Bonjour, bonjour !
J'espère que vous allez tous du mieux possible en ce dernier jeudi du mois d'août :) Je vous livre le chapitre 14 en espérant qu'il vous plaira. D'ailleurs, j'en profite pour remercier les Guests qui m'ont laissé des reviews. Et bien sûr, je remercie aussi Jess-Lili, ma correctrice et amie, pour son travail formidable comme toujours.
Bonne lecture à tous et à toutes !
Chapitre 14
La tension était palpable dans la chambre où reposait le corps sans vie de Peter Granger. Hermione et Jack se regardaient sans échanger un mot, tandis que les trois autres personnes présentes étaient sur leurs gardes. Tous attendaient que la sentence tombe. Cependant, celle-ci ne semblait pas vouloir venir. Drago hésitait à prendre part aux débats qui avaient pu secouer sa compagne et son mentor. Il avait une idée pour leur faire gagner du temps, mais il n'était pas certain que son intervention soit bien prise par les deux protagonistes. Il tenta un mouvement d'approche vers la jeune femme, qui se tourna brutalement de son côté. Elle le fusilla du regard, avant de reposer son attention sur le chef de la mafia. L'avocat essaya une autre technique pour réussir à faire part de son idée.
- Hermione chérie, écoute-moi s'il te plaît.
La susnommée tiqua devant le mot doux. Cela la déconcentra juste assez pour que la colère et la haine qui la traversaient refluent un peu. Elle sentait l'adrénaline du moment laisser la place à des tremblements de fatigue et de nervosité. Drago comprit qu'il avait réussi à désamorcer la bombe à retardement qu'était devenue la brune en l'espace de quelques heures. Il se retint de s'approcher d'elle, de peur que tout revienne d'un seul coup.
- Es-tu prête à m'écouter ?
- Vas-y.
- Tu ne crois pas qu'il vaudrait mieux s'occuper des obsèques de ton père, avant de faire quoi que ce soit d'autre ?
Le regard chocolat de la jeune femme se perdit sur la dépouille allongée près d'elle. Elle avait encore du mal à réaliser qu'elle ne verrait plus son père. Elle avait tellement de regrets sur le cœur, qu'elle se sentit dépassée par tout ceci. Elle considéra la proposition de Drago. Il n'avait pas tort. Elle voulait pouvoir donner un dernier adieu à son père, avant de peut-être perdre la vie à son tour.
- Tu as raison. Jack, donnez-nous quelques jours pour que nous puissions enterrer mon père, puis nous verrons quel sort vous aurez décidé.
- Je vous les accorde.
Le chef de la mafia ne prit même pas le temps de réfléchir. Il avait tout de suite rendu sa décision et fut soudainement soulagé. L'idée de son protégé allait lui donner plusieurs journées de répit pour trouver une solution à son problème. Il voulut croiser le regard argent de Drago, mais ce dernier surveillait de près Hermione. Il ne put donc pas lui exprimer sa reconnaissance. Après cette prise de décision, les événements s'enchaînèrent à grande vitesse pour tout le monde. Jack demanda à Dolores de bien vouloir garder le corps dans le funérarium attenant à l'hôpital psychiatrique, le temps que la jeune femme endeuillée fasse appel à une entreprise de pompes funèbres. S'en suivirent diverses discussions, menées en majorité par l'avocat et la directrice de l'institution. Ils avaient mis de côté leurs rancœurs pour revenir à un sujet plus professionnel. Il n'y avait plus de place pour la colère ni pour les règlements de compte. Chacun voulait faire son maximum pour que Peter Granger ait un enterrement digne de ce nom. Pour les Serpenti, cet événement serait sûrement celui qui clôturerait le chapitre autour de cette famille. Severus et Dolores espéraient ne plus jamais entendre parler des Granger. Quant à Hermione, elle vivait tout ceci dans un flou total. Elle laissait son compagnon gérer les choses pour elle. Tandis qu'elle pensait au blond, elle baissa les yeux vers la bague qui ornait encore son annulaire gauche. Un tumulte d'émotions tournait sans arrêt en elle, et elle se sentit submergée.
- Je sors.
- Où vas-tu ?
Drago avait entendu les deux mots qui étaient sortis de la bouche de la jeune femme. Il se tourna vers elle, le regard empli d'inquiétude, mais elle partit sans lui répondre. Alors qu'il faisait un mouvement pour la suivre, il fut retenu par la poigne ferme de son mentor. Il se dégagea rapidement de l'étreinte, ne voulant pas que cet homme qu'il ne reconnaissait plus le touche.
- Je sais que tu es en colère après moi, mais écoute-moi. Laisse-la souffler un peu. Elle en a besoin. Elle reviendra toute seule, quand elle aura fait le point sur ses émotions.
- Cela ne serait pas arrivé si tu n'avais pas fait l'erreur de tuer sa mère.
- Comme je l'ai dit, je n'ai pas eu le choix.
- Tu aimais la mère d'Hermione, n'est-ce pas ?
Jack croisa le regard de Drago, surpris qu'il ait deviné la nature de ses sentiments pour Marie Granger. Son étonnement dut se lire sur son visage, car l'avocat esquissa son sourire en coin habituel. Il laissa même échapper un léger ricanement.
- Je n'ai peut-être pas vu que tu menais une double vie, alors que je pensais bien te connaître, mais je peux toujours lire en toi, comme tu as toujours su lire en moi.
- Tu as raison. J'étais très amoureux de Marie. Elle n'en a jamais rien su, car je savais que notre relation serait impossible. C'était une femme avec un grand cœur.
- Elle était surtout innocente. Tu es devenu un meurtrier.
- Je l'étais déjà bien avant elle. Cependant, c'est son décès qui m'a ouvert les yeux sur tous les actes que j'ai pu faire auparavant.
- Comment peux-tu encore te regarder dans un miroir ? Venir au bureau tous les matins, nous voir et nous parler à Hermione, Marianne et moi ?
- Bon sang, Marianne !
Jack avait inconsciemment éludé les questions de son protégé. Le prénom de sa secrétaire avait retenu toute son attention. Elle devait se ronger les sangs dans l'open-space en attendant de leurs nouvelles. L'avocat grimaça devant le manque d'honnêteté du chef d'entreprise. Toutefois, il eut une pensée pour sa collègue, et lui aussi rata de jurer. Depuis son dernier appel pour la prévenir qu'Hermione et lui n'allaient pas venir au travail, il ne l'avait pas rappelée pour lui donner des nouvelles. Les deux hommes se regardèrent et le plus âgé sortit son téléphone. Ils ne seraient pas trop de deux pour gérer la mère de famille, qui était sûrement en train de fulminer. Tandis qu'ils tentaient d'apaiser Marianne, sans lui dire toute la vérité, le quatrième membre de leur équipe marchait sans but dans le jardin qui bordait l'hôpital. La jeune femme aurait trouvé le cadre bucolique, s'il n'avait pas été accolé à l'institution qui avait volé la vie de son père. Elle avançait parmi les grands arbres, dont les feuilles bruissaient doucement sous la brise. Petit à petit, son esprit se vidait enfin.
- Vous faites quoi, Madame ?
Hermione sursauta en entendant une voix fluette derrière elle. Elle fit volte-face et baissa la tête vers l'origine du son. Son regard chocolat tomba sur une jeune frimousse, qui ne semblait pas avoir plus de cinq ans. Le petit garçon était brun avec de magnifiques yeux bleus. Il portait des vêtements ordinaires, et avait dans les bras une peluche usée. Il devait l'avoir depuis sa naissance.
- Où sont tes parents ?
- On ne répond pas à une question par une autre question, Madame, c'est ma psychologue qui le dit.
Le ton sévère de l'enfant fit sourire la juriste. Cela lui rappelait son enfance. Elle aussi était très autoritaire quand elle était plus jeune. Prise de tendresse pour son interlocuteur, elle descendit sur ses jambes pour arriver à une position accroupie. Elle se trouva à sa hauteur, et reprit le fil de la discussion.
- Je suis désolée, je ne voulais pas paraître impolie. Je regardais les arbres.
- Pourquoi vous regardiez les arbres ?
- Pour me changer les idées.
- Vous aussi vous avez des pensées tristes qui tournent dans votre tête ?
- Oui, beaucoup.
- Je m'appelle Hugo. Je suis le seul enfant dans cet hôpital. Papa et Maman m'ont mis ici il y a trois mois, quand j'ai arrêté de parler.
- Mais tu parles maintenant, non ?
- Seulement avec vous, ma psychologue, et un Monsieur.
- Tu ne parles pas à tes parents quand ils viennent te voir ?
- Papa et Maman ne viennent jamais ici. Ils ont dit à la docteure en rose qu'ils reviendraient quand je serais guéri.
Le cœur d'Hermione se serra à l'entente de cette phrase. Comment pouvait-on laisser un enfant seul dans une institution pareille ? Elle avait l'impression que les parents avaient tout simplement abandonné leur fils devant la difficulté. Ils n'avaient même pas essayé de comprendre ce qu'il ressentait, de chercher ce qui le poussait à se taire et de l'aider. Ils l'avaient déposé auprès de la directrice, et c'était tout. Soudainement, la juriste eut envie d'en savoir plus sur Hugo.
- Dis voir, Hugo, pourquoi tu as voulu me parler ?
- Parce que vous ressemblez au Monsieur auquel je parle souvent. Vous avez la même couleur de cheveux.
- Plein de gens ont les cheveux bruns, tu sais.
- Oui, mais Peter vous ressemble beaucoup.
- Peter, c'est le nom du Monsieur ?
- Oui, Madame.
- Appelle-moi Hermione.
- Oh ! Vous avez le même prénom que la fille de Peter. Il me parle souvent d'elle, vous savez. D'ailleurs, je ne l'ai pas vu aujourd'hui. Mais, vous pleurez ?
Hermione n'avait pas pu arrêter les larmes qui avaient commencé à envahir ses yeux. Elles s'étaient échappées aussi rapidement qu'un chat fuyant devant un chien agressif. Elles coulaient sans discontinuer, et le petit Hugo ne savait pas comment réagir face à cette jolie dame qui avait le visage ravagé par les pleurs. La brune se laissa glisser à genoux, son équilibre étant rompu. Le garçonnet s'approcha timidement d'elle, et la prit dans ses bras menus. Il attendit ainsi quelques minutes, tandis que les sanglots de la juriste sortaient. Il fredonna l'air d'une chanson qui lui était familière. C'était celle que son père lui chantait le soir quand elle était enfant, quand sa mère était encore en vie. Au moment où elle retrouva sa voix, elle prononça quelques mots pour Hugo.
- Peter, le Monsieur à qui tu parlais souvent, c'était mon père.
- Pourquoi vous parlez de lui au passé, Madame Hermione ?
- Il est parti, Hugo. Tu ne pourras plus discuter avec lui. Je ne pourrais plus discuter avec lui.
- Je suis triste pour vous. J'aimais bien Peter. Il était gentil avec moi. Maintenant, il a dû retrouver mes grands-parents au Paradis.
- C'est pour ça que tu ne parles plus ? Parce que tes grands-parents sont partis aussi ?
- Oui. Ils ont eu un accident de voiture. Je suis le seul qui a été sauvé par les pompiers. Mais moi, je sais que ce n'était pas un vrai accident. Des gens en voulaient à Papy et Mamie.
La tristesse laissa la place à la peur dans l'esprit et le cœur d'Hermione. L'histoire du jeune Hugo résonnait en elle. Elle était peut-être en train de se faire des films, mais son instinct lui disait que ce n'était pas une coïncidence si le garçon s'était lié d'amitié avec son père. Ce n'était pas non plus une coïncidence s'il avait décidé de lui parler de tout cela. La jeune femme se releva, essuya ses joues et tendit une main vers l'enfant. Ce dernier la prit sans se poser de questions, et ils marchèrent ensemble jusqu'à l'entrée de l'hôpital.
- Vous êtes mariée, Madame Hermione ?
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Bah, vous portez une bague à votre doigt.
Elle laissa échapper un rire devant la constatation du petit brun. Avant qu'elle ne lui réponde, elle vit Drago qui attendait devant la porte de l'institution. Tandis qu'elle approchait, avec son nouvel ami, il releva son regard argent dans leur direction. Il arbora son éternel sourire en coin, qui annonçait une réplique bien sentie. Cette impression permit à Hermione de reprendre pied dans le moment présent.
- On me trompe, Granger ? Je ne savais pas que tu les préférais sortis du berceau.
- Tais-toi donc, Malefoy, il y a des petits ici.
- Je ne suis pas petit, Madame Hermione ! C'est votre mari, le blond peroxydé ?
Drago prit un air vexé, qui fit rire sa compagne. Il perdit vite sa moue d'enfant boudeur en entendant ce son. Malgré la tristesse qui se lisait encore dans ses yeux et sur son visage, il vit qu'elle riait avec sincérité. Mu par son instinct, il s'approcha d'elle, et posa ses lèvres sur les siennes, qui esquissaient encore un sourire. A côté d'eux, Hugo fit semblant de vomir devant cet élan d'affection entre adultes. Quand ils se séparèrent, Hermione avait les joues rouges. L'avocat descendit sur ses genoux pour faire face au petit garçon. Ce dernier le regarda avec méfiance.
- Merci d'avoir pris soin de ma petite amie. Fais bien attention à toi, Hugo.
- Prenez soin d'elle. Ce serait ce que Peter aurait voulu.
Le jeune homme fronça les sourcils, et regarda sa compagne, une interrogation dans les yeux. Elle lui fit signe qu'elle lui expliquerait plus tard. Tout à coup, une infirmière sortit du bâtiment, et appela Hugo. Ce dernier tira sur le pantalon d'Hermione, qui se baissa pour être à sa hauteur. Il déposa un baiser léger sur sa joue, et lui murmura quelques mots à l'oreille qui la firent sourire. Puis, il rejoignit la femme en blanc, et salua de la main le couple. Ce petit garçon avait donné une bouffée d'air frais à la juriste. Elle n'était pas prête de l'oublier. Elle se fit la promesse de lui rendre visite le plus souvent possible. Elle ne répéterait pas les mêmes erreurs qu'avec son père. C'était là son propre chemin vers la rédemption. Une fois Hugo partit avec l'infirmière, le couple se retrouva seul. Le poids de leurs problèmes revint à la vitesse de la lumière. Le visage de la juriste se referma, et devint grave.
- Tu as pu faire tout ce qu'il fallait ?
- Oui. La cérémonie aura lieu dans deux jours, à dix heures.
- Très bien.
- Qui veux-tu prévenir ?
- Il faut que j'appelle Harry, Ron, et Ginny. Ainsi que Molly et Arthur Weasley. Marianne est-elle au courant ?
- Oui, on a géré les choses avec Jack. Elle m'a assuré sa présence.
- Est-ce qu'on peut partir d'ici ?
- Bien entendu. Ton appartement ou le mien ?
- Tu as de la tequila en stock ?
- Non, malheureusement.
- Alors, on va chez moi.
Leurs mains se rejoignirent, et, sans un regard en arrière, ils retournèrent à la voiture du blond. Hermione était épuisée, mais il fallait encore qu'elle prévienne ses amis. Une dose de son alcool favori ne serait pas de trop pour effectuer cette tâche. Cela ne tiendra qu'à elle, elle ne convierait personne aux obsèques. Cependant, elle savait qu'ils lui en voudraient si elle traversait cela toute seule. Par le passé, elle s'était déjà fermée à eux, et ils leur avaient fallu énormément de patience pour percer sa carapace d'adolescente emplie de douleur. Ses trois amis avaient leurs défauts, mais ils étaient aussi ses piliers. Et plus vite elle les appellerait, plus vite elle pourrait oublier, et s'oublier dans les bras de son compagnon. Une fois qu'ils furent dans l'appartement de la brune, cette dernière donna à manger à son chat, récupéra deux verres, et alla s'installer sur son canapé. Drago était allé chercher la bouteille tant attendue dans le bar, et il leur servit le double de la dose habituelle. La juriste s'empara brutalement de son gobelet, et en descendit plus de la moitié d'une traite. Le liquide lui brûla la gorge, et elle sentit enfin une douce chaleur l'envahir. Elle prit ensuite son téléphone, et composa de mémoire le numéro de sa meilleure amie. Elle avait choisi la personne avec qui il était le plus facile de parler de sujets importants. Tandis que les sonneries s'égrenaient, elle mit l'appareil sur haut-parleur pour que l'avocat puisse prendre le relai, au cas où sa voix lui ferait défaut.
- Procureure Ginevra Weasley-Potter.
- Tu n'as pas besoin de dire ton titre quand on t'appelle sur ton téléphone personnel, tu sais ?
- Excuse-moi, Hermione, déformation professionnelle. Et puis, tu ne sais pas de quoi sont capables les avocats. J'ai déjà reçu des appels étranges sur ce numéro, alors qu'il n'y a que mes proches qui l'ont. Tout va bien ?
- Es-tu assise ?
- Oui, je suis au bureau. Qu'y a-t-il ? Tu me fais peur.
Hermione prit une grande respiration avant d'oser se jeter à l'eau. La main réconfortante de Drago posée sur son genou lui donna aussi du courage.
- Mon père est décédé hier dans la nuit. Les obsèques sont programmées pour après-demain dix heures.
- Je le note tout de suite. Comment as-tu su ? Je croyais que tu n'avais pas de contact avec l'hôpital où il était interné.
- On m'a appelée. Mes coordonnées étaient certainement dans un coin de son dossier.
- Comment tu te sens ?
- Épuisée. Je vais devoir te laisser, j'ai encore Harry, Ron, et tes parents à contacter.
- Si jamais tu as besoin de parler, je ne suis jamais loin.
- Merci Ginny. A plus tard.
La jeune femme raccrocha et enchaîna directement avec le numéro de son meilleur ami à lunettes. Elle espérait ne pas tomber sur son répondeur pour une fois. Sa prière avait dû être entendue, car Harry décrocha à la deuxième sonnerie.
- Hermione ? Tout va bien ?
- Est-ce que Ron est dans les parages ? J'ai à vous parler à tous les deux.
- Je vais le chercher.
Une sensation de déjà-vu envahit la juriste. Elle se rappela le jour où Drago l'avait forcée à appeler ses amis devant lui, alors qu'ils étaient au bureau, pour les inviter à boire un verre. Elle leva les yeux vers son compagnon, qui semblait se rappeler du même moment. Les yeux pétillants, ils échangèrent un sourire. La main du blond resserra sa prise sur le genou de la brune. Puis, des bruits de portes et de chaises se firent entendre.
- Qu'as-tu à nous dire ? Je sens que c'est important.
- Vous êtes libres après-demain à dix heures ?
- Cela devrait être possible. Pourquoi ?
- Ce sera le jour et l'heure des obsèques de mon père.
- Bon sang… Mione, comment vas-tu ?
- Je ne vais pas fort, vous vous en doutez. J'espère que vous serez là.
- Bien sûr ! On ne te laissera pas tomber. Comment est-ce arrivé ? Tu es allée le voir ? Tu veux qu'on vienne à ton appartement te tenir compagnie ?
- Doucement avec tes questions, Ron. J'ai Drago auprès de moi, cela suffira. Je vous retrouve après-demain. A plus tard.
- Malefoy ? Mais…
La jeune femme avait coupé court à la conversation, mais elle n'avait rien à dire de plus. Le bombardement d'interrogation de la part du policier roux lui avait fait tourner la tête. Intérieurement, elle raya les prénoms de ses meilleurs amis de sa liste de personnes à contacter. Elle n'avait pas eu envie de s'appesantir sur les circonstances. Elle avait même omis des détails, quand Ginny lui avait posé des questions. Elle aurait bien le temps de trouver ce qu'elle allait raconter à tous ceux qui viendraient à l'enterrement. Après avoir repris une gorgée de tequila, elle composa le numéro de la maison familiale des Weasley. Ce fut Molly qui répondit. La mère de famille était aux petits soins pour celle qu'elle considérait comme sa seconde fille. Elle lui assura que son mari et elle seraient présents à la cérémonie. Elle l'informa qu'elle contacterait ses autres fils, pour qu'ils essaient d'être présents auprès d'elle. Hermione la remercia avec chaleur, puis raccrocha. Elle laissa ensuite échapper un soupir de soulagement. Ensuite, elle termina son verre d'alcool, et son regard croisa celui de son compagnon.
- Weasley n'avait pas l'air ravi que ce soit moi qui sois avec toi. Aurait-il encore des sentiments pour toi ?
- Arrête donc de dire des bêtises. Il est marié avec Lavande depuis plusieurs années. Tu n'as rien à craindre.
- Il faut toujours se méfier des hommes mariés.
Le sarcasme avait laissé place à de la rancœur dans la voix de Drago. La juriste hésita à lui poser des questions sur ce qu'il sous-entendait. Elle n'était pas certaine qu'il s'ouvrirait à elle. Pourtant, sa curiosité avait été piquée, et elle avait envie d'en savoir plus. Même si cela semblait remuer des souvenirs difficiles pour l'avocat. Alors, elle décida d'énoncer sa déduction, et de le mettre au pied du mur. Sur cet aspect de sa personnalité, ils se ressemblaient énormément. Il fallait les pousser au bord du précipice pour qu'ils se confient. Elle l'observa, tandis qu'il avait l'air perdu dans ses pensées. Puis, elle ouvrit la bouche pour parler.
- Ton père trompait ta mère, n'est-ce pas ?
- Ce n'est pas le moment de parler de cela, Hermione.
- Le moment m'importe peu. Si nous sommes amenés à faire un bout de chemin ensemble, il faudra bien en passer par là.
- Il y a autre chose de plus plaisant par lequel j'aimerais passer.
- Tu ne m'auras pas avec des sous-entendus sexuels, Drago.
Une étincelle de défi s'alluma dans le regard du susnommé. La main qui était toujours sur le genou de la brune remonta brusquement de plusieurs centimètres vers le haut. Aucun des deux ne voulait lâcher le regard de l'autre. Les doigts baladeurs du blond continuèrent leur chemin avec plus de langueur, tandis que les mains d'Hermione passaient doucement du torse de son compagnon à son cou, les rapprochant ainsi un peu plus. Leurs visages se frôlaient, mais la bataille faisait encore rage. C'était au premier qui céderait à la tentation de rompre la légère distance qui les séparait encore. La juriste résistait du mieux qu'elle pouvait, voulant prouver qu'elle ne se laisserait pas avoir par des caresses sensuelles, mais elle avait de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts. Son désir pour l'homme en face d'elle se fit plus puissant. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas ressenti cela pour quelqu'un. Elle avait eu quelques aventures depuis sa rupture avec Ronald, mais il n'y avait jamais vraiment eu cette complicité et cette alchimie qu'elle voyait s'épanouir avec Drago.
- Cède, Granger. Je lis dans tes yeux que tu en as envie. Tu me l'as dit ce matin.
- J'avais besoin de toi à ce moment-là, mais ce n'est pas dit que j'en ai encore besoin maintenant, Malefoy.
- Et bien tant pis. On s'arrête là alors. Je ne suis pas un homme qui force une femme.
Alliant les paroles aux mots, il retira ses mains du corps d'Hermione, et prit ses distances en s'éloignant sur le canapé. La jeune femme fit de son mieux pour cacher la frustration qu'elle ressentait. Il jouait avec elle, et s'en amusait. Elle avait essayé de le piéger, et de le faire céder, mais il semblait meilleur qu'elle à ce jeu. Toutefois, elle aurait sa revanche, et très bientôt. Elle s'en fit la promesse.
Le surlendemain, la juriste accueillit avec un sourire triste sa meilleure amie dans son appartement. Elles avaient décidé de se préparer ensemble pour aller à la cérémonie. Elles s'y rendraient ensuite avec la voiture de la rousse. Dans ses dernières volontés, Peter Granger avait écrit qu'il voulait une crémation. C'était donc dans un crématorium, à quelques encablures de l'hôpital psychiatrique où il était interné, qu'il allait être inhumé. L'urne qui contiendrait ses cendres serait ensuite ensevelie avec le cercueil de son épouse dans un petit cimetière parisien. Hermione avait vécu ces deux derniers jours avec détachement. Drago avait été auprès d'elle pendant tout ce temps, ne la laissant que rarement seule. Elle avait d'ailleurs eu un mal fou à le convaincre qu'elle serait entre de bonnes mains avec Ginny. Il n'avait pas tout de suite compris qu'il lui fallait un peu d'espace, et surtout une présence féminine à ses côtés. Elle lui avait promis qu'elle le retrouverait au crématorium un peu avant la cérémonie. Il y avait encore quelques préparatifs à fignoler avec les pompes funèbres.
- Hermione ?
- Tu disais quelque chose ? Désolée, j'étais perdue dans mes pensées.
- Je te demandais comment tu voulais t'habiller et te coiffer.
Son regard chocolat observa tous les vêtements qui se trouvaient dans sa garde-robe. Il tomba sur la chemise blanche qu'elle avait empruntée à Drago, et qui était fraîchement repassée. Elle n'avait plus son odeur, mais elle lutta contre son envie de s'en parer pour se donner la force d'affronter cette journée. Puis, ses yeux regardèrent la robe noire qu'elle avait portée lors de son rôle de Madame Malefoy. Elle était de circonstances. Toutefois, elle rassemblait autant de bons souvenirs que de mauvais. Avec un soupir dépité, elle tourna la tête vers sa meilleure amie. Cette dernière saurait l'aider à se vêtir convenablement. Comme si elle s'était doutée que ce moment allait arriver, Ginny déposa un sac sur le lit de la juriste. Celle-ci s'approcha, et sortit les vêtements noirs. Il y avait un pantalon ajusté, mais pas moulant, ainsi qu'une chemise. Elle dévisagea les habits, les étudiant sous toutes les coutures.
- Alors, qu'en penses-tu ?
- Je pense que ce sera parfait, comme tout ce que tu choisis habituellement pour moi.
- Allez, va t'habiller. Plus on traîne, moins on sera à l'heure.
Hermione obéit sous l'injonction de son amie. Elle alla à la salle de bain pour enfiler la tenue. Une fois passée, elle se mira dans le grand miroir de la pièce, et se trouva convenable. De toute manière, il n'y avait pas besoin d'être belle pour aller à l'enterrement de son père. Puis, elle se laissa chouchouter par la benjamine des Weasley. Elles n'échangèrent pas le moindre mot pendant ces minutes, la brune n'ayant pas envie de s'étendre sur ce qu'elle ressentait. Enfin, une demi-heure avant la cérémonie, elles prirent la route du crématorium. Quand elles arrivèrent, bon nombre de leurs proches étaient déjà présents. La juriste salua chaque membre de la famille Weasley et leurs conjoints. Elle se tourna vers Drago et Blaise, qui attendaient un peu en retrait. Elle embrassa rapidement son compagnon, se fichant des regards des autres, et déposa une bise sur la joue du meilleur ami de celui-ci. Concentrée, elle se dirigea finalement vers les pompes funèbres. Elle régla les derniers détails, les assura qu'elle dirait bien quelques mots pour l'hommage à son père. Ces dernières heures, elle avait tenté de coucher sur le papier tout ce qu'elle aurait voulu dire, mais rien ne la satisfaisait. Alors, pour une fois, elle avait laissé tomber, et elle se disait qu'elle improviserait le moment venu selon son inspiration.
Quelques minutes avant le début de la cérémonie, Hermione serra plus de mains qu'elle ne l'aurait cru possible. D'anciens collègues de Peter Granger avaient eu vent des obsèques, et avaient présenté leurs condoléances à la jeune femme. Des amis de leur famille, qu'elle avait perdu de vue depuis plus d'une décennie avaient fait le déplacement. La brune ne savait pas quoi penser de leur présence à tous. Ils avaient abandonné les Granger au décès de Marie, puis à l'internement de Peter. Les voir revenir avec leurs airs tristes éveillait une colère sourde dans son cœur. Sans la main rassurante de Drago dans son dos, elle aurait fini par laisser les mots dépasser sa pensée. Finalement, tout le monde prit place dans la pièce. La jeune femme était la seule personne assise au tout premier rang, étant le seul lien du sang du défunt. Le début de l'hommage funéraire passa sans qu'elle réagisse. Puis, elle reprit conscience de l'instant présent quand ce fut à son tour de se lever et de prendre la parole. Elle s'installa au pupitre, et observa la foule réunie face à elle. Au fond de la pièce, elle croisa le regard de Jack. Cela l'inspira pour débuter son discours.
- Je ne vous remercierai pas d'être venus dire au revoir à mon père, Peter Granger. La plupart d'entre vous l'ont abandonné à son sort. Mais, je peux vous comprendre. Moi aussi, je l'ai laissé tomber. Je ne suis jamais allée le voir pendant qu'il était dans cet hôpital psychiatrique. La dernière fois que je l'ai vu, il a fallu que ce soit le travail qui me pousse à entrer dans cette institution. Dix ans, c'est à la fois long et court. Les gens peuvent énormément changer pendant ce laps de temps. Pourtant, il m'a reconnue au premier regard. Ce regard, je ne l'oublierai jamais. Tout comme je n'oublierai jamais tout ce qui faisait la personnalité de mon père. Son amour pour ma mère et pour moi, sa joie de vivre, les chansons qu'ils me chantaient le soir avant de m'endormir. Mais aussi, les crises de colère, les milliers de verres de whisky, son éternelle obsession pour la vérité. Cette vérité, il ne l'a jamais trouvée. Je crois que c'est un de ses plus grands regrets. Cependant, je vous fais le serment, devant ce cercueil, que je finirais par avoir le fin mot de l'histoire.
Oui Papa. Je ne mourrai pas sans avoir traduit en justice Jack et sa mafia. Je me fiche des risques. Je veux que justice soit faite.
Et voilà, ce sera tout pour aujourd'hui ... N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé dans le rectangle juste en-dessous :)
Prenez soin de vous, et à dans quinze jours !
MrsBrunette
