papa… Je suis tellement désolée.

Les pleurs d'Hermione résonnèrent dans la pièce, comme le glas sonnait aux cloches des églises. Elle se laissa glisser à genoux, la tête sur le bord du matelas, la main serrée sur les doigts sans vie de son père. Drago pinça les lèvres, la gorge nouée. Il ne put supporter plus longtemps de les regarder. Son éducation ne pouvait pas lutter contre cette avalanche d'émotions, et contre la dure réalité de la vie. Son masque impassible qu'il avait mis tant d'années à créer se fissurait de plus en plus. Il pouvait encore entendre Lucius lui dire que ressentir ce genre de sentiments était pour les faibles. Toutefois, un mouvement le détourna de ce qu'il sentait monter en lui. Un peu plus loin, attendaient Dolores Ombrage, Severus Rogue, et, à son grand étonnement, Jack. Quelque chose ne tournait pas rond. Ce n'était pas normal de voir son mentor entouré de deux membres des Serpenti. Il ne connaissait aucune connexion entre l'homme étendu sur ce lit, et celui qui était son mentor.

- Jack, que fais-tu ici ?

- Drago, s'il te plaît, je te demande de garder ton calme, et de m'écouter jusqu'au bout.

Suspicieux, le jeune homme ne répliqua rien, et attendit les explications. Il observa le chef d'entreprise avec plus d'attention qu'habituellement. Celui-ci semblait chercher ses mots, alors que d'ordinaire il était connu pour son franc-parler. Il avait l'air perturbé, au bord de la crise de nerfs. Cela ne lui ressemblait pas du tout. A côté de lui, Rogue arborait une mine blasée. Drago eut envie de lui dire de sortir. Ce serpent n'avait rien à faire près de sa compagne endeuillée. Il était une menace. Quant à la directrice de l'établissement, son habit rose semblait plus serré que la dernière fois qu'il l'avait vue. Son visage avait pris une teinte écarlate, et diverses émotions pouvaient se lire dans ses yeux. Finalement, le regard argent de l'avocat se repositionna sur Jack, qui s'était éclairci la gorge, prêt à parler.

- Je suis le chef des Serpenti.

- C'est une blague que tu me fais là, n'est-ce pas ?

- Parlez-lui autrement, jeune homme.

- Vous n'avez rien à me dire, la docteure rose bonbon.

- Drago, descends d'un ton, je te prie.

- Montre-moi ton tatouage.

Avec un soupir de dépit, Jack s'approcha de son protégé, tout en remontant une des manches de sa chemise. Il avait espéré ne pas en passer par là, mais le blond était comme Saint Thomas, il ne croyait que ce qu'il voyait. Le chef de la mafia jeta un rapide coup d'œil à Hermione, qui pleurait toujours près de la dépouille de son père. Elle ne semblait pas s'être rendu compte de la scène qui se jouait à quelques pas d'elle. Une fois son avant-bras découvert, le mentor regarda le jeune homme qu'il connaissait depuis des années. Il se le rappela plus jeune encore, lorsqu'il était sorti de l'université, ou encore quand il traînait avec Blaise dans la rue où leurs parents habitaient autrefois. Il revoyait parfois le petit garçon qu'il fût dans ses mimiques, dans ses rires, ou ses regards espiègles. Il l'avait protégé de son mieux, il avait son maximum pour qu'il puisse révéler son potentiel en tant qu'avocat. Il avait cela dans le sang. A présent, son regard argent lui renvoyait de la déception et de la colère, au lieu de la fierté et de la tendresse. Drago n'en revenait pas. Il avait sous les yeux la preuve que la personne en face de lui ne lui mentait pas. Le serpent semblait vouloir se détacher de la peau blanche du tatoué. Il avait l'impression qu'il bougeait, comme pour le narguer. Il lui disait qu'il avait été bien idiot de lui avoir fait confiance, qu'il avait été naïf pour ne rien avoir remarqué avant.

- Depuis quand ?

- Mon plus jeune âge.

- Donc tu m'as menti depuis le début sur ton identité. Jack Sloper est-il vraiment ton vrai nom ?

Le cœur du susnommé se serra. Il comprenait la douleur qu'il infligeait à Drago, pour l'avoir lui-même vécu. Toutefois, il se résigna. Il ne pouvait plus lui cacher la vérité.

- Tu étais trop jeune pour te rappeler de mon ancienne identité. Je suis désolé, mais je ne pouvais pas te le dire. C'était impossible.

- Alors pourquoi maintenant ?

- Je ne comptais jamais le faire. Cependant, les récents événements m'y ont forcé.

- C'est vous qui avez tué ma mère, n'est-ce pas ?

La voix sourde et dure d'Hermione s'éleva dans la pièce. Tous se tournèrent vers elle, lui accordant ainsi l'attention qu'elle désirait. Malgré son chagrin, elle avait entendu la discussion entre son compagnon et son patron. Elle avait attendu le bon moment pour lancer sa question. Des larmes coulaient toujours sur son visage, elle se sentait faible, mais elle se redressa tout de même de toute sa hauteur. Elle s'accrocha aux montants du lit pour maintenir sa stabilité. La jeune femme dévisagea celui qui se faisait appeler Jack. Son instinct premier ne l'avait pas trompée. Elle avait eu raison de se faire engager dans son cabinet de conseils juridiques. Tout avait un lien avec sa famille. A présent, elle voulait la vérité. Sa froide détermination devait se lire dans son regard chocolat, car les trois hommes et la femme reculèrent d'un pas. Elle faisait peur à ses mafieux. Ce constat lui donnait envie de rire.

- Dois-je prendre votre réponse comme une affirmation ?

- Tu ressembles tellement à Marie…

- Je ne vous permets pas de me tutoyer, et encore moins de me dire à quel point je lui ressemble. Je veux la vérité. Est-ce vous, oui ou non ?

Jack se rendit bien compte qu'il était au pied du mur. Bien entendu, il aurait pu faire taire Hermione d'un simple geste de la main. Severus gardait toujours une arme sur lui, tout comme Dolores gardait des seringues de sédatifs et de poison dans ses robes. Il aurait pu faire entrer ses hommes de main dans la chambre, dont la porte était toujours ouverte. Toutefois, il aurait aussi fallu ôter la vie de Drago. La simple idée de les assassiner tous les deux lui était intolérable. Il avait tué tellement de personnes, que cela ne lui était plus possible. Il ne ferait plus long feu dans le terrible engrenage de la mafia, il le savait. Faire preuve de sentimentalisme n'était pas permis. Si seulement il était envisageable qu'on le pardonne pour ses actes. Mais c'était purement et simplement impossible. Alors, il décida de tout raconter. Il n'y aurait pas de chemin pour sa rédemption, pourtant il pouvait tout de même faire quelque chose en ce sens.

- Ta mère était la préceptrice des enfants que j'avais recueillis. Elle leur enseignait l'écriture, la lecture, et les mathématiques.

- Alors c'était chez vous qu'elle se rendait. Une famille riche, qu'elle me disait.

- C'était ce que je lui avais fait croire. Elle ne connaissait pas mes activités illégales. Cependant, un jour d'été, elle est arrivée plus tôt que prévu pour sa leçon, et elle a surpris une réunion avec mes lieutenants.

- Et vous avez dû la tuer.

- Je ne l'ai pas fait de gaieté de cœur. Mais il n'était pas question de la cacher ou autre chose. Il fallait qu'elle disparaisse. Il en valait de la survie de mes troupes.

- La survie de ma famille, y avez-vous pensé, ne serait-ce qu'une seconde ?

- Je le regrette tous les jours, Hermione. Quatre ans après le décès de Marie, j'entendais de plus en plus parler de ton père. Il était à notre recherche. Je n'ai jamais su comment il avait compris que les Serpenti étaient derrière la mort de son épouse. Là encore, j'ai fait en sorte que l'affaire se détourne de nous.

- En le mettant à l'écart, dans cette institution dirigée par une femme qui fait partie de vos rangs. Vous ne pouviez pas le tuer lui aussi ?

- Cette idée en aurait réjoui plus d'un parmi mes lieutenants. J'ai pris la décision qui me semblait la meilleure sur le moment.

- La meilleure, vraiment ? En plus d'avoir brisé ma famille, vous avez brisé mon père, vous m'avez brisée moi. Vous ne savez pas ce que c'est d'avoir à gérer un dépressif alcoolique quand on a tout juste quatorze ans. J'ai vu l'esprit et l'énergie de mon père partir en fumée à force de suivre vos traces.

- J'en serais éternellement désolé.

- Je n'ai que faire de vos excuses. Pourquoi m'avoir engagée si vous saviez qui j'étais ? Vous deviez bien vous douter que j'étais à la recherche de la vérité.

- J'y ai trouvé un moyen de me repentir. Mais cela n'a pas marché, n'est-ce pas ?

- La rédemption ne vous sera jamais accordée, tant que je vivrais. D'ailleurs, que comptez-vous faire de nous maintenant ? Vous allez nous tuer nous aussi ? Mieux encore, nous faire enfermer dans des asiles psychiatriques ?

Cependant, Jack était incapable de répondre aux interrogations d'Hermione. Il ne savait pas ce qu'il allait faire. Toutes les solutions qui lui venaient à l'esprit ne lui convenaient pas. Il n'était pas question de demander conseil aux deux autres Serpenti présents dans la chambre. Ils lui demanderaient de les abattre sur le champ.

Je suis dans une impasse. Tuer ou ne pas tuer. Que faire ? Marie, m'en veux-tu toujours ?

Papa, Maman, je vous obtiendrais justice, maintenant que je connais la vérité. Je vous en fais le serment.


L'étau se resserre sur tous les personnages... N'hésitez pas à me dire votre avis dans le rectangle juste en-dessous !

A dans quinze jours, prenez soin de vous :)

MrsBrunette